Je me rendis donc au seul endroit où j'avais une chance de trouver Desmond : la chapelle.
Il m'avait dit qu'il m'y rejoindrait à l'aube et bien que le soleil fût levé depuis quelque temps déjà, je décidais de tenter ma chance.
Mon intuition était bonne.
A mon arrivée, la porte de la chapelle était entrouverte, aussi je passais ma tête dans l'interstice pour voir à l'intérieur. J'aperçus immédiatement Desmond qui était assis, tête baissé, sur un des bancs. On aurait dit qu'il priait.
Intriguée, je pris une grande inspiration et m'avançais vers lui. En entendant mes pas, Desmond releva la tête et regarda dans ma direction.
Il paraissait fatigué. Ses traits étaient tirés. Ses yeux cerclés de cernes s'arrondirent en me découvrant là et il se releva vivement.
Il donnait l'impression d'avoir vu une revenante. Avec un pincement au cœur, j'avançais jusqu'à lui.
«Dis-moi que ce n'était pas toi la nuit dernière ? » Attaquais-je sans préambule.
Desmond pinça les lèvres.
« Je te mentirais. » Fit-il.
Je le foudroyais du regard et me campais devant lui, les poings sur les hanches.
« Je n'arrive pas à croire que tu m'aie traité de monstre alors que tu es toi-même un loup garou ! » Lui reprochais-je, furieuse.
Desmond croisa ses bras sur sa poitrine pour se donner une contenance.
« Comment as-tu fait pour t'en sortir ? » Demanda-t-il.
« Tu ne te souviens pas ? » M'étonnais-je.
Desmond secoua la tête.
«Je n'ai pas conscience de ce que je fais quand je suis transformé. Je me souviens juste de m'être réveillé ce matin avec ça entre les mains… »
Il me montra un vieux bout de tissu déchiré. En le regardant de plus près, je distinguais l'écusson du McClarens. C'était mon tablier. Il avait dû me l'arracher en me sautant dessus.
« J'ai cru que tu étais morte. »
Rien dans son ton ne me laissait deviner s'il en avait ressenti de la joie ou de la tristesse. Je soutins son regard pour tenter de lire en lui mais il détourna les yeux rapidement.
« Eh bien, je dois dire que tu m'as fichu une trouille bleue mais tu ne m'as rien fait. » Fis-je en me reprenant un peu.
« Vraiment ? » Fit-il incrédule.
« Oui. Tu m'as attaqué mais, au moment du coup de grâce, tu m'as lâché. » Lui expliquais-je.
« Tu as eu de la chance… » Remarqua-t-il.
Il semblait troublé.
« Tu m'avais prévenue mais je ne t'ai pas écouté. » Fis-je avec un petit sourire. « Merci. » Ajoutais-je, un peu maladroitement.
Desmond ne répondit rien et hocha la tête.
« Il faut que je te dise quelque chose... » Lui annonçais-je. « Cette nuit, après ton attaque, j'ai fait la connaissance d'autres vampires qui habitent la région. » Lui révélais-je.
Je vis Desmond se raidir.
« Je me doutais bien que tu finirais par les rejoindre ! » Lâcha-t-il d'un ton aigre.
Je passais outre le fait qu'il savait qu'il y avait des vampires dans le coin et qu'il ne m'avait pas prévenu.
« Ils savent ce qu'il s'est passé cette nuit. » Lui avouais-je.
Ses poings se serrèrent et ses yeux se plissèrent. Je pouvais sentir la colère monter en lui.
« Calmes toi! Je ne leur ai rien dit à propos de toi. » Le rassurais-je aussitôt.
Il sembla se détendre un peu.
« Ah oui ? Pourquoi ça ? » Me demanda-t-il en se rapprochant de moi.
Je fus troublé par ce soudain changement d'attitude.
« Ils n'arrêtaient pas de parler de guerres entre les loups garous et les vampires, que nos deux races étaient ennemies. J'ai eu peur qu'ils te fassent du mal !»
Je baissais la tête, embarrassée par mon aveu.
Desmond se pencha vers moi et posa ses mains sur mes épaules. Son contact me fit l'effet d'un électrochoc. Je relevais la tête vers lui. Il ne semblait plus du tout en colère maintenant. Il plongea son regard dans le mien.
« Lucy, écoutes moi bien, les autres loups garous ignorent tout de toi. Je ne leur ai rien dit non plus. Si tu quittes Hanover maintenant, tu seras sauve. »
Je le regardais avec tristesse.
« Alors c'est vrai. Il va y avoir une guerre. »Réalisais-je.
Son regard se fit dur.
« C'est inévitable. » Affirma-t-il.
« Je ne peux pas partir. Ma vie est ici maintenant. Mon frère étudie à Darthmouth et j'ai un travail. » M'exclamais-je.
Desmond enleva les mains de mes épaules et se recula, probablement fâché que je refuse de fuir.
« Si tu restes, ils finiront par découvrir ce que tu es et ils te tueront, toi et tes nouveaux amis.»
« Et si je te disais que les Cullens sont comme moi, qu'ils ne boivent pas de sang humain. Est-ce que ça changerait quelque chose ? »
« Non. Ça ne changerait rien. »
« Mais pourquoi ? » Demandais-je d'un ton suppliant.
« Parce que ce n'est pas moi qui décide ! Je dois obéir à l'Alpha. Je n'ai pas le choix. » S'écria-t-il.
Je sentis des picotements au fond de mes yeux. Tout cela prenait une ampleur qui me dépassait et je n'arrivais pas à entrevoir de solution à notre situation.
« J 'ai peur. » Dis-je d'une petite voix, après quelques secondes.
Soudain, les bras de Desmond m'enveloppèrent avec une douceur dont je ne le croyais pas capable. Je me laissais aller contre lui. J'avais désespérément besoin de me raccrocher à quelque-chose. Desmond finit par s'écarter un peu de moi. Je relevais la tête vers lui pensant qu'il allait me dire quelque chose.
Au lieu de ça, il m'embrassa. Personne ne m'avait encore jamais embrassé de cette manière. C'était un baiser fougueux, empli de désespoir et de désir réprimé. A ma grande surprise, j'y répondis avec la même passion. Ses mains se firent plus pressantes et je me serrais un peu plus contre lui. Sa chaleur m'enveloppait et j'avais envie de me fondre en lui, de me perdre dans notre étreinte.
Un raclement de gorge retentit dans la chapelle. Desmond me lâcha brusquement et nous nous tournâmes vers un prêtre qui nous regardait d'un air sévère.
« Il y a certainement des endroits plus appropriés pour ce genre de chose… » Nous reprocha-t-il.
« Oui, nous sommes désolés. Nous partons. » Répondit Desmond.
Nous sortîmes de la chapelle d'un pas rapide.
Sur le parvis, Desmond s'arrêta et se tourna vers moi. Son visage était fermé et son regard, distant.
« C'était une erreur. » Décréta-t-il.
« Quoi ? Non ! » M'écriais-je, en lui touchant le bras.
Desmond dégagea son bras d'un geste brusque.
« Vas-t-en ! Quittes cet endroit ! Je ne veux plus te revoir ! » Cria-t-il, avec colère.
Il se détourna et s'en alla à grand pas, me laissant seule avec mon désarroi.
Je passais ma journée et ma soirée à ressasser ce qu'il s'était passé avec Desmond. Comment avait-il pu me faire un truc pareil ? En moins de douze heures, il m'avait attaqué, embrassé puis jeté comme une vieille chaussette usée.
J'étais d'une humeur massacrante. Même le passage éclair de Josh au bar pour m'avertir qu'il était allé me chercher du sang à l'abattoir ne suffit pas à me remonter le moral. Le simple fait de sourire et de parler aux gens était une torture. J'avais envie de m'enfouir sous une couverture et de ne plus jamais en sortir. Desmond avait réussi l'impossible : Il avait brisé mon cœur mort.
Quand Jeremiah annonça la fermeture, je ne pus m'empêcher de lâcher un gros soupir. Mais je savais que ma nuit était loin de se terminer. J'avais promis à Carlisle de venir à leur réunion de ce soir sur les loups garous. Et le moins qu'on puisse dire c'était que je n'avais pas vraiment envie d'aborder ce sujet.
Je sortis du McClarens vers minuit. Je m'avançais sur le trottoir et regardais des deux côtés de la route en quête de Jasper. Il m'avait promis qu'il viendrait me chercher.
J'aperçus un mouvement du coin de l'œil et me tournais vers ce que je pensais être le vampire. Mais ce fut Desmond qui sortit de l'ombre. Il se tenait à une vingtaine de mètres de moi.
J'étais bien trop en colère et blessée pour dire quoique ce soit. Et d'ailleurs, je n'en eus pas le temps car une voiture noire déboula dans la rue à toute vitesse et s'arrêta à ma hauteur.
La vitre du conducteur s'abaissa et je découvris Jasper et Alice tout sourire.
« Tu as fini plus tôt ? » S'étonna Jasper.
« Oui, il n'y avait pas grand monde ce soir. » Lui confirmais-je.
Je me retournais vers l'endroit où Desmond était apparu. Il était toujours là et me regardait d'une manière intense, comme s'il voulait me transmettre ses pensées par ses yeux. Mais cette nuit, je n'étais pas très réceptive.
Pourquoi était-il là ? Que voulait-il encore ? Il m'avait rejeté et humilié. Ça ne lui suffisait pas ? Il fallait encore qu'il vienne contempler son œuvre ? Je ne lui donnerais pas la satisfaction de me voir me morfondre pour lui, décidais-je. Desmond était un loup-garou, j'étais un vampire. Nous étions donc ennemis. Point barre.
Je me détournais rapidement de Desmond et j'adressais mon plus beau sourire au deux vampires avant de monter dans leur voiture.
« Est-ce que ça va ? » Me demanda Jasper en redémarrant. « Je te sens triste. »
« Ça va. » Dis-je en me calant au fond de mon siège.
Jasper n'insista pas.
« Ton frère ne vient pas ? » S'interrogea Alice.
« Non, il a besoin de repos. » Lui appris-je.
Alice fit une grimace.
« Je déteste ça. » Dit-elle.
« Qu'est ce que tu détestes ? » M'étonnais-je.
« D'être prise au dépourvu. D'habitude, avec mon pouvoir, je sais toujours ce qu'il va arriver… »
« Ce n'est pas un petit peu ennuyeux de toujours savoir ce qu'il va survenir ? »
« Je vois le futur à un moment donné du présent. Chaque décision modifiant le futur, pour moi, l'avenir est toujours fluctuant. Ce n'est donc pas ennuyeux. »
J'acquiesçais d'un hochement de tête.
Je songeais que si j'avais eu le pouvoir d'Alice, j'aurais su ce qui m'attendait avec Desmond. Cela m'aurait sans doute évité bien des déconvenues.
Le manoir des Cullens se situait en plein milieu des bois, très en retrait de la ville. C'était une vieille bâtisse de deux étages construite en grosse pierre et à moitié recouverte de lierre. Jasper se gara juste devant l'entrée principale et nous pénétrâmes à l'intérieur.
Le reste de Cullens nous attendait au salon. Esmée m'accueillit avec un sourire ravi.
Je farfouillais dans le sac que je portais en bandoulière et en ressortais les vêtements que les Cullens m'avaient prêté la veille.
« Tenez. Je vous remercie encore. » Fis-je en tendant le tas de vêtements à Esmée.
Elle les prit avec un sourire.
Je saluais tout le monde à la volée.
« Viens t'asseoir. » M'invita Carlisle en me désignant un ensemble de canapés disposés en carré.
Les autres vampires nous suivirent et s'installèrent par couple autour de moi. A ma droite, il y avait donc Carlisle et Esmée. Directement en face de moi, se tenait Jasper et Alice. Emmett et Rosalie s'installèrent sur ma gauche, en face de Carlisle et Esmée. Enfin, Edward et sa compagne dont j'ignorais encore le nom s'assirent sur le même canapé que moi.
En les observant, je me demandais comment j'avais pu avoir aussi peur d'eux. Je ne les trouvais finalement pas si terrifiant que ça. A l'exception de Rosalie, peut-être.
Malgré tout, je ne me sentais pas totalement à l'aise avec eux. J'aurais dû pourtant. Après tout, j'étais l'une d'entre eux. Mais j'avais cette impression de dénoter quand j'étais avec eux. Un peu comme dans le jeu « cherchez l'intrus ».
Je ne leur ressemblais pas. Je l'avais déjà remarqué mais maintenant que je me trouvais au milieu d'eux, l'évidence était frappante. Ils avaient tous une sorte d'aura qui les rendait incroyablement attractif et séduisant. Assise là, habillée avec des vêtements d'occasion, je réalisais le fossé qui me séparait des Cullens. Et toute la gentillesse et la générosité du monde ne pourrait jamais combler ça.
