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Chapitre 25: Le Spectre d'Uther ~Partie 3~
« Gaius, comment va-t-elle ? »
Le médecin se retourna depuis sa position auprès du lit de Gwen, et regarda solennellement Arthur.
« La fumée a pénétré dans ses poumons mais avec le temps, elle se remettra. Si Katryn ne l'avait pas sauvée, cela aurait été bien pire. »
Merlin jeta un regard à la servante, qui était assise de l'autre côté du lit de Gwen.
« Je ne comprends toujours pas comment tu as pu voir Uther. Je n'arrive qu'à le percevoir. »
Katryn lui adressa un long regard.
« Les Dryades sont des créatures aux aptitudes à la fois physiques et spirituelles, et souvent les Druides viennent leur rendre visite pour demander un gland béni à planter sur la tombe d'un esprit troublé. Une petite branche feuillue du chêne d'une dryade peut aussi être utilisée pour éloigner les morts sans repos... Par conséquent, que je sois capable de le voir, et de l'éloigner de Gwen, n'est pas une surprise même si je ne suis qu'une hybride. Cependant, je ne possède pas le pouvoir de le renvoyer d'où il vient. Le mieux que je puisse faire, est m'assurer qu'il ne pourra plus faire de mal à Gwen. »
Arthur hocha la tête avec compréhension.
« C'est plus que suffisant, Katryn, nous ferons le reste. »
Il regarda en direction de Gaius.
« Alors, comment renvoyons-nous mon père ? »
Gaius se dirigea vers ses étagères et en descendit l'un des volumes, qu'il commença ensuite à parcourir.
« Nous devons nous servir du Cor de Cathbhadh pour ré-ouvrir le voile entre les deux mondes, mais nous devons nous souvenir d'une chose. Seule la personne qui a fait apparaître le spectre peut le contraindre à quitter ce monde. J'aurai besoin de temps pour préparer une potion qui vous permettra à tous les deux de voir Uther. En attendant, je ne peux que suggérer que vous restiez sur vos gardes. Allez dans les appartements de Merlin, ils sont mieux protégés que la plupart des endroits du château. Je vous amènerai la potion quand elle sera prête. »
Merlin et Arthur redescendirent le couloir et montèrent les escaliers vers les appartements du sorcier, où ils s'assirent pour attendre dans un silence tendu. Tandis que les minutes s'écoulaient, et approchaient d'une heure, tous deux sursautaient au moindre bruit, jusqu'au moment où Merlin crut entendre quelque chose dans son placard à balais.
Tous deux y allèrent sur la pointe des pieds pour enquêter, l'ouvrant pour ne rien révéler de plus sinistre qu'une souris avant de se retourner et de bondir de peur... Parce que pendant qu'ils avaient été occupés à fixer la souris, Gaius était entré dans la pièce et arrivé derrière eux.
Le vieil homme haussa un sourcil, et leur tendit une paire de fioles identiques. Chacune contenait un liquide vert clair.
« La potion vous permettra de voir Uther sous sa forme de spectre. Une fois que vous serez en sa présence, Arthur devra sonner du Cor. C'est la seule façon de le forcer à retourner dans le Monde des Spectres. »
Tandis que Merlin acceptait sa fiole et en retirait le bouchon pour renifler le contenu, essayant discrètement de ne pas vomir devant l'odeur, Arthur regarda Gaius.
« C'est inoffensif ? »
Gaius hésita.
« Je ne peux pas dire que j'en sois totalement sûr. En tout cas, il n'y a rien de toxique dedans. »
A côté d'eux, Merlin haussa les épaules.
« Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir... Cul sec. »
Il avala le contenu de sa fiole en une gorgée, semblant agréablement surpris, et Arthur retira le bouchon de la sienne.
« Eh bien au moins on sait que la mort n'est pas instantanée. »
Il vida sa dose tout comme Merlin l'avait fait, et faillit s'étouffer en se retenant de recracher tandis qu'il avalait et devenait rouge.
« Je... Je n'ai jamais goûté un truc aussi infect. »
Merlin commença à rire, ne laissant que maintenant apparaître son dégoût.
« Désolé, aurais-je oublié de signaler cela ?
- Absolument. »
Arthur rendit sa fiole vide au médecin.
« Gaius, retournez dans vos appartements et restez avec Katryn et Gwen. »
Gaius la saisit, ainsi que la fiole de Merlin.
« Soyez prudents. »
Lorsque Gaius fut parti, Merlin sortit le Cor de la boîte où il l'avait rangé et le donna à Arthur, puis tous deux se mirent en route.
Le château était silencieux, à part une poignée de gardes en patrouille, et connaissant les chemins de ronde tous deux furent capables de les éviter ainsi que toute question gênante. Au bout d'un moment, il sembla probable que le cri de Katryn ait chassé Uther plus loin qu'ils n'avaient cru, et puisqu'il restait une grande partie du château à couvrir, Arthur prit une décision.
« On devrait se séparer. Si tu vois Uther, fais-le moi savoir et mène-le vers moi. Si je le vois, j'utiliserai mon anneau plutôt que les amulettes pour t'appeler. »
Merlin fronça les sourcils.
« Je ne crois vraiment pas qu'on devrait- »
Il fut interrompu par une force soudaine qui l'agrippa et le jeta contre la fenêtre la plus proche, le faisant s'écraser trois étages plus bas, dans la cour.
« Merlin ! »
Arthur se précipita vers la fenêtre, et vit que Merlin avait atterri sans dommage grâce à un sort rapide. Puis il vit la silhouette fantomatique de son père tourner au coin du couloir, et lança au magicien plus bas :
« Je pars à sa poursuite, rattrape-nous ! »
Arthur entendit Merlin lui crier dessus à travers les amulettes qu'il était stupide, mais il l'ignora en enlevant la sienne et en la mettant dans sa poche. Uther sembla capable de rester un pas devant lui tandis qu'il menait son fils à travers le château, jusqu'à ce qu'Arthur arrive à la Salle du Conseil et entre avec hésitation.
Les portes claquèrent et se verrouillèrent derrière lui, et Arthur sut que l'esprit n'allait pas s'enfuir davantage.
« Je sais que vous êtes là, Père. »
Il se retourna, pour voir Uther assis sur le trône à l'autre bout de la pièce.
« Pourquoi faites-vous cela ? »
Uther le regarda froidement.
« Je n'ai pas passé ma vie entière à édifier ce grand royaume pour voir mon propre fils le détruire. »
Arthur lui rendit son regard.
« Vous avez essayé de tuer Guenièvre, et Merlin.
- Je l'ai fait pour ton bien... Comment une servante peut-elle comprendre ce que signifie être Reine ? Et comment as-tu pu permettre à ce sorcier comploteur de te tromper ? »
Arthur le fusilla du regard, et fit un pas vers le trône.
« Guenièvre est intelligente et forte, et Merlin est la raison pour laquelle ce royaume est encore debout. J'ai confiance en eux plus qu'en quiconque. »
Uther ne sembla pas impressionné.
« Et c'est là ta faiblesse. Tu accordes trop de confiance aux autres. C'est toi, et toi seul qui dois gouverner Camelot. »
Arthur cessa d'avancer.
« J'aimerais mieux ne pas gouverner du tout, que de gouverner seul. »
Uther se leva, une colère froide commençant à rafraîchir l'air dans la pièce.
« Tout au long de ta vie j'ai tenté de te préparer pour le jour où tu deviendrais Roi. N'as-tu retenu aucune leçon ? »
Arthur se dressa fièrement, le Cor dans sa main, prêt à être utilisé.
« Je vous ai regardé gouverner, et j'ai appris que si on n'a confiance en personne, on vit dans la peur. Votre haine venait de votre peur, pas de votre force.
- Comment oses-tu ! »
Arthur persista.
« Je vous aimais et je vous respectais, mais je dois gouverner le royaume à ma manière. Je dois faire ce que je pense être le plus juste, et si vous ne pouvez accepter cela alors vous devrez me tuer... Je ne suis pas vous, Père. Et je ne puis gouverner comme vous le faisiez. »
Uther l'incendia du regard, la fureur inscrite sur ses traits.
« Camelot doit passer absolument avant tout le reste... Même avant toi. »
Un bouclier s'envola du mur le plus proche et vint frapper l'arrière de la tête d'Arthur. Après qu'il soit tombé au sol, tandis qu'il gisait là en grognant, désorienté, Uther commença à marcher vers lui.
Mais avant même qu'il n'ait traversé la moitié de la pièce, une nouvelle voix s'éleva et le fit s'arrêter.
« N'approchez pas de lui, Uther. »
Merlin entra dans la Salle du Conseil par la porte de derrière, et marcha avec confiance vers le spectre.
« Vous avez causé assez de mal. Vous n'avez rien à faire ici, vous devez retourner dans l'autre monde. »
Uther se retourna pour lui faire face.
« Ceci est mon royaume ! Tu te crois capable de m'en chasser, sorcier ? »
Merlin s'arrêta à côté du trône.
« Je ne suis pas un simple sorcier, et vous le savez... ou du moins vous le saviez. »
Le visage d'Uther se tordit dans un rugissement, et il se précipita de l'autre côté de la pièce.
« Tu as empoisonné l'esprit de mon fils, et tu empoisonnes mon royaume ! Je ne permettrai pas cela !
- Vous avez tort. »
Merlin utilisa sa magie pour immobiliser Uther à quelques mètres, puis son expression s'adoucit, devint triste.
« Morgane a brisé votre esprit quand elle vous a brisé le cœur avec sa trahison. Vous avez oublié tout ce qui s'est passé ensuite, n'est-ce pas ? La façon dont je vous ai parlé dans vos appartements, et dont vous m'avez accordé votre clémence en sachant que j'avais des pouvoirs magiques, parce que vous avez admis que je préférerais mourir que de laisser quoi que ce soit faire du mal à Arthur ou à Camelot. »
La rage d'Uther se transforma légèrement en confusion.
« Tu mens, cela ne peut être vrai. »
Merlin se rapprocha, jusqu'à ce qu'il soit assez près du fantôme pour pouvoir le toucher en tendant le bras.
« Vous souvenez-vous que je vous rendais visite chaque jour, et que je vous racontais ce qui se passait et comment s'en sortait Arthur. Vous souvenez-vous qu'au bout de quelques mois, vous avez commencé à me parler d'Ygerne et de la vie que vous meniez avec elle ?
- Non... C'est une duperie ! »
Merlin tendit la main sans vraiment remarquer qu'il le faisait, tandis que sa volonté maintenait Uther en place quand le fantôme essaya de reculer.
« Vous souvenez-vous de ce que vous avez dit à Arthur, quand vous gisiez dans ses bras après avoir été mortellement blessé ? »
Il toucha la poitrine d'Uther du bout des doigts, juste au-dessus de l'endroit où son cœur se trouvait de son vivant.
« Mymerende, hreoh cargast.
- N-non ! »
Uther inspira brusquement tandis qu'une douce lumière dorée s'étalait sur lui au contact de Merlin, et quand elle disparut le froid avait quitté l'air. Quant à Merlin, il se secoua comme s'il sortait d'une transe, et vit que l'esprit devant lui n'était plus une silhouette de glace, mais contenait plutôt la même chaleur distante mais réconfortante qu'il avait vue chez Balinor à son apparition.
Merlin baissa la main et la fixa, essayant de comprendre ce qu'il venait de faire... Est-ce qu'il venait de guérir le spectre d'un homme mort ?
Il regarda le roi défunt.
« Uther ? »
Le spectre ouvrit les yeux, et se retourna pour regarder l'endroit où son fils commençait juste à se remettre sur pieds, ignorant la présence de Merlin.
« Arthur ? Que... Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Il se précipita de l'autre côté de la pièce, mais s'arrêta quand Arthur se tendit et chercha rapidement le Cor. Et Arthur, quand il vit la culpabilité sur le visage de son père, se leva avec un espoir grandissant.
« Vous vous souvenez ? »
A l'autre bout de la pièce, Merlin se détourna et sortit par-derrière, pour donner au père et au fils l'occasion de se parler qui leur avait été refusée aux Hautes Pierres de Nemeton.
Uther tourna la tête quand il entendit le mouvement, et soupira quand il se retourna vers son fils.
« Je ne sais pas si tu pourras jamais me pardonner Arthur, pour avoir essayé de faire du mal à ceux qui te sont si chers... Je suis désolé. »
Arthur sentit les larmes lui monter aux yeux, mais n'essaya pas de les retenir quand elles débordèrent. Il attira son père dans ses bras et le serra contre lui.
« Vous n'étiez pas vous-même, Père, il n'y a donc rien à pardonner. Quand je suis allé aux Hautes Pierres, je ne voulais rien de plus que pouvoir vous parler de tout ce que j'ai accompli. Je voulais vous montrer que j'ai réussi à forger la paix avec la magie et à rendre Camelot plus forte grâce à cela. Je voulais vous montrer que vous n'aviez pas fait une erreur en me disant que je pouvais suivre ce chemin. »
Uther relâcha sa prise sur Arthur, et le regarda avec fierté.
« Et tu l'as fait... Tu as fait ce que je ne pouvais faire, car j'avais le cœur trop dur et trop plein de haine. Tu as mis fin à une guerre contre la magie que Camelot n'aurait jamais pu gagner, et elle aurait été détruite si cela avait continué. Tu as prouvé que tu étais un Roi plus sage et plus grand que je n'aurais jamais pu espérer l'être. »
Arthur tendit la main.
« Venez. Avant que vous ne partiez, il y a quelqu'un que je veux que vous voyiez. »
Il guida Uther à travers le château, jusqu'à la chambre à côté des appartements de Gwen où dormait le jeune Prince de Camelot. Arthur observa ensuite Uther s'approcher du lit pour contempler son petit-fils, et tendre la main pour éloigner doucement une mèche de cheveux du visage du garçon.
« Il est le portait craché de toi quand tu étais petit. »
Arthur rejoignit son père près du lit, parlant doucement.
« Et il grandira dans un royaume qui ne sera pas obscurci par l'ombre de la haine. Il héritera d'un trône et d'un royaume qui aura été bâti sur une fondation de compréhension et d'acceptation, au lieu de la peur et du massacre. Il ne connaîtra jamais les agonies du règne auxquelles vous et moi avons fait face.
- Comme il se doit. »
Uther baissa la tête, et se tourna vers son fils.
« Je suis prêt à partir, Arthur. Il est temps pour moi de retourner où j'appartiens. »
Ce fut ainsi que tous deux retournèrent dans la Salle du Conseil où attendait Merlin, et tandis qu'il observait, Arthur sonna ensuite du Cor de Cathbhadh une dernière fois et Uther disparut avec un soupir.
Quand il fut parti, Merlin se dirigea vers Arthur et plaça une main sur son épaule. Il sourit et déclara :
« Vous avez eu ce que vous vouliez, la chance de parler au véritable lui. »
Son sourire s'élargit.
« Je vous laisse expliquer ce qui s'est passé à Gwen et aux autres, et pendant ce temps, avant d'aller me coucher, je vais aller réparer les cuisines. Ainsi vous n'aurez pas à expliquer aux cuisiniers pourquoi c'est tellement le bazar là-dedans. »
Merlin sortit d'un pas sautillant, et Arthur ne put s'empêcher de rire quand il le regarda partir. Seul Merlin pouvait faire une plaisanterie pareille, une heure après minuit.
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Signification du sort de Merlin : Souviens-toi, esprit tourmenté.
