Merci aux reviewers anonymes à qui je ne peux pas répondre personnellement. Terrible compliment que de me dire qu'on est accro de la fic. Mais pas d'inquiétude, j'update aussi souvent que possible et j'irai au bout. Merci aux fidèles.
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Chapitre 25
La rentrée marqua le déclin de l'automne. Des gelées nocturnes avaient commencé à apparaître et la température avait chuté vertigineusement. Au travers des fenêtres du vestiaire, Videl remarqua une couche de givre qui s'était formée dans les angles du carreau, à l'endroit précis où les gouttes de pluies finissaient par s'amasser. Elle frissonna par avance à l'idée de quitter le local surchauffé pour traverser le campus. Elle enfila son pull et boutonna sa veste, avant d'enrouler une énorme écharpe autour de son cou.
Elle saisit son sac de sport et sortit du bâtiment. Elle entendait les éclats de voix du coach qui continuait à hurler sur ses co-équipiers, encore à l'entraînement. Elle avait simulé un début de grippe pour échapper à la fin de la séance. Son entraîneur était dur, mais elle avait fini par le convaincre de la libérer.
L'air glacial lui piqua les yeux et le nez qui dépassaient de son cache-nez moelleux. La luminosité du jour baissait déjà et les réverbères du campus venaient de s'allumer, quoiqu'ils ne soient pas encore tout à fait nécessaires. Videl consulta sa montre. Elle évalua que Gohan avait dû partir déjà.
Ça faisait trois jours qu'ils avaient repris les cours. Trois jours, qu'elle l'évitait et qu'elle avait pris son parti de ne pas lui montrer plus de considération qu'un simple ami. C'était dur, même très dur, mais elle était en colère et elle était entêtée.
Elle n'avait pas revu Gohan en privé depuis la veille de l'enterrement, depuis qu'elle avait trouvé les jumelles et l'argent. Elle l'avait entraperçu dans la foule des funérailles, mais son père était là, et elle n'avait même pas pu lui parler. Puis il avait disparu. Elle l'avait appelé plus tard dans la soirée mais son portable ne répondait pas et elle n'eut pas le cœur de laisser un message.
Finalement, elle avait raccompagné Erasa chez elle, et avait dormi avec elle dans la maison vide de ses parents, après avoir bu plus que de raison. Elle ne s'était pas résolue à faire part à son amie de ses soupçons concernant Gohan. D'ailleurs quels soupçons ? De quoi le soupçonnait-elle exactement ? Elle ne savait pas. Et ça agitait encore plus son petit crâne. Il lui cachait quelque chose, mais elle n'avait pas la moindre idée de ce dont il s'agissait. En revanche, elle avait compris que ça le rendait malheureux, et ça suffisait à attiser sa détermination à découvrir son secret, ce secret qu'il ne voulait pas partager. Et il n'avait pas donné signe de vie de tout le week-end, bien qu'elle ait essayé de l'appeler.
Videl ne pouvait pas se contenter de ça. Il ne lui donnait qu'un morceau de lui quand elle le voulait tout entier, et sa frustration la poussait dans ses retranchements.
Elle scruta le parc devant elle. A cette heure, il était quasiment désert. Il faisait froid, il faisait sombre, et la plupart des élèves étaient, soit rentrés chez eux, soit encore en cours ou à leurs entraînements. Même si Gohan avait voulu la surprendre ici, il ne s'attendrait pas à ce qu'elle quitte le stade si tôt. Elle se décida enfin à se mettre en marche et descendit les marches du perron pour se diriger vers le bâtiment où se situaient leurs casiers.
A la vérité, elle n'aimait pas trop ce qu'elle allait faire. Mais encore une fois, cette situation avec Gohan jouait sur ses nerfs. Ses coups d'œil tristes et penauds, ses élans, retenus en public, pour lui parler et la toucher, tout cela sciait sa détermination à jouer l'indifférence, alors qu'elle se contenait déjà difficilement par moment de se jeter dans ses bras. Les souvenirs de sa main dans ses cheveux ou de sa peau contre la sienne, assaillaient par instant son esprit, comme autant de petites aiguilles insupportables. Ce jeu devait finir, mais avant, elle saurait ce qu'elle devait savoir.
Quand elle poussa la porte d'entrée du bâtiment, l'écho du battant contre le groom retentit dans le couloir complètement désert. Elle s'avança lentement en balayant l'endroit de ses yeux perçants. Comme elle l'avait calculé, il n'y avait strictement personne. Elle dépassa son propre casier et scruta les numéros des suivants, qui défilaient devant elle à mesure qu'elle progressait. Elle s'immobilisa devant celui de Gohan et jeta encore une fois un coup d'œil autour d'elle.
Erasa, Sharp et elles n'étaient pas entrés au lycée depuis deux mois, quand Sharp avait découvert comment ouvrir les casiers des autres. Sharp n'était jamais en retard d'une connerie. Elle pensa furtivement à lui. Il était absent depuis la rentrée et tout le monde commençaient à se demander si il allait revenir. Gohan semblait tout particulièrement inquiet à l'idée qu'il ne reparaisse pas, et Videl elle-même, l'envisageait avec dépit. Sharp était son ami depuis la maternelle et elle devait bien admettre que, sans lui, ce n'était pas la même chose. Erasa avait promis d'essayer de se renseigner, puisque personne n'arrivait à l'avoir au téléphone.
Videl releva tout de suite qu'il n'y avait pas de cadenas. Cela la rassura. Elle avait redouté un instant que Sharp ait révélé à Gohan le « truc » des serrures de placard, et qu'il ait pris ses précautions. Ce n'était apparemment pas le cas. Gohan était si candide. Et, finalement, qui aurait pu avoir envie de forcer son casier ? Elle aurait même été la dernière qu'il aurait soupçonnée. Videl savait sa méthode peu glorieuse mais, dans le fond, elle faisait écho à l'attitude de Gohan. Elle envisagé un moment de le filer, mais comme il pouvait voler, elle avait tout de suite compris que ce serait peine perdue.
Elle sortit un aimant et un clou assez long et manipula la minuscule roulette à code qui équipait le système de verrouillage de la porte. En quelques secondes, un clic se fit entendre et le battant de la porte s'entrouvrit naturellement.
Elle l'écarta lentement, comme si un monstre s'apprêtait à en surgir. En fait, il n'y avait là qu'un simple sac à dos, quelques magazines, des chaussures de sport et évidemment, une pile de cahiers, de notes et de livres. Elle souleva un peu l'entassement de papiers, qui la découragea assez vite. Dans la pénombre du placard, elle jugea qu'il ne s'agissait que de manuels scolaires et ses journaux de motos. Elle détourna son attention rapidement pour s'intéresser au sac à dos. Elle le sortit et ouvrit la fermeture éclair d'un mouvement sec, en guettant la porte d'entrée, tout au bout du couloir.
Dès qu'elle baissa les yeux sur le contenu, l'odeur de Gohan lui sauta au visage, et elle ne put s'empêcher de suspendre ses geste et de fermer les yeux pour s'en imprégner un instant. Il lui manquait cruellement. Reprenant conscience de la nécessité de faire vite, elle commença à fouiller minutieusement. Elle ne découvrit rien d'extraordinaire. Une serviette, un T-shirt, un jogging, un trousseau de clé. Elle soupira et remit le tout en ordre.
Elle se retourna vers le contenu du casier avec dépit. Au moment où elle remettait le sac en place, une minuscule lumière rouge éclaira furtivement l'obscurité du placard. Les yeux de Videl s'arrondirent et elle se pencha pour essayer d'en déterminer l'origine. Au bout de quelques secondes, la lumière s'alluma à nouveau, voilée par un objet qui faisait écran. Elle enfonça sa main à l'intérieur et, tâtant avec prudence, s'aperçut qu'il y avait un petit téléphone portable dans l'une des chaussures. Elle s'en saisit et le sortit avec précaution de sa cachette. Gohan avait dit que sa mère lui avait confisqué son portable. Avait-il menti ? Encore une fois ? Pourquoi ?
Sans s'en rendre compte, elle crispa ses doigts sur l'appareil, prise à nouveau d'une colère sourde. Elle reposa le sac à dos sur le sol, et scruta le téléphone. En réalité, il ne ressemblait pas à celui de Gohan.
Elle hésita un instant. Elle n'était pas très fière de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle mordilla son ongle de pouce avec embarras, hypnotisée par le voyant rouge clignotant qui annonçait un message non lu. Il n'a qu'à pas me mentir. Déloyauté pour déloyauté, marmonna-t-elle pour elle-même. Elle déverrouilla l'écran.
Elle s'aperçut qu'il y avait deux messages en attente. Aucun n'avait été lu en entier. Mais le modèle de téléphone affichait les premières lignes de chaque message donc Gohan avait très bien pu s'en contenter, et ils continuaient d'apparaître comme des messages non traités. Si Videl voulait rester discrète, elle devait faire la même chose.
Elle lut le plus récent. Il datait du premier jour de rentrée. Videl loucha un peu en réalisant qu'il fixait un rendez-vous. Un rendez-vous. Elle ferma les yeux un instant pour accuser le choc, et empêcher son esprit de tirer trop de conclusions douloureuses, trop rapidement. Elle relut plus calmement les quelques mots que l'affichage autorisait. Mercredi. 19 heures. Cave à cigares. La mention « cave à cigares » apaisa un peu son anxiété. Ça ne paraissait pas franchement romantique. L'image d'une pin-up avec un cigare entre les lèvres passa furtivement dans son esprit, mais elle la chassa d'un petit sourire incrédule. Et subitement, elle réalisa que mercredi était aujourd'hui. Elle consulta l'heure sur l'écran. Il était 18 heures 30 passé. Son cœur s'emballa à nouveau, en comprenant qu'elle pourrait se rendre au rendez-vous et découvrir des détails intéressants. Elle ne put s'empêcher de ricaner doucement en remettant le portable exactement là où elle l'avait trouvé. Elle replaça le sac à dos sur les chaussures et verrouilla à nouveau le casier.
Heureusement, Satan City ne comptait pas mille bars pour fumer le cigare. Le GPS de Videl lui annonça qu'ils étaient plus précisément au nombre de deux. Elle étudia les deux possibilités attentivement, et finit par écarter l'un des deux, qui se situait dans un quartier vraiment très huppé de la ville. Elle marchait à l'instinct, et sans aucun certitude, misant sur le fait que Gohan ne se rendrait pas dans un endroit où on vous facturait le verre de bière au prix de l'or. En même temps, elle se fit la réflexion que ce n'était pas lui qui fixait le rendez-vous, mais « l'autre ».
Elle resta sur son impression, en priant Kami de lui prêter l'inspiration et mit les gaz. Elle devait traverser la ville et n'était pas en avance. Même dans les airs, la circulation demeurait dense à cette heure-ci, et, quand elle se posa, l'heure convenue était déjà passée de plusieurs minutes. Elle courut tout le long du chemin jusqu'à l'entrée du bar, comme si sa vie en dépendait. La nuit était définitivement tombée et le froid se faisait plus dense, créant progressivement une brume glacée.
Quand elle ouvrit brusquement la porte de bois vernis de l'établissement, l'ensemble de l'assistance suspendit ses occupations, pour se tourner vers elle avec réprobation. Derrière le bar cossu en face d'elle, le serveur souleva un sourcil interrogateur. Elle resta figée, en réalisant que son arrivée fracassante faisait d'elle le centre d'attention. L'endroit était feutré, et son accoutrement, autant que son comportement dépareillait.
Elle referma calmement la porte derrière elle et, restant immobile à l'entrée, balaya la clientèle du regard, un peu mal à l'aise. Il n'y avait là que des hommes en costumes, qui bavardaient à voix basse au milieu d'un léger nuage de fumée odorante et caractéristique. Elle ne voyait pas Gohan mais la plupart des tables étaient hors de sa vue, et même, pour certaines, enfermées dans de petits boxes privatifs.
- Mademoiselle ? interpela le barman avec une pointe de méfiance.
- Je… Je cherche quelqu'un, bredouilla Videl.
Sans attendre de réponse, elle se glissa dans la salle pour entreprendre d'en faire le tour. Elle accéléra le pas, en entendant le serveur derrière elle qui la hélait. De toute évidence, sa présence était indésirable, et il redoutait qu'elle ne dérange l'un ou l'autre des clients. Elle réussit à faire presque le tour des consommateurs, avant qu'il ne parvienne à la rattraper, et à la saisir par l'épaule. Elle s'aperçut alors avec découragement qu'un escalier menait à une autre salle à l'étage.
- Mademoiselle! Vous ne pouvez pas… C'est un club privé, protesta le serveur en la tirant en arrière.
Elle tenta de se dégager pour monter, sans succès.
- Gohan ! appela-t-elle, en désespoir de cause.
- Mademoiselle, je vais appeler la police ! s'écria le serveur avec indignation.
Les clients s'agitaient et la fixaient avec mécontentement. Un second serveur fit alors son apparition pour entraîner Videl vers la sortie. Elle tenta de résister faiblement et appela encore Gohan dans une ultime tentative.
Un homme en costume gris clair s'approcha alors d'eux avec un sourire amusé. Il tira sur le cigare qu'il avait coincé entre ses lèvres et recracha longuement la fumée épaisse. Il semblait vouloir profiter du spectacle, et, ni Videl, ni les serveurs ne firent attention à lui, avant qu'il ne se mette à parler.
- Laissez Mademoiselle Satan s'installer à ma table, elle se tiendra bien, annonça-il soudainement.
Videl et les deux serveurs s'immobilisèrent instantanément.
- Vous la connaissez Monsieur ? Vous êtes sûr ? demanda le serveur qui était venu en renfort et semblait être le chef.
L'homme acquiesça calmement d'un hochement de tête. Aussitôt, les employés libérèrent Videl, qui ajusta les pans de son manteau avec agacement, sans lâcher l'homme des yeux. Il avait un certain âge et portait un costume très élégant, très probablement taillé sur mesure dans un tissu très cher. Elle était certaine de ne l'avoir jamais vu.
- Vous me connaissez ? demanda Videl.
Il lui adressa un large sourire, et sans un mot étendit la main pour l'inviter à le suivre jusqu'à sa table. Elle hésita une seconde mais lui emboita le pas. Cet homme pouvait-il connaître Gohan ? Ou était-ce juste un type qui l'avait reconnue et tenait à lui payer un verre ? Videl était passée quelques fois à la télévision et des inconnus l'identifiaient parfois.
Elle prit place prudemment en face de lui, à une table dans un recoin de la salle. Elle dégrafa les premiers boutons de son manteau et déroula son écharpe, qui lui tenait trop chaud maintenant.
- Qu'est-ce que vous buvez ? demanda l'homme d'une voix aimable.
- Euh… je ne sais pas, ce que vous voulez… bafouilla Videl avec embarras.
Elle regrettait maintenant d'avoir accepté de s'assoir avec lui. La situation était compliquée et gênante et elle n'était pas venue pour ça.
- Je ne peux pas vraiment rester, vous savez, enchaîna-t-elle.
- Je suis sûr que vous avez cinq minutes, répliqua-t-il d'un air énigmatique.
L'homme se tourna vers le serveur.
- Un cocktail pour Mademoiselle Satan, s'il vous plaît, commanda-t-il sans hésitation.
Videl l'observa avec méfiance, en constatant qu'il se comportait exactement comme s'il la connaissait depuis longtemps.
- Vous ne m'avez pas dit votre nom, releva-t-elle subitement.
- Je m'appelle Cell, répondit l'homme le plus tranquillement du monde.
La bouche de Videl s'ouvrit un peu.
- On ne choisit pas son nom, n'est-ce pas ? reprit-il avec un petit rire, alors, parfois on m'appelle M parce que Cell, c'est de trop mauvais souvenirs. Votre père en sait quelque chose, hein ?
Il restait souriant et serein et Videl avait du mal à cerner si elle devait le croire ou s'il se moquait d'elle. Dans sa bouche, l'histoire paraissait étrangement plausible. Le serveur posa la commande devant Videl. Elle prit conscience qu'elle avait soif, et trempa aussitôt les lèvres dans sa boisson. Elle fut surprise de constater qu'elle était alcoolisée. Pourtant, à n'en pas douter, cet homme, comme les serveurs, n'avait pas manqué de comprendre qu'elle n'avait pas tout à fait l'âge de boire. La situation lui paraissait de plus en plus étrange. Elle reposa le verre et fit mine de se lever.
- Ecoutez, Monsieur Cell, ou Monsieur M, peu importe, tout ça est très gentil mais j'étais venue chercher un ami et il n'est pas là. Maintenant je dois rentrer…
- Justement, Mademoiselle Satan, moi aussi je cherche un ami qui n'est pas là et vous pourriez peut-être m'aider parce qu'il s'agit du même…
Videl se figea et se rassit très lentement, en dévisageant l'homme en face d'elle qui persistait à garder son air amusé et tranquille.
- Vous connaissez Gohan ? C'est avec vous qu'il avait rendez-vous ? demanda-t-elle à mi-voix.
- Il semblerait, mais comme vous pouvez le constater…
Il écarta les mains en signe d'impuissance.
- …Il n'est pas venu, reprit-il, peut-être pourriez-vous lui rappeler que ce n'est pas bien de laisser les gens sans nouvelles ?
- Mais, vous êtes qui ? demanda Videl qui restait perplexe.
- Il ne vous a jamais parlé de moi ? Quel cachotier, hein ? Il est toujours comme ça… Secret.
Videl sentit qu'elle avait en face de lui la clé de l'énigme qu'elle cherchait si désespérément à percer.
- Comme vous dites. Secret, maugréa-t-elle, mais peut-être pourriez-vous m'expliquer ? Comment le connaissez-vous ?
M ralluma laborieusement son cigare en haussant les épaules.
- Je ne sais plus vraiment comment on s'est rencontrés, répondit-il, c'était il y a longtemps. Mais… j'ai tout de suite remarqué son potentiel hmm… particulier… Vous voyez de quoi je parle ?
- Je crois, marmonna Videl en portant son verre à ses lèvres, sans lâcher M de ses prunelles cristallines.
- Alors, je me suis dit que ce garçon pourrait rendre des services. Vous n'avez jamais pensé à ça, vous-même ?
Bien sûr. Videl ne pensait qu'à ça. Gohan était un véritable héros. S'il voulait, il pourrait, comme elle, se mettre au service de tous et réparer tant d'injustices. C'est ce qu'elle ferait, elle, si elle avait la moitié de ses pouvoirs. Elle le faisait déjà, d'ailleurs, à la hauteur de ce qu'elle pouvait, et elle pouvait si peu en comparaison de lui. Le discours de cet homme lui parlait et excitait sa curiosité.
- C'est ce qu'il fait, reprit M, mais ce que je vous explique doit rester strictement confidentiel, n'est-ce pas ? Je ne me confie à vous que parce qu'il semble que vous êtes en train de prendre une place importante dans sa vie.
Videl faillit s'étrangler avec sa boisson. Elle était à la fois flattée d'être considérée comme une personne importante dans la vie de Gohan, et à la fois gênée que ce soit exprimé si ouvertement par cet homme qu'elle ne connaissait pas. Son air embarrassé parut amuser M qui lui sourit d'un air complice et paternaliste.
- Et puis vous êtes Videl Satan. Je sais que vous pourrez comprendre la nécessité d'être discrète, ajouta-t-il.
- Si c'est si important… murmura Videl, déjà un peu effrayée par les révélations qu'on s'apprêtait à lui livrer.
Il se pencha vers elle et baissa la voix, quoique la table la plus proche soit déserte et assez éloignée d'eux, et que la musique d'ambiance rendait leur conversation inaudible à un pas.
- Gohan travaille pour moi… Plus précisément… Je fais partie des services secrets de l'état de l'Ouest, souffla-t-il.
Videl se redressa subitement et cligna des yeux, essayant de déterminer s'il plaisantait. Mais il avait l'air très sérieux et s'enfonça à nouveau dans le dossier de son fauteuil en toisant sa réaction avec curiosité.
- Vous vous moquez de moi ? Comme dans les films, vous voulez dire ?
- Vous croyez que ça n'existe pas ? demanda-t-il, sans s'offusquer de sa réplique.
Videl baissa les yeux sur son cocktails. Bien sûr, ça devait exister. Mais malgré tout, ce qu'il disait paraissait carrément extraordinaire. En même temps, Gohan était quelqu'un de tout à fait extraordinaire en lui-même, elle était bien placée pour le savoir. Si les services secrets avaient découvert son potentiel, était-il si invraisemblable qu'ils aient voulu l'enrôler ? Elle-même, dès qu'elle avait compris ce qu'il pouvait faire, avait espéré qu'il s'allie à elle pour combattre le crime.
M se pencha pour déposer sa cendre dans le cendrier.
- Vous comprenez, Mademoiselle Satan, qu'il ne puisse pas vous révéler ce qu'il fait pour moi, n'est-ce pas ? Je sais que vous n'êtes pas là par hasard, et je sais que vous savez être… tenace quand il s'agit de percer un secret.
Elle tressaillit et releva la tête vers lui. Il avait compris, évidemment, comment elle avait su qu'ils avaient rendez-vous à cet endroit-là, à ce moment-là. Il la fixait malicieusement et elle eut l'impression qu'il lisait en elle comme dans un livre. Elle rougit légèrement à la pensée que sa méthode avait été percée à jour.
- Même si ça vous paraît surprenant, moi aussi, j'ai été, il y a quelques années, un adolescent amoureux, reprit-il, j'ai un vague souvenir de ce que c'est…je vous le demande, Mademoiselle Satan, évitez de le tourmenter trop. Ça n'amène rien de bon, pour personne. A commencer par Gohan.
Elle était totalement déroutée par ce qu'il venait de lui expliquer et ses idées s'embrouillaient. Elle but à nouveau quelques gorgées pour se donner le temps de réfléchir. Mais il n'attendit pas sa réponse et se leva.
- Passez-lui mon message, demanda-t-il en écrasant son cigare, et pensez à ce que je vous ai dit. J'ai décidé de vous faire confiance en vous livrant son secret. Vous n'êtes pas bête, et je suis sûr que vous saurez faire le bon choix.
Il ajusta sa veste et lui fit un signe de salut avant de quitter la table. Elle l'observa avec perplexité tandis qu'il s'éloignait, continuant à chercher sans trouver, une réponse intelligente à formuler.
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