Epilogue

2 ans plus tard.

La jeune journaliste se racle deux fois la gorge avant de se lancer. J'ai l'impression qu'elle est débutante : un peu comme moi.

Habillée d'un sobre tailleur noir, avec mes cheveux fraîchement raccourcis et lissés, et mon maquillage discret, j'essaie d'avoir l'air le plus professionnel possible en ce jour tellement important : le jour de mon vernissage.

« C'est votre toute première exposition, commence enfin la jeune fille. Comment vous sentez-vous ? »

Je suis aussi nerveuse que vous ! Mais j'ai appris, depuis le temps, à garder un flegme irréprochable. J'ai eu un bon maître en la matière.

« Eh bien, c'est très excitant, dis-je en lui souriant d'un air engageant. »

« Vous êtes graphiste dans une startup, comment avez-vous trouvé du temps pour peindre toutes ces toiles ? »

« J'ai énormément travaillé, et il est vrai que ça été très très dur. Mais l'important est de rester motivé. »

« Vos tableaux ont cette particularité qu'ils représentent tous un seul et même lieu. Une maison au bord d'une falaise : tantôt de jour, tantôt de nuit, par beau temps ou sous la pluie… est-ce que cet endroit existe réellement ? »

Je ne peux m'empêcher de sourire. Oh, oui, il existe bel et bien.

« Oui, dis-je. Cette maison existe. »

« Ah ! Et peut-on savoir où se trouve cet endroit si charmant ? Chez vous, dans votre Bretagne natale ? »

« Oui, exactement. »

« Y allez-vous souvent pour vous en inspirer ? »

Une ombre de tristesse et de nostalgie effleure mon cœur. Ça fait maintenant presque deux ans que je ne suis plus retournée à la maison perchée. Trop de travail, trop de déplacements, trop de choses à faire…

« Au fait… non. Cela fait très… trop longtemps que je n'y suis plus allée. »

« Vraiment ? s'étonne mon interlocutrice. Pourtant, vos peintures sont très riches en détails, les nuances de lumières, de couleurs… Il est difficile de croire que vous n'ayez peint qu'en vous basant sur des souvenirs ! Cet endroit semble vous avoir fortement marqué. »

« C'est vrai. Vous savez, parfois il y a des lieux qui laissent sur vous une empreinte indélébile. C'est ce qui m'est arrivé avec cette demeure. »

Je n'ai pas besoin de retourner à la maison perchée pour me souvenir des jours ensoleillés et des matins brumeux, des après-midis orageux et des nuits étoilées. Ces souvenirs, gravés à jamais dans ma mémoire, m'ont suffi, ils ont bercé mes longues heures de travail à l'atelier.

« Il y a également cette silhouette masculine…, reprend la journaliste d'un ton hésitant. »

Elle se racle encore la gorge, ses joues rosissent. Je crois qu'elle est encore plus embarrassée que moi. Mais je m'attendais à cette question.

« Oui ? dis-je d'un ton encourageant. »

« Cet homme figure sur quasiment toutes vos peintures, il est quelques fois accompagné par un chien. Cet homme existe-t-il également ? »

« Oui, il existe. Et le chien aussi, c'est Guinness, mon chien. »

Mon cœur bat un peu plus vite mais je suis heureuse de pouvoir répondre sans trop rougir.

« Cet homme… est-il une sorte de muse pour vous ? enchaîne la jeune fille, enhardie par mes réponses. »

« Il m'a énormément inspiré, c'est vrai. »

« S'agit-il de votre compagnon ? »

Mon sourire s'accentue mais je maintiens une mine impassible. S'il y a bien quelque chose que j'ai apprise avec Alex, c'est de toujours garder mes distances avec les journalistes. Aussi sympathiques et peu expérimentés soient-ils.

« Je pense que vous connaissez la réponse à cette question, dis-je sans ciller. »

« Est-il là, aujourd'hui ? insiste-t-elle en regardant autour d'elle d'un air excité. »

Je lance un coup d'œil aux personnes qui déambulent dans la galerie. Non, Alex n'est pas là. Ça fait plusieurs semaines que nous ne sommes plus vus, à cause de la promotion de son dernier film. Mais il m'avait promis qu'il serait là, pour mon vernissage, il sait que c'est important pour moi.

« Peut-être, dis-je d'un ton vague. »

Toutes ces questions commencent à m'agacer. Je regarde ma montre puis dégote un froncement de sourcils à mon interlocutrice qui, heureusement, fini par se reprendre. Elle toussote et, alors qu'elle me pose encore quelques questions sur ma technique de peinture, nous sommes soudainement interrompues par Jane, l'une des hôtesses de la galerie qui vient discrètement me chuchoter quelque chose.

« Excusez-moi, Annie, on m'a demandé de vous remettre ceci. »

La jeune femme me tend un petit morceau de papier où sont écrits quelques mots. Je hausse les sourcils, je reconnaitrais ces pattes de mouches n'importe où.

Merci pour cet hommage. « Stars on the sea » m'a particulièrement touché. Ça m'a donné envie de revoir la mer.

Je relis plusieurs fois le message, stupéfaite. Mais que diable… ? Il est là ? Il est venu ? Où est-il ? Pourquoi n'est-il pas venu me retrouver ? Je m'excuse auprès de la journaliste et vais en courant jusqu'à la réception où je retrouve l'hôtesse qui me sourit, le regard brillant.

« Jane, dis-je légèrement essoufflée, en brandissant le morceau de papier. Est-ce que… »

« Oui, répond-elle avant même que je n'ai fini ma phrase. Il m'a prié de ne pas vous déranger avant qu'il ne soit parti. »

Il est parti ? Je n'y comprends plus rien. Je relis les mots mystérieusement griffonnés. Il mentionne l'une de mes toiles, celle qui m'a été inspirée par cette dernière nuit que nous avions passée sur la terrasse, juste avant notre rupture. Nous avions fait l'amour comme des fous sous un magnifique ciel étoilé. Une nuit, des instants que jamais je n'oublierai.

Cependant, je n'y pige rien à tout ce cirque. Pourquoi diable n'est-il pas venu me rejoindre ? C'est la question qui me taraude tandis que je retourne à la maison, accompagnée par Garfield.

« Félicitation pour votre vernissage, dit-il en me regardant à travers le rétroviseur. »

« Merci, Garfield. Dites, est-ce que vous avez amené Monsieur ce matin à la galerie ? »

« En effet, et il m'a prié de l'attendre pour le ramener à la maison. Il n'a pas été très long, mais je puis vous affirmer qu'il semblait particulièrement ému en ressortant de l'immeuble. Vos toiles lui ont beaucoup plus, il me l'a dit. Je crois d'ailleurs qu'il a acquis l'une d'elles. »

« Vraiment ? »

Il a acheté « Stars on the sea » ?

« Oui, affirme Garfield. Mais il était pressé, vous comprenez, il ne voulait pas rater son prochain avion. »

« Son avion ? Il est reparti ? »

« Oui, il m'a demandé de le ramener ensuite jusqu'à l'aéroport… vous n'étiez pas au courant ? »

Je fais non de la tête, incapable d'articuler un seul mot tant je suis perdue. Garfield se tait, visiblement confus et intrigué à la fois.

Lorsque j'arrive chez nous, j'appelle Mary tandis que je grimpe rapidement les escaliers jusqu'à notre chambre. Je stoppe au seuil de la pièce et regarde avec étonnement la valise prête dans un coin de la chambre et la robe étalée sur le lit.

« Bonsoir, Annie, dit Mary qui surgit du dressing. Voici votre valise et votre robe de voyage, tel que demandé. »

« Parce que je suis sensée partir en voyage ? dis-je, abasourdie. »

Mary me sourit de son éternel sourire calme et bienveillant.

« C'est ce que Monsieur m'a demandé de faire avant de partir. Il voulait que je vous prépare vos affaires ainsi que cette robe, celle qu'il vous a récemment offerte, vous ne l'avez encore jamais portée. »

J'avance jusqu'au lit, caresse le lin couleur crème de la petite robe d'été posée délicatement sur le lit.

« Je ne comprends pas… Nous n'avons jamais parlé de partir en voyage… Monsieur vous a-t-il dit quelque chose à ce propos ? »

« Il m'a seulement dit que vous devineriez. »

Je devinerais ? Je repense à la note qu'il m'a laissée… il a parlé de ma toile… et que ça lui avait donné envie de revoir la mer…

« Oh ! Mary, j'ai saisi, dis-je en souriant. »

La vieille dame hoche la tête en me souriant d'un air entendu : elle aussi a deviné.

Je m'habille à la hâte pendant que Garfield range ma valise dans le coffre, puis je dis au revoir à Mary avant de partir vers l'aéroport.


Le trajet a été long et fatiguant. Mais, lorsque je gare la petite Clio de mon père à la lisière de l'aire caillouteuse et que je m'extirpe de l'habitacle, une irrépressible envie de pleurer s'empare de moi. La gorge serrée, je contemple la maison, notre chère maison, cette demeure qui a vu naître notre amour, qui a été témoin de moments intenses, heureux et malheureux.

Je suis tellement émue, euphorique et mélancolique à la fois. J'essuie mes larmes du revers de la main et m'avance vers la bâtisse d'un pas léger. Le soleil va bientôt terminer sa course à l'horizon, les derniers rayons éclairent les vitres des fenêtres et les font briller de reflets orangés, l'air iodé du soir se mêle aux senteurs estivales des fleurs, les plantes grimpantes recouvrent presque entièrement les murs de la maison. Et cet aspect sauvage, presque à l'abandon, la rend d'autant plus magique.

Je tends la main vers la poignée de la porte d'entrée lorsque, soudain, j'entends les aboiements de Guinness au loin. Le bruit provient du côté gauche, là où la falaise s'élève en une sorte de monticule avant de s'étendre en un petit plateau qui surplombe la mer.

Mon cœur s'emballe joyeusement. Je cours, littéralement, escalade la pente légère jusqu'à ce que je parvienne tout en haut, là où l'étendue de roche se confond au loin au bleu rougissant du large. En scrutant l'horizon, j'aperçois au loin deux formes floues qui se détachent du reste du paysage.

Guinness, qui sent ma présence, accourt brusquement vers moi, redoublant son vacarme joyeux. Je m'accroupis, ouvre grand les bras et l'accueille chaleureusement au creux de ma poitrine.

« Oui, mon brave, dis-je, moi aussi je suis heureuse d'être ici à nouveau. »

Lorsque je me relève, Alex est tourné vers moi. Il porte une longue redingote noire qui ondoie nonchalamment au gré du vent, à l'instar de sa chevelure aux reflets argentés. Une bouffée de bonheur me traverse le corps et je me remets à courir, portée par ma joie de le retrouver, jusqu'à ce que j'échoue entre ses bras.

« Mon amour, comme tu m'as manqué, murmure-t-il en écho à mes propres sentiments. »

Nous nous embrassons longuement, passionnément. Puis j'enfouis mon visage dans son torse, j'hume son odeur qui m'a tant manquée, je sens son cœur battre frénétiquement contre mon oreille. Le doux étau de ses bras me serre étroitement contre lui, sa respiration réchauffe ma nuque, il soupire dans mes cheveux, me susurre encore qu'il m'aime.

« Ça fait tellement longtemps, dis-je en relevant la tête vers lui. Tu m'as manqué ce matin, pourquoi n'es-tu pas venu me trouver ? »

« C'était une journée importante pour toi, ta journée. Si les journalistes ou les curieux s'étaient rendu compte de ma présence, tout aurait été gâché. D'ailleurs, j'ai trouvé cela très amusant, de me faufiler incognito parmi les gens. »

Je fronce les sourcils, il ne changera jamais.

« Mes toiles t'ont-elles plu, au moins ? dis-je d'un ton nonchalant. »

« Tu sais bien que oui, tu as beaucoup de talent. Tes peintures sont sublimes, tu as su y transmettre tant de choses. Je n'avais pas idée que cet endroit t'avait autant marqué. »

« Je garde tellement de souvenirs d'ici… je suis heureuse de revenir, enfin. »

« Nous devrions venir ici plus souvent, dit Alex après un moment. »

J'acquiesce, blottie contre lui.

« Pourquoi ne m'as-tu pas attendue, nous aurions fait le voyage ensemble, dis-je. »

« J'avais quelques affaires à régler ici et en plus je voulais que ça soit une surprise. »

« Quelles affaires à régler ? »

« Oh, des choses sans importance, de la paperasse…, dit-il évasif. »

« Tu sais que tu es très mystérieux, aujourd'hui ? »

« Je sais, oui, se contente-t-il de dire en haussant les épaules. »

Je scrute son visage, vivement intriguée, mais en même temps son petit air badin me rend si heureuse que je n'insiste plus.

Nous demeurons silencieux un instant et contemplons, immobiles, le magnifique spectacle du soleil se noyant lentement à l'horizon dans un embrasement du ciel et de la mer.

« Je me prends parfois à imaginer… »

Je m'interromps, me mords la lèvre.

« Oui ? »

« Eh bien, toi et moi, vieux et vivant ici, entourés de nos petits-enfants, dis-je en rougissant. »

« Vieux ? glousse Alex. Dois-je te rappeler que je serai vieux alors que tu seras encore bien plus jeune que moi… »

« En effet, j'avais oublié que je suis amoureuse d'un vieillard, dis-je en me retenant de rire. C'est carrément dégoûtant ! »

Je sens Alex sourire dans la pénombre.

« Des petits-enfants, dis-tu ? reprend-il doucement. »

Sa voix a changé, tout à coup.

« Oui, dis-je en m'empourprant. »

« Tu aimerais avoir des enfants ? »

« Eh bien… pourquoi pas ? »

Nos regards se croisent dans le clair-obscur crépusculaire. Je connais ce regard, il cherche à lire en moi. Pourquoi diable est-ce que je me sens aussi mal à l'aise ?

« Tu ne m'en as jamais parlé, fait-il remarquer. »

Il continue de me contempler, ses doigts caressent mes cheveux et suivent d'un geste aérien le contour de ma tempe, de ma joue puis effleurent l'ourlet de ma lèvre inférieur.

« Non, euh… j'y pense quelques fois, c'est tout… »

Pourquoi son regard me trouble-t-il à ce point ? Je dévie le mien. Je ne veux pas qu'il se sente pressionné. Le mutisme se prolonge, un étrange silence, chargé de millions de questions.

« J'ai toujours cru que tu aimerais plutôt qu'on se marie, lâche-t-il, tout à coup. »

Quoi !

« Nous marier ! fais-je en riant nerveusement. »

« Je sais que tu es une romantique, le blanc, les fleurs et tout le toutim, ça t'enchanterait certainement, dit-il en souriant. »

« Tu te moques de moi ? »

« Pas du tout. Je te connais, c'est tout, et je suis sûr qu'un mariage en bonne et due forme fait partie de tes rêves. »

« Peut-être qu'avant… mais, je me suis rendu compte que l'important était que nous soyons ensemble, heureux. C'est tout ce qui compte. »

« Certainement. »

Il se tait mais je sens qu'il ne m'a pas encore tout dit. A quoi joue-t-il ?

« Où veux-tu en venir ? dis-je en le regardant en face. Pourquoi sommes-nous en train de discuter de ce sujet puisque tu es, de toute façon, contre l'idée du mariage ? »

« Moi ? fait-il en haussant les sourcils. Mais pas du tout. »

Je le dévisage, déconcertée. Pourquoi mon cœur frappe-t-il aussi fort dans ma poitrine ?

« Si nous ne nous sommes jamais mariés, Ella et moi, explique Alex tranquillement, c'est parce qu'elle était contre cette idée-là, et je l'ai toujours respectée sur ce point. Je n'ai jamais dit que j'étais contre. »

Je continue de scruter son visage sans parler. Mon pouls s'emballe, de quoi sommes-nous en train de parler, au juste ?

« Serais-tu en train de me demander en mariage, par hasard ? »

Je n'arrive pas à croire que je viens de dire ça ! Une étrange lueur traverse ses prunelles de félin mais il ne dit rien. Il affiche une expression énigmatique que je ne parviens pas à déchiffrer.

« Là, tout de suite ? dit-il en souriant. Non. Je voulais juste savoir ton avis, tu sais, juste pour avoir une idée, au cas où… »

Hein ? Je me sens rougir jusqu'à la racine des cheveux. Pourquoi suis-je aussi déçue ? Je lève à nouveau les yeux vers Alex : un immense sourire éclaire son visage.

« Quoi ? dis-je, exaspérée. »

En guise de réponse, il se penche vers moi et m'embrasse et, brusquement, tout s'efface, rien n'a plus d'importance, ce débat ridicule peut très bien attendre…

Je me hisse sur mes orteils, m'accroche à lui, mes bras se nouent derrière sa nuque. Je réponds fiévreusement à son baiser, mm… j'ai tellement envie de lui en cet instant…

Et comme si il avait deviné mes pensées, Alex me soulève promptement du sol et se met à marcher vers la maison. Guinness nous a déjà devancés. Je cache mon visage dans son cou, sème de petits baisers le long de sa mâchoire, sur sa joue, sur ses lèvres… Mon désir pour lui fait vibrer mon corps, toutes ces semaines sans se voir… Je souris malicieusement, exaltée à l'idée d'avoir toute une nuit, rien que pour nous deux…

Mais, lorsque nous arrivons devant la maison, il s'arrête et me dépose sur mes pieds.

« J'ai une surprise pour toi, annonce-t-il d'un air mystérieux. »

« Une surprise ? Encore ? »

« Reste ici, ferme les yeux et ne les ouvre que lorsque je te le dirai. »

« Qu'est-ce que c'est ? »

Il essaie de prendre un air irrité mais ses yeux ne peuvent s'empêcher de sourire.

« Pourrais-tu, juste une fois, faire simplement ce que je te demande ? »

Je lâche un petit rire puis je finis par obtempérer. Je l'entends ouvrir doucement la porte, je sens le déplacement d'air lorsqu'il passe devant moi puis je perçois ses pas qui s'éloignent.

L'impatience me fait trépigner devant l'entrée grande ouverte. Mais que diable me prépare-t-il ?

« Alex ? »

« Oui, ma chérie, tu peux ouvrir les yeux maintenant. »

Mes paupières s'ouvrent d'un coup. Ce n'est pas Alex qui m'a répondu.

« Papa ! dis-je, abasourdie. Mais que fais-tu là ? Et pourquoi es-tu en costume ? »

Je le considère avec stupéfaction tandis qu'un sourire ému fend son visage ridé. Je viens de le voir, il était à la maison avec ma mère, ils m'ont prêté la Clio pour venir. Comment est-il venu jusqu'ici ? Quand ? Pourquoi ?

Mon père ne dit rien, il tend vers moi son bras et désigne l'intérieur d'un geste de la tête.

« Ils t'attendent, dit-il simplement. »

Quoi ?

Je pose mon bras sous le sien puis nous avançons côte à côte jusqu'au séjour. Et ils sont tous là : ma mère, Julie, Adrien, Jen, Karen, Andrew, Franck, même mon cher Sébastien. Ils me regardent tous, les yeux brillants, les visages radieux.

Et tout à fait de l'autre côté, devant la cheminée, se tient Alex, en compagnie du Maire de notre village.

« Quand je disais « au cas où »…, lance Alex de l'autre bout de la pièce, je voulais dire, là, maintenant. »

Je reste là à le contempler, coite. Jamais je n'avais vu autant de bonheur peint sur son visage.

« Alors, c'est oui ? demande-t-il et sa voix grave tremble d'émotion. »

J'hoche la tête en riant et pleurant à la fois, consciente que tous les regards sont braqués sur moi. Zoé, debout à côté de moi, me chuchote timidement :

« Tu pleures ? »

Je secoue la tête, essuie mes joues, puis mon père et moi nous remettons à marcher, précédés par ma nièce qui ressemble à une petite princesse et par Tomas, adorable en chemise blanche et pantalon noir.

Les quelques mètres qui me séparent d'Alex me semblent interminables, mes jambes flageolantes ont du mal à me porter jusqu'à lui. J'embrasse mon père qui me serre dans ses bras un long moment, puis je me tourne enfin vers lui.

« Ainsi, tu avais des affaires à régler ? lui dis-je dans un murmure. »

« En effet. T'ai-je dit que cette robe te va à ravir ? »

Je tressaille. Nom d'un chien ! C'est donc pour ça qu'il voulait que je porte précisément cette robe couleur crème ! Il avait pensé à tout.

Le Maire – celui de notre minuscule village, et qui tremble en rangeant les pages du registre posé devant lui sur un guéridon, toussote discrètement.

« Je crois que c'est le moment, susurre Alex en me dégotant une œillade. »

Je souris, j'ai à nouveau envie de pleurer mais je me contrôle, le temps de la cérémonie officielle qui se déroule assez simplement.

Nous échangeons nos vœux, des vœux que nous improvisons, mais qui font écho à ce que nous ressentons l'un pour l'autre. Puis, enfin, le Maire nous déclare mari et femme.

« Je t'aime, me chuchote Alex de sa voix mélodieuse. »

« Tu es toute ma vie, dis-je dans un murmure. »

Et nous nous embrassons, encore une fois. Mon bonheur est incommensurable, je tremble comme une feuille alors qu'il me serre dans ses bras, son cœur tambourine frénétiquement contre ma poitrine. Les applaudissements fusent tout à coup, nos proches et amis, que nous avions quasiment oubliés, nous félicitent, les rires se mêlent aux pleurs. Puis nous sortons sur la terrasse à l'arrière de la maison, qui a été décorée pour l'occasion par une profusion de lampes et fleurs. Quelqu'un met de la musique : My Prayer, qui s'insinue lentement dans la tranquillité de cette nuit magique. Alex se tourne vers moi et m'invite à le rejoindre pour notre première danse en tant que mari et femme.

Alors nous dansons, sur ce slow que nous aimons tant, sur notre chanson, celle qui nous rappelle, désormais, tant de beaux instants.

Nous dansons silencieusement, longuement, bercés par la musique sensuelle, bercés par nos souvenirs heureux, bercés par notre amour, pour toujours.

END.

Voilà! Un happy-ending qui, j'espère, ne vous aura pas déçus.

Encore une fois, un grand merci à vous tous, ceux qui m'ont lue, suivie, écrit. Merci à toi "mmg", toi qui m'a encouragée depuis le tout début, à toi "Nathea" pour tous tes gentils messages, à toi "Shukrat" et puis à toutes celles qui m'ont un jour laissé un petit mot d'encouragement. Merci du fond du cœur, sans votre soutien, jamais je n'aurai trouvé le courage de finir mon histoire jusqu'au bout. Ce fut un plaisir de partager avec vous cette fantastique aventure.

Je vous dis à bientôt, peut-être pour une seconde fanfic, qui sait !

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