Chapitre 19 : That Princess, player
Me changer les idées allait me faire du bien. Cela faisait trois jours que j'étais enfermée au manoir, à macérer mes idées noires. J'avais raté ma mission, et mis en danger mes amis. C'était la pire des choses qui pouvait arriver. Le Maître n'avait rien dit. Elle s'était contenter de m'accueillir froidement, puis ne m'avais plus reparlé. J'aurais voulu qu'elle me punisse, qu'elle me donne ce que je méritais, au lieu de m'ignorer comme s'il n'y avait eu aucun incident. Chester était venu me voir, mais je l'avais jeté. Je ne voulais pas de son serment. Et même s'il fallait qu'on parle sérieusement — j'avais aussi une requête sérieuse à lui demander — je n'avais pas le courage de subir sa colère. J'étais assez déprimée pour en rajouter une couche. Cela faisait trois jours que je n'avais pas vu la lumière du jour, que je n'avais parlé à personne. J'avais seulement vu mes domestiques... si on pouvait appeler ça « voir ». Ils ne passaient qu'en coup de vent, ne faisait jamais de bruit, ne pensaient à rien. C'étaient des machines. Des automatismes silencieux qui se glissaient derrière nous comme notre ombre et suivait chacun de nos pas sans que nous puissions les voir.
C'est pour cela que j'avais exceptée volontiers l'invitation d'Elizabeth à passer l'après-midi au manoir Phantomhive. J'avais cru comprendre que Ciel n'était pas au courant de ceci. J'étais amusée par l'initiative de la jeune fille. La voiture arrivait dans la propriété, et je jetais un coup d'oeil derrière la vitre. Une autre voiture était dans la cour d'entrée. Mon serviteur m'ouvrit la porte et m'aida à descendre.
« Vieni a prendermi alle sette di sera. »
Venez me chercher à dix-neuf heures.
Je me précipitais vers les deux jeunes filles qui lissaient leurs robes, devant le perron de la grande demeure, que j'avais vu pour la première fois un peu moins de dix ans avant.
« Clarisse ! Yume ! Vous êtes là aussi ! »
Elles se tournèrent vers moi et sourirent.
« C'est Suzanne », grogna Yume.
« Oui », me dit Clarisse. « Elizabeth nous a invité aussi.
- Je vois que tu vas mieux », sourit en coin Yume.
Je ris : « Physiquement oui, mais je suis toujours épuisée !
-Alors tu ne participeras pas aux jeux », dit Yume, catégorique.
« Mais... !
- Il n'y a pas de mais que tienne. Tu te reposeras à côté. »
Clarisse rit un peu en voyant mon air décontenancé.
« Tu as retrouvé des souvenirs ? » demanda-t-elle doucement.
Je secouais la tête de droit à gauche. Je mentais ; il le fallait.
La porte s'ouvrit. C'était le majordome de Ciel. Ce démon... qui portait des oreilles de lapin ? Ridicule mais vrai. Je ne l'aurais pas cru si je ne l'avais pas vu de mes yeux.
« Bonjour mesdemoiselles. Mademoiselle Elizabeth vous attend dans le grand salon. »
Ils nous retira nos vestes, puis nous guida vers le salon en question. Je regardais tout autour de moi en marchant, tout comme les deux autres filles, mais pas pour les mêmes raisons. Tout était comme dans mon souvenir. S'en était même troublant. Je pensais que le feu aurait tout détruit... suis-je bête. C'était bien sûr ce démon qui avait rebattit le manoir. Cette salle était celle où j'avais rencontré Edward pour la première fois... et celle-ci où nous avions joué avec Ciel et Elizabeth, à toutes sortes de jeux de société. Je souriais toute seule en y repensant. C'était la belle époque. Celle de l'insouciance. Celle où je ne connaissais pas la dureté de la vie. Celle où je n'étais pas une élue. Mon sourire s'effaça et je blêmis légèrement. Pourquoi étais-je venu ? J'avais oublié que je n'étais pas humaine. Que j'étais un danger. J'avais oublié que je ne méritais pas d'être là.
Je croisais le regard de Clarisse. Elle était soucieuse. Avait-elle compris que je n'était pas bien ? Sans doute. Si c'était le cas... Il fallait que je parle à Chester. Je semblais hors de mon corps lorsque le démon nous fit entrer dans le salon. Lizzie nous sauta presque dessus, toute souriante. Elle était jolie, dans sa légère robe à dentelles, qui rappelait que le temps s'adoucissait de jours en jours. Je lui souris.
« Belly ! Clara ! Yume ! Je suis très heureuse que vous soyez venues ! » minauda-t-elle.
« Je suis heureuse de te voir aussi », dis-je sincèrement, mais une boule s'était formée au creux de mon estomac.
Je vis Edward derrière sa sœur. Son éternelle moue boudeuse s'était légèrement déformée en nous voyant entrer. Je ne savais pas vraiment si c'était une grimasse ou un sourire. Surement un peu des deux.
« Bonjour Alb... » commença-t-il timidement en rougissant.
Mais il fut coupé par un adolescent que je ne connaissais pas, ayant l'air d'avoir à peu près le même âge que nous, à la peau mâte, aux cheveux noirs attachés en queue de cheval et aux yeux ambrés pétillants. Il se jeta en avant avec un grand sourire. Ses nombreux bijoux en or cliquetèrent quand il bougea.
« Enchanté ! Je suis Soma Asman Kadar, le vingt-sixième prince du royaume du Bengale ! Je suis un ami de Ciel ! »
J'eu un léger mouvement de recul, décontenancée par tant d'enthousiasme.
« Hum... enchantée. Je suis Suzanne Cavendish...
- Clarisse Ryan », sourit-elle.
« Albane Fastitudo », me présentais-je à mon tour.
Il me regarda dans les yeux et écarquilla les siens. Je le vis rougir et souffler. Il m'attrapa les mains d'un coup en se mettant à genoux.
« Albane... tes yeux viennent de capturer mon cœur. Je suis maintenant prisonnier de ton sourire... Veux-tu m'épouser ? »
Quoi ? Quoi ? QUOI ?!
« NON MAIS QU'EST-CE QUE TU RACONTE TOI ! » rugit Edward.
Le visage de l'indien se décomposa. Il mit tragiquement la main sur son visage.
« Alors tu as un fiancé ? Je n'ai vraiment pas de chance avec les femmes... »
Edward l'attrapa au col et le secoua. Il était rouge comme une pivoine.
« Bien sûr que non ! Arrête de dire n'importe quoi ! »
Une ombre passa si vite dans le dos d'Edward que j'eus moi-même de la peine à la capter. Il poussa un petit cri et s'écroula au sol.
« Grand frère ! » s'exclama Elizabeth, la peur passant dans son regard.
« Je suis désolée, mademoiselle Elizabeth... Quand j'ai vu que mon Maître était peut-être en danger, j'ai... » s'excusa piteusement un autre indien, grand, debout près du premier.
Comment a-t-il fait pour frapper aussi vite ? me demandais-je, abasourdie.
« Argh... » gémis Edward en portant une main à son épaule en foudroyant du regard à la ronde.
Je remarquais du coin de l'oeil que le démon était parti. Chercher Ciel ?
La seconde porte s'ouvrit. Trois serviteurs entrèrent, l'air intéressés. C'était un grand blond à qui je donnais plus de la trentaine, une jeune femme aux cheveux auburn et aux grosses lunettes opaques et un adolescent blond aux grands yeux verts. Ce dernier sourit de toutes ses dents : « Oh ! Qu'est-ce que vous faites tous ici ? »
Le plus vieux des trois lui donna un coup sur la tête.
« Finnian ! » grinça-t-il des dents. « La bienséance ! Souviens-t'en si tu ne veux pas te faire gronder encore plus ! »
Il se plia en deux : « Excusez moi !
- Ce n'est rien ! » dit Elizabeth en souriant à son tour. « Que diriez-vous de vous joindre à nous ?
- Comment ? » s'étonna la bonne.
Elizabeth rit un peu. Ils se regardèrent entre eux, plus s'exclamèrent de joie en sautant partout, ce qui était très peu conventionnel.
« J'imagine que plus on est de fous, plus on rit », marmonna Yume en souriant en coin.
L'adolescent blond tourna les yeux vers nous et sourit un peu plus. Puis il blêmit d'un coup. Il arrêta toute manifestation de joie, et ses bras pendirent à nouveau le long de son corps.
« Numéro un ? » demanda-t-il en fixant Clarisse dans les yeux.
Tous mes muscles se tendirent. Clarisse resta hébétée.
« Je vous demande pardon ?... » demanda-t-elle d'une petite voix.
Il secoua la tête, gêné et déboussolé.
« Rien du tout. Je suis désolée, milady, je vous ai pris pour une autre. »
Clarisse ouvrit la bouche, mais je la coupais : « Alors, quand vient Ciel ? »
Comment diable ce garçon pouvait-il... ? À moins que... Je ne me souvenais plus très bien, mais il me semblait qu'il y avait quelque chose d'anormal dans cette affaire là. Si mes souvenirs étaient bons, le rapport de Chester mentionnait une personne ayant avant eux tué tout ce qui était sur place, qui n'avait pas été retrouvé après...* Mais le hasard était trop grand. Pourquoi cet individu, qui avait perdu toute humanité, ce serait retrouvé dans les bras du comte de Phantomhive ? Il fallait que je parle à Chester de toute urgence.
« Oh, il n'est pas au courant ! » gloussa Elizabeth. « Nous attendons une dernière personne avant d'aller le chercher ! »
La porte s'ouvrit justement en grand, et une tornade entra.
« Oh ! Miss Elizabeth ! Comme vous êtes charmante ! » dit la femme en se jetant sur Elizabeth, l'attrapant par la taille.
Elle était brune, les cheveux en queue-de-cheval bouclée à l'anglaise, avec de petites lunettes ovales sur son nez. Ces vêtements étaient pour le moins excentriques, puisqu'ils ouvraient largement sur son décolleté. Elle me faisait pensé à la « nymphirmière », comme disait Cheslock, l'infirmière du Weston College, dont l'activité principale consistait à s'amuser à séduire les jeunes hommes en pleine poussée d'hormones. Mais cette femme ci ne me paraissait pas séductrice, seulement provocatrice.
« Nina ! » sourit grandement Elizabeth. « Vous voilà enfin ! Tenez... Je vous présente miss Fastitudo, miss Suzanne et miss Ryan. »
Ses yeux se mirent à briller.
« Oh ! Quel charme ! Quelle beauté ! L'inspiration me vient ! » cria-t-elle pour elle-même.
Puis elle se renfrogna et marmonna : « Enfin, je n'ai aujourd'hui que ma nouvelle collection, pour homme. »
La femme n'avait pas l'air ravie de cette perspective. Le majordome en noir ricana, provocateur : « Et bien, il faut bien savoir exercer sa profession sur n'importe quel model.
- Oh, vous, le coincé, ne la ramenez pas trop ! » grinça-t-elle.
Je pouffais en ouvrant les yeux et plaquant une main sur ma bouche, presque choquée de son impertinence envers le démon. Elle se tourna à nouveau vers nous, l'oeil brillant.
« Enfin, je m'en contenterai pour l'instant », conclu-t-elle.
Edward sembla se réveiller d'une étrange torpeur, et s'écria : « M... m... MAIS COUVREZ CETTE GORGE, BON DIEU ! »
Il était rouge comme une écrevisse. La femme leva les yeux au ciel et soupira, excédée : « Non mais, qui êtes-vous pour m'ordonnez ce que je dois faire ou penser ! Ouvrez les yeux ! Nous sommes au XIXème siècle, plus au Moyen Age, il faut évoluer ! »
Elle tourna son attention sur nous : « Enchantée, je suis Nina Hopkins, couturière de haute couture de Londres ! »
Le majordome, à l'arrière, se racla la gorge. Nina se tourna vers lui pour le foudroyer du regard. Il haussa légèrement la tête, puis regarda sa montre.
« Il ne manque plus que Snake revienne... »
Elizabeth eut une petite exclamation.
« Oh ! J'allais oublier ! »
Elle se précipita sur un sac en toile pleins de nœuds et de dentelles, posé sur un fauteuil. Elle en sorti des... serres-tête ornés d'oreilles de lapin... Elle nous les mit aussitôt. C'était simplement ridicule.
« C'est adorable », dit Edward en les touchant, rougissant.
Je le regardais avec une goutte coulant sur ma tempe. Dès que cela touchait Elizabeth, Edward se transformait en une larve vomissant des arc-en-ciel... À côté de moi, Yume jugeait sa coiffe d'un regard critique.
« Vous êtes très mignons, tous », gloussa Clarisse.
Avant de subir le même sort. Yume et moi la regardâmes avec un sourire sadique alors qu'elle grimaçait légèrement, stupéfaite. S'attendait-elle vraiment à échapper à cette triste fatalité ?
On toqua à la porte, attirant notre regard. Le valet de Ciel l'ouvrit timidement. Snake. Je m'en souvenais parfaitement. Il était toujours enroulé de serpents. Je me tendit légèrement. Snake était sans aucun doute un elfe, comme le montrait sa peau écailleuse par endroits et ses rétines fendues à la verticale. Moitié homme, moitié serpent. Je savais que certains elfes vivaient parmi les humains, ignorant leur espèce, comme Jane, par exemple. Ils étaient souvent brimés à cause de leur différence. Il fallait sans doute que je lui parle, ce qui était assez délicat. Il était inconvenant qu'un valet et une demoiselle soient pris à discuter en tête-à-tête. Il fallait aussi que je sois assez persuasive pour le convaincre que notre monde existe réellement, ce qui était déjà moins dur. D'après ce que je savais, Jane avait tout de suite cru le Maître quand elle était venue la chercher. Ce ne devait pas être très compliqué. Même si c'était la première fois que je me retrouvais dans cette situation. Ensuite, ce serait à lui de choisir son monde. Il rougit sous nos regards, intimidé.
« C'est bon, la table est prête... dit oscar.
- Euh... » dit Yume, toujours aussi perturbée par sa manière de parler.
Bien sûr qu'il pouvait communiquer avec les serpents, puisqu'il en était en parti un. Bien que les autres ne semblaient pas le croire. Le majordome en noir tapa dans ses mains, les joignant comme dans une prière.
« Bien. Je vais donc de ce pas chercher monsieur. »
Il nous laissa. Durant son absence, la couturière fit des siennes en se mettant à tripoter la bonne, faisant crier Edward qui était devenu cramoisi. Elle se tourna vers moi pour que je joigne son avis : « Les femmes peuvent porter des pantalons et pantacourts, n'est-ce pas ?
- Cela ne me pose pas de problème. J'en ai moi-même souvent porté », dis-je.
« Vraiment ? » s'étonna Yume.
« Oui. C'est plus pratique pour bouger.
- C'est vrai que vous avez de longues jambes... les pantalons doivent vous aller à merveille », rêva Nina, un peu de bave aux lèvres.
Je croisais le regard de Yume qui grimaçait : Elle est trop bizarre. Je souris pour confirmer. La couturière tapa dans ses mains, les yeux brillants.
« Il faudra que vous veniez dans ma boutique !
- Euh... Peut-être...
- Et vous viendrez aussi, Maylin ! » s'exclama-t-elle en enlaçant la bonne.
« Mademoiselle Nina ! » s'écria-t-elle en rougissant, étouffée entre les seins de l'excentrique.
Le majordome toqua à la porte avant d'ouvrir, suivit du Maître des lieux, le regard arrogant, le menton trop haut. Ciel Phantomhive dans toute sa splendeur. Elizabeth lui sauta aussitôt dessus pour lui enfoncer un de ses affreux serres-tête dans les cheveux. Il gesticula dans tous les sens, étonné et irrité, se demandant la raison de notre présence à tous. Les deux comploteurs s'expliquèrent — si Elizabeth était totalement innocente, le sourire du majordome me parut trop angélique pour être dépourvu de sadisme. Ciel était légèrement en colère de notre présence non-désirable, mais se résigna. Nina sauta aussitôt sur l'occasion pour se faire de la publicité et prendre à part les représentant du sexe masculin pour leur faire essayer quelques pièces de sa nouvelle collection. Elle ronchonna un peu qu'elle aurait dû faire une boutique exclusivement féminine. Les vêtements étaient tous très beaux, légèrement extravagants, d'une qualité irréprochable, bien qu'ils n'arrivent pas à la cheville de la mode vampirique, dont les techniques étaient bien plus élaborées que celle des humains. C'était tout de même un travail remarquable, et j'approuvais lorsque Clarisse s'extasia devant, regrettant de ne pas être un homme pour porter de pareilles tenues.
Elizabeth alla chercher un panier que je n'avais pas vu avant et le brandit, clamant de démarrer la chasse aux œufs. Ils étaient tous minutieusement décorés, colorés, fleuris... par le marquis de Middelford lui-même. Yume, Clarisse et moi cachâmes nos visages en essayant de calmer le fou rire qui nous montait à la gorge, imaginant ce gorille peindre chaque œuf, les joues rouges et un sourire niais aux lèvres.
« Qu'est-ce qui vous fait rire ?! » s'exclama Edward, les joues rougies.
Cela renforça notre hilarité, le vexant encore plus. Il se retourna aussitôt vers Ciel pour lui crier qu'il ne trouverait pas le magnifique œuf peint par sa jeune sœur trop chérie. Le pauvre ne savait plus où donner de la tête, pensait Yume.
La fenêtre explosa d'un coup. C'était un homme tout de blanc vêtu qui venait de passer à travers à l'aide d'une corde. Je le reconnu à mon grand désespoir : le comte de Grey, serviteur de sa majesté. Il se chargeait aussi du rôle d'ambassadeur entre la Reine Victoria et le Maître. Je trouvais son arrogance insupportable. Il était suivit de son collègue : le comte Phillips. Ciel s'exclama, aussi surpris qu'énervé par la tournure des évènements. Ils étaient apparement venu livrer des œufs de Pâques de la part de Sa Majesté. Cette reine était tout de même bien étrange.
« Oh ! Mais, tient ! » s'exclama le redouté comte en me voyant.
Il eut un sourire de velours qui me rebutait tant.
« Miss Fastitudo, quelle bonne surprise de vous voir ici ! Cela faisait bien longtemps, n'est-ce pas ?
- Sans doute, répondis-je, un sourire serré aux lèvres.
- Vous vous connaissez ? Demanda Ciel, un sourcil haussé.
- Et bien... commença le comte.
- Monsieur Grey fait parti des connaissances de ma mère », le coupais-je.
Hélas, m'empêchais-je avec force de rajouter.
« Quant à vous, cela ne m'étonne pas que vous soyez dans les contacts du comte de Phantomhive », sourit mielleusement l'homme en blanc.
Je lui envoyais un lourd regard de reproche. Je croisais le regard interrogateur d'Edward, et détournais aussitôt les yeux sur le sol.
« Et bien, comte... J'ai entendu, que vous deviez trouver l'oeuf de votre fiancée lors de cette chasse ? »
Ciel haussa les sourcils, se demandant ce que cela pouvait lui faire.
« Dans ce cas, je participe aussi ! » s'exclama le comte en cambrant sa taille, passant nonchalamment les bras derrière la nuque.
La démon rajouta une règle pour compliquer la tâche : faire des équipes de deux qui pourrons, avec une louche, s'échanger un œuf cru. L'équipe qui cassera, pour une quelconque raison, son œuf sera disqualifiée. Je trouvais cette règle amusante. Même s'il trouvait cela ennuyant, le comte de Grey sauta sur l'occasion pour mettre un genou à terre devant moi et prendre ma main pour demander solennellement : « Miss Fastitudo, accepteriez-vous d'être dans mon équipe ?
- Vous abandonnez votre camarade ? demandais-je en retirant sa main.
- Il s'en remettra.
- Mais... tentais-je.
- De toute façon, Fastitudo ne participera pas », engagea Yume.
Le comte la regarda, un sourcil légèrement haussé, avant de sourire à nouveau : « Voyez-vous ça... Miss Suzanne Cavendish. Vous, je ne m'attendais pas à vous voir ici. »
À son tour, elle haussa les sourcils. Elle continua : « Après le malaise qu'elle a fait il y a peu, il est hors de question qu'elle fournisse d'effort physique. »
Un peu déçue, j'acquiesçais : si cela pouvait me permettre de rester éloignée du comte Grey. De plus, sa réaction vis-à-vis de moi suscitait trop de questions ; dont je ne pouvait bien sûr pas fournir les réponses. Le plus méfiant devait être Ciel, vu le regard qu'il me jeta.
Le majordome tapa dans ses mains et fit lui même les équipe pendant que j'accompagnais Elizabeth poser son œuf. Nous traversâmes une dizaine de salle. Elle regardait tous les angles peu accessibles, mais n'était jamais satisfaite.
« Il faut un endroit plus compliqué », déclara-t-elle en réfléchissant.
D'un coup, son regard s'éclaira.
« Là ! » s'écria-t-elle en pointant le chandelier situé à au moins cinq mètres du sol.
Je regardais l'endroit avec un goutte coulant contre ma tempe. Pour un vampire, c'était facile, mais je ne savais même pas comment Elizabeth comptait le percher sans échafaudage.
« Je ne suis pas sûre que Ciel soit capable d'une telle prouesse », avouais-je à la jeune fille.
« On est capable de tout par amour ! » répondit-elle avec conviction, serrant le poing devant elle.
Malgré tout l'amour qu'il devait sans aucun doute porter à la jeune noble, je ne voyais absolument pas Ciel et son corps maigre faire des bonds de sauterelle ou escalader le mur pour obtenir son bien. Comme je ne voulais pas briser l'espoir qui brillait dans son regard émeraude, je gardais ma remarque pour moi. Elle s'accroupit, puis, d'un coup, bondit à une vitesse folle contre le mur et se propulsa ainsi en salto dans les airs pour poser l'oeuf dur sur le chandelier en or. Elle réatterrit sur le sol avec grâce, avant de se relever avec un sourire satisfait. Elle rougit en voyant mon air ébahi.
« Qu'il y a-t-il ?
- Tu... Tu... Je... Wahou ! C'était énorme ! T'as appris à faire ça où ?
- Je... Euh... Je ne sais pas, c'est inné », répondit-elle, gênée.
Faire cela avec autant de jupon relevait du génie ! Moi-même, je n'avais jamais essayé de me battre en robe à corset.
« Tu as mon respect éternel ! » lui dis-je en riant.
Elle rit à son tour, les joues encore rosies. Nous retournâmes dans le salon retrouver les autres. Les équipes avaient été faîtes. Clarisse et Yume étaient ensemble, et Edward était avec la couturière. Elizabeth tonna enfin le départ et ils se précipitèrent tous. Seuls Edward et son équipière ne partirent pas en courant. Elle enleva son jupon, laissant apparaître la quasi-totalité de ses jambes. Edward se remit à crier, le visage de couleur écrevisse. J'éclatais de rire en le voyant faire tomber son œuf sur le carrelage. Il eut un grand cri de désespoir, les larmes aux yeux.
« Ah, Edward. Tu as déjà perdu » remarqua Elizabeth, de la pitié dans les yeux.
« Lizzie ! Pardonne-moi ! J'ai échoué dans ma mission ! » sanglota-t-il.
« Non mais j'y crois pas », soupirais-je.
« Les hommes sont vraiment des êtres faibles », remarqua dédaigneusement Nina.
« C'est de votre faute ! À cause de vous et vos... ! Argh !
- Edward, calme-toi. Ce n'est qu'un jeu », tempérais-je.
Il essuya une larme de déception.
« Allez, viens grand-frère », dit Elizabeth. « On va se mettre à table pour attendre les autres.
- Oui, Lizzie ! Je te suivrais n'importe où ! »
Nous nous mîmes en route vers la salle-à-manger. Edward grommelait contre Ciel, qui allait avoir l'oeuf et sa petite-soeur pour lui tout seul. Je donnais un coup de coude au blond : « Tu devrais la lâcher un peu.
- Quoi ?
- C'est ta sœur. Pas ta fiancée, ni ton amante. Ta sœur. »
Il rougit un peu.
« Je le sais bien ! C'est pour ça que je dois la protéger.
- Tu ne la protège pas, là. Tu la couve.
- Mais non...
- Je t'assure. Laisse-la vivre, un peu.
- Mais...
- Edward », lui lançais-je, la voix pleine de reproche.
Mon regard était planté dans le sien. Il rougit, mais ne rompit pas le contact, comme hypnotisé. La nuance de vert de ses yeux était vraiment fascinante. C'était un couleur rare. Au bout de quelques secondes, je détournais à mon tour le regard, les joues chauffantes. À quoi est-ce que j'avais penser ? Idiote. Comme si je pouvais.
Rentrée, je me précipitais dans l'ancien bureau de mon père pour y prendre le combiné téléphonique. Nerveusement, je tournais la roulette des chiffres pour taper le numéro du seul téléphone du monastère. On me transmit à son adresse, et une voix fluette de femme me répondit. J'indiquais mon identité. Tout de suite, j'eus le droit à plus d'égard.
« Princesse Albane ! Que désirez-vous, mademoiselle ?
- Je voudrais parler à Chester.
- Hum... Il est en mission dans le nord de l'Europe pour l'instant. »
Mon souffle se coupa. Il n'y avait donc aucun moyen de le contacter pour l'instant ? Je décollais légèrement le téléphone de mon oreille, pensive et stressée. J'avais besoin de lui le plus rapidement possible. Avant qu'elle la trouve. C'était un jeu contre la montre qui était en ma défaveur.
« Dois-je lui indiquer votre appel quand il rentrera ? » demanda la voix au bout du fil.
Je me ressaisis légèrement et lui répondit vivement : « Oui. Oui, au plus vite. »
Je raccrochais sans plus de mots et me laissais tomber dans le grand fauteuil de mon père. Que devais-je faire maintenant ? Est-ce que j'étais capable de me débrouiller seule, pour cette fois ? Il y avait tellement de choses de Chester devait m'aider à démêler. Clarisse, Finnian, Snake... Et puis, surtout, il y avait Derek. Heureusement, la rentrée au Weston était dans quelques jours ; il était dangereux pour lui qu'il reste seul encore longtemps.
*Voir chapitre 9 (du point de vue de Chester)
Fin de l'arc.
Yume : « Pourquoi on apparaît presque pas dans ce chapitre ! »
Auteure : « Mais... ! Mais... ! On avait dit : pas de résumé au dernier chapitre de l'arc ! »
Clarisse : « Rébellion ! »
Auteure : « Qu'est-ce que vous voulez ? De l'argent ? »
Clarisse : « Des explications. »
Auteure : « À quelle question ? »
Clarisse : « Au sens de la vie. »
Yume : « Être ou ne pas être... »
Auteure : « Votre vie, c'est de suivre cette histoire ! Pas de vous rebeller contre l'auteure ! »
Clarisse : « Auteure tyrannique ! On a decidé d'écrire nous-même notre destin ! »
Auteure : « À la bonne heure... »
Yume : « On veut que tous les lecteurs sache ce qu'il s'est passé pour nous pendant cette chasse à l'oeuf ! Pourquoi c'est pas dit ! »
Auteure : « Mais parce que ce n'était pas utile ! Les lecteurs savent déjà le résultat de cette chasse ! »
Yume : « Pour les autres peut-être, mais pas pour nous ! »
Auteure : « C'est tout ? Après, j'aurais la paix ? »
Yume : « Peut-être. »
Auteure : « Je veux une garantie ! »
Clarisse : « Et je veux un avocat ! »
Yume : « Comment ? Pourquoi ? »
Clarisse : « On ne sait jamais. »
Auteure : « Vous me cassez les pieds ; pour être gentille. En plus, il ne s'est rien passé d'extraordinaire. »
Clarisse : « Quand même... »
Yume : « Un œuf de Pâque qui nous pète à la gueule, c'est pas extraordinaire, peut-être ?! »
Clarisse : « Il a ruiné ma si jolie coiffure. »
Auteure : « Mais tu n'avais pas de coiffure spéciale ! »
Clarisse : « Tout de même ! »
Auteur : (Soupire.) « C'est bon ? Vous avez parlé, vous êtes satisfaites ? »
Yume : « Oui, enfin. »
Auteure : « Enfin ! Maintenant, dodo... »
Cheslock : « Une seconde... »
Auteure : « Quoi encore ? »
Cheslock : « Je voudrais faire un contrat pour apparaître plus dans cette histoire ! »
Auteure : « ... »
Cheslock : « En temps que meilleur ami du personnage principal, j'exige à plus d'égard. J'ai à peine été mentionné dans cet arc. De plus, dans celui d'avant il y a eu une ellipse de plusieurs années. On a volontairement sauté tous les passages drôles de notre scolarité ! Et moi, dans tout ça ? Niet. C'est inadmissible ! »
Auteure : « ... »
Cheslock : « Hey ! Vous m'écoutez ? Vous êtes morte ? »
Auteure : « Laissez un message après le *BIP* sonore. »
