Note d'auteur : Un très grand merci à Arwengeld et debralovelove pour leurs reviews ! *hug*
- Lucy Letterford : prisonnière, anciennement à la tête de la mafia londonienne. Corrompait un gardien via Ward et plusieurs autres prisonniers. Placée en isolement.
- Curtis Ward : ancien bras droit de Lucy, cherche à la piéger.
- Allen Chase : prisonnier, corrompu par Lucy au moyen de bouteilles d'alcool.
- Clara Oswald : Auror, travaille sur l'affaire avec Harry et Gabrielle
- Cox : Auror, a travaillé quelques fois sur l'affaire pour aider Harry, Gabrielle et Andrew.
- Georgina : Sorcière Légiste
- Derek : analyste du Laboratoire
- Harold Philips : chef des gardiens
- Sofia Kucharski : gardienne, remplace Jensen Berwick, vient de Nurmengard et est chargée de surveiller de près Letterford avec Walker
- Lynn Walker : gardienne, chargée de surveiller de près Letterford avec Kucharski
- Shannon Bishop : réceptionniste. A eu une aventure avec Evan et Ryan.
- Ryan Hamilton : employé au réfectoire, petit ami d'Olivier Dubois
- Evan Wellins : gardien, a une liaison avec Demelza Robins. Tous les deux dans l'ascenseur au moment du meurtre de Lestrange.
- Stewart Ackerley : gardien, dans l'ascenseur au moment du meurtre de Lestrange. A une liaison avec une femme inconnue.
J'espère que vous passerez un bon moment de lecture. :)
Il frappa plusieurs coups furieux contre la porte, sa panique lui donnant plus de courage que jamais. Inconscient du danger, il n'avait cette fois-ci pas peur de se prendre un Avada Kedavra entre les deux yeux. Il ne pensait qu'à sa vie sur le point de partir en lambeaux.
— Ward ! tonna-t-il encore une fois. J'ai besoin de te parler bon sang, c'est urgent !
Le battant s'ouvrit à la volée, révélant le visage assombri de colère du criminel. Torse nu, un verre de whisky pur feu dans une main et la seconde serrée sous forme de poing, il le fusilla du regard. Derrière lui, le visiteur impromptu entendait des gloussements de femme. Il n'avait pas bien choisi son moment. Mais pour l'instant, il s'en fichait. La peur lui nouait la gorge et l'estomac, et il avait besoin qu'on lui règle son problème.
— Qu'est-ce que tu fous ici ? gronda Ward. Je te savais con, mais pas à ce point-là.
— Les Aurors vont bientôt tout découvrir.
— De quoi est-ce que tu parles ?
La voix de Ward n'était qu'un sifflement presque inaudible, ses yeux parcourant le couloir à la recherche de la moindre oreille indiscrète.
— Le colis que j'étais chargé de transmettre. La bouteille. Elle a été utilisée par le meurtrier.
— Et alors ?
— Et alors ?! répéta-t-il, s'étouffant presque. Ils l'ont trouvée, et ils l'ont envoyée en analyse ! Ils vont trouver mes empreintes là-dessus !
— Je ne vois pas en quoi ça me concerne.
Ward tenta de refermer la porte, mais le visiteur glissa son pied dans l'entrebâillement et posa sa main contre le chambranle, pour tenter de se faire plus menaçant. Face à lui, Ward le considéra avec froideur, sans broncher.
— Qu'est-ce que tu veux ?
— J'exige une augmentation.
— Oh, monsieur exige.
Un lent sourire se dessina sur les lèvres de Ward, glacial et cruel.
— Oui. Je cours beaucoup plus de risques qu'avant. Je dois être payé en conséquence.
— Très bien, accepta Ward après un court silence. Une augmentation de 50%. Ça arrivera sur ton compte demain matin.
— Non, je veux que le montant soit doublé.
Devant la colère qui envahit les prunelles de son interlocuteur, il eut peur d'être allé trop loin. Mais Ward finit par acquiescer sèchement.
— Ne me pousse à bout, ma patience a des limites, dit-il toutefois d'une voix dure. Si jamais tu reviens avec une telle demande, ton corps sera retrouvé sous un pont de la Tamise, c'est clair ?
— Très clair.
— Et maintenant déguerpis avant que quelqu'un ne te voit.
— J'ai fait attention à ne pas être suivi en venant ici.
Ward lui jeta un regard tout à fait méprisant mais ne releva pas et lui claqua la porte au nez.
Il resta bête quelques instants, planté sur le seuil, avant de réaliser qu'il ne devait surtout pas être surpris ici. Il s'empressa de sortir de l'hôtel d'un pas rapide, sans cesser de jeter des regards inquiets autour de lui.
Malgré sa paranoïa, il ne vit pourtant pas l'homme qui le surveillait depuis l'autre côté du trottoir, un appareil photo à la main.
Clara descendit les marches d'un pas rapide, ses dossiers sous le bras. Laissant derrière elle les escaliers lugubres, elle se hâta de gagner la salle d'isolement numéro deux où ils avaient posé leurs quartiers. Lorsqu'elle entra, Harry et Gabrielle étaient debout de chaque côté de la table, penchés l'un vers l'autre et plongés dans un débat animé. Cela faisait une semaine qu'ils se querellaient sans arrêt sur le même sujet. Absorbés par leur dispute, ils ne firent pas attention à son arrivée.
— Il en est hors de question, gronda Harry d'un ton qui ne souffrait aucune objection.
— Oublie donc ta fierté deux minutes et utilise ta tête, répliqua Gabrielle.
— Je pourrais te retourner le compliment.
Clara s'éclaircit discrètement la gorge, s'attirant deux regards furibonds.
— Encore en train de vous écharpez sur le même sujet ? Ça fait une semaine, il serait temps de passer à autre chose, non ?
Il lui était parfois difficile de tenir tête à ses collègues, tous deux plus butés l'un que l'autre, dotés de fortes personnalités et liés d'une grande complicité. Ils se connaissaient et travaillaient ensemble depuis longtemps, elle n'était que la petite nouvelle qui venait d'arriver. Et le fait que leur précédent partenaire ait été assassiné n'arrangeait pas les choses. Elle avait sans cesse la sensation d'être un imposteur, qu'elle n'était pas à sa place. Elle savait que ce n'était pas l'intention de ses deux collègues, mais c'était ainsi qu'elle le ressentait, et c'était parfois pesant.
Pourtant, Clara ne flancha pas face aux regards agacés des deux autres. Elle ne fit qu'hausser les sourcils en une interrogation polie, jusqu'à ce qu'ils capitulent. Harry poussa un soupir irrité et se redressa, tandis que de l'autre côté de la table, Gabrielle se laissa aller dans sa chaise.
— Tu as raison, grommela celle-ci. On a autre chose à faire que se disputer à ce propos, il semblerait qu'aucun de nous ne veuille entendre raison, de toute manière.
Clara fut soulagée par ces paroles. Elle n'en pouvait plus de les entendre se disputer sans arrêt, sans qu'un progrès ne soit fait d'un côté comme de l'autre.
Une semaine plus tôt, Philips et Kucharski étaient venus les voir pour leur transmettre un message de Letterford, placée en isolement. La prisonnière avait demandé à les voir, dans le but de passer un accord dont les termes étaient simples : le nom du tueur contre une immunité totale. Et dès le début, ses deux collègues n'avaient pas été du même avis.
De son côté, Harry s'était opposé au moindre contact avec la détenue. En plus de refuser formellement de lui offrir une telle protection contre la justice, il était persuadé qu'elle mentait, et il ne voulait pas se laisser embrouiller l'esprit par son venin. Clara devait admettre qu'il n'avait pas tort. Letterford se sentait acculée, prise au piège, et comme n'importe quelle personne terrifiée, elle voulait avant tout sauver sa peau. Quitte à raconter ce qu'ils avaient besoin d'entendre. Et elle ferait bien plus de mal hors de cette prison si elle pourrait commettre ses crimes en toute impunité.
En revanche, si Gabrielle admettait qu'il était tout à fait hors de question de lui accorder une immunité totale, elle aurait cependant voulu lui proposer une réduction de peine pour obtenir ce fichu nom. Et là encore, Clara reconnaissait qu'elle avait un argument intéressant. Letterford était au courant de presque tout ce qu'il se passait dans cette prison, si elle connaissait le véritable nom du tueur, cela aurait largement simplifié leur enquête. Être coincée entre les deux n'avait pas été facile.
— De toute façon, il nous aurait fallu l'accord de Kingsley et Robards pour établir un deal avec Letterford et ils auraient été totalement contre, marmonna Harry.
Gabrielle lui lança un regard d'avertissement mais ne répliqua pas. Elle pinça les lèvres et se tourna vers Clara, ignorant délibérément la remarque.
— Tu as quelque chose à nous présenter ?
Elle accompagna sa demande d'un geste de main vers les dossiers que Clara tenait sous le bras.
— Ah oui, se rappela cette dernière. Je viens de finaliser les derniers détails concernant mes recherches sur Philips et Bishop. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ces deux-là sont loin d'avoir été parfaitement honnêtes.
Harry haussa un sourcil surpris, sa colère remplacée par de la curiosité. Il invita la jeune femme à s'asseoir d'un geste, ce qu'elle fit aussitôt, étalant les piles de parchemin sur la table.
— Philips ne semble pas lié de près ou de loin à l'affaire en cours, mais je pense que les renseignements que j'ai recueillis peuvent vous intéresser, commença-t-elle. Vous indiquiez dans vos rapports qu'il semblait parfois nerveux lorsqu'on mentionnait son passé au Pérou.
— Et qu'il n'avait pas semblé très à l'aise, au début de notre enquête, lorsqu'on avait parlé du fait qu'un gardien pouvait éventuellement avoir des liens avec des Mangemorts, ajouta Gabrielle.
— Exact. Je sais maintenant pourquoi.
Clara fouilla dans son dossier, jusqu'à en sortir un parchemin couvert d'un texte énigmatique en Runes Anciennes, noirci d'annotations en anglais.
— Qu'est-ce que c'est ? l'interrogea Harry en se penchant en avant.
— Etant donné que les zones d'ombre du passé de Philips concernaient essentiellement l'époque où il était au Pérou, je me suis focalisée sur cette période, répondit sa collègue. J'ai été faire un tour chez ses anciens employeurs, à l'Institut Magique du Royaume-Uni où il enseignait en tant que professeur de Runes. Juste avant que la guerre n'éclate, il a été envoyé à Lima pour un programme d'échange avec quelques étudiants. Après la prise de pouvoir de Voldemort, ils y sont restés le temps que les choses se tassent. J'ai été faire un petit tour là-bas pour prendre quelques renseignements qui restaient assez flous dans son dossier.
— Tu as été au Pérou ? s'étonna Gabrielle.
— Mon père est le directeur de l'Office des Portoloins, ça n'a pas été compliqué d'en trouver un pour m'emmener là-bas, leur dit Clara avec un haussement d'épaules. Et j'ai toujours détesté la poudre de Cheminette.
— On est deux dans ce cas, approuva Harry.
— C'est toujours mieux de voyager par Cheminette que de transplaner, fit remarquer Gabrielle.
Les deux autres la regardèrent comme si elle était totalement folle. La jeune femme leva les yeux au ciel et fit signe à sa collègue de continuer, sans prendre la peine de poursuivre le débat.
— Donc tu as été directement à l'université de Lima ?
— Oui, reprit Clara, je suis allée parler au doyen, il m'a autorisé à jeter un œil dans l'ancien bureau de Philips. Mais ça faisait belle lurette qu'un autre professeur y avait installé ses quartiers, il n'y avait rien d'intéressant à part quelques grimoires qu'il avait oublié. Par contre, j'ai pu aller fouiner un peu du côté des archives, où on avait classé tous ses travaux, et j'y ai trouvé ceci.
Elle désigna la feuille dans la main d'Harry, qui n'avait pas encore pris le temps de l'examiner en détail, absorbé par son récit.
— Regarde en bas.
Harry obéit, un air interrogateur sur le visage, jusqu'à apercevoir un petit signe bien familier, noyé au milieu d'autres runes.
— Impossible, murmura-t-il, les yeux arrondis par la surprise.
— Quoi ? demanda Gabrielle.
Il lui tendit le parchemin, le doigt sur le symbole qui lui avait valu cette réaction. Un cercle entouré d'un triangle et barré d'un trait en son milieu.
— Philips a lui aussi été un disciple de Grindelwald ? s'étonna la jeune femme.
— Non, non, les contredit Clara en tirant à elle un épais dossier. Je n'ai emmené que ce parchemin mais j'ai pris pas mal de photos de ses recherches, tout est ici. D'après les différents éléments que j'ai pu rassembler, il a passé des mois et des mois à tenter de traduire différents textes. Tous se rapportant à un seul sujet. La Baguette de Sureau, le Bâton de la Mort, peu importe comment vous l'appelez.
Harry sembla plus surpris encore par ces mots, si cela était encore possible.
— Pourquoi est-ce qu'un professeur en Runes Anciennes exilé au Pérou aurait tenté de chercher la Baguette de Sureau après laquelle en avait Voldemort ?
— Je pense que seul Philips pourra répondre correctement à cette question, avoua Clara. Parce que je n'en ai pas la moindre idée, et sa femme n'avait l'air au courant de rien.
— Convoquons-le immédiatement.
Harry était déjà à moitié levé lorsque sa jeune collègue le coupa dans son élan.
— Attends une minute, il faut encore que je vous parle de Bishop.
Il se rassit avec une petite moue déçue, comme un enfant à qui on aurait refusé son cadeau de Noël. Impatient, il se mit à tapoter des doigts le bord de la table, son regard se perdant dans le vague. Gabrielle dut lui donner un coup de pied dans le tibia pour qu'il leur prête de nouveau attention.
— Désolé, s'excusa-t-il. Mais c'est un sujet…
— Sensible, on sait, compléta la jeune femme. Vas-y.
Elle fit signe à Clara de poursuivre. Celle-ci s'éclaircit la gorge et ouvrit le dossier qu'elle avait constitué au sujet de la réceptionniste.
— Cette fois-ci, je serai rapide, vous savez déjà l'essentiel. Bishop vous a déjà dit qu'elle a passé plusieurs années aux Etats-Unis pendant et après la guerre.
— Oui, elle a fait ses études à New York, répondit Harry.
— Sauf que l'école dont elle m'a parlé ne la mentionne nulle part, objecta Clara. Pas une trace d'elle dans leurs archives. Après avoir un peu fouillé, j'ai découvert qu'elle a séjourné dans un type d'établissement radicalement différent.
Elle leur tendit un épais dossier, plein à craquer, à tel point que certaines feuilles de parchemin menaçaient de s'en échapper. Le nom de la réceptionniste y était inscrit en petits caractères nets, d'une de ces écritures formelles et impersonnelles.
— Elle a passé trois ans au sein d'un hôpital psychiatrique, leur annonça Clara. J'ai pu me rendre sur place et faire une copie de tout ça. J'ai dû pas mal batailler avec le MACUSA, pour eux, une enquête pour meurtre n'est pas une raison pour briser le secret professionnel…
— Mais pourquoi est-ce qu'elle a été là-bas ? s'étonna Gabrielle. Elle semble tout à fait saine d'esprit.
— D'après ce que j'ai pu lire, pour dépression, bipolarité et hypersexualité. Oui, moi aussi j'ai été surprise, ajouta-t-elle devant les yeux ronds de ses collègues. Elle a aussi passé quelques mois en centre de désintoxication pour guérir son addiction aux drogues.
— Joli palmarès, marmonna Harry. Mais je ne vois pas le rapport avec notre affaire.
— Il est toujours tout à fait plausible qu'elle soit cette mystérieuse silhouette qui rende visite à Ackerley et qu'elle le manipule, avança Gabrielle.
— S'il est manipulé, précisa Clara. Sans compter que de tels antécédents psychiatriques ne jouent pas en sa faveur. Si on penche pour l'hypothèse que le tueur agit au hasard…
— On a aussi établit que le meurtrier est quelqu'un d'intelligent et minutieux, qui n'agit pas par pulsions, objecta Harry.
— C'est vrai, mais je pense que ça vaut le coup de l'interroger, au moins pour aller jusqu'au fond du problème.
Gabrielle approuva d'un signe de tête et Harry ne chercha pas à les contredire davantage. Il se leva à l'instant où la porte s'ouvrait, sur le visage poli de Walker.
— Je suis désolée de vous déranger, s'excusa la gardienne. Mais nous venons de recevoir un message du Ministère qui vous est adressé.
— Merci beaucoup, lui dit Harry en se saisissant du rouleau de parchemin. Je voulais vous appeler. Pourriez-vous demander à Mr. Philips et Mrs. Bishop de nous rejoindre s'il vous plaît ?
Les yeux de Walker furent traversés d'un éclair de surprise, avant de redevenir aussi sérieux que d'habitude. Elle hocha le menton et s'éclipsa avec une certaine raideur à laquelle ils étaient maintenant habitués. Elle n'avait pas encore disparu au bout du couloir qu'Harry poussa une exclamation triomphante.
— On peut savoir ce qui te rend si heureux ? s'étonna Gabrielle.
— C'est Cox, il me dit qu'il a enfin quelque chose !
Fébrile, il saisit sa cape posée sur le dossier de sa chaise et la jeta sur ses épaules.
— Je vais tout de suite au Ministère pour savoir ce qu'il se passe.
— Il n'aurait pas pu t'envoyer tout ça directement par lettre ? grogna Gabrielle.
— Pas si quelqu'un avait pu tomber dessus. Interrogez Bishop et Philips séparément, vous me direz ce que vous avez découvert à mon retour.
Il quitta la pièce sans attendre l'assentiment des deux femmes, trop impatient. Il salua d'un sourire rapide Walker et ses collègues lorsqu'il les croisa dans le couloir, puis grimpa les escaliers quatre à quatre pour gagner la salle de transplanage le plus vite possible.
Quelques minutes plus tard, il traversait le hall du Ministère d'un pas rapide, plongé dans ses pensées. A tel point qu'il n'entendit pas Georgina l'appeler jusqu'à ce qu'elle lui agrippe le bras, alors qu'il s'apprêtait à monter dans un ascenseur bondé.
— T'es devenu sourd, Potter ?
— Désolé, je pensais à autre chose. Qu'est-ce que tu fais ici ?
— Le Magenmagot avait besoin de quelqu'un pour témoigner lors d'un procès dans le cadre d'une expertise médicale. Tu as deux minutes ?
— Pas vraiment, s'excusa Harry. Un collègue m'attend, c'est assez urgent.
— Il peut bien attendre le temps d'un petit aller-retour à Sainte-Mangouste, affirma Georgina. J'allais justement t'envoyer un hibou dès mon retour pour t'informer que le rapport d'autopsie était prêt. J'ai aussi déjeuné avec Derek ce midi, j'ai ses résultats d'analyse de la bouteille que tu lui as donnée sur mon bureau.
Harry se pinça les lèvres, hésitant pendant quelques instants. Mais le regard inflexible de Georgina ne laissait pas beaucoup de place au choix.
— Très bien, céda-t-il. Je t'accompagne. Mais je ne pourrais pas m'éterniser.
Il la suivit jusqu'à la salle de transplanage, saluant au passage quelques collègues d'un geste de main, à partir de laquelle ils purent rejoindre l'hôpital.
Le hall de Sainte-Mangouste était bien plus bruyant que l'Atrium du Ministère et son ambiance feutré. Ils se frayèrent un chemin parmi les patients qui attendaient devant l'accueil et les familles plus ou moins anxieuses, jusqu'à gagner l'étroit escalier qui menait au sous-sol. Georgina dévala les marches d'un pas rapide, le distançant, et lorsqu'Harry parvint enfin devant la salle d'autopsie, elle ressortait déjà de son bureau, les deux dossiers à la main.
— L'examen a bien confirmé mes analyses préliminaires, lui dit-elle. Selwyn a bu une forte dose d'alcool, mélangé à de la potion d'Etranglement. Et de son plein gré, cela va sans dire. Aucun signe de traumatisme extérieur excepté les symptômes évidents de la boisson. Le tueur a agi finement. Je suis désolée mais je n'ai aucun autre élément à t'apporter.
— Ce n'est rien, je m'y attendais, lui assura Harry. Et Derek ?
— Je n'ai pas regardé ses résultats, mais il m'a promis que tu y trouverais quelques trucs intéressants.
— Très bien, merci beaucoup. En espérant qu'on ne se recroise pas sur cette affaire.
Il la salua d'un sourire à la fois triste et fatigué et Georgina eut un reniflement ironique. Ils savaient tous deux qu'ils se reverraient sûrement, mais c'était plus facile de faire semblant.
Harry retourna aussitôt au Ministère, suite à un dernier signe de main, les dossiers sous le bras. Il ne les ouvrit que lorsqu'il fut coincé au fond d'un ascenseur bondé, les sourcils froncés.
Comme venait de lui dire Georgina, le rapport d'autopsie ne leur apportait pas grand-chose de plus. Il le referma bien vite, cette seule lecture lui donnant presque la nausée. Voir le corps de Selwyn quelques heures après sa mort lui avait suffi, il n'avait aucune envie de graver cette image dans sa tête. Cependant, le rapport de Derek était bien plus intéressant. Il avait effectivement retrouvé pas mal d'empreintes sur le verre poli de la bouteille. Celles de Selwyn évidemment, mais aussi celles de Chase, comme il s'en était douté. L'identité du troisième homme était cependant un peu plus surprenante. Harry glissa le dossier sous sa cape avec un sourire à la fois ravi et incrédule. La bouteille était une preuve suffisante, mais il attendait d'être pleinement sûr avant de crier victoire.
Cox l'attendait en trépignant presque dans le couloir des Aurors, debout devant la porte de son box, guettant les ascenseurs d'un regard impatient.
— Ah, te voilà ! lui lança-t-il dès qu'il l'aperçut. Viens voir vite !
Harry le rejoignit en quelques enjambées et le suivit dans l'alcôve qui lui était réservée.
— Alors, qu'est-ce que tu as pour moi ?
— De bonnes nouvelles, affirma son collègue. Ça va bientôt faire deux semaines que je le filais, mais le gars était plus malin qu'un serpent, je n'ai pas réussi une seule fois à le chopper à faire un truc répréhensible. Des allers-retours chez le fleuriste, le traiteur, le magasin de vêtements, pour l'organisation de son mariage. A part ça, il a bien visité sa tante une ou deux fois, mais qu'il ne me fasse pas croire que la minuscule bourse qu'elle lui filait correspondait à la somme astronomique qui s'est retrouvé dans son coffre.
— Mais tu as bien trouvé quelque chose ? le coupa Harry.
— Il s'est montré bien imprudent hier, répondit Cox avec un sourire satisfait. Et j'ai pu le photographier en compagnie d'une personne tout sauf recommandable.
Il lui tendit une série de clichés dont Harry s'empara avec empressement. Ses yeux s'arrondirent de surprise.
— Bon sang, murmura-t-il.
— Non, tu ne rêves pas.
— Cette fois, on le tient.
Un large sourire aux lèvres, Harry remercia chaleureusement Cox, qui haussa les épaules avec modestie et le poussa à partir à la prison le plus vite possible.
— Coince donc ce salopard arrogant.
Harry eut un petit rire et s'empressa de lui obéir, les dossiers sous le bras et les photos à la main. L'excitation enflait dans son ventre. Enfin, il avait l'impression de réellement avancer. Enfin, ils avaient des résultats concrets, qui allaient leur permettre d'éclairer la situation.
Lorsqu'il arriva à la prison, il retrouva Gabrielle et Clara plongée en pleine conversation, des feuilles de notes noircies devant elles.
— Ah, enfin là Potter ! s'exclama la première. Figure-toi qu'on a pas mal de trucs à te raconter.
— Moi aussi, répondit-il. Mais je vous écoute, allez-y.
— C'est moi qui ai interrogé Philips, commença Gabrielle, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'a pas mis longtemps à craquer. J'avais à peine mentionné le Pérou qu'il m'a tout raconté. Durant la guerre, il a été approché par des Mangemorts pour traduire le texte sur lequel figure le symbole de Grindelwald. Voldemort avait entendu dire qu'il était un éminent professeur en la matière, et il voulait à tout prix retrouver la Baguette de Sureau. Philips s'est empressé d'obéir sous la menace.
— Mais pourquoi tout avouer maintenant et ne pas l'avoir fait plus tôt ? s'étonna Harry, perplexe.
— Il avait honte. C'est aussi pour ça qu'il a intégré le premier la formation pour devenir gardien ici. Il voulait se racheter de cette faute, il est persuadé que si Tu-sais-qui est venu en possession du Bâton de la Mort, c'était à cause de lui. Et s'il nous en parle maintenant, je pense que c'est surtout par culpabilité. Ce sont Rowle et Selwyn qui sont allés le voir au Pérou sur ordre de leur maître et comme ce dernier est mort…
— Il a été confronté à un passé qu'il tentait d'oublier, compléta-t-il. Mais je ne vois pas ce que cela a à voir avec l'enquête.
— Rien du tout, admit Gabrielle. Mais on est enfin fixé.
— Quant à Bishop, elle a été aussi très coopérative, continua Clara. Elle n'a pas nié avoir eu des problèmes de drogues dans sa jeunesse, ni qu'elle a été enfermé en hôpital psychiatrique. Par contre, elle m'a affirmé que jamais elle n'a été bipolaire ou dépressive. C'était uniquement des prétextes inventés par sa famille pour la faire interner. Ils avaient honte de devoir dire que leur fille était nymphomane, pour reprendre ses mots.
— Quelle bande de tarés, murmura Harry, atterré. Ils préfèrent faire passer leur fille pour folle ?
— Apparemment, soupira la jeune femme. En tout cas, elle est effectivement hypersexuelle, elle nous l'a dit elle-même. Et si dans les premiers temps elle a eu des relations avec certains de ses collègues, dont Hamilton et Wellins, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
— Donc elle n'est pas la femme mystérieuse qui rend visite à Ackerley ?
— Elle affirme que non, et je ne pense pas qu'elle mente. Elle m'a avoué avoir couché une fois avec lui, mais il y a pas mal de temps maintenant.
— On n'est pas plus avancé sur l'identité de cette inconnue mais on sait maintenant qui ne l'est pas, indiqua Gabrielle. Et toi, qu'est-ce que tu as appris de ton côté ?
— J'ai ici plusieurs preuves formelles nous donnant l'identité du gardien corrompu.
Sa voix triomphante résonna dans la pièce soudainement silencieuse. Ses deux collègues étaient sans voix, les yeux brillant d'excitation.
— Qui ? demanda enfin Gabrielle, à bout de souffle.
Sans un mot, Harry poussa vers elle le rapport de Derek et lui pointa le dernier nom. Puis, pour appuyer cela, il jeta à côté les clichés pris par Cox.
— Je le savais ! s'exclama-t-elle.
— C'était à prévoir, acquiesça Clara, un large sourire sur les lèvres. On le tient maintenant.
— C'est exactement ce que je me suis dit, approuva Harry. Je vais demander à Walker qu'elle nous l'envoie.
Lorsque le gardien arriva, il trouva les trois Aurors attendant impatiemment dans la salle d'isolement numéro trois. Il s'assit face à eux avec raideur, le teint pâle et l'air anormalement peu sûr de lui.
— Vous avez demandé à me voir ? dit-il d'un ton poli qui ne lui ressemblait pas.
— Evan Wellins, nous avons ici des preuves accablantes contre vous, commença Harry d'un ton formel. Vos empreintes ont été retrouvées sur la bouteille utilisée pour tuer Selwyn et vous avez été photographié en compagnie du criminel notoire Curtis Ward. Nous en avons déduit que selon les ordres de Ward, vous avez introduit l'alcool dans la prison et l'avez donné au détenu Allen Chase, dans le but d'acheter sa loyauté envers Lucy Letterford. Ai-je raison jusqu'ici ?
A chacun de ces mots, Wellins pâlissait de plus en plus. Son regard se faisait vitreux, son teint devenait presque verdâtre. Ses mains se serrèrent en poings sur les accoudoirs de sa chaise.
— Je… Je…, bégaya-t-il.
— Si vous ne nous dites pas la vérité, ajouta Gabrielle avec froideur, il est aussi fort possible que nous vous accusions du meurtre perpétré contre l'ancien Mangemort Ian Selwyn.
— Que… Quoi ?
Perdu, le regard de Wellins sautait de l'un à l'autre, la lèvre tremblante.
— Je… Je n'ai rien fait à Selwyn, dit-il d'une voix suppliante. Je ne savais pas que la bouteille contenait un poison.
— Une potion d'Etranglement, le corrigea Clara. Dites-nous ce qu'il s'est passé.
— Je… C'était un… un travail comme un autre. Je devais juste… juste donner la bouteille à Chase. C'est comme ça que… que Lucy l'achetait. C'est facile de trouver la faiblesse d'un ancien alcoolique. Mais… je ne sais pas comment… comment elle s'est retrouvée entre les mains de Selwyn.
— Est-ce que quelqu'un d'autre que vous et Ward avez touché cette bouteille avant de l'amener ici ?
— Ward n'y a pas touché, affirma Wellins. Il reste toujours loin de ce genre de transactions.
Maintenant qu'il savait qu'il ne serait pas accusé pour meurtre, le gardien semblait se détendre. Mais il pâlit de nouveau en entendant la question suivante.
— Et donc vous receviez chaque mois une importante somme d'argent de la part de la mafia pour jouer l'intermédiaire entre Ward et Letterford ?
— Je… Je…, bredouilla-t-il. Ce n'est pas…
— Ce qu'on croit ? railla Harry. Dites-nous la vérité et on pourra peut-être témoigner de votre bonne foi lors de votre procès.
Cette remarque sembla terrifier Wellins plus encore.
— Oui, oui, au début c'était ce que je faisais, dit-il d'une voix précipitée. Mais plus depuis quelques mois. Il y avait l'air d'avoir une brouille entre les deux. Letterford ne savait pas que Ward avait acheté le poison qui a tué Macnair et elle se méfie de lui depuis. Mais lui ne m'a rien dit de ses intentions.
Les trois Aurors échangèrent des regards lourds de signification. Ainsi donc, comme ils l'avaient soupçonné, Ward travaillait contre sa patronne pour la faire tomber. Mais de toute évidence, Wellins ne semblait pas être dans la confidence. A moins qu'il soit un très bon acteur.
— Très bien, conclut Harry en se levant. Nous allons vous escorter immédiatement au Ministère, où vous serez soumis à un interrogatoire sous Veritaserum. J'espère que vous avez un bon avocat.
Wellins pâlit plus encore, toute sa superbe évanouie. Il était loin, le petit con arrogant qu'ils avaient rencontré au début de l'enquête. Il n'était plus qu'un homme apeuré à l'idée de finir sa vie derrière les barreaux.
Harry quitta la pièce le premier, Gabrielle sur ses talons.
— Et qu'est-ce qu'on fait de Letterford ? lui siffla-t-elle à l'oreille.
— Elle est en isolement et Wellins ne sera plus là pour elle. On va transmettre tout ça au Magenmagot, avec un peu de chance ils augmenteront sa peine de quelques années.
Wellins les rejoignit dans le couloir, sous la baguette tranquille de Clara. Et cette étrange procession partit aussitôt au Ministère.
Stewart retomba sur les draps, le souffle court et le corps couvert de sueur. A ses côtés, son amante garda les yeux fermés, perdue dans son plaisir. Il laissa ses doigts courir le long de ses bras nus, jusqu'à sa poitrine, puis son ventre qui se soulevait au rythme de sa respiration.
— Tu es magnifique, souffla-t-il, dans un murmure émerveillé.
Les lèvres qui l'obsédaient s'ourlèrent d'un sourire languide. Les yeux verts éclatants qui se fixèrent aux siens firent naître une chaleur familière dans son bas-ventre.
— Je t'aime, chuchota-t-il.
Elle rit face à cette confession, un rire qui l'enchanta. Jamais elle n'avait répondu à ses sentiments, mais il s'en fichait. Il était fou d'elle, prêt à tout pour elle. Elle aurait pu le battre qu'il aurait toujours proclamé son amour.
Elle rejeta les draps d'un geste et se leva, son corps nu plus parfait que n'importe quel autre. A ses yeux du moins. Elle commença à se rhabiller et comme à chaque fois, il sentit la tristesse lui étreindre la gorge.
— Tu pars déjà ? demanda-t-il en se redressant à demi.
— Oui, je suis désolée, beaucoup de choses à régler.
— A cause de l'arrestation de Wellins ?
Il était amoureux, ni stupide ni aveugle. Le regard perçant qu'elle porta sur lui donna envie de se lever et de l'embrasser avec violence. Mais il resta où il était.
— Curtis est loin d'être content, finit-elle par avouer d'une voix lente.
— Je peux prendre sa place si tu veux, affirma-t-il avec force. Je peux jouer son rôle. Je peux t'aider.
Il sut qu'il avait eu raison lorsqu'un sourire s'étala sur ces lèvres qu'il adorait embrasser.
— Tu as fait déjà beaucoup pour moi, Stewart. Merci pour cette offre généreuse. Je ne manquerais pas de te contacter dès qu'on aura du boulot pour toi.
Pour le remercier, elle s'approcha et l'embrassa. Le jeune homme sentit son cœur palpiter de joie lorsque sa langue caressa la sienne, avec une langueur qui lui donnait envie de beaucoup plus.
Quelques minutes plus tard, son amante était de nouveau nue, pressée contre lui, le remerciant à sa manière.
Note de fin : Merci beaucoup pour votre lecture ! Alors, qu'en avez-vous pensé ? Aviez-vous deviné avant ce chapitre l'identité du gardien corrompu ? Que pensez-vous de toutes ces nouvelles informations ? Que va-t-il arriver ensuite ?
J'espère en tout cas que ça vous a plu ! :) On se retrouve la semaine prochaine pour un chapitre flash-back, qui représente la suite de celui du chapitre neuf. Oui je sais, ça fait longtemps, c'est pour ça que je vous préviens en amont, que vous ne soyez pas surpris. XD
Merci encore d'avoir lu jusqu'ici, n'hésitez pas à me donner votre avis, et à mercredi prochain ! *hug*
