Chapitre 25
John grimaça tout en boitant le long du chemin de terre. Il savait que c'était une mauvaise idée de venir près des lacs d'Écosse pour une enquête. Résultat, il était blessé et Sherlock avait disparu. Mycroft allait lui passer un savon.
Il boita sur encore dix kilomètres avant d'arriver dans le petit village où Sherlock et lui s'étaient installés. Il atteignit leur hôtel et entra discrètement. Il ne voulait affoler personne et il était couvert de boue et d'égratignures, rien qu'un bon bain chaud ne pourrait arranger. Il entra dans sa chambre et s'empara de son téléphone. L'inconvénient des campagnes écossaises était que l'on n'avait pas toujours du réseau. Par chance, il y en avait dans l'hôtel où il était descendu.
Les rideaux étaient encore tirés dans la grande chambre du manoir. Mycroft était endormi, tenant dans ses bras le corps de son compagnon. Depuis leur dispute, le politicien faisait tout pour regagner la confiance de son fauve. Ainsi depuis deux semaines, il rentrait chaque soir et passait les dimanches avec Harry.
Ce fut la sonnerie de son portable qui le réveilla. Il l'attrapa à tâtons sur sa table de chevet et jeta un regard à moitié endormi sur le nom de celui qui le dérangeait un dimanche matin à 7 heures. Il poussa un soupir en voyant le nom de John apparaitre.
-Qui c'est ? demanda Harry d'une voix pâteuse.
-Le Docteur Watson, répondit le politicien en décrochant. J'espère que vous avez une bonne raison pour m'appeler aussi tôt.
-Sherlock a disparu. Ça vous va comme raison ?
Le politicien soupira plus lourdement.
-Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
-On a eu une affaire de disparition mystérieuse à Luss, des touristes qui disparaissaient sans raison.
-Luss ?
-Un village perdu près du Loch Lomond dans l'ouest de l'Écosse. On suivait une piste sur l'une des îles du lac, l'ile Inchlonaig, la plus au nord. Je l'ai quitté des yeux une minute et lorsque je me suis retourné, il n'était plus là.
-Et où êtes-vous en ce moment ?
-J'ai fouillé l'île comme j'ai pu et lorsque je ne l'ai pas retrouvé, je suis retourné au bateau et je suis rentré à l'hôtel pour vous appeler.
-Je vous envoie quelqu'un le plus vite possible, soupira l'aîné des Holmes.
Il raccrocha et composa un autre numéro.
-D.I. Lestrade ? On requiert vos services à Luss, près du Loch Lomond en Écosse. John vous y attend.
Puis il raccrocha, il savait que l'inspecteur irait quitte à donner son nom pour que son supérieur l'y autorise.
Et maintenant, il était bien réveillé… et inquiet.
-Tu veux que j'y aille ? proposa Harry en laissant sa main parcourir son torse. Je ne suis pas détective, mais j'ai ma magie pour moi.
-Lestrade est un bon enquêteur, répondit Mycroft en l'attirant dans une autre étreinte. Mais si je n'ai aucune nouvelle ce soir…?
-J'irai, rassura le jeune homme.
Il se redressa et s'installa sur le torse de son amant, avant de se pencher vers lui et de l'embrasser doucement.
Lorsque Lestrade arriva au Loch Lomond, il maudit pour la centième fois le consultant en voyant le petit village. John sortit du petit hôtel qui tenait plus de l'auberge, et le rejoignit. Puis les deux hommes allèrent vers le lac. Ils louèrent un petit bateau à moteur et allèrent sur l'île.
Ce soir-là un peu avant la tombée de la nuit, Harry et Mycroft étaient installés dans le canapé du salon devant la cheminée allumée. Ils profitaient de la présence de l'autre, Mycroft sirotant un verre de scotch. Et Harry blotti contre lui dessinait tranquillement. Lorsque la sonnerie d'un téléphone brisa ce moment. Le politicien décrocha et écouta son interlocuteur. Puis il lâcha une série de jurons et donna une série d'ordres avant de raccrocher vivement.
-Mycroft ?
-Mes hommes ont perdu de vue le Docteur Watson et le DI Lestrade.
-Ils ont disparu ? s'étonna Harry.
L'aîné soupira et passa une main dans ses cheveux. Harry se leva alors et le rejoignit.
-Je vais m'y rendre ce soir et les retrouver, promit Harry dans un murmure.
-Est-ce que ça va aller ? demanda l'aîné.
Le jeune sorcier l'embrassa doucement, puis se rendit dans leur chambre. Il enfila rapidement un jean noir, un pull près du corps, s'empara de ses rangers noirs, prit son long manteau et retrouva Mycroft dans le salon. Ce dernier lui donna alors tous les détails concernant l'enquête de son jeune frère. Puis le jeune fauve embrassa son amant et transplana à Luss.
Il atterrit près du village et s'y rendit. Il devait paraitre le plus normal possible, ainsi se rendit-il au port pour louer un bateau. Puis il se rendit sur l'île Inchlonaig. Il remonta le bateau sur la berge et s'assura d'un sortilège que personne ne le lui volerait. Puis il vérifia les alentours avant de se transformer. Sous sa forme de lion, il pourrait plus facilement traquer John ou Sherlock, il se souvenait de leur odeur. Son flair ne vaudrait jamais celui d'un loup ou d'un chien, mais ça sera toujours mieux que celui d'un homme.
Il parcourut les bois sur l'île pour trouver une trace récente de John, il la suivit sur plusieurs mètres jusqu'à sentir l'odeur de Sherlock. Bingo. Il suivit cette dernière à travers les herbes hautes et les broussailles. Puis se figea et lâcha un grondement de dépit en arrivant au bord du lac, il chercha aux alentours, mais dut se rendre à l'évidence : Sherlock avait quitté l'île. Et il ne pouvait suivre sa trace sur l'eau.
Il fit demi-tour et retrouva la trace de John. Il sentit une autre odeur, sûrement celle de Lestrade, il les suivit et comme pour celle de Sherlock, la trace se termina au bord de l'eau. Il allait placer un traceur magique sur les deux colocataires dès qu'il aurait mis la main dessus, ça lui éviterait ce genre de problème à l'avenir.
Bon, le plus logique serait que ceux qui avaient enlevé Sherlock, John et Lestrade soient partis en ligne droite sur le lac. Il alla rechercher le bateau et se rendit sur la rive est de celui-ci. Comme sur île, il remonta le bateau sur la rive et le protégea d'un sortilège. Il y avait une forêt près du rivage, il s'y rendit et une fois à couvert, se transforma. Par chance, il avait vu juste, ainsi il ne lui fallut qu'un quart d'heure pour retrouver la piste de Sherlock et de John, elle s'enfonçait dans les bois. Bien, maintenant, il était en chasse.
Il parcourut plusieurs kilomètres en petite foulée et tomba sur l'entrée d'une grotte, l'odeur de Sherlock conduisait à l'intérieur. Il reprit forme humaine et avança prudemment surpris qu'il n'y ait personne pour garder l'celle-ci, si c'était là qu'ils enfermaient leurs victimes. Il suivit les tunnels et déboucha sur une grotte plus grande.
À l'intérieur, des hommes étaient en train de réciter un quelconque texte. Harry eut un sourire moqueur en comprenant qu'il avait affaire à des suppôts essayant d'invoquer le Diable. Ils portaient des robes de cérémonie et chantaient les louanges du démon. Par précaution, Harry vérifia rapidement qu'ils ne possédaient pas de magie, mais aucun n'était sorcier.
Le jeune sorcier repéra rapidement le trio qu'il recherchait. L'un des satanistes agrippa Sherlock et l'amena sur l'autel. Génial, maintenant un sacrifice. Le grand manitou s'avança au centre de la salle avec un poignard.
-Il ne viendra pas, vous savez, remarqua le jeune homme à voix haute.
Il s'avança dans la lumière pour faire connaître sa présence.
-Vous savez, reprit le jeune homme, le diable a beaucoup de boulot avec tous les salopards qui meurent sur terre. Je doute qu'il ait le temps de vous apparaître.
-C'est un hérétique, s'écria le gourou, emparer vous de lui.
Harry jeta un coup d'œil sur les victimes de ces cinglés, par chance seuls les trois qui l'intéressaient étaient conscients. Il prit alors une décision. Mycroft n'allait pas aimer et le trio allait poser un tas de questions, mais ses adversaires étaient trop nombreux pour pouvoir les affronter sans risque. Sous le regard surpris des adeptes et du trio, Harry se transforma et profitant de l'effet de surprise, il assomma et neutralisa cinq hommes. John et Lestrade se reprirent assez vite et neutralisèrent également plusieurs hommes. Sherlock s'occupant du gourou et de son second.
En quelques minutes les membres de la secte sataniste étaient hors-jeu. Harry se précipita alors près du détective et lui ôta ses liens avant de poser sa main sur la blessure qu'il avait au front et de la soigner d'un murmure.
-Je savais qu'il y avait une chose qui n'allait pas avec toi, remarqua Sherlock en jetant un regard au fauve. Mycroft le sait.
-Bien sûr qu'il le sait, gronda Harry.
-Est-ce que…
-Sherlock, appela John. Pour les explications, on pourrait voir ça plus tard. Après que la police les ait arrêtés.
-C'est juste, répondit le détective.
Harry repris alors forme humaine au moment où Lestrade sortie de la grotte pour appeler des renforts.
Ce soir-là, Harry suivit les hommes vers la chambre de John, la plus grande, il allait devoir donner des explications. Il avait appelé Mycroft un peu avant pour le prévenir de ce qu'il s'apprêtait à faire. Ainsi, il savait parfaitement ce qu'il avait à faire ce soir-là. Sherlock s'installa dans un fauteuil alors que Lestrade et John s'asseyaient sur le canapé, Harry restant debout.
-Alors ? Qu'es-tu ? demanda Sherlock.
-Avant toute chose, il me faut votre parole que vous ne révélerez rien de ce que je vais vous dire. Seules quelques personnes comme vous sont au courant et au Royaume-Uni, seulement trois.
Tous les trois promirent alors et Harry leur raconta, il leur parla du monde magique, de la guerre et du rôle qu'il y avait joué, il expliqua également tout sur les leothropes. Il dut faire quelques tours avant de pouvoir convaincre John et Lestrade, mais au final, ils l'avaient accepté assez facilement.
Sherlock ne rajouta rien d'autre si ce n'ait qu'il allait avoir besoin de plus de données. John se contenta de lever les yeux à cette affirmation. Harry accepta de faire plusieurs tests, sous condition de les faire au manoir et uniquement s'il pouvait en refuser certain.
-Mycroft va en être ravi, marmonna John, une fois qu'Harry fut parti.
Lestrade se contenta de hausser les épaules et Sherlock était déjà dans son palais mental pour y créer une section uniquement consacrée au jeune sorcier.
