Bonjour

Voici le chapitre 25 corrigé par la formidable Elyrine. Merci à elle !

Et merci à vous pour votre fidélité, vos messages et votre soutien.

Bonne lecture et à lundi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Fix you de Coldplay

Chapitre 25 : Changement

« Nous devons accepter le changement mais conserver nos principes. »

Jimmy Carter

Dean angoissait à l'idée de revoir son frère. Il avait terriblement envie de lui parler et de savoir enfin si tout le monde allait bien chez eux. Si leur père se tenait à ses bonnes résolutions, si Bobby parvenait à faire fonctionner le garage malgré le départ de son seul et unique employé, si Jess avait réussi ses derniers examens, si Jo était toujours là pour veiller sur eux, si Ellen ne s'inquiétait pas trop pour lui. Il voulait pouvoir parler de sa famille et de ses proches. Il en avait besoin pour garder pied et un contact nécessaire avec sa vraie vie. Il avait peur parfois de se perdre dans l'illusion qu'il avait construire auprès de Castiel. Il avait peur d'oublier qui il était et qui il redeviendrait quand tout serait fini.

Sam était son lien avec cette vie qu'il avait mise entre parenthèses et qui lui manquait cruellement quand il prenait le temps d'y penser. Et depuis quelques jours, il était difficile de se souvenir qu'il n'était pas Dean Smith. Qu'il n'était pas un ancien prostitué accroc à la drogue. Qu'il n'était pas un criminel en puissance. Il avait peur de finir par se perdre dans le rôle qu'il jouait. Sam était sa solution et son issue.

Mais son frère le connaissait par cœur. Suffisamment pour être en mesure de deviner ce qui se passait dans sa tête. Il serait sans nul doute capable de voir dans la seconde que quelque chose clochait. Et il saurait le faire parler. Dean ne réussissait jamais à cacher quoique ce soit à son frère. Pas quand il faisait son regard de chien battu auquel personne ne pouvait résister. Il l'avait utilisé durant leur enfance et l'utilisait encore quand il le jugeait nécessaire. Dean était impuissant face à lui. Et cela le terrifiait.

Car Sam n'approuverait certainement pas ce qu'il ressentait. Il ne pourrait pas comprendre comment il avait pu développer des sentiments pour Castiel. Il était pourtant ouvert d'esprit et particulièrement tolérant. Il n'avait jamais rejeté son frère en raison de son homosexualité. Il l'avait même encouragé à vivre sa vie tel qu'il le souhaitait sans se soucier de ce que les autres pourraient en dire. Il avait été là quand Dean en avait parlé à leur père. Il savait que Sam l'acceptait tel qu'il était et serait là pour le soutenir quels que soient ses choix.

Sam le soutiendrait toujours. Sauf quand il saurait qu'il était tombé amoureux d'un criminel. Son frère avait choisi de devenir avocat pour défendre des innocents et faire régner la justice. Il croyait en la morale et faisait une distinction plutôt nette entre le bien et le mal. Pour lui, il n'existait pas de gris. Il n'y avait que du blanc et du noir.

Dean était comme lui jusqu'à sa rencontre avec Castiel. Il avait dû revoir ses positions depuis. Il continuait de penser que sa cible méritait d'être maintenue derrière les barreaux et que ce qu'il faisait était mal et condamnable. Il continuait de vouloir le faire tomber lui et toute son organisation. Mais il avait appris en prison qu'il existait des situations où le choix n'était pas aussi simple. Où il n'était plus uniquement question de blanc et de noir, de bien et de mal. Où on devait suivre une autre voix. Celle qui pouvait paraître condamnable aux yeux de personnes extérieures mais qui s'imposait dans une situation précise.

Il doutait que Sam puisse le comprendre. Il doutait également que son frère soit en mesure d'appréhender les sentiments qu'il avait pour Castiel. Leur discussion risquait d'être houleuse et de se terminer par une dispute. Ce que Dean voulait absolument éviter. Il détestait se fâcher avec Sam. Il n'aimait pas quand ils étaient en colère l'un contre l'autre. A l'extérieur, il pouvait toujours arranger les choses rapidement. Mais ici, il n'aurait aucun moyen de se faire pardonner. Il était donc important que tout se passe pour le mieux.

Quand Henriksen l'avertit que son frère était là, Dean prétexta une nouvelle visite de son avocat pour échapper à Castiel. Il fut rassuré de voir que son mensonge fonctionnait toujours. Il redoutait le moment où on lui poserait des questions sur ces visites et sur ce nouveau procès qu'il devait soi-disant subir. Heureusement pour lui, Castiel était encore préoccupé par l'intervention du FBI le jour de leur livraison et ne semblait pas vraiment se soucier qu'il s'absente à nouveau quelques heures.

Les choses avaient considérablement changé depuis le soir où ils avaient discuté d'une possible trahison d'un proche de Castiel. Dean avait été terrifié à l'idée de faire parti des suspects. Il avait confiance en le travail d'Ash. Mais il savait aussi que Castiel ne manquait pas de ressources. Il avait des hommes brillants qui travaillaient pour lui. Il n'était pas totalement à l'abri qu'on le perce à jour. Il avait alors tenté de convaincre Castiel qu'il était de son côté. Il l'avait fait de la seule façon qui lui était venue à l'esprit et de celle que Castiel était le plus en mesure de comprendre. Il s'était donné à lui entièrement. Il l'avait laissé utiliser son corps pour lui donner la sensation qu'il le possédait toujours et que cela ne changerait jamais. Il n'avait pas pensé que cela aurait également un impact sur lui. Car pour la première fois ce soir-là, ils n'avaient pas uniquement couché ensemble. Ils avaient fait l'amour. Ils s'étaient avoué leurs sentiments. Et Dean avait été totalement bouleversé. Il avait réellement pensé ne pas faire partie de ceux qui avaient besoin de s'entendre dire qu'ils étaient aimés. Il avait même pensé ne jamais prononcer ces mots lui-même. Il avait eu tort. Il n'y avait rien de plus agréable que d'entendre un autre homme lui confesser son amour. Même s'il s'agissait d'un criminel multirécidiviste.

Dean avait tenté de ranger tout ceci dans un petit coin de son esprit pour ne pas y penser constamment. Il n'avait pas réellement réussi. Car ces trois mots lui revenaient souvent à l'esprit. Il lui suffisait de regarder Castiel pour se souvenir. Cet homme l'aimait. Et il allait pourtant devoir le trahir. Plus les jours passaient et plus il avait du mal à envisager de le dénoncer ainsi. De trahir sa confiance et de briser son cœur sans ménagement. Il ferait son travail et son devoir. Il n'avait pas d'autre choix. Mais il détestait savoir qu'il serait celui qui le ferait tomber. Il détestait l'idée d'être celui qui ruinerait sa première histoire d'amour sérieuse.

Peut être que voir Sam serait une bonne chose pour se rappeler de toutes les raisons qu'il avait de sorti d'ici rapidement. Peut être sa visite était elle une bénédiction en fin de compte.

On le conduisit dans la même salle que pour voir Benny. Sam était déjà là, dos à la porte et le regard fixé sur un mur pourtant dépourvu de décoration. Il pouvait sentir la tension évidente chez son frère. C'était dans sa façon de se tenir droit, les épaules remontées et les poings serrés de chaque côté de ses cuisses.

Dean se racla la gorge pour attirer son attention quand le garde les laissa enfin seul. Sam se retourne aussitôt. Il le dévisagea quelques secondes avant de s'élancer dans sa direction pour le prendre dans ses bras. Dean se laissa faire sans protester. Il avait autant besoin de cette étreinte que Sam. Peut être même plus. Il ferma les yeux en enfouissant son visage dans le cou de son frère. Ce dernier referma ses bras dans son dos et continua à le serrer fortement contre lui.

Il leur fallut quelques minutes avant de pouvoir se séparer. Ils n'avaient jamais été loin l'un de l'autre aussi longtemps avant. Ils avaient toujours été incroyablement proches. Sans doute trop pour bien des gens. Mais Dean se fichait de ce que ces personnes pouvaient en penser. Il était totalement dépendant de son frère. Il avait besoin de lui dans sa vie au quotidien. Il avait besoin de son soutien et de son approbation. Il avait besoin de le rendre fier. Il supposait que ce n'était probablement pas très sain. C'était toutefois le résultat d'une enfance compliquée durant laquelle ils avaient tout représenté l'un pour l'autre.

- Dean… est-ce que ça va ? demanda Sam quand ils purent à nouveau se regarder dans les yeux.

Le jeune agent hocha aussitôt la tête pour rassurer son frère. Il savait que cela ne lui suffirait pas. Il y aurait plus de questions. Mais pour le moment, il était incapable de parler. Il avait le cœur qui battait trop vite et la gorge nouée. Il avait juste besoin de quelques minutes.

- Benny m'a dit que tu es proche du but… il m'a dit que tu avais fait des progrès considérables et je… je sais que tu ne peux pas m'en dire beaucoup mais… confirme-moi juste que tu seras bientôt sorti d'ici, lança Sam.

Dean n'était pas sûr de pouvoir faire une telle promesse. Il avait effectivement gagné la totale confiance de Castiel. Il avait obtenu des informations importantes. Mais il lui manquait encore l'essentiel. Il avait besoin de noms. Pas de pseudonyme ou de surnom. Il avait besoin d'identités précises et de gens à coincer. Il ne pouvait pas encore savoir quand Castiel les lui donnerait. Il savait toutefois que son frère ne voulait pas entendre ce genre de choses. Il voulait juste être rassuré. Dean était son grand frère et c'était quelque chose qui était ancré depuis toujours dans son ADN. Il faisait toujours en sorte d'apaiser les inquiétudes de son petit frère. Même s'il devait travestir la vérité pour ça.

- J'ai effectivement fait des progrès significatifs ces derniers jours. Ça ne devrait plus être trop long. Profite bien de ta liberté car je serais très vite de retour.

- Tu me manques, Dean. Et tu manques aussi à tout le monde. On a hâte de te retrouver.

Dean sourit, touché par cette affirmation dont il n'avait jamais réellement douté mais dont il était parfois difficile de se souvenir dans cet enfer. La prison changeait les gens. Il ne faisait pas exception. Peu importait qu'il ne soit là que pour un temps très court. Il savait qu'il ne serait plus jamais le même homme à sa sortie.

- On s'assoit ? suggéra-t-il alors à Sam.

Il lui indiqua une chaise du menton et le regarda y prendre place. Il s'installa ensuite à côté de lui et posa ses deux bras sur la table. Il baissa les yeux sur ses mains et les fixa longuement. Il lui arriverait parfois d'avoir la sensation d'y voir du sang. Celui d'Azazel et de Raphael principalement. Mais celui de Christian Campbell aussi parfois. Il était responsable de la mort de trois personnes. C'était une chose de plus qu'il ne pourrait pas oublier.

- Est-ce que ça se passe bien avec Castiel ? demanda finalement Sam après quelques secondes de silence.

C'était la question que Dean redoutait. Il ne savait pas comment expliquer à son frère tout ce qu'il avait vécu avec sa cible. Il ne savait pas comment décrire ce qu'il ressentait sans lui avouer qu'il était amoureux de lui.

- J'ai gagné sa confiance, oui, se contenta t-il alors de répondre.

Ce n'était pas ce que Sam voulait savoir et Dean savait parfaitement qu'il ne faisait que retarder l'échéance. Mais cela lui faisait gagner quelques minutes pour trouver les bons mots.

- Il… est-ce qu'il… t'a fait du mal ? demanda alors son frère.

Dean l'observa une seconde du coin de l'œil. Il avait le visage pâle et les traits tendus. Il était évident qu'il devait imaginer le pire. Il devait penser que Castiel torturait Dean et l'utilisait avec brutalité et violence. C'était ce que le jeune agent avait lui-même imaginé au début. Il ne voulait pas que Sam continue à se faire des idées et perde le sommeil par sa faute. Il devait lui expliquer qu'il avait tort de s'inquiéter sur ce plan-là.

- Il ne m'a pas fait de mal, Sammy. Il ne m'en fera pas. Je sais que ça doit être difficile à croire mais il est… il est surprenant. Il semble tenir à moi.

Le mot « surprenant » sembla déstabiliser son frère puisqu'il grimaça immédiatement en l'entendant. Dean aurait sans doute pu choisir un autre terme. Il ne voyait toutefois pas ce qu'il y avait d'aussi étonnant dans son choix de mot.

- Surprenant en bien alors, souffla Sam sans le regarder.

- Juste surprenant, Sammy. Ni en bien ni en mal. Il est… c'est un criminel. Je n'ai aucun doute sur sa culpabilité. Mais avec moi, il est différent. Il est…

- Surprenant, répéta Sam qui semblait avoir une idée en tête.

Dean se doutait de ce que son frère cherchait à lui faire dire en insistant de la sorte. Il semblait avoir senti que le jeune agent ne lui disait pas tout. C'était à prévoir. Il avait toujours su lire en Dean comme dans un livre ouvert.

- Sam, je sais ce que tu cherches à me faire dire mais… c'est inutile.

- Tu en es sûr, Dean ? Parce que j'ai l'impression au contraire que c'est quelque chose dont on devrait parler ensemble.

- Je ne peux rien te dire concernant…

- Ta mission, je sais… et ce n'est pas ce que je te demande. Ce que je veux savoir c'est ce qu'il se passe dans ta tête… ce que tu me caches. Je me fiche des détails de ta mission. Je sais que tu es capable de la remplir. Ce qui m'inquiète en revanche, c'est ce que tu ressens… ce que tu ressens pour Castiel.

Dean détourna les yeux et fixa le mur en face de lui pendant de longues secondes. Il se sentait pris au piège et s'il s'y était attendu, il n'était pas pour autant prêt à faire face à cette conversation. Il savait qu'elle causerait des problèmes entre Sam et lui.

- Ce que je ressens n'a aucune importance. C'est ce pour quoi je suis là qui compte, affirma-t-il finalement après de longues secondes de silence.

- Ça c'est ce que tu te dis pour avoir la sensation que tu maîtrises la situation. Je te connais, Dean. Je sais que tu penses pouvoir y arriver. Mais je sais aussi que tu pourrais en ressortir brisé et je ne vais pas te laisser faire.

- Sam, tu te fais des films. Tu t'inquiètes pour rien. Crois-moi… je vais bien.

- Sauf que tu mens et le pire… c'est que je crois qu'en plus de me mentir à moi, tu te mens à toi aussi. Je te connais par cœur, Dean. Je sais pourquoi tu le fais. Mais je ne suis pas dupe. Tu cours à la catastrophe.

Dean reporta son attention sur son frère et le dévisagea une seconde. Il n'était pas surpris que Sam ait pu comprendre rapidement que quelque chose clochait et qu'il lui cachait la vérité. Mais les conclusions qu'il en tirait semblaient trop réfléchies. Presque comme s'il en avait déjà discuté avec quelqu'un.

- C'est Benny qui t'a mis toutes ces idées dans la tête ? demanda-t-il alors.

Sam refusait toujours de croiser son regard. C'était le signe qu'il n'était pas à l'aise. Qu'il était gêné et se sentait probablement coupable. Ce qui tendait à prouver qu'il avait vu juste. Sam n'était pas uniquement venu pour s'assurer qu'il allait bien. Il avait une mission. Il était là pour lui faire dire la vérité. Et tout ceci était orchestré par Benny depuis l'extérieur. Il avait cru avoir dupé son coéquipier. Mais de toute évidence, il avait eu tort.

- Réponds-moi Sammy ! exigea-t-il ensuite.

Sam finit par soupirer longuement avant de se passer une main dans les cheveux. C'était un autre de ses tics nerveux. Dean n'aimait pas être responsable de son état. Mais il ne pouvait pas non plus laisser ses proches conspirer ainsi contre lui. Cela ne l'aidait pas à avancer. Il avait besoin de leur soutien plein et entier. Pas de leur suspicion. Même s'ils avaient raison d'être inquiets.

- Il ne m'a pas demandé de venir t'interroger mais il… il se pose des questions… sur toi et Castiel. Il a la sensation que quelque chose se trame et il sait que je suis le seul à qui tu accepteras de parler, confia finalement Sam d'une toute petite voix.

Dean n'en revenait pas. Il avait expressément demandé à Benny de ne plus utiliser Sam contre lui. Son coéquipier le lui avait promis. Ce qu'il venait de faire le mettait hors de lui. Il avait trahi sa confiance et était revenu sur sa parole. Sans se soucier visiblement des conséquences que cela pourrait avoir sur sa relation avec le jeune agent.

- Il se sert de toi contre moi. Et ça ne te gêne même pas ?

- Il m'a juste fait part de ses inquiétudes. Il ne m'a rien demandé. C'est toi qui a suggéré de me faire venir. J'ai juste ainsi cette opportunité pour confirmer ce qu'il m'avait dit.

- C'est lui qui m'a parlé de toi… il a tout manigancé… il… il savait que non, il m'a trahi. Point final.

- Dean… de toute évidence, il avait raison de se poser des questions.

Le jeune agent se leva brusquement de sa chaise. Il n'allait pas quitter la pièce sans prendre le temps de discuter avec Sam et de le rassurer correctement. Mais il ne pouvait pas rester assis. Pas quand il était dans un tel état de colère. Il était furieux et il se sentait trahi.

- Qu'est-ce que ça change ? Sammy… j'ai voulu que tu viennes parce que tu me manques… parce que vous me manquez tous et que j'avais besoin d'avoir des nouvelles de tout le monde. Mais de toute évidence, toi, tu es venu avec des intentions différentes. Comment espérais-tu que je réagisse en l'apprenant ?

Sam le suivait du regard mais semblait toujours aussi mal à l'aise.

- Et franchement… je commence à me demander si Benny est réellement inquiet pour moi ou s'il est juste inquiet que je ne remplisse pas ma mission.

- Tu es injuste, protesta Sam.

- Je n'en suis plus aussi sûr.

- Tu sais que Benny tient à toi. Tu sais qu'il préfère te voir échouer mais ressortir indemne que l'inverse.

- Si c'est le cas, alors qu'il vienne me parler directement. Agir dans mon dos est tout sauf constructif.

Dean savait bien que Benny n'avait pas de mauvaises intentions. C'était réellement quelqu'un de bien. Mais il était trop en colère pour s'en souvenir pour le moment. Il ne parvenait plus à réfléchir correctement. Il ne réussissait pas à se montrer lucide. Il aurait aimé avoir Benny en face de lui à cet instant précis pour lui demander des explications. Pour lui faire des reproches et voir comment il tenterait de se défendre. Il se sentait impuissant, enfermé ici. Et cela ne faisait que renforcer la colère qu'il ressentait déjà.

- D'accord, il a peut-être eu tort. Et sans doute que j'ai eu tort moi aussi. Mais ce n'est pas important. La seule chose qui compte, c'est toi, lança Sam.

- Je vais bien. Comment faut-il que je te le dise pour que tu le croies ?! jeta Dean en s'immobilisant.

Il prit quelques secondes pour retrouver un semblant de calme et permettre à son frère d'en faire de même. Il avait également besoin de ces quelques instants pour remettre ses idées en place et trouver un moyen de convaincre son frère une bonne fois pour toute.

- Tu peux le dire et le répéter… je ne te croirai pas tant que je sentirai que tu me mens. Et tu me mens, Dean. C'est évident. Alors montre-toi honnête avec moi, s'il te plaît. J'estime l'avoir mérité, non ?

Dean soupira longuement avant de se laisser tomber lourdement sur une chaise. Il en avait choisi une loin de son frère. Pour mettre de la distance entre eux. Pour s'éloigner un peu du regard inquiet de Sam.

- Qu'est-ce que tu veux savoir, Sammy ? demanda-t-il alors.

- Ce que je veux savoir, c'est ce que tu ressens réellement pour Castiel… ce que tu traverses au quotidien avec lui et… comment tu envisages la suite.

Tout ce que Dean ne voulait pas aborder. Sam ne le laisserait toutefois pas tranquille avant d'avoir obtenir ses réponses. Il était préférable de les lui donner s'il voulait arranger la situation et ne pas conclure cette conversation sur une dispute. Il espérait simplement que son frère serait en mesure de le comprendre sans le juger. Qu'il aurait son soutien et non pas des critiques inutiles.

- Tu veux savoir si j'ai des sentiments pour lui ? demanda-t-il finalement.

Sam hocha la tête, lui confirmant ce qu'il savait déjà. Dean avait deux choix maintenant. Il pouvait dire la vérité à son frère et s'exposer à son jugement ou continuer à mentir et risquer d'énerver la personne qu'il aimait le plus au monde. C'était un choix simple mais aucune des options n'était entièrement satisfaisante. Chacune représentait un risque. Et Dean avait terriblement peur des conséquences. Il prit une seconde pour réfléchir à la meilleure manière d'affronter la situation. Sam avait toujours été parfaitement honnête avec lui. Il ne lui avait jamais rien caché. Pas même les bêtises qu'il avait pu faire enfant. A chaque fois qu'il avait commis une erreur, même une fois adulte, il s'était toujours tourné vers Dean pour obtenir des conseils, du soutien ou de l'aide. Dean avait été honoré d'être celui vers qui son frère trouvait ce dont il avait besoin.

De son côté, il avait toujours tenté de protéger Sam. Pas parce qu'il le jugeait incapable d'affronter des situations compliquées ou lui donner de bons conseils. Mais parce qu'il estimait que son frère n'avait pas à supporter les conséquences de ces erreurs. C'était lui le grand frère et il refusait de faire peser le moindre poids sur les épaules de son cadet.

Il était peut-être temps de revoir sa position. Il était peut-être temps pour lui de faire confiance à Sam. Il était prêt à remettre sa vie entre les mains de son frère. Mais en souhaitant le protéger, il l'avait exclu d'une partie de sa vie. Il continuait à le faire en lui cachant ses sentiments pour Castiel. C'était un manque de respect envers Sam. Il était adulte à présent. Il était suffisamment mature pour entendre ce que Dean avait à lui dire. Se confesser et se montrer honnête était une marque de respect que Sam méritait pleinement.

- Je suis amoureux de lui, Sammy. C'est aussi simple que ça. Je l'aime. Je n'ai pas cherché à développer de tels sentiments pour lui. Ils se sont imposés à moi sans que je ne puisse réellement lutter contre… et pourtant, Dieu sait que j'ai essayé. Je l'aime. Il n'y a rien de plus à dire.

Son aveu ne sembla pas réellement surprendre Sam. Ni même le choquer. Il avait toutefois le visage grave de quelqu'un qui vient d'apprendre une mauvaise nouvelle.

- Tu sais que je t'aime de tout mon cœur, Dean. Je ne te le dis sans doute pas assez souvent et je sais que tu détestes qu'on parle de nos sentiments mais… je t'aime. Tu es mon grand frère et tu es mon héros.

L'aveu de Sam noua la gorge de Dean. Il avait les larmes aux yeux face à la sincérité de son frère. Il savait déjà tout ça. Il n'avait jamais douté de l'amour de son frère. Pas plus que Sam ne doutait de son amour à lui. Ils n'avaient pas besoin de se le dire. Ils se le prouvaient au quotidien. Mais le dire était tout de même important. Il aurait dû le faire depuis longtemps. Il était toutefois incapable de le faire pour le moment. Il avait besoin de savoir ce que Sam pouvait encore avoir sur le cœur. Il voulait lui laisser une chance de s'exprimer avant de réagir.

- Tu ne m'as jamais déçu et tu n'as jamais manqué à ton devoir… que ce soit envers moi, envers notre famille ou envers le FBI. J'ai une confiance aveugle en toi. Et je sais ce à quoi tu penses à cet instant précis. Je sais que tu as peur que je te juge… que je te critique ou que je te reproche d'avoir des sentiments pour l'homme que tu es censé faire tomber. Mais tu te trompes. Je ne suis pas en colère, Dean.

- Tu ne penses pas que c'est une erreur ?

- Il n'est pas question d'erreurs en matière de sentiments, Dean. On n'a jamais tort quand on aime quelqu'un. Tu te souviens de Ruby ?

Dean hocha la tête en grimaçant. Il ne pourrait jamais oublier la première petite amie de son frère. Il l'avait rencontré au lycée. A l'époque, il était obnubilé par ses études, ses notes et par la possibilité d'obtenir une bourse intégrale pour intégrer Stanford. Il n'avait pas de temps à perdre avec une petite amie ou une quelconque histoire de cœur. Ruby avait pourtant réussi à le séduire. Dean avait été content pour lui. Il aimait l'idée que son frère fasse les mêmes expériences que tous les jeunes de son âge. Mais une fois qu'il avait rencontré la jeune fille, il avait tout de suite été méfiant. Elle avait beaucoup trop d'influence sur lui. Elle réussissait à lui faire faire tout et n'importe quoi. Jusqu'au jour où elle avait réussi à le convaincre de goûter à la drogue. Ses notes avaient chuté drastiquement. Ses professeurs ne le reconnaissaient plus. John avait été convoqué pour en discuter. Et si leur père à l'époque était trop imbibé d'alcool pour comprendre ce qui se passait, Dean avait compris immédiatement. Il avait alors pris Sam entre quatre yeux et lui avait expliqué qu'il filait du mauvais coton. Sam lui avait hurlé dessus. Il avait menacé de quitter la maison pour aller vivre avec Ruby. Dean avait heureusement réussi à le convaincre. Mais il avait eu la peur de sa vie. Il avait été terrifié à l'idée de perdre son frère. Il ne lui avait toutefois fait aucun reproche. Il lui avait juste expliqué pourquoi il avait tort de ne plus penser qu'à sa petite amie et non pas à ses études. Sam avait compris. Les jours suivants avaient été compliqués. Dean avait été là pour son frère à chaque étape de sa convalescence.

- A aucun moment tu ne m'as reproché mes sentiments pour elle. Tu ne t'es pas mis en colère. Tu ne m'as pas crié dessus. Tu as pris le temps de m'expliquer et tu es resté avec moi… même si j'étais un idiot qui te détestait pour ça. Tu m'as appris ce jour-là qu'aider quelqu'un, c'était prendre le temps de lui expliquer ses erreurs sans pour autant les lui reprocher. C'est être là dans les bons et les mauvais moments.

- Sam, souffla Dean qui ne savait pas vraiment comment réagir à ce que son frère lui disait.

- Et cette leçon, je ne l'ai jamais oubliée. Je l'ai appliquée à chaque moment de ma vie et je vais m'en servir aujourd'hui avec toi.

Dean sentit la main de son frère se poser sur la sienne et il sut alors qu'il avait eu tort de craindre son jugement et ses critiques. Sam était quelqu'un de bien. Il l'aimait. Il pouvait compter sur lui.

- Je sais que tu n'as jamais voulu tomber amoureux de Castiel et je sais que tu as dû lutter contre ces sentiments de toutes tes forces. Parfois, on tombe amoureux des mauvaises personnes. On ne peut pas s'en empêcher. C'est ce qu'on décide de faire de ces sentiments qui compte vraiment.

- Je ne vais pas… je sais qu'il n'y aura jamais rien entre nous. Je n'en ai même pas envie, d'ailleurs. Je vais faire ce pour quoi je suis là et ensuite je sortirais de cette prison. J'aurai peut-être le cœur brisé mais je sais que je finirais par m'en remettre.

- Tu es la personne la plus forte que je connaisse Dean. Je te l'ai dit… tu es un modèle pour moi. Tu l'as toujours été. Et ça ne changera pas aujourd'hui. Je n'ai aucun doute sur le fait que tu sauras surmonter cette épreuve. Mais je sais aussi que ça ne sera pas simple. Principalement parce que tu n'as jamais été amoureux avant. Tu ne sais pas ce que c'est que d'avoir le cœur brisé.

Sam avait raison bien sûr. Dean n'avait jamais été amoureux de quelqu'un. Il n'avait jamais vécu une histoire sérieuse. Il n'en avait même pas voulu une par le passé. Il avait suffisamment à faire avec son métier et ses proches. Il n'avait pas besoin d'ennuis supplémentaires. Le sexe suffisait à son bonheur.

C'était finalement ironique que sa première histoire d'amour ait eu lieu dans ces circonstances. Que le premier homme qu'il ait aimé soit un criminel quant lui représentait la loi. Il n'était finalement pas si surpris que ça en fin de compte. C'était un peu l'histoire de sa vie.

- C'est pour ça que tu vas avoir besoin de moi. Une fois dehors, tu vas souffrir… je préfère être honnête avec toi. Avoir le cœur brisé, c'est comme perdre une petite partie de soi. Ce sera dur et tu auras besoin de tes proches pour surmonter cette épreuve. Tu pourras compter sur moi.

- Sam, je ne veux pas être un poids pour toi. Tu as besoin de te concentrer avant tout sur tes études et sur ton avenir avec Jess.

- Si Jess n'est pas capable de comprendre que tu as besoin de moi, alors c'est qu'elle n'est pas la bonne. Si ça peut te rassurer, je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle saura le comprendre. Elle t'aime beaucoup, elle aussi. Elle t'a toujours adoré… à tel point que je serais inquiet si tu n'étais pas gay.

Dean ne put s'empêcher de rire en entendant la plaisanterie de son frère. Il s'était tout de suite parfaitement entendu avec la jeune femme. Ils avaient les mêmes goûts en matière de musique et de cinéma. Ils aimaient tous les deux Sam de tout leur cœur. Il la considérait comme une petite sœur d'adoption. Mais il savait en revanche qu'elle n'avait d'yeux que pour Sam. Même s'il avait été hétéro, elle n'aurait jamais été intéressée. Sam était l'homme de sa vie.

- Et tu ne seras jamais… jamais un poids pour moi. Je veux t'aider. Je veux être là pour toi. Maintenant la question est de savoir si tu me laisseras faire ou non.

Dean tourna enfin le visage vers son frère. Il pouvait lire son envie de l'aider dans ses yeux. Il comprit alors combien il avait eu tort. Il avait voulu protéger son frère. Il avait voulu éviter de l'ennuyer avec ses propres problèmes. Mais il l'avait privé d'une chance de remplir son rôle de frère en le tenant ainsi à l'écart. Il était temps pour lui de rectifier cette erreur.

- Bien sûr que je te laisserai faire. Je suis juste… j'ai peur, Sammy. Pas de ce qui arrivera une fois dehors. Je sais que je pourrais compter sur toi. Mais de tout ce qui va arriver avant.

- Comment ça ?

Dean prit une grande inspiration avant de tenter d'expliquer à son frère quelque chose qu'il avait déjà du mal à s'expliquer à lui-même.

- Je ne renoncerai pas à ma mission en raison de mes sentiments. Ce n'est pas ça dont j'ai peur. C'est de la réaction de Castiel.

- Tu as peur qu'il tente quelque chose contre toi.

Dean secoua la tête aussitôt. Il se savait suffisamment intelligent pour ne pas être pris sur le fait. Castiel ne saurait qu'il avait été trahi que lorsque Dean serait en sécurité. Il n'avait pas peur de mourir. C'était plus compliqué que ça.

- Non, pas vraiment. Je sais que c'est un risque mais je me sens capable de faire en sorte de l'éviter. Non… c'est… je suis le premier homme dont Castiel est tombé amoureux.

- Il est amoureux de toi ?

Dean réalisa alors qu'il ne l'avait pas dit à son frère. Il n'avait parlé que de ses propres sentiments sans pour autant évoquer ceux de Castiel. Il aurait dû commencer par là. C'était ce qui compliquait la situation. Plus que ses propres sentiments, c'était ceux de Castiel que Dean ne savait pas comment gérer.

- Il est amoureux de moi, oui. C'est une bonne chose pour ma mission parce que ça me permet d'avoir sa confiance et de pouvoir agir tranquillement. Mais ça signifie également que je vais devoir… je vais trahir sa confiance et lui briser le cœur. Je ne sais pas comment je vais gérer ça.

Cette fois, Dean avait tout dit à son frère. Il lui avait confié tous les détails de ce qu'il vivait. Et contrairement à ce qu'il avait redouté, ce n'était pas compliqué. Bien au contraire. Parler à Sam et s'ouvrir avec lui était incroyablement simple. Cela avait également retiré un poids important des épaules. Il se sentait bien mieux maintenant.

- Tu as peur de lui briser le cœur ?

- J'ai peur de lui faire du mal. Tout serait plus simple s'il ne m'aimait pas.

- Je te reconnais bien là Dean. Tu as toujours détesté l'idée de faire souffrir les autres. Tu as toujours fait passer le bien être des autres avant le tien. C'est ce que tu es et ce que tu seras sans doute toujours. Mais tu ne dois pas perdre de vue le fait que tu n'y es pour rien cette fois. Tu n'as pas cherché à ce qu'il tombe amoureux de toi. Tu ne pensais même pas que c'était possible. Alors oui, Castiel aura probablement le cœur brisé et oui… il va souffrir plus que ce que tu avais imaginé au départ. Mais ce que tu t'apprêtes à faire est juste. Tu n'es pas venu pour briser le cœur d'un homme mais pour sauver la vie d'innocents et mettre un terme à ses activités criminelles. C'est la seule chose qui compte.

Ce que Sam disait était plein de bon sens. Et c'était exactement ce que Dean aurait dû réaliser depuis le début. Mais ses sentiments l'empêchaient de voir les choses avec lucidité. C'était aussi pour ça qu'il avait besoin de l'avis de son frère. C'était la personne qui le connaissait le mieux au monde. Et le plus à même de lui dire quoi faire.

- Merci, Sammy. C'est exactement ce que j'avais besoin d'entendre.

Sam serra sa main un peu plus fortement et Dean lui adressa un petit sourire. Il n'était pas encore sorti d'affaire mais il allait mieux. Et il le devait entièrement à son frère. Il n'était pas sûr qu'un simple « merci » suffirait à résumer sa reconnaissance pour lui. C'était toutefois un début.

- Tu n'as pas à me remercier, Dean.

- Si… si, au contraire. Parce que j'avais peur de te parler… peur de me confier à toi et peur de cette visite. Merci de m'avoir prouvé que je me trompais et merci d'être… d'être un petit frère génial.

Sam secoua la tête avant de hausser les épaules.

- Tu ne devrais pas être surpris. Je suis allé à bonne école. Après tout, c'est toi qui m'as élevé. On dirait que tu as fait un bon boulot.

Dean ne regrettait pas d'avoir sacrifié une partie de son enfance pour son frère. Il ne regrettait pas d'avoir eu à se priver pour s'assurer que Sam ne manquait de rien. Il avait tenu le rôle de leur père quand il était incapable de le faire. Il avait fait de son mieux. Heureusement pour lui Sam n'avait jamais été un enfant difficile. Il n'avait pas fait de grosses bêtises et mis à part l'épisode Ruby, élever Sam avait été quelque chose de simple. Et de naturel pour Dean. Il était plutôt fier du travail accompli. Il était également fier des résultats. Sam était un homme bien, intelligent, généreux et promis à un bel avenir. Il était tel que Dean avait toujours rêvé qu'il soit.

- J'ai fait ce que je pouvais. Bobby m'a beaucoup aidé, tu sais.

- Bobby était là, oui, mais… ce n'est pas lui qui me conduisait à l'école… qui me faisait faire mes devoirs … qui jouait avec moi et s'assurait que je mange équilibré… que je ne manque de rien. Ce n'est pas Bobby non plus qui changeait mes couches.

- Inutile de me rappeler ces moments-là, Sammy. Ce ne sont clairement pas mes meilleurs souvenirs.

Sam rit alors, visiblement soulagé lui aussi. Dean sourit, satisfait d'avoir réussi à alléger un peu l'atmosphère. Il voulait terminer cette visite par une bonne note. Pas un éclat de rire ou quelques plaisanteries. Il voulait que Sam reparte avec le sourire et puisse repenser à ce moment jusqu'à sa sortie. Il voulait également pouvoir se raccrocher à ce moment quand les choses deviendraient difficiles pour lui en prison. Sam était sa bouée de sauvetage et son oxygène. Il savait qu'il en aurait bientôt terriblement besoin.

- J'étais un bébé adorable, assura Sam après quelques secondes.

- Désolé, Sammy, mais tu ne te souviens pas de cette époque. Moi, si. Et tu n'étais pas aussi adorable que tu le crois. Je reconnais que tu étais un enfant facile. Mais quand tu étais encore un bébé, c'était bien plus compliqué. Tu pleurais toutes les nuits et tu refusais de dormir seul. Et changer tes couches était une épreuve… franchement, j'avais beau te nourrir correctement, ça n'en était pas moins apocalyptique à chaque fois.

Sam haussa les épaules. Dean avait beau le charrier sur tous ces points, il en gardait tout de même de bons souvenirs. Il était un enfant lui-même mais il avait adoré s'occuper de son petit frère. Il aurait bien sûr préféré que leur mère soit là pour se charger des tâches quotidiennes et pouvoir n'être là qu'en tant que grand frère et non pas parent. Mais il avait tout de même adoré regarder son frère grandir. Être là à chaque étape de sa vie. Le voir marcher pour la première fois. Entendre son premier mot. Le consoler de ses chagrins. Lui apprendre de nouvelles choses. Il avait tout aimé. Il n'avait aucun regret.

- Tu te souviens du jour où j'ai commencé à parler ? Tu te souviens de mon premier mot ? demanda Sam en souriant toujours.

Dean ne pourrait jamais l'oublier. Comme beaucoup d'enfants, le premier mot de Sam avait été « papa ». Ce n'était pas surprenant ni particulièrement mémorable. Ce qui avait surpris Dean et John était le contexte dans lequel Sam avait prononcé son premier mot.

C'était en regardant Dean qu'il avait dit « papa ». C'était en serrant ses petits doigts autour de ceux plus grands de son frère qu'il avait prononcé le mot « papa ». Ce n'était pas un hasard. Dean et John l'avaient compris aussitôt. Sam avait appelé son frère « papa » parce que c'était ce qu'il représentait pour lui. Il était celui qui avait été là à chaque moment de sa courte existence. Celui qui lui lisait des histoires et le serrait dans ses bras pour qu'il s'endorme. Du haut de ses quatre ans, Dean était son père. John avait mal vécu cet épisode et cela restait sans nul doute l'un de ses plus grands regrets. De son côté, Dean avait vécu cela comme une immense fierté. Comme la récompense du travail fourni jusque-là.

- J'ai cru que Papa allait s'évanouir, rappela Dean.

- Je sais qu'il s'en veut toujours pour ça. Je lui ai pardonné, moi. Mais je suis suffisamment lucide pour continuer à croire que tu as été plus un père pour moi qu'il ne l'a jamais été.

- Il a fait des efforts depuis.

- Oui, et je lui en suis reconnaissant. Mais il ne pourrait jamais effacer les premières années et toutes les erreurs qu'il a commise avec nous. Il doit vivre avec, c'est tout.

Dean acquiesça alors. John avait de nombreux regrets. Il avait compris à présent qu'ils n'avaient pas été là pour ses enfants. Qu'il avait eu tort de se noyer dans son chagrin et dans l'alcool après la mort de sa femme. Dean ne lui en voulait plus. Sam lui avait pardonné également. Aujourd'hui, ils formaient une famille à nouveau. Cela n'effaçait toutefois pas toutes ces années passées seuls sans pouvoir compter sur lui. C'était aussi ce qui avait forgé cet incroyable lien entre Dean et Sam.

Quand il était adolescent, le jeune agent avait énormément de rancœur envers John. Il avait la sensation que leur père les avait abandonnés. Il avait été en colère contre lui. Il avait voulu le lui faire payer. Puis il avait grandi et il avait fini par comprendre que John n'avait pas voulu leur faire du mal. Il avait juste perdu l'amour de sa vie. Il avait perdu son pilier et il avait sombré. La seule chose qui comptait vraiment était ce qu'il avait fait ensuite. La façon dont il s'était battu pour rattraper ses erreurs et renoncer à son addiction. Ils formaient une famille à nouveau. Dean ne voulait se souvenir que de ça.

Le jeune agent allait devoir bientôt quitter son frère pour rejoindre Castiel. Il voulait toutefois profiter de ses dernières secondes passées en sa compagnie. Ils n'avaient pas besoin de parler. Juste d'être proches l'un de l'autre. Sam lui donnait de l'énergie et la force dont il manquait cruellement parfois. Sa visite avait été une bénédiction. La meilleure chose qui lui soit arrivé depuis son entrée en prison. Il n'en voulait plus à Benny d'avoir orchestré tout ça. Il avait même envie de le remercier de l'avoir fait. Mais pour le moment, il voulait avant rester à côté de son frère et partager des souvenirs heureux avec lui. Le reste pouvait bien attendre encore un peu.