Le cri de rage résonna dans l'esprit de Harry, sa cicatrice en forme d'éclair le brûlant légèrement. C'était la première fois que la connexion entre lui et Voldemort se manifestait depuis qu'il était arrivé à cette époque, mais il s'y était attendu : après avoir appris qu'il était un Horcruxe, en fait, il s'était étonné de ne pas avoir encore ressenti les émotions de son vieil ennemi à tête de serpent. Toutefois, il y avait autre chose dans cette rage. De la frustration, de l'impatience, de l'incompréhension et de l'avidité. Voldemort était confronté à quelque chose qui le blessait dans son orgueil, qui lui résistait inlassablement, mais qui le fascinait aussi. Harry n'eut pas besoin de voir dans son esprit pour en soupçonner la cause : l'enchantement de Midori. Les Serpentard continuaient à le surveiller à distance, il était donc indubitable que le sortilège d'Abolition du demi-démon n'avait pas encore été brisé. Or, si le Mangemort revenu d'Australie détenait encore des informations qui prouveraient que l'affaire « Ethan Potter » était plus que louche, Harry était à peu près sûr que ses camarades de classe chercheraient à lui faire cracher le morceau, ne serait-ce que pour s'illustrer aux yeux de Voldemort ou assouvir leur propre curiosité.

Près d'une semaine après la victoire de Gryffondor, difficilement acquise, sur Poufsouffle, Harry longea le couloir du rez-de-chaussée en massant sa cicatrice. A la sortie du cours de botanique, Alexa avait subitement annoncé une réunion, n'offrant même pas à ses camarades le temps d'aller reposer leurs sacs de cours. Que préparait-elle ? Il n'en savait rien, mais tant qu'il s'agissait de quelque chose concernant la Brigade, il ne s'inquiétait pas trop.

Ayant un peu traîné pour ne pas montrer la douleur que sa cicatrice lui infligeait, il arriva bon dernier, mais Alexa semblait avoir trouvé une occupation en l'attendant : gratifier Mogg d'une coiffure compliquée et élégante. Ana, assise sur son bureau, lui lança un regard amusé. Leur dîner aux chandelles en haut de la tour d'astronomie les avait rapprochés, la Serdaigle s'étant révélée presque aussi joyeuse que la splendide française et un peu dans la même situation que Ron. Elle n'avait certes qu'une sœur et un frère, mais ils avaient apparemment été d'excellents élèves, réussissaient partout où ils passaient, si bien qu'il était devenu primordial pour Ana de faire aussi bien qu'eux. Ils n'étaient peut-être pas encore de grands amis, mais elle n'hésitait plus à rire et à discuter avec lui en public.

− Et voilà ! annonça Alexa en tendant un miroir devant le visage de Mogg. Avec une coiffure comme ça, tu es si belle qu'il serait étonnant que même des filles ne tombent pas amoureuses de toi !

Mogg afficha une expression désabusée et posa le miroir sur son bureau, mais elle ne toucha pas à sa coiffure. Alexa, ravie de son travail, rejoignit son fauteuil alors que Harry s'asseyait sur le sien.

− Bien, dit-elle. Firagan ayant pris un mois de congés pour aller draguer, nous ne pourrons plus anticiper les cibles les plus menacées d'un méfait. Dumbledore m'a également fait part d'une baisse des agressions. Cela s'explique par deux choses : la première, c'est que le travail que nous avons effectué jusque-là a fait son effet, et la seconde, c'est que les élèves ont compris qu'il leur faudrait mieux préparer leurs attaques. Il faut aussi s'attendre à ce que des méchants jusque-là discrets interviennent personnellement.

− Tu oublies quelque chose : le premier tour du tournoi de duel commence la semaine prochaine, personne n'ira prendre le risque de se faire éliminer en commettant un simple méfait, fit remarquer Ana.

− C'est vrai, ils ne feront peut-être rien avant que le premier tour ne soit passé, mais tous les élèves ne sont pas inscrits à ce tournoi. Nous savons aussi que certains étudiants ont une grosse influence au sein du réseau des maniganceurs de méfaits : ils pourraient très bien utiliser ces non-participants pour parvenir à leurs fins. A propos du tournoi, d'ailleurs, je vous encourage à vous entraîner : c'est un moment décisif pour montrer votre potentiel. En battant Rogue, Ana rappellera à tout le monde que la vaincre en duel n'est pas à la portée de n'importe qui. Ethan et Lucretia, offrez un duel qui fera réfléchir les malveillants de faible détermination. A mon avis, ça nous prendra du temps pour soumettre notre autorité, mais c'est impératif que nous nous imposions comme une force inaccessible, supérieure et infaillible.

− Des types comme Mulciber ne nous reconnaîtront jamais, dit Harry.

− Je n'ai jamais parlé de reconnaissance, j'ai dit que nous devions nous imposer. Beauchesne ne nous reconnaît pas, mais il n'a pas pour autant chercher les problèmes avec nous quand on était à Beauxbâtons et ici. Par contre, je dois admettre que cet abruti de Mulciber est un sujet particulier. Bresch et Dumbledore ont bien conscience, comme tout le monde, qu'il finira bien par échapper au contrôle de ses amis, mais ils ne sont pas encore prêts à confier son cas à Leo.

− Mais ils pourraient le faire ? s'étonna quelque peu Ana.

− Tout dépend de ses mauvaises actions. Ses antécédents sont plus graves que ceux des autres garçons de Serpentard. Cette tentative d'agression sur Mary ne laisse planer aucun doute sur l'incapacité de Mulciber de contrôler ses propres émotions, de garder son sang-froid et de réfléchir à ses actes. Face à quelqu'un qu'il sous-estime et qui lui résiste, il est capable de céder à la tentation d'utiliser la magie noire. C'est une chose importante à garder en tête : quand un sorcier emploie la magie noire, il ne doute pas une seule seconde d'avoir un avantage certain sur son adversaire. D'ailleurs, Leo a prévu de faire une demande à Dumbledore pour qu'on puisse accéder à la Réserve sans avoir besoin d'une permission.

− Pourquoi ?

− Pour que nous sachions nous défendre. Nous sommes dans un pays en guerre, ni lui ni moi n'avons l'intention de rentrer en France après nos études, Ethan et toi voulez devenir Aurors et, comme vous avez pu le deviner, il y a risque certain que les Mangemorts cherchent à rallier les mystérieuses créatures à leur cause. Williams prévoit bien sûr des cours sur la magie noire et comment la contrer, mais ça ne suffira jamais à s'en protéger complètement. C'est pour ça que les mages noirs font tant de victimes : parce que la magie noire n'est pas assez étudiée pendant la scolarité.

Harry songea qu'elle marquait un point. Il n'aimait pas trop l'idée de s'intéresser à la magie noire, mais il était peut-être le mieux placé pour savoir que face à elle, les personnes à ne pas en avoir la moindre connaissance en payaient le prix. Pendant sa quatrième année, Cedric Diggory n'avait-il pas été sans défense ? L'année suivante, n'était-ce pas Hermione qui avait subi un maléfice sans pouvoir s'en protéger ? Katie Bell n'avait-elle pas été victime d'un collier ensorcelé ? Ron n'avait-il pas été empoisonné ? A bien y regarder, même lorsqu'ils étaient en septième année, les élèves ne faisaient pas vraiment le poids face à la magie noire, et Harry se demanda par quel miracle Ron, Hermione, Neville, Luna et lui s'en étaient sortis face à Bellatrix et les Mangemorts qui l'accompagnaient, la fois où ils s'étaient introduits au département des mystères.

− Au fait, où est Silver ? demanda Ana.

− Aucune idée, avoua Alexa d'un ton indifférent, il m'a juste dit qu'il avait un truc à vérifier. Bref, la réunion est finie et je dois prendre un bain pour enlever l'odeur de ces saletés de plantes. Tu veux venir avec moi, Chouchou ?

− Non merci…

Humpf ! C'est toujours la même chose avec les hommes : ils ne comprennent jamais les besoins des femmes et réclament à ce qu'on assouvisse les leurs ! Tu es un méchant Chouchou, Chouchou ! Ana, Lucretia, vous venez ?

− Je vais plutôt aller faire mon devoir de botanique, répondit la Serdaigle.

Humpf !

Non sans une certaine surprise, Harry vit Mogg hausser les épaules d'un air indifférent.

− Aha ! s'exclama Alexa, triomphante. Voyez ce qu'est la solidarité entre Brigadiers ! Chouchou, tu n'as pas le droit de te toucher en fantasmant sur mon bain avec Lucretia ou je t'oblige à me tripoter les seins tous les jours !

− Pourquoi il n'y a que moi qui suis menacé ?

− Parce que si Ana fantasme sur nous, elle nous rejoindra. Toi, tu ne pourras pas à cause de l'enchantement interdisant aux garçons d'accéder aux dortoirs des filles. Tu aurais dit oui, on aurait été dans la salle de bains des préfets. Maintenant, pleure, homme ! Tu aurais accepté, ce ne sont pas tes doigts que tu te mordrais, mais mes fesses !

Harry lança un regard désabusé à la française, alors que Mogg et Ana riaient en silence. Réprimant un soupir las, il se leva, réajusta la sangle de son sac sur son épaule et suivit la Serdaigle sous le regard exagérément méchant d'Alexa.

− Je crois que je ne m'y ferai jamais totalement, dit-il quand ils se furent assez éloignés.

− A ta place, je cèderais, ça la calmerait peut-être, dit Ana. D'ailleurs, je voulais te le demander pendant le dîner : pourquoi tu refuses tout le temps ?

− Je ne sais pas vraiment, admit-il. C'est… Je n'ai pas envie que ça se sache, que sa réputation devienne mauvaise, qu'elle ait des regrets dans les années à venir, que ça me fasse passer pour un profiteur… Ce genre de trucs, quoi. Et puis, même si je reconnais qu'elle est très attirante et que je l'apprécie beaucoup, ça me gênerait de… de répondre à ses caprices sans être son petit ami ou simplement l'aimer, tu vois ?

Ana acquiesça alors qu'ils franchissaient la porte du couloir et traversaient le hall d'entrée.

− C'est sûr que si tu cédais et que ça s'apprenait, qui sait ce que les mentalités moyenâgeuses en diraient, mais je suis assez d'accord avec Alexa : tout être vivant a des besoins et demande à les assouvir. Si tu ne te sens pas à l'aise avec ça, c'est dans ton droit, bien sûr… Tu montes ?

− Oui, j'irai poser mon sac plus tard, rien ne presse, dit Harry en la suivant dans l'escalier de marbre. Au fait, est-ce qu'elle a une préférence pour les filles, Mogg ? Ash m'avait parlé de certaines ambitions assez érotiques vous concernant, Lily et toi, et comme elle a accepté de prendre un bain avec Alexa…

Ana partit à rire alors qu'ils grimpaient le Grand Escalier.

− Non, assura-t-elle. Il est vrai que lors de notre quatrième année, à ce que m'a racontée Nadège, elle a ressenti une franche attirance envers Lily. Elle aimait particulièrement son tempérament, sa façon d'être et plus que tout, elle adorait la regarder se conduire comme une mère ou une grande sœur avec Ninie. Mais ça lui est passé. Ce que Kenny t'a dit, c'est une rumeur que Tara, Berenis et Nadège ont lancée pour essayer de réduire le nombre de soupirants de Lucretia.

Harry hocha la tête, mais nota subitement un détail.

− Tu les appelles par leurs prénoms ? Tu t'entends bien avec elles ? A part Sainton, je sais que son frère et le tien sont amis ou se connaissent très bien, mais pour les autres…

− Oh, Berenis a toujours été très gentille, raison pour laquelle elle est si mal vue par Mulciber. Tara, en général, elle ne fait que me taquiner en disant qu'elle aimerait bien me prêter un peu de sa taille si je lui prête un peu de ma poitrine. Et Lucretia, je ne la connais vraiment que depuis que nous avons intégré la Brigade : nos problèmes de soupirants sont un sujet que nous avons en commun, ça nous a facilité les choses pour s'entendre. Mais pour en revenir au bain d'Alexa et de Lucretia, ce n'est rien. Les vraies amies n'ont aucun complexe à se laver ensemble. Ninie, par exemple, n'est jamais seule dans son bain. Mary, Lily, Aurelia et moi nous relayons pour l'accompagner.

Harry ouvrit la bouche, la referma, hésita quelques secondes alors qu'ils dépassaient le troisième palier, puis se lança :

− Que lui est-il arrivé ? A Leonie ?

Ana parut s'assombrir l'espace d'une brève seconde.

− Je ne peux rien dire. Ce n'est pas à moi de le faire, en tout cas, mais ne pose pas trop la question : c'est un sujet sensible, même auprès des professeurs. Et même si tu le découvres, je te déconseille vivement d'en parler.

− D'accord, répondit Harry, très intrigué.

Son intuition était donc juste : l'attitude enfantine de Leonie n'avait rien de naturel, il s'était vraiment passé quelque chose pour qu'elle devienne ainsi. Un traumatisme, sans aucun doute, ce qui signifiait que s'il voulait découvrir le secret de la petite brune, il lui faudrait fouiller les anciennes éditions de La Gazette du sorcier. A moins que Lorca ne connaisse déjà la vérité à ce sujet ?

− Je vais à la bibliothèque, annonça Ana. Toi aussi ?

− Heu… non, je continue.

− Ok, à plus.

− A plus tard.

Poursuivant son ascension, il atteignit le septième étage et se concentra sur sa magie intérieure pour la faire voyager jusque dans ses oreilles, étendant son ouïe tout en ressentant cet insupportable fourmillement qui s'intensifiait au fil des couloirs que Harry parcourait. Apparemment, la bande de Rogue ne surveillait pas la réunion de la Brigade et n'avait donc pas pu le suivre à travers sa montée du Grand Escalier. Relâchant sa magie, la démangeaison douloureuse se dissipant, il profita d'être à deux couloirs de celui de Barnabas pour tirer sa baguette magique.

Hermès !

Une lueur argentée, semblable à un Patronus raté, jaillit aussitôt de sa baguette et fila à toute vitesse, traversant le sol aussi facilement qu'un fantôme. Ce sortilège était décidément bien utile, songea-t-il. Au moins, il avait l'assurance que seule Lorca le verrait et l'entendrait.

Lorsqu'il arriva dans le couloir de Barnabas le Follet, Lorca apparaissait tout juste dans l'habituel panache de fumée noire, mais dans une tenue totalement différente de celle à laquelle les élèves étaient habituées : elle était portait une longue robe de tissu fin et noir, fendue au niveau de la jambe gauche et exposant un décolleté qui laissait clairement deviner que la Nehoryn ne manquait pas de poitrine.

− Vous… vous allez à une soirée ? demanda Harry, pris au dépourvu.

− Plus à une célébration. Avarlan est une fête de mon peuple durant laquelle nous rendons hommage aux forêts qui abritent nos villages… ou les abritaient, plus exactement. Bref, votre message tombe plutôt bien, car Midori a peut-être une idée pour que vous puissiez utiliser votre magie démoniaque. Si vous me permettez, je vais me changer et je vous rejoins dans la Salle.

− D'accord.

Et elle disparut dans une nouvelle explosion obscure. Harry, enthousiaste à l'idée de découvrir l'idée de Midori, se hâta de faire apparaître la porte de la Salle sur Demande pour retrouver la pièce où l'AD se réunissait, dans une autre vie. Posant son sac de cours sur la table basse, il parcourut les bibliothèques du regard. Et si c'était ici, le meilleur endroit pour s'entraîner au vu du premier tour du tournoi de duel ? Il se doutait que Mogg était plus douée qu'elle ne voulait bien le faire croire, et même si Alexa avait humilié Chambers avec facilité, Harry se méfiait du sixième année de Serpentard. Toutefois, il y avait une salle particulière qu'il avait en tête : celle des objets volés, où les immenses étagères débordaient de vieux manuels contenant plus que probablement des sortilèges insolites, certains qui se révéleraient sûrement très dangereux, mais d'autres dont il pourrait se servir.

Lorca ne tarda pas, revêtue d'une robe de sorcière, et entra dans la Salle sur Demande, un flacon rempli d'une potion d'une splendide couleur flamboyante.

− Qu'est-ce que c'est ?

− Une potion fabriquée à partir du sang de Midori.

Son sang ?! s'exclama Harry, déconcerté.

− Elle devrait me conférer momentanément la puissance de Midori. Vous l'avez peut-être remarqué quand il vous a soumis à son sortilège d'Intimidation : bien que surpris par sa violence, vous avez commencé à vous redresser. En d'autres termes, la magie démoniaque est la seule chose qui puisse obliger la vôtre à se réveiller. Que vous en ayez conscience ou non, vous êtes déjà à un stade relativement avancé dans l'enseignement de Damar : votre magie intérieure a pris le dessus sur la démoniaque et la bloque d'une façon ou d'une autre.

− Et… et comment ça marche ? Je veux dire… Qu'est-ce qu'on va faire ?

− Une Résonnance.

Le sourire taquin de Kirya flotta devant le regard de Harry lorsque l'Umidareens avait évoqué une anecdote croustillante à propos d'une Résonnance confrontant Lorca et Midori.

− Heu… Vous en êtes sûre ?

Lorca lui lança un bref regard désintéressé.

− Vous craignez pour nos vêtements, affirma-t-elle en interprétant parfaitement ses pensées. Ne soyez ni pudique, ni gêné, Ethan : nous sommes ici pour vous aider à devenir un demi-démon, peu m'importe que vous me voyez nue, que vous ayez un élan de désir au niveau du bas-ventre ou qu'il me faille m'offrir à vous si ça vous permet de réveiller vos gènes démoniaques. Face à Anteras, tous les moyens sont bons pour former des alliés. Midori en est l'exemple incarné : il ne séduit pas toutes ces femmes seulement parce qu'elles lui plaisent, mais parce qu'elles peuvent lui fournir des informations. En outre, j'aurai aussi la puissance d'un demi-démon, il est donc possible que la Résonnance n'ait aucune conséquence, alors nous ne savons pas du tout ce qu'elle engendrera.

Harry opina, admettant qu'il s'était peut-être un peu trop vite inquiété, mais il était quand même surpris et anxieux face à la détermination de Lorca. Même s'il ne la connaissait pas vraiment, il savait qu'elle n'était pas du genre à plaisanter et trouvait assez angoissant qu'elle puisse se résigner à coucher avec quelqu'un si cela permettait de mettre des bâtons dans les roues de l'Ennemi. A quel point Anteras était-il puissant ? A quel point était-il redoutable ? Certes, il avait détruit deux mondes, mais à l'heure actuelle, il fallait reconnaître qu'il était plutôt discret. Sa grande offensive, celle dont parlait Cataara, était-elle prête à être lancée ?

Non, affirma Harry. Tant qu'il utiliserait ses gerfauts, Anteras ne lancerait aucune véritable grande offensive. Tant qu'il se contenterait de diviser ses forces, il ne serait pas vraiment entré en guerre contre l'Alterion. La guerre ne commencerait qu'au moment où le Démon y participerait personnellement, physiquement. Et ce jour-là promettait déjà d'être terrible.

− Pour ce qui est du fragment d'âme, reprit Lorca en ramenant par la même occasion Harry à la réalité, Midori aura besoin de l'examiner. Comme Kirya l'a signalé, le Horcruxe relève d'une forme de magie propre à votre monde, il aura besoin de le voir par lui-même pour se faire une opinion. Ooghar, Cataara et Uvon sont déjà penchés sur diverses solutions, mais il paraît improbable que nous puissions vous l'extraire.

− Dans ce cas… comment je vais faire ? Tant que ce fragment d'âme m'habitera, Voldemort ne sera pas mortel…

− J'ai longuement parlé de Dumbledore à Prerian, Alyphar et Ooghar. Comme vous le leur avez affirmé, ils considèrent cet homme comme un allié qui nous serait très précieux. Prerian suggère qu'une fois que nous lui aurons présenté l'Alliance, vos origines lui soient révélées.

− Vous voulez dire…

− Vous vivez avec un très lourd fardeau, Ethan. Vous êtes fort mentalement, c'est indéniable, mais vous ne l'êtes pas assez pour vous débarrasser de votre passé. Même si vous vous comportez comme un simple ami avec Miss Evans, vous n'avez pas trouvé la force de la considérer comme une camarade, et non comme votre mère. C'est pire avec votre père, notamment parce que vous n'avez pas réussi à créer un lien amical avec lui. Dumbledore a joué un rôle important dans votre ancienne vie, il est le mieux placé pour entendre la vérité sur votre compte.

Harry en avait bien conscience, mais quelque chose le gênait. Un souvenir pas si lointain et pourtant, qui lui paraissait bien ancien : la nécrologie faite par Elphias Doge, dans laquelle il avait découvert que Dumbledore avait eu une sœur morte jeune, une mère tragiquement tuée dans de mystérieuses circonstances et un père incarcéré à Azkaban pour l'agression « sauvage » de trois Moldus. Il n'avait jamais su ça du vivant du Dumbledore de son ancienne vie. De mémoire, en fait, ils n'avaient rien fait d'autres que de parler de Harry, malgré qu'ils eurent tous les deux connu des drames familiaux. Dumbledore méritait-il la vérité sur le Serpentard, au final ?

− Un problème ?

Harry leva les yeux sur Lorca et eut un petit sursaut. La Nehoryn le fixait avec les mêmes yeux que Midori. Elle avait bu la potion pendant qu'il cogitait, hésitait, s'interrogeait.

− Non, dit-il en se remettant de sa surprise, mais je préférerai être le seul à choisir le moment quand il faudra tout expliquer à Dumbledore.

− Je le ferai savoir à Alyphar, promit Lorca. Avez-vous des questions ou nous commençons ?

− J'en ai une, reconnut Harry. Où en est-on avec la bague de Gaunt ?

Lorca réfléchit un court instant, fouillant dans sa mémoire.

− Nous n'avons pas encore réussi à identifier le maléfice, mais il est indéniablement mortel. Nous avons demandé l'aide de John Guard. Aux dernières nouvelles, il était entré en contact avec une ancienne camarade adepte de magie noire qui lui avait toujours manifesté la plus grande sympathie. Nous n'attendons plus qu'un retour de sa part.

La Salle sur Demande et Lorca disparurent des yeux de Harry, qui plongea dans ses souvenirs. Assis face à Dumbledore au moment où ils discutaient des Horcruxes, après avoir récupéré le véritable souvenir du professeur Slughorn sur sa discussion avec Jedusor, il se remémora les propos du directeur au sujet de la bague de Gaunt qui l'avait blessé : « Pardonne-moi mon manque apparent de modestie mais, sans mes prodigieux pouvoirs et sans l'action opportune du professeur Rogue lorsque je suis revenu à Poudlard, très gravement blessé, je ne serais peut-être plus là pour te raconter cette histoire. »

Il y avait là quelque chose d'étrange. Harry les sentait : les pièces du puzzle commençaient à se mettre en place, mais il lui restait encore des incertitudes. Si ce maléfice dissimulé dans la bague était la cause de la main blessée de Dumbledore et qu'il était mortel, pourquoi Rogue aurait-il aidé Dumbledore à s'en sortir pour finalement le tuer ? S'agissait-il d'une manœuvre ? Voldemort ayant confié le soin de tuer le vieux sage à Drago Malefoy, Rogue s'était-il senti obligé de sauver le directeur ? Ca ne collait pas, pensa Harry. Rogue avait tué Dumbledore à la place de Malefoy, il se souciait vraiment d'épargner cette tâche au fils de son ami Lucius… alors quoi ?

Harry secoua la tête pour s'éclaircir les pensées. Il n'avait pas le temps d'y réfléchir, pour le moment. Il avait l'impression d'avoir la réponse sur le bout de la langue, d'avoir toutes les pièces permettant de reconstituer le puzzle « Severus Rogue » et la confiance absolue que Dumbledore lui avait accordée dans une autre vue, mais ce n'était pas l'heure.

− Vous paraissez troublé, commenta Lorca.

− Ce n'est rien, je suis prêt.

Ils s'assirent sur les gros coussins, face à face, et se prirent mutuellement les mains.

− Ne faîtes rien, dit la Nehoryn. Si Midori a vu juste, vos gènes démoniaques devraient réagir aux « miens ».

Harry hocha de nouveau la tête et regarda le point invisible où apparaissaient habituellement les éclairs signalant le choc de leurs deux magies intérieures. Alors que par le passé, ils étaient apparus petit à petit, ils furent extrêmement nombreux dès les cinq premières secondes, grésillant bruyamment en tournant autour d'un centre de gravité invisible, parvenant presque à faire apparaître une sphère entière et pleine. Ils avaient tous la même couleur flamboyante, semblable aux iris de feu encerclant les pupilles de Lorca.

Celle-ci fronça légèrement les sourcils, son regard « midorien » s'accentuant dans un effort de concentration, et un éclair se précipita sur elle pour déchirer sa robe d'une hanche à l'autre, faisant apparaître son ventre plat et pâle. Appréhendant un peu la puissance des éclairs, Harry eut bientôt autre chose à laquelle penser alors que sa manche droite était déchiquetée sur toute sa longueur : quelque chose montait en lui, une espèce de chaleur indéchiffrable qui émanait de sa poitrine et s'empressait de rejoindre ses épaules pour dégringoler le long de ses bras et rejoindre le bout de ses doigts.

Dès qu'ils arrivèrent à destination, il y eut un flash aveuglant et une force invisible, comme une main gigantesque, souleva Harry pour le projeter en arrière comme s'il avait été une simple plume. Il atterrit douloureusement sur le sol dallé, l'air dans ses poumons se vidant d'un seul coup, et resta étendu en essayant de retrouver son souffle. Son épaule le lançait, mais il n'eut pas le temps de s'en inquiéter et, battant frénétiquement des paupières, parvint à chasser son aveuglement. La Nehoryn n'était pas blessée, elle s'avançait même déjà à sa rencontre.

− Il semblerait que Lathar ait été plutôt généreux, commenta-t-elle. Vous êtes blessé ?

− Non… Que voulez-vous dire par « plutôt généreux » ?

Lorca leva une main et fit surgir de nulle part un miroir qu'elle présenta juste devant Harry. Décontenancé, celui-ci vit son visage, exactement le même que celui des autres jours, mais ses yeux avaient totalement changé : ils étaient à présent rouges, entièrement rouges, mais ses iris étaient devenus des étoiles dorées à quatre branches. Ca lui faisait un regard assez troublant, voire même terrifiant.

− Est-ce que… ?

Il n'eut pas le temps d'achever sa question, car ses yeux revinrent à la normale.

− Nous savons certes peu de choses sur Lathar, mais Byr décrivit ses yeux de la même manière que sont les vôtres lorsque vos gènes démoniaques se réveillent. Le fait que vous ayez les mêmes que les siens est éloquent : vous pouvez prétendre être son fils. La question est de savoir à quel point. Midori n'a pas eu le temps d'examiner la Pierre de Pouvoir à votre époque : si celle que Miss Evans possède a conservé ses pouvoirs, il pourrait nous donner une idée de l'ampleur de l'héritage que Lathar vous a légué.

− Et comment fait-on pour y avoir accès ?

− A vous de me le dire.

Harry réprima un grognement. Il ne connaissait qu'un seul moyen d'y avoir accès, et il s'agissait d'Alexa. Aussi avide que fascinée par la broche de Lily, la belle française aspirait à la lui emprunter pour Halloween afin de compléter son costume. Et bien qu'on lui eût fait remarquer que les élèves n'étaient pas censés se déguiser lors de cette soirée, la Reine s'en fichait. Tout comme elle faisait remarquer Silver portait des bottes non réglementaires à l'uniforme de Beauxbâtons, elle était décidée à se présenter dans une tenue non réglementaire pour Halloween.

Toutefois, Harry en était bien conscient, Alexa exigerait une compensation à toute requête de sa part… et la connaissant, il lui paraissait peu probable que ladite compensation soit épargnée par les étranges délires de la française.

− Miss Fellini, hein ? dit Lorca, perspicace.

− J'aurais préféré quelqu'un d'autre… Ou plutôt, un autre moyen.

− Comme Prerian vous l'a déjà dit : la guerre exige des sacrifices. Et comme je vous l'ai signalé, vos envies ne valent rien, Ethan. Je comprends très bien que vous vouliez avoir votre mot à dire, que vous désiriez intervenir sur notre stratégie, ou bien la critiquer, mais le fait est que nous ne faisons pas tout ce que nous voulons. C'est triste et injuste, mais c'est comme ça. S'il vous déplaît tant que ça d'avoir recours à Miss Fellini, trouvez une autre solution. Si vous n'en avez pas, ne râlez pas.

− Je ne râle pas !

− Je le sais bien, répliqua Lorca d'un ton neutre, je voulais juste éclaircir les choses. Alors ?

Harry inspira profondément.

− Je demanderai à Alexa.

− Fort bien. Dernière chose : n'essayez surtout pas d'utiliser votre magie démoniaque avant quelques jours. La méthode de Midori était sauvage et brutale, vous risqueriez de vous blesser si vous cherchiez à la contrôler.

Quelques jours ? Combien ?

− Au moins cinq.

Harry réprima un soupir las, alors que Lorca disparaissait dans un nouveau panache de fumée noire. Seul, cependant, il put enfin se concentrer sur la première idée qu'il avait eue à son arrivée. Certes, le fragment d'âme le tracassait toujours, comme le problème qu'il rencontrait avec sa magie démoniaque ou faire appel à Alexa pour obtenir la broche de Lily, mais il n'avait pas le temps pour se soucier de ces soucis : le premier tour des éliminatoires du tournoi de duel étaient dans une semaine, et il lui fallait absolument faire ses preuves.

Il ne vit absolument pas le temps passer. Les bibliothèques regorgeaient de livres contenant de sortilèges de défense contre les forces du Mal assez impressionnants et compliqués. Certains ouvrages étaient gribouillés par d'anciens élèves qui avaient cherché à apporter leur collaboration afin de les renforcer et les perfectionner. En plusieurs heures, Harry eut toutes les peines du monde à en maîtriser un : le sortilège de Contrôle, qui permettait de prendre possession du sort d'un autre. A la très grande surprise de Harry, l'écriture sèche et droite qui révélait l'existence de ce sortilège portait la signature de « H. I. Lindon », sans nul doute possible l'un des ancêtres de la séduisante Poufsouffle.

Bien qu'il fût relativement simple de l'employer, le maîtriser correctement en tant que sortilège informulé occupa un temps considérable. Concentré sur son objectif, il ne s'arrêta qu'une fois satisfait et, jetant un œil à son montre, eut un sursaut : il ne s'était pas rendu compte qu'il avait raté le dîner ! Se précipitant vers son sac de cours pour le passer à son épaule, il porta une main à son cou pour que Vallys s'y faufile.

− Désolé, je n'ai vraiment pas…

L'important est que tu progresses, coupa la darderan. Nous rentrerons peut-être plus tard qu'à l'ordinaire avec Hedwige demain, mais elle te dirait la même chose que moi : concentre-toi sur ton entraînement, pas sur nous.

Harry sourit, franchement touché par ces soutiens, et sortit de la Salle sur Demande. Hedwige attendait sur le rebord d'une fenêtre et hulula gaiement en les retrouvant.

− Désolé, répéta Harry en caressant la chouette, alors qu'il permettait à Vallys de se faufiler sur le dos de l'oiseau. Chassez prudemment, toutes les deux ! Vallys, où en sont tes barrières ?

Il faut que je les dresse de nouveau. L'air sent la pluie, elles ont dû être détruites.

− Fais vite, s'il te plaît.

La darderan hocha la tête et, après un dernier hululement, Hedwige s'envola dans la nuit. Harry referma la fenêtre, pestant contre lui-même. La protection que Vallys apportait était nécessaire, voire même vitale ! S'il avait été plus attentif, il n'aurait pas retardé son départ à la chasse, il n'aurait pas été surpris par l'heure, il aurait eu conscience de la pluie qui s'était abattue sur la région ! Prenant le chemin du Grand Escalier, il se perdit dans ses pensées. Il avait commis une grave erreur : l'Ennemi se préparait à lancer une attaque conséquente et il s'était uniquement concentré sur son entraînement, après tout ! Il lui fallait s'organiser, opter pour des entraînements diurnes chaque fois qu'il aurait…

Ses pensées furent interrompues par un choc soudain qui le projeta au sol. Il eut tout juste le temps d'apercevoir le blason de Gryffondor sur la robe de sorcier avant qu'un millier d'étoiles n'explose dans ses yeux.

− Chouchou ! protesta la voix d'Alexa. Quitte à me faire du rentre-dedans, fais-le tout nu !

− Très d-d-drôle, balbutia Harry en secouant la tête.

Il parvint enfin à recouvrer la vue, il vit la Serpentard assise en face de lui. Visiblement, elle aussi avait été projetée au sol, et à en juger par la culotte bleue qu'elle portait, elle avait respecté le choix de Harry sur ses sous-vêtements du jour. Alexa se releva en même temps que lui et l'attrapa par la main.

− Vite ! s'exclama-t-elle en s'élançant dans le couloir le plus proche. Leo m'a envoyé un message urgent !

− Hein ? Quelle urgence ?

− Aucune idée. Il m'a juste dit : « Y a une invasion dans le hall d'entrée, on dirait. »

Au ton employé, proprement désinvolte, Harry eut peine à croire qu'il y avait une quelconque urgence, mais il laissa Alexa le traîner jusqu'au Grand Escalier afin d'en dévaler les marches.

− Tu étais où, pendant le dîner ? interrogea la splendide blonde. Je t'ai cherché partout !

− Je m'entraînais et je n'ai pas vu l'heure passer…

− C'est bien, Chouchou ! Pour cette fois, je te pardonne, mais à l'avenir, préviens-moi quand tu vas t'entraîner. Même Tara se demandait si tu n'avais pas été victime d'une attaque.

− Gardner ? s'étonna Harry, sceptique, alors qu'ils passaient le cinquième palier.

− Ne sois pas si pessimiste ! Tu es plus apprécié que tu ne le penses. Je sais même qu'une sixième année de Poufsouffle ne demande qu'à se retrouver en tête-à-tête avec toi pour te déclarer sa flamme, qu'une cinquième année de Serpentard adorerait que tu lui manifestes un peu d'intérêt et que Tara aimerait beaucoup que tu la regardes dans les yeux. Même Ninie accepterait que tu sortes avec Ana si tu lui offres une peluche en forme de chauve-souris !

Harry roula des yeux. Certes, il ne pouvait nier qu'être ainsi désiré lui faisait plaisir et le surprenait, mais il n'imaginait pas une seule seconde Gardner s'intéresser à lui tout comme il ne comprenait ce qu'une peluche en forme de chauve-souris serait un encouragement pour Ninie à lui offrir l'opportunité de sortir avec Ana, qui ne l'intéresserait qu'amicalement.

Il n'eut pas le temps de cogiter là-dessus plus longtemps, cependant, car ils atteignirent le sommet de l'escalier de marbre – et assistèrent au spectacle le plus improbable que Poudlard ait jamais vu. Un massacre. Un véritable massacre, même. Corps, bras, têtes, jambes étaient éparpillés partout. Un sang noir traçait des éclaboussures et de longues traînées sur le sol dallé tout comme sur les murs. Harry reconnut sans peine les Lorods que lui avait dessinés Ooghar au mois d'août : de petites créatures à l'air chétif, le ventre rond, le crâne chauve et les griffes acérées. Mais contrairement au dessin magique du Mage, Harry put remarquer qu'elles avaient la peau noire, semblable à du latex à la lueur des torches, et des yeux rouges aux pupilles étroites, verticales. Au milieu du carnage, il repéra Silver, recouvert de sang noir et étalé de tout son long sur le sol dallé, les bras en croix.

− Sil…

Alexa plaqua une main sur sa bouche pour lui intimer le silence, le regard rieur. Rieur ?! s'étonna Harry. Le prenant par la main à nouveau, elle descendit aussi silencieusement que possible les marches, puis traversa les mares de sang sur la pointe des pieds, Harry l'imitant sans comprendre ce qui la réjouissait autant.

Ils arrivèrent au niveau de Silver. Il ne présentait aucune blessure apparente et sa poitrine se soulevait à un rythme régulier, lent, comme s'il avait été endormi. Alexa s'agenouilla en souriant de plus belle et plaqua ses lèvres sur celles du Gryffondor, qui se réveilla en sursaut.

− Ah, merde, dit-il d'une voix pâteuse trahissant une certaine consommation d'alcool, je me suis endormi. Ah, c'est toi, la Perverse de la Mort…

− Je t'emmerde, abruti ! répliqua froidement Alexa en lui assénant une violente tape derrière la tête.

− Ne sois pas si dure avec toi-même, il en faut plus pour m'emmerder, assura Silver.

Harry fixa le Gryffondor avec le plus grand ahurissement. Endormi ? Il s'était simplement endormi ?! Au beau milieu des cadavres de tous ces Lorods ?! Il ignorait totalement si c'était l'offensive que préparait Anteras, mais la seule idée que Silver ait pu se débarrasser de toutes ces créatures à lui seul… A quel point était-il dangereux ? Quel terrible maléfice avait-il utilisé pour se débarrasser de tous ces gerfauts ? Certainement pas de quelque chose relevant du système scolaire, Harry n'en doutait pas une seule seconde.

− Ah, chiottes, je me suis un peu emporté, on dirait, commenta Silver en lançant un regard vitreux autour de lui. Ethan, fais en sorte que le vieux dirlo croit que c'est toi qui les as tués ou je vais m'en prendre plein la poire…

Il fut interrompu par un éclair de lumière rougeâtre qui le frappa derrière le crâne.

Tch ! grogna-t-il.

− Ne dis pas « Tch ! », espèce d'abruti ! tonna le professeur Bresch.

Accompagné de Dumbledore et des professeurs McGonagall, Sinistra et Flitwick, il descendait les marches de marbre tout en fusillant du regard la nuque du Gryffondor, visiblement furieux.

− Je t'ai interdit de faire usage de la magie noire ! gronda le directeur de Beauxbâtons.

− Ce n'était pas de la magie noire, c'était de la magie de la Mort, prétendit Silver d'une voix mal assurée.

− Tu penses vraiment que je vais croire ça ?

− Sur ma tête, si je mens, Alexa montrera ses seins à toute l'éco…

Un deuxième jet de lumière fusa et le heurta à la tête, mais il venait cette fois-ci de la magnifique Serpentard.

− Nous ne pouvons ignorer que Silver a été d'une grande aide, n'est-ce pas ? dit le professeur Flitwick de sa voix flûtée. Je n'approuve certes pas ses méthodes, j'ignore même quel maléfice il a utilisé, mais pensez à Miss Fellini et Potter, Aurélien : ils auraient pu être blessés, voire pire.

Harry sentit quelque chose monter en lui, mais ce n'était pas sa magie démoniaque, cette fois : c'était autre chose, quelque chose qu'il avait compris, qu'il voulait respecter, comme une idée qu'il souhaitait absolument défendre.

− Pardonnez-moi, mais je suis d'un avis contraire ! lança-t-il.

Les professeurs et Alexa se tournèrent vers lui. Il vit Mogg, qui émergeait des sous-sols, s'arrêter sur le palier. Silver, pour sa part, resta immobile, mais Harry sentit qu'il était attentif.

− Il est des situations où le choix que le commun des sorciers considère comme « le plus acceptable » n'est plus de ressort, déclara-t-il. Nous méprisons les Mangemorts quand ils tuent, mais nous n'avons pas le même regard sur les Aurors quand ils tuent des Mangemorts. S'il est une chose que j'ai apprise au sein de la Brigade, c'est que notre conception des choses n'a rien d'une vérité universelle. Silver a peut-être utilisé la magie noire pour vaincre toutes ces créatures, mais il a surtout évité qu'il y ait des élèves et des professeurs blessés. La magie noire n'est noire seulement parce qu'on lui donne cette couleur…

Il y eut un silence. A la porte menant aux sous-sols, Mogg parut assez surprise, alors qu'à sa gauche, Alexa paraissait prête à se jeter sur lui. Bien qu'il tournât le dos à Silver, Harry sentit son sourire satisfait, comme s'il lui reconnaissait une véritable et authentique personnalité de Brigadier. Mais ce fut sans nul doute le regard bleu électrique que Dumbledore lui adressa par-dessus ses lunettes en demi-lune, que le Serpentard apprécia le plus. Ce fut toutefois le professeur Bresch qui se manifesta le premier :

− Il faut reconnaître qu'Ethan soulève un détail : nous n'avons aucune preuve que Leo ait été à l'origine de ce massacre…

− Effectivement, approuva le professeur Sinistra. Miss Fellini, Potter, peut-être devriez-vous rejoindre la salle commune de Serpentard.

− Quant à vous, Silver, il serait peut-être temps que vous fréquentiez la tour de Gryffondor, suggéra sa directrice.

− Ah, ça me gonfle…

− Fais ce qu'elle te dit, p'tit con ! gronda le professeur Bresch.

− J'allais le faire, mentit Silver en se relevant.

− Il serait préférable que vous tous retourniez à vos salles communes, dit Dumbledore. Y compris vous, Lucretia.

L'intéressée réprima un sourire et disparut dans l'escalier avant que Harry et Alexa l'aient rejointe. Le Serpentard lança un regard par-dessus son épaule pour regarder Silver s'étirer paresseusement, indifférent au sang noir qui le recouvrait ou même aux cadavres démembrés qui l'entouraient.

Le Dieu de la Mort, hein ?! se dit-il.