24
L'attaque des Chevaliers d'Or
Shun tira encore une fois sur ses chaînes. Et, encore une fois, elles résistèrent. Il se sentait si faible, ainsi dénué de ses forces. Comme lorsqu'il était enfant, avant qu'il ne développe son cosmos, il se retrouvait à la merci des plus forts. Il poussa un cri de colère et de désespoir et gigota comme un forcené. Ses poignets et ses chevilles étaient attachées aux quatre extrémités d'un lit inconfortable sur lequel il avait été attaché depuis une ou deux heures. Les Amazones qui l'avaient mené ici avaient ensuite disparu, le laissant seul.
Que comptaient-elles faire de lui ? Le lit sur lequel il se trouvait ne lui permettait pas d'avoir une vue complète de la pièce où elles l'avaient enfermé, mais il pouvait au moins affirmer de sources sûres qu'il avait quitté les geôles. Il était seul. Et jamais il n'avait eu aussi peur. Le peu qu'il avait entendu lui laissait présager le pire. Pourquoi la reine des Amazones le voulait-elle dans ses appartements ?
Soudain, à quelques mètres sur sa droite, il entendit la lourde porte s'ouvrir. Malgré lui, il frissonna. Il y eut des pas et puis, finalement, les silhouettes de Ténia et de la souveraine se dessinèrent sur son champ de vision. S'arrêtant à ses côtés, elles se mirent à le détailler sans vergogne de la tête au pied.
- Par le quel voulez-vous commencer ? demanda Ténia.
- Un docile, lui répondit sa reine.
Ne devinant que trop bien ce dont elles étaient en train de parler, Shun rua autant qu'il put, tout en poussant un cri de rage. Il n'avait jamais ressenti autant de haine envers personne, aucun de leurs ennemis. Aujourd'hui, il se découvrait une facette pleine de colère qu'il ne soupçonnait pas. Ce qu'il désirait maintenant, c'était les voir mourir. Toutes.
- Qu'est-ce que vous me voulez ?! s'écria-t-il brusquement. Laissez-moi !
La Reine se détourna de lui et dit à Ténia :
- Prépare-la, on ne doit pas perdre de temps. Je vais faire chercher le mâle aux cheveux noirs.
Elle se détourna, fit quelques pas en direction de la sortie puis fit volte-face et ajouta :
- Et ne la brutalise pas.
Ténia sourit en guise de réponse et sa Reine claqua la lourde porte de bronze derrière elle. Shun et l'Amazone restèrent seuls. Lorsqu'elle se tourna vers lui, il en eut le souffle coupé. Jamais il n'avait vu de sourire aussi sadique et pervers à la fois. Il se raidit instantanément, les poings serrés.
- J'ai l'honneur de m'occuper de toi, déclara Ténia en s'asseyant à ses côtés.
Shun tenta de la foudroyer du regard mais il se mit brusquement à trembler lorsqu'elle posa sa main sur sa poitrine. Même à travers le tissu sale et déchiré de sa toge, il put sentir la froideur et la rugosité de cette main qui se mit à le caresser. Il serra les dents et gigota mais l'Amazone se pencha vers lui.
- J'ai toujours aimé les femmes, déclara-t-elle de sa voix rauque, surtout celle qui sont fragiles et sans défenses.
- Ne me touche pas ! répliqua Shun avec hargne. Je ne suis pas une femme !
- Chut, je vais te préparer doucement … tu vas aimer ça.
Elle se pencha davantage et enfouit son visage dans le cou du jeune homme avant de le mordre sauvagement et de passer sa langue sur sa peau. Shun se débattit comme il put, mais il se sentait faible. La main de l'Amazone descendit, et descendit encore, jusqu'à s'engouffrer entre ses cuisses. Shun poussa un cri de douleur, surpris.
Ténia se redressa, porta ses deux doigts à ses narines et respira l'odeur de l'intérieur de son corps. Son sourire s'effaça, et ses sourcils se froncèrent.
- Tu sens encore ce mâle, dit-elle, contrariée.
Elle l'empoigna alors avec violence par le cou et approcha son visage du sien. Malgré lui, Shun sentit les larmes lui monter aux yeux.
- Comment as-tu pu t'accoupler avec ce … cette bête ?! grogna-t-elle.
Le souffle coupé, Shun peina à reprendre son air alors que la main se resserrait sur sa gorge. Il sentit les larmes couler sur ses joues, incapable de détourner le regard des yeux de sang de l'Amazone.
- Ah, reprit celle-ci dans un nouveau sourire, enfin des larmes …
Elle lâcha son cou et sortit une petite fiole de sa ceinture de cuire qu'elle déboucha et approcha de lui. Il tenta de s'y dérober mais elle lui attrapa le menton et le força à en respirer les effluves sucrés. Puis elle laissa brutalement tomber la fiole et déchira sa toge d'un mouvement sec et brutal, dévoilant son torse plat et étroit. Un sourire satisfait étira ses lèvres et elle se pencha sur son corps jusqu'à s'y allonger. Shun poussa un cri de détresse, se débattit, puis se figea, la tête sur le côté et les larmes ruisselants sur ses joues. Son corps s'engourdissait sans qu'il ne puisse rien y faire, et sa tête lui tournait alors que les mains et les lèvres de Ténia brûlaient sa peau.
A quelques couloirs de là, dans sa cage, Aiolia rongeait son frein. Tout en faisant les cent pas, il ne pouvait s'empêcher de tendre l'oreille. Absol lui avait parlé d'un signal, mais à quoi ressemblerait-il ? Et où ces fichues Amazones avaient-elles emmené Shun, et que lui faisaient-elles ?
Il se décida à s'arrêter, le bras gauche et les épaules douloureuses. Il se sentait courbaturé et fatigué. Lentement, il se mit à caresser les bandages à ses poignets et sentit monter sa colère. Il sentait encore la main chaude de Shun le soigner avec délicatesse, il voyait encore la couleur unique de ses yeux, il percevait encore son souffle sur sa peau et ses soupirs dans ses oreilles. Son odeur lorsqu'il avait jouit avec lui. Et ces femmes le lui avaient pris !
De rage, il se frappa l'arrière du crâne contre la roche et le regretta aussitôt. La blessure qu'il s'y était fait en se faisant attraper par Cassia au Sanctuaire était encore vive. Soudain, il entendit la porte au fond du couloir s'ouvrir et il se figea, attentif. Des bruits de pas. Deux Amazones passèrent devant la grille de sa cellule sans lui accorder le moindre regard et lorsqu'elles disparurent de son champ de vision, il s'approcha du couloir.
- C'est lequel qu'elle veut ? demanda l'une des deux femmes.
- Celui aux cheveux noirs, répondit l'autre en ouvrant la porte de la cage.
Collé aux barreaux, Aiolia ne perdait rien de la scène. Il vit l'Amazone armée de son épée ouvrir en grand la cellule où Shura et Camus avaient été enfermés. Il la vit faire un pas vers l'intérieur et se figer, les yeux écarquillés. Il la vit brandir son épée trop tard, avant qu'une lueur blanche aveuglante ne l'éclipse totalement avant de la congeler sur place. La bouche grande ouverte, Aiolia sentit un sourire se dessiner sur ses lèvres. Depuis quand Camus avait-il récupéré ses pouvoirs ?!
La seconde Amazone eut à peine le temps de dégainer son arme qu'Absol surgissait de l'autre extrémité du couloir pour lui tomber dessus comme une masse. Il la plaqua au sol, lui brisa la nuque et lui piqua son trousseau de clef.
- Papa ! hurla-t-il.
Aiolia n'eut pas besoin de se l'entendre dire deux fois. Il ouvrit la porte de sa cellule qu'Absol n'avait pas fermée et se mit à courir comme un damné. Il tourna à l'angle et se retrouva à un croisement. Il eut à peine le temps de se demander où il fallait qu'il aille qu'il entendit la voix de son fils dans sa tête :
« Continue à gauche, je te guiderais. Empêche-les de lui faire du mal ! »
Redoublant d'énergie, Aiolia obéit et courut plus vite. Son enfant lui faisait confiance, il comptait sur lui. Et il avait la vie de Shun entre ses mains. Son corps criait grâce et son cœur battait à une cadence incroyable, mais ça n'était ni de la peur ni de la fatigue. C'était l'adrénaline et le bonheur. Une joie pure et simple de porter secours à quelqu'un, de se sentir fort et utile. Et il brûlait de se venger. Tout son corps brûlait en réalité, brûlait tellement qu'il le sentait comme irradié. Comme lorsqu'il utilisait, quand il le pouvait encore, son cosmos.
Il ne s'en remettait qu'à la voix d'Absol dans son esprit qui le guidait à travers le dédale de couloir. Il ne réfléchissait pas, ne pensait qu'à retrouver Shun et mettre son poing dans la tronche de Cassia. Et chaque pas qu'il faisait transformait sa fureur en énergie pure, en force qui le poussait toujours davantage vers l'avant. Il se sentait devenir plus puissant à chaque mètre parcouru, une puissance qu'il n'avait plus ressentie depuis bien longtemps.
Finalement, la voix d'Absol hurla dans son esprit :
« Là ! »
Devant lui s'ouvrit alors le vide sur plusieurs niveaux. Juste en face, gardée par une femme guerrière armée d'une lance en bronze, un autre bâtiment de pierre lui présentait une lourde porte fermée lui barrant l'accès des appartements de la Reine, là où était retenu Shun. Aiolia ne réfléchit pas davantage. De toute façon, ça n'était pas vraiment son truc de se poser des questions avant d'agir. Il pria sa Déesse pour que sa force augmente encore, que son corps irradie plus fort. Il franchit les quelques mètres que le séparait du vide en quelques enjambées. Absol tenta de l'arrêter en criant dans sa tête :
« Papa non ! »
Aiolia, lancé à une vitesse phénoménale, prit appuis sur le garde-fou et s'élança dans les airs, à plusieurs dizaines de mètres au-dessus d'une cours pavée. En face de lui, l'Amazone qui gardait la porte le regarda s'élever avec des yeux tout écarquillés, et la bouche grande ouverte. Le Chevalier poussa un cri, qui se mua rapidement en rugissement.
A l'intérieur de la pièce, Ténia se redressa d'un bond, le souffle coupé et les yeux exorbités. Une pression gigantesque contracta tous ses muscles, y compris ceux de son ventre où se trouvait l'enfant de Milo. Elle rejeta son visage en arrière et tenta de pousser un cri, mais son corps ne lui obéissait plus. Toujours attaché sur le lit, l'esprit embrumé à cause de la drogue et du désespoir, Shun fixait l'Amazone sans vraiment réaliser ce qui lui arrivait. C'est alors qu'une vive lumière dorée commença à s'échapper du corps de la femme.
Gardant toujours la porte, l'Amazone à l'extérieur assista à une scène étonnante. Propulsé dans les airs, Aiolia se mit brusquement à irradier. Il sentit une force immense prendre totalement possession de son corps et en fut temporairement troublé. Lorsqu'il atterrit aux pieds de la gardienne, un cratère fumant se forma sous ses pieds. L'impact fit trembler le sol et tomber l'Amazone qui se ramassa sur les fesses et poussa un cri de frayeur en lâchant son arme. Sous l'effet de la radiation brûlante du corps doré du Lion, sa lance en bronze avait fondue de moitié. Un grognement guttural la sortie de sa stupéfaction. Toujours accroupi, une main sur le sol et un genou en terre pour garder l'équilibre, Aiolia releva les yeux sur la jeune femme fine en face de lui. Celle-ci ne semblait pas faire partie des douze qui avaient reçu les cosmos des Chevaliers. Terrorisée, elle vit alors un lion d'or aux yeux jaune lui montrer férocement les crocs et rugir de fureur. Elle poussa un cri de panique, se redressa et s'enfuit à toute jambe.
Ténia sentit toutes ses forces l'abandonner et son corps perdre de sa stature, fondant comme neige au soleil. Le cosmos qu'elle avait volé était en train de lui échapper. Plus faible qu'elle ne l'avait jamais été, elle s'écroula au sol, le ventre contracté et douloureux, et poussa des gémissements éplorés.
La porte des appartements de la Reine s'ouvrit violemment dans un éclair de lumière jaune, suivit d'un coup de tonnerre et le bronze commença à fondre. Une chaleur intense se propagea instantanément dans la pièce et Shun, toujours étendu attaché sur le lit, vit se dessiner la silhouette d'Aiolia dans le brasier incandescent du métal fondu. Celui-ci s'arrêta et balaya l'espace de son regard doré. Il vit Shun enchaîné, les yeux vaporeux, et l'Amazone essoufflé qui se tordait de douleurs au sol. Il montra les dents, serra les poings et se jeta sur elle avec une vitesse fulgurante en poussant un grognement animal.
Il l'attrapa par la gorge et souleva son corps affaibli de femme enceinte avec une facilité étonnante puis, de la colère plein les yeux, il brandit son poing qui s'illumina instantanément d'une lueur dorée. Les yeux écarquillés de terreur, Ténia tenta de se débattre mais ses pieds gigotèrent inutilement dans le vide. C'est alors que le cosmos d'Aiolia entra en contact avec un autre, endormi. Jeune et apeuré. Il chantait. Ses yeux jaunes descendirent instantanément sur le ventre proéminent de l'Amazone où il vit bouger, sous la peau, le fœtus qui s'éveillait à la vie. Le fils de Milo prenait doucement contact avec lui, et sentir cette petite vie innocente caresser la sienne fit retomber sa colère. Ses yeux remontèrent sur le visage violacé de Ténia, il montra les dents dans un grognement de gorge, et relâcha sa prise. L'Amazone s'écroula au sol en toussant, le ventre contracté.
Sans plus s'en occuper, Aiolia se détourna d'elle et courut jusqu'au lit. Shun braqua sur lui son regard flou et indécis. Il respirait fort et vite et sa toge déchirée, dévoilant son torse, en disait assez long sur ce qu'il venait de subir.
- Aiolia, soupira-t-il d'une voix lointaine, tu … ton cosmos …
Le Lion ne répondit rien et attrapa ses menottes en fer pour les lui briser. Le métal ne résista pas une seule seconde à la pression exercée par ses doigts et les quatre entraves se brisèrent.
- Allez viens, rugit-il d'une voix forte.
Il attrapa Shun par le poignet et le souleva brutalement. Le jeune homme sans force se laissa totalement tomber sur lui, essoufflé et en sueur. Il avait l'air d'être sur le point de perdre connaissance.
- Shun ?! appela Aiolia avec fougue. Hey !
Il lui souleva le visage. Les yeux de Shun n'étaient qu'à moitié ouverts et des mèches de cheveux collaient sur son front.
- Qu'est-ce qu'elle t'a fait cette salope ?!
- … m'a drogué, baragouina Shun alors que son menton retombait sur son torse sans aucune force.
Aiolia jura et souleva le jeune homme en le tenant fermement par les hanches. Il ne semblait pas peser plus lourd qu'une plume.
Tous deux coururent vers la sortie. Shun lutta contre la chaude lourdeur qui engourdissait son corps et s'évertua à mettre un pied devant l'autre en tentant de tenir la cadence imposée par Aiolia. Celui-ci renonça à le soulever dans ses bras, car il préférait être capable de brandir les poings et frapper au cas où des Amazones se mettraient en tête de leur barrer la route.
Ils franchirent la porte. La nuit froide s'offrit à eux et les frappa violemment après l'intense chaleur de la pièce, mais elle eut au moins le mérite de réveiller Shun. Il se redressa légèrement et papillonna des paupières. Tous les bruits étaient encore assourdis autour de lui, et le sol tanguait sous ses pieds, mais il était conscient.
C'est alors qu'un éclair rouge zébra le ciel noir, et fit raisonner le tonnerre. Quelque chose sembla s'écrouler au loin. Un Dragon rugit. Aiolia, figé, le visage levé vers la voûte obscur, tendit tous ses sens en avant. Son cosmos brûlant se propagea à grande vitesse et en percuta violemment un autre, qui lui répondit d'une secousse tout aussi brutale. Milo n'était pas loin, et à en juger par les rugissements, Shiryu le suivait de près. Les Chevaliers d'Athéna étaient en train de mener leur propre attaque.
- Il faut les rejoindre, lança Aiolia en resserrant Shun contre lui.
Celui-ci lui répondit d'un gémissement et ils reprirent leur route. Aiolia prit à gauche, vers la direction où, lui semblait-il, l'attaque de Milo avait surgit. Après quelques mètres, ils franchirent une porte et retrouvèrent la chaleur et l'obscurité de l'intérieur du bâtiment. C'est alors que des cris de rage et des tintements métalliques leur parvinrent. Ils stoppèrent. Au bout du couloir, droit devant eux, une dizaine d'Amazone armées jusqu'aux dents leur fonçaient droit dessus.
Aiolia serra les poings. Il n'avait qu'à penser impulsion, penser violence et il savait que son cosmos surgirait pour frapper. Un sourire se dessina sur ses lèvres et il serra les poings. Tout contre lui, Shun glissa et manqua s'écrouler mais le Lion le retint de justesse. Les femmes approchaient toujours, et Shun était plus faible qu'un nouveau-né. Il ne pouvait pas le mettre davantage en danger. Il siffla entre ses dents, remonta le corps léger de Shun contre lui, et fit volte-face. Il vit alors son fils courir vers eux.
Absol s'arrêta à leurs côtés dans une glissade. Il n'était même pas essoufflé. Ses yeux se voilèrent de colère lorsqu'il vit Shun lutter pour garder les yeux ouverts.
- Faut pas rester là, s'écria Aiolia, prends-le.
Le jeune homme n'eut pas le temps de contredire son père que celui-ci lui jetait littéralement Shun dans les bras.
- Emmène-le, rugit-il en se détournant, vas le mettre à l'abri.
Stabilisant Shun pour lui permettre de reprendre un semblant d'équilibre, Absol acquiesça et se retourna pour reprendre sa marche. Mais une poigne ferme quoi que tremblante l'obligea à s'arrêter alors qu'il n'avait fait que quelques pas. Shun braqua dans ses yeux son regard embrumé où perçait une étincelle de lumière. Le jeune homme en resta statufié. Il connaissait assez la drogue aphrodisiaque des Amazones pour savoir qu'il était difficile de lutter une fois l'avoir respirée, mais Shun semblait combattre courageusement le brouillard qui envahissait son esprit.
- Attend, lui dit-il essoufflé, je veux que tu vois ça …
Absol ouvrit la bouche pour répondre, indécis quant au message que Shun tentait de lui faire passer. Mais il comprit.
Plusieurs pas derrière eux, Aiolia fit face aux quelques Amazones qui les suivaient, pleines de rage. Elles brandissaient leurs épées et leurs lances, mais elles ignoraient encore à qui elles allaient se frotter. Un rugissement le leur apprit. Sous les yeux écarquillés de son fils, le Chevalier d'Or du Lion propulsa une vague incandescente de cosmos droit sur ses ennemies, les paralysant totalement sur place. Leurs corps semblaient parcourus d'étincelles et elles poussèrent à l'unisson un gémissement plaintif et étonné. Irradiant de lumière, Aiolia brandit son poing dans un cri et frappa. Des milliers de jets de cosmos frappèrent les femmes guerrières avec une vitesse telle qu'ils ressemblaient, même sous les yeux d'Absol, à un mur doré. Les Amazones s'écroulèrent. Plus aucune ne bougeait.
Figé sur place, le jeune homme ne quittait plus son père des yeux. Celui-ci continuait de fixer les corps étendus, comme s'il n'y croyait pas. Absol connaissait la technique de son père ou, tout du moins, savait qu'elle consistait à envoyer sur ses ennemis le cosmos sous forme de fins fils d'ors. Mais il ne pensait pas ne pas être capable de les distinguer, lui qui, pourtant, bougeait aussi vite que la vitesse de la lumière.
Lorsqu'Aiolia se tourna vers eux, ils se regardèrent, autant étonnés l'un que l'autre.
- Mais qu'est-ce que tu fais ?! s'écria le Lion en reprenant Shun tout contre lui. Je t'avais dit d'aller le mettre à l'abri !
- Euh …, fut la seule chose qu'Absol fut capable de dire.
- Par où est-ce qu'on sort d'ici ?!
- … viens !
Reprenant ses esprits, Absol guida les deux Chevaliers vers le hall principal. A l'extérieur, les bruits de la bataille se faisaient plus forts à mesure que les Amazones s'armaient pour faire face. Les Chevalier d'Athéna avaient attaqué par surprise, et les femmes guerrières ne s'y attendaient certainement pas. A vrai dire, Aiolia ne s'y attendait pas non plus. Jamais il n'aurait imaginé que ses compères lancent l'offensive si tôt, mais d'un autre côté, le timing ne pouvait pas être plus parfait. Il venait tout juste de récupérer son cosmos, et c'était bon.
En les attaquant, en les frappant de toute sa fureur de Lion, il avait senti son pouvoir se déverser dans ses veines et jaillir de son corps. Il avait oublié la sensation que c'était de posséder une telle puissance. Il se sentait invincible. Les Amazones ne pourraient plus lui faire de mal, ni à lui ni à personne.
Lorsqu'ils surgirent tous trois du couloir, le hall de pierre et de marbre fut éventré par une attaque extérieure. L'explosion fit voler la porte en éclat, ainsi que les murs porteurs et la moitié du toit s'effondra. Aiolia tira son fils vers le côté et ils se protégèrent derrière une colonne qui resta miraculeusement debout. Momentanément aveuglé par toute la poussière soulevée, Aiolia toussa et serra plus fort Shun contre lui. Le champ de bataille n'était plus qu'à quelques mètres d'eux, et le pauvre ne tenait toujours pas debout. Il devait trouver une solution.
Derrière eux, la colonne suivante s'était écroulée, et les débris de pierre et de marbre avaient formé une crevasse protectrice. Ni une ni deux, Aiolia y traina Shun pour l'y cacher. Le jeune homme leva les yeux vers lui. Il semblait avoir quelque peu reprit ses esprits, mais était encore anormalement essoufflé. Sa toge déchirée laissait voir son torse qui, petit à petit, se couvrait de poussière et de sueur.
- Reste ici, lui dit Aiolia d'une voix forte, tu m'entends ?
Shun lui répondit en clignant deux fois des paupières, le fixant d'un regard un peu perdu. Aiolia lui répéta, d'une voix encore plus forte, en prenant son visage entre ses mains :
- Je veux que tu restes là, t'as compris ?!
Tout en attrapant ses poignets toujours recouverts des bandages qu'il avait lui-même fait, Shun acquiesça, puis baissa la tête. Il n'était pas comme son frère ou Seiya, il n'était pas fier et stupide au point de se jeter sans pouvoirs et dans un état aussi lamentable dans une bataille quasiment perdue d'avance. D'ailleurs il n'arrivait pas à croire que les Chevaliers d'Or puissent être là, dehors, en ce moment-même, alors que leurs cosmos ne leur étaient toujours pas revenus.
Aiolia se redressa puis, d'un dernier regard, s'assura que Shun se tassait bien dans la cavité créée par l'effondrement. Il fit volte-face, Absol sur les talons, et sortit. L'obscurité avait disparu alors que, quelques minutes plus tôt, il faisait encore nuit noire. En s'introduisant sur l'île, les Chevaliers d'Athéna avait crevé la bulle temporelle installée là par la Déesse Enyo, faisant surgir le soleil de cette après-midi. Eblouit, Aiolia mit un certain temps à évaluer la situation.
De toute évidence, ses frères d'armes n'avaient pas l'avantage. Ils n'avaient attaqué que pour créer une diversion, et sans doute permettre à Athéna d'atteindre Enyo. La plupart d'entre eux se trouvaient déjà en mauvaise posture, mais Milo, de son côté, faisait des ravages dans le camp des Amazones. Une bonne trentaine d'entre elles se tordaient de douleur sur le sol, le corps couvert de piqures sanglantes. Vingt autres avaient déjà cessé de bouger. Lorsqu'il vit arriver son compagnon, le Scorpion eut un large sourire. Et lorsque le Rugissement du Lion terrassa une horde d'Amazone, son sourire s'élargit encore.
Aiolia brandit le poing, encore et encore, et chaque fois, des femmes guerrières tombaient. Aucune ne put l'approcher à moins de dix mètres. A ses côtés, presque toujours au coude à coude avec lui, Absol ne cessait d'envoyer sur leurs ennemies des météores dorés. De toute évidence, son fils semblait être du signe du Sagittaire, tout comme son grand frère. A le voir frapper et mettre en déroute chaque fois plus d'Amazone, Aiolia sentit soudain une immense fierté brûlante l'envahir. Et, pour la première fois depuis que cette histoire avait commencé, il sut ce qu'être père voulait dire.
S'ajoutant à ses éclairs incroyablement rapides, une vague de froid s'abattit brutalement sur le champ de bataille. Camus venait de surgir du bâtiment à son tour, Shura, Dohko et Aioros sur les talons. A côté d'eux se tenait une petite femme menue et lourdement armée qui n'hésita pas une seule seconde à enfoncer son épée dans l'abdomen de l'une de ses sœurs. De toute évidence, cette jeune femme était celle qui avait déjà sauvé Camus dans l'arène lorsque d'autres avaient voulu le tuer, et à présent, son camp semblait tout choisi.
En voyant leur force ainsi quintupler rien que par la puissante présence de deux des leurs, les Chevaliers d'Athéna redoublèrent d'énergie. Mais les Amazones, se remettant de la surprise de l'attaque, ne cessaient de surgir de tous les côtés. Et elles étaient hargneuses.
De son côté, si Shun reprenait peu à peu ses esprits, son corps tardait à se remettre. Ses membres engourdis tremblaient toujours et son cœur battait la chamade. Il avait l'impression de chauffer littéralement de l'intérieur. Essoufflé, il prit appuis contre les débris derrière lui et tenta de reprendre son souffle. Il avait encore la sensation, parfois, de sentir sur son torse et son ventre les lèvres, les dents et la langue de Ténia. Un frisson de dégoût le parcouru des pieds à la tête. Il revoyait encore l'Amazone se redresser soudainement, le souffle coupé, et se vider de toute cette énergie qu'elle avait volée. Alors le cosmos qui lui avait donné ces pouvoirs appartenait à Aiolia ?
Des explosions, des cris et des jets de lumière intense ne cessaient de l'éblouir et de l'assourdir. Et il avait peur. Peur pour ses compagnons sans cosmos qui risquaient leur vie, alors que lui se cachait là, bien en sécurité. Pourquoi Aiolia avait-il voulu qu'il se cache ? Il avait peut-être récupéré ses forces comparé à ses compagnons, mais les Amazones étaient nombreuses. Bien trop nombreuses. Et il ne voulait pas qu'il soit blessé ou qu'il meure. Il ne voulait pas laisser Aiolia seul. Mais il était bien trop faible, et il ne serait qu'une gêne pour lui s'il venait à surgir brusquement sur le lieu de la bataille.
Mais plus les minutes passaient, plus Shun sentait monter sa peur. Et si les Amazones l'emportaient ? Et si Athéna perdait face à Enyo ? Et si Aiolia se faisait tuer ? Sa présence n'allait pas changer grand-chose à l'issue du combat, mais il ne pouvait décemment pas rester là à se terrer. Lentement, accompagné des bruits de la bataille, Shun se redressa, les jambes tremblant toujours. Son cœur fit une embardée lorsqu'il se mit debout, mais il fit quelques pas hors de sa cachette. Une explosion fit voler en éclat un morceau du mur de l'autre côté du hall, répandant dans l'air une poussière épaisse. Quelques débris volèrent jusqu'à ses pieds.
Appuyé à la colonne, Shun toussa. Il n'entendit pas Cassia avancer derrière lui à cause du bruit de l'explosion. Elle s'arrêta, le fixa et sourit. Elle n'attendait que ce moment pour prendre sa revanche.
- Te voilà, dit-elle en dégainant son épée de bronze.
Lentement, n'entendant plus que les battements de son cœur, Shun se retourna. Fièrement habillée de ses vêtements de cuir, aussi musclée et épaisse qu'un homme, le ventre proéminent et les yeux ivre de rage, Cassia lui faisait face.
- Je vais t'apprendre, dit-elle entre ses dents serrées, à te servir de ce qu'il m'appartient !
Elle se rua sur lui. En un éclair, Shun se remémora les coups qu'elle lui avait déjà mis, et sut instinctivement qu'elle n'hésiterait pas à le tuer. Il tenta de lui échapper, mais l'Amazone se servait de la puissance du cosmos volé et en un éclair elle fut près de lui. Elle l'attrapa par la nuque, lui arrachant un cri de douleur, et le jeta à terre. Shun heurta violemment le sol rocheux, mais se retourna de justesse pour voir Cassia abaisser son arme sur lui. Dans un dernier effort chevaleresque, il esquiva en roulant sur le côté et lança sa jambe vers le flanc de l'Amazone. Elle reçut le coup de pied en plein ventre et perdit l'équilibre, transpercée par une affreuse douleur. Elle tomba au sol à son tour en poussant un cri rauque. Mais Shun savait que son répit ne serait que de courte durée. Il se redressa, tituba sur ses jambes tremblantes, et sortit du hall dévasté en escaladant maladroitement les amas de roche brisée.
Dans sa confusion, il ne chercha qu'à rejoindre Aiolia. Il n'y avait qu'à ses côtés qu'il pourrait être en sécurité, il le savait. Il parvint au sommet de ce monticule de débris et regarda autour de lui. Une lance venue d'on ne sait où traversa son champ de vision pour aller s'échouer sur le sol un peu plus bas. Du peu qu'il pouvait voir et analyser, les Chevalier d'Athéna semblaient en très mauvaise posture.
Un rugissement violent attira son attention. A quelques mètres sur sa gauche, Aiolia, campé fièrement sur ses pieds, envoya une vague de cosmos pure sur trois femmes qui tentaient d'arriver près de lui. Balayées par ce mur doré, elles s'envolèrent sur plusieurs mètres et atterrirent lourdement au sol. Même si le Chevalier du Lion n'avait pas revêtu son armure dorée, il n'en restait pas moins mortellement dangereux. Des dizaines de cadavre d'Amazone l'entouraient.
Essoufflé, le cœur serré et le corps douloureux, Shun se mit en tête d'arriver jusqu'à lui. Sa vision se brouillait et ses oreilles ne percevaient les bruits autour de lui qu'à travers une ouate assourdissante. Quand les effets de cette drogue finiront-ils par se dissiper ?! Un caillou roula sous son pied et il perdit l'équilibre. Son genou s'érafla sur le sol mais il se redressa, vacillant sur ses jambes. Il savait que Cassia était à ses trousses, mais pas une seule fois il ne regarda en arrière. Ses yeux restaient rivés sur Aiolia qui se battait toujours, rapide et précis. Ses jets de cosmos frappaient sans jamais manquer leur cible, et Shun trouvait ça beau, de le voir danser en envoyant autour de lui ces petites lumières dorées qui semblaient briller plus fort que le soleil lui-même. Mais peut-être Shun aurait-il mieux fait de se retourner.
Cassia se redressa, pleine de hargne. Son ventre lui faisait atrocement mal. Le visage déformé par la fureur, elle vit Shun en équilibre précaire, tenter de traverser la bataille pour lui échapper. Un sourire machiavélique tordit ses lèvres, et elle s'empara de son arc, sortit une flèche de son carquois, banda son arme et prit tout son temps pour viser. Elle inspira.
- Je te tiens ! dit-elle.
Et expira. La flèche fila droit vers sa cible, et Shun sentit une douleur fulgurante naître dans son dos et se propager en une vague brûlante dans tout son corps lorsque le projectile perça sa peau, sa chair, ses muscles et l'un de ses poumons. Son cri de douleur resta bloquer dans sa gorge et il se sentit tomber sans rien pouvoir faire.
Aiolia jeta une Amazone à terre et brandit le poing. Elle tenta de l'en empêcher en l'implorant mais il lui explosa le crâne en la frappant avec force. Elle cessa immédiatement de bouger. Il était ivre de colère et de sang, et il savait que sa vengeance ne serait pleinement assouvie que lorsque toutes les Amazones seront mortes. Il n'avait jamais combattu ainsi, il se sentait comme un animal sauvage trop longtemps retenu en cage, et à qui on aurait brutalement brisé les chaînes. Il se retourna, les mains en sang et le corps en sueur. Absol semblait suivre le même chemin que lui, car toutes celles qui tentèrent de le combattre gisaient au sol, sans vie. Il le vit brandir le poing à son tour et se jeter sur une femme désarmée qui tenta maladroitement de se protéger. Mais quelque chose ne se passa pas comme prévu.
Aiolia vit le corps de son fils se raidir et s'arc-bouter, il vit son visage devenir brutalement blême puis sa bouche s'ouvrir pour pousser un cri de douleur abominable. Et il le vit chuter, perdre l'équilibre, le poing toujours levé, et s'écrouler au sol. Son adversaire profita de cette chance pour récupérer son arme mais Aiolia fut plus rapide et l'envoya valdinguer d'une pulsion de cosmos. Il se jeta sur son fils, s'agenouilla à ses côtés et le retourna face à lui.
La bouche grande ouverte, le visage blanc et les yeux révulsés, Absol s'accrocha à lui avec désespoir. Il tentait de reprendre son souffle, mais c'était comme si l'intérieur de son corps avait fermé tous les passages menant à ses poumons. Aiolia se sentit envahir par la peur et la panique.
- Où t'es blessé ?! demanda-t-il vivement.
La bouche d'Absol remua, un gémissement passa le barrage de ses lèvres, mais aucun son n'en sortit. Le jeune homme ne put qu'écarquiller les yeux davantage. Il avait l'air tout aussi surpris que son père.
- Bordel, dis-moi où t'es blessé ! répéta Aiolia dans un cri.
Tout en s'accrochant plus fort à lui, Absol parvint à lui dire :
- … pas moi … c'est pas !
La fin de sa phrase se termina dans un cri atroce et il s'arc-bouta en arrière. Aiolia vit alors avec horreur que les mains et les pieds de son fils étaient en train de disparaître. Et il ignorait pourquoi. Absol s'accrocha plus fort à lui.
- Fais quelque chose ! réussit-il à lui dire avant de pousser un nouveau cri.
Aiolia ignora ce qui, exactement, lui fit comprendre la situation. Peut-être une intuition, où peut-être était-ce cette voix dans sa tête qui ne cessait de lui répéter le prénom de Shun. Le cœur battant de panique, il releva les yeux, et chercha le bâtiment où il l'avait, croyait-il, mis à l'abri. Il se retourna. Et là, parmi la violence et les combats, il vit Shun au milieu de la bataille, une flèche plantée entre les deux omoplates, s'écrouler au sol.
Sans même prendre le temps de réfléchir, il abandonna Absol ici, se redressa et courut vers Shun. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Comment avait-il pu croire une seule seconde qu'il serait à l'abri au milieu de cette bataille ?! Non loin, Cassia abaissait son arc, un sourire satisfait aux lèvres. La fureur d'Aiolia redoubla et il la frappa de toutes ses forces d'un jet de lumière dorée. L'Amazone reçu le coup en pleine poitrine et heurta le mur derrière elle où elle glissa, et chuta jusqu'au sol.
Aiolia tomba à genoux aux côtés de Shun et le prit dans ses bras. Le sang imbibait déjà ce qu'il restait de sa toge, son visage était crispé de sueur et lorsqu'il toussa, du sang gicla sur ses lèvres et son menton.
- C'est pas vrai, marmonna Aiolia, les dents serrées. Ça va aller …
Il le souleva encore, tout en le tenant fermement dans ses bras, lui arrachant un cri de douleur. Délicatement, il tâtonna à l'aveuglette la blessure sanglante. La flèche semblait profondément fichée dans les chairs. Shun eut un brusque sursaut et lui attrapa le bras dans un hoquet. Une bulle de sang s'échappa d'entre ses lèvres.
- Non ! s'écria-t-il dans une grimace. Elle s'est plantée dans un poumon …
Une nouvelle vague de souffrance crispa son corps et il s'accrocha au tee-shirt d'Aiolia en retenant un cri. Une attaque perdue explosa et forma un cratère au sol à un peu plus d'un mètre d'eux. Le Lion protégea Shun des débris en le serrant plus fort contre lui. C'est alors que Milo surgit de nulle part et s'arrêta à leurs côtés.
- Merde ! s'exclama-t-il en voyant la flaque de sang se former aux pieds de son compagnon d'arme.
- Vas me chercher Mû ! répliqua celui-ci avec force. Grouille !
Le Scorpion lança un nouveau juron et disparut parmi les combats dans une gerbe d'éclairs dorés. Lorsqu'Aiolia baissa de nouveau les yeux sur Shun, celui-ci avait fermé les paupières et un mince filet de sang s'écoulait de sa bouche. Il le secoua violemment en s'écriant :
- Shun tu restes avec moi ! Ouvres les yeux !
Le jeune homme obéit dans un sursaut. Son visage se crispa et le cri de douleur qui sortit de sa gorge se mua en sanglot. Les larmes commencèrent à couler. Il toussa et du sang s'échappa de nouveau d'entre ses lèvres.
- Bordel je t'avais dit de rester cacher ! lança Aiolia avec colère. Je t'avais dit de … pourquoi t'as pas …
Shun avait peur. Cela se voyait dans ses yeux larmoyants lorsqu'il fixait le ciel. Et Aiolia avait peur aussi. Il ne pouvait rien faire, il ignorait quoi faire et Shun était en train de mourir dans ses bras. Son sang tachait ses mains. Ils se regardèrent, fermement accroché l'un à l'autre comme si cela pouvait changer les choses.
- Elle n'a eu que ce qu'elle mérite, lança Cassia en se redressant laborieusement, riant à gorge déployée. Tu m'appartiens ! Tu n'avais pas à t'accoupler avec cette chose !
Le Lion lui jeta un regard noir. L'Amazone saignait là où il l'avait frappé, mais cela semblait superficiel. Il ignorait encore à qui elle avait piqué le cosmos, mais ça devait être un teigneux. Elle s'approcha, jeta son arc brisé et sorti un petit couteau de sa ceinture. L'arme semblait à première vue inoffensive à côté de l'épée qu'elle arborait en temps normal, mais la lame argenté brillait dangereusement sous les rayons du soleil. Aiolia se doutait bien qu'il ne serait pas aussi facile de se débarrasser d'elle, mais il ne pensait pas la voir se relever aussi vite après avoir reçu un coup pareil.
- Eloignes-toi ! hurla-t-elle le visage déformé de fureur.
Aiolia lui répondit d'un grognement de gorge. Il ne s'était jamais senti aussi près de ses instincts de tueur, jamais senti aussi près de sa part animale. Il était un lion protégeant sa femelle qui n'hésiterait pas une seule seconde à se servir de ses muscles puissants et de ses crocs acérés pour saigner et tuer. Cassia avait juste le malheur de se trouver sur son chemin. Elle fit encore quelques pas vers eux. Aiolia ne savait pas quoi faire. Il avait peur de lâcher Shun pour lui faire face, peur de l'abandonner de nouveau. Il n'aurait jamais dû le laisser en arrière, c'était une erreur. Et il ne voulait pas recommencer. Cassia n'était plus qu'à quelques pas.
- Qu'as-tu fais …
L'Amazone armée de son petit couteau aiguisé se figea, et Aiolia se retourna. Face à eux, la reine des Amazones les fixait avec colère, sa lance de bronze rouillée pointée droit sur eux. Elle avait l'air furieuse.
- Qu'as-tu fais ?! cria-t-elle les yeux rouge de sang.
Son arme se mit soudainement à briller, prête à les frapper. Aiolia resserra Shun contre lui et montra les dents, un grognement sourd montant de sa gorge.
- Mère …, souffla Cassia, attendez …
Il y eut un sifflement étrange, un souffle d'air brûlant et un éclair de lumière aveuglant. Aiolia, malgré lui, ferma les yeux, éblouis. Cassia fut soufflée par l'attaque et traversa le mur derrière elle. Une gerbe de sang éclaboussa le sol tout autour d'elle. Sa mère venait de la frapper de plein fouet et cette fois, elle ne semblait pas vouloir se relever.
- Si elle ne peut pas être à moi, elle ne sera à personne ! hurla la reine d'une voix démentielle.
Et cette fois, elle tourna son arme sur Aiolia, qui lui répondit d'un rugissement. L'attaque de l'immense femme jaillit de la lance et le Lion fit irradier son cosmos pour tenter de se protéger, lui et Shun. Celui-ci semblait de plus en plus amorphe dans ses bras, alors que son sang s'échappait toujours plus de son corps. Il se contentait maintenant de fixer le ciel, les yeux dans le vague, crachant toujours du sang. Plus son poumon perforé se remplissait de liquide, et plus il avait du mal à respirer.
L'offensive de la reine fut stoppée en pleine course par une gerbe de feu, rougeoyante comme une éruption solaire. Le Phénix se matérialisa sous les yeux ébahis d'Aiolia et contra la puissance tout droit sortie de la lance. Ikki éloigna la reine d'eux dans une flopée de flammes incandescentes, accompagné d'un hurlement de rage. Quelque peu déstabilisée, l'immense femme se reprit néanmoins et envoya sur son adversaire une puissante contre-attaque.
Aiolia vit alors avec étonnement le Phénix recevoir le jet d'étincelle de plein fouet et décoller littéralement dans les airs. Il n'avait rien fait pour parer, ni même éviter. Cependant, avant même de percuter le sol avec violence, Ikki hurla :
- Maintenant !
Un gigantesque dragon vert d'eau surgit des flammes du Phénix, gueule grande ouverte, crocs luisants et yeux rouge étincelants. Surprise elle aussi par l'arrivée de la fantastique bête, la reine des Amazones recula, lance vers l'arrière pour la protéger du monstre énorme qui paraissait si réel et se dressait face à elle. A voir son visage, elle semblait ne pas savoir comment s'y prendre avec la créature.
Mais en réalité, celle-ci n'était qu'une diversion. Shiryu surgit soudainement de l'autre côté, bras droit tendu tel une épée. La lance était vulnérable et la reine ne le vit pas abattre Excalibur sur son arme. Aiolia retint son souffle alors que le bruit du bronze rouillé de la lance et du fer invincible de l'épée raisonnait sur tout le champ de bataille. Le temps sembla se figer.
Les Chevaliers et les Amazones cessèrent de lutter les uns contre les autres alors que la reine fixait de ses yeux rouge de rage Shiryu, agenouillé à ses pieds, l'avant-bras droit posé sur l'arme. Shun, toujours étendu dans les bras d'Aiolia, laissa rouler une larme sur sa joue alors que les nuages, si paisibles, continuaient d'aller et venir dans le ciel bleu. Il n'avait plus mal à proprement parler. Son corps n'était plus que douleur, et il se sentait aspirer vers la mort au fur et à mesure que s'égrenaient les minutes. Il en avait conscience, mais il se sentait bien. Aiolia, accroupit au sol, le tenait fermement contre lui, et c'était une sensation incroyablement agréable. Il avait envie de se sentir ainsi pour toujours. Soudain, le soleil se mit à briller encore et encore, jusqu'à l'éblouir. Et il sourit.
Le temps reprit finalement sa course. Dans un cri de fureur, la reine des Amazones envoya une attaque à main nue droit sur Shiryu, qui s'envola dans les airs telle une poupée désarticulée et retomba au sol, fracassant un rocher. Il roula ensuite sur le côté, recroquevillé sur lui-même. La souveraine des femmes guerrières leva sa lance vers son visage, afin de mieux la voir. Elle semblait retenir son souffle. Soudain, une mince ligne doré se dessina sur la rouille de l'arme et un sifflement aigu, suivit d'une fine fumée, en sorti.
Un sourire soulagé se dessina sur les lèvres d'Aiolia, qui baissa les yeux sur Shun. Son sourire s'effaça. Ses yeux s'écarquillèrent et son visage devint blême. Dans ses bras, Shun semblait le fixer sans le voir. Ses lèvres bougèrent, comme s'il tenta de lui dire quelque chose, puis, lentement, la lumière s'éteignit dans ses yeux. Aiolia sentit son cœur s'accélérer brutalement, battant à lui en faire mal.
- Shun ? appela-t-il en le secouant doucement.
Aucune réaction. La tête du jeune homme retomba mollement sur le bras du Lion. Ses yeux étaient grands ouverts.
- Non …
Jamais Aiolia ne s'était senti aussi désemparé, aussi démuni. Des jours et des jours qu'il errait comme une âme en peine au Sanctuaire, sans cosmos, sans puissance, sans rien, et maintenant qu'il l'avait récupéré, il devait regarder Shun mourir dans ses bras, sans savoir quoi faire. Son abattement se mua brusquement en désespoir, et son désespoir en tristesse. Il sentit les larmes rouler sur ses joues.
Shun était encore si chaud sans ses bras. Son sang coulait encore de sa blessure sur ses mains. Mais son visage était figé et ses yeux éteints. Larmoyant, Aiolia le secoua encore doucement, sa bouche ne laissant échapper qu'un gémissement.
- Non … non, ne cessait-il de répéter.
Soudain, une voix pleine de rage fit écho à la sienne, si désespérée :
- NON !
Aiolia eut tout juste le temps de relever la tête vers la reine des Amazones avant que l'explosion ne la fasse disparaitre dans un éclat aveuglant de lumière dorée. Le flux des cosmos volés s'échappait de larme coupée en deux. La souveraine fut soufflée, désintégrée littéralement par la déflagration, dans un cri effroyable. Le souffle se propagea sur tout le champ de bataille, balayant tous ceux qui n'étaient pas assez fort pour lui résister. Usant de sa rapidité phénoménale, Aiolia se recroquevilla sur le corps de Shun et para le flux de cosmos par le sien.
Toute la puissance combinée de ses compagnons se heurta à la sienne, qui avait formé une bulle protectrice autour d'eux. Milo, de son côté, fit de même, ainsi que Camus, Ikki, Hyôga, Shiryu et Seiya. Ils furent les seuls à ne pas être touché par l'explosion. Tous les autres furent entrainés dans le souffle, projetés sur plusieurs mètres en arrière.
Les dents serrés, Aiolia encaissa l'attaque brutale, mais non-intentionnel de la reine des Amazones, sentant ses forces diminuer dangereusement. En réalité, il ne se savait pas capable d'une telle chose ! Arrêter cette puissante vague de cosmos combinés, était une chose que Shaka était le seul, en temps normal, à pouvoir réaliser. Et encore. Mais il devait être fort, il devait réussir. Shun n'était pas mort. Pas encore. Il devait tenir pour le protéger de ce flux de cosmos plus puissant encore qu'une Athéna Exclamation. Il devait y arriver !
Puis la déflagration stoppa aussi rapidement qu'elle avait commencé et tout redevint calme. Anormalement calme. Lentement, Aiolia releva la tête. La poussière finissait de retomber tout autour de lui, lui dévoilant un paysage de désolation. L'explosion avait brisé plusieurs rochers, et déracinés les rares arbres qui avaient réussi à pousser sur cette terre rocailleuse. Il n'y avait plus personne debout. Les corps gisaient ici et là, couvert de sang, de cailloux et de terre. Le temps lui-même semblait retenir son souffle.
Dans ses bras, Shun eut un sursaut et poussa un cri en se redressant. Aiolia sursauta à son tour, frôlant la crise cardiaque. Le jeune homme s'accrocha désespérément à lui, avec une force insoupçonnable, tout en cherchant son air, les yeux écarquillés. Puis son corps meurtri irradia de rose, tout comme le blanc de ses yeux, et il rejeta la tête en arrière en poussant un soupir. Toutes les marques de sévices, toutes les blessures sur sa peau et dans sa chair disparurent. La flèche aussi, et son poumon laissa enfin de nouveau l'air rentrer pour lui permettre de respirer. Il prit une grande inspiration et, soulagé, se laissa retomber en arrière.
Aiolia le réceptionna dans ses bras, un large sourire aux lèvres, et le serra fort contre lui. Quelque peu surpris, Shun lui rendit finalement son étreinte. Essoufflé, les yeux grands ouverts, il regardait les choses tout autour d'eux sans vraiment les voir. Il avait vraiment cru mourir, durant quelques brèves secondes …
Le nez dans ses cheveux, Aiolia respira son odeur avec bonheur. Derrière les effluves de peur, de sang et de terre brûlée, dansaient encore celles de l'amande. Cette simple odeur, si discrète, lui rappela tout ce qu'il s'était passé depuis son réveil dans l'infirmerie du Sanctuaire. Il n'avait pas reconnu Shun tout de suite, et avait même eu du mal à se souvenir de ce nom. Il avait ensuite découvert un jeune homme plein d'autorité et de bonne volonté, puis un ami. Un ami troublant qu'il avait eu maintes fois envie d'embrasser, et plus encore. Et puis ces quelques jours passés dans cette cage, où il avait tant appris. Et enfin ces sentiments, qu'il venait de découvrir. Shun était mort dans ses bras, durant un très bref instant. Il l'avait vu et senti partir vers la mort. Il avait fallu cela, pour qu'il se rende compte de ce qu'il ressentait profondément.
Ses bras se resserrèrent plus encore autour du corps si menu de Shun et il rouvrit les yeux. Son cœur battait si fort ! Et c'était quoi cette douleur au creux de sa poitrine ? C'était brûlant et doux, mais douloureux. Sans pouvoir s'en empêcher, il sourit. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas simplement été heureux, qu'il en avait oublié la sensation.
Ses yeux se rouvrirent, et se posèrent d'eux-mêmes sur le corps allongé et inerte, au loin, d'Absol. Alors, sous le regard embué de larmes de joie de son père, le jeune homme disparu, son corps s'effaçant peu à peu de la réalité, du temps dans lequel il se trouvait. A des centaines et des centaines de kilomètres de là, les autres enfants arrivés avec lui quelques mois plus tôt disparurent eux aussi. Léonie partie en serrant fort Misaki contre elle, son frère jumeau Myakon et leurs ainés, les jumeaux Amadis et Jathan quelques secondes après eux. Comme s'ils n'avaient jamais été là.
Disparus.
Son sourire s'effaça lentement de ses lèvres. Aiolia était incapable de détourner son regard de ce petit promontoire où gisait encore son fils quelques secondes plus tôt. Pourquoi ? Shun n'était pourtant pas mort, alors pourquoi ? Absol était partit, comme ça, brutalement. Sans un mot, sans un regard, sans une explication, sans rien. Il venait de le perdre.
- J'ai eu peur, chuchota Shun contre son oreille, j'ai vraiment cru mourir !
Aiolia le serra plus fort contre lui, conscient d'être à deux doigts de lui couper le souffle alors que son sang imprégnait encore ses vêtements et ses mains. Allait-il lui dire qu'il était mort ? Allait-il lui annoncer, comme ça, alors que son corps était si chaud contre le sien, que la vie l'avait abandonné une seconde ou deux avant que son cosmos ne lui soit rendu ? Non. Une mort, c'était suffisant.
Mais soudain, il ressentit l'envie pressante, tout de même, de dire la vérité. Mais pas à son sujet.
- Absol … , commença-t-il d'une voix rauque.
Puis il s'arrêta. Absol quoi ? Absol était mort ?
« Idiot, Absol est vivant ! Regarde ! »
Aiolia reconnu la voix suave et autoritaire d'Antéros dans son esprit. Une force extérieure s'empara brusquement de son corps et lui fit lâcher celui de Shun alors qu'il aurait pourtant aimé le tenir encore contre lui. Le jeune homme se détacha, lui aussi à contrecœur, et releva ses yeux d'émeraude liquide vers lui. Il était interrogatif. Il attendait. Tout offert à ses mots, tout en attente d'un geste de lui. Aiolia sourit.
« Tu vois ? »
Bien sûr qu'il voyait. La mort n'avait finalement emporté personne aujourd'hui. Personne à qui il tenait tout du moins. Absol vivait. Non plus dans le passé, mais dans un présent bien réel et un avenir enfin possible.
- Imbécile, lança alors Aiolia en riant, t'es vraiment mort !
Shun cligna des yeux, étonné, puis il sourit.
- Je m'en doutais, dit-il simplement.
Ils se regardèrent. Même s'ils ne se lâchaient pas du regard, Aiolia de plus en plus nerveux et Shun de plus en plus surpris, ils les sentirent s'éveiller enfin tout autour d'eux. Le premier à s'exprimer fut Masque de Mort. Il fit exploser son cosmos avec violence, hurlant au monde qu'il avait retrouvé sa puissance, et qu'il en était très content ! Le second fut Dohko, qui lui répondit avec tout de même plus de retenu. Puis il y eut Shura, hurlant dans le cosmos de ses camarades qu'il était prêt à en décapiter des milliers, de ces foutues Amazones ! Et ainsi de suite, tous les Chevaliers d'Athéna exprimèrent leur bonheur de se retrouver enfin de nouveau complet. Puis, tout doucement, avec chaleur et joie, leur Déesse leur répondit dans une caresse.
Elle eut au moins le mérite d'apaiser la nervosité d'Aiolia. Pourquoi son cœur palpitait-il aussi vite ? Pourquoi tremblait-il ? Pourquoi les paumes de ses mains étaient-elles moites ?! Il avait furieusement envie d'embrasser Shun et ses lèvres couvertes de sang.
- J'ai cru que …
Il n'en arrivait même plus à parler. Shun arqua un sourcil, patient et attentif. Ils étaient toujours accrochés l'un à l'autre. Il avait cru le perdre, voilà ce qu'il aurait aimé dire. Il aurait aussi aimé lui demander pourquoi les hommes se rendent-ils toujours compte qu'ils tiennent énormément à quelque chose ou quelqu'un que lorsqu'ils sont sur le point de perdre ce quelque chose ou ce quelqu'un ?! Mais il aurait eu trop l'impression, de ce fait, de tourner dans une mauvaise série télé romantique et puis, de toute façon, il savait qu'il ne parviendrait pas à aligner deux mots à la suite sans bégayer comme un idiot tellement il était nerveux. Pourtant, ça ne serait pas la première fois qu'il embrasserait quelqu'un.
Alors, pendant que leurs camarades fêtaient joyeusement leur victoire dans des explosions de cosmos simultané, et pendant que leur Déesse refermait son sceau sur l'âme de la Déesse Enyo échappée du corps désintégré de la reine des Amazones, Aiolia et Shun s'embrassèrent enfin.
Ils avaient fait l'amour dans une cage sombre, humide et froide, mais pas une seule fois leurs lèvres ne s'étaient unies. Tout au plus s'étaient-elles frôlées. D'abord surpris, Shun recula légèrement, la bouche entrouverte, incapable d'y croire. L'homme qu'il aimait depuis des années le serrait dans ses bras, le fixait intensément, presque passionnément, et s'emparait de ses lèvres. Le jeune homme se laissa finalement faire docilement, et il ferma les yeux, s'abandonnant à la caresse. Rapidement, Aiolia se fit possesseur, roi et empereur. Sa langue allait dans sa bouche comme un conquérant qui découvrait et faisait sien ce nouveau territoire. Et Shun adorait ça, ce laisser-aller plein de confiance et d'abandon.
Le Lion poussa un grognement de satisfaction et approfondi le baiser. Ce nouveau goût de Shun qu'il découvrait, goût de sang et de peur, l'excitait malgré lui. Ses mains glissèrent dans son dos. Les pans déchirés de la toge étaient encore imbibés de sang, mais les muscles et la peau étaient aussi doux et immaculés que ceux d'un bébé.
Ils furent très peu nombreux à remarquer cet échange insolite de deux hommes enlacés au beau milieu d'un champ de bataille aux allures de cimetière. Le premier à les voir fut Ikki. Lorsqu'il se redressa, la poitrine douloureuse du coup qu'il avait reçu, le visage grimaçant, et qu'il les vit, il se figea. Mais en réalité, le fait que son frère soit en train d'échanger un baiser des plus torrides avec Aiolia du Lion, il s'en fichait un peu. Le plus important pour lui était de voir son frère vivant. Il se laissa donc retomber en arrière dans un soupir de soulagement. Le deuxième fut Mû. A peine avait-il récupéré son cosmos qu'il était partit à la recherche de son camarade du Lion. Milo lui avait dit, quelques secondes avant que la reine n'explose au beau milieu des combats, qu'Aiolia était blessé et qu'il y avait beaucoup de sang. Du moins, c'est ce qu'il comprit lorsqu'il reçut le message dans sa terreur. Aiolia était en danger, peut-être danger de mort, et se fut la seule chose que son cerveau noyé dans la peur comprit sur l'instant. Aussi, lorsqu'il vit Shun et Aiolia accrochés l'un à l'autre, avec des allures d'hommes désespérés qui avaient fini par trouver une bouée après des jours en mer à nager, le soulagement succéda à la surprise. Et il sourit, conquis par cette scène étrange. Shun n'était plus vêtu que de quelques morceaux de toge qui cachaient difficilement le haut de son corps, entièrement, ou presque, recouvert de sang, et Aiolia lui, semblait vouloir effacer tout ce sang, l'éponger, l'aspirer avec son propre corps recouvert de la sueur et de la poussière des batailles. Malgré lui, derrière sa tristesse et le réconfort de retrouver Aiolia vivant, il trouvait cette séquence émotion particulièrement belle.
Essoufflé comme il ne l'avait jamais été, pas même après un combat, Aiolia s'éloigna finalement de Shun qui, troublé, semblait avoir repris des couleurs.
- Tu avais tort, lui dit le Lion dans un souffle rauque, je te voyais tu sais …
Shun cligna des paupières deux ou trois fois, le temps de comprendre. Le Lion ajouta :
- Je te voyais toujours. Mais je ne me rendais pas compte que même si je me rendais dans l'infirmerie pour y retrouver Mû, c'était toi que j'espérais voir en train de me regarder avec tes grands yeux verts.
Et ce n'était que la pure vérité. Enyo disparue et enfermée par les bons soins de la Déesse Athéna, Aiolia sentait toutes ses perceptions lui revenir. Et malgré son état, il ne pouvait s'empêcher de trouver Shun particulièrement beau, tout couvert de sang et à moitié déshabillé.
Celui-ci laissa échapper quelques larmes de ses yeux brillants, et fronça les sourcils. Cependant, ses mains s'accrochèrent plus fort aux vêtements d'Aiolia.
- Je te déteste, laissa-t-il échapper en baissant la tête.
Et au Lion de rire.
C'est alors que, dans le brouhaha de cosmos et de cri de joie et de rage alentour, s'élevèrent des pleurs. Des vagissements de nouveau-né. Tous les Chevaliers se figèrent, la tête levée, nez au vent et oreilles aux aguets. Y avait-il réellement un bébé qui pleurait sur ce champ de bataille désolé ?
Milo s'extirpa alors du bâtiment central à moitié effondré, tenant dans ses bras un petit corps mouillé et gigotant. Tous retinrent leur souffle. Mû courut vers lui pour s'occuper du bébé. Arrivé à sa hauteur, il vit le Scorpion lui adresser un sourire rayonnant, les yeux brillant. La chevelure poisseuse, bleue, et le regard rouge sang de l'enfant ne laissait aucun doute.
- Il est vivant, se contenta de lui dire Milo.
Ténia, après qu'Aiolia l'ait laissé dans les appartements de la reine, avait finalement accouché prématurément à cause du choc. Furieuse et honteuse, elle était partie sans demander son reste, abandonnant l'enfant ainsi sur le sol dur et froid. Appelé par un cosmos incertain et effrayé, Milo n'avait pas hésité à quitter les combats après avoir croisé Mû sur sa route, pour retrouver son fils.
Mû lui prit l'enfant des bras, aussi délicatement qu'il le put. Le petit corps crispé était glissant de sang et de liquide amniotique. Après quelques secondes d'intense concentration et d'écoute, il déclara :
- Il a des problèmes pour respirer, j'ai peur que ses poumons ne soient pas encore matures. Par précaution, il lui faudrait une couveuse. J'espère juste que celles du Sanctuaire ne sont pas trop endommagées à cause des combats.
Athéna s'approcha, aussi délicate et chaude qu'un rayon de soleil et, tous les regards tournés vers elle, déclara :
- Rentrons.
Je n'ai pas d'excuse. Mais j'espère que vous me croirez sincèrement si je vous dis : JE SUIS DESOLEEEEEEeeeee ! Je n'aurais jamais du l'absenter si longtemps =( mais je suis parti en vacance, j'ai voyagé 13 jours en Chine, et puis il y a eu la rentrée littéraire, et maintenant la rentrée scolaire et ... voilà =( J'espère simplement que ce chapitre vous comblera =)
Mais ne vous en faites pas, il en reste encore six avant la fin de cette histoire, et les Amazones n'ont pas totalement fini de faire parler d'elle ^^
Bisous !
