Vérité dévoilée

Lizzie commence à peiner face à Derek. La détermination qu'elle lit dans le regard de celui qui fut son mari la déstabilise. Son orgueil est vexé de ne pas y voir un peu de regret sur leur couple et leur mariage. En fait, elle se rend compte qu'elle a perdu Derek depuis bien longtemps et que le retour de Stiles Stilinski n'a été que le déclenchement du réveil du loup sur ce qu'est sa vie et ses réelles envies. Elle ne peut pas vaincre pareille résolution. Son mari est bien décidé à l'éliminer. Elle le lit dans ses yeux et dans l'aura qui se dégage de lui, froide, résolue, meurtrière.

Alors, Lizzie s'enfuit. Elle court pour échapper à la mort. Derek sur les talons, la louve file au plus vite, dérapant sur ce terrain instable. Elle court pour sauver sa vie. Tous les plans qu'elle échafaudait pour se sortir de là sans être inquiétée volent en éclat, balayés par la peur. Pour la première fois depuis très longtemps, Elizabeth Hale est terrorisée. Elle retrouve dans le regard de Derek, celui de son père seize ans plus tôt. Un regard chargé de dégoût et de révulsion.

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16 ans auparavant, quelque part du côté de Denver…

Lizzie claque la porte de sa chambre avec force et violence. Elle a dix-huit ans. Son père vient de lui annoncer que ce n'est pas elle qui héritera du rang d'alpha de sa meute, mais Sarah sa cadette de un an. Le prétexte donné est le peu d'humanité de Lizzie qui depuis toute petite montre un caractère affirmé et exclusif. La jeune louve se sent supérieure aux autres. C'est sans remords qu'elle s'est imposée, d'abord au collège, puis au lycée. N'hésitant pas à user de tous les moyens pour éliminer le moindre obstacle. Son dernier exploit est d'avoir terrorisé celle qui vraisemblablement allait être élue reine du lycée. La pauvre fille a dû être internée dans une unité psychiatrique parce qu'elle affirme avoir été attaquée par un loup-garou.

Blessée dans son orgueil en se voyant refuser ce qu'elle considère être comme son dû légitime, la jeune femme échafaude le plus ignoble des plans pour récupérer son titre de future alpha de la meute. Seulement à jouer avec le feu, le feu finit par vous brûler.

Elle a tout planifié pour que sa sœur Sarah soit seule dans cette forêt, attirée par un prétexte fallacieux de son aînée. Seulement les chasseurs qu'elle a contactés l'ont bernée. Aveuglée par sa propre vendetta, Lizzie n'a pas pensé qu'ils n'allaient pas se contenter d'une louve âgée de dix-sept ans, mais se servir d'elle pour atteindre l'alpha de sa meute toujours très prudent. Ils ont fait en sorte que le père de Lizzie et de Sarah vienne sauver sa fille cadette.

Pour s'assurer que le travail soit fait, Lizzie n'a pas hésité à venir voir sa propre sœur mourir. Tout commence comme prévu, Sarah arrive pensant trouver sa sœur au point de rendez-vous, mais un carreau d'arbalète la fauche en plein estomac. Lizzie râle, car Sarah ne meurt pas tout de suite. La voir souffrir lui remue le peu de conscience qu'elle a. Elle sort donc à découvert pour exhorter les chasseurs à l'achever au plus vite et éviter à sa sœur des souffrances inutiles. Seulement, ceux-ci restent prudemment cachés. Elle comprend vite pourquoi en attendant son père arriver. À son tour, il reçoit un carreau d'arbalète dans la poitrine.

- Non ! Vous ne deviez pas le tuer ! Crie Lizzie qui voit le rang d'alpha lui échapper. C'était juste Sarah !

Le regard de ce père pour sa fille au cœur de pierre, la chair de sa chair qui le trahit pour un rang est terrible. Malgré sa blessure, il se redresse et s'avance vers sa fille aînée.

- Comment oses-tu un tel acte ! Ce genre de trahison est puni de mort Elizabeth !

L'alpha n'a pas le temps de mettre sa menace à exécution, une nouvelle flèche en plein cœur le fait taire à jamais. Lizzie est effondrée quand les chasseurs se montrent enfin.

- Nous te laissons vivre, car tu nous as permis d'éliminer un alpha. Merci pour ton aide Lizzie, dit l'un d'eux avant de disparaitre.

Sarah a réussi à retirer la flèche de son ventre. Regardant son aînée, elle pleure de douleur, de chagrin et de colère. Une voix retentit au loin, c'est leur mère qui accourt.

- Mam…

Seulement Sarah n'a pas le temps d'appeler à l'aide, Lizzie vient d'enfoncer la flèche qu'elle venait de retirer de son ventre dans son cœur. L'orpheline n'a pas de mal à simuler la tristesse et la peur, car Lizzie éprouve une terreur infinie. Si sa famille découvre ce qu'elle a fait, ils la tueront.

- J'ai dû l'achever maman, elle souffrait trop…

Anéantie par ce double deuil, sa mère n'entend pas le dérapage dans le cœur de sa fille. Puis comment imaginer que son propre enfant pouvait être à l'origine de ce carnage ?

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Retour au présent…

Cette terreur lui revient de plein fouet. Ses crimes la rattrapent. Personne n'a jamais su le rôle qu'elle avait joué dans la mort de sa sœur et de son père. Au fil du temps, sa peur s'était muée en assurance, celle d'avoir toujours plusieurs coups d'avance sur tout le monde. Lizzie comprend qu'elle va payer son arrogance et sa suffisance.

Derek gagne inexorablement du terrain. Le fond de vallée encaissé où ils progressent s'ouvre et s'élargit permettant à la louve d'accélérer, lui donnant un faible espoir d'échapper aux crocs de son mari. Seulement une centaine de mètres plus loin son chemin est barré par une immense cascade tumultueuse. Lizzie marque une pause, puis tente le tout pour le tout. Elle accélère et saute. Elle réussit sa réception sur un rocher à mi-chemin entre les deux rives. Derek arrive à son tour, il a un moment d'arrêt. Il veut comprendre ce qui a amené cette femme qu'il a pensé aimer à devenir une meurtrière.

- Pourquoi ? Tu avais tout ce qu'une femme pouvait envier.

Lizzie le toise. Elle le regarde avec un profond mépris qui ne blesse même pas Derek tant l'opinion de celle qui lui a donné un fils importe peu désormais. Il veut seulement comprendre le mobile qui l'a poussée dans ce sens.

- Je l'ai fait pour nous Derek !

Le loup écarte les bras, abasourdi. Il ne comprend pas de quoi parle sa femme. Alors, Lizzie lui explique tout ce qui s'est passé pratiquement sous son nez, sans rien deviner.

- Les chasseurs qui ont tué mon père et ma sœur sont venus me voir. Ils voulaient la peau de Scott. Seulement, j'avais d'autres projets pour lui, siffle Lizzie.

- Comme me manipuler pour que je le tue et que je devienne un alpha ?

- Tu es trop sensible Derek, cela te perdra !

- En quoi la mort de Stiles t'importe-t-elle tant ?

- Il allait tout découvrir comme son père. Les chasseurs ont menacé de brûler le manoir si je ne leur livrais pas Scott, comme je l'avais fait avec Sarah.

Derek écarquille les yeux. Lizzie avoue le meurtre de sa petite sœur sans l'once d'un regret.

- J'ai réussi à les descendre avec la complicité de cet abruti de maire, Ross Evans et sa milice privée. Il rêve tant de son poste de gouverneur, qu'il est capable de se mouiller dans n'importe quelles sordides affaires.

- Et en quoi t'aider à éliminer des chasseurs l'aide ?

- J'ai su par un des géomètres du service technique qu'il existait des terrains riches en or et en minerais, mais non exploitables. Pour faire campagne en politique, il faut de l'argent pour acheter des influences.

- Donc contre son aide pour éliminer les chasseurs qui te traquaient en nous mettant en danger Ian et moi, résume Derek. Tu l'as aidé dans cette opération de forage ?

- Oui. Tu crois que je ne faisais que me goinfrer de petits gâteaux lors de mes sorties mondaines ? J'ai tout un réseau d'influence Derek. Des hommes riches et sans scrupules qui me mangent dans la main.

- Comment ? Pourquoi t'auraient-ils fait confiance !

- C'est fou ce que tu peux obtenir quand tu te transformes en louve…

- Tu leur as dévoilé notre existence ! Mais c'est insensé.

- Non ! Ils se sont sentis plus forts de m'avoir à leur côté.

- Noah Stilinski et Jordan Parrish ? Questionne abruptement Derek qui veut aller droit au but.

- Deux fouineurs bien imprudents. Je les avais mis en garde, ils ne m'ont pas écouté.

- Qui les a éliminés ?

- Tu penses que je vais te le dire Derek ?

- Pourquoi pas ! Tu viens d'avouer le meurtre de ta propre sœur.

- C'est Bill Murray, ou plutôt l'arme que Bill m'a fournie. J'ai tiré moi-même, car ce balourd est bien trop lent pour mettre une balle entre les deux yeux d'un Hellhound.

- Tu ne fais que fuir Lizzie et cela depuis le début. Cela ne te mène nulle part…

- Si tu avais pris la vie de Scott nous n'en serions pas là.

- Nous aurions eu quoi de plus ?

- Le respect ! La puissance. Comme ta mère avant.

- Tu t'égares et tu t'aveugles. Ma mère n'a pas gagné le respect de cette façon !

Derek secoue la tête de dépit. Plus que jamais il se demande ce qu'il a pu trouver à Lizzie sept ans plus tôt.

- C'est terminé Lizzie. Tu es allée trop loin.

La louve hausse les épaules, tourne le dos à celui qui fut son mari et s'apprête à rejoindre la rive opposée. Ils n'ont plus rien à se dire. Malheureusement pour elle, le rocher sur lequel elle se tient est devenu glissant à cause de la pluie. Quand elle s'élance, la louve bascule en arrière sans pouvoir rétablir son équilibre. Derek assiste sans bouger à l'accident. Il voit la tête de sa femme cogner contre un rocher qui affleure à peine la surface de l'eau. L'angle que prend sa nuque ne fait aucun doute sur la mortalité de l'impact. Le loup regarde le corps de sa femme se faire ballotter dans le courant avant de disparaitre dans les rapides.

Ses épaules se voûtent soudainement. Il se souvient des mots de Stiles, lui disant qu'une maman en reste toujours une, quoi qu'elle fasse. Ian est maintenant orphelin de mère. Derek peine à trouver quoi que ce soit de positif chez cette femme qu'il pourrait décrire à Ian.

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Maxence s'égosille, il appelle Stiles en vain. Après avoir cherché de façon fébrile son ami, il s'impose le calme et retourne vers la voiture renversée. Il n'entend plus la course de Derek et espère que le loup sorte indemne de ce combat qui l'oppose à sa propre femme.

- De la méthode, de la méthode se dit-il à lui-même. C'est avec de la méthode que nous sommes arrivés jusqu'ici.

Alors, il reprend depuis le début et s'approche de la falaise et cherche à reconstituer ce qu'il s'est passé. Maxence réfléchit à voix haute.

- La voiture qui chute, qui tombe sur l'arbre là-haut et qui… l'arbre ? Où est-il passé ?

Maxence cherche le reste de l'arbre dont il voit le moignon à mi-hauteur de la falaise. Il devrait être sous la voiture ou juste à côté. Pourtant, Maxence ne le trouve pas.

- S'il n'est pas en bas, c'est qu'il est resté en haut, murmure-t-il.

La forêt n'est pas dense, cependant elle forme des bosquets compacts çà et là. La lumière est chiche au fond de cette combe, alors les arbres montent haut pour aller chercher le soleil.

- Stiles !

Maxence fait le tour de chaque arbre qui est à proximité de l'épave, seulement les branches basses l'empêchent de voir le sommet. Il commence à désespérer lorsqu'un arc en ciel attire son regard sur le sol. C'est un scoubidou aux couleurs multicolores qui sert de porte-clef. Le cœur de Maxence fait un bond. D'autres couleurs que celle-ci seraient passées inaperçues. Il reconnaît parfaitement l'objet, puisque c'est lui qu'il l'a fabriqué et offert à Stiles. Une part de son cœur se réchauffe de constater que son ancien amant a toujours conservé ce cadeau, preuve que leur liaison a eu de l'importance à ses yeux. Le jeune banquier lève les yeux. Il est au pied d'un arbre relativement âgé. La densité des branches l'empêche d'en voir le sommet. Sans plus se poser de question, il entreprend d'escalader le tronc.

Maxence fait une pause pour reprendre son souffle. Il a les mains collantes de résine. L'ascension est périlleuse, car les branches sont détrempées par la pluie qui vient à peine de finir de tomber. Le jeune homme s'astreint à ne pas regarder vers le sol dix mètres plus bas et reprend son escalade. Il a arrêté d'appeler son ami, réservant son souffle pour l'effort physique que lui demande cet exercice.

Il passe un noyau de branches qui partent en étoile du tronc central et le voit enfin. Trois mètres plus hauts, il trouve l'arbre arraché lors de la chute et posé sur les branches du résineux créant ainsi une plateforme. Dessus, comme dans un hamac, un corps repose, totalement inerte.

- Stiles !

L'espoir lui donne des ailes. Maxence parcourt les derniers mètres qui le séparent du policier en quelques secondes. Le visage de Stiles est blême et tire sur le violet. Dans un équilibre précaire et avec d'infinies précautions, Maxence pose ses doigts sur le cou de son ami. Il ne sent rien, seulement les conditions sont difficiles et instables.

- Stiles ! C'est moi Maxence.

Une goutte d'eau chute sur la joue du policier, d'un geste réflexe sa joue se contracte.

- Stiles !

- Max ? Croasse celui qui ressemble plus à un cadavre qu'un homme en vie. C'est cool je suis au paradis avec toi.

- Non ! Tu es vivant ! Nous allons te sortir de là !

Le jeune banquier s'installe avec mille précautions sur cette plateforme improvisée. Il prend la main glacée du policier dans la sienne et la serre doucement.

- J'ai eu si peur ! Comment te sens-tu ? Tu penses avoir beaucoup de fractures ?

Maxence l'inonde de questions pourtant Stiles se contente de le regarder en souriant.

- Je suis désolé de ne pas t'avoir appelé plus tôt Max'.

- Ce n'est pas grave.

- Si ça l'est. Tu as fait tant pour moi.

- Chut ! Rétorque Maxence en lui embrassant doucement le front. C'est un miracle. Tout ce temps passé là, sans eau, ni nourriture.

D'un geste du menton, Stiles l'incite à se tourner un peu sur le côté. Il voit une ruche sauvage totalement éventrée. Regardant à nouveau le policier, il constate qu'il a été piqué à de nombreux endroits.

- Par contre, j'ai très soif.

Stiles explique que profitant de la rosée du matin et des pluies, il a sucé les aiguilles de pin pour se désaltérer.

- J'ai de l'eau en bas. C'est fini. Ton calvaire est terminé.

- Tu vas avoir du mal à me descendre… Nous sommes loin de tout.

- Oui, mais pas seuls. Derek ! Appelle soudainement Maxence à se briser la voix. Derek !

Il appelle le loup encore trois fois quand celui-ci lui répond enfin.

- Maxence ? Où es-tu ?

- En haut de l'arbre, avec Stiles. Il est vivant !

- Et tout cassé, croasse le blessé.

Là où Maxence a mis un bon quart d'heure pour grimper, il ne faut qu'une minute à Derek pour les rejoindre.

- Stiles ! S'exclame le loup.

- Waouh s'exclame l'intéressé. Les deux plus beaux mecs de la terre pour moi tout seul !

Maxence et Derek se regardent effarés. Si Stiles a encore l'énergie de plaisanter, c'est qu'il y a bon espoir qu'il tienne jusqu'à l'hôpital. Le jeune banquier se décale pour que le loup puisse à son tour prendre la main de Stiles. Avec stupeur, il voit les veines de Derek noircir.

- Qu'est que… ?

- C'est une autre capacité des loups, pouvoir absorber la douleur et accélérer la guérison. Maxence, il faut que tu guides les autres jusqu'ici. En nous relayant, nous allons pouvoir stabiliser son état.

- Oui. Je redescends. Il a soif, je vais aller chercher ma bouteille d'eau. J'appelle Lydia pour qu'elle envoie les secours.

- OK, répond Derek qui retourne son regard vers le blessé.

Maxence hésite un moment puis formule sa question.

- Et elle ?

- « Elle » a fait, une chute mortelle dans la rivière qui est un peu plus loin répond, le loup sans pouvoir prononcer le prénom de sa femme.

- C'est mieux ainsi, affirme Maxence qui descend sans attendre de réponse.

L'accident, pense-t-il, même s'il en est indirectement responsable vaut mieux pour Derek que de tuer la mère de son fils de ses propres mains. Quand Maxence pose à nouveau les pieds au sol, c'est pour tomber nez à nez avec Jackson. Kira est avec lui, suivie de Scott qui a finalement abandonné sa moto pour finir le trajet en courant. Le jeune banquier leur explique la situation. Tous se réjouissent de la bonne nouvelle, leur ami est en vie. À leur tour ils grippent sur l'arbre pour aider Derek à soulager les douleurs de Stiles et commencer un début de processus de cicatrisation. Pendant ce temps, Maxence contacte Lydia et organise les secours.