Chapter 25 : Les regards s'échangeront
- Alors, Shizune ? Qu'en penses-tu ?
Elle prit le temps de répondre.
- Je n'aime pas cette histoire de dispute.
Tsunade lui enjoignit de développer d'un geste de la main.
- Depuis que Sasuke a tué Orochimaru et est revenu ici, Naruto, Sakura et lui ont toujours été très proches. Ils s'entendaient très bien, ils étaient très liés. Mais avec la dernière mission… Kakashi émet ses premiers soupçons, Sakura les confirme, Naruto et Sasuke se brouillent et voilà Kakashi en garde à vue… Tout arrive d'un coup. Je ne crois pas que ce soit dû au hasard.
C'était une autre manière de voir les choses et Tsunade la partageait totalement. Mais elle était allée plus loin, et elle s'empressa d'en faire part à son assistante :
- Tu ne crois pas que Kakashi et Sakura pourraient avoir porté l'attention sur Sasuke et Naruto pour plus de discrétion ?
- Que voulez-vous dire ?
- Je pense – en tout cas, c'est une hypothèse – que les deux garçons sont irréprochables, mais que Sakura et leur sensei sont toxicomanes. Dans cette optique, je suppose qu'ils se sont mis à accuser leurs camarades car ils se sentaient en passe d'être découverts. Et Kakashi est maintenant pris la main dans le sac. Tu ne penses pas ?
Shizune acquiesça.
- C'est probable. La réaction de Sakura ne m'a pas échappée quand vous lui avez appris que Kakashi était enfermé. Ils pourraient tout à fait être complices.
Tsunade sourit.
- Je vois qu'on est sur la même longueur d'ondes.
- Donc maintenant, il faut en faire part à Naruto et Sasuke et leur demander de garder un œil sur Sakura et Kakashi.
- Comment ça ?
- Pour voir s'ils se droguent ! Sakura surveille les trois autres, et eux deux surveillent leurs deux coéquipiers.
- Et on demandera à Kakashi de veiller sur Sasuke et Naruto. Bonne idée !
Le regard de félicitations que Shizune reçu de l'Hokage lui réchauffa le cœur. Que ses foudres étaient dures, mais que c'était bon qu'elle nous gratifie !
- Enfin… Je crois qu'il est grand temps de faire une pause… Shizune ! Apporte-moi un saké !
Sasuke venait de se lever il était midi passé. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas dormi si longtemps, d'un sommeil si profond, réparateur. Avait-il appris à laisser retomber sa garde l'espace d'une nuit ? Lorsqu'il était chez Orochimaru, il n'avait osé s'accorder une minute de répit, conscient de la puissance et du danger que représentait ce ninja. Il craignait en permanence qu'on lui plantât une lame dans le dos, que ce fût pour tester ses capacités ou l'affaiblir – Sasuke connaissait les plans d'Orochimaru à son sujet. Et pour rien au monde il n'aurait laissé tomber sa vengeance en se laissant posséder par le ninja légendaire !
Et, même après avoir vaincu Orochimaru et être rentré à Konoha, où tout le monde avait semblé l'accueillir à bras ouverts, il avait conservé ce réflexe, cette habitude, d'être sur ses gardes. Ce qui n'était pas à blâmer : tout bon ninja se devait d'être alerte.
Mais pas à ce point. Vivre aux côtés d'Orochimaru avait été épuisant, bien plus qu'il l'avait imaginé. En plus des entraînements éreintants avec ce maître exceptionnellement cruel, puissant et exigeant, ses rares instants de solitude ou de repos étaient eux-mêmes occultés par la tension constante dans ses muscles et son esprit. Il n'osait pas se laisser aller. C'était trop risqué. Son cœur battait la chamade à chaque tournant, craignant de tomber sur l'un des sbires torturés d'Orochimaru ou lui-même. Il lui avait enseigné beaucoup, et Sasuke y avait appris plus de choses qu'il n'aurait jamais pu le faire à Konoha, mais il n'était pas aussi protecteur qu'on eût pu le rêver.
Et Sasuke le ténébreux, Sasuke le glaçon, l'imperturbable, le dernier Uchiwa, avait pâlit plus d'une fois en entendant les supplications des prisonniers de son maître. Combien de cris avait-il entendu, déchirants, dans l'immensité silencieuse des tanières où ils rôdaient ? Combien de pleurs, de larmes avait-il entendu se verser sur les murs de couloirs, combien de gémissements, de plaintes, de lamentations ? Tant que frissonner d'horreur à chaque fois que retentissait le chant de la douleur était impossible. Le corps humain n'avait pas cette endurance.
C'avait été dur de côtoyer des êtres condamnés à errer en souffrances, ou, pour les plus chanceux d'entre eux, travailler sous les coups de fouet. La mort avait beau frapper plus d'une fois, encore, encore et sans relâche, elle n'arrivait pourtant pas à suivre le rythme démoniaque qu'imposaient les expériences inhumaines d'Orochimaru.
Sasuke remarqua à ce moment qu'il avait cessé de manger sa tartine à la confiture, perdu dans ses souvenirs il avait d'ailleurs souvent dû se forcer à manger chez Ororchimaru, l'appétit coupé par ce qu'il vivait. Etait-ce d'y repenser qui le lui coupait à nouveau ? Ou était-ce simplement ses pensées qui lui occupaient l'esprit ?
Il alluma la radio et l'écouta attentivement pour se changer les idées rapidement, son estomac revint grogner et la nourriture reprit ses allers mortuaires vers sa bouche.
Il en était là quand quelqu'un sonna à la porte, lui faisant prendre conscience qu'il était chez lui, que Naruto n'habitait pas loin. C'était peut-être lui, ou Sakura.
- Kuso…
Sasuke n'avait plus besoin d'aide. Il avait bien dormi, il avait parlé à une oreille attentive cela formait dans sa vie une parenthèse agréable. Naruto serait-il venu la briser ?
Il essuya la confiture qui colorait les pourtours de sa bouche, se leva et alla ouvrir – pas trop vite. C'était le matin, tout de même, bien que le soleil ne lui donnât pas raison et Sasuke entamait sa journée.
- Shizune ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- Tsunade-sama veut te voir. Tu vas partir en mission.
- Quand ?
- Le plus tôt possible.
Elle avisa la tenue nocturne de son interlocuteur :
- Si tu peux te dépêcher…
- Je vais faire mon possible. Tu sais de quoi il s'agit ? Où je pars ? Avec qui ?
- Tsunade-sama te donnera des détails plus précis que moi, je ne suis là que pour te prévenir. Ce sera une mission semblable à la dernière que tu as effectuée, un autre village a été attaqué.
Sasuke jura dans sa barbe Shizune comprit bien la teneur de ses courts propos, mais ne s'en offusqua pas, les comprenant. Elle-même était contente de ne pas avoir à y aller.
- Je n'ai pas le nom du village en tête, mais c'est un endroit assez perdu.
Il restait à répondre à la troisième question. C'était une excellente opportunité pour tester Sasuke.
- Tu partiras avec Kakashi, Sakura et Naruto.
Son regard se planta presque aussitôt dans le sol, son visage s'obscurcit. Puis un masque glacial reprit place sur ses épaules. Il ne changerait jamais vraiment.
- D'ailleurs, tu sais où il est ? Je dois aussi l'envoyer chez l'Hokage.
Il ne put s'empêcher de lui jeter un regard noir, qu'il fit disparaître le plus vite qu'il put. Trop tard, Shizune l'avait vu.
- J'en ai aucune idée.
Il se retira, s'effaçant derrière la porte, et commença à la pousser.
- Merci d'être passée. Au revoir.
Il ne lui laissa pas le temps de dire autre chose, pas même le saluer. Il n'avait que faire de la politesse qu'elle pouvait témoigner.
Shizune repartit, en quête de Naruto, dans les rues de Konoha. Ainsi, ce qu'avait dit Sakura était vrai et il semblait en effet que leur dispute ne fût pas une mince affaire. Elle n'avait jamais vu Sasuke se métamorphoser de la sorte, ni entendu que ce fût déjà arrivé. Il avait toujours réussi à rester impassible, à garder un visage inexpressif, depuis le massacre de son clan.
Qu'est-ce qui avait pu le changer à ce point ? Simplement une dispute avec Naruto ? L'enjeu devait être supérieur.
Shizune avait la tête qui tournait à force de réfléchir à cette affaire. Toutes les certitudes qu'elle acquérait finissaient disloquée au fil des conversations. Ceux qui accusaient devenaient victime des langues de vipères des autres.
Et si les quatre membres de l'équipe sept se droguaient ? Tous ? Ce serait plus simple, tous en prison, une amende ou ce qu'on pouvait inventer dans ces cas-là, tous leurs comportements étranges se justifiaient.
Mais non. Sakura et Kakashi n'auraient alors aucun bénéfice à accuser l'autre partie de l'équipe.
Que c'était compliqué…
Arrivée chez Naruto, elle frappa, mais personne n'ouvrit. Un chat miaula quelques fois derrière la porte de son appartement, puis sortit par la chatière Shizune ne rencontra aucune autre forme de vie animale. Soit Naruto dormait encore – ce qui était plausible vu que Sasuke sortait à peine de lit, alors qu'il n'était pas un fainéant, soit il n'était pas là.
C'était fort probable. Mais alors, où était-il ?
Tous les gens que Naruto croisaient le connaissaient comme un travailleur acharné, toujours à s'entraîner, toujours à vouloir s'améliorer. Il serait donc à un terrain d'entraînement ? Shizune se mit en chemin, en direction du plus proche de l'appartement du jeune ninja.
Mais, tandis qu'elle marchait, une autre pensée lui vint : si Sasuke comme Naruto se droguaient, et qu'ils s'étaient disputés récemment à ce sujet – puisque qu'aucun autre thème n'aurait certainement pu les fâcher à ce point –, Naruto devait certainement chercher à s'en procurer. Et le lieu le plus probable pour dealer semblait être, aux yeux de Shizune, les ruelles sombres ou les foires.
Elle se mit donc en route vers ce lieu de réjouissances, certaine d'y trouver le blond. Sa théorie se tenait.
Mais la foire occupait un espace important : où serait-il ? Une seule solution, y tourner et retourner en espérant le croiser. Et puis, pourquoi pas, en profiter pour s'offrir cinq minutes de pause. On ne pourrait lui en vouloir, elle travaillait depuis le matin alors même que l'Hokage dégustait paisiblement un verre de saké, éloignée de toute préoccupation.
Non, Tsunade-sama avait peut-être un penchant assez marqué pour l'alcool, elle n'en était pas moins un Hokage remarquable, intelligent, aux petits soins pour les villageois. Elle devait certainement se creuser les méninges sur une affaire importante, la toxicomanie ou les massacres gratuits.
Du coup, Shizune ne pouvait se permettre de pause mais cela ne la dérangea pas le moins du monde, puisqu'elle arriva à cette conclusion en même temps qu'elle apercevait une tignasse blonde devant elle.
- Naruto !
Elle cria plusieurs fois, se mettant à courir, et posa une main sur l'épaule de l'adolescent. C'est seulement alors qu'il se retourna, surpris de ce contact soudain. Il ne l'avait pas entendue arriver.
Etait-il dans son monde, parmi les songes ?
- Ah ! Shizune ! Bonjour !
Il ne devait pas être totalement ailleurs.
- Tsunade-sama m'envoie te chercher. Tu vas partir en mission.
Il fronça les sourcils. Deuxième jour de foire, on l'en éloignait déjà ?
- Longtemps ?
- Ca sera à vous de nous le dire. C'est dans le même style que la précédente.
Il grimaça.
- Vous ne voulez pas envoyer quelqu'un d'autre ? Les histoires sordides, j'en ai eu ma dose pour l'année…
Shizune sourit.
- C'est justement pour ça qu'on vous y colle. Vous connaissez plus de chose que tout le monde sur cette troupe de ninja.
- Vous ? Qui part ? L'équipe sept ?
- Oui.
Elle allait le tester aussi à ce sujet.
- On a déjà vu Sakura, il nous reste à informer Kakashi et Sasuke. Et toi, bien sûr c'est pour cela que Tsunade-sama t'attend dans son bureau.
Il ne manifesta aucune réaction. Un peu d'huile ?
- Avec Sasuke.
Il lui jeta un bref coup d'œil, indéfinissable Shizune regretta ce manque d'expressivité. Elle n'en tirerait rien.
- Si tu peux y aller rapidement, on a du boulot.
- D'accord. J'y vais tout de suite !
Il s'en alla effectivement d'un pas leste, mais s'arrêta quelques mètres plus loin et se retourna :
- On part dans combien de temps ?
- Dès que vous êtes prêts. C'est urgent, il y aura peut-être aussi quelques survivants ! En entendant cela, Naruto se mit au pas de course, saluant vaguement Shizune de la main, se concentrant plutôt sur la mission qui l'attendait et les directives de Tsunade.
Sasuke…
Sommes-nous encore amis ?
Sasuke était à présent propre, repus, habillé, et il attendait devant le bureau de Tsunade qu'elle arrivât. Il avait frappé, plusieurs fois mais personne n'avait répondu. Alors, à lui à qui on avait expressément demandé de se dépêcher, on demandait à présent d'attendre.
Heureusement des bancs avaient été disposés devant le bureau et, même si en s'y asseyant, il eut l'impression d'être dans une salle d'attente chez le médecin, il était content de pouvoir reposer ses jeunes jambes.
Du bruit se fit entendre au bout du couloir une porte qu'on ouvre, qu'on ferme, puis des pas. Quelqu'un s'approchait. C'était sans doute Tsunade Sasuke hésita un instant à se lever, dans le doute et ne voulant pas témoigner un respect inattendu pour un domestique qui le regarderait bizarrement, mais les enjambées qu'il percevait étaient rapides. La personne était pressée, ce devait être elle, à se reprocher d'avoir fait attendre celui qu'elle avait dépêché. Il se leva donc, remit son col, passa une main dans les cheveux, s'arrêta là en se rappelant ne pas être à un rencard.
Il fit face à la personne qui apparaîtrait d'un instant à l'autre.
- Sasuke ? Ah oui, Shizune m'a dit qu'il serait là.
C'était Naruto, il avait parlé dans sa barbe en apercevant, surpris, la tignasse brune de son coéquipier. Un sourire gêné se peignit sur son visage Sasuke l'observait, le visage inexpressif mais Naruto savait ce que ce masque cachait.
- Salut.
Il valait tout de même mieux commencer la discussion par là, non ? Même si aucun des deux n'avait envie de parler, ou voulait tout dire, tout expliquer, tout excuser, tout rattraper, ni l'un ni l'autre ne savait comment s'y prendre ni l'un ni l'autre n'eût juré que leurs relations fussent bonnes mais ni l'un ni l'autre n'avait envie de rester à attendre, bêtement, chiens de faïence, que l'Hokage daignât arriver.
- Salut.
Naruto jetait de brefs coups d'œil à Sasuke, pour voir son visage ou imaginer sa douleur Sasuke n'était pas en reste. L'un se demandait quelle était la colère de l'autre, l'autre également. Ce que le blond craignait par-dessus tout, c'était de perdre un ami que les sentiments de Sasuke à son égard ne détruisent ce lien. Sasuke aussi : mais les contacts qu'il désirait garder avec Naruto étaient dus à l'espoir qu'un jour, peut-être, Naruto l'aimerait. L'espoir, toujours l'espoir.
- Tu es ici pour la mission ?
Sasuke avait tout de même des yeux rougis, et on devinait à ses crispations qu'il n'était pas au mieux de sa forme, en la meilleure compagnie.
- Oui. Shizune m'a demandé de venir.
Sasuke ajouta, en forçant un sourire :
- Elle avait dit qu'on partirait le plus tôt possible et que c'était urgent. Mais ça fait dix minutes que je suis ici et je n'ai encore vu personne – à part toi.
- Pareil. J'ai vu personne.
Naruto jeta un regard en arrière, d'où il venait cela lui fit prendre conscience qu'ils étaient restés face à face... comme deux adversaires dans un western. Il s'assit donc, soupirant de n'avoir rien d'autre à ajouter. Le temps ferait office de discussion ils sentaient tous deux que ce n'étaient pas la peine de se forcer à parler. Ils n'aboutiraient à rien ainsi.
Mais quand même…
- Je suis désolé.
Naruto regardait ses pieds, pour une fois qu'il était piteux ! Sasuke, lui, n'avait pas bougé en l'entendant rouvrir la bouche après plusieurs minutes de silence, il se contenta de tourner la tête vers lui.
Sasuke feignit ne pas comprendre : il savait très bien de quoi le blond parlait, mais préférait lui faire croire que, finalement, toute cette histoire serait vite oubliée.
- De quoi ?
Naruto lui jeta un regard.
- Ce que je t'ai dit hier. C'était juste méchant. J'étais méchant. Je pense pas tout ça.
Quelques secondes s'ensuivirent, au cours desquelles Sasuke forçaient ses lèvres à s'ouvrir. Elles voulaient le retenir, l'empêcher de mentir, de se trahir. Si lui-même s'abandonnait, où irait-il ?
Il n'était pas seul : lui-même n'était pas en sa propre compagnie. N'était-il rien ? Insignifiant ?
- C'est pas grave. C'est ma faute. J'ai dit n'importe quoi. Je sais pas ce qui m'a pris.
Naruto plongea ses yeux dans ceux de Sasuke celui-ci ne put tenir le regard et laissa retomber les siens.
- Sasuke…
- J'aurais jamais dit ça normalement. Je comprends que ça t'ait énervé
- Sasuke… Dis pas ça. T'as vu comment t'es ? T'as l'air à moitié détruit. Arrête de mentir. Tu t'empêches de penser ce que tu penses. 'Faut pas. Regarde moi !
- J'le pensais pas, j'te dis ! Je pense que…
Il s'arrêta soudainement regarda derrière lui, aux alentours, s'assit pour parler à l'oreille de Naruto.
- Je crois que j'ai été drogué.
Naruto fit de grands yeux, haussa les sourcils et se redressa pour observer son voisin.
- Qu'est-ce qui te fais dire ça ?
Le brun réfléchit un instant.
- Tu m'as vu depuis la dernière mission ? Je passe mon temps à dire n'importe quoi, à faire n'importe quoi. Je comprends pas ce qui m'arrive. Il faut que quelqu'un me manipule, je vois que ça pour tout expliquer.
- Ouais. Ou alors tu m'aimes vraiment à fond…
- NON !
Sasuke se leva d'un bond, gifla Naruto et s'éloigna vivement. Sortir du bâtiment et prendre l'air. Il verrait Tsunade passer si elle était sortie il pouvait la faire attendre vu le temps qu'il avait perdu pour elle. Mais surtout, il ne voulait plus voir son bourreau.
Pourtant, tout avait semblé s'arranger ! Ils avaient entamé une discussion immaculée de colère, juste entre eux, tranquillement ! Sereine, normale ! Ils avaient tous les deux sentis cette aura se dégager d'elle-même durant la conversation, ils avaient senti un vent inconnu les réconcilier, ils l'avaient laissé faire, trop heureux. C'eût été beau, qu'ils retrouvassent leur amitié fraîchement malmenée. Magique.
C'était fou, à y penser, le mal qu'ils avaient eut à engager la conversation, le silence qui avait duré, la gêne qui les parcouraient tous les deux lorsque leurs regards se croisaient, et pourtant, malgré ces ingrédients bancals, ils avaient réussi à s'adresser la parole. Avaient-ils eut, en quelques instants, le temps d'oublier ? Ou avaient-ils réussi à passer outre leur différent ? Ah… Si ça avait duré…
Naruto ne comprenait pas pourquoi Sasuke tenait tant à se voiler la face. Ne lui avait-il pas avoué son amour, après de longues jérémiades n'avait-il pas pleuré une fois cela fait ? C'avait été si dur pour l'Uchiwa de déclarer sa flamme, il avait tant du lutter contre lui-même, il avait tant insisté pour que Naruto l'écoutât sérieusement ! Mais à présent, il tentait de se convaincre que tout ceci n'était qu'une scène écrite par un mystérieux inconnu en possession de stupéfiants.
La drogue. C'était la deuxième fois qu'il lui en parlait. La première, il avait annoncé au blond s'être introduit chez lui, en présence de Kakashi, et avoir fouillé son appartement ils avaient trouvé ce qui semblait être du cannabis, à la grande surprise de Naruto. Celui-ci lui avait assuré n'avoir aucune connaissance de cela, qu'il avait peut-être stocké de la farine dans un sachet, ou des épices exotiques trouvées lors d'une mission – cela n'avait guère rassuré Sasuke.
Ensuite, c'était maintenant, il lui sortait craindre avoir été drogué. Il ne lui avait pas dit ce qui lui avait mis cette idée en tête, ni qui voudrait avoir un certain contrôle sur sa personne il n'avait eu le temps que de lui faire part de ses soupçons… avant que la discussion ne se brisât. Il lui avait dit ne pas être amoureux mais possédé, d'une certaine manière, par quelque substance illicite les graines de l'amour semblaient, aux yeux de Naruto, expliquer parfaitement l'étrange comportement de Sasuke.
Mais celui-ci ne l'admettait pas. C'était pourtant dans son intérêt : tant qu'il ne reconnaissait pas lui-même être tombé sous le charme du blond, il ne pouvait que se torturer l'esprit.
Sasuke s'était appuyé à la rambarde, à l'extérieur, et regardait distraitement le paysage qui s'offrait à ses yeux moites. Il tâchait de ne penser à rien, peut-être aux cadavres qu'il devrait incessamment fouiller, aux ninja puissants qu'il risquerait de croiser. Lui-même étant exceptionnellement doué, il envisageait d'ores et déjà ne de pas écouter les recommandations que ne tarderait pas de donner Tsunade, et foncerait dans le tas. Quoi de mieux pour se défouler qu'une bande de criminels à massacrer ?
Il frissonna d'horreur. Le voilà qui pensait comme Orochimaru – même si lui trouvait son plaisir dans la mort de simples innocents.
Penser à autre chose.
Ce fut Naruto, encore et toujours lui, inlassablement, qui revint à la charge Sasuke soupira tristement en se rendant compte de l'espace que le blond avait réquisitionné dans son cerveau. Il semblait s'être installé définitivement, ne le quittant parfois que pour revenir plus fort ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ce qui nous renforce ne peut qu'être pire.
Naruto…
Sasuke lui-même ne savait pas pourquoi il avait tant voulu nier son amour. Le plus dur était fait, les débris sommairement recollés, et Sasuke avait trouvé en Sakura une épaule supplémentaire sur laquelle s'appuyer. Il avait déjà tant donné pour déclarer sa flamme, cela n'était plus à faire quoi d'autre pourrait encore lui résister ?
Il avait déjà versé les larmes.
Mais il se reprenait déjà à nier d'un bloc, son amour, son homosexualité, comme il l'avait fait avant. Avant de parler à Lee, il n'avait jamais formulé ses hontes à quiconque. Il avait toujours su les garder pour lui – glaçon, impassible : masques. Peu de gens lui avaient demandé, d'ailleurs il n'aurait rien dit non plus.
Puis il l'avait dit.
Puis il n'y arrivait plus. Ne le voulait-il plus ? Il savait combien il se sentirait léger d'en parler librement, de parler à Naruto comme à un psychiatre ! Il le sentait, sans que sa première expérience n'eût été agréable à vivre, il avait besoin de parler à Naruto, c'était nécessité. Alors, qu'est-ce qui l'en avait empêché ? Il n'avait plus rien à lui cacher, juste à donner forme. Mais ça avait échoué.
C'était comme avant, il démentait stupidement, le voilà qui recommençait. Sa pudeur d'antan lui était-elle revenue ? Sa timidité, qu'il avait pourtant appris à forcer, refaisait-elle surface ?
Serait-ce toujours aussi dur de parler à Naruto ? Son visage bienveillant se dessina devant les yeux de Sasuke, il l'entendait dire « Parle-moi, tu en as besoin. Dis-moi ce qui ne vas pas ». Il le voyait ouvrir ses bras et l'accueillir contre son torse, le berçant chaleureusement au gré des mots qui couleraient, ou le border dans son lit et embrasser son front en voyant Sasuke fermer les yeux et s'endormir.
Naruto…
Le voilà qui se remettait à pleurer. Il laissa faire, il en avait l'habitude, ces derniers temps il savait que ça soulageait – malgré les maux de tête. Et puis, ce n'était pas de ces torrents de larmes qu'il s'agissait ici, c'était plutôt des larmes de mélancolie douce, tendrement passionnée, comme lorsqu'on repense à un être cher disparu dix ans plus tôt. Les bons souvenirs ressurgissent et leur manque coule le long des joues s'écrase sur la rambarde et ruisselle tout le long, s'en décroche pour chuter sur le sol en contrebas.
Ce n'étaient pas des larmes d'amour comme il en avait versé la veille c'était autre chose. Un autre monde qu'il découvrait à présent, c'était de comprendre qu'on renonce, c'était voir que l'espoir n'est plus et qu'on aura la vie pour le pleurer, c'était une infusion de spleen qui l'aromatiserait jusqu'à la mort, c'était abandonner l'idée d'être un jour en couple, c'était pleurer pour le futur et plus pour le passé.
