24. Rencontres inattendues pour Pâques
Il ne restait qu'à retourner à la cuisine bondée de monde, où devait l'attendre encore Marcus. Une fois qu'elle eut suivi le chemin parcouru par Malefoy et Nott, elle retrouva vite l'immense salle de bal et sa fontaine crachant du vin chaud, et esquiva tous les invités les uns après les autres pour retourner dans le petit local au fond d'où on accédait à la cuisine par un couloir. Toujours invisible, la préfète ne se fit pas apercevoir des multiples sorciers qui jalonnaient sa route.
Dans la fournaise qu'était la cuisine, la préfète cherchait désormais son chauffeur pour partir au plus vite chez elle. Elle avait fini et ne souhaitait pas s'attarder dans un endroit si désagréable. Où était donc le Serpentard ? Elle espérait qu'il fut encore présent. Heureusement, c'était le cas. Sans doute car le service a commencé, les elfes n'étaient plus autant nombreux dans la cuisine, et il n'y avait presque plus d'agitation. La préfète n'eut donc aucun mal à retrouver Montague, qui était à la même place d'où ils étaient arrivés, en train de se gaver de nourriture. Ce qui consternait la préfète, c'était qu'il était entouré d'une plâtrée d'assiettes vide, et d'autres plats encore mis sous cloches. Il venait de manger le contenu d'un frigo à lui tout seul, et un autre l'attendait à côté de lui. Tout en poussant un long soupir, elle dissipa son enchantement d'Invisibilité pour pouvoir mieux lui parler.
- J'espère que tu n'as pas mal au ventre ?
Hermione observait le Serpentard qui mangeait avec contentement une assiette remplie de pâtes à la bolognaise. Il relevait alors les yeux sur la Gryffondor, tandis qu'il digérait son énième plat.
- Oh, salut. C'est bon ? Tu as fait ce que tu voulais ?
- Oui, il ne reste plus qu'à t'acquitter de ton pari en me ramenant chez moi, et c'est terminé. J'espère qu'aider une Gryffondor ne te donne pas la nausée.
Marcus, en entendant ça, eut un rire amusé.
- Tu as oublié ce que je t'ai dit ? Tu es l'amie d'Adrian, donc, aussi mon amie. Une amie sauvage et pénible, j'en conviens, mais une amie quand même.
- Que tu gentil, merci, je suis très touchée, répond Hermione, agacée.
Hermione ne savait pas quoi dire devant une déclaration qui la flattait autant qu'elle l'énervait. Enfin, sans doute rien. Marcus ne l'aurait pas écouté de toute façon. Ce dernier, d'ailleurs, rotait un bon coup avant de jeter négligemment son assiette par terre. Il se releva après coup, et après avoir tapoté son ventre d'un air content, il demandait à la préfète, et il lui tendit son bras pour lui signaler qu'il allait transplaner avec elle.
- Dis-moi à quel coin de Londres tu veux que je te mène.
- Hmm… Voyons… Quel endroit se trouve près de chez moi ?… Tu peux transplaner près de Bloomsbury ?
- Blooms-quoi ? C'est le nom d'un fruit, c'est ça ? Tu habites chez un maraîcher ? Tu aurais des légumes en trop à me donner ?
- Tu plaisantes ! Tu n'as pas déjà assez mangé ?!
En entendant ça, Marcus se baissa pour regarder son nombril. À en regarder plus près, Hermione manquait de rire ou de pleurer. Il a dû manger la moitié du festin qu'ont préparé les Malefoy, son estomac a quadruplé de volume, on dirait Ernie ou Adrian quand ils sortent de dîner.
- Ben… Tu vas rire, mais j'ai encore faim. Hé attends, j'ai oublié ce que tu m'as répondu. Tu voulais que je te mène où, déjà ? Tu habites à Bloomsbury ? C'est à côté de Manchester, non ? Quelque part en Irlande ? Tu habites loin !
- C'est officiel, Marcus, nous ne serrons jamais amis.
- … C'est où, ça ?
- Oh, pitié, tu le fais exprès pour te moquer de moi, c'est ça, demande la Gryffondor, exaspérée. Ce que je dis n'est pas difficile à comprendre pourtant !
- Non, j'ai un souci de mémoire. En fait… Mon père est un maladroit, il me berçait dans ses bras quand j'étais jeune, mais il m'a fait tomber par terre, et c'était sur un tas de bois. Depuis, j'ai du mal à me rappeler des choses. C'est quoi, déjà ton prénom, d'ailleurs ? Je sais que tu es gentille avec Adrian, qui est presque mon frère de sang, mais j'ai oublié le reste.
- Donc, si j'ai compris, tu te promènes avec des inconnues, et cela ne te choque même pas.
- Faux, tu n'es pas inconnue, tu es l'amie d'un ami, je te répète. Les amis de mes amis sont mes amis, point. Qu'est-ce que tu comprends pas là-dedans ?
- Mais… Mais quand même ! Je suis la meilleure d'amie d'Harry Potter, il est de Gryffondor et tu es un Serpentard… Tu le sais, ça !
- Tes raisonnements sont bizarres. Si on t'écoute, on est ami avec personne. Je m'en fous d'Harry, je te le dis. Tu es ami avec ce machin, oui, mais tu es aussi l'ami d'Adrian, et Adrian est mon meilleur ami. Tu es gentil avec lui, donc, tu es mon amie. Point final, arrête de me casser les noisettes.
Hermione soupirait. Ils pouvaient continuer comme ça longtemps, si elle ne se dépêchait pas de trouver une solution. Donc elle prit les devants.
- Bon. Tu as bien mangé, je me suis bien promenée, il est temps de rentrer. Peux-tu me raccompagner à Londres ? Je ne sais pas si tu connais un endroit, là-bas. Il est impossible de transplaner à un endroit qu'on ne connaît pas.
- En effet, remarque Marcus. On ne peut pas se rendre dans un endroit qu'on ne connaît pas. C'est alors un fantasme, et le transplanage ne réalise pas tous les fantasmes. J'ai demandé à aller dans une île déserte avec une jolie partenaire au bras et un cocktail dans l'autre, mais rien ne s'est passé et pourtant j'ai bien visualisé, je peux te dire.
- Ah, tiens, tu te vois ce genre de choses, dit alors Hermione, soudain. Au fait, je change de sujet… Tu irais bien sur une île déserte avec Finnegan, non ?
Soudain, le Serpentard fut bien moins jovial et plus froid, comme Theodore quand on lui parle mal.
- Hein ?… Tu dis quoi, là ?
- Comme ça, pour rire, on peut être deux à être dire des bêtises… Ah, ne fais pas cette tête, Marcus, je plaisantais. D'ailleurs, tu ne comptais pas tout quitter pour aller avec lui seul sur une île déserte, pas vrai ?
- Heu… Non, non, pas du tout… Hem… Il est pris, je suppose ?
- Il est libre comme l'air, il attend que quelqu'un se décide enfin à vouloir de lui, peut-être une charmante demoiselle bien élevée pourrait le faire, dit Hermione, très subtilement.
- Une charmante demoiselle bien élevée… Pffft, que c'est ringard… Mais, hé, attends une minute… On dirait que la fille dont tu parles est devant moi, à faire des traits d'esprits stupides, comme on le voit chez tous les prétentieux. Tu veux sortir avec lui, c'est ça ? C'est de la provocation ?
- Heu, non, dit alors Hermione, interdite. Tu es jaloux, Marcus ?
- Jaloux, moi ?… Pas du tout ! Non ! Moi, je suis pas quelqu'un de jaloux, je suis exclusif… Qu'est-ce que je viens de dire ? Heu… Argh ! Tais-toi, tu me gonfles ! Sérieux ! Heureusement qu'il parle pas, Seamus, il est pas aussi pénible que toi avec tes remarques et tout ça ! Je vais te ramener chez toi tout de suite, tu me pompes l'air ! Allez, au lit, les enfants, les adultes vont s'amuser ce soir en intimité entre eux ! Je vais au Chaudron Baveur boire un coup !
- Au Chaudron Baveur, répète Hermione. Tu y es allé ?
- Bien sûr que oui, idiote, tout le monde passe devant pour aller faire ses courses, même les Malefoy snobinards le font, réplique Marcus. Ne me dis pas que tu n'es jamais allée sur le Chemin de Traverse. Ce serait bizarre. Tu habites loin du Chaudron Baveur, c'est ça ? comme dans la Tour de Londres, par exemple ? Ça explique pourquoi tu serais si perchée, tu vis à moitié au Moyen-Âge, quand il fallait encore acheter ses courses à vingt boutiquiers différents.
- J'ai ma petite idée sur qui vit encore au Moyen-Âge dans sa tête, rit Hermione tout bas. Hé bien, le Chaudron Baveur est assez loin de chez moi, mais je peux gérer la distance. Partons maintenant.
- Ouais, allez. Je vais finir la soirée par une tournée au Chaudron Baveur, quelle bonne idée, tu es utile, finalement, rit Montague. Allez, prends mon bras, ma belle, on file boire un verre.
Hermione, décidée à partir, prit alors à nouveau son bras. Elle allait se préparer à subir la désagréable impression de transplanage, mais elle n'eut pas le temps, car Marcus, presque aussitôt qu'elle tenait son bras, l'arracha de force dans un vortex, emportée dans un tourbillon de couleurs et de formes, la tirant d'une force terrible et irrésistible, du manoir des Malefoy jusqu'à Londres.
Elle reconnaissait, une fois les effets du voyage dissipés, toujours cramponné au bras du Serpentard, les vagues reflets du pub où elle allait de temps à autre pour aller sur le Chemin de Traverse, notamment avec ses amis pour faire les courses scolaires, comme c'était le cas l'été dernier au Square.
Malgré cela, il lui fallut un petit moment pour reprendre son équilibre et conscience de la réalité après le transplanage. C'était comme pour le Portoloin, violent dans le fond. Le transplanage vous arrache de la terre pour vous amener brutalement à une destination, vous laissant à peine le temps de respirer entre temps. Elle n'avait pas l'habitude, et titubait un peu en arrivant à destination.
- Ha, ha, ha ! Regarde-toi ! On dirait que tu as sifflé trois bouteilles de whisky-grenadine ! Tu vas vomir par terre ou quoi ?
- Ah… Tais-toi, idiot, je n'ai pas l'habitude, coupe Hermione, agacée.
Tandis que le Serpentard riait bêtement, la Gryffondor reprit peu à peu ses esprits et elle se rappelait alors de sa destination. Il était temps de partir, et de quitter Marcus. Il se faisait tard, même pour une journée de printemps, il faisait déjà nuit. On voyait la lune et les étoiles dans le ciel.
- Il se fait tard, s'inquiète Hermione. Je n'ai pas intérêt à traîner.
- De quoi tu parles, demande Marcus, intrigué. Tu as un rendez-vous galant ? Ou bien tes parents ne veulent pas te voir rentrer si tard la nuit ?
- Heu… Aussi, je n'y ai pas pensé, remarque Hermione, inquiète. Mon père va faire une drôle de tête en voyant que je rentre à la maison après minuit. Non, j'étais en train de penser que c'était un mauvais plan que de vouloir rentrer chez soi la nuit quand on est une femme. Tu n'as pas ce problème, mais pour une fille, se promener la nuit est autrement plus risqué. Les garçons, plus spécialement ceux qui ont bu ou qui ont des chaleurs hormonales, sont particulièrement pénibles avec nous.
- Mais que tu es pénible et désagréable, à te plaindre et à critiquer tout le temps, réplique Montague, les bras croisés. Tu es bien l'amie d'Adrian, toi ! Tu es trop sérieuse, trop chicanière, à inventer des choses qui n'ont pas lieu ! Regarde la ville, y a personne autour de nous, là. Tu crois pas que t'exagères ? Mais idiote, à moins de te promener dans les quartiers douteux, ou près des pubs, bars et autres, tu vois bien comme moi, qu'il n'y a au contraire personne dans les rues de Londres la nuit ! Tu veux te faire accoster par qui ? Par un chat de gouttière ? Par un chien errant ? Eh, arrête de penser comme ça, tu vas attirer toi-même les malheurs dans ta vie. Tu vois toujours le verre à moitié vide ou quoi ?
- Mais… Tu es inconscient ou je rêve, réplique Granger.
- Ma parole, tu veux toujours avoir raison, en fait, remarque le Serpentard. Eh ! Détends-toi un peu ! T'es une sorcière, ma p'tite ! T'as qu'à transformer les Moldus qui te saoûlent en crapaud ou en souris et c'est réglé ! Et même si tu l'es pas, t'as qu'à t'éloigner sans répondre ou mettre un bon coup entre les deux jambes. Ah, là, là ! C'est bon, tu files chez toi, tu ne parles à personne, et hop, tu es dans ton lit en moins de dix minutes.
- Mmh… C'est vrai… D'ailleurs, je devrais y aller, je perds du temps, là.
- Justement, moi aussi, je pense à toutes les bières que je ne peux pas boire en te parlant. Et le pire, c'est que j'ai déjà la gueule de bois avec toi, tu me saoûles. Allez, salut !
- Quoi, mais… il est parti. Ah ! Marcus ! Tu es vraiment quelqu'un de spécial, ma parole ! Je n'ai encore jamais vu ça de ma vie !
Tandis que Marcus s' engouffrait à toute allure dans le pub du Chaudron Baveur en riant, Hermione grognait en pensant au fait que parfois, les garçons sont des rustres. Enfin. Passons. Après tout ce bruit, il ne restait plus qu'à finir le plan en rentrant chez elle pour dormir la nuit.
Il faisait nuit noire, car il était près de vingt-trois heures. Hermione se remit assez vite des émotions du transplanage, et après avoir vérifié une dernière fois qu'elle n'a rien oublié, elle se dirigea vers sa maison. Elle savait qu'il y aurait une clé dans le pot de fleurs pour la faire rentrer, au cas où.
Tout en marchant dans l'obscurité, elle sortit sa baguette pour éclairer le chemin devant elle et aussi pour se défendre. Elle réfléchissait, pendant qu'elle se dirigeait en chemin très connu, jusqu'à son logement. Tout ce qu'elle a entendu l'inquiétait. Harry allait avoir de quoi tomber par terre. C'était bien plus grave qu'elle ne le pensait, elle devait aussi en parler à Dumbledore. Si ce n'était encore qu'un journal intime introduit à Poudlard, il aurait suffi de se débarrasser du carnet pour être en paix, mais là, c'était autrement plus important. Si ces lettres ne disent pas n'importe quoi, Fudge pourrait être éliminé pour laisser place au coup d'État de Voldemort. Et malheureusement, il aurait toutes les chances d'y arriver.
La préfète se sentait toutefois dépassée par ce qu'elle venait d'apprendre. En vérité, que pouvait-elle faire ? Rien du tout. Harry ne le pourrait guère davantage. Seul Dumbledore, en réalité, avait assez d'influence pour mieux disposer de ces informations. Certes, elle a les a eues de vile façon, en plus qu'il ne serait probablement pas content d'être informé de ce qu'elle fait, mais va-on commencer à se culpabiliser moralement, lorsque ces informations peuvent sauver le pays entier de la catastrophe, et que c'est pour le bien commun ? Dumbledore est le seul homme qui tient bon face à Voldemort. Lui donner ces lettres, ce serait être une balance, du point de vue des Mangemorts, et Harry ne serait peut-être pas ravi, mais quelqu'un a-il une meilleure solution ?
Hermione avait besoin d'y réfléchir davantage. Ce n'était pas aussi simple que ça d'en disposer. Elle avait dans la poche de sa robe de sorcière, quelque chose qui peut faire se basculer toute la vie du pays. Mais aussi la sienne… que ferait Dumbledore en sachant ça ?… Impossible de le dire sans lui en avoir parlé. Mais elle devait le faire… Bien qu'elle savait qu'après avoir fait ça, Hermione Granger ne risquerait plus, aux yeux de l'Ordre, d'être une simple adolescente qui pose trop de questions.
Après avoir parcouru très rapidement plusieurs quartiers en ne regardant jamais derrière elle et sans s'attarder, elle finit par se retrouver à Bloomsbury après dix minutes. Elle n'avait plus qu'à tourner, à partir de là, à gauche après une autre allée, continuer tout droit et tourner à droite à la première occasion, pour enfin retrouver le chemin de sa maison. Hermione habitait avec ses parents, dans une maison assez petite, à la rue XXX. C'était une maison de deux étages, avec des fenêtres fermées par des rideaux, au dessus de la porte. Il y avait deux marches pour accéder la porte, peinte en blanc. Il n'y avait rien d'autre que la plaque « 28 » à côté de la boîte aux lettres, et un pot de fleur sur la dernière marche, contenant un orchidée mort depuis longtemps. Hermione eut un air triste en voyant la maison. Elle n'était pas venue chez elle depuis presque dix mois. Ce n'était même plus sa maison, c'était presque un logement d'occasion. Elle se sentait étrangement mal en voyant ce perron.
C'était pourtant chez elle, mais elle ne se sentait pas tant familière avec cet endroit. Elle avait l'impression de dormir chez des inconnus, qui ont pourtant été ses parents depuis quinze ans. Enfin, ses parents. Disons plutôt ses tuteurs. Elle n'a jamais ressemblé plus que cela à ses parents, occupé à des activités banales et peu chalereux. Sa grand-mère était une sorcière, et elle se sentait tellement plus proche d'elle à cette allusion, qu'à ses parents biologiques. Elle n'était pas Moldue, en réalité. C'était une sorcière. Et elle habitait au milieu de Londres, avec des parents ordinaires, tandis que Ron vivait avec les siens. Elle se sentait étrangère, extraterrestre, partagée entre deux-mondes.
Elle baissa alors la tête. Ah, c'est triste, son père a encore oublié d'arroser l'orchidée. Il oublie toujours de penser aux autres. En se baissant, elle approcha sa baguette près du pot de fleur, qui était plutôt un cercueil de terre, et marmonna d'une voix attristée :
- Accio clé.
Un petit frottement se fit entendre, puis, le pot bougea légèrement sur lui-même. Sortit alors brutalement du terreau de la plante morte, une petite clé en métal, qui lui sauta sur les jambes. La préfète fut surprise de voir à quel point son talent magique était perfectionné, et se félicita d'avoir gardé les mains propres : cela aurait été gênant de farfouiller un pot en terre cuite, la main dans un terreau sale, qui en plus, contient une plante décédée. Elle examina la clé : c'était bien la sienne, aucun doute. Elle avait utilisé des centaines de fois cette petite merveille, quand son étourderie lui faisait oublier ou perdre celle qu'elle avait d'habitude. C'est d'ailleurs, se rappella-elle avec joie, pour cela qu'elle planifiait tout, car chercher cette fichue clé qui s'envolait lui faisait perdre un temps fou. Depuis, elle prenait soin de ses affaires. Elle se relevait ensuite, et toujours en tenant sa baguette magique, pour éclairer la serrure, la préfète rentra la clé de métal dans la serrure, et tourna deux fois. Avec un clic mécanique, la porte de sa maison fut ouverte. Elle rentra chez elle, et ferma derrière elle encore deux fois.
Hermione, mécaniquement, tendit le bras à sa gauche pour activer l'éclairage automatique de la maison. Une lumière vive se fit voir dans le hall. L'électricité, une merveilleuse invention des Moldus, se disait-elle en souriant. Chez les sorciers, on en est encore aux chandelles et autres bougies. Elle reconnut le hall d'entrée, un long couloir qui menait, vers les portes en face d'elle ou sur le côté, à la cuisine, aux toilettes, à la buanderie, et au salon. Maintenant qu'elle était tranquille, la préfète éteignit la lumière enchantée de sa baguette, et la rangea dans sa poche avec ses lettres. Puis, elle s'écria alors, d'une voix forte :
- Maman ! Papa ! Je suis rentrée ! C'est moi, Hermione !
Personne ne lui répondit, la maison restait tout aussi silencieuse. Irritée, la préfète se demandait si ses parents étaient devenus sourds en son absence. C'était samedi soir, la lumière était allumée dans la maison sans raison, et cela ne les choque pas. Pourtant, ils sont toujours au salon, le samedi soir ! Le dimanche, ses parents ne travaillent jamais, et passent la soirée devant cette stupide télévision, qui les abrutit de programmes médiocres et les endort déjà à moitié.
- MAMAN ! PAPA ! C'EST VOTRE FILLE QUI RENTRE !… HÉ, NE RÉPONDEZ PAS TOUS À LA FOIS ! ON NE S'ENTEND PLUS PARLER !
Encore un silence. La préfète fronçait les sourcils. Ce n'est pas normal. À bien entendre, la télévision était éteinte. Elle retira ses bottines de sorcière, achetées avec Ginny en août, sur le seuil de la porte, pour marcher à son aise en chaussettes chez elle. Mais alors qu'elle allait s'éloigner, elle constatait tout à coup, qu'il n'y avait que les siennes ici. Où étaient passé les petites escarpines de sa mère, et les gros souliers de son père ? Disparus. La préfète, lentement, commença à comprendre qu'en fait, ses parents ne jouaient pas les indifférents, mais n'étaient simplement pas à la maison.
- Que se passe-il, se demande-elle, inquiète. Ils n'ont quand même pas déménagé sans m'en parler !
Soudain moins d'humeur, Hermione ressortit de sa poche sa baguette magique, et fouilla sa maison. Elle rentrait dans le salon, où se trouvaient, devant la table où elle prenait ses repas, une porte à côté vers la cuisine, et un sofa rouge près d'une télévision en place, mais éteinte. Les bibliothèques remplis de livres poussiéreux que son père ne lit jamais était aussi intacte. La préfète eut une impression étrange. Si ils ont déménagé, n'ont-ils pas emmené les meubles avec eux ? Où sont-ils, alors ? Dans leur chambre ? Quitte à les réveiller brutalement, autant les prévenir de sa venue, elle n'a pas à rentrer comme une voleuse, même chez ses parents.
Elle sortait alors du salon pour aller à nouveau près de la porte de sortie. À côté de celle-là, il y en avait une autre qui menait directement au second étage, où se trouvaient la salle de bain, les chambres et une pièce inutile qui servait à loger des amis, quand il y en avait. Hermione monta immédiatement à l'étage par ce chemin, et une fois dans ces couloirs, continua tout droit après son arrivée pour aller au fond à droite, où dormaient ses parents. Elle ouvrit d'un coup sec leur porte. La chambre de ses parents était vide. Leur armoire était intacte, les tables de chevet et autres folies de sa mère toujours à leur place ; mais le lit au centre était fait, et vide. Ses parents n'étaient simplement pas à la maison. Le calme n'a pas changé, elle seule faisait du bruit dans toute la maison.
- Ce n'est pas vrai… Ils ne sont pas partis en vacances, quand même ? Argh… Il semblerait que si… Hé bien, tant pis, me voici seule à la maison. Qui va me ramener au Terrier, maintenant ?
Elle fermait la porte de la chambre de ses parents en réfléchissant à haute voix à ce qu'elle allait faire.
- Je ne vais pas rester ici indéfiniment… Hors de question de rester pour les vacances toute seule, dans une maison fantôme. En plus, toutes mes affaires sont chez Ginny, et je ne peux pas faire mes devoirs de vacances. Et Mr. Weasley qui travaille souvent, comment viendra-il en voiture…
Hermione se massait le front pour apaiser sa tension, espérant trouver une solution à son problème. L'ennui pour elle, c'est qu'elle n'avait pas d'ami qui puisse la ramener pour elle. Tous ceux qu'elle connaissait n'habitaient pas à Londres. Et il serait inutile de les chercher dehors si tard. De plus, elle n'a rien sur elle, pas d'hibou, pas de lettre, et restait coincée toute seule à Londres.
En se prenant la tête pour ça, la préfète commençait alors à baîller. Elle se rendait compte, après avoir sorti sa montre à gousset offerte à Noël, qu'il était minuit. À cette heure, il ne risque pas d'y avoir grand monde pour l'aider.
- Bon, tant pis, je réfléchirai à cela demain, répondit la préfète. On a terminé pour aujourd'hui, je suis fatiguée et je n'ai rien d'autre à proposer que d'aller me coucher et oublier tout ce qui s'est passé ces dernières heures.
Elle soupirait alors, en se disant qu'en plus, elle n'a rien mangé du tout pour la soirée. Contrairement à Marcus qui s'était empiffré comme un ogre, elle n'a même pas avalé un quignon de pain. Il était grand temps de remédier à cela pour entamer une collation de minuit. Ce n'est pas exagéré de se servir ainsi, elle pouvait faire comme chez elle, ce qui était après tout le cas. Elle descendait alors vers la cuisine, au rez-de-chaussée, à côté du salon.
Elle revint peu de temps après se poser sur la table de la salle à manger. Tout allait bien, il restait du ragoût et quelques pommes de terre refroidies. Ce n'était pas exceptionnel comme dîner, mais au moins elle avait quelque chose. Inquiète de se servir ainsi chez ses parents, elle pensait à préciser d'office la raison de son absence en laissant un mot à leur retour.
Tout en mangeant son repas, la préfète repensait encore à ce qu'elle ferait pour revenir au Terrier. La préfète se sentit très bête sur le coup, elle aurait bien mieux fait de demander directement à Montague de transplaner au Terrier, au lieu de faire une visite chez elle… La préfète pensait faire plaisir à ses parents en les revoyant un soir, mais ils ont laissé tomber par terre toute occasion qui aurait pu créer du lien et du cœur en famille.
C'est impressionnant de voir comment la distance peut détruire toutes les relations. Elle ne voit jamais ses parents, cela a fini par détéorier peu à peu leur lien, comme cela a directement mis fin à sa relation avec Krum. Hermione ne resterait pas éternellement enfant, un jour, elle s'en ira, et elle ne reviendra plus au cocon familial comme avant.
Elle déglutit avec tristesse en y repensant. Après avoir fini seule son dîner, elle laissa dans l'évier sa vaisselle, et partit rejoindre sa chambre.
C'était une salle reculée du premier étage. Une fois la porte ouverte, elle reconnut avec autant de joie que de tristesse l'endroit où elle avait passé quinze ans de sa vie. Sur les murs, étaient encadrés quelques souvenirs d'enfance, un coloriage d'enfant, des photos d'elle avec ses parents. Son lit, impeccablement fait, dominait le fond de la pièce, justé à côté de son bureau, où se trouvaient une montagne de livres et cahiers jamais utilisés. Ou pas, elle se rappelait avoir utilisé un peu de ce matériel pour faire ses devoirs d'été, pour le peu qu'elle passa ici à la fin de sa quatrième année. Son bureau était rangé, et il y avait son vieil ours en peluche posé sur un coin de la table. Elle ne dormait plus avec depuis qu'elle avait neuf ans, mais elle sourit en pensant que c'était quand même un de ses grands amis d'enfance.
Ce qui la ravit aussi, c'était de voir que le meuble qui servait de bibliothèque, protégée derrière une vitre brillante et propre, contenait toujours ses livres. La préfète, qui n'avait aussi pas cent meubles pour y ranger ses affaires, y avait déposé, ou plutôt, jeté ses vieilles poupées, les quelques jouets avec lequelle elle s'amusait étant jeune, mais qu'elle n'utilisait plus depuis qu'elle avait mûri. Elle ouvrit la vitre qui protégeait le meuble. Elle se pencha alors devant chaque tranche des livres qui occupaient la bibliothèque. Tous ses classiques étaient là. Certains livres étaient exigés par l'école, mais, certains étaient achetés par son bon plaisir. D'ailleurs, à la librarie Buckets. Elle s'ennuyait souvent à la maison, alors, pour remplir ses journées, elle lisait, car elle ne faisait ainsi aucun bruit qui put déranger ses parents, très faciles à déranger où à irriter. La préfète eut des souvenirs agréables en voyant certaines tranches.
Les Roahl Dahl étaient ses meilleurs amis, dans la période des huit à dix ans. Elle les lisait avec avidité, encore et encore, et après, elle écrivait elle-même la suite de ses histoires. Ah oui… C'était ainsi qu'elle acquit le tour de main pour écrire tant de dissertations, comme Ron s'inquiétait à le constater. Elle a été habituée à travailler vite, son esprit était particulièrement vif. Ah… Voici le seul livre de Jane Austen qu'elle a consenti à acheter. En fait, cette auteure est exceptionnelle. Mais sa mère l'avait détournée de ce mouvement, par ennui. Voir les mêmes feuilletons à la télévision, diffuser les mêmes clichés inlassablement, finit par l'ennuyer, et elle se jurait de ne jamais être romantique. Qu'était-ce, ça ? Ah, oui, son amour impossible, les William Sheakespeare. Elle les a absolument tous, de Romeo and Juliet jusqu'à Henry VI. Si elle était aussi bonne en Histoire de la Magie, c'était surtout car elle adorait ces drames historiques que proposait le dramaturge. Elle avait même fait un scandale auprès de ses parents pour voir une pièce de Shakespeare qui se présentait au théâtre à côté de chez elle, à onze ans. Ah, ça oui, Hermione savait être têtue quand elle le voulait… Son père s'était endormi devant Othello, mais quelle soirée merveilleuse elle avait passé à voir la pièce se jouer sous ses yeux ébahis. C'était bien mieux sur scène que dans le livre. Elle a toujours aimé les choses sérieuses, graves, même. Au point de se sentir différente des jeunes de son âge, qui semblaient attirées par tout autre chose. Peut-être était-ce pour ça qu'elle ne s'est jamais intégrée. Sans doute trop sérieuse, elle en devint un peu revêche. Enfin, Viktor a dit que cela lui allait bien. Certains garçons apprécient ce genre de filles, en bons connaisseurs qu'ils sont, sourit Hermione. Comme lui, elle a toujours adoré réfléchir, ce qui semblait faire défaut aux autres de son âge.
La préfète, dans ce retour aux sources inattendu mais plaisant, continuait à fouiller sa chambre. Ses cahiers d'école élémentaire, ses vieilles affaires, tout se trouvait dans leurs tiroirs. Rien n'a bougé depuis qu'elle était partie en juillet. Mais en fouillant l'un d'eux, qu'elle n'utilisait jamais, elle eut de drôles de surprises. D'abord, de se remémorer le fait d'avoir eu un journal intime. Oui, dans sa période de huit à dix ans, se sentant seule, elle cherchait un ami, qui était ici en l'occurence un cahier fabriqué en masse par l'industrie capitaliste. On n'a pas toujours le choix dans la vie.
Malgré tout, ce fut avec un grand plaisir qu'Hermione relit ce qui était annoté dans ce journal. Tout le roman de sa vie, ses rêves, ses espoirs et ses envies, tout y était resté gravé à jamais, sur le papier de ses pensées. La préfète put ainsi découvrir qu'elle avait des rêves en commun avec son enfance, comme d'être une femme influente, et aussi, d'avoir une baguette magique ! Elle écrivait que ce serait bien mieux d'avoir un peu de magie pour pimenter sa vie si ennuyeuse. Et Hermione eut la surprise de se relire, au fond de ce journal intime « je sens que je suis un peu magique moi aussi, même si je ne sais pas pourquoi ». Savait-elle déjà qu'elle était une sorcière ?…
Alors qu'elle feuilletait avec plaisir ce vieux livre, elle finit par tomber sur une photo étrange, collée entre deux pages. Elle fronça les sourcils : qu'est-ce que c'était ? Elle prit alors la photo intercalée entre les pages, pour pouvoir l'examiner. C'était le portrait d'une femme, en noir et blanc, qui lui ressemblait beaucoup. Et le plus intéressant… la photo était animée. Certes, un peu vieillie. Les vieux modèles de photographie magique, elle le savaient, étaient limités. Bien que cette femme lui parut étrange de prime abord, ce qu'elle découvra derrière la photo l'intrigua encore plus. C'était un texte en Runes.
La préfète manquait de tomber par terre. Que faisait-elle avec une photo couverte d'inscriptions runiques à dix ans ?! Elle ne savait même pas ce que c'était une Mandragore à cet âge, alors pensez donc pour l'alphabet runique ! En relisant immédiatement le journal, aux pages où se trouvaient la photo, elle lut que cette photo était cachée dans les affaires à son père, alors qu'il jetait tout au feu. En effet, pour pouvoir acheter un nouveau meuble - inutile - de rangement, il a dû jeter ses vieilles affaires, y compris celles que sa mère lui a léguées avant de mourir. Elle se rappelle, s'être violemment interposée entre son père et sa mère, pour dire d'au moins conserver les affaires, que c'était bête de tout jeter. Mais son père ne l'a pas écouté, et elle a pleuré de rage sur son lit. Hermione s'en souvenait très bien. Mais aujourd'hui, ce n'était pas la même sensation qu'avant. Elle trouvait juste ça stupide, ce balaiement brutal du passé, qui au final, ne change guère par rapport à maintenant. Son père a acheté une armoire pour consigner d'autres livres qu'il achetait, mais la préfète pense que c'était pour se venger de sa mère qui n'avait jamais pris soin de lui, et l'a abandonné à sa naissance. Ça devait être ça.
Tout cela était bien beau, mais que signifiait ce texte en Runes ? Comme elle avait étudié trois ans bientôt la matière, elle arrivait désormais à traduire des textes entiers de cinquante lignes, parfois de plusieurs pages ou parchemins. Elle arriva ainsi à lire d'une traite quatre lignes, qui disaient à peu près :
Quand le lassé soleil vient à se coucher,
Mon corps cesse tout entier de lui sourire,
Mon visage défait se consume en un soupir,
Et aux blessures passées encore de me hanter.
Après avoir lu ce petit poème, la Gryffondor pensait aussitôt que c'était sans doute issu de la main, ou plutôt de la plume, d'Aurelia Granger, la fameuse sorcière de sa famille. Mais que cela voulait-il dire ? Qu'elle ne sourit plus quand le soleil se cache ? Non, ça devait être autre chose. À y réfléchir, c'était plus profond que ça n'en avait l'air. En regardant encore la photo de sa grand-mère sourire, et en y comparant ce poème, elle se dit que ce qu'elle racontait là, était la même chose pour tout le monde. Tout le monde sourit et semble heureux, mais le passé, inlassablement, continue de traquer et de faire souffrir, et de nous attrister. Exactement comme son père, qui n'a jamais digéré son abandon à l'orphelinat. Même quarante ans après, il en resté aigri, et très froid, et cela n'a pas vraiment changé. Exactement comme elle. N'était-ce pas simplement un trait d'esprit sur la condition humaine ?
En tous cas, il fut bien tard pour en parler. La préfète baîllait de sommeil après avoir pensé et retourné ce message poétique dans tous les sens. Il était tard. Elle avait fait beaucoup. En reposant la photo dans le journal intime, elle décida de se coucher dans son lit. Certes, elle était encore habillée, mais ce n'était que l'affaire d'une soirée. Elle n'avait plus de toute façon de pyjama sur elle, tout était dans sa valise. Hermione défait les draps de son lit pour pouvoir y rentrer, s'engouffra sous les couvertures toute entière, puis, allongea sa tête sur l'oreiller duveteux, referma sur elle les draps, et commença alors à se reposer pour la nuit. Elle s'endormit très vite après s'être couchée, et son sommeil fut très lourd et réparateur, comme les précédénts.
Le dimanche 13 avril, Hermione se réveillait lentement dans son lit, chez elle. Elle voyait par la fenêtre que le soleil s'était levé depuis un bon moment. Elle eut un sourire en voyant que pour elle, enfin, les vacances commençaient. Elle avait fini son escapade chez les Malefoy, et était revenue chez elle, quoique pour rien, et jusqu'au lundi 28 avril, elle n'avait plus qu'à se reposer et à se détendre. Ah, enfin les vacances… Et dire que celles d'été n'étaient, cette fois, que dans deux mois… Sa cinquième année à Poudlard était bientôt terminée. Elle pourrait se détendre plus souvent comme elle le faisait là, sans songer sans cesse aux devoirs à faire et autres contrôles.
Enfin, toutes ces pensées étaient bien belles, mais la préfète avait encore des choses à faire avant d'être en vacances. Comme elle était déjà habillée, elle n'avait qu'à sortir du lit, et se diriger vers la cuisine pour petit-déjeuner. Elle espérait y trouver ses parents de retour, naïvement ; mais non, la maison restait aussi vide qu'à son arrivée.
Tout en se posant sur une chaise pour petit-déjeuner, elle se demandait ce qu'elle allait faire. Elle avait hâtivement pensé que ses parents, habituellement sédentaires, l'attendraient à la maison, mais elle s'est trompée. De plus, elle n'a pas de portable, comme tous les Moldus. D'abord, parce que cela ne lui servait à rien. Elle n'avait pas d'amis Moldus, et aucun de ses amis sorciers n'en avaient un. Comme elle n'avait personne à appeler, elle n'en avait pas l'utilité. Il était plus utile de s'écrire par hibou. Cette option, d'ailleurs, était aussi inutilisable que la première, car Hermione n'a pas de chouette sous la main. Et son chat Pattenrond se trouve à Poudlard. Certes, elle savait où se trouvait le Terrier, mais c'était à trente minutes en voiture de Londres. À pied, cela donnait combien de temps ? Il ne lui restait pas le choix. Comme elle n'a pas un seul ami qui habite à Londres, il ne lui restait que deux possibilités : soit elle va à pied au Terrier, mais cette option lui semblait ennuyeuse et difficile. Elle n'avait aucune envie de faire ce chemin. Il ne lui restait donc qu'un choix, quoique hasardeux : voir Sirius au Square. S'il n'avait pas le droit de sortir, il devait soit avoir un peu de Poudre de Cheminette sur lui, soit un membre de l'Ordre à côté pour la ramener. Avait-elle d'autres options, sinon ? Malheureusement, non. C'était ça ou faire la route à pied. Dans un cas comme dans l'autre, pensait Hermione, elle allait devoir bouger, donc elle se préparait à partir, ignorant si elle allait devoir marcher en fin de compte un temps ou quelques heures.
Pendant qu'elle songeait à tout cela, Hermione mangeait ses toasts à la marmelade, son bacon froid avec deux bagels trouvés au fond d'un des placards de ses parents. Une demi-heure après, elle nettoya et rangea la table une dernière fois, et mit sa vaisselle au sale, avec le reste d'hier, mais cette fois pour la laver. Pendant qu'elle faisait la vaisselle, la préfète se demandait ce qu'elle ferait pour les lettres de Malefoy. Elle les a encore au fond de sa poche, elles n'ont pas bougé. Peut-être sont-elles un peu froissées après le voyage, mais la préfète sentait encore la bosse au fond de sa robe de sorcière qui les contenait. Qu'en faire ? En tout cas, elle détenait une arme terrible sur elle, qui pourrait jeter par terre la famille de Malefoy. Certes, Harry serait le premier à les lire, peut-être le second après Ginny, mais après ? Elle sentait que Dumbledore devait au moins être au courant aussi. Déjà parce qu'il était concerné. Ensuite, parce qu'il était le chef de l'Ordre, et ces informations devaient l'aider davantage qu'Harry, car ce dernier ne sait pas ce que fait Voldemort, contrairement au premier.
Elle décida alors d'opter pour une stratégie simple. Tout le monde aura accès à ces lettres. Elle n'aura qu'à les copier encore. Une copie seconde ira pour le directeur de Poudlard, le reste sera pour Harry. Elle savait très bien qu'il ne les donnera jamais à Dumbledore, étant encore sur la défensive après son été désastreux chez les Dursley. Ainsi, tout le monde serait content, et elle aura accompli sa tâche. Sauf évidemment les Mangemorts. D'ailleurs, ces derniers avaient de quoi la redouter… Ses talents d'espion, comparé à l'été, s'étaient grandement améliorés depuis qu'elle connaissait le sortilège d'Invisibilité. Enfin, pour aussi impressionnantes que puissent être ses actions, elle ne les fait pas pour s'amuser. Elle cherche à aider Harry et l'Ordre. Même encore mineure, elle peut toujours faire son maximum. Comme elle a vent de beaucoup de choses, elle s'en sert pour aider les autres.
Après avoir nettoyé avec un torchon propre son dernier couvert, et rangé le tout au fond d'un tiroir, la préfète rangea méticuleusement le chiffon au coin de l'évier, et partit désormais vers sa chambre une dernière fois. Hermione voulait récupérer son journal intime, à la fois pour en finir la lecture chez elle, mais aussi pour cette étrange photo qu'elle a trouvé au vol. C'était une affaire de sa grand-mère, et elle n'en avait plus ; son père a tout jeté et il ne devait rester de cela que cette photo.
Une fois ceci récupéré, avec quelques autres livres pris au vol pour se distraire, plus son ours en peluche sous le bras, vers dix heures et demie, Hermione jugea qu'il était bon de partir. La dernière chose qu'elle fit, était de sortir une feuille de papier d'un de ses tiroirs, pour écrire dessus un mot à l'avis de ses parents. Ils devaient se dire au moins où sont passés les bagels et le ragoût de la veille. Après avoir signé le tout, et posé le papier en évidence sur la table de la cuisine, Hermione se préparait à partir. Elle avait lancé un sortilège sur sa poche de sorcière, pour l'agrandir et y engouffrer son ours pelucheux et ses neuf choix de lectures tous entiers, tout en vacillant un peu sous leur poids. Après s'être remise de ce nouveau fardeau, elle allait remettre ses pieds dans ses chaussures au hall d'entrée, et sortit alors de la maison. Direction : le Square Grimmaurd. En espérant pouvoir y trouver quelque chose qui puisse l'aider.
Ce ne fut pas long pour elle de trouver le chemin à Londres. Étant une Londonienne, Hermione se repéra facilement pour partir de Bloomsbury jusqu'aux faubourgs où se trouvaient le manoir Black. C'était à une vingtaine de minutes de marche de chez elle, en allongeant le pas.
En arrivant rue Grimmaurd, au milieu de nulle part, la préfète se soulagea de voir l'endroit vide. Les voisins étaient chez eux ou partis, et seuls un ou deux piétons passaient par là, négligemment, pour aller au travail, ou alors là nul ne sait. Hermione se rendit alors entre le 11 et 13, en vérifiant que nul se trouvait à côté pour l'épier. Après avoir laissé partir une vieille dame portant un cabas avec elle, la préfète pensa alors très fort au 12 Square Grimmaurd. Sa pensée eut l'effet d'un catacyclisme. La rue, entre le 11 et 13, se coupa littéralement en deux, pour laisser apparaître peu à peu les fenêtres de la Maison Black, les maisons voisines se décalant pour lui laisser place. Le tout dans un bruit à la Tonks, très bruyant. Le plus drôle, fut que personne ne remarquait rien, sauf elle. Magique, en effet. Une fois que le 12 fut clairement apparu devant ses yeux, une fois la rue disloquée, la porte noire des Black devant elle, la préfète regarda une dernière fois autour d'elle pour voir si personne ne l'observait, ce qui fut en effet le cas. Dans le secret, elle entrait alors d'un coup dans le Square, en refermant la porte derrière elle.
Après être rentrée, et arrivée jusque devant la salle des réunions, Hermione s'étonnait de constater l'ambiance qui y régnait. C'était morne, sombre, humide, silencieux. On aurait dit que la maison était inhabitée depuis trois siècles, alors que Noël n'était loin que de quatre mois. Les guirlandes de Noël, laissées ici par les Weasley après leur départ, ont dû être retirées par Sirius ou par un ou une autre, entre temps. C'était de suite moins joyeux.
Elle entendit des bruits près du second étage. Hermione s'y dirigea alors, sa baguette en main. Les voix lui étaient familières. Le ton joyeux de Tonks et le ton grognant de Sirius, comment les manquer ? Ils étaient tous deux à l'endroit exact où Hermione avait suivi Shacklebott et Tonks pendant les vacances d'été, face à face, au milieu du couloir, en train de discuter.
- … C'est bientôt fini tout ça. Dumbledore lui-même le jure, que crois-tu !
- J'en ai assez de rester ici, ce n'est pas dur à comprendre, Nymphadora !
- NE M'APPELLE PAS NYMPHADORA… Hein ? C'était quoi, ça ?
Tonks, qui avait entendu Hermione approcher doucement, se tournait d'un coup sec vers elle, en dégaînant sa baguette magique en un éclair, faisant sur-sauter Hermione. Ce qu'elle est rapide, malgré tout !
- C-Ce n'est que moi !
- … Hermione ? Que fais-tu ici ? Tu n'es pas à Poudlard ?
- Non, je suis rentrée au Terrier avec les autres, pour passer les vacances de Pâques loin du stress des examens…
- Alors pourquoi es-tu ici ? J'espère que personne ne t'a vue entrer…
Sirius la regardait avec une expression proche de l'effroi, quand l'Auror était plus sévère, sans doute par le fait d'être surprise au mauvais moment.
- J'ai prêté attention à ce que personne ne me voie, je te rassure, explique Hermione. J'ai eu un contre-temps. Je devais rentrer chez moi, pour chercher des choses dont j'avais besoin, et donc rester à Londres. J'ai terminé ce que je devais faire, mais… je suis coincée ici, mes parents sont partis, et je ne peux pas aller à pied à travers champs et vallées jusqu'au Terrier sans y mettre une partie de la journée. Je pensais que vous pouviez m'aider…
- Ah… Je n'étais pas prévenue, répondit Tonks, surprise. Hermione, c'est dommage que tu aies eu un empêchement de dernière minute, mais je vais être en retard si je t'amène au Terrier, parce que je travaille dans… - elle regarda sa montre à gousset - Oh. Sirius, je vais décéder. Je suis sensée travailler depuis vingt minutes. Maugrey va être content, dis donc. Il va m'accueillir avec un grand sourire…
Sirius eut un rire en entendant ça. Mais même si il souriait, son regard semblait être assombri par un nuage de profonde tristesse que même la joyeuse Auror ne pouvait dissiper avec ses plaisanteries.
- Heureusement que je suis en vacances dès lundi, grogne Tonks. Ah, je n'en peux plus. Regarde moi. Je vais mourir sur l'autel du capitalisme. Ce sacrifice humain a été légalisé par la loi Yaxley, qui double les horaires de travail, et pour moins de salaire, en plus.
- Comme tu es déjà en retard, tu peux rallonger le plus possible le temps qu'on mettra avant de t'enguirlander, rit Sirius. Aie un peu de bon sens, Tonks. Personne ne t'oblige à te presser pour un employeur ingrat et détestable.
- Hmph. Tu dis bien vrai, parce que je sais ce qui m'attend. Hmm… Hermione, je vais te ramener au Terrier, comme ça j'aurai une bonne excuse à donner à Maugrey pour justifier de mon retard. D'ailleurs, ma voiture est à l'autre bout de Londres. Si je vais la chercher à pied…
- Qui te dit d'y aller en voiture, lance le sorcier. Transplane, c'est plus rapide. Ou prends un balai. Ce n'est pas si loin d'ici, le Terrier. Une demi-heure de route en vol d'oiseau, et c'est vraiment un maximum, une demi-heure ! En fonçant Harry le fait sur son balai, tu dois y arriver en quinze minutes.
Tonks eut un rire gêné en entendant ça.
- Je n'ai pas deux balais sur moi, et toi non plus… Le problème, c'est que si je n'utilise pas la voiture… Je devrai transplaner, et j'ai eu mon permis d'extrême justesse.
- J'espère que tu ne te feras pas désartibuler, répondit Black, narquois. Ce serait bête que tu arrives au Square avec un morceau d'Hermione seulement.
- Ce n'est pas le désartibulage, le problème, c'est que je me trompe souvent de destination. L'autre jour, je voulais emmener Shacklebott au restaurant pour la soirée, et je me suis retrouvée dans une étable.
Sirius eut un rire guttural, amusé au plus haut point de cette anecdote, et lança d'une voix moqueuse :
- Il a dû s'amuser, Shacky, ce soir-là ! Vous avez dîné aux chandelles avec les chevaux ? Autour d'une bonne bouillie d'avoine ?
- Oh non, nous avions dû partir en courant, car le fermier qui s'occupait de cette étable nous a trouvés, et il nous a pris pour des vendeurs de supermarchés, qui achètent la viande en gros, comme des voleurs, pour les payer une misère et se faire des sous dans leur dos, ou je ne sais quoi… Il a pris une fourche, et nous avions dû filer. Au final, nous sommes allés au village voisin manger dans une brasserie. C'était quand même une belle soirée, on a bien ri.
- Tout cela est bien magnifique, mais quand part-on, demande Hermione, qui attendait dans son coin, l'air ennuyé.
Sirius eut un sourire amusé en voyant l'indifférence de l'adolescente, qui se fichait pas mal de ce qui se disait. Tonks, après avoir entendu cela, se tournait vers elle, ses cheveux virant à l'orange clair, plus doux, pour dire :
- Oui, je devais juste raconter à Sirius ma magnifique vie qui le fait tant rêver. Regarde, il sourit, ma vie est géniale. Allez, c'est merveilleux, Tonks est heureuse, c'est merveilleux, tout le monde est content, donc on y va, nous partons ! Enfin, nous transplanons ! Tu as tout sur toi, tu es prête, tout est bon ? Pas de regrets ? Je ne ferai pas deux fois l'aller-retour, je te préviens.
La préfète tapota sa poche de robe de sorcière. Les lettres y sont, tout y est.
- Oui. Nous transplanons ici ou dehors ?
- Ah, ici, c'est risqué de faire ça sous le nez des Moldus, je peux avoir des contraventions avec les Oubliators. Je te rappelle qu'on n'est pas censés montrer au monde, que nous avons des pouvoirs magiques ! On nous ferait l'Inquisition, et ce serait désastreux. Salut, Sirius. À la prochaine.
- Ouais, espérons, marmonne-il simplement.
Hermione crut comprendre ce que voulait dire Harry par « dépressif » en le voyant maugréer en tournant les talons. Pas une seule réponse joyeuse depuis qu'elle est arrivée, voici qui est peu agréable à voir. Tonks, indifférente, le laissa s'en aller sans commentaire, ajoutant simplement à l'adolescente :
- Allez, on y va ! Tiens mon bras, et accroche-toi bien !
Hermione prit le bras de Tonks, avant de se refaire aspirer dans l'espace. Même sensation étrange, mais qui avec le temps, devenait plus agréable. Après quelques secondes dans ce vortex, les deux femmes réapparurent dans un champ éclairé par un soleil timide. Tout était champêtre, ici, seule une longue route de pierres passait par la vaste prairie verte entourée d'arbres et de champs de cultures. Au loin, se trouvait le Terrier, la maison des Weasley.
- Tu es arrivée, Hermione ! Je ne te guide pas, tu dois savoir où te rendre.
- Oui, bien sûr, c'est juste sous mon nez. Au revoir, Tonks, et merci.
- De rien, ça fait plaisir. Oh, et au fait, je peux venir chez Arthur de temps en temps. D'abord pour l'Ordre, mais ça m'amuse de vous parler de vous voir, on rit beaucoup tous ensemble !
- Ce serait génial ! Bonne journée, Tonks. À un de ces quatre.
- Salut ! Amuse-toi bien !
Et elle transplana à nouveau, seule cette fois. La préfète se retrouva seule dans le champ, et sentit sur elle la douce caresse du soleil. Même s'il fait encore un peu froid, qu'il est bon d'être le printemps. Ça l'a manqué.
Hermione se rendit à pied jusqu'au Terrier, heureuse de pouvoir revoir ses amis. Elle se demandait quelle tête ils allaient faire en la voyant.
Après une marche assez rapide, l'adolescente se trouva devant le Terrier. Elle toqua à la porte un moment. Puis, après un petit moment, Ron lui ouvrit, vêtu d'un pyjama mal boutonné et les cheveux en pétard.
- On a dit, pas de publicité pour… Hé ! Hermione, c'est toi !
- Oui, le facteur passe plus tôt, ce matin, sourit la préfète, amusée.
Elle avait dit ça pour rire un peu, mais à en voir l'air béat de Ron, on aurait dit qu'elle l'avait charmé avec un charme de Séduction. Cela mit mal à l'aise Hermione de voir Weasley sourire d'un air idiot, comme envoûté par ses paroles.
- Oh, le facteur, ha, ha, ha… Je suis content de le voir venir, pour une fois ! Il apporte de si belles nouvelles… Allez ! Rentre ! Ne reste pas plantée sur le perron de la porte comme un pot de fleurs ! MAMAN ! HERMIONE EST LÀ !
Granger rentra à la suite de Ron dans le Terrier, soulagée d'être enfin arrivée à destination. Sa joie augmenta toujours plus lorsqu'elle se dirigea vers la cuisine, pour retrouver Harry, Ginny et Mrs. Weasley en train de petit-déjeuner, assis à la table du salon, éclairée à verse par un soleil radieux qui chauffait doucement les bols de lait des adolescents. Une scène magnifique, presque un beau rêve.
- Ah… Hermione, tu es enfin arrivée, dit Mrs. Weasley, rassurée.
La préfète sourit, quoiqu'elle était gênée qu'on se préoccupe d'elle, parce que ses parents se moquaient pas mal qu'elle soit à la maison ou pas. Ça la changeait agréablement.
- Viens manger avec nous, ordonne soudain Ron, en se jetant devant elle, l'air soudain impérieux. On a laissé une chaise pour toi.
- Non, non, j'ai déjà mangé avant de venir…
- Mais viens au moins t'asseoir ! Viens te joindre à nous, on n'est pas une secte, et on apprécie d'avoir du monde à qui parler.
- C'est gentil… Mais, au fait, Fred et George ne sont pas là ?
- Non. Tu vas rire, mais ces andouilles ont préféré rester à Poudlard. Sans doute pour semer la pagaille encore plus. Tant pis : on s'amusera sans eux !
La préfète sourit, avant de rejoindre ses amis pour discuter un peu. Elle était heureuse de les revoir tous après cet interlude. C'est officiel, les vacances commencent enfin.
Après avoir assisté au petit-déjeuner des Weasley, Hermione se fit prévenir par Mrs. Weasley que ses affaires l'attendaient dans la chambre de Ginny, et qu'elle n'avait qu'à partager la chambre de sa fille pour dormir lors des vacances, à moins qu'elle préférait dormir dans celle de Fred et George, comme ils ne venaient pas, elle était donc libre. Hermione répondait qu'elle préférait dormir avec Ginny - c'était surtout car elle se demandait si les jumeaux n'ont pas piégé leur chambre avec de dangereux objets - et elle monta immédiatemment après le repas, pour parler à son amie, qu'elle avait quitté la veille. Contrairement à la dernière fois, elle était radieuse : désormais, elles seraient ensemble pour deux semaines, sans cours et elles peuvent enfin se détendre.
La chambre de Ginny était mille fois plus agréable que le dortoir qu'elles ont partagé au Square. Le second était décrépi et sombre, le premier, lumineux et rempli d'objets curieux ou colorés. Une affiche de star du rock se trouvait au dessus de son lit, elle avait une petite commode pour ranger ses habits, des affiches d'équipe de Quidditch étaient collées au mur, des bandelières, écharpes et autres, se trouvaient entassées sur le bureau de la jeune fille, sur son lit et aussi sur la commode. Il y avait aussi la valise brune d'Hermione qui attendait sagement son propriétaire, à côté de ce qui semblait être un matelas recouvert d'une couverture épaisse.
- Bienvenue dans mon antre secret, lance Weasley, ravie. Ne fais pas attention aux objets de Quiddtich par terre : j'ai fait du ménage, malgré tout il en restait trop, et j'avais aussi des devoirs à faire, donc je n'ai pas eu le temps de terminer.
- Il y a un nombre incalculables d'écharpes, remarque Hermione, ébahie. Tu en fais la collection ?
- Oui, en particulier des écharpes, elles sont très utiles l'hiver, et elles prennent moins de place, répond Ginny. Et également, pour tout te dire, avec lles posters, c'était l'article de Quidditch le moins cher. Heureusement pour le compte en banque de ma mère, cette époque de frénésie où j'achetais tout et n'importe quoi est passée, bien qu'il en reste quelques traces, comme tu vois. Ton lit est à côté du mien. Enfin, ton lit… C'est modeste, mais au moins tu ne dormiras pas sur des lattes en bois la nuit.
Hermione eut un sourire amusé. Elle pensait dormir sur le canapé du salon, en tant qu'invitée ; mais pourquoi pas, après tout.
Alors que la préfète allait vérifier si toutes les affaires de sa valise étaient bien rangées et toutes placées, Ginny s'assit sur son lit, contente, et regardait son amie compter ses manuels scolaires, tandis qu'elle demandait :
- Comment ça s'est passé, hier ?
- Eh bien, j'étais sur le quai 9 ¾, et…
- Et Hermione va descendre pour faire les courses, intervient soudain Mrs. Weasley, en ouvrant grand la porte de leur chambre.
La mère de Ginny a débarqué de façon soudaine et brutale sans prévenir personne, ce qui surprit grandement les deux filles qui sursautèrent.
- Maman ! Tu exagères, réplique sa fille, rouge comme une pivoine et de mauvaise humeur. Hermione vient à peine de rentrer, et tu veux qu'on aille faire des commissions ! Ça ne peut pas attendre demain ?
- Non, désolé, nous sommes dimanche, et le dimanche, c'est le marché de Chadpool, et les magasins ouvrent exceptionnellement ce matin. Je te rappelle que toute la semaine prochaine, ils sont en repos pour Pâques, les campagnards d'ici tiennent à cette vieille tradition, coupe Mrs. Weasley. Les placards sont presque vides et je n'ai rien pour vous nourrir. À moins que tu préfères jeûner jusqu'à lundi, nous partons tout de suite faire les commissions.
- C'est pas vrai… On t'a pourtant prévenu qu'on venait ici, à la base, tu pouvais les faire avant, les courses, non, demande sa fille, excédée.
- Si, mais je n'ai pas eu le temps de tout préparer, j'ai beaucoup à faire ici, toute seule ! D'ailleurs, j'ai dû décaler des choses pour vous, car je devais passer le ménage dans vos chambres et m'occuper hier de votre linge. Je suis contente de voir que tu es aussi tenace pour te plaindre, j'espère que tu le seras aussi pour cet après-midi, j'ai besoin de vous pour dégnomer le jardin et il faudra faire du ménage et s'occuper des poules. Et j'espère aussi que vous ferez vos devoirs entre temps ! Je passerai dans vos chambres pour le vérifier.
- MAIS JE SUIS EN VACANCES, MAMAN ! OH, MAIS JE RÊVE ! C'EST PIRE QU'À POUDLARD !
- Tu es chanceuse, ma fille, tu es en vacances, une mère au foyer n'a jamais de vacances. Allez, je veux te voir en bas avec Hermione dans cinq minutes, sinon tu mangeras tes draps pour demain.
Et elle claqua la porte en partant. Tandis que sa mère descendait les escaliers jusqu'à la cuisine en courant, Ginny maugréa :
- Maman, je t'adore, mais là, tu m'énerves. Argh… N'importe quoi… Le repos pascal… Finalement, on aurait dû faire comme tout le monde le fait partout depuis deux siècles au moins, avec le repos pascal qui ne dure que le lundi et pas toute la semaine… Bon, Hermione, on y va. Je suis désolée, mais ce satané Ron a entamé les placards tellement bien hier, que ma mère doit faire en avance les courses, pour tenir toute la semaine, jusqu'à ce que les commerçants daignent rouvrir leurs étalages… Pffft.
- Tant pis, nous en reparlerons demain, soupire Hermione. Ça peut attendre, contrairement à toi, je n'ai pas avancé un seul devoir, je peux le faire maintenant pour avoir plus de temps pour me détendre les semaines qui suiveront.
- Oh, merci de me rappeller que j'ai encore quatre dissertations et six parchemins à relire pour la rentrée, grommelle Weasley. J'ai fini une dissertation et la moitié des révisions, mais j'ai encore fort à faire, et en plus, je vais aller remplir les placards entre temps. Youhou, quelle joie, je suis censée être en « vacances ». Hé bien, Hermione, on attendra encore demain avant de se considérer en vacances, parce qu'en ce moment, ça bouge dans tous les sens.
- Je confirme, acquiesce Hermione. Les derniers jours ont été très agités, ces derniers temps. Il est temps d'y aller, sinon ta mère va faire une crise.
Peu après, lorsque tout le monde fut prêt à partir faire les courses, Mrs. Weasley prit de l'argent liquide que son mari posait toujours à cette éventualité dans un coin de la maison, et se prépara à partir. Se refusant à utiliser la voiture, elle ordonna à tous qu'on prendrait le balai pour aller au marché du village. Ce fut un arrangement très rapide : Mrs. Weasley enchantait pour le voyage son balai de tous les jours pour s'en servir comme véhicule. Amusés, les autres prirent aussi un balai chacun pour eux, même Hermione. Mrs. Weasley insistait pour lui donner un autre balai, qu'elle a trouvé dans la cabane du jardin. La préfète eut une grimace en voyant ce bout de bois. On aurait dit un rameau de bois mort, et en plus, il ne semblait pas très pratique.
Mais peu importait, car Hermione sur son balai s'en allait avec les autres pour aller au village voisin par la voie aérienne. Étrange spectacle pour elle que de voir toute sa nouvelle famille s'envoler sur un balai pour aller faire les courses à l'épicerie. Le voyage se passa mieux qu'elle ne pensait, en grande partie surtout du fait que l'enchantement du morceau de bois était réussi et qu'elle arrivait à peu près à s'en sortir en inclinant son balai sur les côtés comme si c'était une manette de jeu, sans trop de talent, néanmoins. On aurait dit qu'elle passait la serpillère. Non vraiment, le Quidditch, ce n'était pas pour elle.
Une fois arrivé au village de Chadpool, les Weasley se posèrent près de l'entrée de la ville, et Harry aida Hermione à descendre de balai sans dommage, ce qui semblait difficile car elle paniquait un peu, debout sur un morceau de bois flottant par magie. En plus de se sentir ridicule, elle avait eu un mal fou à ordonner à son balai de descendre au sol, ce qu'il refusait obstinément ; il restait à léviter dans le vide, immobile. Elle pouvait peut-être simplement s'en dégager en levant la jambe, mais c'était sans compter sur la sensibilité du balai, qui croyait qu'à chaque fois qu'elle bougeait dans une direction, c'était pour continuer à voler dans ce sens. Tellement embourbée sur son balai, il fallut qu'on l'aide, car elle n'était pas du tout dans son élément.
- Je hais le Quidditch, lance-elle à Harry, qui l'aidait à la faire descendre.
Il eut un rire en l'entendant maugréer. Les Weasley, à côté d'elle, sourirent en l'entendant se plaindre, trouvant drôle la situation.
- Il faudra qu'on m'explique pourquoi tu n'arrives pas à tenir sur un balai deux minutes, lance Ron, narquois. Je commence à comprendre pourquoi Vicky t'a choisie comme petite amie, tu devais être la seule fille du monde qui était aussi médiocre au Quidditch que lui.
- Ron, encore un mot sur Krum, et je te jette un mauvais sort qui te fera t'envoler jusqu'en Bulgarie, où il se fera un plaisir de t'accueillir comme il se doit, réplique-elle. Au lieu de te moquer, tu ferais mieux de me dire où se trouve l'épicerie, que je fasse des commissions.
Mrs. Weasley, qui indiquait à Ginny comment négocier sur le prix des légumes aux stands, à côté, entendait Hermione qui se déléguait. Elle se tournait alors vers elle, et s'approcha pour lui dire :
- Hermione, si tu veux aider aux commissions, va donc voir l'épicerie Stanley's Fields au centre-ville. Tu ne peux pas manquer l'enseigne, il y a un sanglier mort qui pend à une corde, en face du magasin.
- Quoi ? Mais pourquoi le vendeur a laissé un sanglier mort devant sa boutique ? Il va faire fuir les clients, avec l'odeur et cette chose devant !
- Non, c'était un trophée de chasse, l'épicier est aussi un chasseur, il se vante d'ailleurs que sa marchandise est de la plus grande fraîcheur, indique Mrs. Weasley. Celui-ci, il l'a eu à mains nues. Il en est très fier.
- Bon courage, Hermione, répondit Harry, amusé.
Alors qu'elle allait lui répondre, Mrs. Weasley lui lança :
- Oh, Harry, tu tombes bien, j'allais te demander chez le fruitier pour acheter des fromages. Par contre, hm… Prends une pince à linge avant d'entrer dans la boutique, parce que Mr. Milkton, qui est un fanatique de fromages français, laisse des roqueforts et bleus d'Auvergne puants dans son enseigne.
- Bon courage, Harry, répond à son tour Hermione, amusée.
- Il en aura grand besoin, répond Ginny. J'ai eu le malheur d'y rentrer un jour, et j'assure que l'odeur de cette enseigne est pire que celles des chaussettes de Ron, après qu'il ait fait du sport une journée d'été. Je me demande d'ailleurs si il ne fait pas exprès de fourrer ses fromages dedans pour qu'ils sentent ainsi.
- Hé, comment peux-tu comparer l'odeur que dégage son magasin à celle de mes chaussettes, réplique son frère. Tu es allée vérifier ?
- Pas besoin de s'en approcher pour le sentir, réplique sa sœur. Tes pieds ont le pouvoir magique de répandre leur odeur dans toute la maison.
- Ginny, ça suffit, suis-moi au lieu de dire des bêtises, nous allons acheter des légumes. Et tu porteras les commissions.
Soudain, Weasley eut un sourire amer, comme si on lui avait fait avaler un roquefort entier. Ron se moqua alors de sa sœur, tandis qu'il s'approchait de sa mère pour prendre sa part de monnaie pour acheter des pâtisseries et de la marmelade de son côté. Pendant ce temps, Harry s'enquérit sans aucun plaisir de sa part de monnaie auprès de Mrs. Weasley pour aller chez le fruitier, et Hermione en fit de même pour aller chercher sa viande, pendant que Ginny boudait à côté de sa mère, l'attendant pour aller chez le maraîcher.
Chacun partit de son côté pour faire les courses. Tandis que les Weasley partaient vers le centre-ville, où se trouvaient des étals de marché, Harry s'en allait vers les faubourgs avec Ron, et Hermione, seule, se rendait dans des ruelles étroites peu pratiques pour chercher l'épicerie que lui a indiqué Mrs. Weasley.
Elle finit par le trouver vite. Comment manquer une échoppe avec une enseigne « Stanley's Fields » qui pendouillait à l'extérieur, et un sanglier énorme qui tenait dans sa gueule cette même enseigne ? Pour résumer, l'épicier, ou plutôt le boucher, a eu l'extrême amabilité de préciser où se trouve sa boutique, en décapitant un animal énorme, d'attacher sa tête à une chaîne pour la faire pendre à côté de la boutique, la gueule grande ouverte avec une pancarte dedans. Si on voit souvent des enseignes en bois de la sorte dans les rues, des sangliers morts, moins. À en voir ça, la Gryffondor avait quand même un peu peur. C'était un sanglier, ça ? La tête seule de cette chose faisait la taille d'un cheval. Et ce n'était pas le plus affreux dans l'histoire, comme elle allait le découvrir.
- Ma p'tite dame, lançait le sanglier, d'une voix lasse, pourriez-vous simplement entrer dans la boutique et faire vos courses au lieu de me regarder comme ça ? Stanley va encore croire que je fais fuir les clients.
- HAAAAAA ! Depuis quand vous parlez, vous !
- C'est une longue histoire. Stanley a eu la bonté de me faire vivre après ma mort, en me lançant un petit sortilège. Depuis, je peux discuter avec les humains. J'ai même des amis.
- C'est encore pire que l'esclavage des elfes de maison, maintenant, il y a des cinglés qui font parler des têtes d'animaux morts. J'aurai tout vu.
- Ah, non, vous n'avez pas compris du tout, répond le sanglier. En fait, Stanley connaît son métier. On nous élève à être crevés et saignés dès la fleur de l'âge. Vos standarts à vous, c'est de devenir médecin ou avocat, voir autre chose, moi, mon destin, c'était de finir en steak haché. J'aurai fini dans un abattoir si Stanley n'a pas voulu m'offrir une vie décente. Certes, je me casse un peu le groin, là, à ne pas bouger souvent, mais au moins, j'ai une vie sociale.
- Merveilleux, répond Hermione, choquée et paniquée à la fois. Je vous souhaite une bonne journée, heu… Vous vous appelez comment ?
- Porco Negro, répond le sanglier. Porco comme porc, et Negro parce que j'ai une belle fourrure noire toute douce. Et vous ?
- Je m'appelle Hermione… Hermione Granger. Oh, là, là… Je viens de parler à un cochon, on aura tout vu aujourd'hui.
- Vous n'êtes pas du coin, vous, remarque justement l'animal. C'est normal pour les habitants, je suis même la mascotte du village.
- Très bien, je ne remettrai plus jamais les pieds dans cette ville, marmonne Hermione pour elle. Et je pense que je ferai mes courses en hypermarché, c'est plus sûr en comparaison pour ma santé physique et mentale…
Porco Rosso, qui a entendu, se mit à lui sourire d'un air amusé, tout en émettant des « Gronk, Gronk » d'amusement. Abasourdie par ce qu'elle venait de voir, Hermione rentrait dans le magasin pour faire ses commissions. Finalement, se disait-elle, la vie chez les Moldus n'était pas si mal en comparaison. Le jour où elle verra son ours en peluche lui parler, c'est que l'Apocalypse a commencé. Ou pire encore.
Dans le magasin, très sobre et vétuste, il n'y avait qu'un étalage énorme de salaisons, une odeur âcre de brûlé et de sang, une chaleur moite agréable quoique lourde, et des étagères remplies de pots de graisse, de confits, plus quelques saucisses qui pendent. Hermione déglutit en voyant que certains pots bougeaient tous seuls, ou alors, que les saucisses s'amusaient à danser toute seules. De quoi encourager au végétarisme.
Hermione s'approchait lentement du comptoir, tandis que des pas se faisaient entendre. C'était le boucher, visiblement, un homme énorme moustachu, à la différence près qu'il était gros, et qu'il avait deux petits yeux bleus aimables, et deux grosses joues qui faisaient bon vivant.
- Bonjour, ma p'tite dame ! Qu'est-ce que je vous sers ?
- Je vais prendre du bacon en tranches, et aussi des côtes de porc et d'agneau, s'il vous plaît.
- Ça marche ! Et vous voulez des saucisses avec tout ça ?
- Ce n'est pas moi qui paie, remarque Hermione, gênée de voir qu'elle n'avait pas d'autre argent sur elle que celui que Mrs. Weasley lui a donné.
Pendant que le boucher lui proposait une « offre promotionnelle à ne pas manquer », la porte de l'épicerie s'ouvrit encore une fois. Hermione se retourna, pour rencontrer de façon totalement inattendue, une figure connue.
- Ad… Adrian ? Que fais-tu ici ?
C'était bien Pucey, qu'on reconnaissait toujours par sa stature très forte, et un joli ventre rond. Mais depuis mars, il a beaucoup maigri, et cela lui allait mieux. Sa barbe avait poussé en chemin, aussi. Toutefois, pour une fois, il n'avait pas de blazer à l'effigie de Serpentard, mais un habit de Brigadier, avec le fameux bandeau « POLICE » qu'elle voyait sur son bras. Si Hermione était abasourdie de le voir, Pucey l'était au moins deux fois plus.
- Her… Hermione ? Tu n'es pas à Poudlard ?
- Non. comme tu vois… Mais que fais-tu en habit de Brigadier ? Tu as un emploi de vacances ?
Le Serpentard eut un rire amusé.
- Moi ? Non. Je passe en septième année un cursus « Sécurité ». Au programme des cours, il y a des stages de Patrouille lors des vacances. Donc je suis en cours, même les vacances.
Tandis qu'Hermione comprenait mieux la raison de sa présence ici, de son côté, le boucher, loin de les regarder bêtement sans rien faire, prenait au contraire du bon temps à les voir parler ainsi.
- Ad, c'est ton amie ? Elle est très jolie !
- Oui. Et plus que très jolie.
La préfète le prit mal, puisqu'elle se sentait comparée à une pièce de viande comme on en vendait tout un tas sous son nez. Et assez cher, en plus.
- Très bien ! Jeune fille, je t'offre du saucisson et un pâté de campagne gratuitement. Les amis d'Ad sont mes amis !
- M-Mais vous êtes fou ! On ne se connaît même…
Sans même la laisser finir, le boucher partait sur le champ dans l'arrière-boutique pour chercher tout ce qu'elle voulait. Pendant ce temps, Hermione se sentait très embarrassée. Ces courses devenaient une fête foraine, il se passait n'importe quoi.
- Oh, misère… Je crois que j'aurai mieux fait de rester chez moi.
- D'ailleurs. Que fais-tu, ici, demande Adrian.
- Moi ? Eh bien… Je suis chez les Weasley pour les vacances, et là, nous faisons les courses. Passionnant, comme tu vois. Et toi, tu as le droit de faire des courses ici entre deux cours ? Ce serait étonnant.
- Oui, c'est autorisé. Nous sommes en pause avant de reprendre notre entraînement sportif pour la Patrouille.
- Je n'ai pas bien compris, que fais-tu au juste dans un cursus de Patrouille, demande Hermione, surprise.
- C'est très simple, répond Adrian en souriant. On surveille les villes comme des Brigadiers, certes moins longtemps. On débute, après tout. Puis on fait du sport pour nous endurcir physiquement. Et aujourd'hui, on fait de la randonnée plusieurs heures. Là, on fait une pause pour manger. Puis on repart.
- Ah… Ça semble fatiguant, remarque Hermione, alors.
- Oui, j'ai faim, dit alors le Serpentard, en se massant le ventre. Mais j'attendrai encore un peu avant de déguster. Stan met toujours une éternité à aller chercher ce qu'il veut au fond de la réserve. Il se distrait de mille et une choses. On peut discuter en l'attendant. Je sais que tu aimes poser des questions et parler.
Hermione ne trouva rien à en redire car elle appréciait le Serpentard. Cependant, elle se demandait de façon gênée, s'il ne l'aimait pas un peu trop. Comparé à Harry et Ron, il était plus familier et cherchait davantage à créer du lien. Passer de la fille ignorée à la fille désirée créait en elle beaucoup de gêne.
- Hm… Tu es en travail normalement, non ? Je ne sais pas si c'est une bonne chose qu'on te voie discuter avec une fille dans une boucherie.
Cela fit rire son interlocuteur.
- C'est vrai. J'aurai préféré te rencontrer sur la place du village plutôt qu'ici… Mais qu'importe, on ne me réprimandera pas. Runcorn sait être patient. Enfin. Surtout avec moi, car mon père le connaît. Sinon il est détestable avec tout le régiment. Par exemple, il a flanqué Urqhart courir jusqu'au bourg voisin chercher des bières pour le punir de son insolence ce matin. Alors qu'il y avait une brasserie ici. Il nous interdisait d'y aller pour laisser faire Urqhart le sale travail.
- Runcorn, tu dis ? Il est du Ministère, non ?…
Elle se rappelait très bien de lui. Le fameux policier que Dumbledore a engagé dans l'Ordre, et que personne n'apprécie.
- Comme tous les Brigadiers. Et il s'occupe aussi des septième année. Parce qu'il aime décourager tous ceux qui croient que le métier est facile, répond le Serpentard. Mais il n'est pas méchant. Du moment que tu te tais.
- Je l'ai rencontré, il est parfois désagréable, oui. C'était à Halloween…
- Ah oui, quand tu m'as proposé à danser. Je me rappelle encore.
- Danser, danser… Tu es bien aimable… On aurait dit qu'on tentait de s'écraser mutuellement les pieds, mais oui, je me rappelle aussi. C'était une belle soirée, quoique l'explosion du mur a un peu gâché la fin.
À l'évocation de ce souvenir, Adrian eut les yeux contents, et rêvassait en regardant le vide, un sourire vague sur les lèvres. Ils gardirent le silence un moment, quand Hermione demanda alors :
- Est-ce que Runcorn a trouvé le coupable, finalement ?
- Il n'a pas eu le droit d'enquêter sur l'affaire, répond Pucey.
- Mais c'est absurde ! C'est son métier !
- Ombrage le lui a interdit, et Fudge a suivi. Ils ne veulent pas en parler.
Hermione, en entendant ça, fronça les sourcils. Encore des cachotteries de la part de Fudge, décidément… Il a quelque chose à cacher ?
- Tu veux lui demander, ajoute alors le Serpentard. À Runcorn. Ce qu'il pense de cette histoire.
- C'est possible ?
- Tout à fait. Et ça peut l'intéresser. Il s'interroge sur certaines choses. Voir une amie d'Harry Potter peut l'intéresser, dit Adrian d'un ton énigmatique. Tu viens ? Tu n'es pas forcée de répondre à tout ce qu'il dit. Albert se croit encore en salle de torture. Mais il ne va jamais jusqu'au bout de ses menaces. Il agirait au lieu de menacer, sinon. C'est du vent.
Alors qu'Hermione hésitait, trouvant à la fois l'occasion douteuse mais inespérée, car ce fameux Runcorn savait bien des choses que Lucius Malefoy tenait à cacher à jamais. C'était trop facile. Mais de toute façon, elle n'est ici que le temps d'une course, et les Weasley voleront à son secours si cela s'éternise.
- … Bon, pourquoi pas, dit-elle, alors. J'ai aussi quelques questions à poser, cela peut faire un peu d'animation dans cette commission ennuyeuse.
Qui parle du loup le voit arriver plus vite que prévu. Un coup sec se fit entendre dans le dos d'Hermione, c'était le boucher, qui, enfin, était revenu avec un énorme paquet emballé. Enfin, paquet, on dirait plus un carton.
- Voilà ! De quoi vous remplir la panse un mois entier ! Ça fera seize Gallions, six Mornilles.
- Heu…
Hermione regardait l'argent que lui a donné Mrs. Weasley, en le sortant de sa poche. Elle grimaçait. Elle a bien six Mornilles, mais pas un seul Gallion. Ça allait coincer quelque part. Est-ce que ce boucher prend les Tickets Restaurant ? Toutefois, elle n'eut pas à résoudre cet épineux problème car son ami s'en chargea à sa place.
- Je paie.
La préfète regardait avec effroi Adrian, qui sortait de sa poche à lui, un bon tas de Gallions d'or. Stanley, en voyant ça, eut un petit rire.
- Ah, ah, tu roules sur l'or, mon ami. Très bien, je prends. C'est bien, tu es galant, tu prends les courses sur ton amie, preux chevalier.
- J'ai eu une avance sur mon salaire, rit le Serpentard.
- Tu pourrais garder cet argent pour t'acheter à manger, coupe Hermione, gênée d'une telle gentillesse.
- Pas la peine. Ma mère me prépare tellement de nourriture que je fais des économies. Et le comble. Elle me gave de gâteaux, mais elle est maigre comme une asperge.
- Et ton père gros comme une montagne ! Ah, ah ! On sait de qui tu tiens, hein ! Allez, ma p'tite dame, prenez ceci, et bonne journée !
Hermione n'eut même pas le temps de répondre que le boucher redisparut dans l'arrière-boutique. Consternée, la préfète voyait qu'elle n'a pas eu à dépenser un sou, et qu'Adrian lui offrait une montagne de victuailles.
- Prends ça… A moins que ce soit lourd à ton goût ?
- Oh, tu exagères. On dirait un elfe de maison.
- Mais non, mais non. Je t'assure que cela me fait plaisir…
- C'est ce que disent tous les elfes de maison…
La préfète secoua la tête, quoique amusée par ce fait gentil.
- Adrian… Tu n'en as pas l'air du tout, mais tu es un garçon bien.
La remarque, surprenant au plus haut point le sorcier, le fit sourire d'un air timide. Il avait l'air très content. De son côté, Hermione, attendrie mais toujours aussi sérieuse, s'empressa de dire d'un ton chalereux :
- Allons, donne-moi ça, tu n'es pas un portier, mais un Brigadier. Mène-moi donc à Runcorn… Nous n'avons pas la journée.
- Tout de suite !
Il était en train de partir, quand, sans doute par envie de trop bien faire, il agit trop vite, et trop distrait, il se mangea la porte en pleine figure. Adrian tomba alors à la renverse au sol en faisant un tel bruit, que même le boucher accourut vers la boutique, un hachoir à la main, croyant qu'un sauvageon s'en prenait à ses locaux.
- Tu vas bien, s'écrie alors Hermione, choquée. Tu… Tu ne t'es pas fait mal, j'espère !
- Non, ça va, dit Adrian, qui se relevait, l'air piteux. Aïe.
- C'est quoi ce… Hé ! Ad ! Tu peux faire attention, quand même, rouspète le boucher, exaspéré. Tu sais, c'est moi qui paie la porte !
- Il s'est cogné, intervient alors Hermione. Attendez, monsieur… Je m'en occupe. Reparo !
La porte n'avait subi que peu de dégâts, mais un craquement de la vitre après le sort de la Gryffondor fit comprendre qu'elle a quand même dû sentir passer quelque chose.
- Guerigo, ajoute aussitôt Hermione en visant le nez d'Adrian.
Ce dernier, alors qu'il se relevait, sentit passer les effets du sort de son amie. Son nez saignait un peu lorsqu'il tombait, mais il semblait guéri juste après. Le Serpentard devint tout rouge et n'osa rien dire, gêné au plus haut point.
- Hé bien, tu as trouvé une sacrée sorcière, Ad, rit le boucher, qui observait tout avec intérêt, hilare. Ne la lâche pas, celle-là, elle a du talent.
- Ou… Oui, balbutie Pucey, rouge. Mmh… Mer… Merci. Il ne fallait pas…
- Je t'en prie, arrête, dit juste Hermione. C'est normal.
Le Brigadier eut un sourire gêné tout en tournant la tête, l'air gêné. Visiblement, il n'avait pas l'habitude qu'on soit si gentil avec lui.
Après un petit moment, que chacun put emporter ses provisions et se remettre de ses émotions, les sorciers de Poudlard sortirent dehors - et Adrian emporta également un pansement sur son nez en plus de son pâté - pour marcher un peu. Quelques rues plus loin, Hermione arrivait à l'extérieur de la ville, d'où la menait Adrian, loin devant. Il la menait comme un guide, mais aussi pour ne pas montrer la honte qu'il ressentait. Il était rouge comme une pivoine, et cela, Hermione le voyait de loin.
- Il est là…
Il avait enfin dit un mot de tout le trajet. L'adolescente crut en son for intérieur qu'il était redevenu froid et désagréable. Heureusement, non. Enfin, en s'avançant mieux, elle remarquait un autre Brigadier, mais vêtu d'une casquette de tweed, en train de regarder le vide en silence. Adrian l'appela de manière officieuse « Maître » quand ce dernier se retourna alors vers ceux qui venait, l'air noir. On dirait qu'il avait des fusils dans les yeux.
- Pucey, retourne t'amuser ailleurs, je ne veux pas qu'on me dérange, aboie-il. Et qu'est-ce que c'est que ce pansement sur le nez ? Ne me dis pas qu'un collègue t'a provoqué en duel.
- Non, monsieur. C'est un accident regrettable - il baissa la tête, tout rouge - ce n'est rien de grave… J'ai amené une amie d'Harry Potter.
Il ne finit pas sa phrase. En fait, son supérieur ne le laissa pas la finir. Les yeux fixés sur Hermione, il la reconnut.
- Tiens… Hermione Granger, remarque-il. La fameuse. Je me rappelle encore d'Halloween et de Noël. Comme si c'était hier… Quel beau hasard. Cela tombe très bien… Mmh…
Il se tournait, l'air furieux, vers Pucey, qui restait encore là entre eux, comme un militaire au garde-à-vous. Il regardait à son tour son supérieur, l'air de celui qui sent qu'il va passer un sale quart d'heure.
- Adrian, tu te pisses dessus ? Retourne travailler. Va donc chercher ton collègue Urqhart qui ne revient pas. Il a dû se perdre, ça fait un moment qu'il traîne. Allez, ça te dégourdira les jambes, un peu, tu en auras besoin tout à l'heure, quand on repartira.
- Heu…
- Pucey, tu n'as pas le choix, aboie l'autre. Tu te rappelles que j'ai dit ce matin ? Pour être Brigadier, il ne suffit pas d'avoir de gros bras, il y a aussi une autre compétence cruciale nécessaire pour réussir dans le métier : savoir obéir ! Alors applique ce commandement et bouge-toi de là !
Voyant que son chef ne voulait pas le faire rester, Adrian se contenta de montrer son mécontentement en grognant, et il s'en alla traîneusement. Pendant qu'il s'éloignait, Runcorn observait Hermione, d'un air implacable. Puis, après un petit temps, lorsque Pucey fut assez loin, il demanda :
- Tu es l'amie d'Harry Potter ? Tu dois savoir pourtant que Fudge le tient en grand mépris…
- Je méprise les principes de Fudge pour ma part, réplique-elle.
Toujours aussi glacial, le Brigadier regardait Hermione, sans expression.
- Mais est-ce que cela comprend aussi agir dans le dos du Ministère ? Vois-tu, il y a une question que notre très estimé - il eut un rire en disant ce terme - Ministre Fudge, croit qu'il conspire contre lui. Il est très sérieux quand il en parle. Sais-tu que je peux te faire arrêter ? Il me donnerait raison.
Soudain, Hermione se posait clairement sur la défensive. Il n'allait quand même pas essayer de la vendre à Fudge ! En la voyant, le Brigadier eut un demi-sourire, qui ne pliait que sa joue droite. La préfète eut un frisson en voyant que s'il ne savait pas bien sourire, c'est car une énorme cicatrice sur sa joue gauche l'empêchait de la plier. On aurait dit une lacération sur la chair même. Elle était encore rouge et fraîche.
- Je ne comptais pas t'arrêter, jeune fille… Bien sûr que non… Il y a une seule femme dans l'Univers que je souhaiterai arrêter… Ah, non, en fait, deux : une collègue du Ministère et ma belle-femme. Tu n'es pas dans la liste. Réponds à ma question, plutôt : Harry est-il un criminel qui agit contre la société ?
- Bien sûr que non !
Hermione eut la surprise de voir que le policier ne répondait rien du tout. Il restait muet, prostré à la regarder. Alors, elle comprit. Il cherchait soit à l'évaluer, soit à voir si elle disait vrai. Toutefois, un doute l'envahissait, c'était cette histoire sur Harry, encore.
- Vous dites donc qu'Harry est vu comme dangereux par Fudge ? Il n'a rien fait, pourtant…
- Soit vous êtes naïve, soit vous êtes stupide, réplique le policier. Peut-être qu'on pensait ça quand il se taisait, mais sa petite interview a mis le feu aux poudres. Harry Potter est vu comme un élément dangereux. Beaucoup, y compris des sorciers influents, utilisent ses dires pour appuyer leurs positions… Oh, ils ne sont pas contents, au Ministère… Ton ami sait ce qu'il fait, au moins ?
- Harry n'a jamais fait de politique, il ne s'intéresse qu'à protéger la société de Volde… Vous-Savez-Qui, reprit-elle aussitôt en voyant le regard du Brigadier. Il n'est pas responsable de la panique des autres. Et quelle est encore que cette histoire, est-ce une nouvelle invention de Fudge ? Harry n'est pas un agitateur ! Qu'on arrête de le traiter de tous les noms ! Ça en devient lourd !
- Ce n'est pas une invention, c'est la vérité, reprit Runcorn. Ce serait un danger pour le pays, que tous apprennent qu'un mage noir soit échappé… Donc, il préfère qu'il fasse comme tout le monde : se taire. C'est certes inutile contre les mages noirs en liberté, mais ça fait les affaires de tout le monde.
Cela scandalisa assez la préfète, qui voyait comme ça comme une menace.
- Quoi ! Mais… ! Vous êtes bien d'accord avec moi qu'il est intelligent de contrer dès maintenant une menace dangereuse ! Et la vraie, cette fois ! Si Vous-Savez-Qui revient… Ce n'est pas en sabordant son propre navire, en s'en prenant aux seules personnes capables de l'arrêter, qu'on s'en sortira tous ! N'ont-ils donc aucun sens logique ?
- Si, ils en ont un, mais ce n'est pas le tien. Il est malaisé pour l'économie qu'un mage noir perturbe les politiques de crédit… La société aura très peur et se verra influencée par le vote radical… Le Ministre ne veut pas en entendre parler.
- Quoi ?! Mais vous êtes employé par des imbéciles, s'insurge alors Hermione, exaspérée. La société ne vote pas en temps de guerre, et l'économie, sérieusement… Qui irait se préoccuper d'émettre des actions sur le marché financier en plein conflit ! Sont-ils stupides, ou vivent-ils sur une autre planète à temps partiel ? L'individu lambda a d'autres occupations que de consommer ou de voter ! C'est n'importe quoi !
Runcorn eut un rire en entendant ça.
- Va donc leur expliquer ça… Leur conception se monde n'existe pas sans l'appui de théories que des gourous affirment sans savoir de quoi ils parlent, retournant à l'envi leurs dires, selon le contexte… Vois-tu, ils ont toujours raison, c'est de la faute à la société de ne pas le prouver par l'expérience. Et Fudge doit contenter ces gens-là en premier…
Il marqua une autre pause, pour dire :
- Jeune fille, tu ferais mieux de dire à ton ami de la boucler et de ne pas semer le trouble dans le pays. Fudge est un peureux… Mais il peut très bien lui réserver des crasses par sa petite amie du Ministère. Tu la connais… La monstruosité rose qui sourit comme si elle avait des hémorroïdes. Après ce qui vient d'arriver, Fudge peut être plus radical encore… La peur est la compagne des actions dangereuses.
Hermione ne dit rien, alors. Elle savait très bien qu'Ombrage joue un double jeu, pas la peine d'en rajouter sur ce chapitre, merci. Par contre… Elle se rappelait de ce que lui avait dit Ginny un jour. Le Ministère est un ennemi absolu d'Harry… Sans doute avec Fudge, mais tous ? Elle voulait en avoir le cœur net.
- Je suis certain que le Ministère saura coopérer avec Harry et Dumbledore, en temps de crise, affirme-elle.
Contrairement à son attente, le Brigadier ria comme à une bonne plaisanterie. Irritée, la préfète demanda ce qu'il y avait de si drôle.
- N'attends rien d'eux, dit-il, alors. Ils sont bien sûr contre Tu-Sais-Qui… Mais ils ne pourront rien pour ton ami. Rien du tout.
- Et pourquoi donc ? Ils ont bien de l'argent et des hommes.
- Tout cela pour un adolescent de quinze ans ? Laisse-moi rire. Le temps des princes enfants est fini depuis des siècles. Tu ne connais rien du Ministère. L'ère de Churchill, elle est morte depuis un bon moment. Et personne ne veut voir revenir un second sauveur du pays. Tu sais pourquoi ? Parce qu'on l'élirait ! Et le Ministère ne le supportera pas ! Du moment que dans le jeu politique, il est possible d'utiliser Harry, ils le feront, mais le porter aux nues… Si c'est pour qu'il se retourne contre eux, ils ne le feront jamais. Harry est populaire, influent, il a tout ce qu'ils n'ont pas. Et il est du peuple. Jamais, au grand jamais… Ils ne voudront d'un demi-Moldu avec eux. Jamais.
- Vous êtes radical, quand même, remarque Hermione. J'ai entendu dire qu'un certain Scrimegeour… Mais arrêtez de rire, vous êtes impoli !
- Ah, ah, ah, ah ! Oh… Pardon, tu es susceptible. Non, je remarquais juste encore une fois, que tu te complais dans la gentille illusion que le Ministère est très gentil, et qu'il veut aider tout le monde.
- C'est leur métier ! Ils ont intérêt à l'être, on les paie pour ça ! Expliquez-moi donc, en quoi Scrimegeour vous fait rire.
- Parce qu'il n'est pas autant maître de la situation qu'il le prétend. Tu-Sais-Qui est un clandestin, un vagabond qui se cache. Contrairement à un État voisin, il ne réside pas dans un lieu fixe, d'où il serait facile de le déloger. Il ne peut rien de plus que maximiser nos effectifs, et de nous faire travailler sans cesse. Pour votre bon plaisir, et au dépends du nôtre ! Déjà qu'on est mal payés…
- Je ne comprends pas.
- C'est pourtant simple à comprendre. Scrimegeour ne peut rien face à Tu-Sais-Qui. Peut-être plus que Fudge, mais pas assez. Et l'appui du Ministère a ses limites. Déjà, beaucoup ont peur qu'Harry prenne le pouvoir pour lui tout seul s'il devient populaire dans la lutte contre Tu-Sais-Qui.
- Ils sont paranoïaques, ou bien ils connaissent mal Harry ? Lui, Ministre ? Je ne sais pas quel whisky ils ont bu, mais il devait être très fort.
La remarque fit encore sourire à moitié le policier, un exploit.
- Les succès peuvent enivrer vite un homme… Pour l'amour du pouvoir… Nous en avons vu quelques uns. Le dernier en lice, c'était Barthemus Croupton. Très aimable au début… Mais à force de désirer un poste haut placé, et de juger par la cruauté des mages noirs, Il finit par tout y sacrifier, y compris sa famille. Et par devenir mauvais. Il a utilisé des valeurs inhumaines pour son seul intérêt. Les Mangemorts comme leurs victimes, plus rien n'avait d'importance, sauf lui. Voici un magnifique ambitieux néfaste à la société, que celui qui oublie qu'il vit en société, pour ne se préoccuper plus que de ses intérêts personnels, tout en y sacrifiant allégèrement le bien commun et celui de la société. Après tout, n'est-on jamais plus dépensier que du bien des autres ?
- Mais si Harry n'est pas intéressé par le pouvoir, ce qui est le cas, affirme Hermione, il n'a qu'à craindre quoi du Ministère, exactement ?
- Sa mollesse. Car qu'attends-tu d'un tas de fonctionnaires ? Ils peuvent te conseiller pour un avis fiscal, mais pour protéger le pays, ils ne pourront rien du tout. Ce n'est pas leur métier. Si ton ami croit que le Ministère peut reconnaître son point de vue et le soutenir, il se trompe. Il ne peut rien pour lui, il n'est bon qu'à la paperasse. Et les Brigadiers et les Auror… Ils sont obligés d'obéir à des ordres, et pas toujours des meilleurs cerveaux. Le jour où on aura un autre Churchill ou une nouvelle Victoria, ton ami sera soutenu. Mais avec des Fudge ou des Scrimegeour, il n'y a rien à espérer du Ministère, et peut-être quelque chose à craindre, plutôt.
Hermione marqua alors une pause, avant d'ajouter :
- Si j'ai compris… Le Ministère ne peut être qu'hostile à Harry, ou inutile tout simplement.
- Exactement. Ton ami, s'il veut affronter Tu-Sais-Qui, il doit le faire seul. Il n'a rien à attendre d'autres, qui ne sont d'ailleurs pas les mieux placés pour parler de ce qu'il fait. Qu'il ne se fasse pas avoir par des chimères. Harry Potter ne doit pas compter sur l'extérieur pour se débrouiller sur son chemin. S'il fait ça, il s'expose au risque d'être déçu, voir abandonné, par un allié versatile. Et à sa quête, de se finir en tragédie.
Hermione ne répondit rien. Elle considérait ce qu'elle entendait, mais cela avait un ton étrange à son oreille. On dirait le conseil d'un ami, pas une menace d'un ennemi. Runcorn dit ça sous la menace, mais en était-ce vraiment une ?…
- Hm… Pour un Brigadier, je vous trouve bien étrange. On dirait que vous soutenez Harry tout en feignant de le condamner.
- Tu sauras être un bon haut-parleur, dit-il, un autre sourire torve sur le visage. Tu lui répéteras tout ça… N'est-ce pas ? Après tout… Harry et moi, avons le même supérieur hiérarchique… Si on peut dire ça comme ça…
Le Brigadier marqua une pause, et ajouta :
- Les ennemis de Dolores sont mes amis. N'oublie pas. Personne n'aidera Harry s'il tombe, alors qu'il apprenne tout seul à le faire. Comme un grand. Qu'il cesse les interviews, et qu'il agisse au lieu de se dévoiler. Il ira plus vite.
- Merci du conseil, hm… Runcorn, vous êtes pénible à me regarder comme ça. J'ai un bouton sur le nez ?
- Hm ? Non, je suis myope. Je suis obligé d'accomoder, et de froncer les sourcils tout le temps. Sinon… Tu es floue à mes yeux, j'ai l'impression de parler à une tache, je ne vois pas correctement ton visage…
- Écoutez mon conseil : achetez des lunettes.
Le Brigadier eut un petit rire, avant de se pencher sur le côté, et de montrer du doigt un trou sur le côté droit de son visage. Hermione eut un frisson en voyant ça. Il n'avait pas d'oreille droite. Juste un gros trou rouge bordeaux.
- Difficile de mettre des lunettes avec ça, hein ?
- Mais… Vous êtes allé où, pour vous faire une pareille entaille ? On dirait que c'est arraché… Argh…
- C'est un Mangemort qui me l'a faite, répondit le Brigadier. Jolie, hein ? Ça s'appelle « Timbré qui lance des sorts à la figure ».
- La chirurgie, vous connaissez ? Et l'hôpital Sainte-Mangouste ? Harry s'est fait repousser tous les os d'un bras en un soir, pourquoi pas une oreille ?
- J'aime bien cette blessure, dit alors le policier en souriant. Ça me donne un air de guerrier. Ce sont mes cicatrices… Elles me prouvent à quel point je suis fort d'avoir tout enduré… C'est comme un trophée.
Runcorn eut un autre sourire en la voyant grimacer.
- Pas ton truc, les vétérans de guerre, hein ? Je suis pourtant un homme plus que mature.
- Merci, sans façons, réplique Hermione. Vous avez en plus l'âge de mon père. Vous me croyez capable de faire ça, vraiment ?
Alors que le Brigadier riait un bon coup, Adrian revenait en accourant vers eux, ce qu'entendit Hermione, qui se retournait. En le voyant venir, son supérieur grogna et lança avec la voix féroce d'un sergent autoritaire :
- Quoi encore ? Tu me casses les tables rondes ! Tu me prends pour ton copain ?
- Hmmm… Dans un sens, oui. Vous êtes un ami de la famille, soupire-il, en haletant dans sa course. C'est Urqhart… Il est revenu avec les bières. Vous voulez une bouteille ? Il n'en restera plus si vous ne venez pas.
En le voyant accourir rien que pour lui proposer ça, le Brigadier eut un autre de ses sourires torves.
- C'est mignon… Tout ce bruit, rien que pour ton supérieur… Oui, tiens, puisque tu me le proposes, allons nous saoûler entre hommes avant de repartir marcher quatre heures d'affilée. Bien, jeune fille, au revoir.
- Hm, c'est ça, oui, au revoir.
Runcorn s'éloignait alors rapidement, quand Pucey restait sur place, à côté d'Hermione, en soufflant un peu dans sa course.
- Désolé… Je dois y retourner…
- Arrête un peu. Je suis content de t'avoir vu, c'est l'essentiel ! Passer un moment ensemble fait quelque chose. Merci.
Elle lui fit un sourire, ce qui toucha le Serpentard au plus haut point, puisqu'il rougit encore. Timidité, quand tu nous tiens…
- Merci, Hermione. Tu veux venir boire avec nous ? Certes, il n'y a que des hommes, mais ils sauront se tenir. Je suis là à côté s'il le faut.
Hermione eut un rire en entendant ça. Tiens donc ! Elle allait boire une bière avec un tas de Brigadiers. Que dirait Ron, s'il voyait ça ?… Non, il valait mieux éviter. En plus, voir l'oreille coupée de Runcorn lui a coupé l'appétit.
- Non, désolé, Adrian, je vais retourner voir Mrs. Weasley, elle va s'inquiéter de mon absence… Merci pour l'épicerie. Je te rembourserai.
- Non, non, non…
- J'insiste !
- Non, je te dis !
- Tu m'énerves ! Très bien, je te rembourserai le double ! Allez ! Au revoir ! Salue le drapeau pour moi… Et à lundi !
- Oui, à lundi ! N'oublie pas, si je peux t'aider… Je le peux certainement au delà de tes espérances, dit-il avec un sourire radieux, quoique timide.
Et elle s'en alla rejoindre les Weasley, encore touchée par ce qu'elle venait d'entendre. Elle a bien fait de dépasser ses préjugés : elle a trouvé au final des personnes exceptionnelles, autant Pucey, que d'autres comme MacMillan ou Finnegan, qui étaient pourtant des hommes rebutants au premier abord. Mais ce qui la gênait encore plus, c'était de voir que Pucey lui accordait bien plus d'affection qu'elle ne l'aurait pensé. Exactement comme Viktor : tout le monde l'a vu, mais personne ne l'a vu venir, et personne n'a prédit ce qu'il ferait.
