J'espère que ce chapitre vous plaira autant que le dernier qui, je crois, a beaucoup plu. ^^
Je ne parle bien sûr pas un mot de tibétain, j'ai trouvé les mots sur un site internet appelé Benoot.
D'autres part, même si je brode largement autour, il y a un spoil plus ou moins important sur l'identité de Claudia P.
Bonne lecture !
CHAPITRE XXIV : LES MASQUES TOMBENT
Ronald n'osait pas regarder William en face. Les dents serrées, il sentait son estomac affreusement noué. Il avait caché le tremblement de ses mains en les mettant dans ses poches et tentait désespérément de calmer son angoisse. En partant se promener avec Clémence alors qu'il devait protéger Richard, il avait fait la pire erreur de sa vie, d'autant qu'Undertaker était venu. Il ne savait même pas ce qui pouvait bien lui arriver après ça.
« J'attends vos explications, Knox.
-J.. Je.. Euh... Enfin... Je...
-Rendez-vous bien compte de la situation, déclara William d'une voix calme et froide, mais où pointait une terrible colère sous-jacente. Il n'y a que deux solutions et je ne sais pas laquelle est la pire. Soit vous êtes un traître et c'est la mort qui vous attend, soit vous êtes de la pire incompétence que je n'ai jamais vu. Dans ce cas, la peine capitale vous sera sûrement épargnée, mais je vous garantis que vous aurez tous les ennuis du monde et que vous pourrez dire adieu à votre Faux de la Mort.
-Je... Je suis désolé monsieur...
-Désolé ? Désolé ?! s'écria William. Je vous jure ! Vous pouvez l'être ! Connaissez-vous seulement les Règles des Shinigami ?
-Ou... Oui monsieur...
-Sur les six premières, fulmina William, sur les six plus importantes, vous en avez violé la moitié ! Dont la première d'entre toutes ! Même Sutcliff n'a jamais fait aussi bien !
-T... Trois règles, m... monsieur ?
-Trois oui ! cria le supérieur. Tout d'abord, bien entendu, la sixième ! Voulez-vous bien me la rappeler ?
-Ne... Ne jamais abandonner son... son poste, répondit Ronald, complètement mortifié.
-Alors pourrais-je au moins savoir pourquoi vous l'avez transgressée ? Je suppose que Miss Curiel était avec vous, étant donné qu'Emma paraissait seule avec le comte !
-Nous... Nous étions... sortis.
-Je n'en doute pas. Je vous jure ! Que vous est-il passé par la tête ?
-Nous... Enfin je... Je voulais prendre l'air... Je... Je lui ai proposé de... de venir et... Monsieur, je vous jure que je me suis absenté qu'une demi-heure... Je ne pouvais pas savoir que...
-Vous ne pouviez pas savoir ?! coupa William hors de lui. Mais vous avez tout de même abandonné votre poste ! Vous auriez dû savoir ! Vous auriez dû vous rendre compte que partir de la sorte mettait en péril l'âme de Richard Phantomhive ! La première règle d'entre toutes ! Dites-la moi !
-Pro... Protéger les... les âmes quoi... quoi qu'il arrive...
-Et en partant de la sorte, vous laissiez deux âmes à la merci de Michaelis ! Alors que vous saviez pertinemment que celle du comte est perpétuellement en danger ! Et qu'Amber Phantomhive aurait très bien pu donner l'ordre à cette immonde bête sauvage de dévorer également l'âme d'Emma !
-Comment nous aurait-il retrouvé... ? souffla Ronald.
-Nous parlons d'un Démon ! Je sais parfaitement qu'il y a peu de chances pour qu'il nous retrouve mais nous ne pouvons pas nous permettre de prendre le moindre risque ! La preuve, Undertaker nous a retrouvé ! Venons-en d'ailleurs à lui ! Vraiment, Knox ! Vous êtes Traqueur ! Vous avez le devoir d'arrêter ce dissident ! Pas de partir batifoler avec votre dernière conquête ! Avez-vous seulement réfléchi à votre acte ?
-Je... Je ne pensais pas que...
-Règle numéro trois, Knox !
-Ê... Être impartial ? M... Mais...
-Celle-ci ne parle pas que du jugement des âmes ! Elle nous dit d'être impartial en toutes circonstances, de savoir peser nos actions avant de les effectuer ! De ne pas faire n'importe quoi lorsqu'on est en service ! C'est peut-être là le plus grave chez vous ! Vous êtes incapable de réfléchir avec votre cerveau. Vraiment ! Vous avez permis à un dissident d'entrer dans cet appartement, de discuter avec le comte pour échafauder je ne sais quel plan !
-Ri... Richard ne...
-Le comte de Phantomhive est du côté de ce transgresseur depuis le début, Knox ! Croyez-vous vraiment qu'il s'agissait d'un simple hasard de voir réuni à la Japan les Phantomhive et Undertaker ?! Croyez-vous vraiment que j'ai accepté de les protéger, de les garder au sein même de cette équipe pour rien ?! KNOX ! Nous sommes des Traqueurs de Déserteurs ! Pas de Démons ! C'est vers l'autre service des Traqueurs que j'aurais dû rediriger Richard et Alexander Phantomhive ! Ne vous en étiez-vous même pas rendu compte ?! »
Le regard de Ronald se fit plus angoissé que jamais. Tout à coup, il venait enfin de comprendre que c'était bien plus grave que tout ce qu'il avait imaginé. Il venait de faire tomber à l'eau tout le piège de William, sûrement approuvé par leurs supérieurs. Ces derniers attendaient le premier faux pas d'Undertaker pour le neutraliser. Et c'était un des Traqueurs qui l'avait fait.
« Maintenant, Knox, veuillez me remettre votre Faux de la Mort.
-Quoi ?
-Votre Faux, Knox, intima William. Personne ne vous laissera passer cette faute. Je vais immédiatement en référer à Mr. Schreiber et Mr. Sørensen. Les lois de la Garde sont très claires là-dessus. Vous êtes mis à pied le temps qu'un juge décide de votre sort. »
L'Écossais sortit lentement la main de sa poche. Il tremblait plus que jamais et matérialisa sa tondeuse. William s'en empara aussitôt et la fit disparaître, empêchant ainsi Ronald de pouvoir la reprendre.
« Je vous conseille d'aller préparer vos affaires de suite, ordonna le chef de secteur. Les Gardes ne tarderont pas à venir vous chercher. »
Le blond sortit de la pièce, légèrement vacillant et blanc comme un linge.
.oOo.
Dans le salon, après le départ de Grell, Éric et Alan s'étaient dévoués pour expliquer ce qui se passait à Emma qui ne comprenait pas pourquoi un simple rêve pouvait déclencher une telle crise au sein de l'équipe. Persuadée que tout était de sa faute, elle s'était mise à pleurer à son tour. Les deux Shinigami avaient donc dû lui dire la vérité. Ses rêves où elle embrassait tout le monde n'en étaient pas.
La jeune femme avait été horrifiée et ne voulait plus prendre la moindre dose de morphine. Elle continuait pourtant à sangloter avec Clémence, sûre et certaine que Ronald ne lui pardonnerait jamais. Elle pensait qu'il en irait de même pour son amie. La colère de William, bien qu'en Anglais, ne l'aidait certainement à se calmer. Tout l'immeuble devait entendre le chef de secteur. Grell était alors revenue de la salle de bain, un léger sourire aux lèvres mais qui sonnait atrocement faux au vu de son regard désespéré et encore rouge de ses larmes.
« Ça va aller, Emma, fit-elle en s'asseyant entre les deux Humaines. Ce n'est pas de ta faute.
-Je... Si ! À... À cause de moi, tout va mal !
-Non, nous aurions dû te dire plus tôt que ce n'était pas des rêves.
-Pour une fois, approuva Éric, je suis d'accord avec Sutcliff. Tu ne pouvais pas savoir.
-Et puis, dis-toi bien que Ronald a fait quelque chose de très grave pour un Shinigami, continua Alan. Tu n'y es absolument pour rien. »
Les pleurs de Clémence redoublèrent.
« I... Il a... raison... C... C'est ma faute... J... J'aurais dû... d... dire non... Insister plus p... pour qu'on... Qu'on y aille pas... Je... Oh mon dieu, qu'ai-je fait ?! I... Il va me haïr ! »
Grell prit Clémence dans ses bras pour la réconforter tandis qu'Alan s'occupait d'Emma. Éric releva la tête. Ronald venait d'apparaître dans le couloir et semblait hésiter entre entrer dans le salon et continuer sa route vers la chambre de Clémence pour échapper au regard des autres. Mais son ami ne lui laissa pas le choix :
« Ronald ? Alors ? Qu'est-ce qui va t'arriver ? »
Tout le monde se tourna vers l'Écossais.
« Je... Je suis mis à pied, répondit-il d'une voix blanche. En attendant le jugement.
-Tu restes ici ? » s'empressa d'interroger Clémence qui avait peur de l'approcher, persuadée que tout était de sa faute et qu'il devait la détester.
Il fit un signe négatif de la tête. William sortit de la chambre d'Emma à ce moment et précisa pour le groupe et pour Ronald :
« Il sera assigné à résidence, le temps que son cas soit jugé. Il ne sera donc pas ici, mais en Érèbe. Des Gardes vont venir le chercher d'ici peu de temps et l'emmèneront.
-L'Erèbe ?! s'écria Clémence qui pensa aussitôt au monde souterrain et ténébreux de la mythologie grecque. Mais... Il ne mérite pas ça !
-Je pense que vous n'avez strictement rien à dire sur ce point-là, Miss Curiel, répliqua froidement William. Je vous imaginais bien plus sérieuse que cela et vous me décevez. En tant qu'Humaine, j'aurais imaginé que vous comprendriez l'importance de notre travail. Ce sont pour vos âmes que nous nous battons. Si vous étiez une Shinigami, croyez-moi bien, vous subiriez le même sort que Mr. Knox. »
Clémence se remit à pleurer de plus belle, tandis que Grell, qui la serrait contre elle pour lui remonter le moral, jetait un regard meurtrier à William.
« Vous, reprit William à Ronald, je vous ai déjà dit d'aller préparer vos affaires. »
Le blond ne répondit rien, toujours aussi sous le choc de la sanction et de se savoir assigné à résidence, et partit dans la chambre de Clémence sans un mot de plus. William jeta un regard froid à Richard :
« Comte, nous aurons quelques questions à vous poser ensuite. »
L'Humain crut faire un malaise, définitivement vaincu par le stress. Tout à coup, il eut beaucoup plus de mal à respirer. Sentant qu'il allait faire une crise d'asthme, il s'empara de sa Ventoline.
.oOo.
Environ une demi-heure plus tard, quelqu'un toqua à la porte. William alla ouvrir et se retrouva face à trois Shinigami qui portait chacun la Faux typique des Prétoriens. La femme, qui semblait être à leur tête, possédait des traits asiatiques et une peau sombre. Sa très longue chevelure, brune et raide, avait été relevée en une haute queue de cheval puis tressée. Elle portait un stricte tailleur noir à la chemise blanche et, sur le cœur, était épinglée l'insigne de la Garde Prétorienne, comme pour les deux hommes l'accompagnant. Au contraire des femmes travaillant dans les bureaux, elle avait opté pour un pantalon plutôt qu'une jupe, à l'instar de la plupart des Faucheuses ou des rares Prétoriennes. Elle était maquillée légèrement mais avec beaucoup de soin.
Lorsqu'elle tira la langue à William le plus naturellement du monde et avec un air digne, le chef du secteur des Bouches-du-Rhône faillit la traiter de malpolie avant de comprendre qu'elle était tibétaine.
« Tashi deleck, salua-t-elle.
-Euh... Nice to meet you [Heureux de vous rencontrer], répondit William sans avoir compris un traître mot de ce qu'elle venait de dire mais supposant qu'elle venait de lui dire bonjour.
-Je suis le lieutenant Shirisha, se présenta-t-elle en Anglais. Mes hommes et moi avons été dépêché par le Général, à la demande de l'Officier de l'Ordre des Traqueurs afin d'appréhender l'un de vos propres hommes, Ronald Knox, afin de l'emmener en résidence surveillée en Érèbe.
-Enchanté madame. William T. Spears, chef du secteur des Bouches-du-Rhône et chef d'équipe chez les Traqueurs. Je vous en prie, entrez donc.
-Merci, Spears-Bhai. »
William s'effaça pour laisser entrer Shirisha et les deux Gardes. Ronald était au salon, sur le canapé. Sa lividité ne s'était pas améliorée et il n'avait plus prononcé un mot depuis qu'il avait annoncé aux autres qu'il passerait en jugement. Il ignorait complètement ce qu'il adviendrait de lui dans l'avenir. Shirisha haussa les sourcils en voyant Clémence et Emma en larme.
« Tiens, Sutcliff ! s'étonna un des deux hommes. Pour une fois que ce n'est pas pour vous qu'on vient...
-C'est toujours un plaisir de vous voir, Sanchez ! ironisa la rousse.
-Je suppose que vous êtes Knox-Bhai. » demanda Shirisha à Ronald.
Celui-ci déglutit avec difficulté et approuva d'un simple et lent mouvement de tête.
« Bien. Veuillez nous suivre. Si vous ne résistez pas, nous ne vous passerons pas les menottes.
-Je... Je n'en ai pas l'intention... souffla-t-il d'une voix éteinte.
-Alors venez. Spears-Bhai, nous devons prendre sa Faux de la Mort.
-Tenez, dit-il en matérialisant la Death Scythe de Ronald.
-Merci. »
Elle s'en empara pour à nouveau la faire disparaître. L'Écossais se leva et suivit Shirisha, entouré des deux Gardes. Avant de sortir, il se retourna et jeta un regard circulaire à tout le monde, s'attardant plus longuement sur Clémence qui le fixait avec l'air de vouloir supplier de ne pas l'emmener. Les autres Shinigami lui avaient dit de ne surtout rien faire : les Prétoriens n'aimaient guère ce genre de comportement et cela n'arrangerait pas les affaires de Ronald.
Ce dernier s'apprêta à dire quelque chose mais se détourna finalement pour quitter l'appartement avec Shirisha et ses hommes.
.oOo.
Richard et Alexander étaient assis sur des chaises, dos à la fenêtre du salon, William devant eux. Grell, Éric et Alan étaient dans le canapé. Quant aux deux Humaines, elles s'étaient retirées dans leurs chambres respectives. Emma recommençait en effet à souffrir le martyr à cause de son pied mais refusait toute nouvelle dose de morphine. Quant à Clémence, elle avait été bien trop éprouvée ses dernières heures et était allée se coucher.
« Nous pouvons donc commencer, déclara durement le brun. Quelles sont vos relations avec Undertaker ?
-Vous voulez tout savoir ? Il était notre protecteur, rétorqua aigrement Richard. Sans lui, nous serions morts depuis longtemps. C'est lui qui nous a sauvé la vie quand Sebastian a tué notre mère. C'est lui qui nous a sauvé à chaque fois qu'Amber nous a retrouvé. Il a même tenté d'aider notre sœur comme il l'a fait autrefois pour Ciel et Claudia.
-Claudia ?
-Phantomhive, la grand-mère de Ciel qui avait elle aussi passé un pacte, répondit le comte, toujours sur le même ton plein de rancœur. Mais quand il a vu que de toute façon, ça ne servait à rien avec Amber et qu'elle avait ordonné de dévorer nos âmes, il a définitivement abandonné. C'est également lui qui nous a dit de le retrouver à la Japan Expo Sud et si vous ne vous en étiez pas mêlé, nous aurions pu disparaître définitivement avec lui. Et vous savez quoi ? Puisqu'on y est, autant vous le dire. Dès que je vous ai rencontré, j'ai su que vous étiez de vrais Shinigami, que vous ne portiez pas de lentilles colorantes. Je l'ai donc aussitôt prévenu que ses Traqueurs étaient là. C'est pour ça que vous n'avez pas eu le moindre effet de surprise. Donc maintenant vous comprendrez que je ne vous en dirais pas plus alors qu'il a risqué plusieurs fois sa vie pour nous et a sauvé la notre tout autant de fois.
-Je veux savoir où il se trouve, qui était le second déserteur à ses côtés, comment il nous a retrouvé et comment il vous contact.
-Je vous ai dit que je ne dirais rien. »
William remonta ses lunettes et décida de tenter le tout pour le tout. Avant même que Richard ne comprenne ce qui lui arrive, les deux lames de l'élagueur du Shinigami était autour de son cou. Un éclair de terreur traversa son regard saphir.
« Il suffit que je visionne votre Lanterne cinématique pour savoir tout ce que je veux. » menaça-t-il.
Richard eut un grand sourire ironique.
« Allez-y. Le plus dur sera sûrement d'expliquer à votre hiérarchie comment vous avez eu l'information. Règle numéro cinq : ne pas porter atteinte à toute personne ne figurant pas sur la Death list. Après que Ronald eut enfreint trois règles d'un coup, il ne serait pas très bien vu par vos supérieurs que le chef d'équipe fasse de même. Et puis, vous êtes trop intègre pour faire ça. N'est-ce pas ? »
William fulminait en rétractant sa Faux. Il replaça à nouveau ses verres à l'aide de cette dernière. Si ce-ci n'avait pas marché, rien ne marcherait. Visiblement, Undertaker leur avait appris tout ce qu'il fallait savoir sur les Shinigami.
« Et je suppose que si je vous dit que je peux très bien abandonner toute protection, vous me répondrez...
-Qu'en vertu de la règle numéro un, protéger les âmes quoi qu'il arrive, vous ne pouvez pas le faire, finit Richard. En effet. Et également que le fait que je protège un dissident me dispense de la peine de mort réservée aux dieux de la Mort faisant de même. Je suis un Humain et il y a un sacré vide juridique concernant cela.
-Je vous jure... Ne croyez pas vous en sortir à si bon compte. Nous vous surveillerons plus étroitement que jamais.
-Je suis prêt à vous aider. »
Tous les regards se tournèrent alors vers Alexander qui venait de parler pour la première fois depuis le début de l'interrogatoire. Le cœur de Grell se serra de peur. Pourrait-il réellement donner Undertaker ?
« Vraiment ? s'étonna William.
-Certes. Je le suis.
-ALEXANDER ! rugit de colère Richard. Comment peux-tu faire une telle chose ?! Il... Il nous a sauvé la vie ! Si tu le donnes, c'est la mort qui l'attend ! C'est comme ça que tu le remercies ?!
-La roue tourne, mon frère. Undertaker ne peut plus rien pour nous désormais, nous sommes sous la protection des Traqueurs. Je ne vais pas me laisser emprisonner par sa faute.
-Les Shinigami n'ont pas le moindre moyen de pression sur nous ! Ils ne peuvent rien nous faire !
-Je le sais parfaitement. Seulement, Richard, je souhaite faire preuve de bonne volonté envers nos nouveaux protecteurs.
-Je n'aurais vraiment pas aimé être ton voisin juif pendant la Seconde Guerre mondiale, cracha le comte. Tu es parfaitement abject.
-Non, réaliste. »
Les Shinigami n'en pensaient pas moins. Peut-être qu'Undertaker était un criminel, mais la trahison n'était pas acceptable. Cependant, celle-ci les arrangeant, ils ne pouvaient pas la refuser et, enfin, peut-être mettre fin à leur traque. William n'en était pas dupe pour autant. Alexander était quelqu'un dont il fallait se méfier. Il pouvait retourner sa veste en un rien de temps si cela l'arrangeait.
Grell devait faire appel à tous ses talents d'actrice pour cacher ses sentiments. Elle ne pouvait pas se permettre d'être découverte. Le cœur battant à tout rompre, elle se prépara à vivre les pires instants de sa vie.
« Où est Undertaker ? commença William.
-Ah euh... En vérité, je l'ignore complètement. Il ne me faisait pas vraiment confiance, je crois, alors il ne m'a jamais dit ce genre de choses. »
Richard ricana, Grell sentit l'étreinte de l'angoisse se desserrer, Éric et Alan se jetèrent des coups d'œil amusé et William soupira. Comme c'était étonnant ! Undertaker était intelligent, ça ne faisait aucun doute, et il n'aurait jamais pris le risque d'en dire trop à Alexander.
« Savez-vous qui est la deuxième personne qui était avec lui ?
-Je... Je sais qu'il est Noir.
-Merci, nous l'avions compris ! railla Éric.
-Personne n'a jamais voulu me dire son nom ! se défendit Alexander. Je sais juste que c'est un autre déserteur. En même temps, je ne vois pas l'intérêt de s'attarder sur un nègre ! »
Richard craqua et lui asséna un violent coup de poing, tant pour la trahison que pour son racisme insupportable au yeux de l'aîné. Le cadet tomba à terre dans un cri de douleur. Du sang coulait sur sa joue, à l'endroit où la bague de saphir et de platine, symbole des comtes, l'avait touché. Son aîné voulut se jeter sur lui, mais une main le retint. Il se retourna pour voir qui l'avait empêché et croisa les yeux verts et froids de William.
« Je sais ce que vous ressentez, comte. Mais il s'agit de votre frère malgré tout. D'autre part, je ne peux pas me permettre de le perdre. »
Richard se dégagea le poignet avec un regard vindicatif à l'égard du Shinigami.
« Sutcliff, veuillez emmener le comte de Phantomhive ailleurs s'il vous plaît. »
Grell se leva sans un mot et entraîna le bouclé avec elle. N'ayant nulle autre part où aller, ils s'installèrent dans la salle de bain, la rousse assise par terre devant la porte et Richard sur le rebord de la baignoire, fulminant et rageant contre son traître de frère. Il finit par s'en prendre à sa gardienne quand elle refusa de le laisser sortir.
« De toute façon, tu es comme les autres ! Tu en as rien à faire qu'Undertaker meurt ! »
Elle faillit lui répliquer que, bien au contraire, la vie de l'argenté comptait plus pour elle que n'importe quoi d'autre mais préféra répondre autre chose :
« Je sais parfaitement ce que tu ressens. Tu es dans un tel état de rage que tu as envie d'assassiner Alex. J'étais exactement dans le même cas pour l'affaire Jack l'Éventreur. J'étais dans une colère inimaginable face à ces femmes qui avortaient alors que moi-même ne pourrais jamais avoir d'enfant. Alors je les ai tuées. Je me suis défoulée sur elles, par vengeance et haine. C'est aussi simple que ça. Cependant, je te laisserais pas sortir parce que nous avons une énorme différence, toi et moi, en ce qui concerne le meurtre. Moi, je ne regrette rien. Je ne le referais plus, mais c'est plus à cause des conséquences que ça entraînerait pour moi. Je suis pas du genre à me dire que si je pouvais, je reviendrais en arrière. Au contraire, je me dis que je le referais avec plaisir... Toi, en revanche, tu le regrettas jusqu'à la mort et tu ne pourras même pas vivre avec ça. Ton âme-même restera à jamais marqué par ça, pour l'éternité. Alors là, je t'évite de faire la plus grosse connerie de ta vie. »
Richard fut étonné d'entendre Grell parler de la sorte. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle puisse faire preuve d'une telle sagesse.
« Mais il va donner notre protecteur... Tu n'as aucune idée de ce que ça me fait de penser qu'Undertaker pourrait mourir après tout ce qu'il a fait pour nous...
-Si, je sais exactement ce que tu ressens, murmura Grell avec une lueur de tristesse dans ses prunelles. Je... J'ai perdu celui qui m'a toujours protégée. Mon... Mon parrain est mort des épines de la Mort quand j'avais soixante-dix-sept ans. »
Richard n'osa rien dire de plus.
.oOo.
Pendant ce temps, Alexander s'était relevé, le visage ensanglanté, et pestait contre son frère qu'il qualifiait d'ignoble. Alan se chargea de vérifier qu'il n'avait pas de fracture de la mâchoire puis de lui faire un pansement. William soupira, exaspéré, remonta ses lunettes et reprit l'interrogatoire :
« Est-ce que vous savez au moins quelque chose ?
-Bien entendu. Undertaker nous a retrouvé tout simplement parce que mon frère lui a envoyé un sms avec notre adresse.
-Alors... Le comte et lui sont en contact ?
-C'est exact.
-Il possède donc son numéro de téléphone.
-De portable pour être plus exact. Et il me semble avoir vu le nègre lui donner aussi son numéro.
-Votre frère a-t-il son portable sur lui ?
-Oui, avec les numéros. Mais je sais qu'il ne les a pas enregistrés sous leurs vrais noms. J'ai fouillé une fois et je n'ai rien trouvé.
-Je m'en doute bien. Mais nous ferons dans ce cas tous les numéros de son répertoire jusqu'à trouver le bon puis nous localiserons l'appel. »
William alla ainsi toquer à la porte de la salle de bain pour dire à Grell et Richard de sortir. Quand le comte reparut, il jeta un coup d'œil meurtrier à son frère.
« Ce traître n'a sûrement pas dû vous dire grand chose, n'est-ce pas ?
-Il nous en a dit assez. Veuillez me remettre votre portable, je vous prie.
-Mon... Mon portable ? Pourquoi faire ?
-Je sais désormais que vous avez le numéro d'Undertaker et de son complice. »
À la surprise générale, Richard éclata de rire. Il finit même par en pleurer et dut essuyer les larmes qui coulaient en abondance. Lorsqu'il se calma enfin, il déclara :
« Mon dieu ! C'est dommage pour vous que je ne sois justement pas Undertaker ou vous auriez toutes les informations que vous vouliez après un fou rire pareil...
-Je vous jure... Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle...
-Je suis surdoué, Mr. Spears. Je suis capable de calculer de tête des équations à plusieurs inconnues sans les poser sur le papier et je tombe toujours juste. Je peux retenir des grandes quantités de données interstellaires et les mettre en relation les unes avec les autres sans le moindre ordinateur. Je récite de mémoire toutes les lois de la relativité et même d'ailleurs de la physique quantique en général tout en suivant un cours de Mathématiques et je saurais, malgré tout, tout ce qui y a été dit et saurais l'appliquer sans problème. Alors vous comprendrez bien que dans ces conditions, Mr Spears, je n'ai certainement pas besoin de mon téléphone pour retenir deux pauvres numéros. Mais si cela vous fait plaisir, voici mon portable. Vous pouvez vérifier, je prends soin à chaque fois de bien effacer toutes traces de mes contacts avec Undertaker et son complice. »
Prochain chapitre : "Sentiments ?"
Au programme, Alex piégé, Ronald assigné à résidence et rencontre avec sa famille.
A bientôt !
