Il était une fois ... dans un monde de magie et de merveilles, un Puissant Royaume. Le peuple du Royaume était autrefois un peuple heureux et bienveillant. Ils étaient gouvernés par un grand roi dont la joie et l'amour s'étaient propagé parmi ses sujets. Mais les années passant s'étaient montré cruelles à leur égard et au fil du temps, les rires avaient disparu laissant place aux larmes, les couleurs s'étaient ternies et l'obscurité s'était emparée d'eux.
Les gens espéraient que l'obscurité glaciale qui s'était répandue dans leur Royaume les épargnât. Ils se tournèrent alors vers le Roi et la Reine, les suppliant d'être sauvés des griefs que les ténèbres avaient apporté ... mais le Roi et la Reine avaient également perdu tout espoir.
Alors que les années avaient passées et que les ténèbres avait continué de se propager, les gens du Royaume virent les membres de leurs corps peu à peu devenir lourds. Ils avaient de plus en plus de mal à se déplacer. Il leur devenait de plus en plus difficile de sourire ... lentement, chaque habitant du royaume se changea en pierre.
Le peuple finit par accepter son sort. Ils avaient fini par oublier l'époque où le bonheur régnait. Ils se contentaient de laisser passer les jours, devenant plus lourds, plus somnolents et plus lents ...
Jusqu'à ce que, par une nuit... alors qu'il était tard, le Prince parvint à regarder par la fenêtre de sa chambre. Ce qu'il le changea à jamais et le sortit de ses sombres pensées qui le consumaient.
Il vit une étoile tomber des Cieux.
C'était la chose la plus brillante et la plus magnifique qu'il avait vue de toute son existence. Jamais auparavant il n'aurait jamais imaginé que quelque chose de si beau puisse exister dans un monde plongé dans les ténèbres et la souffrance. Toute la nuit, par-delà la canopée, il observa l'endroit où il entrevoyait la faible lueur de l'étoile qui avait chu.
Pendant deux jours, il ne pensa à rien d'autre que cette étoile. Uniquement à la lumière de cette étoile. Sa beauté. Chaque nuit, il revenait à sa fenêtre et chaque nuit, il apercevait la lueur de l'étoile qui avait chu.
La troisième nuit, le Prince se glissa hors de ses appartements et se dirigea vers les bois. Il voyagea nuit et jour, sans même se reposer, en direction de la lumière de l'étoile. À chaque pas, le Prince semblait devenir plus énergique grâce à la lumière de plus en plus rayonnante. Malgré sa faim et sa soif, malgré ses douleurs et ses articulations alourdies, malgré son envie de repos, il persévéra. Il devait voir l'étoile. Il devait se prélasser dans sa lumière. Il devait trouver cette chose ... ou plutôt, elle, cette étoile.
Quand il finit par trouver la source de la lueur céleste, le Prince n'en crut pas ses yeux. Ce n'était pas un orbe de lumière ou un cristal comme il l'avait cru. C'était une femme. Une belle femme. Au moment où il posa ses yeux sur elle, il comprit que c'était elle - sa lumière - qu'il avait suivie durant tout ce temps, et il ne pouvait plus détourner ses yeux d'elle.
Il la regardait, envoûté. Elle s'interrogeait à propos des arbres, touchant chacun d'eux, en faisant preuve d'une grande délicatesse. A son contact, ils semblaient reprendre vie. Ils se penchaient, souhaitant être plus près d'elle tout comme le Prince.
Oo°oO
A son réveil, tout ce qu'il perçut fut l'obscurité. Il ne pouvait pas bouger, il ne pouvait pas voir, il ne pouvait pas parler. Il sentit sa poitrine se lever et retomber alors qu'il respirait lentement et profondément, mais il ne pouvait rien faire de plus. Il se sentait confus, lourd ...
Des mois passèrent, une pensée prit forme dans son esprit.
Où était-il ?
Comment était-il arrivé ici ?
Pendant un an, il ressassa ces interrogations jusqu'à un jour, où, dans l'obscurité, une nouvelle pensée arriva ... qui était-il ?
Son esprit fonctionnait lentement, comme s'il avait du mal à se sortir de sa torpeur. Il ne pouvait pas réfléchir ... il ne pouvait pas se rappeler.
Il y avait une présence dans l'obscurité, mais il ne savait ce que c'était. Il savait juste que c'était là. Quelque chose de réconfortant. Quelqu'un peut-être ? Quoi qu'il en soit — c'était là, ça lui plaisait. Cela le rassurait. Il se sentait en paix tant que cette présence se trouvait à proximité.
Quelque chose en lui lui soufflait que cette présence, cette ... femme ... était là pour veiller sur lui. D'une certaine manière, il en avait conscience, bien qu'il ne savait rien d'autre, il savait qu'elle était à ses côtés pour une raison ...
Il fallait qu'il se lève, finit-il par se dire.
Pour une raison quelconque, il était important qu'elle sût qu'il était éveillé. Si elle avait quitté ce monde, plus rien ne compterait à ses yeux. Mais pourquoi ? Si seulement il pouvait se souvenir ...
Oo°oO
Après l'avoir observée pendant un jour et une nuit, le Prince finit par se dévoiler à l'étoile. Elle parut effrayée, n'ayant jamais parlé à un être humain auparavant, mais quand le Prince tomba à genoux et lui raconta l'histoire de son Royaume sur le point de s'éteindre, ses craintes se dissipèrent. Il lui avoua qu'elle était la plus belle chose qui existait. Il était sûr que, si elle revenait avec lui et que la lumière rayonnait sur son peuple, elle pourrait les sauver de leur funeste destin. Le Prince lui promit toute sa richesse et tout le confort possible. Il lui promit de réaliser même ses rêves les plus fous.
Cependant, ce ne fut pas ce qui convainquit l'étoile. C'était l'amour qu'il éprouvait pour son Royaume. Elle se dit qu'il s'agissait d' un homme merveilleux et gentil qui avait parcouru tout ce chemin pour la retrouver, pour aider son peuple.
L'étoile accepta d'aider le jeune Prince, mais elle lui avoua qu'elle n'avait aucune envie de disposer des trésors qu'il lui faisait miroiter. Elle se contenta de lui demander sa liberté. Elle ne pouvait pas rester, expliqua-t-elle, car une étoile qui tombait ne le faisait jamais sans conséquences . Si elle tardait à revenir auprès de ses sœurs, sa lumière disparaîtrait pour toujours et elle mourrait. Le Prince, attristé par cette confession, promit à l'étoile qu'il ferait tout son possible pour l'aider à rentrer chez elle.
Ensemble, ils firent le voyage inverse. Ce trajet fut plus long que celui initialement effectué par le Prince. Maintes fois, il fit halte pour s'assurer que l'étoile s'était reposée et nourrie. Il ne souhaitait pas qu'elle se sente mal et épuisée. Il souhaitait qu'aucun mal ne la touche et il ignorait pour quelle raison il ressentait cela.
En voyageant ensemble, les deux individus échangèrent des histoires et des pensées. Ils étaient parfois silencieux, d'un silence qui ne mettait pas mal à l'aise, et riaient des blagues de l'autre. Tout deux frissonnaient quand leurs doigts se touchaient accidentellement en marchant et peu à peu, les regards furtifs devinrent des regards lourds de sens.
Oo°oO
Pendant dix ans, il était resté allongé, incapable de n'effectuer ne serait-ce qu'un clin d'œil. Il essayait désespérément de communiquer avec elle, de lui faire savoir qu'il était là et qu'il se battait. Il pensait devenir fou, avec ses efforts vains et il se dit que si elle devait le laisser, si elle devait partir ... il cesserait d'essayer. Cela n'aurait plus d'importance.
Mais cette pensée — l'idée que cette femme puisse partir — s'avéra insupportable. Il se contracta, se raidit et rugit intérieurement, priant pour qu'on lui porte secours jusqu'à ce qu'un jour, enfin, il réussisse.
Il parvint à bouger ...
Ses paupières s'ouvrirent durant quelques instants avant de se refermer une fois de plus et il redevint froid comme la glace. Mais cela avait suffi. Quelque part à côté de lui, il perçut un souffle léger, suivi par des bruits de pas doux et hésitants. Il sentit qu'elle se penchait sur lui ; il pouvait sentir la chaleur du corps qui rayonnait sur sa peau. Il essaya désespérément d'ouvrir ses yeux à nouveau — pour voir son visage — mais il n'y parvint pas, il était trop faible.
— Étrange … , murmura-t-elle.
Elle tendit la main. Ses doigts caressèrent son front.
— J'ai cru voir ...
Ses caresses éveillèrent quelque chose en lui. Quelque chose de doux et merveilleux. Quelque chose qu'il voulait — dont il avait vivement besoin — de vivre à nouveau. Il devait la faire revenir vers lui.
Durant les dix années qui suivirent, il se battit contre sa propre prison corporelle. Il s'acharna pendant une décennie sans dormir, faisant tout son possible pour ouvrir à nouveau ses yeux. Il n'avait pas vu son visage. S'il le pouvait, pensa-t-il, peut-être que cela lui suffirait. Peut-être qu'il saurait enfin qui il est.
Oo°oO
Quand ils s'arrêtèrent pour prendre du repos, le Prince constata qu'il n'arrivait plus à dormir. Au lieu de cela, il contemplait l'étoile. Il veillait sur elle, la protégeait, s'assurait que rien ne lui arrive. Le Prince se rendit compte qu'il était amoureux de l'étoile. Cette pensée le remplit de bonheur avant qu'il se souvienne de sa promesse envers elle. Elle ne pouvait pas rester ... elle le quitterait bientôt ...
Le Prince sentit ses doigts redevenir lourds et il avait de plus en plus de mal à les bouger ... il se changeait encore en pierre.
Quand le Prince et l'étoile finirent par atteindre le Royaume plongé dans les ténèbres, une grande foule s'était amassée pour les accueillir. On avait déjà ouï-dire que leur Prince avait amené une étoile qui les sortirait de l'obscurité et ils s'en réjouissaient. Au moment où ils la virent, ils explosèrent de joie, la vénérant comme leur sauveur — une bénédiction des dieux.
Elle sourit gracieusement à la foule et, après avoir adressé un clin d'œil au Prince, elle fit rayonner sa lumière sur eux. Tout ce qu'elle touchait ressuscitait. Des fleurs s'épanouissaient de la poussière. L'herbe se colorait d'un vert éblouissant ; la plupart des gens qui contemplaient la couleur réalisèrent qu'ils avaient oublié que celles-ci existaient. Les nuages menaçants se dispersaient et laissaient place au soleil. Des oiseaux aux couleurs flamboyantes s'éveillaient et commençaient à chanter ... Et des larmes de joie coulaient sur les visages des habitants dont les joues de pierre redevenaient chair.
Tous ...sauf le Prince. Car, en regardant son royaume se métamorphoser, lentement, la lumière de l'étoile commençait à décliner. Elle n'avait plus beaucoup de temps devant elle, et il se dirigea vers elle, avec ses lourds membres devenus pierre pour lui faire ses adieux, sachant qu'il ne la reverrait plus jamais.
Oo°oO
Il travailla sans relâche. Sa caresse lui avait redonné de l'espoir, l'alimentait. Mais en vérité, ses efforts semblaient vains.
Jusqu'au jour où, enfin, il sentit son doigt se replier. Il essaya à nouveau, le mouvement était un peu plus aisé cette fois. Et quand il essaya à nouveau, le doigt à côté bougea aussi. À plusieurs reprises, il replia les doigts jusqu'à ce que finalement il put faire un poing, puis il bougea son poignet, puis il plia le bras jusqu'au coude. Lentement, le contrôle de son corps lui revint. Il put tordre ses orteils et étirer son cou. Il ouvrit les yeux et respira plus profondément. Et bientôt, après beaucoup d'efforts, il se retrouva assis.
Il tourna la tête pour regarder autour de lui, ses mouvements étaient encore raides et lents. Il était dans une caverne déserte, des bougies volaient au-dessus de sa tête. Il n'avait aucun souvenir de cet endroit. Après tout, il n'avait plus aucun souvenir de rien.
Il se retourna jusqu'à ce que ses yeux se posent sur elle — la femme qui avait touché son front. En la voyant, cela réveilla quelque chose dans sa poitrine, mais il ne savait pas ce que c'était. Il se sentait ... bien … en sécurité. Avec des mouvements lents et contrôlés, il se leva de la dalle de pierre sur laquelle il était étendu depuis des siècles et se dirigea vers la femme comme s'il était en transe. Il n'osait pas détourner ses yeux d'elle, il n'osait même pas cligner des yeux.
Pourquoi était-elle si importante ?, se demandait-il en la contemplant.
La robe qu'elle portait avait dû être belle autrefois, finement confectionnée de soie magnifique et argentée. Mais le temps passant l'avait effilochée et vieillie. Le vêtement semblait à présent poussiéreux, vieux et terne. Elle était adossée au mur de la caverne, ses petites mains reposaient sur ses genoux. Ses efforts ne l'avaient pas du tout réveillée. Elle ne dormait pas, mais elle semblait avoir l'habitude de rester dans cette position pendant de longues périodes. Peu importe qui elle était, elle se trouvait ici depuis une éternité.
— Qui es-tu ? , lui demanda-t-il, incertain.
Sa voix parut plus forte que prévu. Il pensait que le temps l'aurait enrayée.
La femme tourna lentement la tête vers lui ; son regard hagard croisa le sien, allumant une étincelle en lui.
— Oh, vous êtes éveillé ..., murmura-t-elle d'une voix douce alors qu'elle se tournait. J'étais persuadée vous avoir vu bouger il y a quelque temps de cela.
Il s'approcha un peu plus près d'elle, en penchant la tête pour contempler son visage. Ses yeux semblaient éteints, comme si son esprit était parti.
— Depuis combien de temps sommes-nous ici ?, demanda-t-il avec douceur, ne souhaitant rien d'autre que d'entendre à nouveau sa voix.
— Je n'en suis pas certaine ... Plus loin que dans mes propres souvenirs, répondit-elle distraitement, d'une voix un peu plus forte.
— Est-ce que nous sommes enfermés ?
Il se rapprocha encore, voulant qu'elle le regarde. La femme semblait être à mi-chemin entre sommeil et conscience. Elle était là depuis un bon moment ... et il souhaitait vraiment qu'elle se réveille maintenant.
Elle riva ses yeux sur lui pendant un moment, les sourcils légèrement arqués. Puis son regard se détourna vers la porte, l'analysant tête penchée, comme si elle n'avait jamais remarqué que celle-ci se trouvait là auparavant.
— Je ne sais pas …
Ses yeux dérivèrent à nouveau vers lui, sa voix toujours distraite et distante.
— Je n'ai jamais pensé à vérifier.
Il la regarda ; à présent, quelques centimètres seulement les séparaient. Ses doigts cherchaient à la toucher, mais il s'abstint.
— Je connais ton visage , dit-il.
Après l'avoir regardée plus longtemps, il se dirigea vers la porte. Ses mains caressèrent la surface lisse. En regardant vers le haut, l'homme poussa et sentit que la porte tomber sans difficultés vers l'avant. La poussière et les carreaux s'éparpillèrent en débris sur le sol alors que la porte devenait gravats. Il regarda dans le couloir sombre. Il était libre de partir, libre de ne pas rester dans le tombeau où il était resté enfermé durant une éternité. Il avait besoin d'avancer, de contempler les merveilles de ce monde, peut-être que ses souvenirs lui reviendraient alors.
Il se détourna de l'ouverture, sans partir. Tout ce qui était là-bas n'avait aucune importance ... elle était ici. Pour une raison quelconque, cela signifiait qu'il n'avait pas besoin de partir.
Qui était-elle ?
Son identité était aussi importante que la sienne, se rendit-il compte. Il n'avait aucune idée de qui il était et de la raison pour laquelle il était là. Pourtant, cette femme — la femme qui attendait à ses côtés — comptait davantage. Il devait connaître qui elle était, pourquoi elle était là. S'il pouvait le savoir, le reste attendrait.
Oo°oO
Dès qu'il s'approcha d'elle, elle se tourna vers lui avec un sourire triste. Elle ne voulait pas quitter son Prince et cette pensée atténua plus encore sa lumière. Avant que l'un d'eux ne puisse s'avouer leur sentiment, un sentiment de panique se répandit parmi le peuple. Ils voyaient la lumière diminuer et ils craignaient le pire — redevenir pierre.
Ils ne pouvaient supporter de perdre leur bonheur enfin retrouvé. Alors, ils s'élancèrent vers elle, s'accrochant à l'étoile, l'agrippant de toutes leurs forcés voulant qu'elle continue de briller.
Le Prince, avec un bras et une jambe complètement changés en pierre, se précipita à son secours. Il fallait la sauver, c'était tout ce qui importait. Rien de plus ... Avec un poing de pierre, il s'empara d'elle et, de toutes ses forces, la projeta vers le ciel. Elle utilisa son dernier rayon de lumière pour monter au ciel, et, en regardant en arrière, elle vit avec horreur que son Prince s'était complètement changé en pierre.
Elle pouvait sentir son cœur se briser en mille morceaux alors qu'elle regardait avec horreur son Prince ... son amour ... désormais immobile comme une statue érigée dans sa direction. Une larme coula de ses yeux, en chute libre vers la terre et tomba droit sur la surface en pierre de l'homme qu'elle aimait et elle pleura.
Elle retourna à sa place qui lui était dédiée dans le ciel parmi ses sœurs. Bien que la scène s'était déroulée sous leurs yeux, celles-ci ne pouvaient pas comprendre son affliction. Aucunes d'entre elles n'avaient déjà quitté leur place dans le ciel, elles n'avaient donc jamais connu l'absence, ou le sacrifice ... ou l'amour. Elles brillaient à ses côtés, incapables de lui offrir quoi que ce soit, excepté leurs lumières.
De nombreuses années passèrent. Le Royaume tout entier prit vie dans le bonheur et l'harmonie. Peu à peu, ils commencèrent à oublier le Prince qui les avait sauvés. Ils oublièrent que la statue sur la place principale de la ville avait été autrefois vivante. Ils avaient oublié pour quelles raisons ils aimaient autant cette statue. Mais ils n'avaient jamais oublié l'étoile qui les avait sauvés. Ils croyaient que c'était la raison pour laquelle ils avaient gardé la statue si chère à leurs cœurs, car c'était la place du gardien de cette étoile.
Pendant toutes ces années, l'étoile n'a jamais détourné son regard. Ses yeux étaient rivés sur son bien-aimé, tout en veillant à brûler intensivement, rayonnant sur son Royaume afin que son sacrifice ne soit jamais vain.
10 années s'écoulèrent.
Et puis une autre dizaine d'années.
Et puis plus de 100.
Pourtant, l'étoile refusa de détourner son regard.
Oo°oO
Il était à nouveau à ses côtés et il la regardait, attendant que son regard brumeux ne se posât une fois de plus sur lui.
— Vous n'avez jamais essayé de sortir par la porte ? , murmura-t-il.
Elle avait l'air hagard. Il l'observait alors qu'elle semblait avoir du mal à réfléchir. La femme se réveillait. Ses yeux semblaient plus vivants. Elle détaillait son visage, un sourcil arqué et l'air confus. Elle finit par secouer lentement la tête.
— Je n'en éprouvais pas le besoin ... J'attendais ... quelque chose ... Je ne sais pas ce que j'attendais ... Je ne me souviens pas ...
Elle croisa son regard.
— J'ai rêvé ... Je pense que c'étaient des rêves ... J'ai rêvé d'un Prince, qui se transformait en pierre pour sauver une étoile ... Je ne sais pas ce que cela signifie ...
Un maigre sourire se dessinait sur ses lèvres, mais cette pensée la troublait. Comme si cela ne devait pas la rendre heureuse et qu'elle ne comprenait pas pourquoi.
— Cela me rappelle une histoire que j'ai lue autrefois , lui dit-il.
Il ne savait pas pourquoi il avait dit cela, mais il avait l'impression que c'était vrai. C'était important.
— Autrefois ?
Elle sourit à nouveau. Il voulait que ce sourire ne disparaisse jamais.
— Oui...
Ils restèrent longtemps à s'observer, chacun dévisageant l'autre. Enfin, la femme se pencha en avant, raccourcissant la distance entre eux. Leurs nez se touchaient presque. Il sentit son cœur commencer à battre rapidement. Il ne voulait plus jamais être éloigné de cette femme.
Elle inclina la tête en le regardant. Ses yeux s'attardaient sur chaque trait de son visage.
— Vous étiez là depuis avant que je me souvienne …, murmura-t-elle. Mais vous dormiez ... Toujours vous dormiez ... Je ne pense pas que je vous ai déjà adressé la parole ... Mais je connais votre voix ... Il me semble ...
Elle le regarda dans ses yeux et lui toucha doucement la joue. Ses doigts ne faisaient que passer sur sa peau. Ce contact le remplissait de joie. Il ferma les yeux en savourant cet instant.
— Ne faites pas ça, murmura-t-elle. S'il vous plaît ... vous les avez gardé fermés depuis si longtemps. Et si vous me laissiez de nouveau ?
Ses yeux s'ouvrirent alors et elle posa ses mains pour l'emmener sur lui. Il y avait une lueur de désespoir dans ses yeux; elle essayait de se souvenir aussi.
— De nouveau ?, articula-t-il. Nous nous sommes déjà vu avant, alors ?
— Je ne sais pas ... Nous sommes ici depuis longtemps, lui dit-elle avec un sourire las. La poussière s'est installée sur les souvenirs d'antan.
Il tendit la main et posa sa joue dessus, laissant son pouce caresser la commissure de ses lèvres. Elle l'observait avec des yeux confiants. Sa peau chaude sous ses doigts lui semblait tellement familière ... si douce. Il avait déjà fait ce geste. Il l'avait déjà touchée, caressée...
— Rosa ...
Le mot avait glissé de ses lèvres sans qu'il s'en soit rendu compte.
Oo°oO
Et cette dévotion fût enfin récompensée. Car, ce que l'étoile ne savait pas, c'était que son Prince regardait en arrière. Même si le Prince était en pierre, il était bel et bien vivant. Cette unique larme que l'étoile avait versée, et qui était tombée sur son visage, gardait à l'intérieur l'amour de sa douce, tant et si bien que cela maintint le battement de son cœur plus de 100 ans. Le Prince avait passé ces cent années à rassembler toutes ses forces pour lui envoyer un signe. Un signe pour lui montrer qu'il était encore en vie.
Au début, il avait essayé de crier. Pendant des décennies, il avait essayé. Mais il avait conclu que ses poumons n'étaient plus que roche solide. Alors, il avait tenté de bouger, de hocher la tête, de se redresser, de se mettre à genoux, de tomber, ou de faire un pas, ou un baiser, ou un sourire. Et qu'avait-il réussi à faire ?
Après plus d'un siècle pour essayer de montrer son amour ?
Il avait cligné des yeux. Un seul clin d'œil. Un seul clin d'œil, des paupières en pierre. Il lui avait fallu un siècle. Mais il l'avait fait. Et son étoile l'avait vu.
Elle explosa de bonheur et sa lumière rayonna à travers la terre et la galaxie, tant et si bien qu'elle se jeta en direction de son amour. Plus elle approchait, plus le Prince pouvait bouger. Il réussit à expirer son premier souffle en un siècle. Son corps de pierre se changea en chair. Et enfin, après un long, un très long moment, il prit son amour dans ses bras.
Oo°oO
Son regard s'illumina.
— Rosa ?, répéta-t-elle. C'était mon nom ... n'est-ce pas ?
Il la regarda, son cœur battant plus vite que ces derniers siècles. Elle tendit la main et passait ses doigts dans ses cheveux, cette sensation le fit frissonner. Il posa ses mains sur sa taille et s'approcha d'elle - de Rosa.
— Tu me connais ... , murmura-t-elle.
Il ne répondit pas, il la contemplait. Les souvenirs - ses souvenirs - ils lui revenaient à l'esprit à présent. Des bribes de souvenirs d'autrefois. La Bibliothèque ... les bourgeons de fleurs ... un collier de jade... le pont ... une cellule de prison ... son toucher, ses yeux, son sourire, son rire ... son sang ... il l'avait sauvée, elle allait bien... elle était en sécurité.
Elle était Rosa. Elle était sa Rosa. Il se souvenait d'elle maintenant. Il pensait ne plus jamais la revoir et pourtant, elle l'attendait. Tant d'années s'étaient écoulés et pourtant elle l'avait attendu. Il crut que son cœur allait exploser.
— Je te connais ?, demanda-t-elle calmement, l'extirpant de ses pensées.
Elle le suppliait du regard de lui donner des réponses.
Il croisa son regard, horrifié à l'idée qu'elle ne se souvienne plus de lui. Ses mains tremblaient sur ses hanches.
— Rosa ... Prononce mon nom … , murmura-t-il en faisant tout son possible pour rester serein.
Il ne voulait pas l'effrayer, mais si elle ne se rappelait pas ... si elle l'abandonnait maintenant ... il ne pouvait même pas penser à cette perspective.
Elle l'avait attendu durant toutes ces années, elle devait se souvenir de lui. Il le fallait. Il la serra plus fermement, il devait sûrement avoir l'air d'un fou mais elle gardait son calme. Elle ne prenait pas peur, elle voulait comprendre.
— S'il te plaît ... L'histoire du Prince qui a sauvé une étoile ... C'était moi, Rosa. C'était nous ... C'est pourquoi nous nous sommes rencontrés ... C'est pourquoi nous sommes là ...
Rosa fronçait des sourcils tout en le regardant. Ses doigts caressaient sa mâchoire.
— Rosa, tu dois te souvenir de moi ... Pourquoi serais-tu donc restée tout ce temps ?
Il ferma les yeux tandis qu'il profitait de ses caresses sur sa peau. Même si elle ne se souvenait pas, même si elle était amnésique pour toujours ... ce n'était pas grave, il resterait avec elle.
— Regardez-moi …, murmura-t-elle, et une fois de plus, leurs regards se croisèrent. Son regard était intense; il y avait une étincelle qui n'y était pas auparavant.
— Je te connais...
— Rosa, murmura-t-il.
— ... Loki.
Elle finit par sourire à nouveau, des larmes coulaient de ses yeux alors qu'elle posait une main sur sa poitrine.
— Je me souviens de toi...
— Rosa ...
Un profond soulagement s'empara de lui. Elle s'approcha de lui et enfouit son visage dans le creux de son cou tandis que ses larmes coulaient sur sa peau. Loki l'enveloppa de ses bras, la serrant fermement et couvrant les cheveux de baisers. Il la sentit trembler et, lorsqu'elle leva la tête, il vit qu'elle riait.
— Je me souviens...
— Rosa, je ...
— Tu es de retour pour moi, Loki.
Rosa pleurait de joie. Elle ne s'était jamais senti si heureuse. Elle ne s'était jamais senti si vivante.
— Tu as attendu ... , chuchota Loki. son front se pressa contre le sien, ne croyant toujours pas qu'il prononçait ses mots. Elle était restée. Elle l'avait attendu.
— Je t'aime , prononça dans un souffle Rosa et les lèvres de Loki se joignirent aux siennes.
Elle s'approcha de lui et laissa ses larmes se déverser. Elle craignait que ce ne fût qu' un rêve ... mais comme il la tenait plus serrée, qu'il passait ses doigts dans ses cheveux en lui chuchotant combien il l'aimait, elle savait que tout ceci était bien réel. Il était revenu. C'était fini…
Rosa avait eu beaucoup de temps pour penser au futur ... au passé ...à ce qui s'était passé et à ce qu'elle n'avait pas fait. Elle n'avait aucun moyen de savoir si on les attendait en dehors de cet endroit. Ils pouvaient très bien faire face à la mort, passer l'éternité à courir ou à se cacher dans le coin le plus sombre de l'Univers. Ils allaient vivre en paix, se dit-elle. Toutes ces pensées l'avaient comblée avec espoir, peur et appréhension mêlés. Elle n'avait aucune idée de ce qu'ils devaient faire. Mais il y avait une certitude.
Elle ne le laisserait plus jamais.
Tout ce qui leur arriverait, ils l'affronteraient ensemble. Elle serait à ses côtés, comme elle l'avait toujours fait. Il ne serait plus jamais seul.
Son Prince. Son Loki.
Oo°oO
Le couple quitta la Royaume et vécut une vie longue et paisible ensemble. La lumière de l'étoile s'estompa, jusqu'à ce qu'il ne lui en reste juste assez pour qu'elle puisse vivre... la même longueur de vie mortelle que son Prince.
A la fin, ils moururent, comme chaque chose en ce monde. Mais il est réconfortant de savoir qu'ils s'en étaient allés, comme s'ils s'étaient endormis ... heureux ... amoureux ... ensemble.
Voici la toute fin, l'épilogue...THE END.
Je remercie toutes les personnes qui m'ont soutenue pour cette traduction et l'auteur qui m'a permise de traduire cette fiction. Trois ans et trois mois de travail sont derrière cette traduction et même s'il reste des erreurs, je suis contente du résultat.
Concernant la suite, je ne la traduirai pas. Le premier chapitre est disponible sous le titre d'Extinguished sur le profil de I Have a Paper Heart mais l'auteure n'a pas donné suite.
A tous ceux qui arriveront jusqu'à la fin de cette traduction, n'hésitez pas à laisser un petit mot. Dans le contrat convenu avec l'auteur, je dois lui traduire toutes les reviews et de suite, je vais lui envoyer un pdf de cette traduction française par mail.
En espérant vous revoir sur d'autres fictions,
LPE
