Je n'avais pas menti à Paul. Je souhaite l'avoir fait mais non. Maintenant les choses sont gênantes. Et tendue. Plus que d'habitude je veux dire. Les gars de meute me laissent tranquilles sauf que je sens leurs regards partout où je vais. Vous savez les sectes qui vous suit des yeux pour dire « t'es avec nous, t'y peux rien ! » ben c'est pareil. J'ai l'impression d'être la dernière fille vivante dans un film d'horreur. C'est bad.
- Oh bonjours Harry, je dis en prenant un verre d'eau dans la cuisine des Clearwater.
- T'es venue voir Léah ? Il demande.
- Na j'aide les petits avec leurs exposés, j'explique et je me retourne pour lui faire face. Tu devrais lui dire.
- Tu sais très bien que je ne peux rien dire à Léah, il souffle.
- Ce n'est pas de Léah que je parle, il me regarde avec de grands yeux et son cœur fait une embardée.
- De qui alors ? Il demande innocemment, si j'avais des doutes maintenant j'en ai plus.
- Fait pas le con avec moi Harry, je sais, je dis très calmement.
- Tu ne sais rien Maya, rien, il se pince l'arête du nez et me regarde avec pitié.
- Je sais que tu l'aimes et que tu t'inquiètes pour lui. Si c'était sordide sa mère lui aurait dit mais elle ne l'a pas fait parce qu'il a du respect pour toi. Il croit que c'est Billy, Harry.
- Ouai, Billy ! Ce bon vieux Billy ! Tu aimais ton père Maya ?
Qu'est-ce que ça avoir là ? Il me donne un regard aigu mélangé avec de la pitié. Pourquoi il me donne ce regard ? Putain je suis au centre d'un truc et ça n'a rien à voir avec Paul. Je commence vraiment à flipper. Qu'est-ce que mon père à avoir là-dedans ? Je n'aime pas ça ! Et vous ?
- Laisse mon père en dehors de ça ! Je crache férocement.
Il se lève et me caresse la joue d'un geste paternel avec un air très triste.
- C'était un homme bon ? Il demande doucement.
- Le meilleur, Harry pourquoi…
- Maya, parfois il y a des vérités que tu ne préfères pas savoir. Il a du respect pour moi. Je n'ai pas pu être un bon père pour lui mais je le suis pour Léah et Seth, à cause de ça quand il a besoin de quelqu'un c'est moi qu'il vient voir. Je perdrais le peu que j'ai de lui s'il le sait. Je préfère être un bon guide qu'un mauvais père à ses yeux.
- Je comprends, je dis en baissant les yeux.
- Tu devrais laisser du mou à Paul, ce n'est pas un mauvais garçon.
- J'ai l'intention de le laisser mariner un peu encore.
Je ne veux pas parler de Paul, j'ai mal au cœur rien que dit penser. Je commence à tremblait en retournant la conversation qu'on vient d'avoir. Qu'est-ce que mon père vient faire là-dedans ? D'où est-ce que c'est sorti ?
Il y a des vérités que tu ne préfères pas savoir.
Pourquoi j'ai l'impression que cette phrase n'est pas seulement pour Embry ? Merde les gars si vous croyez que c'est un chapitre comique est bien ce n'est pas le cas. Si vous n'avez pas capté les choses deviennent de plus en plus graves.
J'ai un putain de flashback de ma conversation avec Embry, je croyais que ça arrivé seulement dans les films.
Billy, il avait eu une relation avec une autre femme toute la réserve est au courant mais il n'a jamais dit qui c'était. Les dates sont bonnes.
La photo de ma mère sur le frigo des Black. Ses visites à la maison. La boule de Noël qui éclate dans les mains de maman quand elle entend Paul parler de Billy. Elle a fait ses études à Seattle.
Billy, il avait eu une relation avec une autre femme toute la réserve est au courant mais il n'a jamais dit qui c'était.
C'était elle. L'autre femme.
Les dates sont bonnes.
Embry et moi on a sensiblement le même âge.
Les dates sont bonnes.
Non ! Pitié, non !
Il y a des vérités que tu ne préfères pas savoir.
Ma fille.
Ma fille.
Il y a des vérités que tu ne préfères pas savoir.
Est-ce que je suis vraiment aussi stupide ? Ou je suis aveugle comme avec Paul ? C'était devant mes yeux, depuis le début. Même avant.
- Maya tu vas bien ? J'entends la voix d'Harry qui vient de loin.
Je regarde la peau de ma main. Légèrement tanné. Cette couleur plus foncé que celle de ma mère. Bien plus que celle de mon père et d'Angie. Non ! J'aurais préféré ne pas savoir. Le gène avait sauté une génération, je suis un loup-garou parce que c'est dans mon sang d'un côté ou d'un autre. Je n'avais pas une chance.
Harry prend mon visage entre ses mains et se courbe pour me regarder. Tout est flou autour de moi. Je n'avais même pas remarqué que j'étais par terre. Non !
J'étais sa petite louve ! Il m'adorait, il me faisait sa soupe spéciale quand j'avais peur ou pendant les pleines lunes, il m'embrassait la tempe, toujours la même, la sienne. Il me caressait les oreilles sous mon autre forme. Il m'aimait. Il m'aimait !
C'était lui mon père ! Lui !
Je me lève et pousse Harry. Je suis dans la rue sans m'en rendre compte. Il m'a appris comment insulté et les règles qui va avec. Angie a son physique et son caractère mais moi j'ai son tempérament. J'ai sa langue sale.
Je suis sa fille ! La sienne !
- On rentre à la maison, je hurle et maman sursaute dans le salon.
- Maya qu'est-ce qui se passe ? Demande Mark en se plaçant devant moi.
C'est de sa faute, si on était resté en Pennsylvanie rien de tout ça ne serait arrivé. Paul et toute sa merde. Et Billy. Tout. Tout.
- Dégage, je le pousse en criant.
- Maya ! Il gronde, jusque-là je ne t'ai rien dit mais là tu dépasses les bornes !
- C'est de ta faute, je dis en le frappant à l'épaule, c'est de ta faute, je hurle.
Je le pousse encore et encore en lui hurlant dessus. Il essayait de me repousser tant bien que mal mais je suis trop forte. Je sens des bras forts me tiré par la taille, l'odeur de Paul me prend aux narines, j'entends maman et Harry criait, Angie pleurait et Mark au sol qui me regarde d'un air hébété. Je me débats du mieux que je peux et je sens le nez de Paul se brisait contre mon crâne. Mais il ne me lâche pas.
- Maya, hurle maman en se plaçant devant moi.
Je n'avais pas compris combien j'étais en colère contre elle avant de la voir. Elle m'a pris mon père, bien plus que Billy ne l'a jamais fait. Ma vision est floue et je me rends compte que je pleure. J'ai toujours été bien plus sa fille à lui qu'à elle.
- Je veux rentrait à la maison, je crie et j'arrive enfin à me libérer de Paul. Je veux rentrait à la maison !
Mon cœur me fait mal, ma tête est lourde et tout mon monde s'écroule. J'aurais tellement voulu ne rien savoir. Je balance et casse tout ce qui passe entre mes mains. J'entends des cris et des pleurs, et avant que je comprenne j'ai saccagé tout le salon. Je sens les mains de Paul sur moi et je le repousse violemment.
- Je te hais, je te hais, je hurle en le frappant.
Il me prend les poignets et je me retrouve à nouveau contre lui, le dos contre son torse. Je l'insulte et hurle, je pleure et…
Il y a une piqûre sur ma joue. Je me calme d'un coup. Maman est devant moi la main en l'air. Ça ne m'a pas fait mal du tout mais le geste me choque. Elle n'a jamais levé la main sur moi ou Angie. Pas même une fessée. Jamais. Tout le monde est stupéfait et il y a un silence mortel qui règne dans la maison.
- Maya, bon sang, qu'est-ce qu'il y a ? Elle hurle en prenant mon menton dans sa main.
- Tu croyais que je ne m'en rendrais pas compte ? Que je ne serais jamais rien ? Je demande la bouche plein de venin, est-ce qu'il savait ?
Elle me regarde, puis regarde Angie à côté de Seth et Léah, elle se tourne vers Mark, puis me regarde à nouveau les yeux écarquillés. Et elle blanchit.
- Maya, je…ce n'est pas ce que tu crois ! Je…Ça ne faisait aucune différence, il t'aimait ! Elle chuchote.
Ce n'est plus Paul qui me tient, c'est moi qui m'accroche à lui. Pourquoi elle ne m'a pas dit que c'était faux ? Pourquoi ? Je l'aurais cru même si c'était un mensonge, pour avoir ne serait-ce que l'illusion d'avoir une vie normale. D'avoir quelque chose à me raccroché.
J'enfonce mes ongles dans les bras de Paul et me tourne vers lui. Je me cache dans sa poitrine nue et je pleure. Vous vous sentiriez comment vous si toute votre vie est un mensonge ? C'est terminé, c'est officiel, je ne peux plus me mentir, ni faire semblant. Mon monde s'effondre sous mes pieds et je n'ai plus rien à quoi m'accroché. Je tiens Paul comme si ma vie en dépend.
- Maya, chuchote maman.
- J'aurais tellement préféré que ce soit toi qui meures à la place de papa, je crache en me retournant.
Elle hoquette et pleure, j'entends des cœurs faire des embardés et je me cache dans le torse de Paul en pleurant et criant des choses incompréhensibles. Tout ce que j'ai vécu ses derniers temps me reviennent en pleine figure, je me sens toute engourdie. Les voix autour de moi veinent de très loin et tout est flou.
Puis…je flotte.
