Merci : à Apersonne, Aerandir et MissKei pour leurs reviews !

49.

Pisté par les satellites et les radars au sol, le véhicule d'intervention fonçait sur l'autoroute, trois tout-terrain girophares et sirènes en action à ses trousses.

Désentravé dès que les portières à vitres fumées s'étaient refermées, Aldéran surveillait l'anti-radar pour son collègue.

- Si vous ne changez pas rapidement de direction, on va tomber sur un autre barrage et je ne suis pas sûr qu'il nous laisse passer !

- Dis tout de suite que je conduis comme un manche !

- Non… non… Il n'empêche que j'aimerais bien sortir d'ici ! Torko doit aller faire sa promenade dans moins d'une heure !

- Ah oui, la petite chose que tu as adoptée, s'amusa Gomen. Tu as tout bien mémorisé ?

- Je saurai quoi faire le moment venu, assura Aldéran. Me voilà un agent, doublement, dormant au AZ37 ! Vous vous arrêtez ou je saute en marche ?

- Je crois me souvenir que tu as l'expérience de ce genre de cabriole.

- Bien sûr…

- Après la prochaine sortie, je défonce la berne centrale et je repars à contresens. De retour à la sortie, je ralentirai et tu sauteras avec les menottes. Essaye de ne pas te casser quelque chose, tu as eu suffisamment de congés ainsi !

- Merci !

Après s'être relevé sans dommages, Aldéran vit les phares du tout-terrain être absorbés par la nuit noire.

- Soignez prudent, Colonel…

D'une poche, il tira un porte-mine en métal dont il se servit pour forcer la serrure des menottes. Il revint sur ses pas, sachant que les véhicules des Patrouilles à leur poursuite n'allaient plus tarder à le rejoindre après avoir fait demi-tour à leur tour.

Il était venu au AZ37 pour une tranquille soirée de garde il avait été servi !


- Tu as eu de la chance, Aldéran. Ce genre de personnage calculateur et froid, c'est généralement de mauvais augure pour la survie d'un otage !

- Les charges contre lui étaient déjà lourdes. Il a eu l'intelligence de ne pas s'enfoncer davantage.

- Drôlement réfléchi pour un petit dealer, marmonna Daleyna Progris. Effectivement, cela aurait pu finir bien plus mal ! Je vais faire mon rapport. J'attendrai le tien pour l'envoyer.

- A tout à l'heure, Daly.

Aldéran demeura seul dans le bureau de la Colonel Kesdame Forgless.

- Etranges péripéties, Aldéran. L'essentiel est que tu sois revenu sans égratignures, quasi. Il n'empêche qu'un dangereux dealer est dans la nature ! Quelqu'un de son acabit sera réintégré en moins de deux dans la filière de la troxine ! On va le retrouver sur notre route très bientôt. Je ferai passer le mot à tous les policiers du Bureau pour les mettre en garde.

- Je vais aller rédiger mon rapport, Colonel Forgless.

Aldéran savait que la Colonel savait que quelque chose sonnait faux dans cette histoire, mais elle se gardait de mettre de l'huile sur le feu. Elle ne pouvait prouver que le jeune homme n'avait pas opposé une résistance suffisante lorsque Gomen Jorande l'avait maîtrisé. Elle ne pouvait prouver que la facilité de fuite d'Aldéran était suspecte. Elle ne pouvait prouver que le dealer n'était peut-être pas le danger public qu'il prétendait être !

De retour sur le plateau des Unités d'Intervention Anaconda, Zéphyr et Mammouth, il s'attela à son rapport.

50.

Melgon faillit s'étrangler dans sa tasse de café.

- Des congés ! Des congés ! Trois semaines de congés, tu te fiches de moi, Aldéran ! ?

- Le SiGIP veut que je travaille sur un dossier, en parallèle à ma présence ici.

- Et, tu as l'autorisation de m'en parler, ou non ?

- Il n'y a rien de secret, cette fois. Il s'agit de corruption au sein de la hiérarchie de la Spéciale. Un petit travail de fourmi pour aider à ce dossier sur lequel des dizaines de sigipstes – en couverture ou non – planchent depuis des mois déjà.

- De la corruption, souffla Melgon.

Ce mot était le pire qu'un policier pouvait entendre. Et après la trahison de Kélog Brovell, Melgon n'osait envisager les conséquences d'un nouveau fruit pourri à la Spéciale de nombreux fruits pourris surtout !

Aldéran n'osa pas en rajouter une couche en précisant que la Colonel Kesdame Forgless était sur la liste des suspects et qu'il comprenait enfin les véritables raisons pour lesquelles on l'avait affecté au AZ37 !


Eryna endormie avec sa nouvelle poupée dans les bras, au chaud sous une fine et très chaude couverture, Aldéran et Skyrone partageaient une théière parfumée aux fruits rouges. Fatiguée, enceinte de presque cinq mois, Delly était déjà montée se coucher.

- Ai-je la berlue, ou y a-t-il un petit froid entre Shyrielle et toi ? questionna Skyrone en craignant d'être renvoyé sur les roses.

- Disons qu'on se pose les bonnes questions, fit Aldéran, le nez dans sa tasse en verre.

- Quel est le problème ? Shyrielle est une jeune femme charmante !

- Et je suis un garçon éminemment agréable…

Skyrone gloussa dans sa propre tasse !

- … agréable et adorable, poursuivit son cadet. Mais bon, tant qu'elle était au secrétariat de Wenguel & Wenguel, ça ne faisait pas de soucis ! Là, vu qu'elle veut s'engager à fond dans le Droit Pénal, c'est une source inépuisable de raisons de conflits entre nous !

- Je n'avais pas vu les choses sous cet angle, reconnut Skyrone.

- Elle et moi non plus ! Mais bon, ça sera invivable à partir du moment où elle fera libérer l'après-midi ceux que les policiers du Bureau AZ37 auront arrêtés le matin ! Et même s'il ne s'agira pas de mes dossiers, cela ne pourra qu'empoisonner nos relations…

- J'en suis sincèrement désolé, regretta Skyrone. Mais Shyrielle ne sera pas avocate avant deux ans, ensuite en stage complet ! Donc, ne vous compliquez pas la vie si tôt !

- C'est une idée, mais pourquoi rendre sérieuse une relation qui ne peut que finir en déchirures ?

- Et, tu ne vois cet aspect des choses pas uniquement parce que cela t'oblige à un peu plus d'exclusivité vis-à-vis de Shyrielle ? insista Skyrone, craignant là, de déclencher une réaction un peu violente !

Mais Aldéran se contenta d'un petit soupir énigmatique pour toute réponse.


Relativement frais tout neuf dans l'univers de la Police, Aldéran découvrait qu'en dépit de son esprit tordu et de son imagination débordante, qu'il n'avait en rien pu imaginer dans quels marécages malsains il tombait en partant du simple mot « corruption ».

Les Archives du SiGIP regorgeaient, malheureusement, des dossiers de tous ceux qui avaient laissé leurs idéaux de côté pour céder au doux froissement des billets de banque ! Et cela allait du simple agent de quartier à des membres de l'Etat-Major des Polices !

Le jeune homme avait cependant rapidement découvert que la Colonel Kesdame Forgless n'était en rien mouillée dans quelqu'indélicatesse que ce soit. Cela ressemblait même davantage à un plan du SiGIP de l'impliquer pour pouvoir mener vers elle de véritables ripoux !

- Mais pourquoi donc y a-t-il toujours aussi peu communication à des niveaux différents ? !

Aldéran était à deux jours de reprendre sa place au sein de l'Unité Anaconda et n'en continuait pas moins de se documenter sur les antécédents de corruption avant de lancer ses propres recherches afin de constituer des dossiers contre les rouages déficients de la Police Spéciale !

Torko semblait comprendre que, en plus des séances quotidiennes au Centre de Dressage, il allait retrouver l'action de ses premières semaines de vie commune avec son maître. Le chien se comportait comme un chiot, gambadait, réclamait des promenades sportives et asticotait son maître pour des jeux de recherches, de fouilles ! Aldéran accédait bien volontiers à ces demandes qui l'obligeaient également à l'effort ! Après la convalescence, les vacances et l'inaction, il avait repris ses habitudes sportives, avait retrouvé du muscle.

Shyrielle grippée, chez ses parents à boire du bouillon et des grogs, Aldéran était reparti en chasse ! Ou plus exactement, paresseux et trop gâté par la nature, il s'était contenté d'attendre que l'on vienne à lui ! Le jeune homme avait rapidement constaté que sa balafre attirait irrésistiblement les filles – esseulées ou non ! – et qu'elle lui permettait aussi de jouer à fond ce rôle de mauvais garçon qui les ravissait !

Glarenne ne faisait pas ses trente ans, que du contraire. Naturellement fraîche, pimpante, aux formes moelleuses et à l'esprit vif.

Détendu, Aldéran la laissa lui faire un grand numéro de séduction, puis finit la nuit chez elle.


Kélog Brovell refaisait parler de lui. Le dossier de ses agissements se complétait encore. Il avait commencé à s'expliquer et les informations livrées étaient transmises au Bureau AZ37.

Melgon ne comprendrait jamais la lassitude et le dégoût que le policier avait eu de son métier ! Kélog en avait eu tout simplement assez de risquer sa vie pour des civils ingrats plus prompts au procès qu'au remerciement, d'éliminer des rues des dangers publics aussitôt remplacés ou relâchés par un système judiciaire laxiste, et enfin, pour un salaire qui ne pourrait jamais être à la hauteur des dangers encourus.

C'était simple, évident, et cela ne correspondait en rien à l'Inspecteur que Melgon avait côtoyé des années durant ! Et, si Kélog en avait effectivement eu assez de ses activités, qu'il ait voulu la perte de ses collègues était infiniment choquant. S'il avait voulu leur ouvrir les yeux sur la vanité de leur tâche, la méthode laissait plus qu'à désirer elle n'était pas acceptable !

Melgon s'en voulait de ne pas avoir perçu ce changement mortel et de ne pas avoir pu protéger son Unité comme il l'aurait dû !

Quant à Darys Lougar, le plus touché, il avait tout bonnement rayé Kélog de ses souvenirs et c'était sans doute la meilleure et la seule chose à faire !

L'enquête mettait également à jour l'organisation que Kélog Brovell avait patiemment constituée au fil des années, les contacts qu'il avait noué avec ceux qu'il était censé mettre hors d'état de nuire !

C'était tout bonnement hallucinant et, en même temps, d'une affligeante banalité !


Aldéran fixa étui d'arme et plaque à sa ceinture, enfila sa courte veste de cuir noir et siffla Torko.

- C'est reparti mon grand ! lança-t-il en montant dans sa berline pour se rendre au Bureau AZ37 et y reprendre sa place !