Petit résumé : Alors sortons les mouchoirs… Bonne lecture à tous…
Harry Potter et le mystère du Langue de Plomb
Chapitre 25 : Adieu
(POV Harry)
Je fixais intensément sans me retourner le lieu où se tenait, il y a encore quelques secondes, Dray. Pendant un bref instant, je l'avais dévisagé, rejetant au plus loin tout ce que je comprenais par ces quelques mots qu'il avait adressés à son parrain et il avait disparu dans un nuage verdâtre dans l'âtre de la cuisine sombre des Black pour rejoindre Sainte-Mangouste sans que j'ai esquissé le moindre mouvement dans sa direction, sans que j'ai même songé à le retenir. Je sentais Sev à quelques pas derrière moi, à quelques mètres tout au plus, il semblait tout aussi figé que moi par les dernières paroles de Dray. « Il a besoin de toi, Severus… Il a besoin de toi, Severus… Il a besoin de toi, Severus…». Ces paroles résonnaient en moi, infiniment… Il savait, il avait compris, tout compris…
Je n'arrivais pas à enregistrer toutes les informations qui venaient de me parvenir depuis que j'étais revenu à Grimmaurd avec Dan et Sev. C'était pire que ce que j'avais crains, bien pire que tout ce que j'avais pu imaginer. Retrouver Dray était en soit une des pires épreuves pour moi, je ne voulais pas revenir ici, je ne voulais tout simplement plus souffrir mais je n'avais juste une nouvelle fois pas le choix et ça s'était avéré encore plus dur et plus pénible. Lorsque je m'étais retrouvé au bas des escaliers et que mes yeux avaient accroché ses iris gris, si particuliers et chers à mon cœur, j'avais blêmi. Je ne m'attendais pas à me retrouver confronter à lui, pas aussi vite en tout cas, Charlie nous avait dit être seul au Square, cela m'avait quelque peu soulagé, je pensais avoir du temps pour me préparer à lui faire face à nouveau, mais non comme d'habitude, le destin en décidait autrement, à mon plus grand désarroi. Et il était là, il semblait las, fatigué, ses yeux cernés et rougis par une fatigue évidente, bien plus que lorsque je l'avais laissé dans mon appartement parisien pour transplaner et rejoindre Sev. Le sortilège lancé par son père avait dû l'affaiblir beaucoup plus que ce que je n'avais craint, mais, il n'y avait pas que cela, je le savais, une sorte de pressentiment qui m'étreignait dès que nos yeux se retrouvèrent, se connectèrent et quoi qu'il se soit passé depuis que je l'avais quitté, je devinais d'ores et déjà que cela m'atteindrait et m'anéantirait encore un peu plus.
Pendant quelques instants, je les avais dévisagés sans même m'en rendre compte, comme hypnotisé, comme le papillon qui se rapproche les nuits d'été de la lumière de la bougie qui le tuera inexorablement. J'avais eu du mal à réaliser qu'ils se tenaient, là, tous les deux face à moi, après sept ans, nous nous retrouvions tous ici à Grimmaurd et je les observais sans mot dire. Dray semblait sincèrement heureux de revoir son parrain, il faut dire qu'ils ne s'étaient pas revus depuis si longtemps, depuis cette odieuse parodie de procès. Je croyais que mon cœur allait exploser de les voir ainsi face à face, les deux hommes que j'aimais, que j'avais toujours aimés étaient ici, à Grimmaurd. Jamais, je n'avais eu si peur, cette douleur atroce qui me serrait le cœur comme dans un étau. C'était le moment le plus déstabilisant que je n'avais jamais vécu.
Comme si cela ne suffisait pas, il y avait eu cette attaque contre Gin, visant ma chère petite Mione. Lorsque Dray nous avait dit que la sœur de Charlie avait été la victime de cette nouvelle attaque de mangemorts au ministère, j'avais eu l'impression de perdre tout contrôle sur ma magie. Sans Sev, je crois que je n'aurais pas réussi à me reprendre suffisamment pour redescendre dans la cuisine auprès de Charlie, Dan et Dray. Sev avait été comme depuis toutes ses années, d'une douceur incroyable, il avait été si tendre et m'avait empêché de sombrer. Nos baisers étaient d'une telle complicité, nous étions redescendus au bout de quelques minutes dans la cuisine. Dan, accompagné de Charlie, avait rejoint Sainte-Mangouste pour aider les autres médicomages, après tout, si quelqu'un pouvait identifier le sortilège lancé contre Gin et la soigner, c'était lui. Et il y avait eu ce regard trop froid de Dray, étrange, violent, cette arrogance de sa famille se dessinant dans ses yeux, cette lueur hautaine et cruelle qui semblait s'être estompée quand il me regardait depuis qu'il avait intégré le Phénix sept ans auparavant, réapparaissait d'un coup et me poignardait aussi sûrement que des milliers de doloris.
Et maintenant, nous n'étions plus que tous les deux, sans bouger, sans rien dire… Je ne percevais que le souffle assez irrégulier de Sev, dans le creux de ma nuque, je sentis ses doigts enserrer mes bras doucement, je me laissais finalement aller contre son torse, son visage enfoui dans mes cheveux en bataille. Ma gorge était serrée par cette émotion. Il savait, Dray savait désormais que j'avais quelqu'un d'autre dans ma vie depuis toutes ces années d'absence et c'était son parrain. Je ne suis même pas sûr que c'était cela qui faisait naître des sanglots, des perles salées et chaudes au bord de mes yeux. Non, je crois que ce qui me troublait et me déstabilisait tellement, c'était cette résignation, cette acceptation, ce rien qui était tout pour moi. J'avais pris ma décision pendant que j'attendais Sev chez lui avec Dan, je voulais agir honnêtement, lui dire ce qui m'unissait avec son parrain depuis quelques années, mais il m'avait devancé, il savait et il n'avait pas hurlé, il n'était pas en colère ni choqué, rien, ses yeux étaient plus froids, plus hautains, rien que cette phrase que j'entendais comme un leitmotiv «Il a besoin de toi, Severus… ». Voilà à quoi se résumait ma prétendue histoire avec Drago, sept ans que je ne parvenais pas à construire complètement ma relation avec Sev à cause de mes sentiments pour lui, et lui qui prétendait tenir à moi, se moquait en fait royalement de moi, il s'en fichait et était parti comme ça, me laissant avec son parrain. Il avait accepté sans un mot, sans rien, ni cris, ni rancœur, pas de dispute, toujours ce rien… Merlin, je suis tellement écoeuré. Je l'avais aimé au point de tout fuir et lui et sa prétendue affection, son amour… Les larmes qui embuaient mes yeux, coulaient désormais sans aucune retenue.
Severus me demanda de me retourner pour lui faire face et je m'écroulais complètement dans ses bras, je pleurais pour tout : Gin, le combat contre Voldemort et les mangemorts qui devenaient une dure et cruelle réalité, mon retour dans cette demeure qui n'était pour moi que l'image perdue de Sirius, son souvenir encore si douloureux, depuis si longtemps, et surtout je pleurais à cause de lui, j'avais mal mais au moins désormais, les choses étaient claires. J'avais raison, Dan s'était trompé complètement. Je n'étais qu'un passe-temps aux yeux de Dray puisqu'en sachant que Sev était important pour moi, il avait fui sur l'instant, il me laissait seul avec son parrain, il ne souhaitait pas s'accrocher le moins du monde pour me garder à ses côtés, pas d'esclandre, rien, rien, rien… je n'étais rien et mon cœur en saignait. Sev me connaissait parfaitement, il comprenait que tous les événements qui venaient de se dérouler depuis ces dernières minutes étaient en fait un condensé de tous ceux qui m'avaient fait fuir pendant sept ans mes amis et ceux que je considérais comme ma famille de cœur. Je n'avais pas besoin de lui parler, comme d'habitude, il savait, me comprenait, m'aimait tout simplement.
La main de mon amant passait en une caresse furtive dans mon dos et très vite, ses lèvres se perdaient dans ma chevelure et mon cou en une myriade de baisers, son souffle glissa doucement vers mon oreille et il murmura :
« Harry, je suis désolé, mais il faut que l'on y aille, il faut que l'on parte de toute urgence pour Sainte-Mangouste, tu ne pourrais pas te pardonner d'être arrivé trop tard pour la fille Weasley…
- Oui.»
Je me hissais sur la pointe des pieds, à sa hauteur et déposais un léger baiser sur ses lèvres, ma main gauche enserra la sienne fermement, nos doigts s'entrelaçaient et nous nous dirigeâmes sans un mot vers la cheminée de la cuisine Grimmaurd. Nous nous comprenions sans doute encore plus qu'avant, depuis l'aveu de mon amour la nuit dernière, ces dernières heures nous avaient rapprochés, aussi sûrement qu'elles m'avaient éloignées de Dray, me confrontant enfin à cette réalité que je fuyais depuis sept ans.
Il ne s'était écoulé que quelques secondes quand nous arrivions dans la zone de communication par cheminette de Sainte-Mangouste. Il y avait une file d'attente des plus impressionnantes, nous nous faufilions le plus rapidement possible au milieu de la foule, je serrais presque convulsivement la main de Sev, je craignais plus que tout de perdre la sensation de sa paume contre la mienne, m'emprisonnant. C'était la première fois en sept ans que je me retrouvais au cœur du monde sorcier et peu de temps serait nécessaire pour que quelque sorcier trop curieux ou attentif ne remarque ma cicatrice et alerte ses pairs de la présence du sauveur disparu depuis si longtemps. Nous nous rapprochions vers le bureau d'accueil où une petite sorcière blonde au visage émacié orientait les personnes vers le service le plus approprié. Devant nous, une vieille sorcière dansait une gigue endiablée, sur un pied visiblement ensorcelé pendant qu'un jeune enfant était tiré vigoureusement par son père, son visage d'une étrange couleur violette laissait imaginer qu'il était victime d'une farce plus que douteuse. Un adolescent larmoyant les suivait, jurant sur Merlin et les plus grands sorciers de tous les temps qu'il n'avait pas voulu cela, qu'il n'avait jamais eu la moindre intention mauvaise à l'encontre de son petit frère. Le père soufflait et fulminait, il remercia à peine la jeune sorcière blonde qui les orienta vers le troisième étage des erreurs de manipulations de potions. Lorsque finalement Sev et moi parvenions au guichet, la voix cristalline de l'hôtesse d'accueil de Sainte-Mangouste dérailla légèrement lorsqu'elle me dévisagea, il lui fallut quelques instants pour retrouver sa parfaite intonation douce et prévenante :
« Bonjour… Bonjour, messieurs. Que puis-je pour vous, Messieurs ?
- Nous cherchons la chambre de Mademoiselle Ginerva Weasley, elle a été admise hier, suite à une attaque au ministère.
- Oui, tout à fait, deux secondes, je vérifie dans mon listing… Oui, effectivement, elle est au service des blessures magiques, dangereuses et inexpliquées au premier étage, chambre 120. C'est le médicomage Fincher qui s'occupe de mademoiselle Weasley.
- Bien, merci pour ces renseignements. »
Sans plus de cérémonie, Sev me traîna en direction des escaliers au fond du hall, je regardais machinalement au détour d'un couloir blanc, immaculé, presque oppressant, les panneaux lumineux qui clignotaient et changeaient magiquement selon les demandes faites par l'homme avec ses deux enfants lui indiquant la direction à suivre, j'exécrais ce lieu et ce sentiment n'avait pas diminué avec les années.
Lorsque nous franchissions la porte du premier étage, je lisais presque malgré moi le panneau qui marquait son entrée : «Premier étage : blessures magiques, dangereuses et inexpliquées : cas désespérés et incompris, service des médicomages Fincher et Dewett. » Je soupirais et regardais Sev, je n'avais pas besoin de lui parler, il savait ce que ces quelques mots avaient éveillé en moi, de la peur, de la panique, de la colère, de la haine… Voldemort était à nouveau à l'origine d'un drame qui se nouait à mon insu, j'espérais seulement que Dan était arrivé à temps pour diagnostiquer le sortilège qui avait été utilisé à son encontre, qu'il avait trouvé le remède pour sauver la petite Ginny… Pour qu'elle ne soit pas la première victime de cette guerre qui reprenait.
A quelques mètres, un attroupement aux cheveux roux se tenait, je reconnaissais immédiatement Molly et Arthur, les jumeaux, Bill et Percy. Un grand homme, aux cheveux poivre et sel, aux tempes grisonnantes était à leur côté ; il portait la blouse blanche caractéristique des médicomages de Sainte-Mangouste. Il soupirait, ses doigts passaient frénétiquement sur sa tempe droite, il semblait être radicalement opposé à Dan qui pestait contre lui. La discussion entre les deux hommes était visiblement animée, même de loin, je ne pouvais pas en douter une seule seconde. Je m'approchais du groupe, suivi par Sev, sans interrompre le débat entre les deux hommes auxquels les Weasley ne participaient pas vraiment. Ils semblaient tous perdus, désemparés et alors que je me tenais désormais à quelques pas de mon meilleur ami, je l'écoutais :
« … Vous ne comprenez pas, ce que vous faites ne sert à rien. Elle souffre du Dolorosa Corpus. J'ai déjà vu ce sortilège, il est utilisé outre atlantique par des sorciers fanatiques, des groupuscules adeptes des théories puristes du Sud de Salem contre les moldus et les sang-mêlés depuis moins de deux années, je ne l'avais jamais vu en Europe jusqu'à aujourd'hui, mais je suis certain de mon diagnostic. Une loi du ministère américain de la magie a déclaré ce sort comme étant le quatrième impardonnable, il y a six mois, il cumule les effets du doloris avec un avada. Il faut que vous arrêtiez immédiatement ce traitement, c'est impératif… Pour elle… Ne faites plus rien, par pitié… Ecoutez-moi…
- Dan ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Zig, oh Merlin soit loué. Dis à cet abruti qui je suis, il refuse de m'écouter.
- Monsieur Fincher, je présume ?
- Oui, mais… Vous êtes… C'est impossible…
- Oui, je suis bien Harry Potter et voici mon meilleur ami, Daniel, Daniel Diffaclerc. Vous pouvez me croire, c'est un ponte en sortilège de magie noire, il a exercé aussi bien à Sainte-Salem qu'à Sainte-Circée, c'est le chef du service des infections pathologiques majeures dans ces deux célèbres institutions. Il sait de quoi il parle. Maintenant Dan, dis-moi la vérité, tu sembles vraiment inquiet.
- Non Ziggy, je suis désolé, c'est bien pire… C'est trop tard.
- Pardon ? Je… NON !
- Ecoute-moi, Zig, c'est fini… Elle souffre du Dolorosa Corpus…
- Alors ? Quel traitement faut-il lui administrer à la place de celui qu'elle reçoit actuellement ? Merde, Dan, on a déjà perdu tellement de temps ! Qu'est-ce que tu attends ? Ne reste pas ici !
- Non, tu ne comprends pas… Ecoutez-moi, Zig… C'est fini, c'est trop tard, on ne peut rien faire, sauf l'accompagner dans ces derniers moments et lui épargner plus de souffrances. Monsieur et Madame Weasley, il faut interrompre toute tentative de soins, sa douleur ne va cesser de s'accroître. Si on tente quoi que ce soit, nous allons juste accentuer cette torture, c'est une des particularités de cet impardonnable, il n'y a aucun espoir, aucun… je suis désolé, vraiment… »
Je regardais Dan et les autres personnes présentes dans ce couloir, tous semblaient atterrés par les quelques mots que venaient de prononcer mon meilleur ami ; un silence profond, lourd venait de s'abattre dans ce lieu où derrière une porte, une jeune fille de vingt-quatre ans disparaissait sous nos yeux impuissants dans ce qui s'avérait être un sortilège de magie noire particulièrement douloureux, elle allait souffrir pendant les prochaines heures, les prochaines minutes avant de nous laisser, seuls, tristes et amers… Des larmes roulaient sur le visage de sa mère qui s'accrochait presque convulsivement au bras de son mari qui était plus pâle qu'il ne l'avait été à l'annonce de la mort de Ron. Fred s'appuyait sur le mur froid et avait glissé le long de la paroi, repliant ses genoux contre sa poitrine et était enlacé par Georges qui cherchait par ce geste à le réconforter et à trouver irrémédiablement la chaleur qui lui manquait si cruellement, leur jeune sœur allait mourir… Je lâchais la main de Sev, je ne savais quoi faire. Si Drago et Blaise n'étaient pas venus me chercher à Paris, ils auraient été présents au moment de cette attaque, ils auraient pu éviter ce drame, j'étais malgré moi, responsable d'un nouveau drame, la petite Ginny, la petite sœur de Ron, sur ce lit, mourante, sans aucun espoir. Je cherchais quelque chose à quoi me raccrocher mais mon esprit semblait incapable de trouver la moindre lueur à laquelle j'aurais pu me retenir, pour ne pas sombrer irrémédiablement. Ma gorge se serrait douloureusement, j'avais l'impression d'étouffer, mes yeux me brûlaient mais aucune larme ne semblait vouloir s'échapper. Charlie, Blaise et Dray sortirent en trombe de la chambre de Ginny, apparemment tout autant anéantis que nous, ils savaient déjà visiblement.
« Dan, elle convulse, viens vite… »
Dan s'engouffrait sans demander son reste vers le lit de la belle rouquine, la porte se refermait derrière le médicomage, Monsieur Fincher, nous laissant tous dans ce couloir. Je ne réalisais pas le temps qui s'écoulait lentement, inexorablement, sans que personne ne bouge, ne parle, n'esquisse le moindre geste, temps suspendu dans un moment glacial, irréel. Il se passa ainsi peut-être une heure avant que l'instant ne soit brisé par la réouverture de la chambre par Monsieur Fincher.
« La crise est passée, elle s'était évanouie pendant quelques minutes, elle vient de retrouver ses esprits, Monsieur Diffaclerc reste à son chevet, il m'a demandé de vous prévenir, il veut que vous veniez par petits groupes, pas plus de trois ou quatre, pour lui dire… Adieu… »
Un cri étouffé interrompit l'homme, Madame Wealsey avait perdu connaissance dans les bras de son mari. Bill et Percy aidaient leur père à porter puis à allonger la pauvre femme anéantie sur un banc. Le médicomage s'était précipité vers Molly pour lui venir en aide. Il tenait son poignet, puis fouillait dans sa poche, sortant une petite fiole au liquide rosé qu'il déposa sur les lèvres de Molly. La solution franchissait la bouche de la femme, ses yeux papillonnaient quelques secondes plus tard. Après quelques instants, il se tourna vers nous :
« S'il vous plaît, ne perdez pas de temps. Allez-y à plusieurs… Vite.
- Dray, Harry, Professeur, entrez les premiers, je viens avec vous. Les frères de Gin passeront après nous et enfin ses parents. Cela laissera un temps à Molly pour se préparer. »
J'étais suffoqué par la voix posée de Blaise alors que son corps tremblait, comme jamais. Le fait de prendre des décisions lui permettait peut-être de concentrer cette colère, cette terrible angoisse, cette peine inimaginable et inexplicable. Je suivis presque machinalement le jeune homme, suivi par mes deux amours. Lorsque nous pénétrions dans la pièce, un calme étrange y régnait, presque surprenant comme tenu du drame qui se nouait en ce lieu, le corps mince de la jeune rouquine semblait noyer sous les draps qui la recouvraient. Dan était à ses côtés, il semblait concentrer sur le pouls irrégulier qu'il sentait au poignet de Gin. Son regard était las, écoeuré. Il me regarda quelques instants. Blaise se rapprocha en premier du lit où se trouvait paralysé sa jolie fiancée. Il entrecroisa ses doigts au sien, il prit sur lui pour que sa voix ne soit pas trop chevrotante :
« Ma chérie, je suis là, tu m'entends… »
Ses yeux papillonnèrent légèrement avant de se fixer sur les yeux noirs ébène de son ami.
« Blaise, je suis tellement désolée mon amour…
- Ne dis pas de bêtise, tu n'y es pour rien, tu as voulu venir au secours d'Hermione. Je t'aime pour cela et tu le sais bien.
- Comment va-t-elle… Mione… Dis moi qu'elle s'en sort, au moins…
- Oui, elle va bien, ma chérie, elle a été blessée, elle est soignée au deuxième mais ça va, Remus est avec elle, ne pense pas à cela. Pense à toi, il faut que tu te battes.
- Mon amour, je sais que c'est fini, écoute-moi, je t'en supplie…
- Ne dis pas ça, Gin, ne me dis pas ça…
- Blaise, j'ai peu de temps, laisse-moi parler… »
Une quinte de toux violente interrompit la jeune rouquine, Dan se précipita vers elle immédiatement. Ses doigts passèrent sur le front visiblement brûlant de la jeune femme. Après quelques instants, Gin reprit sa respiration, plus calme, même si elle se faisait sifflante, douloureuse, personne ne bougeait dans la chambre, le silence était toujours plus lourd. Je n'osais même respirer, de peur de rompre leur dernier instant.
« Blaise, je t'aime, mais promets-moi… Promets-moi de continuer, je veux que tu sois heureux, promets-le Blaise…
- Arrête, ne parle pas comme ça, je t'en prie…
- Blaise, promets-moi…
- Je le jure mon ange, je t'aime tellement.
- Je t'aime aussi, Blaise, je t'aime… Dray, Harry, professeur, approchez vous, s'il vous plaît, maintenant. »
Nous nous regardions et je m'avançais en premier, Sev me talonnait, sa main ne quittait pas mon épaule, elle me protégeait indéniablement. Dray fit le tour du lit et se positionna à côté de Dan. Blaise s'était reculé vers la porte de sortie, les yeux emplis de larme. Il s'appuyait, son front contre le mur, cherchant vainement un appui pour lui éviter de sombrer corps et âme en cet instant.
« Je suis heureuse de vous revoir, Professeur et toi aussi, Harry… Je croyais ne plus jamais te revoir. Harry, il faudra que tu sois fort, je veux que ma mort ne soit pas vaine, je veux que cette guerre cesse… Pour ma famille, pour Blaise… »
Je sentais des larmes chaudes qui roulaient sur ma joue, je relevais les yeux de son petit corps frêle et je vis que Dray et Dan pleuraient aussi. Sa voix me ramena vers elle :
« Faites attention à vous, profitez de la vie, et Dray, veille sur Blaise, il en aura besoin.
- Oui. »
Le son que produisit la bouche de Drago était étrange et lointain, presque inaudible, il se pencha vers elle et déposa un baiser sur son front, je fis de même avant de m'éloigner, suivi par Sev. Blaise retourna vers sa douce et s'empara tendrement dans un dernier baiser de ses lèvres, ses mains enserrant avec amour ses joues, avant de sortir précipitamment de la chambre. Nous avons attendu ainsi dans ce couloir, proches les uns des autres et pourtant tous éloignés par la peine qui nous submergeait. Bill et Charlie entrèrent à leur tour, ce fut ensuite les jumeaux et Percy et en tout dernier, Molly et Arthur, avançant comme des fantômes vers le lit de leur unique fille. Lorsqu'ils ressortirent après ce qui me parut une éternité, les larmes qui barraient leur visage en disaient plus que tous les mots existants. Il ne passa qu'une minute quand Dan sortit :
« C'est fini. »
Adieu Gin…
A suivre…
