Bonjour et désolée pour le retard. Ce chapitre a été très éprouvant à écrire. C'est probablement le chapitre le plus important de l'histoire et je ne voulais pas le bâcler.

J'espère qu'il vous plaira. Vous allez enfin savoir ce qui est arrivé à Elisabeth.

Chapitre 24 : Ma vie pour la tienne

Vendredi 1er mai, Pensine, temps indéterminé.

La première chose que vit Élisabeth en ouvrant les yeux fut une armoire bien familière. Comment puis-je me trouver devant l'armoire alors que je suis tombée dans la bassine qui était à l'intérieur ? Entendant le bruit d'un froissement de papier derrière elle, Elisabeth se retourna, prête à présenter ses excuses au Professeur McGonagall, et poussa un cri de stupeur. Derrière le grand bureau en acajou, les yeux rivés sur le parchemin qu'il tenait d'une main, ses lunettes en forme de demi-lune perchées sur son nez, se tenait le Professeur Dumbledore.

- Pro… Professeur ? balbutia Elisabeth, stupéfaite.

Le Professeur Dumbledore continua d'observer son parchemin, ignorant la jeune sorcière.

Quelle idiote ! se fustigea-t-elle en observant le comportement du défunt Directeur de Poudlard. Ce n'est qu'un rêve. Le liquide de la bassine doit avoir un effet soporifique. Ça m'apprendra à être aussi curieuse. Règle numéro une, Lily : ne jamais toucher un liquide inconnu.

Quelqu'un toqua à la porte et entra sans y être invité. Dumbledore, je peux comprendre. Mais Rogue ?

- Severus. Je vous en prie, asseyez-vous.

Rogue s'avança de quelques pas. Elisabeth recula instinctivement pour le laisser passer. Le Professeur de Potions avait les traits tirés et sa robe de sorcier était déchirée à plusieurs endroits.

- J'ai échoué, murmura Rogue, l'air défait.

- De quoi parlez-vous ? L'Ordre a capturé deux Mangemorts, grâce à vous.

- Au prix de la vie d'une adolescente ! J'étais là ! J'aurais dû la sauver !

- Ne soyez pas trop dur avec vous-même. Si vous aviez choisi de sauver Miss Larry, Voldemort aurait eu connaissance de votre statut d'agent double. Et tous nos plans seraient tombés à l'eau. En prévenant l'Ordre, non seulement vous gardez la confiance de Voldemort mais Miss Parker vous doit la vie.

- Quoi ? s'étrangla Elisabeth.

- Miss Larry connaissait les risques, continua Dumbledore. Elle a choisi son destin, ce qui est tout à son honneur. Ne lui enlevons pas cela.

Rogue resta silencieux, les mains crispées sur le dossier du fauteuil. Les jambes flageolantes, Elisabeth s'effondra contre l'armoire.

- Mais ce n'est pas pour parler de la mort de Miss Larry que vous êtes venus me voir, n'est-ce pas ? demanda Dumbledore en scrutant Rogue par-dessus ses lunettes.

- Il s'est passé quelque chose… Juste avant l'attaque de l'Ordre. Miss Parker a été découverte par Voldemort et il lui a laissé la vie sauve. Il a même empêché cette cinglée de Bellatrix de la tuer. « Cette délicieuse enfant m'est plus utile vivante », voilà ce qu'il nous a dit. Ensuite, lorsque nous sommes revenus au manoir des Malefoy, il m'a spécifiquement demandé de veiller sur elle. C'est totalement incompréhensible, même pour lui. Pourquoi me demander de la protéger, alors qu'il veut éradiquer toute sa famille ?

Dumbledore poussa un profond soupir.

- J'ai commis une erreur Severus. Une erreur qui va coûter la vie à Miss Parker.

Élisabeth suivait l'échange entre les deux Professeurs, sans rien y comprendre. Il s'agissait très certainement du rêve le plus étrange qu'elle eut jamais fait.

- Vous ne commettez jamais d'erreur.

- Je ne suis qu'un être humain. Avec ses faiblesses. J'ai fait preuve d'arrogance. Non, Severus, ne protestez pas. À mes yeux, il était impossible pour Voldemort de créer plus de sept Horcruxes. Visiblement, j'avais tort.

- Vous ne sous-entendez pas…

- Je ne sous-entends rien. Je sais. Elisabeth Parker est le huitième Horcruxe de Voldemort.

Okay, ça suffit ! C'est trop délirant ! Je me réveille.

- Il faut la prévenir !

- Je le ferais, en temps utile. Dans l'immédiat, je dois préparer Harry.

- Potter, siffla Rogue. En quoi est-il plus important ?

- Vous le savez pertinemment, Severus. Ne laissez pas votre haine pour son père vous aveugler.

Rogue resta coi. Dumbledore le fixa pendant quelques instants avant d'attraper une boîte en argent posée sur le coin droit de son bureau.

- Le temps joue contre moi, comme vous le savez, reprit-il en lui tendant l'objet délicatement ouvragé.

Elisabeth écarquilla les yeux. La main gauche de Dumbledore était si grièvement brûlée qu'elle en était devenue presque noire. Exactement comme dans la réalité. Ça ne veut rien dire. Les rêves ont toujours une part de réalité. Je suis forcément dans mon rêve ! Qu'est-ce que cela pourrait être d'autre ?

- Pourquoi ne pas choisir Miss Parker pour accomplir cette tâche ? Elle est bien plus intelligente que Potter, et beaucoup plus talentueuse que lui, dans tous les domaines.

- Severus, il ne s'agit pas d'une question de talent ou d'intelligence mais de faire les bons choix, répondit Dumbledore, d'un air triste en regardant la boîte. Et même si Harry a bien plus perdu que Miss Parker, je crains que celle-ci échoue lorsque ce choix se présentera à elle.

Rogue prit la boîte avec réticence.

- Et pour ce qui est de la dernière Relique ?

Dumbledore jeta un œil à sa baguette, posée devant lui.

- Je trouverais un moyen de la lui faire parvenir.

La pièce commença lentement à se dissoudre, exactement comme la dernière fois qu'elle avait rêvée de Cathy, à la différence près qu'Elisabeth n'arrivait pas à se réveiller. Elle eut beau se pincer fortement la main ou répéter « Réveille-toi », comme une litanie magique, rien n'y changeait.

Le bureau, une nouvelle fois. Dumbledore toujours derrière le meuble en acajou. Mais cette fois, en lieu et place de Rogue, se tenait Harry Potter. Qu'est-ce qu'il fout dans mon rêve celui-là ?

- Vous voulez savoir ce que je pense d'Elisabeth ? Mais pourquoi ?

- Appelle cela un caprice de vieillard, Harry, répondit Dumbledore en souriant. Sois sincère, c'est tout ce que je te demande.

Curieuse, Elisabeth se rapprocha d'Harry. Pour elle ne savait quelle raison, il lui apparaissait plus jeune. Ne cherche pas à comprendre, ce n'est qu'un rêve.

- Je ne vois pas ce que je pourrais dire à son sujet, commença-t-il d'un ton prudent. Je ne la connais pas très bien.

Les yeux de Dumbledore pétillaient de malice.

- Tu n'as rien à craindre. Monsieur Weasley ne sera pas mis au courant.

- Comment pouvez-vous savoir…

Harry s'interrompit. Dumbledore se contenta de sourire. De sa main gauche, il invita Harry à répondre à sa question. Une main qui ne présentait aucune trace de brûlure. Abasourdie, elle rata le début de la réponse d'Harry.

- … Gryffondor, mais Peter Pettigrew était aussi un Gryffondor.

Il n'est quand même pas en train de me comparer à ce traître ?

- Neville, Seamus et Dean l'apprécient beaucoup alors je suppose qu'elle doit avoir des qualités… Bien cachées.

Connard.

- Est-elle plus douée que Miss Granger en cours ?

- Plus douée qu'Hermione ? répéta Harry, choqué à cette simple idée. Aucune chance ! Enfin… Elle est meilleure en Potions mais uniquement parce que Rogue l'avantage par rapport à Hermione.

- Le Professeur Rogue, le reprit Dumbledore. Est-ce vraiment ce que tu penses ?

- Vous m'avez demandé d'être honnête, Professeur.

- Je vois… Donc, si je te demandais de faire équipe avec elle, tu refuserais ?

- Équipe avec elle ? Pour le Tournoi ? Hermione ne me le pardonnerait jamais.

Elisabeth secoua la tête. Ce rêve prenait des proportions inquiétantes. Cette séquence, par exemple, avait de troublants accents de vérité. La mention du Tournoi – très certainement le Tournoi des Trois sorciers – l'attitude d'Harry à son égard. En revanche, la discussion entre Dumbledore et Rogue… Un véritable cauchemar. Un Horcruxe ? Elle ?

- L'opinion de Miss Granger compte beaucoup pour toi, je me trompe ?

- Évidemment ! Elle est ma meilleure amie !

- Et tu lui fais évidemment plus confiance qu'à Miss Parker.

- Je n'aurais jamais confiance en une personne qui est amie avec les Serpentard, répondit Harry d'un ton ferme.

- Je vois… Je te remercie pour ton honnêteté. Bonne chance pour la dernière épreuve.

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Élisabeth se sentit irrésistiblement tirée vers le haut. S'élevant dans les airs, elle vit Harry quitter la pièce. La vision en contre-plongée lui donna la nausée et elle ferma les yeux. Lorsqu'elle les ouvrit de nouveau, elle se tenait debout dans le placard, l'étrange bassine dans les mains.

- Ah, Elisabeth. Tu as découvert ma Pensine.

Elle se retourna vivement. Une version miniature du Professeur Dumbledore la regardait d'un air bienveillant devant son bureau. La jeune fille se rapprocha du tableau accroché au mur, plus vrai que nature.

- Professeur ? Qu'est-ce… ? Comment… ?

- Ainsi qu'il est de coutume, chaque Directeur décédé a droit à son autoportrait. Alors qu'as-tu pensé de cette incursion dans mes souvenirs ?

- Vos… Souvenirs ?

- Il ne t'est jamais arrivé d'avoir tellement de pensées dans ta tête qu'elles t'empêchent de réfléchir correctement ? Quand c'est mon cas, j'utilise ma Pensine. Ainsi, je vois les choses sous un autre angle.

- Vous voulez dire… Ce n'était pas un rêve ?

- Non, ma chère enfant. Juste les souvenirs d'un vieil homme.

Elisabeth battit rapidement des paupières. Alors, si ce sont les souvenirs de Dumbledore…

- Je suis… Je suis…

Elle ne put terminer sa phrase.

- Je suis sincèrement navré que tu l'apprennes ainsi. Ce n'est pas ce qui était prévu.

« Une erreur qui va coûter la vie à Miss Parker ».

- Alors… Je dois… Mourir ? C'est ça Professeur ? Harry et moi… Nous devons mourir pour que l'Horcruxe en nous soit détruit ?

- Elisabeth…

- Est-ce qu'Harry est au courant ?

- Je ne lui ai révélé que ce dont il avait besoin.

- Parce que vous savez tout mieux que tout le monde, c'est évident.

- Je comprends que tu sois un peu bouleversée par cette nouvelle…

- Bouleversée ? Oh non, vous êtes loin du compte. Je suis furieuse ! Comment avez-vous pu me cacher cela ? J'avais confiance en vous !

- J'ai manqué de temps pour…

- NON ! Vous aviez le temps ! Vous aviez des mois ! Mais vous avez préféré vous occupez d'Harry. Belle erreur de jugement. Il a été incapable de mettre la main sur les Horcruxes malgré votre aide et vos conseils. Et pendant ce temps, devinez qui a réussi à en trouver deux ?

- Elisabeth, quels que soient tes sentiments envers moi ou envers Harry, tu dois à tout prix lui confier les Horcruxes que tu as trouvés. Tu ne peux pas les garder. C'est trop dangereux.

- Je ne lui dois rien du tout ! Et à vous encore moins ! Vous êtes mort !

Elisabeth sortit du bureau directorial en trombe, ignorant les appels désespérés de Dumbledore. Arrivée en bas des escaliers, elle s'arrêta, les larmes aux yeux. Dans la poche de sa robe, près de son cœur, elle sentait la chaleur de la Coupe. Je dois la détruire… Je dois tous les détruire. Tous… Y compris Harry. Et elle-même. En était-elle capable ?

Alors qu'elle pensait avoir tout vu, Elisabeth comprit toute l'étendue de son erreur en voyant le mur, à l'extrémité ouest du couloir, exploser. À travers le trou béant, elle aperçut la tête d'un Troll… UN TROLL ? Mais c'est quoi ce bordel ? Sans réfléchir, elle fonça dans la direction opposée. Arrivée au deuxième étage, elle entra en collision avec Drago.

- Elisabeth ? Tu es saine et sauve ?

Avant qu'Elisabeth ne puisse réagir, le blondinet la prit dans ses bras.

- Où étais-tu passée ? Je me suis fais un sang d'encre !

- Un Troll… Il y a un Troll dehors et…

- Tu-Sais-Qui est ici. Et les Mangemorts aussi.

- Voldemort a amené un Troll avec lui ?

- Non… Je ne crois pas. J'en sais rien, je n'ai pas vu ce qu'il s'est passé. Tout ce que je sais, c'est que le château est attaqué et que tout le monde est en train de se battre.

- Tout le… Oh par Merlin… Peter ! Mes parents ! Il faut que je les retrouve.

- Je ne sais pas où ils sont mais Ginny et Ron sont en bas.

Drago la prit par la main mais Elisabeth resta immobile, indécise. Elle mourrait d'envie de retrouver ses cousins mais elle avait une tâche à accomplir.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je dois d'abord aller chercher le collier d'Ombrage. Il ne faut pas que Voldemort lui mette la main dessus.

- C'est inutile, il a été détruit, tout comme le diadème. Il ne reste plus qu'un Horcruxe et Potter compte aller s'en occuper.

Elisabeth était bien placée pour savoir que c'était faux mais elle n'eut pas le courage de détromper Drago.

- C'est une bonne nouvelle, trouva-t-elle la force de dire. Une très bonne nouvelle.

Drago lui sourit et comme à chaque fois son cœur s'emballa.

- Pourquoi tu n'es pas avec les autres ? lui demanda-t-elle.

- Je te cherchais, vu que j'étais apparemment le seul à me souvenir de ton existence.

- Avec Voldemort au château, c'est normal.

- Non, répondit Drago d'un air sérieux. Quand on aime quelqu'un, on le fait passer avant tout le reste.

Le cœur d'Elisabeth rata un battement. Il a dit quoi ?

- Je ne comprends pas…

- C'est pourtant simple. Je suis amoureux de toi.

Cinq petits mots qu'Elisabeth rêvait d'entendre depuis si longtemps. Mais qui arrivaient bien trop tard. Pour le bien du plus grand nombre, elle allait devoir sacrifier son bonheur. Sacrifier sa vie.

Alors qu'elle tentait de trouver la meilleure manière de répondre à la déclaration de Drago, une autre explosion – provenant cette fois des étages supérieurs – la coupa dans son élan. La seconde d'après, une vive douleur lui coupa la respiration. Elle s'effondra, les mains plaquées contre sa poitrine. Elle avait l'impression de mourir à petit feu. Sa vision se brouilla. Puis, aussi soudainement qu'elle était apparue, la douleur reflua jusqu'à disparaître.

- Ça va ? s'inquiéta Drago en l'aidant à se relever.

- Je ne sais pas… C'est comme si on m'avait découpé le cœur en mille morceaux.

- Ce n'est pas trop la réaction que j'attendais, répondit Drago d'un air taquin avant de reprendre son sérieux. Ils ont installé une infirmerie dans la Grande Salle. Tu devrais y aller.

- Non, je…

- Vous avez bien combattu… Vaillamment. Le Seigneur Voldemort sait évaluer le courage.

Apeurée, Élisabeth sortit sa baguette et regarda autour d'elle, s'attendant à voir Voldemort surgir au détour du couloir. Drago se plaça devant elle, afin de la protéger d'une éventuelle attaque.

- Pourtant vous avez subi de lourdes pertes. Si vous continuez à me résister, vous mourrez tous. Je ne souhaite pas que cela se produise. Chaque goutte de sang magique versée est une perte.

De lourdes pertes… De lourdes pertes… Ces trois petits mots tournaient en boucle dans l'esprit d'Elisabeth.

- Le Seigneur Voldemort est compatissant. Je commande à mes forces de se retirer immédiatement. Vous avez une heure pour vous débarrassez de vos morts en toute dignité et pour soignez vos blessés. Maintenant, je m'adresse directement à toi, Harry Potter. Tu as préféré laisser tes amis mourir plutôt que de me faire face en personne. J'attendrais une heure dans la Forêt Interdite. Si à la fin de cette heure, tu n'es pas venu vers moi, si je n'ai pas de tes nouvelles, alors la bataille reprendra. Cette fois, je te trouverai moi-même et je punirais chaque homme, chaque femme et enfant qui essayeront de te protéger. Une heure !

Hébétés, Elisabeth et Drago se regardèrent. Sans un mot, main dans la main, ils descendirent les escaliers.

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Au moment où ils atteignaient le palier menant au rez-de-chaussée, Elisabeth aperçut Sam et Blaise, transportant une civière.

- Sam ! hurla-t-elle en se précipitant vers son ami.

Le Poufsouffle posa doucement la civière et réceptionna la jeune fille qui venait de se jeter dans ses bras.

- Tu n'as rien ? demanda-t-elle avec angoisse.

- Non, répondit Sam le visage hanté par une souffrance indicible.

Lentement, Elisabeth abaissa son regard sur la civière et les larmes jaillirent de ses yeux.

- Nick… Oh non !

Élisabeth serra Sam dans ses bras. Dans un état second, elle entendit la voix de Blaise.

- On venait de sortir, Alicia, Ginny et moi. C'était vraiment l'enfer ! Des sortilèges qui fusaient de partout, les Géants et les Trolls… Et je ne vous parle même pas de ces saloperies d'araignées. On essayait de trouver le reste du groupe sans se faire tuer quand j'ai aperçu Nick et Laura à mi-chemin du lac. Ils se battaient contre deux Mangemorts, un troisième était à terre. J'ai réussi à en avoir un mais le dernier a lancé l'Avada en direction de Laura et… Et Nick s'est placé sur sa trajectoire. Je n'ai rien pu faire…

Blaise ravala un sanglot avant de poursuivre, la mort dans l'âme.

- J'ai lutté contre le dernier Mangemort et il aurait eu ma peau si Sam, Alicia et Ginny n'étaient pas arrivés à temps. Laura… Elle était en larmes, recroquevillée sur le corps de Nick. Elle perdait énormément de sang mais elle semblait n'en avoir rien à faire. Alicia a réussi à la détacher de Nick et elle l'a emmenée vers le château. Ginny est restée pour trouver d'autres survivants.

- D'autres pertes ? demanda Elisabeth, tenant toujours Sam dans ses bras.

- Gwen et Daphnée, répondit Blaise, la gorge nouée

Elisabeth gémit tandis que Drago chancela, sous le choc.

- Pour les autres… Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. Mais je pense qu'on aura la réponse dans l'heure qui vient.

Elisabeth se détacha de Sam qui reprit la civière pour emmener le corps de son meilleur ami à l'intérieur de la Grande Salle. Seule la présence de Drago lui donna le courage d'y pénétrer à son tour. Sans un mot, elle observa les corps de plusieurs de ses camarades, certains anonymes, des visages connus sur lesquels elle n'arrivait pas à mettre un nom, et d'autres qu'elle ne connaissait que trop bien. Bethany. Justin, au nom de famille imprononçable. Ernie MacMillan. Mickaël Corner. Daphnée, le corps exsangue. Gwen, dont le visage était méconnaissable, mais pas sa longue chevelure noire ni l'uniforme caractéristique des Serpentard.

Blaise et Sam posèrent leur civière à côté de Gwen. Élisabeth vit Blaise murmurer quelque chose à l'oreille de Sam avant de partir de l'autre côté, dans la section des blessés. Sam resta près du corps de Nick, les épaules secoués de sanglots. Laissant son ami à son chagrin, Élisabeth détourna le regard et s'intéressa aux blessés, dans l'espoir d'apercevoir un membre de sa famille. Parvati Patil se trouvait avec sa sœur jumelle Padma au chevet de Terry Boot. Un peu plus loin, Millicent soignait les blessures de Laura, inconsciente. Elle s'interrompit un instant à l'approche de Blaise. Élisabeth la vit s'effondrer à l'annonce de la mort de ses amies. Tant de morts… Et d'autres viendront si je ne fais rien. Elle restait néanmoins immobile. Elle n'avait toujours pas vu Ginny, Ron ou Neville. Et où était son frère ? Où étaient ses parents ? Étaient-ils morts ? Blessés ? Incapables de bouger ?

Tic-tac, tic-tac, l'horloge tourne, murmura la voix de Cathy dans sa tête. Tu vas devoir faire un choix. Élisabeth fit taire cette voix, celle qu'elle appelait « la voix de la raison » et qui prenait invariablement les intonations de sa défunte meilleure amie. Elle tourna la tête vers Drago. Son visage était impassible mais ses yeux brillaient de larmes qu'il s'efforçait de contenir. Elle lui prit délicatement la main ce qui lui fit tourner la tête vers elle.

- Tu devrais y aller, dit-elle. Blaise a besoin de toi.

- Et toi ?

- Je vais retrouver ma famille.

- Alors, je viens avec toi.

Pendant un bref instant, Elisabeth fut tentée d'accepter. Dumbledore n'était pas infaillible. La preuve, il n'avait pas prévu qu'elle deviendrait un Horcruxe. S'il avait eu tort à ce sujet pourquoi pas sur le reste ? Peut-être que les quelques Horcruxes détruits seraient suffisant pour affaiblir Voldemort. Elle n'avait pas besoin de mourir. Par Merlin, elle n'avait que dix-sept ans !

Elle allait accepter. Elle allait vraiment le faire. « Il ne s'agit pas d'une question de talent ou d'intelligence mais de faire les bons choix ». La voix fantomatique de Dumbledore lui remit les idées en place.

Elisabeth se percha sur la pointe des pieds et effleura les lèvres de Drago.

- Je suis désolée mais c'est quelque chose que je dois faire seule.

Elle partit en courant sans se retourner. Elle avait fait son choix. Que sa famille et ses amis lui pardonnent. Elle avait fait son choix.

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Élisabeth avait atteint son repère préféré, près du grand chêne. Des voix se mélangeaient dans sa tête. N'oublie jamais que tu es une vraie Gryffondor. Cathy. Conserve-la précieusement et, quand le moment sera venu, tu devras la donner à… Dumbledore. Et pour ce qui est de la dernière Relique ? Rogue. Je suis amoureux de toi. Drago. Je me débrouillerais pour la lui faire parvenir. Dumbledore de nouveau. Mais quoi ? La baguette ? Sa baguette ? Élisabeth gémit de frustration. Elle n'en pouvait plus de toutes ces voix qui bourdonnaient dans sa tête. Une erreur qui va couter la vie à Miss Parker. Coûter la vie. Coûter la vie.

- ASSEZ !

Ne la laisse pas prendre ma baguette… Élisabeth plongea la main dans sa poche et y piocha la baguette de Dumbledore. Quoiqu'il arrive, ne la laisse pas prendre ma baguette.

- Mais pourquoi, Professeur ?

Elle aurait dû lui poser la question au lieu de s'en prendre à lui. Raconte-nous une histoire de Beedle le Barde! Sa propre voix. Avec nostalgie, Elisabeth ferma les yeux et se replongea dans ses souvenirs. Quitte à entendre des voix, autant que ce soit celle de son père.

- C'est à moi de choisir cette fois, dit Peter.

- Non, c'est à moi !

- Tu as déjà choisi hier !

- Et si moi je choisissais, proposa William en feuilletant le livre de contes. Ah… Je crois que j'en ai trouvé une qui devrait vous plaire… Il était une fois, trois frères qui voyageaient le long d'une route solitaire, au crépuscule. Les frères finirent par atteindre une rivière, profonde, sombre, et beaucoup trop dangereuse pour être traversée à la nage. Mais, les trois frères avaient étudié la magie. D'un coup de baguette, ils firent apparaître un pont sur l'eau.

- Pourquoi ne se sont-ils pas téléportés ? demanda Élisabeth.

- Chuuuuut ! Il ne faut jamais interrompre papa dans sa lecture.

- Je dis juste qu'il aurait été plus logique de transplaner, bougonna-t-elle.

- Si les trois frères avaient eu ton intelligence, c'est surement ce qu'ils auraient fait, ma puce, répondit William en souriant. Cependant, ils ont choisi d'utiliser leurs baguettes… Mais à mi-chemin du pont, une forme encapuchonnée leur barra le passage. Et c'est alors que la Mort leur parla.

- La Mort ! s'exclamèrent en chœur les jumeaux.

- La Mort était fâchée qu'ils aient pu sortir de son piège aussi facilement en construisant ce pont, et en lui enlevant trois nouvelles victimes. Mais la Mort était intelligente, aussi elle fit semblant de féliciter les trois frères pour leur magie et leur dit que chacun avait gagné un prix pour son ingéniosité.

- C'est totalement idiot, si la Mort me faisait un cadeau, je prendrais mes jambes à mon cou, remarqua Peter.

- Chuuuut ! Il ne faut jamais interrompre papa dans sa lecture, singea Élisabeth.

- Le plus vieux des frères, qui était un homme combatif demanda la plus puissante des baguettes qui puisse exister, une baguette capable de gagner tous les duels. Une baguette digne d'un sorcier qui avait vaincu la Mort. Le deuxième frère, qui était un homme arrogant, décida d'humilier la Mort et lui demanda un objet avec lequel il pourrait ramener les morts qu'Elle avait déjà pris. Le troisième frère, étant le plus sage de tous, lui demanda un objet lui permettant de vivre sans que la Mort ne puisse jamais le suivre. La Mort se dirigea alors vers l'arbre le plus proche et façonna une baguette pour l'ainé. Elle ramassa ensuite une pierre qu'elle enchanta pour le deuxième frère. Puis, à contrecœur, elle remit sa propre cape d'invisibilité au dernier frère.

- Une cape d'invisibilité ! Trop cool !

- Alors la Mort s'écarta et laissa passer les frères qui continuèrent leur voyage, en se vantant autour d'eux d'avoir vaincu la Mort. Le premier frère retourna ensuite chez lui, dans un village lointain et alla rendre visite à un de ces collèges sorciers avec qui il s'était disputé. Naturellement, avec la baguette comme arme, il ne pouvait que gagner le duel qui s'en suivit. Une fois son ennemi mort sur le plancher, il alla boire un verre à l'auberge où il s'était vanté haut et fort de posséder la baguette magique la plus puissante au monde. Le soir, très tard, après qu'il se soit endormi, un sorcier entra chez lui et le tua pendant son sommeil pour lui dérober sa baguette. Ainsi, la Mort s'était vengée et pu reprendre le premier frère.

- Il n'aurait pas dû se vanter autant, remarqua Elisabeth, faisant preuve d'un bon esprit d'analyse du haut de ses huit ans.

- Pendant ce temps, le second voyageait vers sa propre maison où il vivait seul. Arrivé à bon port, il sortit la pierre et la tourna trois fois dans sa main, comme lui avait expliqué la Mort. À son grand plaisir, la fille qu'il voulait épouser étant plus jeune, mais qui était décédée trop tôt, apparut devant lui. Bien que revenue entre les morts, elle semblait bien triste, et séparée de lui comme par un voile. Il en devint fou de désir sans espoir et il décida de mettre un terme à sa vie pour la rejoindre. La Mort venait de reprendre le deuxième frère. Puis, elle se mit à la recherche du troisième frère. Elle le chercha pendant des années sans jamais le retrouver. Car le troisième frère n'avait jamais quitté la cape d'invisibilité. Ce n'est qu'à la toute fin de sa vie, alors qu'il était très âgé, qu'il décida d'ôter sa cape. Il la confia à son fils et suivit la Mort, qu'il accueillit comme une vieille amie.

- J'ai beaucoup de peine pour le deuxième frère, dit Élisabeth alors que son père la bordait. Tout ce qu'il voulait c'était retrouver son grand amour.

- Ma chérie, tu es encore trop jeune pour le moment mais un jour tu comprendras…

- Comprendre quoi ?

- Certaines choses doivent rester comme elles sont.

Élisabeth ouvrit les yeux, revenant dans le présent. Enfin, elle comprenait ce que son père avait voulu dire. Il n'était pas bon de s'ancrer dans les remords du passé. Pourquoi est-ce ce conte, entre tous ceux que mes parents nous ont lu, qui m'est revenu en mémoire ? Élisabeth sortit la baguette de Dumbledore. « La plus puissante des baguettes qui puisse exister, une baguette capable de gagner tous les duels. ».

- Non… C'est absurde.

« Et pour ce qui est de la dernière Relique ? ». Rogue avait utilisé ce terme. Ce ne pouvait pas être une coïncidence. Elisabeth regarda la baguette d'un œil neuf. Et si c'était vrai ? Si les Reliques du conte existaient vraiment ? La boîte en argent était assez grande pour contenir la pierre du second frère. Quant à la baguette… Dumbledore a vaincu Grindelwald avec elle. Le plus puissant mage noir qui ait jamais existé.

Le doute n'était plus permis. Dumbledore voulait qu'Harry possède les trois Reliques. C'était la seule explication possible quant à sa discussion avec Rogue. « Pourquoi ne pas choisir Miss Parker pour cette tâche ?». Oui, pourquoi ? Qu'avait Harry de plus qu'elle ? Absolument rien. Tous les deux avaient survécu à Voldemort. Tous les deux étaient devenus des Horcruxes. Qu'avait-elle de plus qu'Harry ? La baguette de Dumbledore. Elisabeth pensa à ses parents. À Peter. À Drago. À ses amis. Ceux qui étaient morts et ceux qui ne l'étaient pas encore. Elle pouvait tous les sauver.

Elisabeth se leva, déterminée. Elle savait ce qu'il lui restait à faire. Tournant le dos au lac, elle partit à la recherche d'Harry. Il n'y avait qu'un seul endroit où il pouvait se trouver.

Elle marchait depuis plusieurs minutes quand elle entendit un craquement derrière elle. C'est l'heure de vérité, pensa-t-elle. Ta vie pour la mienne ou ma vie pour la tienne, Harry ? Élisabeth se retourna en souriant.

- Surpris de me voir Potter ?

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Petit aparté pour vous conseiller de relire le Prologue afin de vous rafraichir la mémoire étant donné que le chapitre suivant traitera des conséquences du duel entre Harry et Elisabeth.