Salut! Voilà un nouveau chapitre. Un "petit" chapitre lol mais comme je bosse pas mal je préfère poster dés que je le peux quitte à faire plus de chapitres. J'espère qu'il vous plaira tout de même!

Merci toujours à mes fidèles lectrices et bienvenue à Amymarielem! Ton commentaire m'a fait chaud au coeur!

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Il faisait nuit et les pavés humides de la royal mile brillaient sous la pluie. Un soir de semaine il y avait peu de passant et la pluie printanière qui ne cessait de tomber sur la ville n'engageait en rien les citadins à parcourir les rues sombres.

Edimbourg, capitale de l'écosse depuis 1532. Construit sur une colline et encerclé de trois abruptes falaises, Draco pouvait voir le château dominer le cœur de l'ancienne cité, monstre de pierre endormi sur ses fondations depuis plus de 1400 ans. Il avait fallu attendre le XVI siècle pour qu'il devienne une forteresse redoutable, abritant pouvoir royal et militaire. Mais à présent elle n'était plus rien de tout cela et les touristes pouvaient l'arpenter librement. On y accédait par la High Street ou la royal mile, la rue la plus reconnue de la ville et qui reliait le sommet de Castle rock et le palais de Holyrood. Auparavant elle avait hébergé les luckenbooths, ces échoppes permanentes qui abritaient les artisans et les bijoutiers de la ville. Mais il ne restait plus rien d'eux.

Tout semblait noir, pourtant en plein jours les bâtiments avaient la couleur du gré, cette pierre qui avait servi à élever chaque mur de la vielle cité fortifiée. D'une couleur sable et d'un blanc un peu ocré, la roche devait cependant composer avec les dépôts de suie provenant des nombreuses cheminées et qui parvenait à vieillir chaque maison et chaque monument. Les vieux comme les modernes. Tous noirs, presque sales, formant un dédale de rues sans âge. Traine gothique de l'ancienne forteresse se rependant comme un voile de nuit et de mystère sur les flancs d'un rocher millénaire.

Il continuait de remonter la rue, son long manteau protégeant son corps de la pluie froide. À sa droite Nicolaï marchait du même pas pressé que lui, son col jusqu'aux oreilles. Ils venaient de dépasser une ancienne église reconvertie en restaurant et le Mackie's of scotland ice scream quand Draco releva à nouveau les yeux. Depuis un moment déjà il observait les murs massifs du château qui s'élevaient toujours plus hauts devant lui. Peut-être seraient-ils sa nouvelle prison, son nouveau purgatoire.

Pourtant il n'avait rien d'un prisonnier. Les russes l'avaient laissé se laver et lui avaient fournis des vêtements propres et habillés, comme s'il s'apprêtait à se rendre à une grande réception. Un élégant costume noir en laine vierge et passementerie de soie, composé d'une veste à deux boutons et d'un pantalon sans pinces. Une chemise blanche en doux coton à double retors, des chaussures oxford en cuir vieilli et enfin un manteau droit d'un gris presque noir. Nicolaï était vêtu de la même façon et ils n'attiraient en rien les regards alors qu'ils marchaient en silence. Depuis qu'on l'avait arraché à Hermione, personne ne l'avait frappé ou torturé. Au contraire, on s'adressait à lui de façon polie et informelle et bien qu'on l'ai désarmé, il n'avait eu à affronter aucune menaces.

Ils savaient, tout comme lui, qu'il n'avait pas le choix à part de les suivre et sa soumission semblait les satisfaire. Même Nicolaï, un fois Aliénor hors de sa vue, resta d'un calme et d'une froideur redoutable et cela inquiétait plus Draco que tout autre chose. C'était les idiots, les lâches, qui avaient recours à la violence gratuite, mordant toute personne autour d'eux comme des chiens fous. Des fanatiques du mal, des emportés irrationnels à la recherche d'une extase dans la douleur de leur propre folie. Mais ce groupe n'était rien de tout cela. C'était des soldats, rien de plus. Leur dieu s'appelait hiérarchie et leur vie sacrifice et cela faisait d'eux des adversaires bien plus redoutables que la folle bande qui tournoyait autour de Voldemort. Pourtant cela donnait un immense avantage à Draco. Une fois qu'il aurait comprit ce que ces hommes voulaient, il ne lui resterait plus qu'à marchander. Car il n'y avait pas un homme sur terre qui ne désire pas quelque chose. C'était là que résidait les vrais combats et non sur les champs de batailles.

Nicolaï ralentit et désigna une enseigne de sa main gantée de cuir. Entourée de colonnes torsadées, elle était d'un bleu sombre et les lettres dorées étaient tout juste visibles dans la nuit. « The witchery ».

Comme les autres c'étaient un bâtiment ancien, composé de pierres rectangulaires qui formaient un patchwork de couleurs sombres. L'entrée, large et basse était surmontée d'une plaque sur laquelle était écrit « Boswell's court, 353 ».

« Un restaurant ? » S'étonna Draco à mi-voix.

Nicolaï ne répondit rien, baissa la tête et pénétra à l'intérieur par la porte laissée ouverte. Personne ne vint les accueillir et Draco se contenta de suivre l'homme. Du coin de l'œil il vit deux des russes qui les avaient suivis à distance tout le long du royal mile se poster à l'entrée, observant le menu qui y était accroché comme de simples hommes d'affaire à la recherche d'un bon restaurant après une journée de travail. Dans le couloir le silence régnait comme si tout l'hôtel était vide. Nicolaï ouvrit une porte et s'effaça en silence pour laisser passer Draco mais il ne le suivit pas à l'intérieur et disparu rapidement dans le couloir.

Le salon était somptueux et le plafond si bas que sa tête frôlait les lustres qui y étaient pendus. Ils n'étaient pas allumés cependant et seul le feu et les candélabres disposés sur les tables recouvertes de nappes blanches apportaient un peu de lumière. Draco aperçu son reflet, grand et pâle dans le miroir qui surmontait la cheminée et plus que jamais il se fit l'effet d'un fantôme. Une empreinte laissée derrière lui.

Les murs étaient recouverts de chêne sombre. Entièrement sculpté, le bois formait des volutes et s'élevaient en ogives, en torsades et en arcs brisés. Le plafond lui même n'y échappait pas et cela donnait à Draco l'horrible impression d'étouffer dans cette pièce surchargée. Il y a plusieurs années il en aurait apprécié le luxe, il aurait caressé les couverts d'argent et respiré avec satisfaction le cuir vieilli des fauteuils. Mais plus maintenant. Plus maintenant qu'il s'était laissé se perdre dans le ciel de Skye et l'infinité de sa lande.

« Tu ressembles à un animal pris au piège. »

Le cœur de Draco s'arrêta une demi seconde. Il avait été persuadé d'être seul. Pourtant, dans un coin du salon privé, un homme l'observait par dessus la flamme d'une bougie.

Une épaisse chevelure noire et la finesse aiguisée d'un visage pâle. Draco aussi avait cette délicatesse mais sans sa douceur. Sans le rouge de la vie sur les lèvres, sans la chaude séduction de ses prunelles noyées dans l'ombre de cils sombres.

Il se rappelait encore de leur première rencontre, dans ce compartiment du Poudlart express. Quand il avait tiré les portes coulissantes il avait vu Weasley et une fille assise sur le bord de la banquette, entourée de bonbons et de papiers vides. Il avait cru s'être trompé puis il avait aperçu la cicatrice sur le front blanc, noyé entre les mèches brunes et brillantes. Si fin, bien plus petit que tous les autres garçons de son âge et avec des yeux bien trop éclatants pour appartenir à un homme.

« Potter ? » Sa voix ne fut qu'un murmure incrédule et pourtant le simple mot empli toute la pièce.

L'homme sourit. Assis à table, ses longs doigts jouaient avec une coupe de bois grossièrement taillée. Rustique et incroyablement déplacée entre les assiettes de porcelaines et les verres de cristal ciselés.

Ni vieux, ni jeune, son incroyable visage était sans âge. Dénué de réalité et dénué d'appartenance hormis celle de l'ombre. Né de la nuit, on l'avait drapé d'un linceul de soie avant même d'avoir pu espérer rejoindre la vie et l'humanité. En contre partie il avait hérité de la mystérieuse beauté des âmes damnées qui ne peuvent que séduire l'immortalité pour s'envoler de leur triste éternité.

Draco plissa les yeux. Non, ce ne pouvait pas être le survivant. L'homme devant lui n'avait pas la précieuse innocence avortée d'un enfant abandonné sur les marches du monde. L'homme devant lui était né de la nuit, il était né de la vie abusée par un sortilège, par le mensonge et la fatalité. Si Draco les avait un instant confondu, c'était parce qu'ils partageaient un même horizon. Ligne étroite qui dessinait ce gouffre entre ciel et mer. Le vide des cieux tempétueux contre la profondeur d'eaux infinies et inviolées et chaque jour la pureté de l'un se mélangeait un peu plus à la malice de l'autre.

« Tu peux m'appeler Tom. Tom Riddle. »