Julia et William avaient passé leur après-midi à l'hôtel. Ils avaient un peu parlé de l'affaire, mais ils avaient surtout parlé de Kathleen et ils parlèrent des derniers mois passés. Ils s'étaient allongés sur le lit, épuisés et ils avaient fini par s'endormir serrés l'un contre l'autre, étroitement enlacés. Ils se réveillèrent alors que la nuit était déjà tombée. Ils se rafraîchirent rapidement pour rejoindre le restaurant de l'hôtel et manger quelque chose. Une fois leur repas terminé, ils repassèrent à la reception où le receptionniste leur tendit des notes venant du poste de police. Ils avaient du nouveau sur Sally Pendrick et une affaire de violence parentale intriguait l'Inspecteur qui demandait la présence de William. Lorsqu'ils eurent terminés de lire les messages, ils croisèrent leurs regards et Julia fit un pas vers William pour venir caresser sa joue en souriant.

-Vas-y.

-Tu ne veux pas venir avec moi pour...

-Non, pas cette fois. Fais ton devoir William et ramène-moi notre fille. Je vais rester à l'hotel à t'attendre.

-Julia, tu peux venir et...

-Tu ne comprends pas, murmura la jeune femme en plongeant son regard dans le sien, j'ai besoin que tu le fasses William, c'est à toi de le faire. Tu es son père, tu es mon époux. Je t'attendrai et quoiqu'il puisse se passer je serai là pour toi.

Il ne répondit pas et elle s'approcha de lui pour venir l'embrasser tendrement en se blottissant dans ses bras.

-Fais attention à toi Inspecteur, murmura-t-elle sur ses lèvres sans ouvrir les yeux, je t'aime, ajouta la jeune femme avant de s'éloigner de lui en souriant tendrement.

Il en fit autant et il ne quitta pas son regard jusqu'au moment où elle emprunta l'escalier un peu plus loin pour rejoindre leur chambre à nouveau.


Le jeune homme avait passé de nombreuses heures au poste de police. Il avait eu de nombreuses informations concernant les plans de Sally Pendrick. Des hommes avaient tenté un attentat ce soir là, les produits volés par la jeune femme avaient été retrouvés, mais elle, elle demeurait introuvable. Ils avaient vérifié toutes les gares, ils avaient questionné les employés des gares routières, les patrons des cochers qui avaient quitté la ville. Mais ils ne trouvèrent aucun lien les ramenant à cette femme. Alors l'Inspecteur l'emmena dans une petite maison miteuse aux abords de la ville.

-Une plainte pour tapage nocturne a été déposée il y a deux jours, une femme a battu sa fille pendant des heures. Selon la description de Mary et de votre fille, ça pourraient être elles.

-Et vous n'êtes pas venus plus tôt? Gronda William en avançant rapidement vers la maison.

-Monsieur Murdoch, des plaintes de ce types nous en avons tous les jours, lança l'Inspecteur en le suivant, des parents corrigent leurs enfants souvent.

William ne répondit pas et il s'engouffra dans la maison, trouvant un officier de police dans l'entrée.

-La maison est déserte, mais vous devriez monter Monsieur Murdoch, dans la chambre au fond du couloir.

Sans aucune hésitation, William emprunta les escaliers en courant, sentant son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. Il courut le long du couloir sombre pour pénétrer dans la chambre. Deux petites bougies étaient allumées et il vit à peine l'espace qui l'entourait. Le simple petit lit, le pot de chambre, les chaînes sur le sol, la petite table au centre de la pièce. Il se dirigea vers celle-ci et ses doigts caressèrent le bois abîmé. Il ne put s'empêcher de sourire en voyant ce qui avait été gravé. Un petit lapin, une femme avec un longue robe, un homme à ses côtés avec un immense chapeau et entre eux, une petite fille leur tenant la main. William ne pu retenir une larme et il se laissa tomber sur le lit qui grinça. Il mit son visage entre ses mains et il soupira profondément.

-C'était donc la bonne piste, lança l'inspecteur dans l'embrasure de la porte.

-En effet, soupira William en levant les yeux vers lui, il nous faut connaître la direction qu'a pris le fiacre.

-Nous n'arrivons pas à localiser Pendrick, vous croyez certainement qu'on aura davantage de chance avec Mary?

-Mary est beaucoup moins maline, alors que Kathleen est très intelligente. Ma fille nous a conduit jusqu'ici. Elle nous mènera à elle. Et je suis persuadé que nous sommes près du but.

-On va questionner les voisins mais à cette heure ça me parait compliqué Murdoch. On vous tiens au courant.

-Vous savez où me joindre, soupira William en se levant avant de quitter la pièce ainsi que la modeste demeure.

Il reprit un fiacre pour rejoindre l'hôtel et monter dans sa chambre. Il entra sans bruit, voyant son épouse allongée dans leur lit, apparemment endormie. Il rejoignit la salle de bains et se changea. Il se glissa doucement dans le lit. Il regarda avec attention la jeune femme qui lui tournait le dos. Il la vit serrer contre elle la poupée de leur fille. Alors ses doigts caressèrent son épaule et il déposa un baiser dans le creux de sa nuque.

-Nous avons une piste, murmura-t-il en remarquant qu'elle avait les yeux ouverts, ce n'est qu'une question de temps. Kathleen est proche Julia et bientôt elle sera avec nous à nouveau.

Il glissa une main sur le ventre de Julia pour l'attirer contre lui et elle posa sa main sur la sienne sans pour autant le regarder.

-Et Sally? Murmura la jeune femme la gorge nouée.

-Nous avons appréhendé ses complices et empêché l'attentat qu'elle préparait, mais elle s'est échappée. Nous en savons pas où elle est est pour le moment.

Julia ne répondit pas et elle ferma les yeux, se blottissant encore un peu plus dans les bras de son époux, là où elle savait qu'elle était en sécurité. Il déposa alors simplement un baiser dans ses cheveux et il la serra contre lui, fourrant son visage dans ses cheveux. William ferma alors les yeux à son tour et tous les deux s'endormirent tendrement l 'un contre l'autre.


Le lendemain enfin ils avaient une piste concrète, enfin une personne pouvait leur affirmer avec certitude qu'elle avait vu Mary et la fillette quitter la ville en direction du Nord dans un fiacre. Gagnée par l'espoir à nouveau, Julia prépara quelques affaires, le minimum afin qu'ils puissent partir deux ou trois jours s'ils en avaient besoin. Ils laissèrent leurs affaires à l'hôtel, louant la chambre pour une semaine encore même si ils étaient en déplacement. Ils prirent alors un fiacre dans la direction où Mary avait fuit. Ils firent les quelques heures dans le plus grand silence, serrés l'un contre l'autre, jusqu'au moment où le coché stoppa le fiacre. Il ne leur fallut qu'une seconde pour comprendre ce qu'il se passait.

-Le temps est pourri,lança le vieil homme alors que le couple sortait, une tempête de neige menace de tomber, il nous faut nous arrêter.

-Je vous en prie, lança Julia passablement énervée, vous en avez connu d'autres n'est-ce pas? Ce n'est pas un peu de neige qui va vous arrêter.

-Ma petite dame, lança l'homme en arrivant à sa hauteur, vous venez de la ville, ici on est dans le Nord, en pleine campagne et Lucilla ne va pas tenir la nuit si...

-Bien, coupa Julia, bien, restez ici mais moi il est hors de question que je ne continue pas.

-Et vous mourrez de froid dans trois heures.

-Eh bien qu'il en soit ainsi, cria-t-elle en se dirigeant vers le fiacre pour prendre son sac, mais moi je continue à pieds.

Elle lança un regard à William qui approcha d'elle.

-Julia, tu sais ce que tu dis? Cet homme connait le coin, il a vécu toute sa vie ici, il sent la tempête arriver et ...

-Eh bien vas-y William, lança le jeune femme, reste avec lui et va rejoindre une auberge, moi je ne m'arrête pas.

Elle passa à côté de lui en lui donnant un coup de coude et elle commença à marcher sur le chemin désert, s'enfonçant par moment dans la neige mais sans pour autant se retourner une seule fois.

-Votre petite femme a du caractère, lança le vieil homme.

Il croisa simplement le regard de William qui haussa les épaules en se pinça les lèvres.

-Vous trouverez des cabanes de trappeurs à trois ou quatre kilomètres, dit-il en pointant du doigt l'endroit vers où Julia s'éloignait, je vous conseille de la convaincre de s'y abriter. Je suis sérieux, vous ne survivrez pas, sinon.

-Merci, soupira William avant de s'éloigner vers Julia pour la rejoindre et prendre le sac qu'elle portait.

Ils échangèrent simplement un regard et ils marchèrent d'un même pas, sous le regard du vieil homme qui secoua la tête de gauche à droite.

-Ah c'est gens de la ville, grommela-t-il, allez Lucilla, ajouta-t-il en caressant le flanc de l'animal, on rentre ma vieille fille.

Il monta dans la calèche à nouveau et manœuvra pour faire demi tour avec son cheval alors que la neige commençait à tomber de plus en plus durement sur la plaine.


à suivre... ( la fin approche à ben oui quand même ! )