Marietta se tenait figée devant la porte du bureau d'Ombrage, la main sur la poignée.
"Elle va me détester..." pensait-elle parfois. Et puis : "Elle me déteste déjà."
Si Cho ne l'aimait plus, si personne ne l'aimait vraiment au fond, elle pouvait au moins soutenir ses parents... eux avaient toujours été gentils avec elle, avaient toujours été là pour elle, ou au moins essayé. Ils ne la comprenaient pas toujours, parce qu'elle ne les voyait pas souvent... mais ils étaient juste là comme il fallait, ni envahissants, ni absents.
Ils l'avaient en général laissée faire tout ce qu'elle voulait, et s'ils attendaient quelque chose d'elle, pour une fois, autant ne pas les décevoir, autant donner à quelqu'un ce qu'il attendait par reconnaissance, plutôt que parce qu'on en attend quelque chose !
Ils n'auraient pas voulu qu'elle fréquente l'AD, certainement, et ils auraient sans doute voulu qu'elle fasse... ce qu'elle s'apprêtait à faire.
Il n'y avait qu'eux qu'elle était sûre de toujours avoir avec elle, et elle voulait qu'ils soient fiers d'elle !
Elle visualisa ses parents en train de lui dire "Tu as des amies charmantes. Et en plus, des gens respectables. Madame Chang travaille au ministère, dans un autre service, c'est quelqu'un de bien."
"Non, ce n'est pas mon amie, je la déteste." répondit-elle dans sa tête, avant de sentir des larmes couler sur ses joues à nouveau.
C'était un mensonge, et elle ne voulait pas vraiment qu'il devienne réalité, même si cela rendrait les choses tellement plus simples.
"Et elle me déteste." dit-elle encore, et cela était probablement vrai.
Ce qu'elle faisait était déloyal, elle le savait. Elle avait promis de ne rien dire. Mais cette promesse arrachée à regret, écrite sans conviction, ne lui semblait pas du tout avoir un sens, à ce moment, bien moins que le sentiment que Cho risquait l'expulsion... mais non. Ombrage mettrait tout sur le dos d'Harry Potter, bien sûr, il serait le seul à vraiment payer, elle en était sûre ! Un frisson de joie l'envahit à cette idée. Qu'il s'en aille définitivement de leurs vies ! Qu'il parte dans ce monde extérieur qui l'intéressait tant !
Elle se moquait qu'on puisse qualifier de lâche la façon dont elle se vengeait de lui. Elle savait bien, par elle-même, qu'il était bien plus lâche de pleurer seule dans son lit, et que c'était du courage qu'elle cherchait en ce moment ! Et puis après tout, la façon dont Harry Potter l'avait fait souffrir, elle, était-elle plus honorable ?
Elle finit par frapper.
"Entrez !" répondit la voix mielleuse d'Ombrage.
Marietta tremblait. "J'ai quelque chose à vous dire..." murmura-t-elle, gênée. Elle ne s'était pas rendu compte que si elle voulait raconter, elle devait avouer qu'elle avait participé à ce groupe... Non, courage, elle pouvait ne pas tout dire sans pour autant mentir.
"Quoi donc, ma petite ?" demanda Ombrage. "Avez-vous constaté des activités suspectes parmi certaine élèves indignes ? Peut-être des numéros de ce maudit article du Chicaneur qui circulent, hmm ?"
"Non..." balbutia Marietta, "non..." Que faisait-elle là ?
"Ne vous inquiétez pas," continua Ombrage, "personne ne saura ce que vous avez dit, en dehors de moi et de personnes qui vous veulent du bien.
Etait-ce vraiment possible ? Non, tout le monde saurait qu'elle était absente ce soir-là... se pourrait-il qu'il y ait d'autres absents ? Que certains n'y voient qu'une coïncidence ? Pourrait-elle jouer l'innocente ? Un fol espoir s'empara d'elle.
"C'est... c'est à propos... de l'article sur les interdictions de réunion."
"Hmmm, intéressant." dit Ombrage d'une voix qui laissait entendre qu'elle ne trouvait pas cela spécialement intéressant. "Qui cela concerne-t-il ?"
La voix de Marietta redevint ferme alors qu'elle disait "Harry Potter." et Ombrage semble sauter sur son siège.
"Racontez-moi tout, mon enfant ! Où, quand, comment ? Tout de suite !"
"En... en ce moment." Elle repensait à Cho, et se détermination faiblissait. "Dans la salle sur commande..."
Ombrage bondit. "C'est magnifique ! Je convoque tout le monde ! Vous me raconterez tous les détails plus tard, ils seront nécessaire... oh, votre heure de gloire est arrivée, mon enfant ! Quel est votre nom ?"
Le visage de Marietta rougissait et la picotait, tellement elle se sentait gênée.
"Marietta Edgecomb."
"Je connais votre mère ! Une femme exceptionnelle ! Vous êtes vraiment digne d'elle ! Magnifique, magnifique !" Elle se leva de son bureau et se mit à trottiner d'excitation dans la pièce, sur ses courtes jambes.
Le visage de Marietta lui faisait vraiment mal, maintenant. Elle y porta la main, et faillit pousser un cri.
Elle avait l'impression qu'il liquide en suintait, que son visage était craquelé de bosses bizarres. Que lui arrivait-il ? Elle gémit, cacha son visage dans ses mains.
"Que se passe-t-il ?" demanda Ombrage. "Vous avez quelque chose sur le visage ? Oh, ce n'est pas grave, ne vous inquiétez pas, quelqu'un qui m'apporte ces nouvelles sera toujours le bienvenue, quelle que puisse être son apparence !" Elle sortit de son bureau en gloussant "Harry Potter !"
Marietta se demanda si elle allait mourir maintenant. Il fallait appeler une infirmière ! Que lui arrivait-il ? Ce ne pouvait pas être juste le stress ou la culpabilité... elle chercha un miroir, dans tout le bureau, mais cela ne semblait pas être le genre d'Ombrage.
Enfin, elle tomba sur une boîte à plumes en acier poli. Elle regarda son visage, et poussa un hurlement.
