25.
Ses bougies soufflées, Alhannis avait ouvert ses cadeaux et, comme chaque année, il avait été gâté.
- Et pour notre mois de vacances, je t'en ferai la surprise le moment venu, glissa Khélye avec un clin d'œil complice à l'adresse de son mari.
- Je sais que tu auras tout parfaitement organisé, comme à l'accoutumée, ma caille.
Traversant la serre, leurs enfants se dirigèrent vers la salle de jeu du rez-de-chaussée, croisant au passage leur grand-mère qui s'était absentée un moment pour prendre un appel téléphonique.
- Pas de souci, maman ? s'enquit Alhannis au vu de sa mine.
- On va dire que c'est un cadeau d'anniversaire supplémentaire, mais la joie sera tempérée, ajouta Salmanille en tournant alors la tête vers Madaryne.
- Qu'y a-t-il ? interrogea cette dernière.
- Albator vient de rentrer.
- Seul ? souffla Alhannis, alarmé à son tour.
- Non. Il a bien ramené Alguérande. Mais il l'a fait conduire directement à l'Hôpital Militaire.
- Qu'a mon époux ? s'affola alors franchement Madaryne, aussitôt entourée par son aînée et son beau-frère.
- Algie a reçu une balle, mais il est en voie de guérison, renseigna Pouchy en apparaissant.
- Une balle ! glapit Madaryne.
- Je te conduits à l'Hôpital, décida Alhannis.
- Mais c'est ton anniversaire !
- Algie passe avant !
- Nous y allons, conclut Salmanille.
Madaryne avait longuement serré son beau-père contre elle.
- Tu me l'as ramené ! Oh, je suis tellement soulagée ! J'ai eu si peur…
- J'aurais préféré te rendre ton époux en un seul morceau…
La jeune femme se força au sourire, un bref instant.
- J'ai l'habitude de le récupérer sur un lit d'hôpital. C'est le contraire qui me surprend plus les années passent ! Pouchy nous a expliqués dans la voiture. C'est sérieux, ajouta-t-elle, le regard préoccupé.
- Surlis et Ban ont fait tout ce qu'ils devaient. Algie va se remettre.
- Oui, je sais. Il est avec nous, c'est le plus important ! Je peux aller le voir ?
- Oui, ils ont dû finir de l'installer à présent. Mais ne t'attarde pas, il est encore faible.
Madaryne rentrant dans la chambre, Albator se tourna vers l'aîné de ses enfants, Salmanille venant alors l'étreindre à son tour.
- Je devinais bien que vous viendriez aussitôt, j'ai repoussé le moment de mon appel autant que possible. Désolé d'avoir gâché la fin de ta journée d'anniversaire, Alhie.
- Je n'aurais pas pu rester à me réjouir et à me goinfrer après ce genre de nouvelle ! Il fallait que nous accourions !
- Que s'est-il passé dans cette autre dimension ? interrogea Salmanille.
- Disons que la couronne a été bien disputée. Mais maintenant, elle n'a plus aucune raison d'être. Et les bandes de Pirates sont prisonnières là-bas, plus désorganisées que jamais, et notre univers est sauf, de cette menace-là tout du moins.
- Tu restes ? insista Alhannis à l'adresse de son père.
- Oui. Algie en a de toute façon pour des semaines de convalescence. Nous utiliserons de ce temps pour profiter de bon temps en famille. Tu as bien prévu trois semaines à la maison, comme à chaque anniversaire ?
- Oui, papa. Ensuite, j'irai à la découverte de ce que Khélye m'a réservé comme cadeau surprise !
Albator eut un petit soupir, soulagé, rentré chez lui, rassuré pour tous les siens.
Madaryne demeurant un peu plus longtemps que prévu avec Alguérande, Pouchy avait lui tenu compagnie à sa mère et à son aîné à la crinière incandescente.
Pour sa part, Albator avait préféré quitter l'aile des soins intensifs pour reprendre contact avec le plancher des vaches en profitant du parc de l'Hôpital.
Il était néanmoins tombé sur la dernière personne qu'il s'attendait à y trouver, quoique.
- Anténor !
- Je les ai vu arriver. Je pensais que tu baratinais quand tu prétendais qu'ils viendraient immédiatement !
- C'est la famille. C'est normal. Nous agissons toujours ainsi les uns avec les autres !
- Je ne pense pas que je pourrais me faire à ce genre de règles.
- C'est spontané, corrigea Albator. Il serait grand temps que tu découvres que la vie ne se limite pas aux enseignements des maîtres d'armes de Lothar !
- Je n'ai pas l'habitude de changer…
- Il faut pourtant bien, parfois. Et toute entreprise est une expérience bonne à prendre, même si ce n'est pas facile.
- Je ne vois pas comment je pourrais bien faire, admit encore Anténor.
- Ça viendra. Mais ce parc n'est pas un lieu sûr ! Si Alguérande fut envoyé à ta traque, c'est que tu demeures en tête de liste des Pirates recherchés par toutes les flottes de défense. Et un émissaire de Joal Hurmonde, venant aux nouvelles, peut débarquer à tout instant ! Dégage vite… mais ne reste pas trop loin. Le château est un lieu sûr, si ça te dit.
- J'y réfléchirai, peut-être, jeta le jeune homme borgne et balafré, battant en retraite, disparaissant dans les bosquets.
Dubitatif, mais chassant temporairement le véritable aîné de ses enfants de son esprit, Albator retourna auprès des siens.
