Note de l'auteur : Bon déjà, et au risque de me faire incendier… il n'y a pratiquement pas de vraie interaction entre James et Lily dans ce chapitre, tout simplement parce qu'ils ne se croisent que très brièvement. Et je suis désolée, car j'ai dit que ça ne se reproduirait plus. La raison est simple en fait : comme le suggère le titre, j'ai coupé ce chapitre en 2 car il était vraiment long (plus long encore que le dernier avec le POV de Lily), et cette dernière justement discute avec James que dans la partie B. Donc, je suis désolée. Si ça vous gêne, attendez la publication du 2e bout ^^

Pour me faire pardonner, je poste cette partie 2 jours en AVANCE (alors que j'avais dit le 20, yahou !) et je vous promets de poster la deuxième partie pendant ce weekend. Quand exactement, je ne sais pas car je passe mes épreuves demain + après-demain + samedi matin, et que ça va dépendre de ce à quoi je ressemble (merci d'ailleurs pour votre soutien, j'ai réussi mon premier concours, plus qu'à valider les oraux). Mais ce sera sûr et certain avant l'épisode de GOT (oui, parce que ma semaine est rythmée par cette série en ce moment. Certains disent avant ou après JC, moi c'est avant ou après GOT)

(Et si vous ne l'avez pas encore remarqué, je poste en général le soir ou en pleine nuit)

Au vu du contenu de la 2e partie, je pense pas que vous serez déçus. Je pense vraiment que d'un point de vue rythme et confort de lecture, mieux vaut couper. Faites moi confiance, et excusez moi !

Voili, voilou ! (oui, je sais que cette expression devrait être punie de peine de mort, mais laissez moi tranquille !)

Et sinon, on se retrouve en bas de chapitre comme d'hab pour le bla bla !

PS: le chapitre reprend juste après le passage à tabac de James par Nathan.


CHAPITRE 23: Ladies & Gentlemen (1/2) – JAMES


PETER SE GRATTA la tête, visiblement peu convaincu par le sourire encore édenté de James.

– Est-ce que tu es sûr ? insista-t-il en tapant sur les dents abimées pour les reconstituer.

James hocha la tête.

– Parce que je peux complètement reporter la réunion, si tu as besoin de moi.

– Peter, je vais bien, s'exaspéra James.

– Oui, maintenant que je t'ai rafistolé, fit remarquer le maraudeur. Je te rappelle que tu avais l'air de t'être pris un bus dans la gueule il y a trente minutes encore.

Le visage de James s'assombrit.

Il avait l'air totalement ridicule avec ces bouts de coton enfoncés dans les narines, commençait sérieusement à penser qu'il avait reçu assez d'œil au beurre noir pour toute une vie, grimaçait régulièrement face à la douleur lancinante de ses côtes en cours de reconstruction, avait en général mal à des endroits dont il ne soupçonnait pas l'existence, mais (et c'était peut-être le seul point positif de cette histoire, bien que James n'avait pas osé poser de questions) adorait le goût mangue-papaye du baume à lèvres réparateur que Peter lui avait appliqué et qui devait remettre ses lèvres en état d'ici vingt-quatre heure (d'après l'emballage).

Ce crétin de Smith n'y était pas allé de main morte, et avait refait le portrait de James assez violemment. Une fois de plus. C'était tout de même assez humiliant qu'il se fasse ruiner à chaque fois qu'il en venait aux mains avec lui.

– J'ai simplement besoin de repos, Peter, assura-t-il pour la énième fois. Je vais bien.

– D'accord capitula ce dernier, visiblement à contre cœur.

Il farfouilla dans le placard placé dans un angle du bureau, et en extirpa deux cintres un pantalon et une chemise parfaitement repassés, qu'il ajusta à la taille de James d'un coup de baguette.

James se débarrassa de ses vêtements ensanglantés avec plaisir, puis se recoucha sur le canapé. Il était bien trop grand et ses jambes dépassaient.

Peter, qui relisait un rapport en attendant qu'il finisse de se changer, redressa la tête lui jeta un énième coup d'œil anxieux.

– Tu es sûr hein ? Je te laisse seul ?

James soupira.

– Peter ?

– Hmm ?

– Est-ce que tu veux que je te botte le cul ?

– Non, pas vraiment, répondit Peter sur un ton grave qui faillit ravir un rire à James.

– Parce qu'il me reste encore assez de forces, pour ça, dit-il cependant d'une voix menaçante.

– Non merci, mais c'est très gentil d'avoir proposé, répliqua Peter tout aussi sérieusement.

Cette fois, aucun des deux ne parvint à rester de marbre. Ils échangèrent un sourire complice.

– OK, j'y vais, dit Peter en regardant sa montre. Mais n'hésite pas à m'envoyer un hibou si tu as besoin de quoique ce soit…

– Merci. Tu en as déjà beaucoup fait…

Peter esquissa un sourire fier, comme un enfant qui venait de se faire féliciter.

S'il s'était dirigé vers Peter pour se faire soigner, ce n'était pas uniquement parce que Remus et Sirius étaient indisponibles (le premier se trouvait soit au manoir – lieu qu'il tenait à éviter pour des raisons évidentes –, soit au travail, et le second ne devait revenir de son stage que le surlendemain) c'était surtout parce qu'il savait que Peter respecterait ses limites.

Du fait de sa profonde admiration, qui se confondait parfois avec une dévotion presque fanatique, le maraudeur lisait parfois James encore mieux que Sirius. Il avait immédiatement compris que James ne souhaitait pas parler des circonstances l'ayant conduit à cet état lorsque James s'était présenté à son bureau une heure plus tôt, le nez en sang, le visage tuméfié, quelques côtes cassées et un panier rempli de viennoiseries qui semblaient avoir également passé un sale quart d'heure sur la chaussée à la main.

Aussi, et malgré son inquiétude et son étonnement évident, Peter n'avait posé absolument aucune question. Il l'avait regardé pendant une vingtaine de secondes sans un mot, les sourcils disparus sous sa frange, le temps de se remettre du spectacle, avant de le soutenir jusqu'à son canapé, où il l'avait simplement fait asseoir et l'avait soigné du mieux qu'il pouvait en suivant les directives de James. Nul doute que Tina aurait fait un meilleur travail que Peter. Cependant, il était impensable pour James qu'elle le voie dans cet état.

Déjà, parce qu'elle ne l'aurait jamais bouclé et serait probablement allée en découdre avec Smith (et James ne doutait pas qu'elle aurait gagné, même à mains nues), mais aussi et surtout parce qu'il lui était impensable qu'une femme le voie dans cet état.

Que ce soit Tina, Elinor, Heidi ou Lily. Surtout Lily.

Peter lui apporta une tasse de café, puis jeta une nouvelle fois un coup d'œil à sa montre.

– Bon, je vais y aller avant d'être définitivement en retard, annonça-t-il en saisissant sa mallette.

James acquiesça.

– Queudver ? appela-t-il à demi-mot.

Peter redressa la tête.

– Si jamais quelqu'un te questionne il ne s'est rien passé, OK ? lança-t-il sur un ton gêné.

Peter hocha la tête, comme s'il s'agissait une évidence – et James savait au fond de lui que c'était une évidence. Mais il savait que son ami se montrerait beaucoup plus prudent et discret si James était clair sur le fait qu'il voulait que son passage à tabac ne s'ébruite pas

Une fois seul dans le bureau, James finit son café puis s'allongea sur le canapé, avec le bruit des autres personnes du ministère passant dans le couloir en bruit de fond. Peter avait un travail certes ennuyeux mais stable, dans lequel il excellait tellement qu'il avait été promis plusieurs fois ces dernières années. Son bureau n'était pas grand mais définitivement confortable, et le nombre de dossiers qui s'entassaient sur les étagères témoignaient des responsabilités qui lui incombaient. Peter avait toujours été ambitieux à sa manière, et James était quelque peu fier de la réussite de son ami. Remus avait un emploi régulier depuis quelques temps, malgré sa condition, Sirius semblait avoir trouvé sa place au bureau des Aurors, et James sentait que les choses se mettaient pour lui aussi après moult tâtonnements. Le concours aurait lieu pendant deux jours à partir du surlendemain, et il était confiant d'arriver en haut de la liste.

Il s'endormit quelques heures, et se réveilla avec une bien meilleure forme malgré sa mine toujours terrible. Il s'étira – et regretta immédiatement son geste quand une douleur l'élança au niveau des côtes.

Connard de Smith, pensa-t-il.

Connard qui cachait bien son jeu. Dire que Lily le voyait à nouveau comme un ange… ça le dégoûtait. Elle lui avait sauté dans les bras et l'avait regardé avec une reconnaissance qui lui avait donné envie de vomir ses tripes, sans se rendre compte qu'il la serrait plus fort que nécessaire, plus longtemps que nécessaire.

James soupira. Étaient-ils de nouveau ensemble, comme l'avait affirmé Smith ? Ou ce dernier n'avait-il seulement essayé de jouer avec ses émotions pour le déstabiliser ? Au vu de la facilité avec laquelle James l'avait désarçonné, le jeune homme sentait que leur relation n'était pas aussi claire que lorsque Lily sortait avec lui, mais, au vu de la bonne humeur qui la gagnait quand Smith était dans les parages, James ne pouvait s'empêcher de se sentir inquiet.

Si tu n'es pas prêt à nous laisser une chance et à me traiter comme je le mérite, d'autres le sont.

A qui faisait-elle alors référence ? Quelqu'un lui avait visiblement tourné autour, et s'était présenté comme une alternative sérieuse en son absence, alternative qu'elle envisageait plus sérieusement qu'il ne le voudrait.

Notre discussion est juste la énième preuve que je suis une idiote de ne pas leur laisser une chance.

James était prêt à leur laisser une chance et à la traiter comme elle le méritait, mais elle ne semblait pas le comprendre. Elle s'était montré intransigeante, déterminée, inflexible. Il ne comprenait pas ce soudain revirement, quand il avait été si près de l'avoir quelques mois plus tôt. Il les revoyait encore à deux doigts de s'embrasser chez lui, juste avait l'intervention de Tina. A cette époque-là, elle avait semblé faire ce qu'il avait toujours attendu d'elle : faire la part des choses. Elle avait semblé comprendre que le fait que James soit fiancé à Elinor n'avait rien à voir avec le fait qu'il l'aimait.

Il cligna des yeux, et resta interdit quelques secondes.

Il l'aimait.

Et euphémiser cette réalité était inutile.

Il n'avait pas simplement des sentiments forts pour elle. Il n'avait pas simplement un gros faible pour elle. Il n'était pas uniquement attiré par elle. Il l'aimait.

Oui… s'il avait le cœur aussi serré en pensant à elle, s'il avait tant envie de rire et de pleurer, s'il voulait autant la fuir que la voir, s'il souhaitait aussi ardemment la rendre heureuse et tout faire pour la garder heureuse, la garder près de lui et ne jamais la laisser partir, c'était forcément parce qu'il l'aimait, aussi effrayante que soit la vérité.

Son cerveau paniqué lui proposa instinctivement dix-sept plans d'urgence pour fuir cette réalité ignorée jusque-là, dont quatre impliquaient un déménagement en Asie de l'est et trois au fin fond de l'Amazonie, mais James se rendit très vite compte qu'en plus du fait que ce soit totalement inutile, il n'avait aucune envie de fuir.

Il la voulait. Et bien sûr que ça le mettrait à nu, et qu'il se rendrait encore plus vulnérable en décidant de poursuivre sa conquête, et que s'il continuait elle pourrait lui briser le cœur encore plus terriblement qu'elle l'avait fait aujourd'hui en le rejetant, mais il la voulait.

Entière. A lui. Pour toujours.

Il voulait à nouveau pouvoir discuter avec elle à longueur de journée, et lui confier ses craintes, de ses espoirs, et la faire rire avec ses terribles blagues. Il voulait faire la course avec elle, jouer à cache-cache, s'engager dans des paris stupides, argumenter en sachant pertinemment qu'il avait tort rien que pour le plaisir de la rendre furieuse (parce qu'elle était belle, quand elle était furieuse). Il voulait qu'elle se moque de sa barbe parsemée, qu'elle l'aide à faire ses nœuds de cravate, qu'elle lui dise que ses cookies n'étaient pas mauvais du tout, Il voulait également la serrer dans ses bras, et l'embrasser, et lui faire l'amour, et lui refaire l'amour, et l'aimer toute sa vie.

Mais elle lui avait dit non.

Non, tant qu'il serait fiancé à Elinor.

Et James en avait honte, se dégoûtait, mais une partie de lui commençait à se rebeller contre l'engagement qu'il avait pris auprès de la blonde, et qu'il avait juré de ne briser sous aucun prétexte, mutinerie qu'il réprimait avec sévérité mais qui l'assaillait inlassablement.

James n'était pas réellement effrayé d'être tenté de revenir sur sa parole, parce que ce serait bien indigne de lui, parce qu'Elinor avait encore besoin de lui, parce qu'elle était essentielle pour lever le mystère de Shortbourne. Il avait mis l'enquête en pause le temps de dégager de nouvelles pistes, mais il était déterminé à creuser le passé de la jeune femme, à déterrer les secrets de la famille Bell, à découvrir les circonstances exactes de l'attaque dix ans plus tôt. James était en effet convaincu que ceux qui s'en étaient pris à Elinor et Al étaient les mêmes que ceux qui assassinaient sans scrupule les bâtards de Mr Bell.

Elinor était la clef de l'histoire, la clef du passé, mais aussi de celle de l'avenir. En effet, James avait l'intime conviction que les choses bougeraient à la naissance des jumeaux, surtout s'il y avait au moins un garçon parmi eux. Au vu du mystérieux intérêt de Mr Bell pour la grossesse de sa fille, les jumeaux avaient déjà une cible sur le dos, et James ne doutait pas qu'ils tenteraient de s'en prendre à eux jusque dans sa propre maison. Mais Shortbourne n'était pas Potter Mansion : la maison était une gigantesque toile, James l'araignée qui attendait patiemment son repas, et il avait hâte de passer à table malgré le danger.

Mais combien de temps justement cela prendrait-il encore ?

James avançait dans son enquête bien plus vite que tout le département des Aurors, mais arriver là où il en était avait nécessité plus d'un an de recherches. Quelle garantie avait-il qu'Evans serait encore libre et intéressée au moment où il conclurait l'enquête ?

Si tu n'es pas prêt à nous laisser une chance et à me traiter comme je le mérite, d'autres le sont.

James se passa les mains sur le visage, et poussa un profond soupir.

Quelle torture.

Elle avait été on ne peut plus claire sur le fait qu'elle avait le choix, et un choix de qualité qui plus est. Et s'il la trouvait en couple au moment où il finirait les choses avec Elinor, il ne comptait pas lui courir après. Depuis le fiasco avec Emily, James avait pour principe de ne pas séduire délibérément une femme engagée dans une relation sérieuse et saine. Malgré les apparences, il aurait même respecté la relation entre Lily et Smith, si cette première avait été réellement heureuse. Il n'était d'ailleurs passé à l'offensive que lorsqu'il l'avait trouvée en larmes quelques mois plus tôt. Si elle ne lui avait pas avoué à quel point son couple était terrible, James aurait probablement continué à fantasmer au loin sans rien entreprendre, jusqu'à ce que ses sentiments meurent.

Mais elle l'avait embrassée, avait scellé ses lèvres, et rendu amoureux. Elle lui avait donné un avant-goût de ce que serait une relation avec elle. Elle lui avait laissé entrevoir le potentiel de bonheur qu'il pourrait vivre, qu'elle pourrait lui apporter en étant présente dans sa vie. Il n'avait été capable que de vivre l'instant présent avec les femmes avec qui il avait eu une relation, quelle qu'en soit la longueur. Avec Emily, il était parvenu à envisager un futur, mais il avait été hypothétique, bancal, soumis à la condition qu'elle se montrerait fidèle, et elle l'avait déçue à chaque fois. Mais avec Evans, il fermait les yeux, et il voyait l'avenir, il entendait des rires, il imaginait ses enfants, et il était heureux.

Mais elle avait dit non. Pas tant qu'il y aurait Elinor.

James se rendit soudain compte qu'Elinor et lui n'avaient jamais discuté de ce qu'elle ferait, une fois cette histoire derrière eux. Il avait toujours pensé qu'elle resterait mariée avec lui, ce qui ne l'aurait pas dérangé ni lui aurait déplu, ou alors qu'elle retournerait avec Arthur.

Maintenant qu'il connaissait un peu plus l'histoire d'Elinor il doutait fortement que Tom soit le père des enfants. Apparemment, il l'aimait comme sa fille et la traitait de manière aussi précieuse simplement par devoir de mémoire envers Tara.

Brutus et Jacob semblaient toujours être des hypothèses invraisemblables.

Jon en revanche gagnait en crédibilité, car à en croire Heidi, il s'était passé quelque chose entre eux en décembre, à la période où elle était tombée enceinte.

Mais Arthur restait la personne la plus probable, bien que persistaient quelques zones d'ombre.

Mais aujourd'hui, les choses avaient changé. Si elle ne retournerait pas avec Arthur, enquête ou non, Elinor resterait avec lui. Et, pour la première fois depuis très longtemps, il ne se sentait pas heureux et rassuré à la perspective de finir ses jours dans un mariage certes sans amour, mais au côtés d'une belle femme brillante, loyale, fidèle et douce comme Elinor.

Non.

Il se sentait piégé.


PETER RETOURNA de sa réunion en fin de journée, et entraina James déjeuner à la cafétéria du ministère. Ce dernier s'efforça de garder les yeux ouverts tandis que son ami détaillait amoureusement le dernier dossier dont il s'était chargé.

Lassé d'entendre parler de chaudrons, James fut ravi de prendre congé de Peter dans l'ascenseur. Ce dernier en effet continuait sa journée de travail tandis que James avait décidé de rentrer revoir quelques notions. Il avait malheureusement raté sa séance de révisions avec Tina, et pria intérieurement pour qu'elle soit déjà partie de chez lui lorsqu'il rentrerait.

Plongé dans ses pensées, il fut ramené à la réalité quand l'ascenseur s'ouvrit au niveau 6, et qu'une figure familière se faufila à l'intérieur à la suite d'un jeune homme encombré par des livres épais.

Le sourire de Dorcas se figea en reconnaissant James. Il leva un sourcil, désarçonné un instant par sa froideur, avant de décider de briser la glace.

– Hé, mais c'est grande copine Meadowes ! s'exclama-t-il en passant une main autour de ses épaules. Ça fait un bail, dit donc !

Le sourire de Dorcas resta froid.

– James, dit-elle sans grand enthousiasme.

– Dorcas. T'es belle, ma belle.

Il l'embrassa sur la joue. Elle fronça les sourcils.

– Qu'est-il arrivé à ton visage ? ne put-elle s'empêcher de demander sur un ton inquiet.

– Je suis tombé, mentit-il.

Elle leva un sourcil, clairement dubitative.

– D'une falaise ? railla-t-elle.

– Dans les escaliers.

– Excusez-moi, intervint le jeune homme qui portait des livres. Vous ne seriez pas James Potter, par hasard ? Celui qui jouait chez les Canons ?

Il avait les yeux brillants.

– C'est bien moi, dit James.

– Woaw, s'exclama-t-il en lui tendant une main, l'air surexcité. C'est un honneur. Woaw.

James la lui serra prudemment, avant de jeter un regard interrogateur à Dorcas.

– James, se résigna-t-elle d'assez mauvaise grâce, je te présente Felix. Felix, James.

– Enchanté, dit James.

– Tu ne m'as pas dit que tu connaissais une star du Quidditch, Cassie, s'exclama Felix qui ne pouvait quitter James des yeux. Woaw.

– Ex-star, corrigea Dorcas.

James lui jeta un regard torve.

– Je ne m'en remets toujours pas que vous soyez parti, ajouta Felix.

– Oh, Ils ont fait du bon boulot en me remplaçant par Harris, dit modestement James.

– Oui, c'est sûr que c'est une bonne joueuse, mais il n'y a pas la même alchimie qu'avec Sealsiver, si vous voulez mon avis…

James se tendit imperceptiblement à l'évocation du nom de Sam, et s'efforça de maintenir son sourire.

– … Ça se ressent sur les longs matchs, quand il faut improviser, conclut le blond.

– Sam et moi nous connaissons depuis Poudlard, c'est un sacré avantage, amenda James. Mais Harris est intelligente et très douée. Leur jeu deviendra plus naturel avec l'expérience. Il faut du temps pour connaitre ses coéquipiers.

– Aucune chance pour que vous reveniez jouer ? demanda Felix avec espoir.

– Tu peux me tutoyer, Felix, dit James. Et pour répondre à ta question, non. J'ai décidé de me consacrer à ma vraie passion. La Médicomagie.

Felix eut l'air impressionné.

– Ah ouais, ça n'a rien à voir. Ça ne te manque pas de jouer en nationale ?

– J'ai jamais voulu faire une longue carrière, expliqua James. Je ne voulais simplement pas me lancer dans le monde du travail dès ma sortie de l'école, alors je me suis accordé quelques années. C'était sympa, franchement. Tu suis le championnat, je suppose ? T'es pour quelle équipe ?

– Les Canons, bien sûr, et les Harpies pour être honnête. Elles sont fortes et vachement canon.

– Encore plus terribles en vrai, approuva James.

Sous le regard atterré de Dorcas, ils discutèrent vivement des sept magnifiques joueuses composant l'équipe, alternant les éloges sur leur jeu qui était de loin le meilleur du championnat d'Angleterre et sur leur physique souvent agréable.

Lorsque Felix déclara que Grace Tonneau était probablement la plus belle de toutes les joueuses, toutes les équipes confondues, James décida qu'il était un homme bien.

– Ma fiancée m'a obligée à décrocher tous les posters de Grace de ma chambre.

Son air contrit fit rire Felix.

– A ce propos, intervint soudain Dorcas. James est la personne dont Lily prépare le mariage.

– Ah bon ? s'exclama Felix. Bah félicitations.

– Tu connais Evans ? demanda James, instantanément méfiant.

– Pas depuis longtemps. C'est une chouette nana.

James fronça les sourcils, mais avant qu'il n'ait pu poser plus de questions, l'ascenseur s'arrêta au Département des Mystères.

– Bon, va falloir que j'y aille, dit Felix avec regret.

– T'es longue de plomb ? s'étonna James.

Felix acquiesça, et James lui retourna son regard admiratif.

– Ça a été un plaisir.

– Partagé.

Il se tourna vers Dorcas.

– Toujours partant pour diner la semaine prochaine, Cassie ?

Elle lui adressa un clin d'œil.

– On se confirme ça, Ok ? A bientôt, Felix.

A peine les portes de l'ascenseur se refermèrent derrière Felix que James et Dorcas firent tomber leurs sourires.

– Il faut qu'on parle, de toute évidence, dit-il.

– Je n'ai pas très envie de te parler, déclara-t-elle avec hauteur. Je t'évite.

– Ça, je l'avais remarqué merci bien. Mais je ne comprends pas pourquoi.

Ella croisa les bras.

– J'ai promis à Lily et Doc de ne pas me mêler ce qui ne me regarde pas, dit-elle finalement.

La porte de l'ascenseur s'ouvrit et se referma sur trois niveau avant d'enfin donner sur l'atrium. Tous deux en sortirent. Dorcas s'arrêta devant la fontaine, et fouilla dans sa bourse à la recherche de quelques mornilles. James s'approcha d'elle, et elle ne protesta pas contre sa présence.

– Est-ce que tu considères qu'on est amis ? interrogea-t-elle au bout d'un moment, sans même le regarder. Qu'on a un vrai lien ? Où est-ce que tu ne traines avec moi simplement à cause de Marlène ?

– Bien sûr qu'on est amis, assura vivement James. C'est vrai qu'au début je ne faisais que suivre McKinnon quand elle venait te voir, mais je t'aime vraiment beaucoup Dorcas. Si j'ai continué à venir te voir même après son départ, c'est parce que je te considère comme une bonne amie. Une très bonne amie, même.

Dorcas eut un petit sourire triste.

– Alors pourquoi est-ce que tu as caché à ta « très bonne amie » le fait que tu vas être père ? Ça fait mal, tu sais, de ne pas l'avoir appris de ta bouche.

– Je suis désolé.

– Des occasions, tu en as eu des centaines. Je sais que tu n'aimes pas parler de ta vie privée, mais je pense que tu aurais pu me dire au moins cette information.

James resta silencieux quelques secondes.

- C'est compliqué, dit-il finalement.

Elle s'assit sur le bord de la fontaine, et son ami l'imita après une courte hésitation.

– Je me sens tellement bête, reprit-elle. J'étais là, comme une idiote, à te donner des conseils pour te faire apprécier de Lily, tout en tentant de la convaincre elle de te donner une chance. Je pensais que tu étais sincère.

– Je l'étais. Je le suis.

Elle eut un petit rire sans joie.

– Je l'aime vraiment bien, Dorcas, insista-t-il avec force.

– Et elle, elle t'aime tout court.

Elle baissa les yeux.

– Et j'ai l'impression de t'avoir aidé à te foutre de la gueule de ma copine.

– Ce n'est pas le cas.

Dorcas poussa un soupir.

– Tu sais, dit-elle tendrement, elle a ce petit sourire en coin trop mignon quand elle parlait de toi. Et elle parlait souvent de toi….

– Parlait ? releva James.

La jeune femme l'ignora.

– Je l'ai vue tomber amoureuse de toi, presque au ralenti, et je n'ai rien fait pour la mettre en garde même si tu étais fiancé, parce que tu avais l'air de l'aimer sincèrement toi aussi, et que je me suis dit que vous trouveriez un moyen de vous retrouver ensemble malgré ta situation. Toi aussi, tu te trahis quand tu parles d'elle : tu as des étoiles dans les yeux, des étoiles que tu n'as pas quand tu parles de ta fiancée, alors j'ai cru… j'ai naïvement cru que tu allais finir par te rendre compte à quel point vous seriez bien ensemble.

– C'est plus compliqué que ça, Dorcas, répéta James, le cœur serré.

– En effet. Ta fiancée est enceinte. Pendant que le ventre de ta nana grossissait, tu courrais derrière ma copine.

– Dorcas…

Elle se leva, et lui jeta un regard froid qui le réduisit au silence.

– Tu me déçois, James. Ta façon de te conduire est pitoyable, que ce soit avec Elinor ou Lily.

James l'attrapa par le bras.

– Tu ne sais pas de quoi tu parles, se défendit-il Ce qu'il y a entre Ellie et moi est réellement compliqué.

Elle croisa les bras.

– Explique. Parce que la situation me parait limpide.

James secoua la tête.

– Je ne peux pas. Mais tu dois me croire, je ne me suis moqué ni d'Evans, ni d'Ellie, ni de toi, je te le promets.

Dorcas le sonda du regard pendant ce qui semblait être une éternité.

– Est-ce que tu l'aimes ?

James ouvrit instinctivement la bouche pour protester, mais la referma sans un mot. Dorcas se rassit et lui prit les mains.

– Tu sais pourtant qu'il va falloir faire un choix, n'est-ce pas ?

– Je n'ai pas de choix.

– Oui… ta fiancée est enceinte, et je ne suis pas en train de te dire de la quitter dans son état. Mais tu dois comprendre que tu ne peux pas aller de l'une à l'autre indéfiniment.

James se prit le visage dans les mains.

– A moins que Remus ait raison quand il dit que tu ne comptes pas réellement te marier ? insista Dorcas.

– Remus est dans le déni, dit froidement James en se tournant vers elle. Ce mariage aura bien lieu.

– Dans ce cas, promets-moi que tu renonceras à Lily pour de bon ?

De nouveau, il garda le silence.

– James ?

– Ce sont deux choses totalement différentes, se borna-t-il.

– Et totalement contradictoires.

– Pas forcément.

– Où est la place de Lily dans tout ça ?

– Près de moi.

– Je croyais que c'était la place d'Elinor, près de toi.

– Tu sais ce que je veux dire.

Il y eut un silence.

Dorcas provenait d'une famille de sangs purs, et voyait en effet parfaitement ce qu'il voulait dire. Elle éclata d'un rire incrédule.

– Oh, non, James Potter, tu ne vas pas oser.

– Si elle accepte, si elle veut être avec moi, ce sera sa décision, rétorqua-t-il.

Elle secoua la tête.

– Lily n'acceptera jamais.

– T'en sais rien, s'obstina James.

– Tu te crois si exceptionnel que ça ? répliqua froidement Dorcas. Tu crois qu'elle va remettre en question tous ses principes pour toi ?

– T'as aucune idée de ce qu'il y a entre elle et moi, dit le jeune homme.

Il ferma les yeux. Dorcas se mordit la lèvre.

– Tu sais pertinemment que tu dois choisir, pourtant, James. Tu ne peux pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Elinor, ou Lily ?

James ne répondit pas immédiatement.

– Elinor a besoin de moi. Je ne peux pas la quitter.

– Tu ne peux pas ou tu ne le veux pas ?

– Les deux. Elle est enceinte, merde ! Et ce que je ressens pour Lily n'a rien à voir avec l'état d'Ellie, de tout manière.

Dorcas eut un petit rire incrédule.

– Tu plaisantes, j'espère ?

– Je n'ai pas envie de faire un choix. Je ne suis même pas certain d'être capable de faire un choix.

– Je me fiches de ce dont tu te sens capable ou non, siffla Dorcas. Je suis en train de m'assurer que tu ne comptes pas faire du mal à ma meilleure amie.

– Je ne ferai jamais du mal à Evans.

– Tu le feras, si tu continues à agir aussi égoïstement. Tu lui en as déjà fait. Et je ne te parle pas de ce qui s'est passé six ans plus tôt.

James eut l'impression de recevoir un coup de poing. Dorcas posa une main sur son épaule.

– Je sais que tu l'aimes sincèrement, James. Tu es capable de faire le bon choix.

– Elle est capable de faire les siens.

– Tu vas la rendre malheureuse, tu n'as rien à lui proposer !

– Au contraire, je peux lui donner tout ce qu'elle désire.

Dorcas croisa les bras.

– Je t'en prie, James, ne sois pas stupide. Je peux t'assurer que je connais assez Lily pour savoir qu'elle ne désire pas ça.

– Ce sera à elle de décider, s'obstina-t-il.

Dorcas perdait de nouveau patience. Lasse de ne pas être parvenue à percer la carapace de James, elle tenta d'attaquer sous un nouvel angle.

– C'est vrai, c'est à elle de décider, concéda-t-elle. Mais tu vas lui briser le cœur, car cette situation est impossible. Ce système de régulière est obsolète, cruel et anachronique. On est en 19XX, les femmes n'acceptent plus d'attendre indéfiniment et sagement dans l'ombre que l'homme dont elles sont la Régulière puisse leur accorder du temps – ou, du moins, elles ne devraient plus. Elles veulent la première place. Lily voudra la première place avec toi, mérite la première place, et lorsqu'elle se rendra compte que tu ne pourras jamais la lui donner, ça lui brisera le cœur.

James se leva et se mit à faire les cent pas. Il pensait aux larmes qu'avait versé Lily lorsque leur conversation avait atteint un cul de sac, et son cœur se serra. Il s'était promis de ne plus jamais la faire pleurer, et il avait lamentablement échoué. Et elle lui avait demandé exactement la même chose que Dorcas.

Ne me brise pas le cœur.

Il se mit à fixer le vide, ce qui n'échappa pas à son interlocutrice. Dorcas se rendit compte qu'elle avait enfin touché la corde sensible de James, et décida de s'engouffrer dans la brèche.

– Ce n'est pas ce que tu veux, n'est-ce pas ? insista-t-elle en se levant à son tour. Tu ne veux pas qu'elle souffre ?

– Bien sûr que non, répliqua-t-il avec impatience.

– Mais c'est ce qui arrivera si tu ne te tiens pas à ton choix. Elle va horriblement souffrir.

Elle s'interrompit quelques instants, avant de reprendre d'une voix tremblante d'émotion.

– La dernière fois que tu lui as brisé le cœur, elle a mis deux ans à se reconstruire. Elle a développé de sérieux troubles alimentaires, ne mangeait plus, et n'avait aucune confiance en elle. Elle s'est renfermée sur elle-même et a enchainé les bêtises. Elle était vraiment, vraiment mal.

James déglutit avec difficulté.

– T'es en train de dire que c'est de ma faute ? demanda-t-il d'une voix blanche.

– Pas entièrement, concéda Dorcas. Elle avait aussi des difficultés familiales. Mais le fait d'être rejetée aussi cruellement par le type qu'elle a aimé aussi longtemps…

Ne me brises pas le cœur.

– Je ne sais même pas si elle a un jour cessé de t'aimer, James. Et… ce que je suis en train de dire, c'est que je ne veux plus qu'elle repasse par-là.

– Je n'ai pas envie de la faire souffrir.

– J'en suis certaine, dit précipitamment Dorcas. Mais Lily n'est qu'un fantasme pour toi.

– Elle n'est pas qu'un fantasme.

– Elle l'est. Ta réalité, c'est ta future vie avec ta fiancée et vos futurs enfants. Et tu as été très clair sur le fait que tu ne peux pas ni ne veux y renoncer. Et je comprends, personne ne pourra jamais t'en vouloir de prendre tes responsabilités.

Elle marqua une courte pause.

– Lily est une fille très fragile, murmura-t-elle. Elle n'est pas faite pour ce style de vie. Si tu ne peux pas la choisir, tu dois la laisser. C'est la bonne chose à faire, même si c'est difficile. Elle se remettra plus d'une relation qui n'a jamais débuté que si tu lui brises complétement le cœur. Tu dois la laisser.

Il fit un pas en arrière, le visage blême.

– Je… je vais y aller, bafouilla-t-il.

Dorcas le retint instant par la manche de sa robe de sorcier.

– Elle avait commencé à fréquenter quelqu'un avant que tu ne reviennes, lança Dorcas. Elle avait commencé à tourner la page. Ne la fait pas repartir en arrière.

Le cœur de James rata un battement. Ou plusieurs.

Il n'est pas toujours question de ce que tu veux. J'ai le choix.

Etait-ce ce qu'elle avait sous-entendu par là.

– Qui ? lâcha-t-il dans un souffle.

– Quelqu'un qui la rend heureuse, dit Dorcas avec douceur. Qui la fait rire, qui la rassure, et qui a une situation de famille très simple. Je suis certain qu'il pourra la rendre très heureuse, mais il faut pour cela que tu la laisses s'en aller.

Il eut l'impression d'avoir reçu un seau d'eau froide.

Si tu n'es pas prêt à nous laisser une chance et à me traiter comme je le mérite, d'autres le sont.

– Si tu l'aimes vraiment, James, ne fais pas ça. Ne la tente pas. Pense à ce que je viens de dire, insista-t-elle. Ne la rends pas malheureuse. Laisse-la chercher le bonheur, avec ou sans toi.


IL FUT SOULAGE de voir que le manoir Potter était désert en entrant chez lui, car il ne souhaitait rien de plus que de se retrouver seul. Heidi était enfin parvenue à convaincre Elinor de l'accompagner dans une séance shopping de dernière minute, et toutes deux ne devaient revenir que tard le soir.

Dorcas avait frappé fort.

Il avait le cœur lourd, sa conscience le torturait, et il se força à s'enfermer dans la bibliothèque pour réviser, afin d'échapper aux sombres pensées qui le tourmentaient.

Mais sa concentration était régulièrement perturbée par les paroles de Dorcas. Il n'était pas un héros, ni un gentleman, ni chevaleresque, ni altruiste ; c'étaient là des qualités barbantes qui l'intéressaient peu.

Mais il ne voulait plus jamais causer de la peine à Lily.

Il préfèrerait encore souffrir lui, comme il l'avait redouté dès qu'il s'était rendu compte qu'il était tombé amoureux d'elle, seul et souffrant d'un amour un sens unique, il préférerait encore repasser par ces sombres chemins que de la faire pleurer.

Et pourtant, ce n'était pas le plan. Le plan était que Lily tombe amoureuse de lui, soit avec lui, ne pense qu'à lui, ne veuille que lui, ne soit qu'à lui, n'aime que lui. Le plan était qu'il ne repasse plus jamais par ces sombres chemins. Le plan était de protéger son propre petit cœur fragile, quel qu'en soit le prix.

Parce que Sirius avait raison. Emily l'avait rendu cruel.

Et maintenant, il n'était plus prêt à payer ce prix.

Parce que Dorcas avait raison. Il aimait trop Lily pour ça.

Mais rien que la pensée de renoncer à elle lui donnait envie de pleurer…

Mais quelle alternative lui restait-il ?

Il fut tiré de ses pensées par un hibou, qui s'engouffra par la fenêtre et que James reconnut comme celui de ses parents. Mais la missive provenait de leur pensionnaire.

C'est QUOI ton problème exactement, Potter ?

James fronça les sourcils. Il était prêt à parier que Marlène était également au courant de la grossesse d'Elinor, mais décida de jouer les ingénus.

A part que tu me manques, douce et tendre McKinnon ? Je suis content que tu m'écrives, même sur ce ton si courtois.

T'as de la chance de ne pas être à portée de main, où je t'aurais castré.

Il ne put s'empêcher de sourire. Marlène avait beau être la première à déclencher des bagarres au bar, elle avait la force physique d'une pousse de soja.

Wow ! Quelle violence. M'oblige pas à demander à ma mère de te redonner des doses de morphine, s'il te plait. Tu sais qu'elle ne cherche qu'une excuse pour.

M'oblige pas à faire le mur pour venir jusque chez toi te planter ma chaussure dans ton gros cul.

Laquelle ? La petite bottine noire pointue, j'espère ? Et comment tu sais que je suis dans ce genre de délire ?

Je suis sérieuse, James. (Et oui, je choisirai probablement la petite noire.)

Qu'est-ce que j'ai fait pour te fâcher, ma puce ? (Excellent choix, si tu veux mon avis)

A part m'exiler contre mon gré avec tes parents géniaux dans un endroit paradisiaque ?

Oui, à part ça, douce Marlène. (Et j'en profite pour m'excuser du fond du cœur de t'avoir inscrite à ces horribles cours d'équitation avec Benjy. Mon père dit que tu le trouves mignon.)

Pourquoi ne m'as-tu pas dit que ta FIANCEE est ENCEINTE ? Comment as-tu pu être assez STUPIDE pour la mettre enceinte. (Taggle.)

Tu veux vraiment que je t'explique comment je m'y suis pris, ou c'est une question rhétorique ?

Marlène dessina un doigt d'honneur avec sa réponse suivante :

Et d'après Dorcas, elle arrive à terme le mois prochain. Tu comptais me l'annoncer avant ou après la naissance ?

Avant, puce. Et je n'ai rien dit parce que c'est un peu compliqué… je préfère d'ailleurs qu'on en reparle de vive voix quand on se verra. Promis.

T'as intérêt. Je veux tout savoir. Je ne suis pas contente DU TOUT.

C'est marrant, c'est censé être un heureux évènement, et en dehors de mes parents je n'ai pas entendu un seul « félicitations ».

A propos... Des sources fiables m'ont dit que tu tentes de dévergonder ma petite Lily. Il me semble t'avoir dit « bas les pattes » au sujet de ma copine ?!

C'est encore ta copine ? Parce qu'elle m'a dit que tu l'ignores complètement.

C'est pas parce qu'elle s'est rendue coupable de haute trahison que ce n'est pas ma copine. Je l'aime, je t'aime, mais je l'aime plus et je vais te tuer si tu lui fais du mal

Aux dernières nouvelles, vu comme elle frappe fort, elle n'a besoin de personne pour se défendre. Et qu'est-ce que vous croyez tous que je vais lui faire ? La bouffer avec du pain ?

Pire. Lui briser le cœur. Je veux bien croire que tu es sincère, malgré que ta fiancée soit enceinte. Fais le bon choix.

James resta interdit pendant un long moment, en lisant les derniers mots de Marlène, incapable de savoir comment réagir et que répondre. Il ne voulait pas lui briser le cœur ou lui faire du mal, c'était… ridicule. Idiot, même, de penser cela, et que le contraire arrive était d'ailleurs plus probable. Lily Evans était celle qui avait le pouvoir dans leur étrange relation ; la preuve était qu'elle avait apparemment décidé qu'il n'y aurait plus de relation d'un claquement de doigts, et que James se sentait impuissant.

Je ne ferai jamais ça à Evans.

Lorsqu'il voulait quelque chose, il se montrait intransigeant, capricieux et impétueux. Mais la vérité était que Lily faisait ce qu'elle voulait de lui. Elle était celle qui venait au manoir uniquement lorsqu'elle le voulait, celle qui décidait jusqu'à quelle distance il pouvait l'approcher, celle qui répondait à ses courriers quand elle le décidait. Celle qui lui faisait perdre toute prudence, celle à qui il pensait en dernier la nuit et en premier le matin. Et c'était pour cette raison qu'il voulait qu'elle l'aime.

Parce que lui l'aimait.

Arrête de te comporter comme un idiot alors.

James roula le courrier en boule et le jeta dans un coin de la pièce.

D'abord Dorcas, maintenant Marlène ! Et pendant la même journée. S'étaient-elles passé le mot ?!

Il ne fut donc qu'à moitié surpris de voir Caradoc Dearborn débarquer chez lui en début de soirée.

– Tiens donc, commenta-t-il quand ce dernier le rejoignit dans le salon, où il terminait une petite bouteille de Firewhisky. Je me demandais quand est-ce que tu allais venir me faire la morale.

Doc leva les sourcils.

– De quoi tu parles ? Tu m'attendais ?

James eut un rire sans joie.

– Tous les amis de Lily se sont donné rendez-vous pour m'engueuler aujourd'hui. Je viens juste de finir avec Marlène, et Dorcas a pris le soin de m'agresser juste avant. J'ai naturellement pensé que tu serais la troisième tête de Cerbère.

– Je viens seulement te déposer les livres que Katie t'a empruntés.

– Ah.

Doc posa lesdits livres sur la table, avant de lui retirer doucement mais fermement la bouteille et de la faire disparaitre d'un coup de baguette.

– Tu sais que j'ai un cellier rempli, au sous-sol ? dit James sur un ton ennuyé.

– Je crois que tu as assez bu. Qu'est-ce qui te prend ?

James soupira.

– Rien. Tu as raison, j'ai assez bu comme ça.

Du moins, assez de Firewhisky. Peut-être qu'il devrait sortir dehors se chercher quelque chose d'encore plus fort… Il détestait se sentir triste.

Doc hésita, avant de reprendre la parole.

– Je vais y aller.

– Hm-mm. Salue Katie de ma part.

– James… à propos de Marlène et Dorcas, ne leur en veut pas trop. Elles sont très protectrices avec Lily. Et en ce qui concerne votre… euh, rapprochement, je leur ai dit qu'elles réagissaient de façon disproportionnée. Lily doit prendre ses propres décisions, faire ses erreurs et s'en remettre comme une grande.

James eut un petit rictus. Il était une « erreur », donc. Super.

– Je ne suis pas en train de dire que je l'encourage à avoir une liaison avec toi, précisa Doc sur un ton sévère.

– De toute façon, il ne se passe rien entre nous, dit James avec dépit.

Absolument rien de rien.

– Tant mieux.

Caradoc hésita, avant de poursuivre :

– Écoute j'ai bien compris qu'il y a une espèce d'attirance entre Lily et toi, et je pense que vous savez aussi bien l'un que l'autre qu'il est de votre intérêt de ne pas céder à la tentation. Lily n'est de toute manière pas assez stupide pour tomber amoureuse d'un homme presque marié. Et toi, après ce que tu as vécu, je ne pense pas que tu sois du genre à jouer avec ta fiancée ou avec Lily. Et de toute manière...

Les lèvres de Doc s'étirèrent en un sourire sinistre, le même sourire qui avait hanté ses lèvres alors qu'il participait à la bagarre générale dans le bar de Finn Fox pour défendre l'honneur de Marlène.

– …Si jamais tu la fais pleurer de nouveau, je serai là. Et je ne serai pas content.


IL PASSA LA SOIREE à tenter d'accepter ce sur quoi tout le monde semblait s'être mis d'accord, à savoir qu'il n'était pas assez bien pour celle qu'il aimait, et tenta de s'oublier dans cette boîte de nuit moldue où il avait l'habitude de se rendre pour trouver des conquêtes.

Cependant, aucune des ravissantes créatures qui tentèrent leur chance ne fut assez à son goût pour le tenter d'aller plus loin. Elles n'étaient pas assez rousses, ou avaient les yeux trop verts, étaient trop minces ou pas assez grandes. Elles n'étaient définitivement pas assez Lily. James savait qu'essayer de fuir cette dernière en cherchant une ressemblance dans les femmes qu'il rencontrait était une absurdité, mais ne put s'en empêcher.

Bien évidemment, son entreprise fut vaine. Il but, beaucoup, embrassa et se laissa embrasser, beaucoup, rit, de manière forcée, dansa, avec classe malgré son taux d'alcoolémie, mais décida de rentrer seul et chez lui.

Ses pensées semblaient l'avoir attendus à la sortie de la boite, et le firent dessoûler presque immédiatement.

Il était triste.

Que devait-il faire ?

Renoncer à Lily alors qu'il y avait déjà quelqu'un qui lui tournait autour ?

Avait-elle déjà embrassé ce quelqu'un ?

Il espérait que ce n'était pas Smith…

En arrivant au manoir, il trouva Heidi et Ellie éveillées, et en train de s'empiffrer de friandises en discutant. Elles se turent en voyant son apparence débraillée et battue, et pincèrent le nez quand l'odeur de l'alcool les atteint. Ellie plissa les yeux, partagée entre le mécontentement et la confusion, et Heidi leva un sourcil.

– Woaw, dit-elle en écarquillant les yeux. La vache.

– Bonsoir, dit James.

Elinor se précipita vers lui, et lui prit le visage entre ses mains douces pour examiner ses bleus.

– Qu'est-ce qui t'es arrivé ? murmura-t-elle d'un air horrifié.

Incapable de soutenir son regard ni de supporter son toucher, James prétexta vouloir se servir un verre d'eau afin de se dégager.

Il ne pouvait s'empêcher de penser que tout était de sa faute.

Mais non, se raisonna-t-il. Il avait besoin d'elle. Et il lui avait demandé sa main spontanément. Lily ou pas, il ne devait pas perdre Lee de vue.

Mais si seulement elle n'avait pas caché ces magazines….

Elinor eut l'air blessé, et se mordit la lèvre inférieure.

– Je suis tombé, dit-il en se dirigeant vers le buffet.

Il se força à boire un grand verre d'eau, puis se resservit encore. Il avait soif, et faim, et se sentait vide en général.

Elle fronça les sourcils.

– Tu es tombé ? répéta-t-elle, incrédule.

– Oui.

Elle ne le croyait pas, mais ce fut Heidi qui traduisit son incompréhension sur un ton sarcastique.

– Et de quoi ? D'une falaise ?

– Sur une pierre.

– Et tu t'es roulé dessus pour être dans un tel état ?

Il ne répondit pas, et vida son verre d'une traite.

– Où est-ce que tu étais passé ? questionna Elinor, la colère pointant à présent dans sa voix. Je me suis fait un sang d'encre !

– Désolé, dit-il platement.

Elle s'approcha de nouveau de lui, et sonda son visage de ses beaux yeux bleus, mais il fixait obstinément par-dessus son épaule.

– Dis-moi ce qui se passe, murmura-t-elle avec inquiétude.

Sa voix était suppliante, et il ne put s'empêcher de se sentir coupable.

– J'avais besoin d'être seul, répliqua-t-il plus froidement qu'il ne l'aurait voulu.

– Seul ? répéta-t-elle d'une voix faible.

Elle semblait désormais terrorisée.

– Pour réfléchir, dit-il.

Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit, et se contenta de se rasseoir sans un mot, comme s'il venait de la condamner à perpétuité. Une fois de plus, ce fut Heidi qui traduisit la pensée de son amie :

– Réfléchir à si tu vas quitter Ellie ou non, je suppose ? s'enquit-elle poliment.

James et Elinor se tournèrent vers elle, et la foudroyèrent du regard.

– Quoi ? aboya-t-elle, sur la défensive. Désolée de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

– Heidi, stop.

– Mêles-toi de ce qui te regarde, grogna James.

– Vous vous adressez à peine la parole en ce moment, faudra bien arrêter de faire l'autruche un jour ou l'autre, s'exaspéra-t-elle. Alors ? Ça fait une semaine qu'Ellie se pose la question et qu'elle n'ose pas te demander la réponse.

– Heidi ! s'écria Elinor, à présent écarlate.

Mais cette dernière l'ignora et fixa obstinément James, qui la regardait avec colère.

– Alors ? insista-t-elle, pas intimidée pour un sou. Y'a toujours un mariage à fêter ou non ? J'aimerai bien qu'elle arrête de se poser la question dès que tu sors.

Elinor tourna un visage anxieux vers son fiancé.

– Je suis revenu, non ? fit sèchement remarquer James au bout d'un silence.

Ellie relâcha son souffle.

Sans un mot, James quitta la pièce et monta dans la chambre qu'il occupait en ce moment. Il avait à peine fini de se doucher de se changer qu'une Heidi furieuse s'engouffra dans la pièce sans frapper, et claqua férocement la porte derrière elle.

– Bravo. Quel spectacle, dit-elle en applaudissant. Si tu veux la jeter, jette-là. Si tu veux la garder, garde là. Mais je trouve ça extrêmement méchant de jouer avec ses émotions, surtout en sachant sa situation.

James se sentit instantanément rempli de culpabilité, bien que rien ne transparut sur son visage.

– Où est-elle ?

– Elle dort déjà.

James soupira, puis s'allongea sur le dos.

– Quand est-ce que tu vas cesser de te comporter comme un idiot ? dit la jeune femme en posant les mains sur les hanches.

– Je ne sais pas, admit-il. Quand je cesserai d'être furieux contre elle, peut-être.

Heidi le sonda du regard.

– Y'a pas besoin d'être un génie pour comprendre que tu as parlé avec Lily-Flower aujourd'hui, vu ta tête de chien battu.

Elle monta sur le lit, et examina le bandage qui faisait le tour de son ventre.

– Qu'est-ce qui s'est passé, d'ailleurs ? demanda-t-elle avec curiosité. Tu lui as roulé une pelle et Nathan vous a surpris et n'a pas apprécié ?

James eut un rire sans joie.

– Je n'ai pas très envie d'en parler.

– OK…

Elle s'allongea en s'appuyant sur son coude pour mieux le regarder.

– Je sais que tu es furieux contre Ellie. Elle t'a menti et manipulé, je comprends. Mais comment veux-tu régler quoi que ce soit si tu refuses d'avoir une conversation avec elle ?

– Parce qu'elle passe son temps à s'excuser, et que je sais qu'elle n'en pense pas un mot.

– Elle a merdé, mais tu ne comprends pas que c'est parce qu'elle a super peur de te perdre ?

James secoua la tête, l'air las.

– Je lui ai promis que ça n'arriverait jamais, dit-il.

– Essaie de la comprendre : elle sait que tu es quelqu'un qui garde tes promesses. Mais elle a été au premier plan du rapprochement entre Evans et toi. Elle a vu à quel point vous étiez complices, combien vous alliez bien ensemble, combien elle t'était spéciale. Et elle sait comment tu peux réagir quand une femme te plait à mort. Alors même si elle te faisait confiance, ce n'était pas facile pour elle. Elle avait toujours cette crainte en elle. Et quand Tiger Tina lui a dit qu'elle avait interrompu l'un de vos dîners en tête à tête, elle a commencé à avoir peur. Ça a confirmé ses doutes.

Elle se mit à faire courir ses doigts sur le torse de James.

– Elle a compris que tu ne voulais pas simplement avoir une petite liaison bien sympa mais que ce que tu ressens est bien plus sérieux. Et elle sait que si elle te perd, elle perd tout.

– Ça n'arrivera pas.

– Elle est enceinte, elle est effrayée et se sent vulnérable, pas seulement physiquement. Tu représentes tout ce qu'elle a, Jimmy-Chou. Et elle n'est plus sûre que tu la choisiras si Lily-Flower te demande de faire un choix.

Il ferma les yeux. Elle se mit à lui caresser la joue.

– C'est ce qui s'est passé ? murmura-t-elle.

James soupira.

– Non, pas exactement. Mais elle m'a fait comprendre qu'il n'y aurait jamais rien entre nous tant qu'il y aura Ellie.

– Tu n'as plus qu'à te montrer patient, alors.

– Je ne sais pas si elle sera encore là même si je me montre patient.

Cette pensée était encore plus terrible dite à voix haute. Le front de Heidi se rida, et elle l'enlaça pour le réconforter.

– Je ne suis pas quelqu'un de patient, et il y a cette petite voix qui me dit de quitter Ellie, confessa James sur un ton coupable. Mais je ne le ferai pas. Je ne l'aurais jamais fait même si Evans et moi avions eu cette conversation sans qu'Ellie n'intervienne pour nous séparer. Et c'est pour ça que je suis furieux contre elle, parce qu'elle n'a toujours pas compris que je lui serai toujours loyal, quel qu'en soit le prix.

Il poussa un soupir.

– Je sacrifie Evans pour elle. Je l'aurais fait dans tous les cas. Et je le referai si c'était nécessaire. J'ai toujours dit qu'il s'agissait de deux choses différentes. Et Ellie en vaut tellement, tellement la peine.

Sa voix se brisa.

– Mais c'est dur…


Nathaniel Smith et Lily Evans ensemble? La rumeur se précise !

Nathaniel et Lily ont été une nouvelle fois aperçus ensemble pour notre plus grand plaisir, se faisant gouter leur glace à la terrasse de ce glacier moldu. De quoi raviver les rumeurs sur leur relation, bien que tous deux s'évertuent toujours à nier l'évidence.

Et bien que tous deux s'amusent à semer le doute, ces clichés des deux arpentant Hyde Park ne laisse peu de place au doute. Une source proche nous le confirme : « Ils passent le plus clair de leur temps ensemble, et ce n'est pas uniquement pour le travail. Il est très rare de les voir quitter le travail l'un sans l'autre, et… »


LA COLERE DE TINA s'évapora dès qu'elle vit que James était couvert de bleus. Cependant, pour vérifier qu'il ne jouait pas la comédie pour se justifier du fait qu'il avait manqué les révisions la veille, elle enfonça l'un de ses doigts dans le ventre de James, qui cria comme une poule qu'on égorge et laissa échapper une petite larme, avant de lui lancer un regard mauvais.

– Quoi ? se défendit-elle.

Il grommela des malédictions dans sa barbe.

– Eh ben, commenta-t-elle en renouvelant les soins que Peter avait administré la veille. Je ne sais pas qui t'a cassé la gueule, mais ça m'épargne du travail pour sûr.

– Je suis tombé, protesta James. Personne ne m'a cassé la gueule.

– C'est ça, prend moi pour un jambon.

Elle appliqua une crème sur son œil.

– Que t'est-il réellement arrivé ? demanda-t-elle d'une voix plus douce.

Le front de James se rida, et il dit sur un ton faussement gêné :

– Peter m'a frappé.

Il y eut un silence.

Heidi, qui, allongée sur un transat, lisait jusqu'alors un magazine, se mordit l'intérieur des joues pour ne pas éclater de rire, Tina le regarda comme si une deuxième tête venait de lui pousser.

– Peter t'a frappé, répéta-t-elle, clairement incrédule.

– C'est assez gênant comme ça, dit James avec une gêne feinte. C'est pour ça que je ne voulais pas en parler….

– Peter.

– Oui, Peter.

– Peter Pettigrow.

– Le seul et l'unique.

– Pourquoi est-ce que Pete te frapperait ? Il t'adore.

– Oui… justement. Hum. Il m'adore un peu trop. Il a tenté de… m'embrasser, j'ai dit non, alors il m'a frappé.

Tina cligna des yeux.

– Tu le sais, que je ne te crois pas du tout, hein ? demanda-t-elle d'une voix aimable.

– Oui, ne t'inquiète pas, rassura James.

Elle roula des yeux.

Une fois les soins complétés, elle regarda sa montre et esquissa une grimace.

– Bon, du coup, on n'a pas le temps de travailler… C'est dommage. Mais tes blessures ne t'empêchent pas de lire ou de parler, donc Heidi, je compte sur toi pour le faire réviser.

– Aye, Aye, Chef, dit cette dernière en se mettant au garde à vous.

Tina sourit.

– Mais ne travaille pas trop, hein.

James leva un sourcil.

– Je n'aurais jamais pensé t'entendre dire ça.

Elle roula des yeux.

– Il ne faut pas que tu te fatigues non plus. Je pense que tu es prêt, de toute manière. Tu devrais relire le chapitre sur les poisons, ça ne m'étonnerai pas que ça tombe demain. En dehors de ça, un seul mot d'ordre : reposes-toi. Je pense que tu es plus que prêt. Je suis confiante que tu arriveras dans les trois premiers.

Elle marqua une pause.

– En fait, tu as intérêt à arriver dans les trois premiers.

James esquissa un grand sourire, qu'elle lui rendit.

– J'ai hâte que ce soit derrière moi et pouvoir glandouiller toute la journée comme avant.

– Si tu réussis, tu n'auras pas beaucoup de temps libre, avertit-elle. Le stage commence fin septembre. En fait, tu as juste le temps de faire une petite lune de miel.

Elle jeta un coup d'œil à Elinor, qui, assise sur un énorme ballon, reproduisait les exercices de respiration que Mrs Robin lui avait apprises.

– Elle a l'air vachement stressée, contrairement à d'habitude, commenta-t-elle.

– Ouaip, dit fièrement Heidi. Je lui ai fait regarder une vidéo d'un accouchement. J'ai cru qu'elle allait s'évanouir.

– Ah bon ?

– Elle ne pensait pas que ça faisait si mal. Je n'ai pas osé lui dire encore que ça pouvait durer des heures.

Valentina eut un petit rire.

– Sadique.

– A peine.

Les deux jeunes femmes s'entendaient beaucoup mieux depuis qu'elles avaient appris à se connaitre au cours de l'été. James se demanda vaguement comment Tina réagirait en apprenant qu'Heidi faisait des avances de plus en plus ouvertes à son ex-petit-ami. Le short minimaliste qu'elle portait malgré la fraicheur matinale, et qu'elle avait mis exprès pour émoustiller Remus avant son départ pour le travail en était un exemple. Heidi n'avait beau ne pas être belle, elle avait un je-ne-sais-quoi qui feraient renoncer à ses vœux un moine et James se demandait franchement comment Remus y résistait.

– Au fait, pour ce weekend, tu as pris une décision ? demanda-t-il en se tournant vers Tina.

– Pas encore, admit Tina, soudain tendue. Mais honnêtement, ne compte pas sur moi. Je ne veux pas que l'ambiance soit bizarre.

– Je ne pense pas que ça le dérangerait que tu viennes, tu sais, dit James.

– Tu lui as demandé ce qu'il en pensait ?

Elle feignait une nonchalance qui ne berna personne.

– Je n'en ai pas eu l'occasion, mais je ne pense pas que ça le dérangera que tu sois là, répondit James. Viens, ça ne sera pas pareil sans toi.

Tina esquissa un sourire triste, se pencha, et lui baisa affectueusement le front.

– Je te tiens au courant, promit-elle.

Elle s'éloigna en direction de la maison, en s'arrêtant au passage pour échanger quelques mots avec Elinor.

– De quoi vous parliez ? demanda Heidi. Qu'est-ce qui se passe, ce weekend ?

– On descend tous à Bath pour l'anniversaire de Marlène. Mes parents vont nous laisser la maison.

– Oh ! s'exclama-t-elle avec un sourire. Je peux venir ?

James leva un sourcil.

– T'es pas vraiment une amie de Marlène, Heidi.

– Non, mais je suis la tienne, et j'ai envie de venir quand même. Avec le championnat et Ellie-Bellie, je n'ai pas eu une minute à moi cet été, j'ai besoin de me détendre. Alleeeez ! Et je lui apporterai un cadeau, promis. Je serai sage, gentille, elle va m'adorer. Je peux être sympa, des fois. Et je prendrai mon maillot le plus sexy. Et je sais jouer de la guitare ; on a tous besoin d'un ami qui joue de la guitare. Allez, Jim-Jim.

– Je suppose que ça ne la dérangera pas, capitula-t-il avec un sourire.

– Oh, merci !

Elle s'installa sur le dos, et regarda Ellie, qui marchait de long en large en respirant profondément. Ironie du sort, la jeune fiancée souffrait depuis quelques jours de réelles et douloureuses fausses contractions qui la tenaient éveillée la nuit. Elle avait tenté de lancer un maléfice à Heidi lorsque cette dernière lui avait exposé la théorie du karma.

– Tu devrais emmener Ellie aussi, dit soudain Heidi.

– Dans son état ? Je ne crois pas, non.

– Elle a besoin de prendre l'air.

– Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, répéta James. On ne va pas rester sur place une minute. Et puis de toute manière, elle a prévu de passer le weekend à Shortbourne. C'est le dernier d'Al avant son retour au pensionnat.

James ne savait toujours pas s'il avait bien fait de garder pour lui le secret de la parenté du garçon, mais à chaque fois que le doute l'avait tiraillé, la faiblesse dans laquelle se trouvait Elinor récemment l'en avait dissuadé.

Et puis, cela en demandait, du courage, pour bouleverser une vie aussi drastiquement.

– Hey… ça va ? s'inquiéta Heidi en le voyant si pensif.

James se redressa.

– Hmm. Pourquoi ça n'irait pas ?

– T'as l'air triste. Je suis inquiète.

– Je vais bien.

– C'est évident que ce n'est pas le cas.

Il ne répondit pas.

– Ça doit être la fatigue, poursuivit-elle, imperturbable.

– Ouais, surement.

– Ou peut-être c'est l'article sur Lily-Flower ?

– Dont je ne veux pas parler. En fait, je ne veux parler de rien.

Elle l'ignora ostensiblement.

– Je me demandais d'ailleurs, au sujet de tes blessures… est-ce qu'elles datent de quand tu es allé…

– Ce n'est pas ton problème, Heidi ! s'agaça James.

Heidi se braque à son tour.

– Oh, ça va, hein. Désolée de m'inquiéter.

James soupira.

– Excuse-moi. Je suis un peu sur les nerfs.

Mais Heidi ne semblait pas disposée à l'excuser. Elle croisa les bras, et fixa un point dans le vide. James descendit de son hamac, et alla la rejoindre sur son transat.

– Je suis désolé, Heidi, reprit-il.

Elle l'ignora.

Il se mit à la chatouiller, et elle ne put garder son sérieux.

– Je suis toujours furieuse, hein ! précisa-t-elle.

– Qu'est-ce que je peux faire pour que tu me pardonnes ?

Son visage s'éclaira.

– Venir à mon match de Bavboules, ce soir.

James esquissa une grimace.

– Je ne peux pas faire autre chose ? dit-il d'une voix plaintive. N'importe quoi d'autre ? Te masser les pieds ? Tondre ta pelouse ? te faire l'amour ?

– Oui, je ne doute pas que ce serait une corvée exténuante, railla-t-elle.

James jeta un coup d'œil à sa poitrine.

– Ah oui, exténuante, tu n'imagines pas…

Elle roula des yeux, mais ne put retenir un sourire.

– C'est ça, où je continue à te faire la tête.

Il poussa un soupir.

– OK, capitula-t-il.

Ravie, Heidi lui sauta au cou.

– Merci, merci, merci !

– Ouch ! Doucement ! N'oublie pas que je suis blessé.

– Désolée…

Elle jeta un coup d'œil coupable au torse du jeune homme, qui n'avait pas remis son T-shirt après que Valentina ait eu fini de le soigner.

(Non pas qu'elle s'en plaignait.)

– Je ne comprends toujours pas pourquoi tu veux déstabiliser Emily, dit James en se réinstallant dans son hamac. Vous êtes dans la même équipe.

– Elle a rompu avec Coach, et il n'attend qu'un prétexte pour la faire virer de l'équipe. Si elle joue comme un pied, il pourra réaliser le vœu de plus d'une personne.

James roula des yeux.

– Et puis, tu pourras vérifier si tu t'es vraiment remis d'elle. Ce sera un test pour toi aussi.

– En parlant de tests, dit James en se levant car il ne souhaitait pas parler d'Emily. Je vais aller chercher mes notes, il faut qu'on travaille si on ne veut pas que Tina me tue.

Nous tues, tu veux dire.

James remonta dans sa chambre chercher son manuel. Tandis qu'il descendait l'escalier principal en récitant la liste des antidotes naturels et en se grattait le derrière, il entendit la cheminée s'activer, et Lily en sortir.

Son cœur rata un battement.

Que faisait-elle là ?

Il n'avait pas prévu de la voir. Pas si tôt…

Lily écarquilla les yeux.

– Mais… Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? balbutia-t-elle en s'approchant de lui.

Elle se retint à grand mal de lui toucher le visage.

– Je suis tombé, grogna-t-il en détournant les yeux.

Il fallait vraiment qu'il travaille sur une excuse plus crédible.

Le front de Lily se rida.

– Sur quoi ? Un coup de poing ? Ou même plusieurs, ajouta-t-elle d'un air scandalisé en le regardant de plus près.

L'humiliation qu'il avait subie était encore cuisante. Et cela l'agaçait qu'elle ne se doute pas un instant que c'était son cher collègue, au cou de qui il la voyait encore sauter de joie, qui lui avait infligé ça.

– Qu'est-ce que tu fais là ? aboya-t-il, soudain frustré et furieux.

Elle fronça un sourcil, décontenancée par sa soudaine mauvaise humeur.

– Elinor m'a demandé de venir lui montrer de nouvelles robes, dit-elle froidement après un silence.

Il se passa les mains dans les cheveux. Il était un idiot, de s'énerver contre elle, quand ce n'était pas de sa faute.

– Dans le salon.

Lily lui jeta un dernier regard, avant de s'avancer vers le salon, à la porte duquel elle frappa. La voix d'Elinor l'invita à entrer, mais James la héla avant qu'elle n'ait complètement ouvert la porte.

– Evans.

Elle se retourna, et le regarda impassiblement.

– Je suis désolé, dit-il à mi-voix. J'ai juste pas très envie d'en parler.

Elle acquiesça, et eut soudain l'air triste.

– James… est-ce qu'on est OK ? demanda-t-elle d'une voix mal assurée

Il haussa les épaules.

– Je ne sais pas, répliqua-t-il sincèrement après une pause.

Leurs yeux, plongés désespérément dans celui de l'autre, étaient remplis de toutes les choses qu'ils n'osaient pas se dire.

James se sentit très seul, quand elle referma la porte derrière elle.


UNE FOIS DE PLUS, il se rendit à Shortbourne pour se vider l'esprit en attendant le début du match de Bavboules, et une fois de plus, ses pas le menèrent à la fin de sa promenade au garage d'Arthur.

Ce dernier était occupé à réparer la même voiture que la dernière fois, et James remarqua qu'Arthur avait par prudence placé deux crics pour soutenir sa voiture.

– Cartridge, salua-t-il en s'approchant.

Arthur, qui était allongé sur une espèce de planche à roulette, roula de sous la voiture. Son regard s'assombrit en réalisant que son visiteur était James.

– Oh, c'est toi, dit-il sans grand enthousiasme.

Il disparut sous la voiture et reprit ses réparations.

– T'es de retour, fit remarquer James en s'accroupissant pour se mettre à sa hauteur.

– Quel sens de l'observation, répliqua le roux sur un ton narquois. Je suis comme à chaque fois impressionné par la forme – certes, primitive – d'intelligence dont tu fais preuve de temps à autre.

James décida d'ignorer ses provocations.

– T'étais où ?

– Je t'ai manqué ?

– Pas vraiment, non.

– Dans ce cas, en quoi ça te concerne ?

James haussa les épaules.

– T'as raison. Perso, je m'en fous complètement. Mais Ellie s'est fait un sang d'encre pour toi.

Arthur eut un rictus méprisant.

– T'es encore plus naïf que je le pensais, dit-il avec dédain.

– Je suis certain de ne pas avoir imaginé son inquiétude, contredit James. Elle semblait à deux doigts de pleurer à chaque fois qu'on est passé devant chez toi.

Le rouquin ne répondit pas.

– Tu devrais aller lui parler, insista James, en s'asseyant par terre.

– Ecoutes Potter, si elle avait vraiment voulu me parler, elle l'aurait fait, s'impatienta Arthur.

– Par télépathie ?

Arthur roula de sous la voiture.

– Elle savait parfaitement où j'étais.

James en resta bouche bée. Quoi ?

– Tu lui as dit où tu étais ?

– Inutile.

Il retourna sous la voiture.

– Elle me connait parfaitement, elle sait où me trouver quand je ne suis pas là. Et crois-moi, j'ai naïvement attendu pendant des jours avant d'admettre qu'elle ne comptait ni venir, ni me donner la moindre explication.

Sa voix tremblait un peu, et James respecta un silence avant de poursuivre.

– Tu crois ce que dit la Harpie ?

– Tu n'y crois pas ?

– Ellie et son père ? T'es crétin ou quoi ?

– Je ne te parle pas d'Ellie et de son père, grogna Arthur. Je te parle du fait que les gosses d'Ellie ne soient ni les tiens, ni les miens.

– Je pense qu'ils sont de toi.

– Mais t'en est pas certain, comme tout le monde, parce qu'il y a d'autres possibilités crédibles.

James garda le silence.

– Le fait qu'elle ne tente même pas de dissiper le doute prouve bien que cette histoire est plus complexe qu'elle ne l'affirme.

– Même si elle avait voulu te parler, elle n'était pas autorisée à quitter Shortbourne, répliqua prudemment James. On a passé pratiquement un mois ici avant d'avoir d'obtenir le feu vert pour retourner chez moi. Ça fait à peine une semaine qu'on est partis.

Arthur ne réagit pas.

– Tu devrais aller lui parler, insista James. Je suis sûr que vous avez plein de choses à vous dire.

Arthur l'ignora de nouveau.

Pendant une longue minute, il ne dit rien et continua à réparer la voiture.

Puis ses mains s'immobilisèrent et le vacarme de ses réparations stoppèrent totalement.

– Ellie m'avait dit qu'elle hésitait entre moi et une autre personne, dit-il enfin. J'ai naturellement supposé que cette autre personne, c'était toi. Si j'avais su qu'il y avait encore quelqu'un d'autre, j'aurais écouté Tom et je me serai barré.

– T'as aucune preuve qu'il y ait une troisième personne.

– Si elle n'est pas enceinte de toi ou de moi, c'est qu'il y a bien quelqu'un d'autre.

– Ce ne sont que des rumeurs. Tu devrais aller t'expliquer avec elle.

– Je te l'ai dit, j'ai rien à dire à cette pauvre fille, s'irrita le rouquin. Tu parles d'une Lady. Quelle hypocrite !

James se retint difficilement de suivre l'exemple de Daisy, et de faire tomber la voiture sur lui.

– Elle se sentait perdue, la défendit-il. Elle traversait une mauvaise période. Tu sais très bien qu'elle n'est pas comme ça, d'habitude. Je suis certain qu'Ellie ne s'est pas jouée de toi.

Arthur eut un rire sans joie.

– Je ne l'ai pas vue pendant dix ans, et elle n'a rien à voir avec la nana avec qui j'ai grandi. Cette Ellie-là était parfaite. Elle ne s'amusait pas avec moi.

– Ellie ne s'amuse pas avec toi.

– Visiblement si. Le seul point d'interrogation c'est le nombre de personne qu'il y a dans son harem. Le nombre d'homme qui pourraient potentiellement être les géniteurs.

Il marqua une courte pause avant de reprendre.

– Tu savais toi, qu'il y avait quelqu'un d'autre, à part nous deux ?

– Non.

Les deux hommes restèrent à nouveau silencieux. Arthur roula sous la voiture, probablement dans le seul but de se soustraire à la vue de James car aucun bruit ne vint troubler le silence dans lequel ils s'étaient plongés.

– Elle t'a dit qui c'était, le troisième type ? demanda-t-il brusquement. Celui qui l'a mis en cloque.

– Non.

– T'as une idée de… ?

– Non, répéta James.

Arthur soupira, puis les bruits de clés reprirent. James interpréta la reprise des travaux comme un signe que la conversation était terminée, et se redressa.

– Va lui parler, répéta-t-il tout de même avant de s'éloigner.


LES BAVBOULES ETAIENT probablement l'un des jeux les plus ennuyeux à regarder. Aussi, pour le plus grand plaisir d'Heidi, James convainquit Remus et Peter de l'accompagner. Ceux-ci acceptèrent à contrecœur, uniquement motivés par sa promesse de leur offrir la tournée ensuite en cas de victoire ou de défaite, ils n'étaient pas difficiles.

James avait toujours été surpris de l'engouement que pouvait soulever un sport aussi ennuyeux. Les gradins du petit stade se remplissaient a vu d'œil, mais (mal-)heureusement, Heidi leur avait réservé des places au premier rang, où ils ne pourraient même pas dormir sans se faire remarquer.

James portait un chapeau, ainsi que les lunettes de soleil qu'il avait piqué à Lily quelques mois plus tôt, car quelques photographes et journalistes sportifs avaient fait le déplacement, et il ne voulait pas que les unes du lendemain soient sur le fait qu'il ait assisté au match de son ex-petite-amie.

Qui était introuvable, d'ailleurs, alors que le reste de l'équipe était déjà sur le terrain, et prenaient des photos, discutaient avec leurs supporters ou encore s'échauffaient en attendant le début du match.

James redoutait autant qu'il était curieux de voir Emily après tout ce temps écoulé. Pour la première fois depuis quelques jours, il cessa de penser à Lily, et c'était encore pire. Il ne savait pas comment il allait réagir en la voyant. S'il parvenait à être indifférent, cela prouverait qu'il était guéri de son obsession, mais il doutait fortement d'en être capable.

C'était… Emily.

Il ne l'avait pas aimée, il ne l'avait pas chérie, il l'avait adorée et adulée.

Il se demanda comment elle allait réagir en le voyant. Surement pas bien, au vu de ses récents accès de colère dont faisait écho Heidi de temps en temps. Et bien qu'il comprenait pourquoi cette dernière s'acharnait tant sur la rousse, il n'était pas totalement à l'aise à l'idée qu'elle l'utilise de cette manière.

Venir n'était vraiment pas une bonne idée. Il aurait dû réfléchir un peu plus.

Mais partir maintenant pourrait être interprété comme une fuite ; il n'aimait pas trop cette idée non plus.

Il regarda Heidi, qui discutait avec Remus en enroulant une mèche autour de son doigt, puis Peter, qui flirtait de manière éhontée avec les joueuses de l'équipe adverse, et eut soudain une idée.

Avertir Emily de sa présence. De cette manière, il agirait vraiment comme quelqu'un de responsable, fair-play et indifférent.

James prétexta une envie pressante pour s'absenter. Une fois dans les couloirs du bâtiment, qu'il connaissait par cœur du temps où il sortait avec Emily, il se dirigea vers les vestiaires. Mais la pièce était fermée à clef, et, quand il frappa à la porte, personne ne lui répondit.

Il tenta alors le bureau du Coach, et fut récompensé par la voix féminine tant redoutée qui l'invita à entrer.

C'était tout elle, d'avoir une espèce de loge privée.

Son cœur battit la chamade.

Elle était là.

Emily.

Ses mains, occupées à nouer ses cheveux en une queue de cheval, s'immobilisèrent quand elle vit l'identité de son visiteur dans le reflet de son miroir. Elle resta pétrifiée quelques secondes, incapable de faire le moindre mouvement, comme si elle n'arrivait pas à croire les informations que ses yeux lui communiquaient. Finalement, et très lentement, elle baissa les bras (et ses cheveux retombèrent en une masse de boucles soyeuses jusqu'à ses épaules), puis se retourna vers James.

Qui feignait de manière assez convaincante la décontraction.

Même s'il n'était définitivement pas indifférent.

– Salut, dit-il sur un ton faussement détaché.

Emily était encore plus jolie que dans son souvenir. Jolie… Non. Aux yeux de James, Emily dépassait de loin la simple joliesse. Emily n'était pas belle ; elle était laplus belle femme qu'il ait jamais vue, qu'il n'ait jamais eue.

Elle ressemblait à une poupée tant elle était extraordinaire à ses yeux. Barbie au Moulin Rouge peut-être, mais Barbie quand même. Sa peau légèrement halée était lisse et douce, les traits de son visage savamment disposés, ses yeux d'un vert très clair semblaient irradier la pièce, ses cheveux d'un blond vénitien ondulaient gracieusement… et James aurait probablement pu détailler sa beauté pendant des heures avec une minutie zolaesque sans se répéter, si elle n'avait pas retrouvé l'usage de sa voix, le tirant ainsi de ses pensées.

– Jamie, murmura-t-elle de sa voix naturellement suave.

Elle avait la voix la plus envoutante du monde. Et elle était tellement sexy. Elle parvenait à rendre une tenue de joueur de bavboules sexy, avec sa silhouette en forme de sablier.

Ce qui était surprenant, c'était que ni Sirius, ni Peter ou Remus ne la trouvaient aussi exceptionnelle que lui. Jolie, oui, irremplaçable, non, qu'ils lui répétaient comme un mantra. Mais James avait été trop envouté pour être d'accord avec eux. Il n'avait jamais compris comment elle avait acquis en un coup d'œil cette emprise sur lui, mais il avait toujours eu une vision fantasmée d'elle.

Il avait été littéralement fasciné par tout ce qu'elle faisait, par tout ce qu'elle disait, par ce qu'elle était. Et malgré la peine qu'elle lui avait infligée, encore et encore, malgré sa détermination à détester chaque fibre de ce bout de femme, il ne put empêcher son rythme cardiaque de s'affoler en sa présence.

Non, il n'était pas indifférent à elle ; pas après un an et demi de rupture, même après neuf mois de sevrage total (James n'avait jamais compris ce qu'Elinor avait dit à Emily pour qu'elle cesse d'essayer de récupérer James, mais ça avait été radical). James l'avait aimée trop passionnellement pour pouvoir s'en remettre en aussi peu de temps.

Mais il aurait tout de même aimé ressentir plus de rancœur envers elle, ne serait-ce qu'une once de dégoût à la limite. Au lieu de ça, ce fut une espèce d'absurde nostalgie qui domina ses émotions.

– Salut, répéta-t-il.

Emily cligna des yeux, puis eut un sourire en coin.

– Tu as déjà dit ça.

– Salut.

Elle eut un petit rire. L'un de ces jolis rires que James avait eus tant de mal à obtenir d'elle au début et à la fin de leur relation, et qui avaient l'habitude d'égayer ses journées. Ils se regardèrent pendant une longue minute avant qu'elle ne réponde une nouvelle fois :

– Salut.

James déglutit quand elle s'approcha de lui.

– Salut ? répéta-t-il d'une voix mal assurée.

Mais quand elle lui tendit la joue, il comprit qu'elle souhaitait simplement lui faire la bise. Alors il lui fit la bise.

Elle sentait très, très bon.

Et elle était très petite en taille, lui arrivait avec peine au niveau du menton.

– J'espère que je ne te dérange pas ? poursuivit-il pour se donner contenance.

– Pas du tout, assura-t-elle aussitôt. J'ai presque fini de m'habiller. Je suis juste surprise de te voir ici.

Voyant qu'il ne répliquait pas, elle ajouta sur un ton taquin :

– T'es venu me donner mon bisou porte-bonheur, comme au bon vieux temps ?

Il rougit de la tête au pied.

– Pas du tout, bégaya-t-il.

– Oh ? Dommage…

Il leva un sourcil. Ses yeux étaient rieurs.

– Je t'embête, précisa-t-elle avec un sourire triste.

Il y eut un petit silence.

– Je ne sais toujours pas ce que tu fais là.

Il ne savait plus très bien non plus.

– Je... hum. Je voulais juste t'avertir de ma présence. Je suppose qu'Heidi ne t'as pas prévenue de ma venue, et je ne voulais pas te surprendre dans les gradins.

– C'est très gentil de ta part, dit-elle. C'est clair que j'aurais été complètement déstabilisée. Merci.

Il acquiesça.

– Tu es venue avec ta fiancée ? demanda-t-elle.

– Ellie ? Non, juste avec Remus et Peter.

– Oh, OK. Ça va me faire bizarre de les revoir aussi, mais au moins là j'ai le temps de me préparer.

Il acquiesça de nouveau.

Ils se fixèrent quelques secondes en silence.

Elle était bien plus belle que dans ses souvenirs. Et bien plus sexy aussi.

– Bon. Je vais y aller. Bonne chance.

Sa voix était légèrement enrouée.

– Merci, répéta Emily.

Il hocha la tête. Alors qu'il s'apprêtait à refermer la porte, elle l'interpella :

– Jamie ?

Il se retourna et lui jeta un regard interrogateur.

– Ça m'a fait énormément plaisir de te revoir, dit-elle avec sincérité.


Bla bla de l'auteur:

A mon avis, James n'est pas réellement amoureux d'Emily... mais vous en saurez plus sur cette énigmatique femme après le match. ^^

Ah oui: James et Marlène échangent des courriers pendant la journée, et Marlène et Lily discuterons le soir, donc après. Marlène n'est pas tellement au courant de ce qui se passe, et n'a que les échos de Dorcas. Et Dorcas en sait moins qu'elle ne le pense...

Vous l'avez peut-être remarqué, le rating est passé de T à M, car en relisant les guidelines, j'ai été prise d'un gros doute, par rapport aux chapitres suivants. Je frôle quand même le sujet du sexe d'assez près, y'a quelques gros mots, du coup par prudence j'ai monté le niveau, mais je ne compte pas aller dans l'explicite explicite.

Sinon, euh… Bande de taré(e)s, sérieusement! J'ai rarement autant ri en recevant les reviews qu'avec celles du chapitre dernier. Mais quand je vous dis que j'ai ri, j'ai vraiment eu des fous rires ! Et puis c'est pas genre y'en a qu'une ou deux qui a pété une durite, non, c'est genre pratiquement tout le monde qui s'est mis en mode super saiyen!

Bref, merci pour les fous rires!

Merci du fond du cœur à lyrass zaaabooozaaa, Chevalier du cat, NinonDG, Bouboukam, Xila, malilite, MGJ baobab, Math'L, Sheshe13 & Nikki Micky, ainsi qu'à Sundae Vanille et LilyBlack18 qui ont également reviewé les précédents ! Je vous répondrai bien évidemment en détail, mais au prochain chapitre ! je réponds toujours, alors n'hésitez pas à commenter.

Puis merci à tous ceux qui suivent l'histoire tels des ninjas de l'ombre, ceux qui mettent en favoris ! Trop chou, merci !

& Reviewez, canaillous !