C'était une matinée brumeuse mais douce. Un de ces matins agréables qui annonce une journée ensoleillée tout aussi paisible. Ce ne serait pas une journée stéréotypée de bataille. Sombre, pluvieuse et dépourvue de sons étrangers aux combats. C'était une journée parfaite pour un pique-nique et un instant de paresse. Les oiseaux gazouillaient en arrière plan. On pouvait percevoir le bourdonnement des bourdons et des abeilles qui vaguaient à leurs occupations autour des fleurs. La faible brise agitait, en douceur, les plantes environnantes.

Tout était calme mais Ron n'arrivait pas à se libérer de toute la tension de ces dernières semaines. La prise de pouvoirs des créatures magiques, dont beaucoup étaient classées comme dangereuses avait mis tout le monde à cran. Ron n'arrivait pas à savoir comment la situation avait pris une telle proportion. Ne voyaient-ils pas, tous, qu'ils allaient droit à la catastrophe en acceptant les revendications de ces êtres ?

En laissant… Potter vivant.

Ron se renfrogna mais ne quitta le paysage isolé des yeux. Il avait coupé toute relation avec le soit disant Sauveur du monde à partir du monde où il avait appris sa nouvelle occasion. Et pendant un temps, il avait convaincu Hermione. C'était la meilleure chose à faire. Potter deviendrait un mage noir. Voilà ce qu'avait pensé Ron a chassé « le Sauveur » de sa vie. Pour Ron, la vie de Potter était trop semblable à celle de celui-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom. Un jour ou l'autre, Potter tournerait comme le mage noir qu'il avait abattu.

Ron avait trop perdu durant la guerre pour permettre à un autre mage noir comme vous-savez-qui de prendre le pouvoir. Il ferait tout pour l'empêcher. Il avait été particulièrement fier et honoré quand le gouvernement l'avait contacté pour l'intégrer l'organisation contre les créatures. Il s'était, enfin, sentis reconnu. D'autant plus lorsqu'il en était devenu le chef après que les rumeurs du soulèvement des créatures soient devenues plus virulentes.

Le regard de Ron dévia vers la grande, plus loin, sur sa droite. Les vampires Cullen et la meute de changeur y séjournaient depuis leur capture. Ils ne pouvaient s'en échapper à cause des multiples sortilèges placés autour et sur le bâtiment. Le poing de Ron se serra comme il se souvenait qu'Hermione se tenait aussi là dedans. Son choix s'était porté sur eux. Sur les créatures. Encre une fois, elle avait choisi Harry Potter sur lui. Et ces créatures des ténèbres la protégeaient. De lui ! Un sorcier de la lumière ! De qui se moquaient-ils ?

Ron jeta son attention ailleurs. Il ne demandait rien de plus que d'éliminer ces créatures sombres. Malheureusement, ce clan avait encore leur utilité. C'était l'unique raison qui justifiait leur présence. Ils allaient leur permettre de mettre la main sur le leader de ce maudit mouvement.

Les avis divergeaient sur le niveau d'implication de Potter dans le mouvement. Certains affirmaient qu'il n'était qu'un acteur parmi d'autres dans cette révolution. Cependant, Ron savait mieux. Il avait été le confident de Potter durant des années. Potter devait être le leader. Cela ne pouvait être que lui, l'instigateur de toute cette révolution. Donc, pour Ron, c'était évident : A l'élimination de Potter, ce mouvement cesserait de lui-même. Tout redeviendrait à la normale. Les contraintes magiques prendraient fin. Les créatures reprendraient les places qui garantissaient le bien être des populations sorciers et évitaient la montée en puissance d'un mage noir.

Potter était là clé. Ron le savait et l'avait affirmé au ministre lorsque les petites communautés avaient commencé à tomber. Alors, il s'était longuement entretenu avec le ministre. Il était même venu avec un plan. Qui d'autre ? Ron était celui qui connaissait Potter. Le rouquin était celui qui savait tous les points faibles de l'ancien griffondor. Et son principal point se révélait être toujours le même. Sa famille. Ses amis. L'homme perdait tout raisonnement. Tout jugement lorsque ceux-ci se trouvaient en danger.

Ainsi, ils avaient capturé cette nouvelle « famille » que Potter s'était trouvé.

La seule chose qui ennuyait Ron, c'était le manque d'appuie de sa famille et de ses plus anciens amis. Il n'y avait que Ginny à lui avoir offert tout son soutient. La désapprobation de ses parents ne faisait aucun doute. Même s'ils ne l'avaient pas ouvertement déclaré. Mais, après deux guerres nuisibles à la famille, son père et sa mère se montraient prudents dans leurs propos. Tout comme Percy. Charli était difficile à joindre (surtout avec ce qui se passait), aussi Ron ignorait tout de son opinion à ce sujet… Même s'il s'en doutait. Ce devait être la même que George et Bill. C'est-à-dire, aucunement en faveur de Ron.

Mais Ron se fichait bien de leur avis ! Ils verraient, tous, par la suite que c'était lui qui avait raison. Il fallait se méfier des êtres non-humains. Surtout des créatures classées sombres. Après ce qu'avait fait vous-savez-qui, à son âme, celui-ci n'était, après tout, plus humain. Une créature des ténèbres parmi d'autres toutes aussi objectes. Une créature qui était devenue un des mages noirs les plus sombres de leur monde.

Alors, pour Ron, il était évident que Potter, ou toute autre créature, devait être arrêté avant d'avoir même eu l'occasion de monter en puissance.

C'est pourquoi ils en étaient là. A l'entendre que Potter se montre. Seul ou avec quelques amis. Ca n'avait pas vraiment d'importance. Ron connaissait son ex-ami. Il se précipiterait au devant du danger avec peu de renfort. C'était le problème du vampire. Il ne faisait pas assez confiance aux autres. Ca l'isolait. Il avait frôlé la mort plus d'une fois à cause de cette incapacité. Et cette fois, il la trouverait. Ron se changerait, lui-même, d'éliminer cette menace. Et il serait salué comme un héros.

« Monsieur. »

Le rouquin se tourna vers l'homme qui l'avait interpelé. Une nouvelle recrue qui avait tous justes vingt ans. Ils étaient beaucoup dans ce cas dans leur troupe. Des jeunes, un peu idéalistes, à peine sortis de l'école. Ils étaient venus du monde entier pour intégrer l'organisation lorsqu'elle avait commencé à faire parler d'elle. Voldemort avait beaucoup servis en Grande Bretagne mais il avait touché tout le monde sorcier par sa malveillance. Ceux qui étaient venus s'engager dans l'organisation anti-créature avaient prouvé leur courage et leur volonté d'éliminer le mal. Mais ils restaient trop jeunes et avec trop peu d'expérience aux goûts de Ron. Malheureusement, les sorciers et sorcières avec ces qualifications avaient souvent refusé de rejoindre la troupe. Ils y en avaient eu quelques uns mais pas assez pour Ron.

Cela ne changerait rien, toutefois. Ces jeunes ici étaient brillants et doués. Ils étaient plus que coupables et mettre hors d'état de nuire les créatures qu'ils croisaient. Ils l'avaient déjà prouvé. Et ils seraient toujours plus nombreux que ceux qui arriveraient ici.

Le jeune homme qui s'était adressé à lui venait d'Australie. Il était arrivé une semaine auparavant mais était toujours impressionné par Ron. C'était agréable ! Ron, en devenant le chef de l'organisation, s'était rendu compte de l'ampleur de sa renommée. C'était exaltant et il ne s'en lassait pas.

A son signe de tête, le jeune sorcier reprit la parole d'une voix qui tremblait. Cette crainte alarma immédiatement Ron qui accorda toute son attention au messager.

« Des créatures ont été repérées. Elles s'approchent de notre position en grand nombre. »

Ron cligna des yeux, surpris. Le nombre de créatures devait être suffisamment alarmiste pour justifier que l'on vienne lui en parler. La stupeur le rendait muet. Impossible que cela se passe ainsi ! Potter devait se précipiter au devant du danger. C'était ce qu'il avait toujours fait ! Sans ou avec seulement un peu d'aide. Il n'aurait pas du venir avec assez de renfort pour alarmer ses hommes.

« Il y a du nouveau… »

Un autre individu, un blond avec six mois s'ancienneté dans l'organisation, les avait rejoints, agité.

« Ils ont été estimé ç une centaine. Ils se déplacent en formation. Et, ils viennent de se séparer en groupe plus réduis. »

Ron plissa les yeux furieux vers l'horizon où les créatures étaient encore invisibles. Alors, c'était comme ça ! Potter voulait une bataille ? Alors, il l'aurait !

« Rassemblez tout le monde. Formation de bataille ! Je veux dix hommes à surveiller la grange ! Préparez vous, nous allons avoir des créatures à abattre. »

Les deux subalternes échangèrent un regard mais quittèrent Ron sans discuter les ordres. Ronald resta un moment sur place, immobile, puis il murmura en douceur :

« Mon armée est prête, Potter. Et la tienne ? »

Harry était tendu. La bataille débouterait bientôt. Dans les prochaines minutes, en fait. L'équipe de sauvetage, constituée des êtres les plus furtifs existants, s'était déjà éloigné du reste de l'équipe. Harry n'appréciait pas cette situation. Loin de là ! Il la détestait même. Il n'aimait pas être, encore une fois, au cœur d'une bataille. Il rageait de savoir que sa famille était au cœur du danger. Mais il haïssait plus que tout que la situation était du fait de l'homme qui avait été, un jour, son meilleur ami. Comment la situation avait-elle pu dégénérer à ce point.

« Concentrez-vous, Potter. »

La voix de Severus cassa ses réflexions. Le sorcier se tenait à son côté droit. Egal à lui-même, il semblait presque étranger aux évènements. Son visage ou sa posture ne montrait aucun signe d'inquiétude ou d'excitation. Il était simplement là.

L'être à sa gauche était, tout au contraire, vibrant de rage mal contenu. Il s'agissait de Sam Uley, de la tribu des Quilleute. Le chef de la seconde meute. Cela n'avait pas été une mince affaire de le contacter… et cela avait été encore plus difficile de le convaincre de l'existence de tout un monde magique caché et du danger qui menaçait les anciens membres de sa meute. Harry avait, malgré tout, persisté et cela s'était révélé payant. Sam l'avait cru et avait engagé sa meute dans le combat. Ce qui était une très bonne chose. S'il y avait une chose que Harry avait retenu de ses combats ludiques avec Jacob, c'était à ne pas sous estimer les changeurs. C'était un avantage non négligeable de les avoir à leur côté. Il était possible qu'il fasse pencher la balance de leur côté.

Donc, Sam frémissait d'impatience. Il maintenait sa forme de loup depuis leur rencontre. Pour dire la vérité, Harry ne l'avait pas vu sous sa forme humaine. Mais, Harry comprenait. Ils ne connaissaient aucune des créatures qui les entouraient. Moins de deux heures plus tôt, ils ignoraient même que les changeurs et les vampires n'étaient pas les uniques créatures surnaturelles. D'ailleurs, même les vampires qui les entouraient se révélaient différents de ceux qu'ils avaient affrontés précédemment. Et, pourtant, toute la meute répondait encore présente.

Au commentaire acerbe de Severus, l'énorme loup noir pivota la tête vers Harry qui émit simplement un faible grognement. Le son dû suffire au chef de meute puisqu'il agite la tête et revint à sa contemplation.

Puis, soudain, un cri aigu. Le hurlement d'une harpie qui les survolait le signal pour marquer le début du combat.

Harry prit une grande inspiration, pourtant inutile, pour se donner du courage et tira sa baguette dans sa main. C'était l'heure de vérité, cette fois. Harry pressentait qu'il n'y avait pas que la sauvegarde de sa famille qui dépendait de ce combat. Harry était certain que des décisions importantes seraient prises par la communauté anglaise après celui-ci. Des décisions qui dépendaient de l'issue de la bataille. Pour le mouvement des créatures, cela ne changerait rien. Ils continueraient tous à lutter. Peut-être avec plus d'acharnement si l'organisation anti-créature gagnait aujourd'hui. Mais les créatures ne cesseraient pas la lutte, c'était la seule certitude. Il s'agissait, surtout, du gouvernement anglais. Il misait tout sur cette bataille. L'organisation gagnait, il continuerait, sans doute, de refuser de négocier. Et, avec de la chance, si leur troupe d'élite perdait il accepterait cette négociation que tous attendaient.

Harry respira encore comme la harpie lâchait un second cri. Oui, beaucoup de choses dépendaient de cette bataille… en dépit des apparences.

Un troisième cri retentit et, cette fois, tous se mirent en mouvement.