Et un autre juste pour vous! Je me suis dis que je devrais peut-être attendre mardi pour le poster, mais il traînait dans mes documents depuis plus de trois jours... Alors voilà, j'espère vous faire plaisir et que vous saurez l'apprécier autant que moi! Je suis actuellement en train de composer le vingt-sixième chapitre et ce sera sans doute plus long avant que je ne le poste, car déjà demain, je recommence mes cours, mais il est clair qu'il sera en ligne avant la fin de la semaine. Je dirais peut-être jeudi, mais encore là, c'est une approximation parce que ça dépend toujours de mon degré de motivation!
Comme d'habitude, ne vous gênez surtout pas pour laisser des reviews! Votre avis, vos impressions, espoirs, craintes, suggestions... Tout est la bienvenue!
Chapitre 25 - L'éternité de Drago
Les deux mains jointes derrière sa tête blonde, Drago savourait le calme de sa chambre de préfet en regrettant le jour où il fut forcé de refuser ce poste si amusant à cause de son année qui s'annonçait chargée – c'était là le terme exact qu'avait employé Lucius, son cher père. Sans en connaître la véritable raison, Drago n'avait pas chigné face à cette décision qui ne fut pas la sienne et avait fait confiance à son père quant aux choix qui le concernaient. Bien évidemment, c'était maintenant très clair ; son paternel avait tout mis sur pied depuis bien longtemps et avait sûrement inclus dans ses calculs que les exigences d'un préfet-en-chef entreraient sûrement en conflit avec celles qu'il aurait à accomplir en se rendant à la Cabane Hurlante.
Le poste de préfet-en-chef de Serpentard étant resté vacant à la demande du professeur Rogue, Drago avait obtenu la possibilité de se l'approprier maintenant qu'il portait à regret cette Marque des Ténèbres sur son avant-bras. Par surcroît, il obtenait également la chambre majestueuse qui accompagnait fièrement ce poste de qualité, bénéficiant aussi de sa propre intimité – qu'il se voyait tout de même violée par les visites trop fréquentes de Pansy – ainsi que sa salle de bain privée toute aussi gargantuesque que sa chambre.
Une main fine et glacée se glissa sinueusement entre deux boutons de sa chemise blanche pour caresser son torse chaud. Pansy, étendue à ses côtés telle une ventouse à une fenêtre, minaudait bêtement en tentant de fusionner son corps ambulant avec celui du Serpentard qui n'était qu'à deux doigts de l'expulser de sa chambre en un coup de pied. Cette première journée de cours en ce deuxième trimestre avait particulièrement amoché son humeur et le fait de ne pas avoir vu ne serait-ce que deux petites secondes Hermione l'avait encore plus aggravée. C'est donc avec un contrôle incroyable de sa patience qu'il pouvait encore supporter l'étouffante présence de Pansy à ses côtés.
- À quoi penses-tu? dit-elle doucement en posant son menton sur ses deux mains entrecroisées sur le torse du blondinet.
Drago tourna plus d'une dizaine de fois sa langue dans sa bouche, retenant une réplique particulièrement salée par crainte de devenir victime d'une de ses crises qui réveillerait le château au grand complet. Ensuite lui vint l'idée de tout simplement ne pas répondre en feignant le sommeil – puisque ses yeux s'étaient fermés par eux-mêmes – mais n'avait aucunement l'envie de se faire secouer sans ménagement par cette folle afin de le sortir de ses vapes.
- À dormir, répondit-il simplement en ouvrant les yeux, complètement dénué d'enthousiasme.
Pansy ricana benoîtement puis suréleva son corps en tendant les bras et en s'appuyant sur ses genoux. Puis, arrachant une grimace désespérée au nouveau préfet, passa une jambe de l'autre côté de son corps afin de se retrouver assise à califourchon sur son bassin. Aussitôt, Drago attrapa l'oreiller conjointe à la sienne puis la jeta sur son propre visage en étouffant une lamentation découragée. Vexée, Pansy poussa un gloussement outragé avant de se retirer de sur son copain, s'installant en tailleur sur le lit en croisant étroitement les bras.
- Je peux savoir ce qu'il te prend ces derniers jours? Tu es suffisamment désagréable pour me retirer toute envie de te tenir compagnie, Drago!
Sous son oreiller, le visage du jeune garçon se tordit de sorte à la supplier mentalement d'écouter son esprit lui indiquer la voie à prendre et de lui foutre la paix une bonne fois pour toute. N'obtenant cependant pas de réponse, Pansy rappliqua :
- Tu as eu des problèmes avec ta famille, à ton manoir? demanda-t-elle naïvement. C'est précisément depuis que tu en es revenu que tu n'es plus pareil.
- Oui, on peut dire ça comme ça, trancha Drago en retirant brusquement l'oreiller de sur son visage, j'ai bel et bien eu des problèmes avec ma famille.
À cet instant, Pansy arbora une expression totalement navrée mais pittoresque puis se pelota au creux de son bras.
- Oh, Drago, coqueta-elle en caressant son visage avec une insistance que le blondinet ne saurait tenir bien longtemps. Tu aurais dû m'en avertir bien plus tôt! Tu veux m'en parler? Que s'est-il passé?
- Rien qui pourrait te concer… Aïe!
Il claqua violemment la main de Pansy aussitôt que celle-ci rencontra l'entaille qu'Hermione avait fait naître sur sa joue lorsqu'elle l'eut frappé dans la soirée du bal. Comme si cette partie de son visage était directement liée à la belle Gryffondor, il se mit à caresser doucement sa blessure du bout des doigts en repensant à ce qui l'avait mise dans un état suffisamment colérique pour lui infliger ça.
- Roh, cette saleté de Sang-de-Bourbe! s'emporta aussitôt le tonkinois en ayant également fait le lien. Je n'aurais jamais cru qu'elle aurait pu nous apporter autant d'ennuis, celle-là!
Drago ne répondit pas, attentif aux prochaines paroles de Pansy en restant alerte à d'éventuelles insultes à l'égard de la lionne. Renfrogné, il se redressa sur son lit en même temps que sa copine en gardant espoir qu'elle ne se lance pas dans une tirade colossale.
- Elle m'a com-plè-tement ridiculisée devant tout-le-mon-de, lors du bal! s'indigna-t-elle sous le regard compatissant de Drago puisqu'il avait également obtenu le même privilège. Ma robe en a souffert un bon coup, lorsqu'elle m'a projeté sur le sol!
Sentant la fatigue monter en lui, le blondinet releva un genou afin d'y laisser choir son coude. De la main de ce même bras, il alla masser son front avec lourdeur, fermant les yeux en tentant de repousser le moment où un énorme mal de tête deviendrait maître de lui-même. Tandis que Pansy continuait de s'indigner du comportement d'Hermione face à leur si précieux couple, Drago eut presque le temps de s'assoupir avant que sa voix criarde n'éveille de nouveau son attention :
- Oh! Et puis lors du club de duel! La hon-te qu'elle m'a infligée! Je suis absolument cer-tai-ne qu'elle a triché durant notre affrontement!
Cette manie qu'elle avait de séparer presque tous ces mots en de syllabes bien distinctes le fit grimacer au moment où il remit moralement en question la personne qui avait été récipiendaire du plus de honte, cette soirée-là. Elle ou lui-même?
- J'aurais te-lle-ment dû lui lancer un Doloris! poursuit-elle avec agressivité en faisant percuter son poing fermé contre sa main grande ouverte. Là, elle n'aurait pas rigoler bien longtemps, la Sang-de-Bourbe!
Drago étouffa un haut-le-cœur lorsqu'il entendit Pansy mentionner ce Sortilège Impardonnable. Les yeux aussi ronds que deux Souafles, il se rendit à peine compte que sa main qui retenait sa tête était en train de se crisper douloureusement en tirant ses propres cheveux. Le monde autour de lui se mit alors à devenir flou et vacillant, et la voix de Pansy s'étouffa progressivement alors qu'il pénétra à contrecœur dans un souvenir pas aussi lointain qu'il ne l'aurait espéré.
Lorsqu'il se retourna afin de s'adresser directement à Hermione, elle n'y était plus. Partie. Il ne restait plus que la cape d'invisibilité qui gisait contre le sol à l'endroit qu'elle avait précédemment occupé. Incrédule, il se mit à agiter la tête dans tous les sens, la cherchant dans tous les recoins de la pièce, mais non, elle n'y était plus.
- Granger? éleva-t-il sans recevoir de réponse.
C'est alors qu'une boule lui serra la gorge : elle avait sûrement trouvé le portoloin… Non, en fait, elle l'avait trouvé, sans aucun doute. Vaqué de toute émotion à l'exception d'un certain dégrisement, il s'avança nonchalamment vers le tapon sur le sol, puis prit la cape entre ses mains. Longuement, il la fixa. Il n'aurait jamais cru que son départ s'effectuerait aussi rapidement et ce, sans le moindre au revoir… Voilà qu'il était maintenant entièrement livré à sa propre personne, faible, lâche, et craintif, sans aucun support, sans Hermione.
Désemparé, il quitta l'office de son père avec l'espoir irraisonné qu'elle ne réapparaisse à tout moment derrière lui. Il fut alors complètement attristé de se découvrir encore seul lorsqu'il regagna sa chambre en tenant entre ses mains la cape qui aurait dû accompagner la Gryffondor. Se laissant nonchalamment écrouler sur son lit encore tiède, il serra contre lui la longue cape de laquelle il pouvait encore sentir quelques fines bouffées de parfum léger qui lui rappelait douloureusement Hermione.
Quelques minutes passèrent et il fut brutalement rejeté de ses pensées lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit à la volée, laissant avancer dans la pièce un Lucius dont l'expression faciale était plutôt difficile à décoder. Encore vêtu de ses vêtements d'extérieur, une effroyable crainte saisit et paralysa chacun des muscles du corps du jeune homme.
- Drago, Drago, Drago… poussa son père avec un sourire pincé et mauvais.
Derrière le masque de son humeur sournoise, le Serpentard pouvait parfaitement y voir une colère sourde qui ne tarderait à sortir. Lentement et en tentant d'y mettre un maximum de naturel, Drago glissa la cape qu'il tenait encore dans ses mains derrière son dos et espéra que son père ne la prenne que pour un des nombreux draps qui décoraient son lit de roi.
- Tu ne cesseras dont jamais de m'étonner, mon fils, poursuit Malefoy senior en saupoudrant le ton de sa voix d'un suspens insoutenable.
Nerveux et mal fichu, le jeune blondinet se releva et s'approcha minimement de son père afin de ne pas attirer l'attention sur l'objet qu'il venait de laisser derrière lui.
- Tu ne devineras jamais qui est-ce que j'ai eu la chance de croiser sur le Chemin de Traverse, éructa-t-il en laissant son sourire se faire gagner par ses traits cruels et avilissants. Une idée de qui se pourrait bien être?
Une violente secousse fit tressaillir le corps de Drago tandis qu'il vint tout juste d'abandonner tout espoir de paraître totalement innocent et crédible. Tremblotant, il crispa son front en étant parfaitement conscient qu'il devait sembler dans une aussi mauvaise position qu'une chocogrenouille coincée dans son carton d'emballage.
- Ton amie Hermione Granger, conclut-il en avançant d'un pas menaçant vers son fils.
Drago contint une nausée. Reculant d'un pas soumis, il chercha à tâtons le bord de son lit de ses mains moites derrière son dos. Il se sentait si mal qu'il ne tarderait pas à s'effondrer d'une seconde à l'autre.
- Qu… quoi? bredouilla-t-il en percevant une lueur de ce que Drago n'aurait jamais pu imaginer voir dans le regard de son propre père. Granger…?
Violemment, le revers d'une main brûlante alla brutalement rencontrer le visage du jeune Serpentard qui ne fit que crisper ses traits sous l'effet du contact douloureux.
- Oui, vociféra son père entre ses dents, Granger! La Sang-de-Bourbe que tu as amenée au manoir avec toi comme un futile impudent!
Sa voix retentit désagréablement dans l'écho de la pièce silencieuse, électrisant le corps du pauvre garçon à chaque fois qu'elle répétait ces trois derniers mots.
- Me croyais-tu si dupe pour ne pas m'en apercevoir? hurla-t-il. As-tu simplement osé sous-estimer ton père, Drago?
- Non! trancha-t-il en sentant de grosses larmes monter dans ses yeux.
- Alors peux-tu m'expliquer, par Salazar, la raison qui t'a poussé à amener cet infect détritus dans notre demeure, sale petit ingrat!
Fragile, le jeune homme baissa aussitôt la tête en poussant un sanglot silencieux. Le visage fulminant et écarlate de son père ne lui avait jamais autant inspiré la peur qu'à cet instant précis, ce qui eut pour effet de le renfrogner considérablement et suffisamment pour que Lucius perçoive son attitude comme une faiblesse irrémissible.
- Si seulement tu savais l'abjection que je ressens pour toi, Drago, souffla doucereusement Malefoy senior après un moment de silence. Jamais je n'aurais cru mon fils aussi pitoyable pour demander de l'aide à une gamine au sang souillé. Moi qui croyais avoir hérité d'une progéniture digne de son père et des Malefoy! Et en plus, tu oses baisser la tête devant moi.
Drago aurait voulu la relever aussitôt, mais la crainte d'y percevoir une honte démente dans les yeux de son père le lui empêcha. Toisant avec dédain l'ombre de son fils devant lui, Lucius serra entre ses doigts sa canne à tête de serpent.
- La pauvre idiote subira les conséquences de son implication, tu peux t'en assurer, menaçant l'homme d'une prestance incroyable.
Comme si il venait de se faire brutalement pincer, le Serpentard releva la tête afin de rencontrer le regard assassin de son père. Sous le choc de son mouvement soudain, une larme oscillante sur le coin de son œil traça un chemin sur sa joue pour aller pendre sur son menton tremblant.
- Père, non! Je…
- Quelle horreur! s'époumona alors Malefoy senior en une grimace d'épouvante. Qu'est-ce que ça veut dire, cette réaction? Es-tu en train de me faire comprendre que tu t'es épris de cette horrible fillette de basse classe?
Derechef, Drago poussa un sanglot qu'il tenta d'étouffer en portant le dos de sa main à sa bouche. Avant même qu'il n'eut pu répondre, Lucius sortit sa baguette magique et l'agita devant son fils en un geste magistral.
- Endoloris! s'écria-t-il.
Le jeune Serpentard sentait son corps être secoué de gauche à droite avec entêtement en entendant le sourd vrombissement d'une voix aigue. Fronçant les sourcils, il ouvrit les yeux et se peina à y redécouvrir le visage inquiet de Pansy juste au dessus du sien. À en juger par sa position, il devait se trouver de nouveau sur le dos, étendu sur son lit moelleux.
- Drago? Nom d'une gargouille! Tu m'as te-lle-ment fait peur! couina le tonkinois. On aurait dit que tu t'étais évanoui!
Ça y était, son mal de tête avait décidé de se manifester. Avec difficulté, il se redressa puis étira les muscles de son visage en émergeant une grimace contractée. Pour toute réponse aux dires de sa copine, il fronça de nouveau les sourcils, apparemment perdu dans le temps actuel.
- J'étais en train de te parler lorsque tu t'es étendu avec des mouvements saccadés, expliqua la jeune fille. J'ai simplement cru que tu allais t'endormir mais ton visage s'est mis à faire des grimaces tordues. Je me suis alors inquiétée et je t'ai secoué… Est-ce que ça va, Drago? Tu me sembles tellement fatigué…
Lentement, le blondinet alla masser ses paupières closes. Il était si fatigué qu'il faisait maintenant des voyages mentaux même lorsqu'il était éveillé… Son cœur s'était remis à battre avec difficulté, se sentant plus fragile que jamais. Sans se soucier du regard inquiet de sa petite amie, il plissa le front en retenant une envie soudaine de pleurer. Son âme était si mutilée que l'idée de s'arracher à la vie tiraillait ses pensées jour après jour… Il se sentait prisonnier d'une pièce dont les murs se refermaient progressivement sur lui, une pièce dont toutes les portes étaient verrouillées et dont aucun sort ne pouvait lui permettre d'en sortir. Il marchait dans un couloir sombre dont il ne pouvait aucunement voir le bout. En fait, il n'était même pas certain de marcher sur un sol… Il semblait tout simplement errer dans le néant, dans les ténèbres, dans le vide que son père avait tracé pour lui. Ses pieds flottaient dans le rien tout autour de lui tandis qu'il pouvait percevoir Hermione, derrière sa personne, qui le regardait partir en pleurant toutes les larmes de son corps.
Une main étrangement rassurante alla caresser ses cheveux, provoquant sur sa nuque des petits frissons qui chassa ses pensées mélancoliques. Lorsqu'il ouvrit les yeux, Pansy était devenue plutôt jolie dans son inquiétude.
- Je le suis, répondit Drago en baissant la tête. Je crois que j'ai besoin de sommeil.
- Veux-tu que je reste avec toi? demanda-t-elle sur un ton bienveillant.
Pour une fois que Pansy lui demandait son avis au lieu de s'imposer à lui, Drago s'étonna à découvrir que pour son état psychologique actuel, une présence féminine ne serait sûrement pas de trop. Il hocha alors la tête puis s'enquit aussitôt de se déshabiller afin de se glisser sous ses couvertures uniquement vêtu d'un boxer. Pansy, strictement recouverte d'un soutien-gorge et d'une petite culotte de soie après avoir imiter son petit ami, fut exagérément et victorieusement surprise de constater que ce fut Drago qui colla son corps contre le sien en premier, serrant ses bras étroitement autour de sa taille. Nichant son visage au creux du cou de la jeune fille, le Serpentard savoura la fraicheur de sa peau en s'imaginant qu'Hermione était à ses côtés, exactement à la place qu'occupait Pansy. Il ferma les yeux, et le sommeil captura sa personne quelques minutes plus tard.
Le gazouillement des oiseaux ne parut jamais aussi mélodieux à ses oreilles qu'en cette journée froide d'hiver qui s'atténuait déjà au fil des jours. Assis sur son balai de haute gamme, Drago allait et venait dans le ciel, laissant le vent glacé des hauteurs du ciel fouetter son visage devenant progressivement insensible. C'était d'ailleurs une manière plutôt efficace pour lui permettre d'oublier la douleur que provoquaient ses multiples blessures au visage.
Depuis le départ d'Hermione, c'était la première fois qu'il se permettait volontairement de se changer les idées en faisant autre chose que se morfondre sur son piteux sort. L'idée de s'enfuir au loin vers Poudlard aux abords de son balai lui traversa maintes fois l'esprit, mais les nombreux Mangemorts qui traînaient autour du périmètre de son manoir ayant pour but de surveiller le jeune homme le faisaient obstinément changer d'avis.
C'est alors qu'il aperçut, au loin, deux hiboux qui venaient dans sa direction. Le courrier, pensa-t-il. Même s'il n'était habituellement pas de tâche à le ramener entre les murs de sa maison, il redescendit à la hauteur du sol puis attrapa les deux lettres que les oiseaux laissèrent tomber du haut de leur vol. Son balai d'une main et les deux lettres de l'autre, il les toisa attentivement en lisant les écritures sur le dessus des enveloppes trouées par la pince du bec des hiboux lors du transport ; l'une s'adressait à son père, chose qui le figea momentanément sur place car elle s'adressait particulièrement au « maître Malefoy ». Quelque chose d'imprécis lui annonçait que cette missive traiterait de son sort futur… Déglutissant amèrement, il la plaça sous son bras afin de poser les yeux sur la deuxième lettre : « À Drago », disait-elle simplement. Plissant les yeux, il réfléchit quelques instants à ce qu'elle pouvait bien contenir jusqu'à ce qu'un choc désagréable martèle sa poitrine. Aussitôt, il la plia en la glissant dans sa poche puis pénétra chez lui à la course avec son balai et la lettre destinée à son père sous le bras.
Après avoir laissé la missive au « maître Malefoy » sur une table dans son salon, il courut jusqu'à sa chambre, là où il jeta négligemment son balai sur son lit afin de se précipiter sur la chaise placée sous son bureau. À la presse, il s'y assit, en sortit la lettre qu'il avait précédemment cachée dans sa poche et la décacheta sans grandes cérémonies. Le jeune blondinet lut d'abord le nom du destinataire au pied de la lettre et son cœur chavira lorsqu'il y vit le prénom d'Hermione écrit avec un soin admirable.
Haletant, il parcourra le parchemin des yeux plus d'une dizaine de fois. Son cœur se tordait à chaque lecture et il devint rapidement victime de sanglots muets. Baissant la tête entre ses épaules en fermant les poings sans se soucier de l'état duquel le parchemin en sortirait, il crispa son visage en tentant d'apaiser ses pleurs qui ne demandaient qu'à sortir en cris.
La seule personne qui se souciait de sa sécurité était à mille lieux de lui et il n'avait même pas la possibilité de la rassurer. Il devait dès maintenant appliquer les ordres qu'il avait fermement reçus de son père la journée précédente suite au dévoilement involontaire de ses sentiments face à la Gryffondor, et ce n'était sûrement pas en lui écrivant une belle réponse à l'eau de rose qu'il y parviendrait. Impuissant, il sortit le nécessaire des tiroirs de son bureau et réfléchit pendant plus d'une dizaine de minutes avant d'écrire ces quelques mots insuffisants qu'il regrettait déjà de lui remettre :
« J'espère que tu es consciente des risques que tu as saisis en m'envoyant ces mots. Le fait que j'aie été le seul lecteur a été un large coup de chance étant donné que le moindre de mes gestes est surveillé. Ne m'écris plus.
Je subis mon juste châtiment. »
Des salutations auraient déjà été trop cordiales pour l'effet qu'il devait provoquer, donc il s'en passa. De plus, ne signant pas par crainte que n'importe qui tombe dessus, il ne fit que gribouiller sa dernière phrase avant de plier maladroitement le parchemin sans même se relire une première fois.
Dans l'espoir de se débarrasser de la missive qui lui brûlait presque les mains, il se rua à l'extérieur en laissant son hibou grand duc emporter sa réponse, tâchant de ne pas se faire voir par les Mangemorts qui rôdaient constamment autour de son manoir.
Il ouvrit les yeux aussi aisément que s'il ne se serait pas endormi quatre heures plus tôt. Rencontrant directement la fenêtre des yeux derrière laquelle une lune immense était perchée dans le ciel, il voulut étirer légèrement ses muscles qui semblaient s'engourdir peu à peu mais s'en empêcha en constatant que Pansy était bien confortablement écrasée contre lui, une main sur son torse qui s'élevait et se baissait sous le rythme de sa paisible respiration.
L'idée de se rendormir en sachant qu'il allait peut-être poursuivre un rêve qui reconstituait son séjour à sa demeure ne le séduisait guère, mais il se força à agir contre son gré puisque la fatigue semblait le tuer petit peu par petit peu au fil des jours qui passaient. Toutefois, à son grand bonheur, il parvint au matin sans avoir eu l'horreur de revivre l'un des pires moments de sa vie à travers son subconscient.
Cette deuxième journée de retour aux études fut aussi déplaisante que la première – si ce ne fut pas plus puisqu'il ne vit pas Hermione non plus durant ses heures de cours. Bien sûr, il savait que les probabilités qu'il ne la croise s'étaient amoindries puisque les Serpentard avaient beaucoup moins de cours en commun avec les Gryffondor qu'au précédent trimestre, mais n'empêche qu'il parvint à voir Potter et Weasley entre deux classes sans avoir l'occasion d'y apercevoir Hermione.
Avec la même humeur massacrante que la journée d'avant, il se rendit donc à son dernier cours de la journée qui avait le défaut d'être celui de sortilèges – enseignement qu'il jugeait maintenant complètement inutile pour sa personne depuis ce qu'il eut vécu chez lui.
- Après avoir assimilé, au cours de vos six années précédentes, plusieurs sortilèges tels que celui d'allégresse, d'attraction et de répulsion, de mutisme et plusieurs autres, expliqua passionnément le professeur Flitwick en exécutant de trop grands gestes pour sa taille ridiculement petite, nous passerons à une étape bien supérieure même à ceux appris le trimestre précédent! Comme l'indique votre livre de « Sorts et enchantements » que vous vous êtes procuré au début de l'année…
Drago sentait sa joue se déformer grossièrement sous son poing qui supportait sa tête péniblement lourde. Les yeux fermés, les mots bien compréhensibles que prononçait le professeur Flitwick devinrent rapidement des glapissements cotonneux et dénués d'intérêt. Des sorts et des enchantements du niveau des élèves de septième année? En moins de deux semaines, il avait appris plus que ce dont lui et la totalité de ces camarades de classe réunis auraient pu apprendre en sept ans d'études acharnées!
- …mais certains d'entre vous possèderez sans nul doute déjà cette capacité d'invoquer facilement des sortilèges sans prendre le moyen de la parole, ce que vous savez déjà tous qui est communément appelé un « sort informulé »…
Tandis que le professeur continuait de parler, Drago ouvrit les yeux et poussa un rictus hautain en voyant plusieurs regards s'étaient posés sur lui suite au commentaire de Flitwick. Celui-ci, qui remarqua aussitôt que l'attention globale de sa classe s'était tourné vers le Serpentard, se tût et se rappela le magnifique duel qu'avait pratiqué Harry Potter et son élève ici présent.
- Oh, oui, monsieur Malefoy! s'exclama-t-il avec enthousiasme. Tous vos camarades ont bien raison de vous toiser ainsi car vous êtes là un très bon exemple de quelqu'un qui peut parfaitement maîtriser un sort informulé! Votre duel avec monsieur Potter a été fabuleux!
Le blondinet ne broncha pas, savourant la curiosité et l'attention qu'il s'était attiré involontairement en faisant persister son sourire triomphant sur ses lèvres. Pansy, à côté de lui, gloussa de fierté pour son petit ami.
- Où avez-vous acquiert cette aptitude, mon jeune garçon?
Son sourire disparut suite à cette question qu'il n'avait pas vue venir. Mal à l'aise, il se déplaça nerveusement sur son siège qui craqua sous son poids. Les étudiants autour de lui ne cessait de le fixer du regard, appliquant beaucoup de pression sur sa réponse qui tardait.
- J'imagine que… fit-il sans vraiment savoir de quelle manière aboutirait sa phrase, se doit être quelque chose d'inné.
- Bien sûr! approuva Flitwick. Ce fut trop bien exécuté pour que vous ne vous soyez basé que sur le survol que nous avons fait sur cette matière en classe!
Enchaînant avec la suite de la matière que ses élèves aborderaient dans les temps prochains, Flitwick ne se rendit pas compte qu'il venait tout juste de faire plonger son élève-vedette-d'un-instant dans un état de catatonie légère.
Drago venait de gagner de nouveau et brutalement un sol dur et sans pitié. Les yeux crispés par la douleur que le sort encaissé venait tout juste de provoquer dans sa poitrine, ses yeux découvrirent pour la énième fois et avec horreur la Marque des Ténèbres fraichement installée sur son avant-bras lorsqu'il leva ses paupières tombantes.
- Relève-toi, Drago! insista la voix autoritaire de Lucius. Tu n'es pas sérieux. Tu dois te concentrer et bloquer à l'aide d'un contre sort mental! Un simple « Expelliarmus » ne devrait pas venir à bout de ta concentration.
Exténué, le jeune homme écouta son paternel et combattit durement la fatigue de ses muscles en se relevant. Les jours d'entraînement intensif que lui avait réservés son père depuis son entrée officielle dans les rangs des Mangemorts l'avaient tellement affaibli qu'il avait presque du mal à se tenir debout. Par chance, son père le remarqua et devint indulgent, chose à laquelle il avait rarement eu habitude depuis qu'Hermione avait quitté le manoir.
- Ça suffira pour aujourd'hui, marmonna Malefoy senior, déçu de la piètre performance de sa progéniture en cette journée. Je crois qu'un peu de repos ne te fera pas de tort, mais tu ne quitteras pas les murs de ta maison tant que tu n'auras pas entièrement maîtrisé l'utilisation des sorts informulés. Tu as beau avoir excellé avec brio dans toutes les dures épreuves que je t'ai imposées durant les derniers jours, mais tout ce que tu as appris se retrouvera à être complètement inutile si tu n'es pas capable de les appliquer subtilement.
- Mais… n'aviez-vous pas dit que je pourrais retourner à Poudlard après une semaine, père? demanda-t-il dans l'espoir de sortir de cet enfer le plus rapidement possible. Ça fait maintenant sept jours…
- Oui, j'ai bien dit que tu y resterais qu'une semaine, mais je n'avais pas pris en compte le temps que l'assimilation des sorts et connaissances de base en tant que nouveau Mangemort devait impliquer. Tu tardes légèrement, mais tu te débrouilles bien.
Sans se gêner, Drago poussa un soupir complètement découragé et éreinté. L'impression d'être resté là depuis maintenant une éternité en tant qu'esclave maltraité se forgeait progressivement comme étant une image parfaitement représentative de sa situation.
Lucius s'approcha de son fils puis esquissa un sourire étrangement gentil du haut de son menton relevé.
- Tu as bien travaillé, mon fils, je suis fier de toi, l'encouragea-t-il en tapotant son épaule frêle. L'acharnement dont tu as fait preuve m'a bien fait comprendre que tu prenais au sérieux mes avertissements et ceux de notre Seigneur Noir. Retiens encore ce même effort pour une dernière journée afin d'être maître en la matière subtile que je t'enseigne et tu pourras retourner à Poudlard.
- Je suis si fatigué, souffla Drago avec douleur en rangeant sa baguette magique.
- J'en suis bien conscient, mais tes efforts mènent visiblement à un beau résultat. Tu pourras amplement te reposer une fois que tu seras de retour au collège. À part la mission ridiculement facile que t'as déjà donnée notre Lord, tu te retrouveras libre de gérer ton temps comme tu le souhaites. En tant que préfet, si tu le désires même.
Le jeune blondinet ne se réjouit guère de la nouvelle en sachant clairement que sa mission « ridiculement facile » n'était en aucun cas aussi facile que son père le croyait.
- Ça, c'est avant qu'Il ne me donne une tâche beaucoup plus ardue à accomplir…
- Évidemment, mais ça, ce n'est pas pour maintenant. Je te rappelle cependant que ce que tu te dois d'accomplir à ton retour à Poudlard doit absolument être fait. Je te fais confiance… Comme tu t'en doutes, ton professeur Rogue va continuellement garder un œil sur toi, et si tu fais défaut au plan que t'as imposé le Seigneur, j'en aurai connaissance et les conséquences discutées s'ensuivront.
Drago baissa la tête, ce que son père perçut comme une réaction douteuse de sa part. Sournoisement, Malefoy senior traça un chemin dans les pensées de son fils.
En vain.
- Hum, je vois que mes leçons d'occlumencie et de légilimencie ont portées fruit.
Indigné par cette tentative d'intrusion dans son intimité mentale, le Serpentard releva vivement la tête en dévisageant son père.
- Peu importe ce que tu penses de ton obligation, insista Lucius avec lourdeur après avoir capturé derechef son attention, tu n'as pas le choix. C'est la plus grosse honte que tu ne nous auras jamais apportée.
Un raclement de gorge tira Drago de ses pensées et le fit se redresser avec un craquement sourd dans son dos. Tout en grimaçant, il leva faiblement les yeux vers le professeur Flitwick qui le toisait avec dureté.
- Je comprends bien que le fait de vous porter une attention particulière mais brève vous suffise amplement pour gonfler votre tête, monsieur Malefoy, mais je n'accepterai toutefois aucun étudiant qui sommeille librement dans ma classe.
Sans aucun respect apparent, le Serpentard hocha sèchement la tête juste afin de faire décoller Flitwick de son dos tandis que ses copains Zabini et Nott ricanèrent derrière lui.
Lorsqu'une cloche retentit pour signaler la fin des cours de la journée, Drago fut le premier à prendre ses bouquins et à sortir de la salle de classe sans même attendre Parkinson. Étant dans une aile de l'école dont les classes ne manquaient pas, il n'avait aucunement envie d'utiliser la force qu'il n'avait plus pour le moment afin de tenter de se frayer énergiquement un chemin parmi la foule d'élèves qui se ruait vers leur salle commune ou dans la Grande Salle pour l'heure du souper. Le garçon fut donc franchement irrité de foncer tout droit dans une personne la seconde d'après qu'il eut posé un pied hors de la salle de classe.
Ginny Weasley. Plein d'espoir soudain qui revigora son humeur morne, il ignora totalement le regard mauvais que lui lança la rouquine puis étira son cou en regardant les masses d'étudiants qui passèrent devant lui. Quant à ses arrières, ils furent bousculés légèrement à maintes reprises par le passage fréquent de ceux qui quittaient sa salle de classe, mais il ne s'en soucia guère car il venait tout juste d'apercevoir, au loin, Potter, le belette Weasley ainsi qu'Hermione qui arborait un sourire qui lui fit chaud au cœur à un point tel qu'il en sourit rêveusement également.
Au fil des secondes, ils regardaient le groupe de Gryffondor s'avancer tranquillement en même temps que son sourire niais s'évanouissait afin de faire place à une objectivité banale. Tout de même, il ne voulait pas attirer le regard perplexe des gens qui passeraient en l'apercevant sourire stupidement dans le vide. De là où il se tenait, il pouvait clairement voir à quel point Hermione semblait mal et portait une humeur aussi misérable que la sienne. Même le beau sourire avec lequel il l'avait aperçu avait momentanément parut totalement faux et forcé, ce qui se confirma aussitôt lorsqu'il disparut de son visage. Tout en baissant la tête, elle serra ses livres contre sa poitrine en laissant ses deux amis à côté d'elle échanger une conversation animée. Puis, soudain, le regard de Potter – qui aurait clairement et dans tous les cas tombé sur Drago de sa position – rencontra le sien. Le Serpentard ne prit même pas la peine de le jauger avec mépris ; il ne fit que s'adosser contre le mur en resserrant l'étreinte de ses livres entre la naissance de sa cuisse et son avant-bras, suivant les rouges et or du regard avec insistance.
Ron suivit inconsciemment la nouvelle trajectoire du regard de son meilleur ami et aboutit également à celui du blondinet. Aussitôt, Drago le vit marmonner quelque chose d'inaudible avec dédain qu'il devina à être singulièrement évocateur car Hermione leva aussitôt le nez et plongea ses yeux éteints dans ceux d'acier du Serpentard.
- Oh, Drago! Tu m'as attendu? Tu es tellement chou!
La voix flutée de sa copine le fit sursauter et aussitôt rompre son bref contact visuel avec la Gryffondor qui elle, n'avait pas encore cillé une seule fois. Pansy entoura alors son bras et se mit à marcher dans la même direction qu'avait empruntée le trio qui marchait maintenant devant eux.
Drago pouvait sentir la surface humide de ses yeux s'assécher rapidement tellement l'idée de les cligner semblait folle à cet instant précis. Il fixait l'arrière de la tête de la lionne qui marchait à un petit mètre devant lui avec une envie irrésistible de l'étreindre par derrière, de s'éloigner à ses côtés afin de lui parler, ou même d'uniquement échanger un sourire, mais il savait pertinemment qu'aucune de ces trois options ne serait réalisable avec la présence de tout ces élèves autour d'eux. Le visage insolent de Weasley ne cessait de se retourner pour lui lancer des éclairs foudroyants, mais Potter et la jeune Griffon d'Or ne semblaient pas lui accorder la même importance. En effet, le balafré semblait tout simplement se foutre de sa présence – ce qui sembla, vu les dernières circonstances, plutôt étrange – mais il pouvait facilement voir qu'Hermione paraissait très crispée et inconfortable.
Heureusement pour elle, ils arrivèrent à l'angle d'un couloir qui marquait la séparation de leurs deux petits groupes. Tandis que le Serpentard vit le corps de la préfète se détendre, lui ne séparait pas ses yeux de sa personne. Finalement, juste avant de pénétrer dans la Grande Salle avec ses deux amis, Hermione se retourna vivement en faisant voleter ses épais cheveux dans l'air et alla poser des yeux tristes directement sur Drago, chose qui aurait pu paraître complètement anodin s'il n'avait pas tracé un mince sourire sur ses lèvres au moment où lui et Pansy disparus derrière le corridor qui menait à sa chambre privée.
