Base : Bleach

Genre : romance, angst

Statut : sans vouloir être décevant, il n'y aura pas quarante chapitres

Rating : pas pour les enfants (y'a des gros mots) walller... on va dire M.

Pairing : Byakuya/Renji (et l'inverse)

Disclaimer : naaaooonnn ! ils sont pas (pleure) mais alors pas du tout (snirfle) pas du tout à nous (ooouuuiiinnn) mais à Tite Kubo et lui seul (va mettre fin à ses jours).

NA IMPORTANT : vachement important en effet : le rythme d'écriture s'est stabilité à un chapitre par mois (c'est long, oui, mais au moins ça tombe chaque mois avec certitude !) : chacune de nos fics est publiée un dimanche du mois. 40 jour est publié le premier dimanche du mois, Huis Clos, le deuxième, 100 choses, le troisième... Maintenant, ça règle définitivement le problème des retards de publication : y'en aura plus. Merci de votre attention, de votre compréhension, de votre soutien et enjoy the reading !

NA : ce chapitre est dédié à Candy et ses bouclettes moches ! Vengeance pour tous les machos du monde ! [ce chapitre a été écrit sous l'influence de diverses substances illégales, si certains passages vous semblent bizarres, c'est normal]


QUARANTE JOURS ET UNE RECHUTE !


Le devoir I

« un ami fidèle n'a pas de prix, on ne saurait en estimer la valeur »

Ecc. VI, 15


Byakuya soupira sans retenue . Il s'en foutait, il était seul, personne pour le voir se languir. Car, oui, malgré tout ce qui a pu être écrit et tout ce qui sera écrit un jour o l'autre sur le glorieux capitaine de la sixième division, quand il est seul, il est déjà un peu moins classe.

L'anniversaire de la onzième division. Oui, effectivement, il avait déjà eu des échos d'une telle tradition, un genre de « tous les dix ans, on se souvient qu'on est la division des bourrins ». Mais franchement, Renji n'était plus un officier de cette division de malades mentaux, il faisait partie du monde civilisé maintenant, pourquoi retourner parmi les primates ?

Quoique... Byakuya se renfrogna encore un peu plus (si si si c'est possible) et baissa les yeux sur le formulaire qu'il tentait vainement de lire en entier depuis le début de la matinée. Quoique ce n'était pas plus mal que Renji prenne un peu le large, le temps qu'il se fasse à l'idée plus que dérangeante d'un vice-capitaine « fou de lui ».

Jamais... Jamais avant, il n'avait sérieusement pris l'attrait de son vice-capitaine pour de l'amour. Enfin, jamais il n'avait pensé que ça pourrait aller jusqu'à là.

Okay, il faut savoir que dans cet état de déni extrêmement avancé, Byakuya Kuchiki, le très noble héritier de la plus noble encore famille Kuchiki avait atteint un point de non retour. Difficile de nier avec la plus fervente mauvaise foi ce qui paraît indéniable. Pour simplifier les choses et pour l'empêcher de sombrer dans la plus profonde dépression, il trouva bon d'engager un dialogue avec lui-même. Disons qu'il se fit vivement interpeller par ce qui lui sert de conscience (rappelons que le type a failli laisser exécuter sa sœur unique et préférée, alors niveau conscience, faut pas s'attendre à du level). Voyez plutôt le dialogue intérieur (en même temps, être à l'intérieur de Byakuya, y'en a qui tueraient pour ça... amis de la poésie bonsoir).

« Tu es un imbécile, t'avais qu'à lui sauter dessus quand il était encore couché et nu dans un lit !

(oui, la conscience, elle est comme ça, elle a peur de rien).

- Impossible.

- Quoi ? De quoi t'as peur ?

- De rien !

- Vraiment ? Alors qu'est-ce qui t'empêche de lui tomber dans les bras et de lui dire que toi aussi tu crève d'amour pour lui ?

- Je n'en suis même pas sûr moi-même...

- Conneries !

- Oh !

- Tu as peur Byakuya Kuchiki, tu es terrifié par l'idée que tu puisses aimer quelqu'un après Hisana. Tu as peur de ne pas savoir aimer, tu as peur de perdre ce que tu aimes. Tu as plus peur de ton amour pour lui que du sien !

Byakuya aurait voulu garder le silence. Mais avec soi-même, y'a pas de silence qui tienne.

- Ce n'est pas de l'amour.

- Et qu'est-ce que c'est sinon ? Es-tu assez perspicace pour lire dans l'esprit de Renji ? Toi qui n'a pas su comprendre les émois de ta propre sœur ! Te sens-tu le mieux placé pour savoir ce qu'il ressent réellement pour toi ?

- Je sais comment il est... il est volage, frivole, facile...

- Et tu le crois incapable de t'aimer pour ça ?

- Il ne sait pas ce que c'est qu'aimer.

- C'est sûr ! Et toi tu sais peut-être ? Tu le vois écrit en toutes lettres sur ton front quand tu aimes ? Y'a marqué « amour véritable pour la vie » quelque part ?

- Ce n'est pas ça...

- Si c'est ça ! C'est bien ce que tu cherches à éviter : le risque, le risque de te faire du mal, le risque que tout cela finisse demain.

- Silence !

- Tu as peur qu'il te refuse... ou tu as peur de te donner entièrement ! Cela te ressemble bien, tu es tellement fier.

- Tais-toi !

- Tu as peur de ressentir quelque chose parce que tu ne sais plus ce que c'est !

- Oui j'ai peur et alors !

Byakuya s'était levé, avait juste coupé une table en deux à coup de poing et venait d'engueuler sa petite voix intérieure à voix haute.

- Oui j'ai peur de perdre à nouveau ce qui m'est cher, oui, j'ai peur de violer à nouveau la loi de mon rang, oui, j'ai peur d'entraîner quelqu'un que j'aime dans cette folie ! Et alors ? »

Bon, finalement, la petite conscience retourna sagement dans son coin. Être la conscience d'un mec aussi imbu de lui-même que Byakuya Kuchiki, c'est pas une sinécure, croyez-la !

Byakuya soupira, revint brièvement au document qu'il voulait absolument lire avant la nuit, et puis renonça en réalisant qu'il n'avait pas la tête à ça.

Et puis d'abord « je suis fou de vous », ça veut rien dire... ça veut tout dire et ça veut rien dire. Et en plus il était à moitié endormi et en train de se faire tripoter sévère lorsqu'il a sorti ça, donc... le doute est encore permis.

Finalement quoi ? Il n'était pas plus avancé, il avait été la victime (oui, parfaitement ,la victime) d'une déclaration hautement improbable et maintenant quoi ?

« Maintenant, s'il te la refait droit dans les yeux, tu dis quoi ?

Ne jamais se poser de questions rhétorique, la petite conscience est toujours là pour y répondre.

- Qu'en sais-je ?

- Ben tu devrais savoir, c'est ton cœur.

- Je ne sais pas.

- S'il te demande de partager sa vie, son lit et ses vieux jours, tu dis quoi ?

- Rien, je le tue.

Allez argumenter avec un type d'aussi mauvaise foi ! Mais la petite voix de la conscience persista, tant et si bien que bientôt la question fatidique fut posée.

- Alors, ton Renji, tu l'aimes ? »

Renji, loin d'imaginer tous les dialogues intérieurs qu'il provoquait, fixait Ikkaku d'un air plus qu'interessé.

« Bon, je veux pas avoir l'air de me répéter mais d'où sort cette bouffonnerie ?

- La tradition est très sérieuse, Renji. Depuis la création des divisions du Seireitei, la onzième est entièrement dévolue au combat.

- Sans rire ?

Après s'être pris une énième tatane en travers de la tronche, Renji cessa de faire de l'ironie, se rassit correctement et laissa Ikkaku lui expliquer.

- Ce qui fait que c'est la division qui connait chaque année le plus de pertes, la fête de la onzième division est destinée à célébrer la mémoire de ceux qui sont morts dans l'année.

- Oh.

- C'est purement symbolique. Si j'ai bien compris, c'est le premier capitaine de la onzième qui a demandé à jouir de ce privilège par égard pour les sacrifices que font les shinigamis de la onzième.

Renji acquiesça. Il se rappelait une des spécificités de la onzième. C'étaient les seuls shinigamis qui ne pouvaient pas refuser une mission suicide. En échange de quoi, ils pouvaient dédier toute leur vie au combat sans se soucier des contingences matérielles.

- Donc cette fête est l'occasion de montrer les mérites de la onzième ?

Ikkaku le dévisagea avec un air peiné.

- Non, c'est juste histoire de se bourrer la gueule et foutre le boxon en toute impunité.

Un large sourire traversa la figure de Renji.

- Ah ! Je préfère ça !

- Ben ouais, c'est super chiant les hommages et tout ça, on s'en fout nous, on veut juste faire la chouille !

- Et donc c'est quoi cette histoire de discours à préparer ?

Pour preuve, Renji tendit à son ami le message qui lui était parvenu.

- Ah ça ! Nan, c'est juste qu'il fallait un prétexte pour te faire décoller le cul de ta chaise.

- Hé !

Renji protesta à coup de pied dans le tibia de son pote.

- Arrête, depuis deux semaines tu passes plus de temps à ta capitainerie que dans les bars du quartier Nord ! Du jamais vu. La dernière fois que t'es resté autant de temps sans te bourrer la gueule avec nous, c'était parce que tu étais à l'hôpital. »

Renji hocha la tête en ricanant. Oui, d'habitude il passait la moitié de sa vie à tenter d'échapper au boulot qui l'attendait à sa capitainerie, il passait l'autre moitié à ruser pour ne pas croiser Kuchiki lorsqu'il sortait en douce du bâtiment. Et puis le temps qu'il restait, c'était à la taverne, à boire avec ses potes.

D'ailleurs, même quand il était à l'hôpital central, il essayait de faire le mur pour sortir le soir. C'est comme ça qu'il s'était fait arracher une bonne poignée de cheveux par Isane.

D'ailleurs, en parlant d'hôpital, ça lui faisait penser à...

« Au fait, Yumichika ?

- Quoi Yumichika ?

- Ben t'es con ou quoi ? Comment il va ?

Ikkaku haussa les épaules.

- Il est réveillé.

Renji fronça les sourcils. La soudaine indifférence de son ami était nettement suspecte.

- On peut le voir ?

- S'tu veux.

Oui, décidément, voir Ikkaku ne pas s'en faire plus pour celui avec qui il partageait tout, cela faisait tache dans le tableau. Il attrapa le shinigami par le col et partit en direction de l'infirmerie de la onzième.

- Viens ici, crâne d'œuf !

- Héé ! Lâche-moi, gros crétin ! »

Le crâne d'œuf doublement vexé du qualificatif et du traitement qui lui était infligé, se débattit avec ardeur, mais pas assez fort pour faire lâcher prise à son agresseur.

Renji arriva devant la petite pièce qui servait d'infirmerie à la onzième division. Vu le taux de coups et blessures que connaissait cette division, une infirmerie particulière n'était pas du luxe.

Il poussa la porte, emportant le verrou avec lui.

Oups... mais depuis quand y'a de portes qui ferment à clé à la onzième ?

« Salut Yumi-chan !

Le bien nommé se redressa, fusillant son cadet du regard.

- T'en as marre de la vie, Renji ?

- Ouais ben non. »

Ça faisait un bail, en effet, qu'il n'avait pas osé donner ce surnom débile à son aîné. D'habitude, il se faisait latter comme un rat quand cela lui échappait.

Sans leur laisser le temps pour de plus chaudes effusions, l'infirmier de la onzième surgit en gueulant (oui, la onzième a un infirmier... un genre de catcheur de 200 kilos qui mange des chatons au petit déj').

« Bordel ! Qui a niqué la porte ? »

Deux doigts tendus indiquèrent l'endroit où se tenait Renji... enfin, où il s'était tenu avant de prendre la fuite en courant, embarquant ses deux potes, chacun par le bras.

Et c'est ainsi qu'ils se retrouvèrent sur l'engawa qui bordait la cour intérieure du bâtiment d'habitation de la onzième division. Tout content de revenir sur les lieu de ses jeunes et fougueuses années de shinigamis (pas les plus jeunes, mais certainement les plus fougueuses), Renji traça jusqu'au coin qu'il connaissait bien !

« C'est toujours votre chambre ici ?

Ikkaku haussa les épaules.

- Celle de Yumichika.

Ce à quoi Renji rétorqua par un ricanement débile.

- Je t'ai jamais vu aller dans une autre chambre la nuit !

- Ben t'as mal regardé, c'est tout. »

Yumichika s'était posé sur l'engawa et se tenait le bras en grimaçant. Cet abruti de Renji avait réussi à lui attraper le bras qui lui avait été arraché par la bestiole et que les shinigamis de la quatrième division avaient mis une nuit à greffer correctement.

Renji s'assit à côté de lui et essaya de ne pas se faire fusiller du regard pendant quelques secondes pour pouvoir questionner en paix.

« Bon, et donc ça va, toi... les boyaux, tout ça, t'as tout remis dedans ?

Le plus élégant des shinigamis ayant existé toisa Renji d'un œil sombre.

- Je t'en pose des questions ?

- Nan mais quoi, je prends de tes nouvelles ! C'est sympa les potes !

- Au fait, qu'est-ce que tu fous depuis quelques temps ?

Avec un manque total de discrétion, Yumichika changea rapidement de sujet, avant que la curiosité de son ami ne s'exerce sur des questions plus sensibles.

- Hein ? Moi ?

- Oui, exactement, toi ! Depuis ta sortie de l'hôpital, t'es le fantôme du secteur ! À part pour te cuiter avec Kurosaki, on t'a pas beaucoup vu sortir de ta capitainerie !

- Naoon ?

Une nouvelle tatane lui atterrit entre les yeux.

- Te fous pas de ma gueule. Qu'est-ce qui tu manigances encore ? »

Renji observa ses deux amis avec circonspection. Il pouvait leur dire. Pas tout leur dire, mais assez pour que ça soit constructif. Et puis surtout... il y avait Yumichika. Yumichika qui avait toujours perçu avec beaucoup de justesse ce qui allait ou pas dans son attitude. Yumichika qui, hors de grands airs savait le mieux le conseiller.

« Les mecs... j'ai quelqu'un !

Un double regard incrédule le transperça.

- Toi ?

- Ben oui, on parle de qui là !

- Désolé, Renji, la dernière fois qui tu avais « quelqu'un », ça a duré deux semaines et tu lui as filé une fausses adresse pour ne pas qu'elle te retrouve.

- Ouais bon, ça va. Tout le monde fait des erreurs. Non, cette fois-ci, c'est la bonne. »

les deux shinigamis échangèrent un regard désespéré. Quand Renji se lançait dans une nouvelle aventure, il venait le leur annoncer, tout content, il passait une semaine à baiser comme un lapin et une autre à s'engueuler du matin au soir avec son/sa bien aimé/e et enfin, prenait la fuite.

Oui, c'est sa manière de rompre.

« Renji, quand tu as quelqu'un, tu viens nous l'annoncer tout content, tu passes une semaine à baiser comme un lapin, une autre à t'engueuler avec lui ou elle et ensuite, tu prends la fuite.

- Là, c'est pas pareil. On a passé une semaine à baiser et s'engueuler, et je suis dans l'incapacité de prendre la fuite. D'ailleurs, puisqu'on en parle, j'ai un problème.

- Puisque tu en parles, souligna Ikkaku.

- Un problème ? S'intéressa Yumichika, qui aimait tant les potins. Tu ne peux pas prendre la fuite ?

- Au contraire, j'ose pas trop... lui dire ce que je ressens.

À nouveau Ikkaku soupira en regardant ailleurs, l'air écœuré. Yumichika fronça les sourcils.

- T'es sûr que c'est à sens unique ? Je veux, dire, elle n'a jamais laissé entendre qu'elle avait aussi des sentiments pour toi ?

- Il.

- D'accord, il. Alors ?

- Ben... je sais pas trop, c'est pas facile de savoir ce qu'il pense.

- Il est plus âgé que toi ?

Renji n'essaya même pas de deviner la différence d'âge qu'il y avait entre lui et Kuchiki et acquiesça.

- Ouais, et il a déjà été en couple avant.

- Oh. fit Yumichika en plissant les yeux. Tu l'as converti ou... ?

- Ouais, il aimait une femme.

Yumichika acquiesça. La capacité de Renji à retourner de parfaits hétéros le surprenait toujours. Pourquoi toujours chercher à se taper un gars qui, de toute évidence, préfère les femmes, alors qu'il y a de beaux jeunes hommes prêts à se faire grimper dessus à tous les coins de rue ?

- Et tu penses qu'il ne veut pas plus d'engagement ?

- Je suis incapable de savoir ce qu'il veut. Je n'arrive même pas à deviner.

- Et tu dis l'aimer ?

Renji soupira.

- Ben oui, je l'aime, j'y peux rien ! C'est juste que j'arrive pas à lui parler sérieusement pour lui faire comprendre que... ben je.. j'ai un peu plus qu'un sentiment pour lui. Je perds rapidement tous mes moyens quand je suis avec lui.

- Je vois pas où est le problème, intervint Ikkaku. Au pire, si tu n'arrives pas à lui parler, tu lui laisses un mot. C'est très lâche, mais ça marche.

Renji secoua la tête. C'est trop lâche.

- Ce n'est pas... honnête de ma part. Lorsqu'on a commencé, on n'a pas... enfin, c'était spontané. Maintenant je ne peux pas l'emprisonner dans des sentiments qu'il ne désire pas.

Les deux autres le dévisagèrent, l'air incrédule.

- L'emprisonner ?

- Heuu... Tu ne trouves pas que tu en fais un peu trop, Renji ? S'il refuse tes sentiments, alors ce ne sera qu'un râteau de plus. Aussi dur cela soit-il, tu t'en remettras bien un jour.

- J'ai pas envie de me prendre un râteau.

- Personne n'a envie. Pourtant ça arrive.

Renji détourna les yeux, sans arriver à exprimer ce qui le tracassait vraiment.

- Provoque-le, proposa Ikkaku en haussant les épaules.

- Hein ?

- Fais en sorte qu'il te saute dessus, te viole, pleure un coup et hop, il n'aura d'autre choix que de s'expliquer. S'il t'aime, il te le dira là, sinon, tu pourras toujours le faire culpabiliser.

- Il ne fera jamais ça. Et en plus, il est bien trop intelligent pour tomber dans un piège comme ça.

- Dis-donc, c'est plus de l'amour, c'est de l'idolâtrie, à ce rythme là.

- Nan franchement, qu'est-ce que tu risques en te déclarant ? Est-ce si incongru de dire à quelqu'un qu'on aime qu'on l'aime ?

Renji déglutit, mal à l'aise, et essaya de mettre des mots sur les sentiments étranges qui le traversaient.

- Non... j'ai... Rigolez pas, là, mais j'ai l'impression que je le déshonorerais en faisant ça.

En fait de franche rigolade, ce fut un silence d'incompréhension qui s'imposa.

- Le déshonorer ?

Yumichika s'étonna.

- Attends, c'est idiot ce que tu dis. En quoi est-ce que tu le déshonorerais ? Il est marié ? Puceau ? Fils de bonne famille ? Les trois à la fois ?

- Oh non ! Gémit Ikkaku devant le silence embarrassé de Renji.

- Quoi ? Fit celui-ci.

- Non, reprit Ikkaku en se prenant la tête entre les mains. Ça peut pas être lui...

- Ça dépend, tu parles de qui ?

- Kuchiki.

- Mais nan... je t'ai déjà dit que j'étais plus sur Rukia.

- L'autre, crétin ! T'as le béguin pour ton capitaine !

- Moi jamais ! Mentit effrontément le vice-capitaine.

- C'est tout à fait ton genre de sauter sur le seul type qui t'est inaccessible. Déjà à l'académie tu t'es jeté sur la star de l'école.

- Qui t'a raconté ça ?

- Tout le monde le sait. Mais tu sais que t'es gravement atteint, toi ! Kuchiki ! Comment tu peux vouloir de ce gars, il est frigide !

- Absolument pas.

Deux paires d'yeux accusateurs le fixèrent.

Renji soupira. D'un autre côté, ça facilitait les choses. Comme ça, ils n'avaient plus besoin d'un petit dessin pour comprendre.

- Tu es amoureux de ton capitaine. Et c'est Kuchiki, notoirement attaché pour l'éternité à sa défunte épouse, incapable de la plus petite marque de sympathie envers qui que ce soit, et, pour couronner le tout, tu lui as fait un coup de pute pas plus tard que la semaine dernière en laissant sa sœur tomber entre les griffes de Kurosaki.

- De toute façon, manche comme il est, elle risque pas grand chose la petite Kuchiki, fit remarquer avec justesse le beau gosse à perruque.

- J'ai mes chances.

- Pardon ?

- Hier, on a dormi au bureau tous les deux.

Les deux shingamis le regardèrent sans y croire. Un affabulateur de première, ou alors il prenait ses désirs pour des réalités ou alors, il était plus gravement atteint qu'ils ne le pensaient.

- Et on couche ensemble tout le temps.

Là, c'est plus que de l'affabulation, c'est juste du délire !

- Désolé d'être brutal, Renji, mais faut que tu te mettes à penser avec ta tête.

- Je ne vois pas avec quoi d'autre je pourrais penser.

- Ben... »

Ikkaku assassinat son collègue du regard qui le lui rendit bien. Renji évita de trop faire attention à ses deux amis. Ils avaient leurs affaires à régler et lui, les siennes. Et si on pouvait éviter de mélanger les deux, ce serait génial.

Finalement, Yumichika reprit, un peu trop sombre pour quelqu'un qui ne fait que conseiller un ami.

« Ça ne te ressemble pas pourtant.

- Quoi ?

- Cette manie amoureuse de midinette... je t'ai connu bien plus prise de tête... avec d'autres.

Renji hocha la tête.

- J'aime pas me poser de questions, c'est tout.

- Normalement, oui, je le comprendrais, moi non plus je n'aime pas. Personne n'aime. Mais si tu as envie que ce soit sérieux, alors tu dois te demander ce qui peut rendre votre relation sérieuse. Et là, tu es bien obligé de te poser des questions.

Dans son coin, Ikkaku grimaça. Pourquoi est-ce que ça lui rappelait quelque chose ça ? D'un autre côté, il n'était pas loin de penser comme Yumichika. Ceci dit, il y avait loin de l'accord théorique à la mise en pratique.

- Quelles questions ?

- Des questions comme « où est-ce que vous allez tous les deux ? Ou « qu'est-ce tu peux attendre d'une telle relation ? ». Si tu es sérieux, les questions viennent naturellement.

Renji hocha la tête en grognant. Il était sérieux avec Kuchiki et ne permettait à personne d'en douter.

- Je ne sais pas. Je veux juste lui dire que je l'aime. Le reste, je verrais ensuite. »

Finalement, ils se turent, demeurant dans un silence pesant. Ikkaku fixait Yumichika avec insistance, ce dernier inspectait le visage blême de Renji et celui-ci contemplait le plancher avec un intérêt soutenu.

Yumichika eut l'air subitement sévère et reprit :

« Laisse tomber.

- Quoi ?

- Je ne le connais certainement pas aussi bien que toi, ton capitaine, mais sans même rien savoir de lui, simplement en le regardant, je pourrais déjà te dire qu'on ne dispose pas de Kuchiki comme de n'importe qui d'autre.

- Hein ?

Ikkaku baissa la tête, comme si ce dont son ami parlait l'interpellait tout autant.

- Ce que je veux dire c'est qu'il a consentit à un sacrifice inestimable en t'approchant. Si tu n'es pas près au même genre de sacrifice, ne cherche pas à en obtenir plus de lui.

- Arrête, je sais très bien ce à quoi on consent en couchant avec quelqu'un, c'est pas si...

- C'est différent pour chacun, Renji. Toi, tu changes de lit comme de chaussettes, lui il n'a aimé qu'une femme au point de l'épouser contre l'avis des siens. Est-ce que tu peux placer vos deux conceptions de l'amour sur le même plan ?

Ikkaku répondit pour son ami.

- Non, c'est sans comparaison possible.

En même temps, il lança un regard hésitant à Yumichika, un regard lourd de questions longtemps restées sans réponses.

- Mais je l'aime.

Yumichika secoua la tête.

- Et tu crois que clamer ton amour est suffisant ?

- Hein ?

- C'est bien beau d'être fou de lui, mais crois-tu qu'il puisse accepter une relation avec toi sans que ce soit humiliant pour vous deux ?

- Qu'est-ce que tu...

Ikkaku interrompit son cadet.

- Il a raison, une relation est basée sur l'égalité des deux partenaires. S'il reste avec toi, ne s'abaissera-t-il pas pour être à ton niveau ? Et s'il le fait, n'aura-t-il pas de honte à t'humilier ainsi ?

Heu... les gars, vous exagèrez pas un peu ?

Renji avait l'air réellement troublé par les derniers mots de ses amis. Lui n'avait jamais vu leur relation sous cet angle. Quand on aime, il n'y a pas de place pour l'honneur, le rang, la valeur, croyait-il. Mais peut-être que si en fait. Sans lui laisser le temps d'y penser plus longuement, Yumichika reprit.

- Laisse-moi juste te demander une chose : dans l'intimité, tu l'appelles « capitaine » aussi ?

- Oui mais...

- Réfléchis à cela. Réfléchis à ce que ça peut vouloir dire pour lui. Ton problème, Renji, c'est que tu as toujours eu tout ce que tu voulais. Et tous ceux que tu voulais. Ne me demande pas comment ça se fait, comment ton petit cul peut attirer autant de monde, mais tu n'as jamais eu à te battre beaucoup pour mettre quelqu'un dans ton lit. Tu n'as jamais eu à te rendre digne de qui que ce soit.

- Me montrer digne de...

- Oui, aussi étrange que cela puisse te paraître, il y a des gens qui se méritent. »

À nouveau, cela jeta un froid. Mais cette fois, Renji dévisageait Yumichika en essayant de comprendre. Mériter ? Comment ça mériter ? Comme les princesses des contes ? Il faut tuer un ou deux dragons pour pouvoir se taper la princesse ? Il continua à fixer son ami intensément, attendant une explication. Lui, ne comprenait pas. Quand on aime, on ne se pose pas la question de savoir si l'autre est à la hauteur... on ne peut pas demander à quelqu'un de se montrer digne de son amour... c'est... c'est injuste.

Yumichika fixait le sol à son tour, incertain de ce qu'il venait de faire. Et puis il se reprit. Pas moyen que Renji finisse névrosé à cause de lui, Renji et névrosé, ça ne va pas dans la même phrase ensemble. Ikkaku lui, laissait son regard vagabonder dans la cour intérieure. Il aurait dû se sentir concerné, en fait, il y avait fort à parier que tout ce qu'avait dit Yumichika n'était destiné qu'à lui. Renji servait de vasque communiquant entre eux. Quel moyen de communication débile. Ikkaku se sentait à la fois totalement exclu de la conversation (mais qu'est-ce qu'il en avait à foutre des histoires de cul de Renji ?) et dangereusement impliqué (tout ce que disait Yumichika était pour lui, à n'en pas douter). Et rien qu'à l'idée de devoir réfléchir et prendre en compte tout ce qu'on lui disait, il était déjà fatigué. Ceci dit, il n'avait peut-être pas tant que ça besoin de réfléchir. Peut-être que juste se jeter sur son partenaire suffirait.

Finalement, tournant les talons, Yumichika rentra dans sa chambre et referma la porte derrière lui dans un claquement sec.

« Ça lui réussit pas trop l'infirmerie, crut bon de faire remarquer Renji.

- Il a raison.

Et Ikkaku prit, à son tour, la direction de la chambre de Yumichika. Il tenta d'ouvrir la porte, sans succès puisqu'il semblait que Yumichika ait décidé qu'il préférait être seul. Ikkaku recula d'un pas, frappa poliment et attendit, planté devant la porte comme un navet dans un potager.

- Yumichika !

Toujours assis sur l'engawa, Renji ouvrit des yeux ronds. Il connaissait le caractère... soupe au lait... bon, plutôt franchement mauvais de Yumichika mais là, ça allait un peu loin.

- Heu... y'a un problème ?

- Renji, repense à ce qu'on t'a dit et fous le camp. »

Peu désireux de se mêler de ce qui ne le regardait pas et ne s'annonçait psa tout rose, Renji prit sagement la poudre d'escampette. Il avait déjà assisté une fois, une seule, à une querelle de couple entre ses amis. Et il ne voulait pas re-voir ça. Il ne souhaitait pas à son pire ennemi de voir ça tellement c'était moche à pleurer.

Et puis il avait quelque chose à faire, quelque chose d'urgent. Et puis ensuite, il devait voir son capitaine. Ce ne fut que quelques heures plus tard qu'il put retourner à son poste, impatient de retrouver son capitaine.

Ses pas le conduisirent à la capitainerie sans qu'il y pense, au bureau des chefs sans même le vouloir. Même s'il avait voulu trouver un autre endroit, il n'aurait pu s'y rendre, tant tout en lui désirait la présence de Kuchiki.

Il sourit en poussant la porte sans frapper. Il pouvait se le permettre maintenant. Il se découpa dans l'embrasure de la porte.

« Capitaine ?

- Tu en as fini à la onzième division.

Renji sourit timidement. Si ça avait été une question, ça aurait été une question bien con.

Ben oui puisque je suis là !

- Oui capitaine. Je dois y retourner pour la cérémonie ce soir.

Byakuya donna brièvement l'impression qu'il allait éclater de rire, mais en fait non. Ce n'était qu'un jeu de lumière sur son visage, en fait il tirait une gueule pas possible (un peu comme d'habitude en fait). Renji, un tout petit peu submergé par la culpabilité de laisser son cher et tendre seul pour la soirée (dit comme ça, il n'avait plus des masses envie d'y aller à cette fête), tenta une explication.

- Vous savez, c'est une tradition très sérieuse en fait.

un haussement de sourcil complètement dubitatif accueillit la nouvelle.

- La onzième division est spéciale, continua Renji en prenant place à son bureau.

Comme si ça avait pu échapper à qui que ce soit.

- Comme elle est dédiée au combat, elle est considérée comme volontaire d'office.

- Je sais cela, fit Byakuya avec une moue impérieuse qui aurait pu vouloir dire « je sais tout ».

- Hé bien, à cause de ça, cette cérémonie était un privilège accordé à la onzième, à l'époque de sa création. Et comme ça n'a jamais été fait sous le capitaine Zaraki, on va inaugurer ça cette année, dans le recueillement le plus respectueux.

- J'imagine, fit Kuchiki en réprimant une grimace d'horreur à l'idée de l'épouvantable beuverie dépenaillée qui allait avoir lieu dans la capitainerie de Zaraki.

- Je dois y retourner ensuite. Si vous m'y autorisez.

Byakuya secoua la tête.

- Fais ce que tu as à faire. »

Renji commença à feuilleter les papiers qui s'étaient accumulés sur son bureau. Il y avait là une bonne centaine de formulaires, allant de la déclaration d'achat de matériel aux derniers rapports d'activité des shinigamis en mission. De ce côté là, c'était plutôt calme, il y avait bien un régiment dans le Rukongai, qui envoyait régulièrement des nouvelles de la situation là-bas. Renji aimait particulièrement lire ces rapports. Bien sûr, ils n'étaient pas dans son quartier d'enfance mais celui lui rappelait quand même sa jeunesse... et ce n'était pas si désagréable. Peut-être parce qu'il s'en était sorti tout compte fait. S'il était resté emprisonné dans cet univers de violence et de sang, il n'aurait pas la même nostalgie à lire les rapports de ces hommes.

Il apposa son visa sur le rapport et se leva pour le classer avec les précédents compte-rendus.

En retournant à sa place, il sentit pour la première fois le regard insistant de son capitaine sur lui. Renji chercha les yeux sombre de Kuchiki et finit par les attraper, par les attacher aux siens. Et il ne retourna pas à son bureau, il alla directement auprès de son capitaine et se pencha sur lui.

« Capitaine... »

Pourquoi les mots de Yumichika lui revinrent pile à ce moment ? Oui, il l'appelait capitaine, oui même au lit il l'appelait capitaine. Il n'avait osé qu'une seule fois se passer de ce titre, et il ne se sentait pas le courage d'oser à nouveau. Pas à ce moment-là.

Il se pencha encore et l'enlaça. Bordel, qu'est-ce que ça lui manquait... Tout le temps, dès qu'il était loin de lui, il ne pensait qu'à une chose : le moment où il le retrouverait et où ils pourraient se prendre dans les bras l'un de l'autre, s'embrasser et se toucher sans être jamais interrompus.

Contre toute attente (en tous cas, contre celle de son amant), Byakuay se laissa faire, attirant même à lui l'homme qui l'enlaçait. Il n'avait pas trop le choix vu que sa petite voix intérieure s'était définitivement lâchée et lui hurlait un truc comme « oooh ouiiii ! Vas-y saute lui dessuuuuuuussss ! » Comment lutter ?

Il se lova dans ses bras en soupirant. Comment y résister ? Il passa ses mains dans la nuque blanche de son lieutenant, tira légèrement sur les mèches prise dans le bandeau, attrapa une mèche de cheveux qu'il garda en main avant de jouer doucement avec ces cheveux.

Ils auraient pu rester dans un silence serein si cela n'avait dépendu que de Kuchiki, mais tout le monde ne supporte pas aussi bien que lui les silences troublants. Renji hésita longuement avant de parler, ses mains passaient et repassaient dans le dos, sur les fesses et la nuque de son capitaine, il sentait des doigts agiles se faufiler entre ses cheveux et se croiser dans son cou. Il n'était pas sûr de pouvoir parler, mais il avait besoin de se rassurer.

« On peut rester comme ça ?

Kuchiki ne bougea pas d'un pet, et ne souffla mot. Qui ne dit mot consent. Alors Renji se reposa carrément sur lui, le planquant contre sa chaise, à moitié à genoux devant lui. Il le serra à s'en casser les deux bras, le pressa contre lui, comme si sa vie en dépendait. Surprit par tant de ferveur, Kuchiki tenta de dégager un de ses bras et demanda :

- Renji ?

Ce dernier, se méprenant sur le ton de son capitaine, crut qu'il était allé trop loin mais ne bougea pas.

- Quelques secondes encore, capitaine.

Il pesait de tout son poids, espérant ainsi s'assurer de sa docilité.

- Encore quelques secondes...

Il se serra encore plus, glissant une main dans la chevelure sombre de Byakuya.

- Je veux juste être à vous. »

Kuchiki sentait la respiration de Renji dans son cou, sa peau contre la sienne et son étreinte puissante. Quelque chose lui disait qu'il ne se passerait rien de plus ce soir-là.

Quand le lieutenant se détacha de lui, Byakuya avait perdu son masque de marbre. Les joues roses, les yeux à demi clos, les lèvres entrouvertes et humides, la respiration erratique et les battements frénétiques de son cœur, l'empêchaient de réfléchir normalement.

La main quitta ses cheveux pour frôler sa tempe et venir lui caresser la joue tendrement.

« Cap... capitaine...Désolé. »

Là, Byakuya tiqua. Désolé pour quoi ?

Normalement il aurait pu laisser couler et s'en foutre, mais ce jour-là, la petite voix de la conscience était en forme et très convaincante.

« Pourquoi ?

- Pour tout ça. Répondit simplement Renji, la voix cassée, accompagnant sa réponse d'un vague geste du bras, désignant le bureau, comme si cela expliquait tout ce qui s'était passé entre eux.

Byakuya soupira, il n'avait pas vraiment envie de reconnaître sa responsabilité devant Renji, mais il devait être honnête entièrement.

- Tu n'es pas le seul responsable.

- Je vous ai obligé, fit le lieutenant pour toute réponse.

Là, il était allé un peu trop loin. Genre, Byakuya Kuchiki, un tâcheron de seconde zone comme Renji peut le forcer à quelque chose ? Première nouvelle !

Il se releva et attrapa Renji par le col de son kimono en plongeant ses yeux dans ceux, perdus, de son lieutenant (et remarquant au passage qu'il lui avait laissé un suçon sous la clavicule, mais c'est encore un autre problème).

- Cap...

- Je ne me force pas. Croies-tu que je ne peux pas te repousser si je le souhaite ?

- Ben...

Ce crétin croyait vraiment le forcer ? S'il avait eu le sens de l'humour, Byaukya aurait éclaté de rire. Ce qu'il ne fit pas (il n'a aucun sens de l'humour). Mais quand même, il fila une bonne gifla à ce pauvre Renji.

- Prétentieux.

Renji poussa un cri de protestation.

- Hé !

Ben oui, c'est une manière de traiter son amant aimant, amoureux et attentionné après un câlin de dieu ?

- Pour avoir cru des stupidités !

- Mais je ne...

- J'assume le poids de ma faute, Renji. Je n'ai aucune intention de nier ma culpabilité dans ce que nous faisons.

Renji baissa la tête. C'était ça la différence. Lui il aimait cet homme, il aimait ce qu'ils faisaient ensembles et le seul problème moral qu'il trouvait c'était de coucher avec le frère de sa meilleure amie-presque sœur, et encore, justement, ça reste dans le famille.

Kuchiki, lui, commettait un crime. À ses yeux, à ses yeux de capitaine, de noble, de veuf. Un crime, bordel, une faute ! Comment il veut que je ne me sente pas coupable ?

Il le prit par la taille et murmura.

Je peux ?

Byakuya réprima un soupir agacé. Non mais qui demande la permission avant de prendre sauvagement son amant sur un bureau ? Hein, qui ?

Comme il en avait ras le cul d'expliquer tous les jours à Renji que oui, il avait le droit de lui foutre sa grosse bBIIIP dans le trou du cBIIIIP, Byakuya se retourna tout seul, les coudes sur le bureau (ceux qui ont mal lu sont des pervers), et d'un geste vif, attrapa Renji par l'épaule, histoire de lui faire comprendre que c'était ici que ça se passe.

Ce dernier, hébété, ne put que retomber sur son capitaine, détacher son kimono avec fébrilité. Il laissa tomber l'habit sur le sol, et, tout en s'acharnant à mordiller la nuque de Kuchiki, fit traîner ses mains au sud, explorant monts et vallées, redécouvrant comme à chaque fois le corps frémissant de son amant. Byakuya se débarrassa de son fundoshi en quatrième vitesse, et, tendant le bras derrière lui, il arrache le obi de Renji, ouvrant en grand sa veste de kimono, puis s'acharna avec adresse sur les attaches du hakama qui rendit les armes lui aussi.

De son côté, Renji bava sur ses doigts avant de les replonger entre deux collines qui passaient par là. L'exploration des terres exotiques ça va bien cinq minutes, mais rien ne vaut l'intrusion et l'exploitation des ressources. Que Kuchiki soit exceptionnellement chaud ce jour-là n'augurait rien de bon à ses yeux, un peu comme le calme annonce la tempête, mais il lui était impossible de laisser passer une si bonne occasion. Faut le comprendre, un si beau cul qui passe à sa portée, comment s'empêcher de l'enculer ?

Ce qu'il fit donc pardi ! Et l'enculage à sec (pas tout à fait mais presque, on sait bien que la bave ne fait rien à une blanche colombe comme Byakuya), ça se sent passer, comme un chemin communal sent passer un trois tonnes sur chenilles. À l'instar du petit chemin de terre, Byakuya se mit à couiner singulièrement, à gémir comme une catin, à crier au viol, à hurler à la Lune (ben oui, il est en plein dedans... heu non, ça c'est Renji) et finalement, à exciter plus qu'il ne faut le primate qui était dans son dos. Ce qui fit que le primate en question redoubla d'efforts et d'enthousiasme pour combler dans tous les sens du terme, mais dans un seul trou, son bien aimé.

Et comblé, ce dernier le fut, au delà de ses espérances, puisqu'en sus (si l'on puis dire), il écopa du mythique combo léchouillage-derrière-l'oreille/susurrement-voix-de-crooner au moment d'envoyer la purée. Ce qui, inévitablement, l'amena lui-même à repeindre son bureau en blanc. Lequel bureau supportait l'étreinte (oui faut suivre en plus).

Alors qu'il se faisait consciencieusement besogner, le beau capitaine ne se doutait pas une seconde de toutes les sombres pensées qui torturaient l'esprit de son lieutenant, il retomba simplement sur les coudes et tenta de reprendre son souffle, tout en priant très fort pour que personne ne soit passé devant le bureau et ait tout entendu des dix dernières minutes (oui, on a dit que c'était bon, pas que c'était long).

Finalement, Kuchiki ramassa ses affaires et shunpota après avoir lancé un « au travail, Renji », à moins qu'il n'ait dit « beau travail Renji »... le doute est permis.

Le Renji en question ramassa aussi ses fringues, se rhabilla en soupirant. Il y avait tellement de choses qu'il aurait eu envie de lui dire, qu'il avait besoin de demander, tellement de questions sans réponses, tellement de doutes. Mais le principal intéressé étant tellement absent aussi qu'il se remit à sa table, attrapa un bout de papier et se prit la tête entre les mains en le reposant.

Capitaine. Dites-moi. J'ai besoin de savoir. J'ai besoin d'être sûr.

Capitaine, vous êtes sérieux ? Vous m'aimez ?

C'était ce qu'il aurait aimé lui demander. Il voulait savoir mais n'oserait jamais le lui demander.

Est-ce que vous êtes à moi ?

Il s'interdirait à jamais de prononcer ces mots, et pourtant la réponse valait tout l'or du monde à ses yeux.

Je ne suis pas le seul ? C'est réciproque ?

Ça non plus, il ne trouvait pas la force de le demander. Pas dans les yeux, pas en pleine lumière, pas sans la douce torpeur d'une nuit de sexe pour effacer la conscience de cette question si embarrassante.

Kuchiki ne reparut qu'une bonne heure plus tard, le temps pour Renji de se reprendre, de réfléchir aussi, et même de prendre une décision.

Ils travaillèrent dans un silence religieux quelques longues heures... enfin, des heures standard, mais le travail rend tout très long. Et puis, lorsque le jour commença à décliner, Renji se leva et annonça simplement qu'il devait y aller.

Byakuya soupira sans retenue et cela arracha un sourire satisfait à Renji. Bon, c'était déjà ça de gagné. Kuchiki se fila une gifle mentale. Mais c'est quoi ce soupir ? Sa petite voix intérieure exulta de joie.

« Je vous... enfin, je pense que vous pouvez venir à la cérémonie aussi. Il n'y a pas vraiment de liste d'invités bien définie.

Kuchiki haussa un demi sourcil, arborant un air de profond dégoût.

Il me propose de passer une soirée à la onzième division ? Ce garçon a perdu l'esprit.

- Merci. Mais il y a du travail ici.

Renji eut un pauvre sourire et haussa les épaules.

- Pensez-y juste. »

Le capitaine acquiesça, même s'il n'avait aucune intention de reconsidérer sa position. Renji contint un soupir. Lui, il aurait donné n'importe quoi pour une seule seconde de plus avec son amant. Même s'il avait dû se taper une soirée de nobles coincés du cul pour ça.

« Bonsoir, capitaine.

- Bonsoir Renji. »

Et là, Renji fut certain d'avoir rêvé, mais il fut aussi certain de voir Kuchiki lui sourire. Il ne pouvait qu'avoir rêvé, la lumière sur le visage sévère... mais en même temps, il lui avait sourit, il en était sûr. C'est troublé par ce doute que le lieutenant reprit la direction de son ancienne division.

L'immense salle d'entrainement de la onzième avait été modifiée de manière à pouvoir accueillir une dizaine de grandes tables, ordonnancées en U, remplies de gens plus ou moins importants. Et Renji était très occupé à se souvenir de ce qu'il devait faire et dire au cours de la soirée. En réalité, il n'avait rien à faire ou à dire obligatoirement, son speech était tout sauf un passage obligé. À vrai dire, il n'avait tout simplement plus assez de shinigamis assez sobre pour comprendre un discours raisonné, alors un discours de Renji, on vous dit pas !

La soirée avait commencée très fort, avec une cinquantaine de toasts successifs en l'honneur d'à peu près tout ce que la division comptait de bourrins... et la liste n'était pas finie ! Disons que dans le grand tour de table, chacun se sentait obligé de porter un toast et de boire deux ou trois fois. Et c'était sans compter les soiffards qui régulièrement montaient sur la table pour avaler une bouteille entière sous les acclamations du reste de l'assemblée.

Renji s'était confortablement calé à côté de Ikkaku mais avait fini par déménager, vu la sale gueule de déterré de son pote.

« Salut, avait-il dit.

- Salut, avait grogné le chauve en retour.

- La forme ?

- Ta gueule.

- Sympa la déco.

- Quelle déco ?

- Les fausses traces de sang sur les murs.

- C'est des vraies, ces connards se sont disputés en déplaçant les tables. »

Sur cette sympathique entrée en matière, une bouteille de saké s'était matérialisée comme par magie sous leurs yeux.

Après l'avoir vidé ensemble, la conversation continua sur le même ton.

« Il vient pas Yumichika ?

- Ta gueule.

- Qu'est-ce qui va pas ?

- J't'en pose des questions ?

- T'as une sale gueule aujourd'hui.

- Crève. »

Et donc Renji avait lâchement pris la fuite vers une table peuplée de shinigamis déjà à moitié ivre.

Et finalement, au bout du troisième... quatrième... voire cinquième... oui, cinquième, tour de toast, ils se retrouvèrent, trop bourrés pour se disputer, au moment où l'attraction karaoké commençait à battre son plein.

« Ça manque de nichons quand même votre fête !

- Et Kuchiki ?

- C'est juste un constat.

- Salaud de polygame.

- Connard de monogame. Pis t'as raison, j'vais me convertir. Et j'en aurais qu'un et je le garderai jusqu'à la mort.

Qui risque de ne plus trop tarder, s'il prend le risque de passer voir la soirée. Fort heureusement pour Renji, Byakuya ne passa pas voir la soirée... pas tout de suite en tous cas.

Au beau milieu de la nuit, la fête battait son plein : la onzième division et tous ses invités, dont les anciens, quelques amis, et, incidemment, le capitaine Kyoraku, tout le monde était là pour boire et s'amuser. Aussi, lorsqu'un beau et gros shinigami velu entreprit un strip-tease sur une table, au rythme endiablé d'une mazurka, les hurlements de joie et d'allégresse redoublèrent. Puis vint le tour des jeunes qui s'échauffaient et sortirent les sabres en bois d'un placard, et finirent coursés par Zaraki dans les couloirs.

C'est là qu'on en revient à notre Renji, cuit comme une quenelle, à qui un voisin de table assena un coup de coude en beuglant « alleeuuuh un discour ! ». Fallait pas lui dire deux fois : Renji grimpa sur la table, tituba, attrapa son verre, une bouteille, rempli le premier avec le contenu de la deuxième (en arrosant copieusement tous ceux qui se trouvaient en dessous). Il attendit de moins vaciller avant d'entamer ce qui resterait dans les mémoires comme « le discours du siècle ».

« Je véle von merre ! Nan... je véme von lerre ! Lève von merre... mon verre... 'fin, truc quoi. Et heu... en l'honneur de... toussa... allez ! À boire pour tout le monde ! Santé ! »

L'acclamation qui suivit n'avait d'égal que le niveau d'alcoolisation de l'assemblée. Il vida son verre cul sec, s'étrangla, toussa, rota, et s'écroula sur la table. Il fut vigoureusement tiré sur sa chaise par Ikkaku.

« Ikuku ! Mon-z-ami !

- Accroche-toi à la table, elle tient super bien.

- Renji attrapa le bord de la table de ses mains et partit d'un rire hystérique.

Ouaiiis trop bien, on tombe pas ! »

Ce fut approximativement ce moment que choisit Kuchiki pour quitter son bureau, satisfait d'avoir enfin rattraper les semaines de courrier en retard (ceux qui pensent à Gaston ont gagné une canette de Kro). Dans sa tête la petite voix était encore là, plus décidée que jamais à faire finir son propriétaire au lit mais pas tout seul ce soir-là.

« Tu devrais faire au moins un petit tour là-bas... des fois que Renji aurait besoin d'aide pour retrouver son chemin.

- Jamais.

- Le truc à ne jamais dire.

- Silence.

- T'as vraiment envie qu'il finisse dans ton lit ce soir ?

- Oui.. non ! Enfin.. si mais...

- Et ben s'il ne vient pas de lui-même, va le chercher. Allez, poule mouillée, je guide tes pas, tu t'occuper de le choper à l'arrivée. »

Oui, la conscience de Byakuya, ça vaut le détour.

Et trois secondes plus tard, il était à la porte principale de la capitainerie de la onzième et s'apprêtait à entrer. Sauf que deux choses le frappèrent : d'abord l'odeur plus que suspecte de mâle sueur, alcool et vomi mêlé. Ensuite, un sabre d'exercice en bois, projeté des mains de son propriétaire, probablement trop ivre pour le tenir correctement. Le second fit plus mal que la première, mais ce fut celle-ci qui éveilla sa méfiance.

Au lieu de se précipiter sur la porte d'entrée, il se glissa sur une rambarde pour jeter un coup d'œil discrètement à l'intérieur. Et puis renonça.

Même sans un être un maniaque psychorigide, le chaos total qui régnait dans la salle des fêtes improvisée avait de quoi choquer. Et Byakuya était un maniaque psychorigide.

Au centre de la pièce, un groupe d'hommes s'était formé, et tous se tenaient par les épaules en beuglant. Byakuya chercha à entendre ce qu'ils chantaient.

« Viens avec moi à la rivière, tu verras de quoi elle a l'air, et si tu viens jusqu'au grenier tu pourras la toucher ! »

Son corps fit demi-tour de lui-même. Le mâle chœur de voix viriles entamaient le deuxième couplet de la chanson traditionnelle de célébration commémorative. Oui, non là, il n'avait absolument aucune envie de retrouver confronté à ce troupeau suintant la testostérone célébrant leur beuverie décadente.

Il ferma les yeux et tenta de repérer le reiatsu de son vice-capitaine dans le tas. Et il ne fut pas déçu. Aussi prévisible que possible. Renji se trouvait à table avec les autres... enfin, avec les quelques braves qui n'étaient pas (encore) sous la table et il chantait avec la même ferveur.

Ce qui fait que Byakuya passa la nuit tout seul dans sa grande chambre dans son grand manoir, sans aucun regrets.

Au petit matin, il était déjà au boulot, mais, dans un mouvement de faiblesse, avait décidé de tolérer le retard (voire l'absence totale de Renji) ce matin-là. Et puis, ça tombait bien, il avait à faire, ayant reçu le matin même un message de Ukitake qui lui demandait de passer le voir pour discuter des premiers résultats de l'enquête sur la bestiole. Honteux d'avoir quasiment oublié cette affaire, Kuchiki s'était rendu à la douzième division, tout de même curieux (mais sans le montrer) de connaître la nature de cette chose.

Ukitake était, comme souvent, pâle et maladif, mais un tout petit peu de bonne humeur en voyant que Byakuya se portait de mieux en mieux. Pour dire, il avait presque plus l'air constipé !

Il fronça les sourcils et chercha à acquérir le plus d'attention de la part de son jeune confrère.

« Bon, nos premiers résultats sont assez inquiétants, pour ne rien te cacher.

L'air blasé au possible de Kuchiki ne temporisa pas l'ardeur explicative de son collègue.

- Il semble que... enfin, ce sont des résultats préliminaires, rien n'est encore sûr, mais il semble que cette créature soit autonome en matière d'énergie spirituelle.

Byakuya tourna un regard perplexe vers Ukitake.

- Je veux dire qu'elle ne tire pas son principe vitale... enfin, ce qui la fait se mouvoir et évoluer, elle ne le tient pas d'une énergie interne, quantifiable et en mouvement, comme nous ou comme les vivants.

Cette fois, Byakuya fronça carrément les sourcils.

- Or, il n'y a qu'un endroit où cela est possible. Où l'énergie spirituelle est anéantie définitivement.

Les deux capitaine se firent face un instant, Ukitake taisait ce qu'il craignait et Byakuya, ce qu'il devinait.

- Mais ce ne sont que les premières supposition, je ne m'aventurerai pas sur ce terrain avant d'avoir d'autres résultats, et avant d'avoir l'avis de Mayuri. Si cela se confirme, alors nous devons nous tenir prêts. Il faudrait presque envoyer une équipe de reconnaissance.

Byakuya se décida à parler.

- Il le faut. Dès maintenant.

- Les envoyer là-bas ?

Byakuya hocha la tête, Ukitake eut l'air embarrassé.

- Il en faudra des timbrés pour être volontaires.

Là, Byakuya ne partageait pas du tout le pessimisme de son confrère. Des timbrés, c'est pas ça qui manque à la Soul Society et pour avoir vu toute la division des timbrés en pleine beuverie la veille, il était de l'avis qu'une bonne mission suicide ne leur ferait pas de mal.

- La onzième division est faite pour cela.

Ukitake eut un rire gêné.

- Après la cérémonie d'hier, ils ne seront pas opérationnels avant trois jours... au moins. De toute façon, une expédition là-bas doit avoir l'aval des 46, et bien sûr, il faut en référer au capitaine-commandant avant d'entreprendre quoi que ce soit.

Byakuya hocha à nouveau la tête. Il ne vit pas la manière dont son collègue le fixait avec compassion, il aurait dû.

- Au fait, tu y étais hier ?

Byakuya le dévisagea comme si Ukitake venait de lui avouer qu'il mangeait des chatons crus servis sur le corps nu d'une sexagénaire au petit déjeuner.

- Quelle belle fête !

- Immonde beuverie.

- Tu étais invité toi aussi. Pourquoi tu n'es pas venu ?

Gardant le silence pour éviter d'avouer qu'il n'avait pas été invité, du moins, pas dans les formes, Byakuya ferma les yeux à moitié et soupira.

- C'est vrai que tous les capitaines étaient invités, et personne n'a osé se montrer, fit Ukitake avec un petit rire. Sauf Kyoraku... mais bon, c'est autre chose.

Alors comme ça, il était le seul capitaine à n'avoir pas été invité ? Ou alors le seul capitaine qui préfère se faire labourer comme un champ de maïs par son vice-capitaine au lieu de lire son courrier. Y'a peut-être aussi un peu de ça dans le fond. Mais bordel pour qui le prenaient-ils !

Un affreux pisse froid qui ne sait pas s'amuser, répondit la conscience de Byakuya. Ce dernier fit taire rapidement sa petite voix intérieure, ce n'était pas le moment de se faire une dialogue personnel sous les yeux d'Ukitake.

Ce dernier avait l'air soucieux. Pour dire, il fronçait les sourcils !

- Je comprends, ça devait être un peu dur pour toi.

Byakuya eut l'air à nouveau aussi intéressé par la conversation qu'un trader par l'élevage des chèvres en Auvergne.

Mais insensible à cela, Ukitake continua.

- Avec Renji, et tout ça...

- Pardon ?

Byakuya se figea et fixa son interlocuteur comme s'il allait le tuer sur place. Ukitake dut réprimer son instinct de survie le plus élémentaire pour ne pas tirer son zanpakuto du fourreau. Il eut un petit sourire désolé et reprit.

- Hé bien... je m'étais laissé entendre dire qu'il restait à la onzième, en attendant.

- En attendant ?

Là, pour le coup, Ukitake se lâcha un tout petit peu, écrasant son confrère sous sa propre aura. Parce que Byakuya avait l'air bien parti pour congeler tout le quartier. Non mais, faut pas faire chier. Et puis il soupira.

- Je comprends, cela doit quand même te toucher...

À vrai dire, Ukitake n'avait pas vraiment envie de parler de l'imbroglio qu'il avait deviné entre le capitaine et son lieutenant. Puisqu'ils semblaient entretenir une relation un peu plus intense que celle qui doit normalement lier un capitaine et son lieutenant, il ne s'étonnait pas outre mesure de la réaction violente de Byakuya. Peut-être même que celui-ci avait besoin d'en parler, d'expliquer... d'exprimer son désarroi. Alors il prit sur lui et continua.

- Je veux dire, sa mutation ne doit tout de même pas te laisser de glace.

- Sa mutation ?

À l'air parfaitement abruti de Byakuya, Ukitake en déduit que, effectivement, cela ne le laissait pas indifférent. Voir... complètement étonné... surpris... louchement surpris.

- Oui, hier. Enfin...

- Que s'est-il passé hier ?

En plus d'être froid comme la mort, Byakuya avait maintenant l'air du gars qui vient de se prendre une montagne sur les pieds. Ukitake reprit, visiblement étonné que Byakuya ne soit pas au courant.

- Quoi ? Tu ne savais pas ? C'est tombé tout à l'heure, tout le monde ne parle que de ça.

- Ce n'est pas possible.

- Renji a demandé un changement de division.

- Impossible, répéta Byakuya avec un air de plus en plus perdu peint sur le visage. L'aîné des deux hommes se sentit étrangement touché par la détresse de son confrère.

- Enfin, c'est à la commission des affectations de trancher maintenant. Rien n'est encore sûr. »

Le capitaine en garda la bouche ouverte quelques secondes avant de se reprendre. Et même quand il retrouva l'usage de toutes ses facultés intellectuelles, Ukitake sentit encore une certaine hébétude chez le jeune capitaine.

Sa mutation.

Un instant Byakuya sentit une colère sans nom l'emporter. Comment peut-il ? Et puis il réalisa.. la déception, la douleur, la colère. Alors il lui avait menti ? Lorsqu'il disait que son seul but était d'être à lui ? Il lui avait menti et l'avait manipulé, trompé. Et il croyait pouvoir s'en tirer vivant ?

Dans un shunpo parfait, Byakuya disparut, laissant le pauvre Ukitake abasourdi dans la cour vide.

La fureur glacée du capitaine envahit la capitainerie au moment exact où il posa un pied sur le sol. Bien avant qu'il ne les emprunte, les couloirs s'étaient vidés et les jeunes shinigamis se terraient dans les salles d'entraînement pour ne pas avoir à croiser le redoutable capitaine. L'air même semblait avoir déserté le bâtiment.

Ce ne fut une surprise pour personne lorsqu'on vit le polaire capitaine de la sixième division prendre la direction de l'étage des chambres des officiers. Depuis la veille, la rumeur s'était répandue comme une traînée de poudre, étonnant tout le monde et inquiétant tous ceux qui étaient bien placés pour craindre une réaction épidermique de la part du capitaine.

Parmi ceux-ci, un certain nombre avait déjà parié sur la mort ou non du vice-capitaine. Ceux qui avaient parié sur sa survie partaient perdant à 100 contre 1.

De tout cela, Byakuya n'en avait absolument pas conscience, il avait la certitude que Renji lui devait une bonne explication, qu'il se prendrait une bonne raclée et que tout finirait par une bonne baise dans la chambrette à côté du bureau. En soi, on peut dire qu'il n'avait pas atteint un point de saturation. Il était juste assez énervé pour lâcher du pétale de cerisier sur tous ceux qui croiseraient son chemin.

Arrivé, il s'arrêta devant la porte et inspira profondément. Son officier allait se faire détruire et il devrait se rappeler toute sa vie de ce jour-là.

Il entra dans la chambre de Renji.

Comme il s'y attendait, Renji, cuit comme une pomme au four, ronflait allègrement sur son futon. Son kimono traînait par terre, lui même ne portait qu'un fundoshi débraillé, ses cheveux détachés s'étalaient autour de sa tête, en un soleil rouge luisant à la lumière du jour. Les volets n'étaient pas fermés. Lorsqu'il entra dans la pièce, le vice-capitaine bougea mollement, dérangé par cette soudaine agitation.

Byakuya se sentit mieux. Renji était là.

Renji. Oui mais voilà, Renji n'était pas seul. Il y avait quelqu'un d'autre dans le lit. Quelqu'un qui était, de notoriété public, le complice de longue date du vice-capitaine Abarai, une espèce d'alter égo, un ami, un confident, un frère... Ce dernier était bel et bien réveillé et le fixait avec ce qui s'apparentait à de l'horreur.

Et Byakuya serra les dents et les poings très forts.

Quelque chose se brisa net en lui. Il ne le savait pas jusqu'à cet instant, il venait de le découvrir.

Il sortit, tournant le dos aux occupants du lit et referma la porte doucement, presque du bout des doigts, sans dire un mot, sans un souffle.

Ce n'était que la deuxième fois, mais il savait ce que cette douleur voulait dire. Il avait le cœur en miettes. Il n'avait jamais imaginé ressentir cela une deuxième fois. Après Hisana, il avait décidé de ne plus prendre d'épouse, pour ne plus risquer de la perdre aussi tragiquement qu'il avait perdu Hisana. Il n'avait pas pris d'épouse, personne n'était mort, et pourtant ce sentiment intense de perte tragique était là, vibrant dans sa poitrine.

Dans la chambre, Renji et Ikkaku avaient eu le temps de voir le capitaine les fixer, sortir et refermer la porte derrière lui. Ikkaku avait brusquement secoué son ami pour le réveiller.

Quelques secondes passèrent avant qu'ils ne détachent leur regard de la porte close et se regardent dans les yeux.

« Renji...

- Ouais.

- T'es mal.

- Nan.

- ...

- Je suis mort. »

A SUIVRE... rendez-vous le 5 juin pour un nouveau chapitre qui déchire !

Dans le prochain épisode... Mais d'abord une gueulante de la part des auteurs : NAN MAIS VOUS DECONNEZ LES GENS ? C'est bien mignon de passer, lire, mettre des fav, exiger la suite toussa. Mais les reviews dans tout ça, on en fait quoi ? Les reviews c'est qui NOUS dit que VOUS avez aimé. C'est le seul lien qu'on a avec vous, c'est la seule manière pour un auteur de savoir ce que les lecteurs pensent. Bref, c'est pas dans nos habitude de crier au scandale mais au dernier chapitre, vous avez fait fort. Bref : REVIEW PLEASE ! On vous aime, mais écrire pour un lectorat muet, c'est très chiant !

Donc, dans le prochain épisode :

« C'est ça la mission suicide ?

- Ben... Aller en Enfer, je vois pas ce qu'il te faut.

- C'est que tu n'as jamais vécu à la onzième »


Et une réponse perso : à hidakatsuki-x : yo ! voilà la suite, pas besoin de nous faire un caca nerveux (ou tendu... mmh ça devient un peu scato tout ça) merci d'avoir lu et apprécié encore un chapitre, on espère que celui-ci aussi a été à ton goût !