Chapitre 23 : Questions d'amour et de quiproquos.
Tsukiyo se pencha en avant et reçut de plein fouet un coup de vent. Le nœud qu'elle avait accroché dans ses cheveux se détacha et s'envola, libérant ses longs cheveux blonds. Elle essaya de le rattraper, en vain. La jeune fille soupira et s'accrocha à la barre. Elle avait encore un peu peur de la mer, et devait se tenir fermement pour ne pas chanceler.
Ses pensées dérivèrent sur les évènements qui s'étaient précipités. Elle qui était très solitaire, se retrouvait avec son frère à passer deux mois avec des quasi-inconnus. Elle ne savait pas comment elle était arrivée là. Tout c'était accéléré depuis qu'elle avait rencontré les autres maudits. Elle ne savait pas encore ce qu'elle allait faire, mais elle sentait aussi qu'ils devaient rester tous ensemble, c'était obligé. Ils étaient liés tous les treize. Elle était heureuse d'avoir fait leur connaissance. Elle avait encore un peu peur des réactions de Shinai et Sora, mais elle ressentait beaucoup de douceur qui émanait d'eux. Elle posa son poing fermé sur son cœur, les yeux fermés. Elle appréciait beaucoup la compagnie de Selena, Kabe et Ryougan'. Et il y avait Jin.
Jin.
Le jeune homme se mit sur la pointe des pieds et s'accrocha à la barre. Il tendit le bras et attrapa le ruban rose pâle.
Tsukiyo...
En tournant la tête sur sa droite, il l'aperçut plongée dans ses pensées et agrippée comme lui au bateau. Il s'approcha d'elle, décidé à entamer une conversation un peu plus intéressante que tout ce qu'ils avaient pu se dire auparavant.
« Eto... Tsukiyo-san ? C'est votre ruban, n'est-ce pas ? »
Il lui tendit son ruban et elle sursauta. Elle se tourna vers lui, surprise.
« Pardon, je ne voulais pas vous déranger, s'excusa Jin.
- Ah non... Ce n'est rien, sourit Tsukiyo, je suis un peu trop tête en l'air, parfois il vaut mieux me remettre les pieds sur terre. Merci. »
Elle prit le ruban et le rangea dans la poche de sa veste. Jin ne comprit pas s'il la remerciait pour le ruban ou pour autre chose. C'est pourquoi il voulut continuer à lui parler.
« Vous aimez rester seule et rêver ? lui demanda Jin en s'installant à côté d'elle.
- Ah ? Non ! Enfin... Ce n'est pas que j'aime être seule, mais parfois cela fait du bien, lorsqu'on se sent différent des autres.
- Mais vous savez, ici nous sommes tous semblables, nous avons au moins quelque chose en commun, sourit Jin.
- Oui c'est vrai, c'est pourquoi je me sens bien avec vous, fit Tsukiyo, eto... Je veux dire avec vous tous bien sûr ! »
La jeune fille rougit et détourna la tête. Jin sourit devant sa timidité qui lui rappelait un peu la sienne.
« Je suis sûr que je vous avais déjà vue avant, Tsukiyo-san, c'était un peu avant la rentrée, lorsque Selena-san nous a... Envoyé un premier signe. Je suis certain que vous étiez là, dans la rue, je me souviens de vos yeux vairons, le gauche vert, et le droit bleu... Vous m'aviez fait penser à une fée qui me serait venue en aide alors que je me trouvais mal. Je ne vous ai pas remercié pour cela. »
Tsukiyo se figea. Elle se tourna vers lui, incrédule. Il fixait l'horizon et ne l'avait pas vu se retourner.
« Que venez-vous de dire à propos de mes yeux ?! »
Jin ne comprenait pas.
« Je... Que... Eto... Qu'ils étaient vairons ? proposa le jeune homme.
- Oui, bien sûr, répondit Tsukiyo agacée, mais après ?
- Que votre oeil gauche était vert et le droit bleu ? C'est l'inverse de votre frère si je ne me trompe pas, c'est... C'est très original, et... »
Jin était totalement paumé. Il avait l'impression d'avoir raté quelque chose mais ne comprenait pas quoi. Déboussolé, il se tourna vers Tsukiyo, en levant les bras au ciel.
« Je vous ai blessée en disant cela ? demanda-t-il.
- Non, au contraire... »
Tsukiyo lui sourit et Jin se sentit rougir de bonheur.
« Eto... Peut être pourrions nous aller discuter sur les transats avant la fin de la traversée, non ? proposa Tsukiyo au jeune homme.
- Ah ! Bien sûr, c'est... C'est une très bonne idée ! »
Shiro soupira en les voyant s'éloigner.
« Bon il ne me reste plus qu'à aller m'occuper de quelqu'un d'autre... »
Il aperçut la porte de la cabine de Sora entrouverte. Il se prépara mentalement à l'attaque, et frappa. A la porte, bien sûr.
« Qui est-ce ? demanda Sora.
- C'est Shiro, je peux entrer ?
- Oui bien sûr, fit-elle précipitamment. »
Il entra et la vit ramasser ses affaires sous son lit rapidement. Il sourit et lui demanda la permission de s'asseoir. Elle la lui donna. En prenant place sur le lit, il se rendit compte que Sora était nerveuse. Elle gigotait dans tous les sens et se tortillait les mains en sa présence.
Il faut vraiment qu'elle tombe amoureuse, sinon...
« Alors Sora-chan, comment se passe la traversée ? demanda Shiro en évitant de la regarder droit dans les yeux, contrairement à son habitude.
- Ca va, je n'ai pas peur d'être sur un bateau, je pars souvent avec Kabe et nos autres cousins pendant les vacances en mer. »
Elle me tend une perche facilement.
« Ils sont sympas vos cousins ? demanda Shiro.
- Oh oui plutôt, mais... commença la jeune fille.
- Ils ont moins à partager que Kabe et toi, dit Shiro, nonchalamment. »
Sora le regarda, surprise, ses yeux bruns écarquillés. Elle trouvait le jeune homme plein de surprises...
« Je suis désolé, j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Je me suis trompé ? s'inquiéta Shiro en se penchant vers elle.
- Non ! Enfin... Tu dois avoir raison mais je n'y avais jamais pensé, soupira Sora.
- Je me suis sans doute trop avancé, mais j'avais l'impression de voir plus que le lien de la Malédiction entre vous. J'ai cru discerner autre chose. Tu sais, il essaye vraiment de te protéger, on sent tout de suite qu'il tient à toi, lui confia Shiro. »
Sora baissa la tête.
« Ca pour me protéger il me protège... Il m'étouffe surtout !
- Tu le lui as dit ?
- De quoi ? s'étonna Sora.
- Que tu trouvais qu'il en faisait trop, qu'il t'étouffait ?
- Bah non... »
Shiro lui sourit.
« Tu devrais, la parole règle beaucoup de choses. Je suis sûr que vous êtes tous les deux tristes de cette situation sans pouvoir en sortir. Parce que vous n'en parlez pas. Kabe est quelqu'un de digne, alors c'est sans doute vrai qu'il ne fera pas le premier pas. Mais si tu lui en parles, je suis sûr qu'il comprendra et acquiescera. C'est quelqu'un de bien, il est juste et intègre. Tu dois lui faire confiance. »
Sora releva la tête vers lui et rougit. Elle n'y pouvait rien, il exerçait une espèce d'attirance magnétique sur elle, elle était sous le charme. Même si elle savait qu'elle ne l'aimait pas et qu'il ne l'aimait pas.
« Tu parles comme Selena-san, lui fit remarquer Sora en se frottant les yeux.
- Ah oui je sais. On s'est disons... Beaucoup côtoyés dans notre folle jeunesse alors si tu veux, ce qui est à moi est à elle, ce qui est à elle est à moi, fit Shiro en souriant. »
Sora n'était pas dupe, son sourire était bien trop triste pour quelqu'un de complètement heureux de la situation.
Cela lui fit l'effet d'une douche froide. Elle comprit que si lui n'était pas heureux, alors elle elle ne pourrait pas avancer. Elle ne pourrait pas tout comprendre. Il fallait qu'elle fasse quelque chose, qu'elle agisse pour lui.
« Bon je vais te laisser j'ai promis à Ryougan', Miyabi et Shinai de disputer une partie de cartes volantes sur le pont, fit Shiro en dépliant ses longues jambes.
- O.K, merci beaucoup d'être passé, et... Merci pour tout, lui dit-elle en lui faisant un éclatant sourire.
- Pour tout ? demanda Shiro.
- Hm ! Je serais bientôt libérée, de la Malédiction, et du reste ! s'exclama Sora.
- Sora-chan, ne me laisse pas penser qu'avec cette simple conversation je t'ai mise dans notre camp, fit Shiro amusé.
- En quelque sorte oui, en quelque sorte non ! Allez file ! Je dois apporter un pull à Kabe, dit Sora en sortant des affaires de sous le lit.
- Il te l'a demandé ?
- Non mais il est toujours frileux, je le connais bien, je l'ai... beaucoup côtoyé dans notre folle jeunesse ! s'exclama Sora en se tournant vers lui.
- Ah je comprends. Bon je te laisse, fit-il en sortant de la cabine. »
Elle lui fit un petit signe de la main et le laissa partir.
J'ai beaucoup de choses dont je dois prendre conscience...
Sur le pont, Shiro croisa Koubai qui allait en direction des cabines.
« Koubai ! Tu viens jouer aux cartes avec nous ? lui proposa Shiro en désignant Ryougan' Shinai et Miyabi qui se lançaient des cartes qui s'envolaient.
- Non, je vais dans une cabine me reposer, grogna le jeune homme.
- Si tu veux aller dans celle de Sora, je te préviens juste qu'elle est partie chercher un pull pour son cousin, lui glissa Shiro.
- Ah ? Et pourquoi j'irais voir Sora moi ? se méfia Koubai.
- Je ne sais pas, une sorte d'intuition, dit Shiro en haussant les épaules et en le laissant planté là. »
Koubai fronça les sourcils et haussa les épaules. Il n'avait absolument pas l'intention d'aller voir Sora. Pourtant, en passant devant sa cabine, il s'arrêta. Peut être que si finalement, peut être qu'il avait envie d'aller la voir.
Il en resta là de ses pensées, car la porte s'ouvrit brusquement et il l'évita de justesse.
« Hey ! s'exclama-t-il, énervé.
- Koubai-kun ! Je suis désolée, s'excusa Sora en l'apercevant. »
Elle se baissa pour ramasser le pull qu'elle avait fait tomber. Koubai détourna la tête.
« C'est pour Kabe ? demanda le jeune homme.
- Oui, je vais... Essayer de m'excuser pour la peine que je lui ai fait, enfin, s'il n'est pas trop méchant, sourit Sora.
- Il est pour le Dragon, souligna Koubai. »
Sora leva les bras au ciel.
« Quelle importance ? J'aime mon cousin, tant pis si on n'a pas les mêmes convictions, peut être que je finirais par le convaincre, ou peut être que c'est lui qui me convaincra, fit-elle songeuse. »
Koubai déglutit.
« Tu l'aimes ? demanda-t-il, sèchement.
- Quoi ?! »
Sora déroutée, rougit violemment.
« Tu l'aimes..., murmura Koubai.
- Je ne sais pas... Je ne crois pas ! affirma soudain Sora. »
Ses yeux brillaient lorsqu'elle leva la tête vers Koubai. Il avait toujours la tête tournée, et elle posa sa main sur son épaule. Surpris, il la regarda dans les yeux. Elle était déterminée.
« Oui je l'aime, oui je pense à lui souvent, oui je veux l'aider, oui je veux le protéger... Mais je ne suis pas amoureuse de lui. C'est mon cousin, mais il m'est plus cher que mon propre frère. Je n'ai jamais été amoureuse. J'ai hâte que ce jour arrive ! »
Sora lui lâcha l'épaule et sourit. Elle lui frôla la main et se retourna pour aller chercher son cousin. Koubai resta planté là un moment, tentant d'assimiler tout ce qui venait de se passer.
Kabe qui était au bar, restait figé. La porte était restée entrouverte, et la cabine de sa cousine se trouvait juste à côté. Il secoua la tête et prit un verre qu'il posa sur un plateau. Il sortit et se dirigea vers le pont. Il trouva Sora parlant avec Selena. Cette dernière le vit, et pointa son doigt vers lui. Sora se retourna, et sourit à Kabe. Kabe lui rendit son sourire et rejoignit les deux jeunes filles.
« Kabe-kun ! Tiens je t'ai pris un pull ! s'exclama Sora.
- Merci bien, j'avais un peu froid, mentit le jeune homme.
- Miyabi ! Cesse de m'envoyer tes cartes à la figure ! s'énerva Selena.
- C'est pas moi c'est le vent ! cria Miyabi. »
Selena grimaça et lui tira la langue.
« Espèce de gamine !
- Hey ! C'est toi qui me tires la langue là ! se moqua Miyabi.
- Désolée, je t'ai piqué ton rôle, ne t'inquiètes pas, je te le rends tout de suite, parce que j'en veux pas !
- Poor darling, se désola son amie. »
Kabe sourit et présenta le plateau à Selena et Sora.
« Je vous ai pris des boissons, servez-vous, fit-il.
- Merci beaucoup Kabe-kun, sourit Selena en prenant un verre.
- Mais tu ne savais pas que je viendrais ! s'étonna Sora.
- Ne t'inquiètes pas, je suis ton cousin, je veux t'aider, te protéger et tout le reste avec, alors je sais ce qu'il faut faire, rétorqua son cousin. »
Sora rougit et tendit la main pour prendre un verre.
« Tant mieux. »
