Chapitre 25 – La triste victoire
« Le match peut commencer ! »
La notion de temps reste très complexe, car elle est relative à notre état psychologique : il est évidemment connu et reconnu qu'un moment pénible durant une heure nous paraîtra toujours plus longue qu'une heure d'épanouissement. Cette loi commune, bien que fausse, se retrouve ici, malgré l'exception du moment : jamais je ne me suis autant intéressé à un match de concours, et pourtant jamais le temps ne m'a paru aussi long. Du moins à partir du lancement du compte à rebours : cinq petites minutes encadreront le match entre Hikari et son adversaire de demi-finale. Cinq minutes sans doute riches. Jamais en un si peu laps de temps Shana, Conway et moi n'avons été dans une si intense concentration. Il m'arrive par flashs de me demander pourquoi nous étions concentrés sur un tel match, qui en plus de ne pas être la finale du Grand Festival, nous enferme un peu plus entre ces murs de béton alors qu'on nous attend, ailleurs. Sans doute la symbolique : le combat auquel nous assistons est cette fois l'un des derniers qui va être offert à Shana. Quel que soit l'issue, demain sera le jour d'une prochaine libération. La libération peut être encore loin. Aussi bien géographiquement que dans les faits. Où en sommes-nous ? A vrai dire, sur la fin et nulle part en même temps, avec un brouillon d'indices plus ou moins utilisables. Zarbi, le pendentif, les Chutes Tohjo… Ah, il serait si simple de rassembler les trois éléments pour provoquer je ne sais trop quel phénomène. Mais rien ne se déroulera de cette manière, l'idée semble trop évidente.
« Une magnifique utilisation de l'attaque Hâte par le Laporeille d'Hikari, combinée à son Pied Sauté ! Le psy peut donc s'allier à l'affrontement au corps-à-corps tout en nous montrant une démonstration de combat de haute volée !
― Laporeille connait Hâte maintenant !?
― Un souci Conway ?
― Non… juste que connaissant jusqu'au bout des doigts les Pokémon d'Hikari à force d'avoir récolté des données sur eux, je ne me souviens pas avoir vu que Laporeille connaissait l'attaque Hâte…
― C'est une attaque de quel type déjà ?
― Psychique, je crois…oh non, ne me dites pas qu'elle a absolument tenu à relever ce défi à la con ! »
Visiblement, Hikari avait décidé dès la première minute de remplir ses conditions en livrant avec son Laporeille une présentation d'attaques de type Psy. Ce qui logiquement m'impressionne également en tant que dresseur, puisqu'apprendre une attaque à un Pokémon en si peu de temps relève d'un bel exploit. L'expérience d'Hikari semble faire plus que ses preuves. Même Conway a visiblement été pris de cours. Shana, elle, esquisse un sourire. Un sourire qui peut en dire long. Je me souviens à présent quand j'ai vu ce type de sourire pour la dernière fois. C'était ici, il y a près de six mois, dans une obscure salle de concours qui accueillait alors les novices – et moins novices – pouvant espérer un jour participer à un Grand Festival. A ce moment, Shana avait à peine abordé les principes de bases qui régissent notre monde. Ses pensées étaient déjà si floues mais elle avait visiblement déjà cette petite lueur qui l'avait sensiblement touché, incité à en savoir plus sur ce qui se passait ici, sans pour autant perdre de vue « l'autre monde ». Entre ces deux sourires, je ne compte pas les jours qui se sont écoulés et encore moins le nombre de phrases que nous avons pu prononcer, le nombre de disputes que nous avons pu avoir, de péripéties que nous avons subies. J'ai toujours pensé qu'une telle aventure devait forcément s'enchaîner de manière logique, chaque cause apportant sa ou ses conséquences.
Je me devais de profiter de ce réel dernier instant de divertissement, du moins en compagnie de Shana. En même temps, je ne peux pas m'empêcher de rire puisque ce n'est pas la première fois que cette réflexion me vient en tête. Il m'arrive encore de me demander ce qui a incité Shana à s'armer d'autant de patience et à s'intéresser tellement à mon univers, alors que les siens l'attendent. Entre Poivressel et les Chutes Tohjo, je doute qu'il y ait encore un seul moment de distraction, que Shana le veuille ou non. Et je doute que la Flame Haze, malgré la relative bonne volonté qu'elle met dans les concours, ne se laissera plus avoir par un chantage comme celui de Conway. Je suis obligé d'admettre que moi non plus, ne serait-ce que pas pour être pris en flagrant délit de moquerie à l'encontre Shana. Tout a été préparé pour qu'aucun événement qui ne soit pas en rapport avec notre périple ne vienne troubler l'ordre des choses. Demain matin, un train partira pour Mérouville. De là, un service de transport en ferry nous fera parvenir à Bourg Geon, à Johto. En deux jours de marche, nous devrions arriver facilement à Mauprévoir, un village frontalier situé à quelques kilomètres des Chutes Tohjo. Si nous parvenons à franchir les derniers obstacles dont nous ignorons la nature, Shana devrait alors partir.
A jamais. Mince…
Elle est encore à côté de moi, mais elle me manque déjà. Quelques mois qui passent ne paraissent rien, et je remarque qu'avec nos péripéties et nos différends perpétuels, nous n'avons pas assez profité de l'expérience d'un voyage à deux, à la découverte d'un monde plus ou moins inconnu pour Shana et moi.
Après… je ne sais pas encore très bien. La région de Sinnoh est restée une hypothèse gravée dans un coin de mon esprit, mais tellement enfouie que je n'ai pas songé à l'organisation d'une telle expédition. Je serai sans doute amené à y penser après le départ de Shana… si elle part.
Je suis d'un pessimisme affligeant. Nous avons le pendentif, ainsi que de Zarbi qui semble disposer de certains pouvoirs. Shana semble retrouver une certaine vigueur et un certain calme pour la suite. Nous avons tous les indices en main pour comprendre que la fin approche. Comment fait Shana pour être aussi calme ? Sans doute ses pleurs ont éliminé toute l'accumulation qu'elle a subi des semaines durant… ce n'est pas la première fois que je la vois pleurer, mais il s'agit bien ici de ma première expérience en matière d'accumulation d'idées noires. La mélancolie peut jouer décidément de sales tours… C'est ce qu'il me faudrait aussi. Une bonne crise de larmes pour me calmer les nerfs et être plus serein.
« La moitié du temps est écoulé et Hikari mène un large avantage, avec l'utilisation massive d'attaques combinées. Il semblerait que pour ce match, l'attaque Hâte lui soit un porte-bonheur, qui produit l'effet escompté à chaque coup ! »
Conway, furieux contre Shana, sans doute plus par stress que par réelle rancœur à la suite d'un pari stupide, reste très réprobateur face à la tactique utilisée par la coordinatrice.
« Elle n'aurait pas dû t'écouter. La seule attaque plus ou moins assimilable de type psy pour Laporeille est Hâte… elle va l'utiliser durant les trois minutes. Tu en penses quoi Houtarou ?
― Hein ? Euh, à vrai dire je ne sais pas, je ne suis pas un spécialiste, tu le sais bien…
― Admet quand même que ce pari est complètement idiot !
― Ben… »
Un regard assassin. Un poil flamboyant même. Rouge. Très rouge.
« Pas tellement, je trouve. »
Un coup de coude dans les côtes m'a fait comprendre que cette réponse est celle attendue par la fille assise à mes côtés. Shana n'a décidément pas changé : toujours prête à voir ses désirs assouvis. Visiblement, la personnalité des personnes « de l'autre monde » subit les mêmes variantes qu'ici. Les personnes que Shana connait là-bas… je me demande de quelle façon ils l'ont appréhendé quand ils l'ont connu. Certainement dans des circonstances un peu plus normales.
Tiens…
Qu'est-ce qu'ils font là-bas ? Je ne les ai pas vus depuis le début du tournoi…
J'ai rencontré Stella et Tamaki dans des situations à peu près similaires, à savoir un concours ou assimilé. Leur comportement d'alors permettait alors mieux d'engager une conversation à peu près normale, bien que Stella ait rapidement montré les signes d'un comportement déplacé. Toutefois, je ne les ai jamais vus aussi maussades qu'au moment présent. La mésaventure provoquée par Stella elle-même a visiblement enfin provoqué une prise de conscience, tout autre du comportement que j'ai connu de ces deux anciens comparses. L'extravagance dont faisaient au moins preuve deux des trois acolytes, connaissant mal Kazmiera, semble avoir, du moins, momentanément disparu. La grise mine de Stella s'explique facilement, mais Tamaki… il n'a rien subi. Pourquoi ne participe-t-il pas au Grand Festival ? Il avait pourtant remporté ses cinq rubans… A-t-il été tellement affecté par ce que Stella a subi aussi bien physiquement que psychologiquement pour que lui-même renonce à aller au bout de ses objectifs, si près de la gloire ? Pour souvenir, il n'a jamais remporté de Grand Festival, contrairement à sa comparse… Si je ne le connaissais pas un minimum, je dirais que malgré sa personnalité il ne serait pas du genre à mener une quête aux rubans dans le simple but de passer du bon temps et de négliger sa course. Kazmiera, elle, semble tout simplement perdue, comme si elle ne s'attendait pas à se retrouver avec ses deux amis, dans une compétition où elle s'apprêtait surement à les encourager. Qu'est-ce qu'ils ont dû penser de nous, même si nous ne sommes responsables en rien de ce qui a provoqué la déchéance de Stella.
« Une minute trente secondes et elle mène toujours ! Dis Houtarou tu rêves encore ?
― Hein que quoi ? Un peu, enfin surement de la fatigue accumulée…
― Dommage, tu loupes un beau spectacle ! Pour une fois, je suis d'accord avec Conway, je n'ai jamais vu quelqu'un être aussi synchrone avec ses alliés !
― Shana, est-ce que tout va bien ?
― Euh oui, pourquoi ?
― Je ne t'ai jamais vu aussi enthousiaste… »
A peine perplexe, Shana détourne le regard et se concentre sur ce qui se déroule sur le terrain. Elle tient à profiter de chaque seconde des plaisirs de ce monde. Au fond, quoi de plus normal. J'aurai l'occasion de revoir d'autres tournois, mais je n'ai vraiment pas envie de profiter de celui-ci. J'ai bien des soucis en tête pour pouvoir négliger le combat. Il ne me reste plus qu'à attendre… une minute trente, et probablement encore un match de cinq minutes, puisque Hikari est quasiment sûre de gravir les marches de la victoire. Il faudra donc que je me farcisse la finale…
Profiter… voilà pourquoi elle a changé d'avis sur les concours… Elle ne les aime pas plus que ça… et pourtant, elle livre des paris, bêtement.
Et moi ?
Qui suis-je dans cette affaire ?
Conway ne semble même plus se préoccuper de quoi que ce soit. Il se contente de tourner la tête de droite à gauche et inversement, fixant chacun des deux adversaires lançant des ordres à leurs Pokémon. Et moi…
Je reste fixe, pensant à demain, et à l'endroit où je serai dans une semaine…
Encore à Hoenn ? Perdu dans les tréfonds des Chutes Tohjo, scrutant le moindre recoin à la recherche de quelque chose dont j'ignore la nature ? A Sinnoh, comme je me le suis projeté ? De retour chez moi, dans l'archipel des Îles Sevii ?
Je ne me visualise vraiment nulle part…
« ÇA Y EST, ELLE A GAGNE ! C'EST FORMIDABLE, ELLE EST FINALISTE ! »
La fête a débuté et n'a cessé pas une seule fois sur le trajet entre le stade et le Centre Pokémon, où Conway, pourtant très réservé, n'a jamais été aussi enflammé. Les réjouissances se sont poursuivies au centre, mais c'est à peine si le dresseur s'est aperçu que quelqu'un ne participait pas à l'enthousiasme général. Non, pas Shana. Elle s'amuse également.
Moi.
Je ne comprends même pas pourquoi tant d'engouement, d'autant plus que la finale a encore lieu l'après-midi. Je ne pourrai me réjouir que ce soir, quand il me viendra surement l'envie de sombrer dans le sommeil. Jamais autant d'inertie ne m'aura autant fatigué. J'ai envie de dormir, et d'être tranquille. D'être en-dehors de cette agitation, de cette foule qui m'oppresse, qui s'amuse alors qu'au milieu d'elle quelqu'un se sent terriblement seul…
Cinq minutes ne sont rien, mais deux heures… C'est beaucoup trop long. Beaucoup trop…
« Tu es sûr que ça va Houtarou ? Tu es tout pâle…
― Non, on ne peut pas dire que je me sente bien...
― D'accord…mais tu ne vas pas rester dans ton coin tout de même ?
― Je préfère, sincèrement… »
Je ne cherche même pas à savoir ou non si j'ai eu raison de refuser l'invitation de Shana à rentrer dans la discussion passionnée que semble livrer mes trois amis sur le combat.
Je fatigue…
« ELLE A GAGNE ! MAGNIFIQUE ! »
Le Scobliode…Scobilode…enfin bref le truc d'Unys, n'a rien pu faire face au Feurisson d'Hikari. Cinq minutes, qui m'ont paru tout aussi longues que lors de la demi-finale. Mais c'est à cause d'un moi bien plus préoccupé et complètement renfermé que je n'ai pas profité de quoi que ce soit du match, et encore moins de la joie extrême se lisant chez Conway qui cherche à se jeter dans les bras de n'importe quelle personne qu'il pouvait atteindre. Je n'ai pas échappé à son bonheur extrême celui-ci ne s'est même pas aperçu à quel point je ne participe pas à l'ambiance générale, à laquelle tout le monde adhère par l'annonce du gagnant du 28e Grand Festival d'Hoenn. Hikari, à la fois isolée et centre de toutes les attentions, montre également ostensiblement sa joie. A quoi pense-t-elle en ce moment ?
La réussite doit apporter une satisfaction vis-à-vis de ceux qui nous ont aidés ou que l'on a aidé à fournir un effort.
La réussite s'obtient à plusieurs.
Qu'adviendra-t-il le jour où mon succès viendra ? Je vois très mal à quoi correspond une victoire… ou du moins, à une échelle relativement haute pour que je me rende compte de ma véritable valeur. Les matchs, d'accord…mais un tournoi, une grande quête ? Mon aide à Shana ? Je ne sais pas comment je devrais fêter l'événement. Il n'y aura rien à fêter. Que des mouchoirs pour pleurer. Pour les tournois, avec mes compagnons de route, mes Pokémon, certes… Mais quand Shana sera revenue chez elle ? Avec qui pourrais-je me réjouir d'une promesse tenue malgré les mois et les difficultés endurées ? Personne… mis à part Coudlangue peut-être, et encore, il n'est que très peu intervenu dans les affaires qui m'ont concerné moi et Shana, dernièrement. Bref, seul… tout comme je le suis déjà maintenant, sans personne pour se soucier de ce que je peux ressentir. Coupé du monde parce qu'ayant une personnalité trop différente des autres… cette ambiance ne me réussirait que si j'en étais le centre. Je n'aime pas cette foule, ce bruit, cette solitude…
« Houtarou, tu ne vas pas mieux ?
― Non, j'ai un réel besoin d'être tranquille…
― Comme tu le sens. En tout cas, je regrette que tu ne profites pas de cette journée comme moi. Qu'est ce qui te dérange autant ? Depuis hier j'ai l'impression que tu as un pied dans la tombe !
― A quoi bon s'amuser comme ça quand je me sens seul et quand je pense à tout ce que nous avons à faire ?
― Tu tiens à gâcher les seuls moments susceptibles de me rendre heureuse !
― Non. Je parle de tranquillité, et excuse-moi mais comme je te vois ici, comparé à certains moments, je doute encore d'avoir affaire à la Shana que j'ai toujours connu.
― Houtarou, comment peux-tu parler ainsi !?
― Je suis parfaitement sain d'esprit, je ne me sens juste pas en état de faire la fête quand des choses importantes nous attendent et que je dois supporter une ambiance à laquelle je ne suis pas du tout habitué. »
Shana, ayant pourtant l'habitude de réagir au quart de tour, fournit un effort surhumain pour ne pas élever le ton ou d'être compatissante envers moi.
Elle abandonne et finit par me laisse à ma solitude.
Et me voici à nouveau seul. Tranquille, tout comme je le serai dans quelques semaines, savourant à nouveau une pleine liberté malgré ce que j'ai pu subir ou subirai jusqu'à la sa disparition définitive. Je me sens revigoré rien qu'à l'idée d'imaginer les vastes étendues de Sinnoh qui m'attendent. Pour l'instant, seul le sommeil me gagne, résultant de la fatigue et mon état mental du moment, à savoir stress et tristesse. Il ne me reste plus qu'à expliquer mon état à nos deux compagnons oh combien étrangers à tous nos soucis. Si je sens qu'Hikari comprendra très bien, je m'imagine mal Conway avoir un réel avis sur la question…
Je leur en parlerai demain alors. Il vaut mieux. Au moment de les quitter.
Un lit m'attend. Puis un train. Puis un navire. Puis des terres inconnues. Puis une caverne. Puis une disparition. Puis une fin. Puis un commencement. Puis une tristesse.
Puis un bonheur.
J'espère.
Il est quand même invraisemblable de vivre un état de déprime quand on se dit que tout part d'une simple distraction lors d'un match qui est censé offrir du spectacle. Mais si le mal peut se permettre de prendre si facilement la place du bien, pourquoi l'inverse ne serait pas possible ?
Le positif l'emportera toujours.
Au final, Conway et Hikari auront été de très bons compagnons, même s'ils sont restés totalement, ou presque, étrangers à notre périple à travers la région. Nous ne les avions rencontrés que très tard, de manière inopinée, à Algatia. Sur les quais de la gare ferroviaire de Poivressel, j'ai pu m'apercevoir que leur présence allait créer un vide certain. Ils ont fait partie intégrante de mon voyage. Nous étions tous les quatre à attendre la mise à quai du train à destination de Mérouville. Le silence qui pèse souvent sur les séparations est venu au rendez-vous et il a bien fallu un quart d'heure pour que quelqu'un chasse la lourde ambiance ; pour ma part, je n'ai pas encore la force de la chasser d'une manière ou d'une autre, bien que l'idée de justifier mon comportement de la veille me tourmente. Conway et Hikari se sont effectivement inquiétés mais l'euphorie de la victoire de la coordinatrice a réussi à affaiblir le malaise qui était en passe de s'installer durablement. Je continue tout de même à regretter de n'avoir pu être à la hauteur des félicitations que mérite la top coordinatrice. Je pouvais concevoir ce point de vue comme une négligence, mais au fond, je préfère penser qu'il vaut mieux une atmosphère détendue à l'heure des grands départs. Une atmosphère propice à la communication, aux explications... Au fond, je n'ai pas besoin d'attendre quelqu'un pour me lancer...
« Conway ? Hikari ?
― Oui Houtarou ?
― Je suis désolé pour hier soir...
― Ben quoi ? Tu étais fatigué non ?
― Euh oui, mais bon je n'étais pas non plus à fond moralement et je regrette de ne pas avoir pu fêter avec vous cette victoire. Et je dois l'avouer, j'ai été assez surpris, même si je trouve normal qu'un tel événement provoque tant d'enthousiasme, de te voir Conway, ou même Shana que je connais très bien, si enjoués...
― Pour ma part, Houtarou, je peux te dire que tu restes encore trop ancré sur le stéréotype de l'intello que je peux effectivement représenter. Le voyage mené à Sinnoh n'a fait qu'accentuer cette impression auprès de tous. Mais je peux très bien me lâcher. Après, il est vrai que depuis que je suis parvenu à me rapprocher de ma chère « Hika », ma timidité a pris un sale coup. N'est-ce pas Hika ?
― Comparé à notre rencontre au tournoi d'Unionpolis, oui, bien moins timide, et moins intimidant aussi.
― Euh oui, c'est ça... enfin bref, Houtarou, tu n'as pas à t'excuser pour ton état de hier soir, l'essentiel étant que tu ne rejettes pas la victoire et que tu ailles mieux. Si tu veux savoir pourquoi Shana était si heureuse hier soir, à toi de lui demander, ce ne sont pas mes affaires.
― C'est gentil, mais je lui ai déjà demandé. Shana, c'est bien ce que tu m'as expliqué hier soir ?
― Oui, oui, je maintiens ce que j'ai dit.
― Bien, bien... maintenant que je me suis expliqué, je me sens soulagé ; tout va bien dans le meilleur des mondes alors, si j'ose dire. »
L'expression a fait rire le groupe. Je me rends compte combien au fond Conway et Hikari s'étaient au final totalement intégrés à notre aventure, notre histoire, même si nous n'avons côtoyé la coordinatrice qu'à de très brèves occasions. En ce qui concerne Conway, il continuera toujours à m'intriguer. Un dresseur qui s'est démarqué de la masse par une capacité inimaginable à assimiler des connaissances a réussi à conserver son caractère tout en passant d'un enfermement à une ouverture aux autres. Son changement, surtout aux yeux d'Hikari, a été impressionnant. Il ne m'a fallu que quelques secondes pour transposer ce changement à une autre personne : Shana. Celle-ci a effectué aussi ce passage. Son bonheur, alors que son éloignement est toujours aussi fort, « loin » de ses compagnons de l'autre monde. Son désespoir a atteint son apogée hier soir. Il n'y a pas eu non plus de changement brutal : Shana est toujours une aventurière, une combattante, tantôt avec sa face sentimentale qui émerge, tantôt avec les comportement d'un enfant qui en devient presque attendrissant. Il n'y a que son rapport au monde – à mon monde – qui a changé, petit à petit. Lorsque l'on vit une aventure aussi incroyable que celle dont nous sommes les acteurs, il s'agit du premier constat que l'on ne peut contester.
« Houtarou, Shana, les Chutes Tohjo sont toujours en ligne de mire ?
― La destination n'a pas changé. Shana a trop attendu pour pouvoir s'y rendre. Voilà depuis le mois de novembre que nous nous traînons avec cet objectif Plus rien ne nous empêchera d'y aller.
― Nous vous souhaitons un bon voyage et que le succès soit au rendez-vous. Houtarou, j'espère que nous nous reverrons bientôt. Tu disposes de mon adresse mail et de mon adresse tout court. Dommage, je n'ai pas pu me mesurer à toi, cela m'aurait intéressé de combatte et d'analyser une personne aussi complexe que toi. Quant à toi Shana, c'est la première fois que je vais le dire à quelqu'un, et toutes les personnes que tu auras rencontrées ont dû penser la même chose, mais j'espère te dire adieu. Jamais mon imagination n'a atteint l'idée de l'existence d'un autre universel, mais tu es la preuve qui rend réel l'impossible. Adieu Shana, retrouve ceux que tu aimes et garde tout de même un bon souvenir des quelques mois que tu as vécus ici. »
L'ambiance, bien que détendue, ne la rend pas moins riches en émotions. Bien qu'ils n'aient pas atteint le cercle de mes amis proches, l'idée d'adieux entre Shana et nos deux compagnons de voyage me met mal à l'aise. Quand je pense qu'il faudra que je fasse probablement de même d'ici quelques temps... Et même s'ils s'apprécient énormément, sans que je me lance dans une hypothèse peu fondée d'amour réciproque, Hikari et Conway vont aussi choisir deux chemins séparés pour quelques temps. La coordinatrice a mené trois saisons de concours avec enfin une victoire à la clé. Elle compte donc se donner une année sabbatique au cours de laquelle elle mènera tout de même quelques entraînements. Elle a fait également part de sa visite à trois amis qui se trouvent actuellement dans la région d'Unys, ce qui n'a pas manqué au passage de rendre Conway jaloux, parlant je ne sais pourquoi d'un « wesh à casquette, une asperge extravagante et d'un palmier sans personnalité ». La seule conclusion que je peux en tirer de ces propos, c'est que Conway n'a pas l'air d'adorer Unys, du moins ce qui s'y trouve et ceux qui s'y trouvent. De toute manière, en ce qui le concerne, il reste sur place pour mener sa propre quête aux badges à Hoenn. Sa deuxième année dans ces contrées lui a, selon lui, apporté de nombreuses connaissances qu'il n'aurait jamais su emmagasiner par les livres.
Chacun a son objectif, tant mieux...
« Le train express régional n°271 293 à destination de Mérouville va entrer en gare voie 4. »
Le moment tant attendu et tant redouté est enfin arrivé. La rame pénètre dans un relatif silence en gare et stoppe sa course au tronçon de voie qui lui a été assigné. Peu de personnes semblent vouloir prendre ce train, ce qui a permis à Shana et moi d'éviter la tumulte des grands départs, illustré par des bousculades et autres recherches de place. Un dernier serrage de mains, une embrassade, et le groupe se scinde en deux. Nous deux, prenant une place de manière à pouvoir adresser un dernier salut à nos acolytes, et ces derniers, attendant dans le silence, comme nous, que le train démarre et n'offre plus ce supplice de la séparation. Qu'elle soit temporaire ou définitive, cette séparation est toujours plus difficile à supporter lorsque l'on se trouve si près l'un de l'autre, tout en étant séparé par une bête vitre : la vue, éventuellement l'ouïe, les gestes sont là ; mais le toucher s'est déjà envolé, et plus encore les sensations que l'on a éprouvées et que l'on regrette déjà.
L'alarme annonçant la fermeture automatique des portes retentit. Cette torture psychologique se termine, enfin. Le bruit puis la secousse nous confirment que le nœud que nous avions dans le ventre peut enfin se détendre. Un dernier ébranlement, et nous avançons. Les silhouettes de Conway et Hikari disparaissent progressivement un virage les fait définitivement disparaître de notre vue. Le voyage peut démarrer paisiblement.
« Mesdames, messieurs, bienvenue à bord du train à destination de Mérouville. Il desservira toutes les gares sur son trajet. »
Shana, perplexe quelques secondes, finit par se tourner vers moi.
« Toutes les gares, Houtarou, c'est-à-dire combien ?
― Euh…attends, je regarde…1, 2, 3…10…20…25.
― Et tu n'avais pas plus direct ? Ce trajet dure quasiment quatre heures…
― Ben j'ai choisi le premier train que l'on pouvait prendre…
― Je comprends maintenant pourquoi il est aussi… rempli ? »
Shana semble exaspérée par mon étrange choix, comme très souvent. Elle semble avoir du mal parfois à me comprendre, je ne sais pas pourquoi. Elle a réussi à s'adapter à tout, sauf à certaines de mes décisions qu'elle ne juge pas assez matures. En même temps, je ne pouvais pas la laisser choisir seule, tout aussi indépendante qu'elle est. Et encore, j'ai du mal à évaluer son niveau de maturité. Sans doute sa jeunesse apparente continue de me troubler. Comme elle semble condamnée à rester telle quelle, je ne me serais sans doute jamais habitué à la voir si « jeune » et si mature. Il est d'ailleurs heureux que se retrouver dans un autre monde où que le sort jeté par cette créature dont Shana a été victime n'ait pas altéré ses pouvoirs ou ses capacités, voire même sa santé. Elle a réussi à s'adapter sans problème à notre rythme, à notre mode de vie. Je me demande quand même… nous avons plus que largement réussi à nous comprendre l'un et l'autre. Je n'ai jamais eu de soucis, si ce n'est l'amour – sans doute passager – que j'ai éprouvé à un moment mais qui semble s'être mis de côté maintenant que je considère comme fatale la dure réalité d'une fin dont je n'ai absolument aucune idée de comment elle va se dérouler. Je m'aperçois maintenant que nous avons pris trop peu de temps pour poser clairement ce à quoi il fallait penser de tout ce que nous avons pu faire pour mener à bien le départ de Shana.
Plus de nouvelles n'ont émergé au sujet de Simon. Avec les événements qui se sont imbriqués depuis ma dernière entrevue, je. Les Chutes Tohjo, l'objet mystérieux qui s'y trouve, les Zarbi… j'ai beau y réfléchir, j'y vois autant du vrai que d'incertitude. L'endroit semble effectivement abriter de nombreuses choses que personne n'a jamais su percer à jour, comme l'a prouvé la véritable histoire du grand-père François. Quant à Zarbi, du moins le mien, a effectivement réagi de manière étrange au cours de mon aventure. Enfin, l'objet mystérieux… je n'en sais rien. Après tout, rien ne dit qu'autre chose ne puisse pas se trouver là-bas.
Je n'en sais toujours trop rien… Au fond, Shana et moi sommes absolument certains de ce que nous recherchons mais la déception pourrait être d'autant plus grande si depuis le début nous suivons une fausse piste. Je n'ose pas nous imaginer, haletants, après avoir franchi les derniers mètres qui nous séparent de ce qui nous semblait être notre but, de s'apercevoir qu'il n'y a rien d'autre que les murs froids d'une caverne et le bruit plus ou moins assourdissant des chutes ne présentant absolument rien.
Un vrai cauchemar.
A l'image des songes de ces derniers jours. Me voyant toujours dans un dédale avec Shana avec celle-ci disparaissant soudainement, m'abandonnant, comme si elle avait pu se débrouiller d'elle-même. La finalité de cette aventure me hante, malgré la disparition du spectre de l'inutilité.
Zarbi, qui n'est pas retourné dans sa Pokéball depuis son retour des soins intensifs du Centre de Poivressel, me fait signe, me désignant une Shana endormie, mais le plus étrange, une larme à l'œil.
Encore ?...
L'étrangeté de la scène au sein d'une voiture vide me fait détourner le regard de Zarbi. Jamais je n'aurais dû le quitter des yeux. Un éclatement de couleurs, une lumière blanche me privant de ma vue, puis le noir. Un autre décor s'installe, mais il ne s'agit pas d'un labyrinthe comme dans mes rêves, bien que l'endroit soit plongé dans une obscurité quasi-totale, juste assez éclairé juste assez pour que je puisse deviner la silhouette Shana quelques mètres plus loin, qui, le dos tourné à moi, scrute quelque chose au-dessus d'elle. M'avançant de manière déterminée, je lui demande où nous nous trouvons. Pas de réponse. Pas étonnant, j'ai envie de dire. Si je me retrouve comme à Eternara.
Quelque chose qui n'a pas lieu d'être.
Ses cheveux…rouges.
« Houtarou…
- Oui ?
- Je veux te montrer quelque chose. »
Un sursaut de curiosité apparaît, et ne fait que s'accentuer, alors que je m'aperçois que Shana tient au moins deux objets, renfermés dans chacun de ses deux poings. Celui de gauche s'ouvrit et me révéla… le pendentif. Juste le pendentif. Un poil déçu par le coup que Shana vient de me faire, mon attention finit par se concentrer sur le poing formé par la main droite, qui, je suis certain, doit cacher quelque chose de bien plus intéressant. Celui-ci s'ouvre doucement, me laisse transparaître un éclat inégalable. Un éclat qui m'aveugle, avant de me plonger dans le noir, puis à nouveau dans la tiédeur qui règne dans la voiture. Shana dort toujours, et Zarbi croise ses y… son œil avec mon regard et me fixe lourdement. Zarbi a provoqué ce qui s'est déroulé il y a un instant. Personne ne s'est visiblement aperçu de ce qui venait de se dérouler, ni l'agent venu nous contrôler deux minutes après l'interruption de ce véritable mirage.
Je commence à comprendre le rôle de Zarbi … du moins ce qu'il a à voir avec Shana, et dans une autre mesure moi. Il est responsable de tous les rêves ayant fait intervenir nous deux depuis que nous avons débuté notre voyage en commun. Pour ainsi dire, il y a un instant, je vivais un moment à travers les rêves de Shana… Zarbi est donc capable de lire et de transformer les dimensions des songes pour que d'autres puissent les visualiser. Donc, Shana a vécu dans son sommeil ce qui m'a été permis de voir. Elle doit donc logiquement savoir ce qu'elle tenait et aussi où nous nous trouvions. Mais elle dort toujours. D'autres larmes sont apparues sur son visage, que je m'empresse, tout en discrétion, d'essuyer afin de ne pas attirer le regard d'un passager qui aurait l'idée de passer à ce moment. Cette tristesse… est liée au rêve, sans aucun doute. Nous ne nous trouvions pas aux Chutes Tohjo dans ce rêve. Je ne me souviens pas avoir entendu une seconde le fracas de l'eau.
« Houtarou…
― Shana ?
― J'ai fait un horrible rêve... »
Dois-je dire que je l'ai vécu également ?
Ne pas mentir…non…pas maintenant.
« Je sais, Shana.
― Tu sais ?
― Je sais ce que tu as vu. Et je sais ce que nous vivrons…
― Houtarou…
― Shana, quel était cet endroit où nous étions tous les deux ?
― Les Chutes Tohjo, sans aucun doute.
― Co…comment tu le sais ?
― J'ai vu les chutes. Nous étions là-bas. Mais après Houtarou, tu sais, ça n'était qu'un rêve…
― Je l'ai vécu avec toi, et il y a une raison bien précise.
― Tu peux m'expliquer pourquoi ?
― Oui. Le coupable est en notre compagnie.
― Zarbi ? Tu as réussi à déterminer son rôle…
― Oui.
― Houtarou, tu peux me rappeler la phrase que Simon t'avais dite, concernant les Zarbi ?
― Quoi, les bribes sans queue ni tête ?
― Oui.
― Euh, attend…oui voilà. Celui qui deviendra le meilleur…ouvera la clé du…des Zarbi…ainsi, le…sacré apparaîtra.
― Tu ne trouves pas qu'il y a trop de coïncidence avec tout ce qui nous arrive pour qu'il nous ait menti ? Non, tout cela est trop troublant… les Chutes Tohjo… les rêves… Zarbi et le pendentif.
― Simon n'aurait donc dit que la vérité ?
― Il est évident que oui. Mais après ne me demande pas pourquoi, je n'en sais absolument rien.
― J'ai une hypothèse… avant qu'il ne devienne maboul, tu ne penses pas qu'il cherchait à nous aider ou – mieux – à remplir par notre intermédiaire les expéditions menées par son grand-père ?
― Dans ce cas, explique-moi comment il savait que nous devions nous rendre là, alors qu'il n'avait en tête que ses intérêts personnels ?
― Je ne sais pas… il était sans doute au courant quelque chose. Je suis sûr que s'il n'avait pas perdu la tête quand tu te trouvais au Mont Memoria, il en aurait révélé bien plus que nous n'aurions su. Nous aurions, qui sait, gagné des semaines, mais nous n'y pouvons rien. Simon doit être alité pour un bon moment et nous n'aurions plus de temps à aller voir comment il se porte. Ce qu'il vient de se passer confirme une fois de plus que nous sommes sur la bonne route. »
La dernière phrase prononcée marque le coup. En l'espace de quelques secondes, seule le roulement des bogies du train sur une voie en manque d'entretien marquent le tempo. Nous sommes sur la bonne route. Les Chutes Tohjo sont bien le terminus de notre voyage. Il n'y a plus aucun doute à avoir. Le trajet en train doit durer encore bien longtemps, ce qui nous permet encore de réfléchir. Notre discussion qui a dérivé a manqué de me faire oublier un détail.
« Shana, tu peux me dire ce que tu tenais serré dans tes poings lorsque nous rêvions ?
― Et bien le pendentif et…et…oh c'est horrible Houtarou, je suis sûr que c'est important mais je ne parviens pas à m'en souvenir ! C'était quelque chose de très petit, mais après…
― Et lumineux ?
― Sans doute, je ne me rappelle pas bien…
― Je suis certain que c'est la clé qui te ramènera chez toi.
― Tu penses ? Après tout... »
Shana m'adresse un sourire qu'il ne m'a pas été permis d'admirer depuis bien longtemps lorsque nous étions seuls. Désemparés, souvent sans piste, nous ne savions que faire. Ici, notre chemin est tout tracé. Rien n'est en mesure de nous stopper…Même les larmes de Shana durant son rêve restent une énigme, mais la situation actuelle ne me permet pas de m'en soucier. Il y a longtemps que je ne nous ai plus vus aussi heureux en ce qui concerne l'issue de notre quête.
Un soleil radieux nous accueille à Mérouville, après un voyage en train qui s'est conclu sans histoires. Le silence qui « rythme » notre marche jusqu'au port n'est pour une fois pas dû à un malaise mais bien à une certaine forme de bonheur qu'il reste à canaliser. Ce bonheur d'accomplir la quête est accompagné d'un nouveau coup de blues. J'ai à nouveau ce sentiment d'avoir manqué quelque chose durant ces mois. Sans doute le départ d'Hoenn va-t-il accentuer ce mal-être. Je devrais être ému, vu tout ce que nous accompli. Rien que d'y penser, je me sens moins pessimiste… voire excité de voir ce qui nous attend à Johto et Kanto. Les émotions les plus extraordinaires qu'il ne m'a jamais été permis de vivre, sans aucun doute.
Le temps nous séparant du départ s'en est allé bien trop rapidement.
Déjà Mérouville s'éloigne. Le continent rapetisse et ne devient à présent plus que l'amas de souvenirs se bousculant dans nos têtes. L'aventure a été et continue à être bien trop dense pour que je puisse en tirer quelque chose de détaillé pour le moment. Je devrais songer à écrire une chronique, avec ces souvenirs de voyage, à l'instar du journal que j'avais débuté le jour où mon aventure n'avait, au contraire, plus aucun sens. Ce qui ne serait pas une mauvaise idée, loin de là, maintenant que j'y pense. Je devrais le continuer… ne serait-ce que par passion pour l'écriture, mais aussi par le devoir de mémoire que je dois à Shana. Mais elle… que conservera-elle de moi, mis à part des souvenirs ? Il faudrait que l'on songe à garder un souvenir photo. Une photo, par exemple…
Il faut que j'y pense à Johto.
Le ferry glisse silencieusement sur les flots d'un océan bien calme. Le sommeil parvient rapidement à m'emporter, cette fois-ci sans rêve. Il y a des lustres que je n'ai plus vécu une nuit sans pointillés… Après la journée chargée psychologiquement et la sieste déjà entamée dans le train, il est déjà surprenant que je sois parvenu à m'endormir si facilement.
Toc. Toc. Toc.
Qui est là ?
Je sens une autre atmosphère.
« Houtarou ?
― Oui ?
― Regarde là-bas. »
Une falaise surplombe l'océan. Une étendue de forêts semble recouvrir, où elle le peut, l'ensemble des terres.
Bourg-Geon.
