Chapitre 25 :
Ce dernier déglutit en sentant le contact de l'arme dans son cou, cependant son ironie est plus forte que sa douleur, et il ne peut s'empêcher de faire le malin.
— Vous croyez m'impressionner, Señor ? Sachez que vous n'êtes pas le premier à me mettre une lame sous la gorge. De plus, je crains que vous ne fassiez erreur…
La voix légère de Diego devant le danger fit rager son adversaire. Au moment où Pedro voulu clouer le bec à ce jeune freluquet, il se rendit compte que celui-ci le bloquait de sa seule main gauche. Il chercha alors à se libérer tandis que Salena se releva la tête lourde et douloureuse.
Juan pensa son frère en difficulté et changeant de cible, lança son poignard qui vola à travers la pièce.
— Diego ! Cria Salena au moment où elle aperçu Juan armer son mouvement.
Celui-ci pivota alors malgré sa fatigue et sa douleur faisant aussi pivoter son agresseur, surpris par tant de résistance. Le poignard atteignit alors le dos de Pedro qui relâcha alors l'épaule de Diego et son arme, écartant momentanément le danger…
Salena se blottie dans les bras de Diego, cédant à sa panique et à sa peur tandis que Pedro s'effondra.
— Doucement, Salena. Grimaça-t-il.
Juan se laissa tomber à terre, incrédule…
— Lanciers, ramenez le lancier Juan Cortès derrière les barreaux et occupez-vous des blessés. Ordonna le magistrado tandis qu'à ses côtés Ricardo se releva.
Les lanciers obéirent, et bien vite il ne resta dans la salle d'audience que le magistrado, le lancier Ricardo, les De la Vega, Salena, Garcia et Bernardo, et le 'corps' de Pedro.
— Sergent Garcia, emmenez Ricardo voir un médecin et ensuite… Enfermez-le dans une cellule différence de celle de Juan.
— Bien, Votre Excellence.
Ricardo échange un regard avec le magistrado. Celui-ci lui offrait la possibilité de s'enfuir.
Don Alejandro qui s'approchait de son fils, s'arrêta en chemin et ramassa un papier qui avait attiré son attention en tombant de la poche du lancier Cortès.
Alors que le sergent arrivait à mi-chemin de la sortie avec son prisonnier, Pedro se releva, dague en main et, s'apprêtant à frapper Diego, le saisi par l'épaule gauche.
Salena, voyant le danger qui menaçait son ami, s'excusa à son tour.
— Non, Salena ! N'y pensez même pas. Lui dit Diego ayant devinant ses intentions et l'empêchant d'agir follement.
Dans le même temps le magistrado, qui venait de récupérer un pistolet, ouvrit le feu.
Diego sentit Pedro se raidir, se faire plus lourd, tandis que la dague glissa dans son dos. Et alors que Pedro s'effondre à nouveau, pour de bon, le magistrado réalise qu'il vient de marquer un point précieux dans sa relation avec les De la Vega.
Diego sent sa tension diminuer et ses douleurs augmenter. Il sait que sa blessure sur le côté n'a pas toléré ses divers mouvements… brusques. Soudain le souffle semble lui manquer, et il tombe, entraînant Salena dans sa chute.
Don Alejandro, qui vient de se tourner suite au coup de feu, ne s'en aperçoit pas. Mais le cri de surprise et d'inquiétude de Salena l'interpelle alors qu'il observe le magistrado poser l'arme encore fumante d'une main tremblante.
— Diego ! Appela Don Alejandro faisant écho à Salena.
Celle-ci, alors allongée sur Diego, se redressa, ne se souciant guère dans la position dans laquelle elle se trouvait alors. Elle remarqua la blessure de Diego, sur son côté droit, pas récente d'après la marque de sang qui orne déjà sa chemise.
— Diego. Dit-elle encore plus inquiète et comprimant la blessure sans la découvrir.
Le gémissement et la grimace qu'il fit, la rassurèrent quelque peu.
— Diego. Souffla Don Alejandro à ses côtés.
— Sergent Garcia ! Allez chercher le Docteur Avila sur le champ ! Ordonna le magistrado.
— Tout de suite, Votre Excellence. Dit-il avant de sortir avec précipitation.
Ricardo voulut profiter de la confusion, mais le Caporal Reyes, qui revenait alors, l'interpella.
— Lancier Ricardo, il est inutile de vouloir sortir. Le médecin va aussi s'occuper de vous.
Don Alejandro se retourna alors et, se relevant, sortit son épée. S'arrêtant à côté de Ricardo, il la pointa vers lui.
— Señor De la Vega ? Interrogea le magistrado.
— Cet homme a déjà agi de manière fourbe par le passé… La vie de Diego n'est pas en danger. Je l'espère. Je me charge de surveiller ce lancier jusqu'à ce qu'il soit soigné… Quant aux charges retenues contre Diego…
— Votre fils est innocent, Señor De la Vega. Je le décharge complètement de toutes accusations… Je crains que nous ne soyons partis sur de mauvaises bases… Je suis sur que nous pourrions nous entendre.
…
— Vous avez raison, Señor Galindo. Finit par dire Alejandro après un court silence.
Il est préférable de faire profil bas un temps comme Diego sait si bien le faire. Songe Don Alejandro.
Lorsque le Docteur Avila entra, il n'était pas seul. Padre Felipe était en discussion avec lui lorsque le sergent était arrivé avec précipitation. Inquiet pour son 'protégé', il avait alors, lui aussi, suivi le sergent.
Le Padre se signa en apercevant les hommes abattus et suivit le Docteur Avila au chevet de Diego. Se faisant ils remarquèrent Ricardo, lui aussi blessé, qui se trouvait au bout de la lame de Don Alejandro.
Que s'est-il donc passé ? S'interroge le médecin.
Sans ménagement, il ouvrit la chemise tandis que Salena se plaça sur le côté, mais sans pour autant lâcher la blessure de Diego.
— Señorita, gracias…Vous pouvez retirez votre main maintenant.
Mais Salena ne bougea pas.
— Señorita, por favor. Répéta le Docteur Avila.
— Salena. Appela Padre Felipe lui posant une main sur l'épaule et s'agenouillant à ses côtés.
Elle rougit soudainement et retira finalement sa main, permettant au docteur d'enlever le restant de la chemise.
Lorsque le Docteur Avila découvrit la blessure de Diego, qui n'avait pas remis de bandage en se changeant, il regarda Padre Felipe qui hocha la tête discrètement.
Tout autant discrètement, Bernardo se frappa le visage et se laissa tomber sur une chaise.
L'échange entre le docteur et le padre demeure silencieux, mais le docteur comprit… La blessure que 'Diego' avait reçu deux jours auparavant s'était en partie ré-ouverte.
— Je lui avais dit d'éviter les mouvements brusques. Murmura le Padre.
— Il l'avait bien compris, Padre. Soupira Salena en un murmure, au bord des larmes.
— Venez, mon enfant. Laissons le Docteur Avila prendre soin de Diego. Lui Dit le Padre en entraînant Salena un peu à l'écart.
Le Docteur Avila tira partie de la suture effectuée par le Padre et referma la plaie après l'avoir nettoyée. Puis il inspecta Diego, soucieux de ne pas passer à côté d'une autre blessure et remarqua une légère entaille à l'épaule gauche qui ne laissera aucune cicatrice. Il la nettoya et constata que déjà celle-ci ne saignait plus.
— Gracias, Docteur Avila. Murmura Diego les yeux clos, faisant brièvement sourire le docteur.
Pendant les soins, Don Alejandro ne relâcha pas son attention envers le lancier Ricardo. Cependant, Garcia remarqua la tension du vieil hidalgo.
— Don Alejandro… Allez rejoindre votre fils. Je surveille ce lascar. Lui dit-il avec un grand sérieux.
— Gracias, Sergent. Répondit Don Alejandro qui sentit un poids disparaître de ses épaules.
Difficilement, Don Alejandro s'approcha. Bernardo remarqua la difficulté de Don Alejandro, et alla l'aider à avancer.
— Comment est-il ?
— Bien. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé ici, mais quant à Diego, il a reçu une sérieuse blessure sur le côté… Répondit le docteur avant de rajouter : Diego doit rester alité pour récupérer… Attachez-le à son lit s'il le faut. Insista le médecin faisant sourire le Padre et Salena.
…
— Don Alejandro. Commença Padre Felipe la voix grave, inquiétant ce dernier.
— Qu'y-a-t-il ? Demanda le señor De la Vega.
….
