« Alors ? Tu viens ? »

Je ne savais pas comment réagir. Cette femme continuait de me tendre la main. Elle se fichait de mes yeux ou encore de mes réactions. Elle m'avait même proposé de faire quelque chose d'important. Une responsabilité, un devoir. Je ne savais vraiment pas quoi faire. Je n'aurais jamais imaginé un instant que quelqu'un pourrait avoir besoin de moi.

************ Après la mort de Barbe Blanche. West Blue. *************

J'avais réussi à m'introduire dans un bateau marchand. J'avais était dans l'obligeance de mettre le mousse hors d'état de nuire pour pouvoir prendre sa place mais j'avais tout de même réussis. Bon, le patron m'avait boudé un moment et maintenant il me donnait une dose de corvée triplée. Je nettoyais le pont en ce moment, mes doigts étaient remplis d'échardes mais je n'avais pas à me plaindre. Ce n'étais pas grand-chose ça. J'épongeais mon front un instant et observais l'homme qui depuis maintenant plusieurs heures était resté immobile à regarder l'horizon. Il avait l'air vieux et fatigué et pourtant, dans ses yeux brillaient comme une flamme de renaissance. Un bien curieux protagoniste en soi.

Je l'aimais bien quand même. Par rapport aux autres, il était calme. Parfois un seul regard de sa part suffisait à faire le silence sur le bateau. Il était impressionnant. Le boss du navire m'interpela pour me donner une nouvelle corvée. Je ne terminais que tard dans la nuit, j'avais les yeux rougis de fatigue et mon ventre criait famine. Furtif s'était posé à côté de moi et jouait avec un morceau de savon. J'essuyais ma joue d'un revers de la main en regardant mon travail. Il ne pourra pas dire que j'ai fait du mauvais boulot, j'avais peut-être même été un peu trop perfectionniste.

Je m'assis contre le mur en reprenant doucement mon souffle et après quelques minutes je me levais et partis en direction de la salle à manger où il n'y avait plus que le vieillard. Il avait toujours son assiette devant lui, à peine entamée. Je partis voir le cuisinier.

« Casse-toi, il y a plus rien. fallait te grouiller le mioche. T'as qu'à manger ton poulet. »

Furtif, qui s'était posé sur mon épaule, lâcha un cri. Je fronçais les sourcils. Le cuistot me fit partir d'un geste de la main. J'avais les crocs.

« Gamin. »

Je regardais le vieux, il me faisait signe en mettant son assiette de côté. Je m'approchais avec méfiance. Le faucon quitta mon épaule et partis se poser près du vieil homme, sans pour autant le laisser le toucher. Le vieillard me sourit.

« Prend mon assiette. Je n'ai plus faim et je n'aime pas le gaspillage. »

Je regardais l'assiette un instant mais je n'hésitais plus très longtemps à m'installer quand Furtif commença à se servir dans l'assiette. Je remerciai le vieillard rapidement puis dévorais le repas avec avidité, j'avais vraiment faim. Le vieillard me regardait avec un sourire amusé en buvant une tasse de thé vert. J'arrachais la viande de la cuisse de poulet tout en gardant un œil sur l'homme.

« Dis-moi gamin, t'as quel âge ? »

Je finis ma bouchée et bu une gorgée d'eau.

« Dix ans. »

J'avais mentis mais allez dire à des adultes que vous n'avez que sept ans. Huit dans un mois. Déjà lorsque j'ai dit dix au capitaine, il avait eu l'air septique mais comme je fais plus vieux il avait gobé le mensonge.

« Ah, moi je te donnerais moins. Bref que fais-tu sur les mers à ton âge ?

_ ...

_ Ah tu n'es pas très bavard, ce n'est pas grave. »

Il continuait de boire son thé. Furtif dépiautait son morceau de viande, le rongeant jusqu'à l'os. J'aimais bien ce silence, il n'était ni lourd ni pesant. Je ne pouvais m'empêcher de loucher sur son nodachi. Il repérait mon regard et souris, me mettant l'arme sous le nez.

« Il est beau n'est-ce pas ? »

Je me mordis un peu la lèvre et acquiesça, je mourrais d'envie de le toucher. Mais je savais, instinctivement, que je ne devais pas, une arme n'appartiens qu'à celui qu'elle a choisi. Il sourit et sa main vint se poser sur mes cheveux pour les ébouriffer.

« T'es un garçon bien, petit. Et tu as l'œil pour repérer les hommes dangereux, n'est-ce pas ?

_ Vous avez de l'expérience, ça se voit à vos mains et à vos yeux. »

Il me regardait, ahuris, avant d'exploser de rire. Je détournais le regard, Furtif prit son envol signalant son départ. L'homme le fixait avec admiration.

« Ton oiseau est aussi magnifique que mon sabre. Comment as-tu fait pour le dresser ?

_ Je ne l'ai pas dressé. Il me suit de son plein gré.

_ Tu sais, gamin, les oiseaux ne font pas souvent ce genre de chose, je veux dire suivre des hommes. »

Je le regardais étonné.

« Pourtant tous les oiseaux viennent me voir, enfin, quand Furtif ne les éloigne pas.

_ Tous ?

_ Tous les oiseaux comme Furtif.

_ Les faucons ?

_ Les rapaces. »

Il garda le silence en se grattant le menton, comme s'il réfléchissait. J'avais finis l'assiette et baillais, c'est vrai que j'avais aussi envie de dormir. Je m'excusais auprès du vieillard et partis dans le dortoir. Furtif s'était posé sur mon épaule et lorsque je fus dans le lit il se plaça près de mon visage.

Plusieurs jours défilèrent sans accros. On se rapprochait de Reverse Mountain et le vieillard avait l'air vraiment nerveux en regardant ce point. Pour ma part je commençais à avoir du mal, je ne dormais plus beaucoup à cause des corvées mais le vieillard avait la gentillesse de me laisser de la nourriture de côté. Bon, grâce à Furtif le capitaine avait arrêté de trop m'en demander. Le faucon avait pris place dans la cale et chassait les rats avec plus d'efficacité que les pièges posés à cet effet.

Je m'étais rapproché du vieillard car pour mon plus grand bonheur, il avait commencé à m'apprendre les bases du combat à l'épée. Je dois avouer que je m'amusais énormément lors de nos leçons. Une fois le morceau de bois en main, je prenais confiance en mes capacités et ma peur disparaissait. Pour couronner le tout, mon instinct faisait le plus gros du travail. Le vieillard avait dit que j'étais un génie. Je lui avais souris lorsqu'il me l'avait dit. Ça m'avait fait plaisir. Je lui avais même avoué mes origines.

Nous venions de jeter l'ancre sur une île de riche commerce. Les habitants nous accueillirent avec beaucoup de soulagement. Je restais avec le vieillard et Furtif sur le bateau, la mort de Barbe Blanche avait changée beaucoup de chose.

« Viens gamin, on va trainer un peu. »

J'acquiesçais et regardais le capitaine, depuis quelques temps il avait changé lui aussi, il regardait régulièrement le vieillard, comme pour s'assurer qu'il était toujours là. J'avais fait part de mon observation au vieillard, il avait simplement souris et ébouriffé mes cheveux. Son nodachi contre l'épaule, il descendit du bateau. Je le suivais, Furtif au-dessus de nous. Nous avions mis des capes, lui pour camoufler son visage, moi mes yeux.

« Josh, tu devrais rester près de moi, le capitaine va nous lâcher.

_ Comment ça ?

_ Ton père, c'est Dracule Mihawk, n'est-ce pas ?

_ C'est ce qu'a dit ma tante et tous ceux qui voit mes yeux.

_ Moi, je suis un ancien pirate. Mais pour la marine, ancien n'a pas de sens dans la piraterie. Je suis encore recherché. Et le capitaine est entrain de nous vendre à la marine.

_ Mais je n'ai rien fait.

_ Tu as quand même beaucoup de valeur. Le gouvernement voudra t'avoir et te surveiller car tu peux être un danger potentiel. »

Je ne pipais mot.

« En fait, gamin, pour être libre tu as deux choix. Fuir et trouver l'endroit dont tu me parlais si souvent ou chercher et retrouver ton paternel.

_ Je préfère fuir, je ne veux pas le voir.

_ C'est bien ce que j'avais compris. Avant que je ne sois capturé, il commençait déjà à se faire un nom. Moi-même je n'avais pas franchement envie de l'affronter.

_ Et pour les marines ?

_ Oui, je m'égare. on va se cacher et si ce n'est pas possible, j'irais les ralentir et tu te cacheras.

_ Mais !

_ T'inquiète pas gamin. Je connais déjà la prison. Je m'en sortirais. »

Il accéléra le pas et pénétra dans une boutique d'arme. Des marines passèrent devant la boutique et le vieillard partit au comptoir. Le vendeur pris une voix mielleuse en se frottant les mains.

« Bonjour, bonjour. Que puis-je pour vous ?

_ Il faudrait une arme pour mon petit-fils. »

J'essayais de ne pas montrer de surprise en entendant cela. C'est vrai que c'était plus crédible ainsi.

« Eh bien, eh bien. Vous tombez à pique, je viens de recevoir des armes adaptées aux enfants.

_ Je ne demande pas une arme pour enfant. Il lui faut une épée. Une bonne épée. »

Ils continuaient de parler. Pour ma part je me désintéressai de leurs paroles, attiré par quelque chose. Une lame. Une magnifique lame, j'avais l'impression qu'elle m'appelait. Je tendis la main et me saisis de l'épée.

« Pas touche ! Cette épée est précieuse ! C'est une rareté ! »

Le vendeur me l'avait arrachée des mains.

« Je n'ai rien fait de mal.

_ Combien ? »

Le vendeur se retourna vers le vieillard.

« Elle n'est pas à vendre, c'est une pièce de ma collection que j'expose pour attirer la clientèle.

_ Combien ?

_ Je ne la vends pas ! »

Je quittais déjà le débat, fixant cette épée. Je ne sais pour qu'elle raison mais je mourrais d'envie de la saisir. Pas comme un jouet certes. Finalement se fut le vieillard qui eut le dernier mot et le vendeur me tendit la lame à contre cœur.

« C'est Kagami. Elle est vraiment particulière. Elle s'adapte à son maître. Tu verras sa capacité à force de te battre avec elle. Mais t'as intérêt à la garder en bonne état. »

Il me réprimanda un bon moment et me donna beaucoup de conseils.

« J'en prendrais grand soin, m'sieur. »

Je glissais mes doigts sur la garde. L'épée se mit à rétrécir à mon contact jusqu'à être adaptée à ma taille ainsi je pouvais la manier avec aisance. Je la pris à deux mains et m'exerçais avec. Elle était puissante, je le sentais. Un sourire naquit sur mes lèvres. Le vieux posa sa main sur mon épaule.

« Allons-y gamin. Il faut y aller. »

Il salua le marchand, qui me donna le fourreau de mon épée, et nous partîmes rapidement. On se dirigeait vers la forêt lorsque la marine nous interpela.

« Wichman Cord ! »

Le vieillard s'arrêta et se retourna. Il leur fit face et je me retournais moi aussi avec curiosité. Ils étaient nombreux.

« Nous vous arrêtons. Veuillez-vous rendre sans résistance et livrez nous l'enfant ! »

Je ne pipais mot, levant les yeux sur Furtif. Il faisait des cercles et descendait doucement.

« Rendez-vous ! »

La main de Cord se posa sur mon torse et il me poussa en arrière en sortant son nodachi.

« Cours gamin ! »

Je lui obéis et détala aussi vite que possible. Je pus m'arrêter plus loin et escalada un arbre d'où j'avais une vue imprenable. Je vis Wichman lever les mains et se rendre. Les marines prirent son nodachi et ils le conduisirent jusqu'à un petit bâtiment. Je ne descendis l'arbre qu'après plusieurs minutes.

Je me précipitais vers la ville, slalomant entre les passants et je me cognai contre quelqu'un en tombant au sol à cause du choc.

« Ça va ? »

Une voix de femme. Je relevais les yeux en les écarquillant rapidement. Une femme blonde, le teint pâle avec des yeux bleu brillant de malice mais avec une expression d'inquiétude peinte sur le visage. Elle me tendait la main avec insistance. Je saisi sa main et elle m'aida à me relever, se mettant ensuite à ma hauteur. Elle n'avait pas l'air effrayée par mes yeux.

« Tu vas bien ?

_ IL EST LA ! »

Je me retournais et partis le plus vite possible, bousculant légèrement la femme. Je ne connaissais pas cette ville, je n'étais vraiment pas à mon avantage. Je gardais la main sur mon épée mais je ne pouvais pas m'en servir pour l'instant, je ne l'avais même pas essayée. Je lâchai un grognement et dégaina attaquant le premier avec le plat de ma lame. Je ne voulais pas non plus les tuer mais au moins les amocher un peu. Quatre marines tombèrent sous mes coups. Nets, précis et efficaces. Furtif effrayait certains soldats avec de grands battements d'ailes. Un marin atterrit devant moi, pris au dépourvus je me retrouvais bloqué. Les lâches ! Je fus vite immobilisé.

« Ton nom. »

Il ne reçut en réponse que mon cracha sur sa figure. Je me sentais humilié dans une telle position. L'homme allait me frapper mais il stoppa soudainement tous mouvements. Comme tous les autres, ils avaient l'air d'être soulevés du sol. Certains avaient même l'air de suffoquer. Puis je les vis. Des fils. Des fils si fins qu'ils en étaient presque invisibles, qui immobilisaient les marines.

« Vous n'avez pas honte de vous en prendre à un enfant ? »

Je me retournais vers l'origine de la voix. La femme que j'ai bousculée était assise sur le toit au-dessus de nous et elle avait l'air en colère. Les marines retombèrent au sol complètement sonnés. Je me relevais lentement, gardant mon épée en main. Elle descendit du toit avec souplesse et vint vers moi.

« Ils t'ont pas fait trop mal ? »

Je ne sus quoi répondre, j'étais abasourdi. Pourquoi m'avait-elle aidée ? Je clignais des yeux plusieurs fois avant de reprendre contenance.

« Je vais bien. »

Elle prit mon épée et la rangea dans son fourreau, elle remonta ensuite sa manche sur sa main et essuya ma joue. J'écarquillais les yeux incapables de faire le moindre geste.

« La marine est vraiment devenu pourrie. Où sont tes parents ? Je vais te ramener chez toi. »

Je fronçais des sourcils. Elle n'avait pas vu l'évidence que tous avait conclus en voyant mes yeux ?

« Je n'en ai pas.

_ Alors où habites-tu ?

_ Nulle part. »

Elle relevait les yeux sur moi.

« Tu n'as nulle part où aller ?

_ Nulle part. »

Elle parut troublée puis me sourit. Elle avait l'air gentille. Elle glissa ses doigts sur mon visage.

« Tu es fort ?

_ Non, mais je veux le devenir.

_ Tu veux venir avec moi ? »

J'écarquillais les yeux. Elle était sérieuse ? Elle se levait et commençait à partir.

« Tu pourras m'aider, je construis quelque chose et j'ai besoin de personnes fortes pour le protéger.

_ Je suis le fils de Mihawk.

_ Et alors ? »

Elle était surprenante.

« Je veux que mon ami vienne avec nous.

_ Ce sera à négocier. »

Elle me tendit la main.

« Alors ? Tu viens ? »

Je ne savais pas comment réagir. Cette femme continuait de me tendre la main. Elle se fichait de mes yeux ou encore de mes réactions. Elle m'avait même proposé de faire quelque chose d'important. Une responsabilité, un devoir. Je ne savais vraiment pas quoi faire. Je n'aurais jamais imaginé un instant que quelqu'un pourrait avoir besoin de moi. Finalement, je ne pus m'empêcher de sourire allant prendre sa main.

« Je viens. »