Hello à tous, et bienvenue à cet avant-dernier chapitre de l'Alphabet du Snack!
Avant-dernier, me direz-vous? Mais fichtre, Sombra, tu as pété les plombs. Le Z est la dernière lettre de l'alphabet.
Vous avez bien raison, mais il se trouve que la Sombra du passé a zappé la lettre R. Du coup, voilà. Le chapitre 26 est encore à venir.
D'ici-là, puisse ce petit texte vous amener un peu de satisfaction dans ces moments difficiles. Puissiez-vous tous être en sûreté, chers lecteurs.
Z comme Zèle
-STUPÉFIX !
Severus se pencha pour éviter le jet de lumière rouge, qui siffla à quelques centimètres de sa tête seulement, et manqua trébucher sur sa cape. Il se rattrapa de justesse en appuyant sa main au sol, sauta habilement derrière une benne à ordures et transplana immédiatement, trois cents kilomètres plus loin, dans une rue mal éclairée. Il se remit à courir aussi vite que ses jambes le lui permettaient, hors d'haleine, les côtes déchirées par un point de côté.
Son poursuivant transplana à dix mètres devant lui. Il jura et fit précipitamment demi-tour, dérapant sur l'asphalte humide. Un sortilège frappa le mur à côté de lui, faisant exploser quelques briques. Il se protégea des éclats d'un bouclier muet, jura entre ses dents par principe, et bifurqua au hasard dans une ruelle exigüe en priant pour qu'elle ne se termine pas en cul-de-sac.
Elle se terminait en cul-de-sac.
Évidemment.
-Merde ! Siffla-t-il avec un regard paniqué vers la rue qu'il venait de quitter alors que, déjà, les bruits de course se rapprochaient.
Il tourna sur lui-même, cherchant une porte de sortie qui n'existait pas avec un désespoir croissant. Il sursauta à peine quand quelqu'un transplana presque directement sur lui, le plaquant durement contre le mur, les mains dans le dos. En revanche, il ne pouvait pas dire qu'il n'était pas terrifié quand l'autre lui arracha son masque du visage d'un geste brusque.
-…Nom de Dieu, Snape, siffla-t-il après un instant de silence insupportable. Je suppose que je ne dois pas être surpris…
-Je te retourne le compliment, Black, cracha le Serpentard, le cœur battant. Lâche-moi.
Il ne pouvait même pas apercevoir le Sang-Pur, dans la pénombre, mais cette voix, cette façon de prononcer son nom comme s'il s'était agi de la pire des insultes… Il la reconnaissait trop bien malgré les années pour douter un seul instant de l'identité de l'autre.
-Compte là-dessus, Mangemort, rétorqua l'autre avec dédain, avant de marmonner une formule –un sort d'entrave qui bloqua les poignets de Severus dans son dos. Au nom de la loi et de mon dégoût personnel, je t'arrête pour appartenance à un groupe terroriste et pour participation à des activités criminelles. Tu es autorisé à fermer ta sale gueule et tout le Fourchelangue que tu utiliseras pourra être retenu contre toi.
-Trop aimable de prévenir, grogna Severus, essoufflé, avec un regard noir à Black –que ses yeux commençaient à distinguer dans les ténèbres. Je dois voir Dumbledore.
-Dumbledore a d'autres priorités que de te parler, Snivellus. De plus, après l'attentat que tes petits copains ont organisé à Greenwhich il y a trois semaines, j'ai le droit de balancer tous les Mangemorts que j'attrape à Azkaban. Sans procès. Et ne pense pas que je m'en priverai à ton sujet, Snape.
Le sang de l'espion se glaça dans ses veines, comme si la panique s'y propageait sous la forme d'un venin. Azkaban ? Sans procès ? Dumbledore ne l'avait pas prévenu de cette mesure ! Sa voix était tout à coup bien moins assurée quand il rouvrit la bouche.
-…Black, tu ne comprends pas. Je… tu ne peux pas m'arrêter. P… parle à Dumbledore avant...
-Pas si fier de ton tatouage, maintenant, hein ? Cracha Sirius sans parvenir à dissimuler une certaine satisfaction dans sa voix. Tu t'imagines peut-être que Dumbledore va avoir pitié de toi ?
-Je suis de votre côté ! Protesta Severus, le ton désespéré malgré lui.
Black éclata d'un rire amusé et moqueur, aussi tonitruant et blessant que Severus s'en souvenait, comme si Potter avait été sur place et avait fait un commentaire sur les cheveux du Serpentard. Les choses avaient-elles bien changé depuis ? Songea amèrement l'espion.
-Bien essayée, celle-là, je ne m'y attendais pas, ironisa Black. Et ça, hein ? C'est une décalcomanie de FizzWizzBizz ?
Il tira sans douceur sur la manche de Severus, dans son dos, dévoilant la Marque des Ténèbres tranchante sur son bras pâle. Le Mangemort serra les dents, conscient de l'état triomphant du Gryffondor et du peu de temps qu'il avait pour le faire changer d'avis s'il voulait éviter de finir ses jours en prison.
-Tu dois m'écouter, siffla-t-il à mi-voix, nerveux, le cou tordu pour pouvoir regarder Black dans les yeux. La situation n'est pas ce que tu imagines. Il faut-
-La situation n'est pas ce que j'imagine ? Répéta le Gryffondor, perdant immédiatement son sourire. Je te cours après depuis vingt minutes dans toute l'Angleterre après t'avoir trouvé la baguette à la main sur une scène de crime, foutu Mangemort ! Ose me dire que la situation n'est pas ce que j'imagine, hein !
-J'ai de quoi me justifier ! Assura Severus, nerveux en sentant la poigne de l'autre se resserrer. Je suis prêt à t'expliquer, bordel, laisse-moi une chance ! S'il te plait !
-Et pourquoi je le ferais, hein, le Mage Noir ? Donne-moi une raison ? Une seule raison ?
-…Je sais qui donne des informations sur Potter et Evans au Seigneur des Ténèbres.
Un long silence suivit son offre, rompu uniquement par le son des deux respirations essoufflées qui se coupaient l'une l'autre. Severus déglutit nerveusement, incertain d'avoir dit la bonne chose. Oui, il avait enfin eu l'information, la veille, et Dumbledore ne le savait pas. Mais, précisément pour cette raison, il ne pouvait pas prendre le risque de le dire à Black ! Les secondes s'égrainèrent lentement, sans que l'autre ne réponde, puis, juste au moment où Severus envisageait de réitérer les supplications qui lui avaient arraché la langue, Black poussa un juron entre ses dents, le saisissant sans douceur par le bras en envoyant cogner son crâne contre le mur de brique. Il ne grimaça même pas. La force de l'habitude.
-Ton adresse. Tout de suite.
Il eut besoin d'un énorme effort pour ne pas pousser de soupir de soulagement avant de souffler tout bas le numéro et la rue de son appartement à Epsilon. Il avait à peine terminé de le localiser quand Black le fit transplaner avec lui, directement dans son salon plongé dans les ténèbres. L'Auror alluma nonchalamment la lumière, sans même paraître remarquer l'interrupteur moldu, et le poussa sans ménagement dans son propre canapé, les lèvres pincées.
-Ton hibou ? Exigea-t-il.
Severus lui jeta un regard courroucé avant de siffler. Il eut besoin de trois tentatives pour réussir à terminer la mélodie à trois notes sous le regard moqueur du Gryffondor, tant il était essoufflé, mais la corneille qui lui servait de messagère finit néanmoins par apparaître, se posant au coin d'une armoire avec un air interrogateur.
-Une corneille, hein… Voldemort paye mal ses esclaves ?
-Envoie ce fichu message, Black, ordonna Severus, le ton blasé. C'est à propos d'une foutue guerre. Pas de toi ou de moi. Garde tes commentaires.
L'autre le regarda, un bref instant, avec un mélange de surprise et de méfiance. Peut-être en réalisant qu'il était sincère.
Ça n'était pas à propos d'eux. C'était bien plus gros que ça. Ils étaient au milieu d'un conflit qui n'avait que trop de victimes et les histoires personnelles ne valaient rien face à ça.
C'était bien la raison pour laquelle Severus avait consenti à baisser les yeux devant Black.
Celui-ci haussa finalement les épaules, sans répondre, comme s'il refusait simplement de considérer les mots d'un Mangemort, et attrapa un grimoire et une plume sur la table. Il arracha sans considération une page, effaça son texte d'un coup de baguette sous le regard agacé de Severus –qui n'avait effectivement pas de revenus particulièrement conséquents- et griffonna une courte missive. Severus tendit le cou pour lire à l'envers l'écriture brouillonne de Black :
Professeur,
Mission MM avortée mais deux victimes moldues. James et Dave s'en chargent.
Poursuivi et attrapé Snape. Il insiste pour que je vous contacte. Ordres particuliers ? Je souligne à tout hasard que ce bâtard tenait un doloris sur un père de famille quand nous sommes arrivés. Simple constatation.
Salutations,
Black, le moins taré de la famille
-Jolie signature, ne put s'empêcher de remarquer le Serpentard, trop glacé par les mots précédents pour trouver plus intelligent à constater.
-Tu as dit que tu t'expliquerais, coupa sans répondre le sorcier en rejoignant la fenêtre, jetant la corneille au-dehors, sans douceur. C'est ton unique opportunité de le faire. Impressionne-moi.
-Dumbledore certifiera mes dires, se défendit Severus, crispé. Je n'ai pas à te répondre.
Black lui jeta un regard froid en revenant dans le salon. Il avait toujours sa baguette à la main, comme s'il s'attendait à tout moment à ce que Severus tente de fuir par la fenêtre pour lui donner l'occasion de le stupéfixier. Sans le quitter de ses yeux gris, il se laissa tomber dans le fauteuil en face de lui.
L'héritier déchu des Black avait changé, depuis Poudlard, Severus ne pouvait que le constater, même dans les circonstances. Les derniers traits de l'enfance qui avaient persisté dans le visage de son ancien tortionnaire avaient disparu sous une barbe de quelques jours. Ses cheveux déjà longs à l'école avaient encore poussé, tombant sous ses épaules, paraissant affiner les traits de son visage pâle d'aristocrate arrogant.
Mais plus que le changement physique, il y avait une subtilité dans l'attitude de Black, dans la manière dont il bougeait et se tenait, dans son sourire et l'air faux derrière celui-ci, qui n'appartenaient pas au Maraudeur que Severus connaissait.
La guerre avait changé le Gryffondor comme elle l'avait changé, lui. Il n'était pas sûr de savoir si c'était une bonne chose pour lui. Surtout lorsque l'autre homme secoua la tête avec un dédain mal caché.
-Dumbledore est un homme très occupé, Snape, répliqua-t-il sèchement. S'il ne répond pas, je considérerai que tu mens et je te traînerai à Azkaban par tes cheveux graisseux.
-Black-
-Commence à parler, Snivellus. Donne-moi une seule raison de te croire.
-Ce ne sont pas tes affaires.
-Ça l'est depuis que je t'ai arrêté. Crache le morceau ou je perdrai patience.
Le regard de Black exprimait une haine glacée que Severus ne connaissait pas. Il y aurait reconnu la cruauté, l'amusement de pouvoir le faire chanter -mais il n'y avait pas de joie dans ces yeux où il avait autrefois vu danser tant de malice.
Ils se regardèrent en silence, quelques longues secondes où le Serpentard sentit son cœur battre douloureusement dans sa cage thoracique.
-Le Seigneur des Ténèbres n'est pas un homme qui sera vaincu dans un combat de face à face, finit-il par dire. Ses plans sont multiples, vicieux, et ont des ressorts inimaginables pour qui ne l'a jamais vu réfléchir. Dumbledore a besoin d'espions.
Sa gorge était aussi sèche que du papier sablé. Il fixait Black, attendant d'un instant à l'autre que son ancien ennemi, son ennemi présent, n'éclate d'un rire moqueur. À la place, l'autre homme finit par renifler, puis se laissa aller contre le dossier de son siège.
-Continue, ordonna-t-il.
-Je ne suis pas à ton service, Black.
-Non, confirma le Gryffondor, l'air peu perturbé. Mais c'est toi qui insistais à dire que c'était plus gros que toi et moi, cette histoire. Alors sacrifie-toi un peu pour la bonne cause. Parle.
Un nouveau silence, plus bref, puis Severus baissa les yeux.
-J'ai pris la Marque à la sortie de l'école. J'ai réalisé mon erreur quelques mois plus tard. J'ai compris qu'il devait être arrêté à tout prix, et j'ai été quérir Dumbledore. C'est tout.
-Mon frère... Où est-il ?
Black avait dicté ses mots lentement, d'un air détaché. Severus, pourtant, détecta la crispation de ses mains sur sa baguette et sur l'appui-bras du fauteuil.
-Je ne sais pas, répondit-il honnêtement, incapable de détacher ses yeux des jointures pâles et tendues. Je n'ai pas vu Regulus depuis des mois.
-Mmh.
Ce simple son voulait sans doute dire bien plus mais quoi, Severus n'en avait pas la moindre idée. Pendant quelques instants supplémentaires, l'Impasse du Tisseur fut plongée dans un silence de mort. Severus se demanda combien de temps il fallait, pour partir d'ici et arriver à Azkaban.
-Tu as parlé de James et de Lily, finit par reprendre l'Auror. Qu'est-ce que tu sais à leur sujet ?
Il posa la question avec un calme si peu caractéristique du personnage que Severus, pour un bref instant, se demanda si le Seigneur des Ténèbres le testait. Si Black était en vérité un Mangemort déguisé, ou s'il était soumis à l'Imperium.
Mais entre la menace de son maître et celle d'Azkaban, Severus savait laquelle l'effrayait le plus. L'occlumencie ne servirait à rien face à des Détraqueurs.
-Le Seigneur des Ténèbres veut quelque chose qu'ils ont. Je l'ai dit à Dumbledore il y a des mois, et il leur a ordonné de se cacher. Mais quelqu'un dans leur entourage les trahit. Leur cachette est fragile.
-Tu sais ce que leur veut Voldemort ? Oh, pitié, renifla Black en le voyant se crisper au nom de son maître.
Il lui jeta un regard noir, mais, paradoxalement, y retrouva un certain réconfort. Oui, il connaissait déjà davantage ce Sirius Black-là.
-Je l'ignore, mentit-il. Ils ne sont pas sa seule cible, mais il concentre ses efforts sur eux.
Il n'était pas assez fou pour prendre le risque d'admettre quel rôle il avait eu concernant la décision de Voldemort de pister Potter et Lily pour les détruire, eux et leur enfant. Presque par réflexe, il leva tous ses boucliers mentaux, se rappelant tardivement que Black n'aurait rien pu lire dans son esprit. Il relâcha la protection, s'efforçant de se détendre.
Black, lui, fixait la table du salon avec une froideur distante dans les yeux. Et pour quelques longues minutes, il ne dit pas un mot. Severus aurait pu entendre le battement d'aile de sa corneille -si elle était revenue entre-temps. Chaque instant qui passait lui semblait celui de trop. Dumbledore n'aurait pas dû être loin. S'il ne répondait pas rapidement...
-Un peu tard, hein, finit par marmonner le Gryffondor, le faisant se tendre de la tête aux pieds. Le mouvement attira son regard, l'air un peu surpris, avant qu'il ne sourit froidement. Pour constater que tu avais choisi le mauvais camp, je veux dire.
-Si je ne l'avais pas fait, votre camp n'aurait pas d'espions, rétorqua Severus avec froideur, dissimulant au mieux sa peur -et sa honte.
Black se leva et rit, un rire clair et moqueur de fond de gorge qui lui rappela de mauvais souvenirs.
-Oh, Snivellus. Je m'étais presque ennuyé de toi.
-Ce n'est pas réciproque.
-Toujours tellement sûr de toi, poursuivit Black en marchant le long de la pièce, vers la fenêtre. Toujours tellement convaincu d'être dans ton bon droit. Toujours tellement doué pour te persuader toi-même que tu es la victime et le héros de chaque situation.
-Parce que tu as toujours été la personne la plus neutre qui soit, c'est certain.
Un rire froid lui répondit. Black s'arrêta à la fenêtre, passa une main dans ses longs cheveux en se penchant pour tenter de repérer le retour de l'oiseau messager, sans doute, puis il se tourna de nouveau vers lui.
-Écoute-toi. C'est comme ça que tu te justifies tes crimes ? Hein ? S'enquit le Gryffondor avec un sourire froid. Oh, tu as tué et torturé des innocents, mais tu étais une victime lorsque tu étais à l'école, voilà qui arrange tout. Pauvre petite chose.
-Je risque ma vie pour trahir le Seigneur des Ténèbres, siffla Severus. Que te faut-il te plus ?
-Tu es dans cette position parce que tu as choisi, volontairement choisi, le mauvais camp, Snape.
-Et que je le regrette.
-Comme j'ai toujours dit que tu le ferais.
-Et cela t'amène une grande satisfaction aujourd'hui, pas vrai, Black ?
À nouveau, un silence tendu se fit. Les mâchoires du Gryffondor étaient serrées, tendues.
-Tu t'imagines que tu mérites mon pardon ?
-Je ne l'ai jamais demandé, Black. Je n'ai de comptes à rendre qu'à ma conscience, se défendit amèrement l'espion.
-Et à Voldemort. Et Dumbledore, si tu dis vrai.
-Je suis heureux que tu suives.
Black plissa les yeux, l'air de vouloir répliquer. Puis il secoua la tête, faisant tourner sa baguette entre ses doigts dans un tic qui avait toujours tapé sur les nerfs de Severus. Pourtant, il aurait préféré le regarder faire des heures durant que continuer à avoir cette conversation.
Bien sûr qu'il avait fait des erreurs. Il n'en serait pas là si tel n'avait pas été le cas. Il n'avait pas besoin qu'un adolescent mal grandi vienne le frapper dans sa fierté pour lui donner envie d'abandonner tous les efforts qu'il avait entamés.
Mais Black, remarquablement, n'ajouta rien. Ses yeux clairs restaient perdus dans les ténèbres derrière la fenêtre, son expression grave.
Oui. Severus supposait que la guerre les avait changés, tant l'un que l'autre.
Quant à savoir si c'était pour le meilleur...
-Le traître, s'enquit Black, à voix basse, sans le regarder. Qui est-ce ?
-Tu n'as pas de raisons de me croire, répondit lentement Severus, après un instant de surprise initiale. Ni moi, de prendre de risques. Dumbledore protégera Potter et Evans dès que je lui aurai parlé.
-Si tu as des informations valables, gronda l'Auror dans un ton de voix qui rappelait sa forme canine, alors tu sais que je ne trahirai jamais James et Lily. Dis-moi qui vend des informations à Voldemort sur leur sujet.
-...Je ne peux pas.
-Snape-
-Je ne peux pas. Je n'ai pas de nom, Black, répéta Severus, la gorge nouée. Sinon, j'aurais déjà éliminé le coupable. J'ai des indices. Mais pas encore assez pour-
-Snape.
Cette fois, le Gryffondor le regardait droit dans les yeux. Et cette fois, il ne cachait rien de sa fatigue. Il avait une expression lasse, résignée, et pourtant encore si proche de la sauvagerie que Severus lui connaissait. Black était aussi désespéré par la situation qu'il l'était.
-...Soit Lupin, soit Pettigrew.
Il murmura l'information à regret, s'attendant d'un instant à l'autre à ce que Black lui saute dessus pour avoir osé blasphémer ainsi ses amis. Mais le Gryffondor baissa les yeux, avec l'expression de quelqu'un qui avait reçu la confirmation terrible à ses doutes.
Pour quelques longs instants, aucun d'eux ne dit rien. Severus était tendu de la tête aux pieds, redoutant une réaction, sans trop savoir laquelle.
Lorsque le bruissement d'ailes de sa corneille se fit entendre, son cœur s'affola d'un coup. L'estomac noué par un mauvais pressentiment, il regarda Black s'arracher à ses pensées pour accueillir le volatile sur son bras. Il prit le message à sa patte et le lut, fronçant les sourcils.
-Que dit-il ? S'enquit Severus quand il ne put plus attendre. Et, comme le silence se prolongeait : Black !
-Ton piaf ne l'a pas trouvé, annonça Black.
Severus sentit son cœur tomber dans sa poitrine.
-Black, commença-t-il en se levant, tendu. Black, tu dois m'écouter, je travaille pour Dumbledore, je te jure que-
-Ça va, Snape, la ferme, coupa le Gryffondor avec un geste agacé, laissant le message tomber par terre.
Avant que le Serpentard ne puisse considérer le meilleur moyen de fuir, Black lui jeta sa baguette, qu'il attrapa machinalement au vol. L'Auror paraissait vaguement dégoûté, comme doutant déjà de son geste, alors qu'il lui jetait un regard complètement perdu.
-S'il fallait se fier à Dumbledore pour toute cette guerre, on sera mal foutus, marmonna Black en haussant les épaules. Arrange-toi pour ne pas me donner d'autres raisons de t'arrêter, Snape.
-...Tu... Tu ne vas pas m'arrêter ? S'enquit Severus, trop incrédule pour répondre plus sèchement.
-Pas cette fois. Te fais pas d'espoirs, ajouta plus sèchement l'autre homme en pointant un doigt sur lui. T'es un serpent visqueux, Snape. Si c'était que toi et moi, ça serait un plaisir de te mettre à place. Mais je veux bien croire que malgré ça, t'es pas aussi stupide que tes autres crétins d'amis, ajouta-t-il, pinçant légèrement les lèvres. Je te botterai le cul quand la guerre sera finie, sois-en certain.
Severus, incrédule et figé, le regarda pointer ses deux yeux, puis les siens. Un instant plus tard, un craquement se fit entendre.
Et Black, lui, avait disparu, le laissant seul avec sa corneille.
Oui, songea-t-il, quand il commença à se remettre de sa surprise. Oui, la guerre, manifestement, les avait transformés, tous les deux.
Pour le meilleur ou pour le pire, il supposa qu'ils ne le sauraient pas avant la fin.
