Chapitre 25. Le roi et l'oiseau
En pénétrant enfin dans Vert-Bois-le-Grand, forêt d'apparence sombre malgré son nom qui renvoyait les elfes sindar à l'age d'or de leur royaume, Wilwarin et Niphredil allèrent plus avant du groupe, s'écartant légèrement du sentier pavé. L'éclaireur s'était montré désireux de poursuivre l'instruction pratique de l'elfine durant la fin du voyage, trouvant d'autant plus pressant son apprentissage suite leur rencontre avec l'étrange caravane orque.
Bien que Thranduil n'appréciât guère l'idée d'avoir deux des siens seuls dans la nature après avoir rencontré la caravane orque, il ne s'y opposa pas. Le rôle des éclaireurs était souvent dangereux, mais même s'il détestait savoir Niphredil prendre des risques, il savait qu'il n'avait guère le choix : les éclaireurs étaient incapables de rester au calme bien longtemps, c'était dans leurs natures.
Un fait connu, néanmoins, le Grand Roi des Elfes n'était pas du genre à s'avouer facilement vaincu un jour il trouverait un solution à cela.
Allant lentement parmi les arbres centenaires, Wilwarin murmura à son élève ruses et astuces pour se repérer sous cette épaisse canopée de feuillage sombre, qui masquait le soleil aussi bien que les étoiles rendant la navigation plus difficile que dans la vallée de l'Anduin.
Il lui apprit également que la forêt n'était pas totalement envahie par l'ombre comme la lisière de la forêt le laisse à penser, et que la plupart des excursions des éclaireurs avaient pour but de repousser les filles d'Ungolianth qui pullulaient au sud pour ensuite remonter vers le Nord.
Les deux jeunes elfes passaient le plus clair de leur temps à l'écart des autres des autres pendant deux jours durant, et atteignirent enfin le refuge elfe au crépuscule du troisième jour après avoir franchi la lisière de la forêt.
Tous étaient à présents las et fourbus de ce long voyage, et Thranduil fut le premier à disparaître dans les méandres de la ville.
Niphredil pénétra dans l'appartement au coeur de Bar-an-Aran, ce petit havre de paix, qui n'avait pas bougé d'un pouce depuis sa dernière visite, hormis peut-être, le fait qu'on l'avait apprêté à son attention, si bien que même un bain fumant l'attendait.
Elle se défit de sa tunique poussiéreuse et se plongeant dans l'eau chaude avec un soupir de contentement, chassant de son esprit une réflexion sur comportement taciturne de Thranduil pour fermer les yeux et se détendre. Ses pensées allèrent à Thorin, à ses neveux et à Dis. Avait-il bien reçu son message, ou était-il déjà en route pour le fameux rendez-vous avec Groïn ?
Comme trop souvent, elle se sentait déchirée entre deux mondes, qui ne pourraient jamais se réunir.
Il devait faire nuit, quand un bruit de sa porte d'entrée l'éveilla en sursaut. C'est alors qu'elle se rendit compte qu'à présent, l'eau de son bain était à peine tiède et que les heures avaient passé, le jour étant à présent sur son déclin.
Elle sortit de l'eau en catastrophe, poussant un juron tout en s'enroulant dans un drap de bain. Elle saisit sa hache qui traînait prêt de sa tenue de combat et pénétra dans son salon, afin de voir qui venait d'entrer.
C'est avec surprise qu'elle découvrît Galion, mais aussi Gondren dans son salon, tout deux vêtus pour les festivités de la nuit.
Gallion fit un pas vers elle tenant dans ses bras une robe et déclara :
-Thranduil souhaite que vous portiez ceci pour le banquet de ce soir...
-Et il faut un intendant et un soldat pour me porter une robe ? S'étonna-t-elle avec une pointe d'ironie.
-Hé bien, souffla Galion, mal à l'aise. Le... Le seigneur Thranduil... Voudrez-vous voir sur-le-champ... Sans le moindre délai. Il tient à vous faire connaître la sanction due à vos actes à Imladris.
-Ne peut-il donc pas me laisser une soirée de répit, soupira l'elfine, j'irais le voir demain, je n'ai nul désir de subir sa mauvaise humeur ce soir.
-Il... Il a dit que vous diriez quelque chose comme ça, poursuivit Galion en évitant le regard courroucé de l'elfine, et...
-C'est ça, déclara Gondren, hilare, il a dit que si tu n'obéissais pas, on te traînerait jusqu'à lui. Qu'importe s'il fallait t'arracher de ton bain toute nue, ajouta-t-il avec un grand sourire moqueur.
Elle lui jeta un regard furieux alors que le garde royal se prenait un coup de coude de la part d'un Galion embarrassé et arracha la robe des mains de l'intendant pour allé l'enfiler, en une fraction de seconde, avant de réapparaître.
Galion lui désigna un écrin, mais le regard meurtrier qui le dissuada de poursuivre. Il fit un pas en arrière pour l'inviter à se rendre à l'appartement royal, visiblement peu à l'aise avec la mission que son roi lui avait confié.
Niphredil n'offrit, sans surprise, aucun résistance pour aller à la rencontre du roi en ouvrant la porte de sa demeure dans un grand fracas en tonnant le nom de souverain, visiblement furieuse.
Galion la suivit, blême et déposa l'écrin sur la table du roi en disparaissant le plus rapidement possible alors que Niphredil s'engouffrer dans la chambre du roi :
-Tu envoies des soldats pour me tirer de mes appartements maintenant ? S'écria-t-elle. Tu comptes me punir comme un chien pour cette histoire avec Galadriel ?
-Silence Pinig ! Tonna le souverain d'un voix profonde en lui faisant face, la toisant d'un air courroucé, je t'interdis de t'adresser à moi sur ce ton !
Il était à présent paré pour le banquet, dans ses atouts anthracite et argent, sa couronne d'été sur la tête, le visage contracté par la colère en réponse à la rage de l'elfine.
Par les Valar pourquoi doit-elle être si rebelle ?
-C'est une plaisanterie ? S'exclama-t-elle avec rage, tu m'as fait faire une semaine de route pour ça ? J'aurais dû partir avec les nains lors de notre rencontre, plutôt que de croire que tu pourrais te comporter autrement que comme un roi tyrannique !
-Non ! gronda-t-il avec étonnement empoignant ses épaules, ta place est ici ! Pour ce que tes agissements irréfléchis à Imladris, je te supprime ta dépendance personne de Bar-an-aran pendant les mois à venir ! Tu reprendras tes anciens appartements de servante, puis ce que tu n'es pas décidé à agir en noble dame ! Je ne peux permettre qu'une elfine se défit de mon autorité de la sorte ! Dame Elloth de Bar-an-Forod a accepté de t'apprendre à te comporter comme une dame, afin de remédier rapidement à tes manières épouvantables avant qu'elle nous cause de graves ennuis !
-Tu veux savoir ce qu'elles te disent, mes manières ? Grinça-t-elle, en se débattant sous sa prise, mais l'ellon tint bon et voir que malgré les années, les combats et les entraînements, elle ne pouvait lutter contre lui la rendait encore plus ivre de rage. Tu es un menteur Thranduil, je refuse de rester une minute de plus dans ce refuge. Tu t'es joué de moi !
-Il n'en est rien ! Gronda Thranduil, rageant qu'elle remette ainsi son honneur en question. Je fais cela par affection pour toi, uniquement ! Ton ignorance de nos usages pourrait t'attirer de graves ennuis !
-Vous avez l'art de rendre compliqué ce qui est simple, vous les sindar, murmura-t-elle, toujours furieuse malgré la tension de ses muscles qui s'apaisa légèrement. Ne pouvez-vous donc pas vivre en paix, comme à Imladris ?
-Imladris est un village d'à peine deux mille elfes oisifs, sourit Thranduil avant d'ajouter avec une pointe de fierté, ici, prêt de quinze mille des nôtres vivent et combattent les forces de l'ombre. Par le nombre et par les enjeux qui s'y déroulent, nos cités n'ont rien de comparable.
Niphredil se détourna dans un soupir à fendre l'âme, et se détourna du roi. Pourquoi ne lui avait-il donc rien dit de tout cela avant ? Elle finissait par croire qu'il aimait leurs disputes.
Sans cri et gare, le souverain se plaça derrière elle et glissa autour de son cou une chaîne de mithril et d'argent représentant une chaîne de feuilles vertes, collier qu'il lui avait déjà fait porter la veille et murmura à son oreille :
-Bientôt, tu comprendras mieux pourquoi j'agis ainsi... En dédommagement, je t'offre ceci, dit-il en laissant courir ses doigts délicats sur le bijou qui ornait à présent son cou.
Elle hoqueta de surprise, baissant les yeux sur le magnifique présent qui devait avoir autant de valeur que Caras Thorn, puis leva les yeux pour rencontrer ces pupilles de glace pour les scruter avec intensités. Elle aimait assurément cette attention, et à bien y réfléchir, elle se fichait pas mal de cette dépendance, elle était à la fois chez elle partout, et nulle part. De toutes les sanctions que Thranduil aurait pu choisir, il avait trouvé ce qui semblait être le meilleur prétexte pour la rapprocher le plus possible de lui. Une idée qui lui arracha l'ombre d'un sourire. Néanmoins, Niphredil se laissa porter par sa fierté et décrocha le collier de son cou pour le poser négligemment sur la cheminée à côté d'elle et déclara :
-Garde tes bijoux, je ne suis pas à vendre, Thranduil.
Elle va me rendre fou...
Après leur brève entrevue, Thranduil alla festoyer avec les nobles, espérant que cela lui adoucisse l'humeur après cette rencontre qui lui avait laisser un goût amer. Les autres se rendirent dans les quartiers de Bar-en-Forod, ou la dame Elloth, dirigeante du quartier nord, avait permis aux elfes de rangs moins nobles de se rejoindre dans ses jardins pour partager un moment festif. Niphredil se fit une joie de retrouver les elfes de Vert-Bois dans un cadre joyeux et détendu, et ne manqua d'y saluer enfin Tauriel, qu'elle n'avait pas revu depuis son dernier passage dans la cité.
Dame Elloth, Niphredil ne connaissait cette elleth que de vue, et n'avait que peu fréquentée ses quartiers par le passé. Néanmoins, elle fut surprise d'apprendre le lendemain matin, que Thranduil voulait qu'elle se rende à Bar-en-Forod chaque jour, pour que l'on lui enseigne le protocole quand elle en aurait fini avec son entraînements aux armes.
Une corvée qui s'annonce plus chiante que d'écouter les interminable palabre de Lindir...
Le premier jour, c'est Galion qui l'accueillit en fin de matinée, légèrement mal à l'aise au vu de leur rencontre de la veille, mais reprit rapidement contenance en commençant à lui enseigner ce qu'il appela « les bases des règles de la bienséance » en l'emmenant dans un abri ouvert au milieu d'un jardin de ce quartier, qui était richement décoré, tant dans les espaces de verdures et de fêtes, que dans les petites rues sinueuses qui abritaient bien plus qu'elfe que Niphredil ne l'aurait cru.
-On fait cours dans les jardins, à Vert-Bois ? S'étonna Niphredil en réprimant un bâillement d'ennui après plus d'une heure à recueillir des notes éparses sur les propos de l'intendant en second, qui s'avérait être le fils d'Elloth.
-Vous êtes une demoiselle, Niphredil, et nous ne nous connaissons que peut, il est donc séant de se rencontrer en public pour nos premières leçons. Pour ne pas vous effrayer, ajouta-t-il.
L'elfine rit et s'exclama en levant les yeux au ciel :
-Oh, je vous en prie Galion ! Je n'ai pas peur de me retrouver seule avec vous... Sans vouloir vous offenser.
-Ne levez pas les yeux de cette façon ! La réprima-t-il. Il serait plus convenable pour une elleth de répondre « je vous remercie pour votre sollicitude, maître intendant. »
D'un air sévère, il poursuivit ses réprimandes et ses explications passionnées pendant encore deux heures avant qu'il ne hélât un serviteur pour qu'on leur apporte deux repas afin qu'ils puissent déjeuner ensemble. Un choix qui n'enchantait guère l'elfine, plus que las qui avait hâte de retrouver le terrain d'entraînement ou elle devait ce rendre dans l'après-midi.
Là encore, il n'en fini plus de la noyer sous des injonctions et de phrase comme « une elleth bienséante ne fait pas... » Qui poussa Niphredil dans ses retranchements, ce n'est cependant qu'à la fin du repas qu'elle perdit son sang-froid et s'exclama :
-Insinuez-vous que j'ai été élever chez les porcs, Galion ? Je sais me tenir à table, je vous remercie et cessez donc de me houspiller pour des détails à crever d'ennui dont même Thranduil se passe !
-Il est le roi, Niphredil, gronda Galion, il pourrait bien interdire les couverts à table que nul n'en aurait à redire. Néanmoins, nous continuerons à apprendre à nous en servir pour faire honneur à nos clans au besoin ! Laissons cela de coter et dites moi plutôt ce qu'il est bon de dire après un bon repas en agréable compagnie.
-Aahh ! S'exclama-t-elle avec une voix rauque en tapant sur sa pense en prenant une position nonchalante à la limite du vulgaire, c'est de la bonne pitance, tavernier ! Me voilà pleine comme une putain !
Galion lui lança un regard profondément choqué, alors Niphredil laissait exploser un rire franc, bercé par les souvenirs de son quotidien auprès de Groïn et des autres éclaireurs des Monts de fer qui lui avait appris un langage à faire pâlir son propre père.
-Tu es impossible, pinig... Soupira une voix familière derrière elle.
Thranduil se tenait là, la mine impassible alors qu'une franche lueur d'amusement briller dans son regard face à son comportement rebelle, fronçant cependant les sourcils, car peu séduit d'entendre son elfine s'exprimer comme fille de mauvaise vie. À coté de lui se tenait une grande elfe aux cheveux brun et au visage sans âge, qui arquait un sourcil surpris. Dame Elloth était une elleth à la beauté commune pour sa race, peut être un peu plus replète que la normale, mais élégamment mis en valeur par une robe rouge audacieuse.
Niphredil salua chaleureusement les deux nobles, espérant que cela signifiait la fin de son supplice.
-Je comprends mieux le sens de ta requête, déclara Elloth avec un sourire amusé. Demoiselle Niphredil, laisser donc moi jusqu'à demain soir pour vous convaincre de l'utilité de tous ceci. Après, vous serez libre de revenir à Bar-en-Forod, ou non.
L'affaire fut entendue ainsi.
Niphredil, fut enfin libre de partir et se hâta de rejoindre Wilwarin pour savoir ce qu'il en serait de son avenir parmi les éclaireurs de la cité.
Ce dernier lui apprit à son grand désarroi que Sirion avait décidé qu'elle n'irait pas en patrouille avant la prochaine lune, car il tenait à ce qu'elle s'entraîne comme tous autre jeune recrue, au mépris de son expérience avec les nains, avant de retourner dans les bois. Cela, d'autant plus que ces histoires qu'orques pilleurs en maraude préoccupaient beaucoup le roi et ses vassaux qui brûlaient d'en apprendre plus.
A ce sujet, Naur et Glorfindel étaient les plus alarmistes, car le comportement des orques rencontraient étaient pour le moins inhabituel, poussant Gondren et le tueur de Balrog à vouloir mener une expédition éclair afin d'en apprendre dans les semaines à venir.
Au cœur de la nuit, alors que Niphredil, fatiguée par une journée bien remplie, s'apprêtait à se glisser dans ses draps, Thranduil entra dans ses appartements, d'un pas appesantit par l'abus de vin, lui intimant de se taire. Il déposa un chaste baiser sur ses lèvres comme pour les sceller, et glissa sa main dans la sienne pour l'entraîner vers son bureau. Là, il décrocha de son mur une vieille carte, et dévoila un passage secret que nul n'aurait put deviner, tant il était bien dissimuler dans la roche. Toujours en silence, il l'entraîna dans l'étroit escalier en colimaçon pendant plusieurs minutes, avant qu'enfin, une brise nocturne ne vint chatouiller leurs sens.
Ils étaient à présent au sommet d'une colline rocheuse, où Niphredil voyait contrebas la salle de réception extérieure de la cité. L'endroit, qui semblait être au point le plus haut de la forêt sur plusieurs milles, était totalement inaccessible à pied même pour un bon grimpeur et invisible pour quiconque.
C'était un petit jardin sauvage, ou jaillissait une source d'eau chaude en libérant des volutes de fumée au centre d'un petit bassin naturel, qui développait une nature verdoyante et étrange, mais magnifique.
Les pieds nus de Niphredil foulaient une mousse épaisse et plus douce que la soie, et relevant sa robe, elle trempa son pied dans la source et découvrit une eau à la température idéale.
-Un secret que je voulais partager avec toi, ma douce Niphredil. Ici, le temps, les saisons et les lois n'ont aucunes emprises. C'est le havre de paix qui apaise mon esprit. Si tu le souhaites, ce sera aussi le tien.
-C'est magnifique souffla-t-elle en détaillant l'endroit avec des yeux émerveillés, ne faisant que quelque pas pour approcher un énorme frêne à quelques, posant sa main sur le tronc en murmurant quelques phrases en vieux sindarin. Elle n'aurait su dire si c'était réel, ou simplement le vent que se jouait d'elle, mais elle cru entendre l'arbre lui murmurait quelque chose qu'elle ne put comprendre.
-Tu pourras venir ici quand bon te semblera, à condition d'être discrète, murmura Thranduil. Je sais que je t'avais promis que tu ne serais jamais importuné dans tes précédents appartements et je suis navré d'avoir dû revenir sur ma parole... C'est la dernière fois que cela se produit.
Il s'était rapproché d'elle, et Niphredil fit volte-face, et déposa un simple baiser sur ses lèvres, persuadé que toutes paroles ne seraient que superflu. Elle était heureuse de découvrir le jardin secret du roi, songeant que c'était une bien douce punition que d'avoir à partager son quotidien pour quelques lunes, bien qu'elle ne le lui avouerait pas même sous dla torture.
Quand il cessait d'être ce roi autoritaire et intransigeant, c'était un ellon agréable, d'une prévenance et d'une douceur inespérée.
Quelques baisers volés, c'est tout ce que s'autorisa Thranduil. Il ne voulait plus succomber à son désir, comme à Imladris, et risquer de lui faire du mal.
Pourtant, il n'avait pas réussi à résister à l'envie de la faire revenir auprès de lui, sachant que la tentation ne serait que plus grande de s'avancer avec elle sur des sentiers interdits. Il avait entrevu une occasion unique de pouvoir l'avoir prêt de lui tout en restant en dehors de tout soupçons aux yeux de sa cour. Il avait fait savoir que sa sanction serait d'être de nouveau de service dans ses appartements, dépouillé de ses privilèges, et nuls n'avaient trouver à redire à cela.
Personne ne s'interrogerait plus sur la raison qui poussait un roi à garder un petit oiseau prêt de lui avant bien longtemps...
Tout ceci est contre nature... Ce ne devrait pas être possible... Je perds la raison... Songea-t-il en parcourant des yeux un parchemin mortellement ennuyeux dans son bureau après que Niphredil ait regagné ses appartements.
Quand un ellon épousait une elleth, il le liait à elle, pas seulement pour la vie, mais pour l'éternité.
Jadis, presque dans une autre vie, il s'était lié à Meliana, sa si parfaite épouse... Jusqu'à il y a peu, il avait cru que rien ne pourrait atténuer la douleur de l'avoir perdu celle qui aurait dû partager son éternité.
De l'avoir perdu de cette manière.
Cela avait hanté ces nuits, pendant des siècles. Puis il songea moins à sa peine, il s'était haï pour cela.
Aujourd'hui, il se surprenait à désirer une autre. Pas seulement son corps gracile, mais tout son être. Vouloir la posséder. Pas comme un ellon peut prendre une elleth pour un instant charnelle ou même pour compagne, non, d'un manière plus violente, plus absolue encore, au-delà de ce qu'il était acceptable.
Ce ne devrait pas être possible et pourtant, cette folie est. Elle nous dévorera, d'une manière, ou d'une autre.
Le lendemain matin, alors que Niphredil chassait une fois de plus de son esprit cet étrange rêve où elle était cet elfing chasseur auprès de son père, et se rendit de nouveau à Bar-en-Forod, pour rencontrer cette fois Elloth, dame dirigeante de la maison du Nord. L'elleth, encore vêtu d'une robe rouge carmin la convia dans son bureau et commença sans ambages :
-Bienvenue dans ma demeure demoiselle Niphredil, soyez la bienvenue dans ma maison.
Avant que nous commencions d'ennuyeuses leçons, je voudrais te poser une devinette, que voici : il y a autour d'une table un roi, qui reçoit un conseiller, puis un argentier. Ils entrent à tour de rôle, se font servir un repas, et parlent d'affaires pendant de longue heures. À la fin, qui sera le plus instruit à propos des affaires du royaume ?
-Le roi, répondit Niphredil sans hésitation, trouvant la question étrange.
-Faux ! S'exclama l'elleth brune, une réponse classique, digne d'un sujet loyal, mais terriblement fausse. L'échanson qui fut de service, ce serait l'échanson ! Il aura assisté le roi lors de ses rencontres, mais plus encore, il aurait était là avant, pendant et après, ne ratant rien de ce qui est dit, répété, ou même passé sous silence. Nul ne prend garde à l'échanson, et continue ses discussions comme s'il n'existait pas. Hors un échanson n'est pas sourd, il pourrait tirer un grand profit de ce qu'il apprend en allant d'une riche demeure à une autre comme une ombre pour monnayer son savoir.
Néanmoins, petite elfine, ce n'est pas pour t'apprendre à être une servante que Thranduil te confie à moi, mais pour t'apprendre les subtilités du royaume, afin que tu ne te fasse pas dévorer par des personnes comme Anneth, l'épouse de Naur. Savoir tuer un orque, c'est très bien, mais tu ne peux agir ainsi avec tout et tout le monde. Ton père adoptif t'a donné l'ébauche d'une éducation de dame, nous allons la parfaire ensemble.
Intrigué par l'étrange discours d'Elloth, Niphredil écouta ses conseils et ses leçons, ce jour, ainsi que les suivants.
L'elleth était par ailleurs un professeur bien moins ennuyeux que Galion. Niphredil appréciait sa sagacité ainsi que sa langue parfois acérée qui accompagner son humour mordant. Si les premières fois, elle se contentait de lui parler, et de lui faire lire d'ennuyeux livres d'éthique, elle ne tarda pas à emmener l'elleth avec elle à travers les cuisines, les écuries, et les passages secrets de service dont bon nombre d'elfes ignoraient l'existence.
Elle lui apprit également que la plupart des artistes, chanteurs, danseurs musiciens, et tant d'autres vivaient dans le quartier Nord, qui plus que l'intendance, gérait en vérité tous les aspects des festivités de la cité.
«Beaucoup méprise ma maison, en disant que c'est le repère des rêveurs et des serviteurs feignants, mais il n'en est rien. Nous sommes des artistes, des esprits libres et créatifs. Nous sommes derrière chaque musique qui s'élève à Vert-Bois, avec un peuple qui aime tant les banquets et les festivités, il y a tant à faire ! »
Niphredil songea avec une pointe de honte qu'elle aussi, n'avait jamais prêter attention à Bar-en-Forod, car elle n'avait eut d'yeux que pour un art : celui du combat.
Elle apprit également qu'Elloth était en un sens une mine de renseignements pour Thranduil et qu'il devait une grande partie de ses informations sur ce qu'il se passait dans son royaume à l'elleth brune. En effet, il rencontrait une fois par semaine, de manière soi-disant fortuite, dans quelque jardin désert.
Le soir après ses leçons, Niphredil partageait souvent un repas, ou seulement quelques instants avec Thranduil, lui racontant avec passion ces journées, ou écoutant simplement le roi lui apporter des nouvelles du monde, avant que ce dernier de s'en retourne dans son bureau se perdre dans la montagne d'administratif qu'il avait de retard depuis son voyage.
Un peu plus de deux semaines après leur arrivée, le roi fut appeler à quitter la ville avec Glorfindel et les éclaireurs, sans rien en dire Niphredil qui ne s'alarma pas de son absence matinale. Ce fut Elloth qui le lui apprit.
-Parti ? S'exclama-t-elle ne laissant passé une pointe d'étonnement irrité, mais... Il n'en a rien dit... Pour où ? Pourquoi ne rien m'en dire ?
-Il rend visite aux Dunedains dans le nor, et ce pour quelques jours. Arador, le chef de leur clan, souhaitait qu'il offre sa bénédiction à sa fille nouvellement née. Je regrette qu'il ne soit pas venu pour que nous fêtions cela, soupira l'elleth avec un air nostalgique, son épouse est charmante, j'aurais aimé voir comment grandit son petit Arathorn. Mais avec les orques et leurs étranges trafics, nous devons être prudents...
- Thranduil et ses secrets, soupira Niphredil, avec un geste d'impuissance. J'adresserais un courrier à Arador pour lui adresser mes félicitations pour ses enfants. C'est un homme de bien, puisse Iluvatar lui accorder une vie heureuse.
Elloth sourit à sa déclaration, semblant partager son avis et déclara en ensuite :
- Je vous proposerais de profiter de ce temps sans vos royales obligations pour rencontrer la demoiselle Tarnnath. Elle a beaucoup changé ces dernières années, j'ai ouï dire qu'elle aimerait beaucoup vous revoir.
Niphredil leva un regard étonné sur la noble. Bien qu'elle sût que c'était son rôle de savoir ce genre de chose, elle s'en étonné toujours. Cependant, ce n'était pas une nouvelle pour l'efine, car Amdir était déjà venu la voir à ce sujet, et elle avait poliment décliné en prétextant avoir beaucoup à faire auprès du roi.
Elle déclara en faisant mine de sortir :
-Je vous remercie, dame Elloth, pour ce dernier conseil et pour tout... Mais j'avoue que je vais profiter de l'absence de notre aimée roi pour aller tuer quelques créatures de l'ombre avec Tauriel. Voilà bientôt une lune que je suis ici, Sirion devrait m'autoriser enfin à sortir !
Niphredil disparut peu de temps après sous le regard amusé d'Elloth, qui s'accouda à sa fenêtre pour regarder l'elleth poursuivre sa route, murmura pour elle-même :
-C'est fou ce que tu peux ressembler à ton père.
Comme convenu, le seigneur de Bar-en-hàr vint la rencontre de Niphredil sur le terrain d'entraînement le lendemain matin, soldant son apprentissage du mois passé par un duel amical. Un moment redouté par l'ensemble des combattants novices, car Sirion était un des meilleurs guerriers de la terre du milieu, et il était connu pour ne ménager personne.
Pour l'occasion, Amdir et Wilwarin étaient venu en temps que spectateur, car tout deux savaient que Niphredil aurait bien besoin d'amis après cette entrevue qui serait sans doute courte.
Elles l'étaient toujours, et ne finissaient pour ainsi jamais en faveur de la jeune recrue.
L'ellon était venu sans même s'encombrer de son armure, ne revenant qu'une tenue de cuir légère malgré l'affrontement à armes réelles, laissant de côté les épées d'entraînements.
Il avait attaché ses cheveux en une longue tresse rousse qui retombait dan son dos, une coiffure inhabituelle pour les elfes, sans doute était-il le seul à priser les nattes en dehors de l'elfine qui attendait nerveusement son supérieur.
Ils se saluèrent selon les usages, le visage du générale n'exprimant pas la moindre expression sympathique. En quelques minutes à peine d'affrontement à la fois rapide et rude, il désarma Niphredil en lui administrant un violent coup de pommeau sur l'épaule, et lui administra une gifle sonnante par la même occasion.
Un geste déplacé compte tenue de la situation, qui arracha une expression de surprise à Niphredil qui porta la main sa joue :
-Je te gifle comme une enfant, car c'est ce que tu es ! Une elfine stupide, qui ne parvient à défaire que les ennemis plus stupide qu'elle ! S'exclama-t-il avec une pointe de rage. Tu rejoindras les éclaireurs dès demain, par ce que Wilwarin dit que tu t'en sors en combat réel et en pistage, mais si tu meurs, c'est lui, et non moi qui en portera la faute !
Sirion quitta le terrain d'entraînement sur ces mots, ces bottes frappant durement sur le sol alors qu'Amdir venait de la rejoindre, suivit de prêt par Wilwarin.
Ils ne lui avaient rien dit, persuadé que Sirion parviendrait à la traiter comme n'importe quelles jeunes recrues, mais hélas, ce ne fut pas le cas, car en la giflant il avait dépassé les bornes. Lui, le général si parfait, qui ne faisait jamais la moindre erreur.
Il avait posé les yeux sur elle, mais ce n'est en vérité un souvenir douloureux qu'il aurait voulu retenir au cœur de la cité.
Pendant les jours suivants, Niphredil passa la plupart de son temps hors des murs de la ville, détruisant les araignées qui pullulaient autour de la cité refuge des elfes, diminuant drastiquement les sorties oisives de ces derniers en extérieurs.
Affronter les descendantes d'Ungolianth était une chose nouvelle pour l'elfine. Elle du admettre que c'était de loin les adversaires les plus répugnants qu'elle avait eut à affronter jusque là, et qu'elle furent bien moins sottes que les orques et les gobelins.
Néanmoins, combattre ces créatures lui permettait de s'occuper l'esprit, alors que chaque soir quand elle rentrait dans ses appartements, elle peinait à trouver le sommeil.
Il lui manquait.
Particulièrement quand elle se retrouvait seule, la nuit dans sa demeure devenue trop silencieuse.
Elle lui en voulait d'être parti ainsi, comme un voleur dans les ombres et se promit de lui faire savoir sa manière de penser de son comportement dès son retour. Mais pour l'heure, elle se dirigea discrètement vers le jardins secret du roi dans les hauteurs pour se delasser de plusieurs jours de traque.
Elle avait eut son content d'horreur pour aujourd'hui et voulait ôter cette odeur de transpiration et de mort de sa peau en se plongeant dans la source chaude qui n'était éclairé que par la lumière des étoiles, et celle de la lune.
Ces lieux sont d'un réel réconfort, songea-t-elle en s'allongeant dans l'herbe grasse au bord de l'eau, uniquement revêtu d'une sous-robe blanche qui lui arrivé à mi-cuisse.
L'une de ses mains caressant la surface de l'eau, elle s'assoupit ainsi.
Elle rêva de nouveau de cet elfing inconnu, et de son père. Mais pour la première fois, elle vit ce que l'enfant avait abattu. -Il n'avait pas l'air dangereux, murmura l'elfing, blême. -Sauron n'avait pas l'air dangereux, jadis, lui répondit l'ellon en l'entraînant loin de leurs méfaits. Je me souviens de la première fois que je l'ai vu. Il ressemblait à un elfe, bien qu'il fût immense, plus grand que Gondren encore ! Il avait le plus beau visage que je n'ai jamais vu, sa voix était douce et son sourire charmeur. Il était si avenant, que nombreux furent ceux qui se laissèrent berner par ces paroles empoisonnées, et cela faillit bien coûter la liberté à l'ensemble des peuples de la terre du milieu. Tu ne dois pas te laisse charmer par de belles apparences, seul les faits comptent. Un jour, mon fils, tu seras roi. Tu devras savoir lire entre les lignes, pour protéger les tiens.
Un nain, bien plus petit que tout ce qu'elle avait jamais vu jusque-là, et d'un apparence repoussante, à la fois sale, et aux proportions inégales.
Voir ce petit elfing achevé le nain devant lui après hésitation, mais d'un geste sûr, lui glaça le sang. Plus encore, de voir un éclat de fierté dans les yeux de son père.
Un regard de glace, d'un bleu presque gris, perçant, qui lui était familier.
-Oui, père ! S'exclama l'enfant avec passion. Je serais digne d'être votre fils ! Nulle beauté et nulle illusion ne serait me détourner de mon objectif !
Le grand ellon lui ébouriffa ces cheveux d'or et murmura, plus pour lui-même que pour son fils :
-Moi aussi, je dirais cela, avant de rencontrer ta mère... Allons, Thranduil, pressons-nous ! Je crois savoir que le jeune Naur attend ton retour avec impatience !
Niphredil ouvrit brusquement les yeux, le souffle court.
C'est impossible...
Elle se redressa, le regard hagard, et rencontra le regard interrogateur de Thranduil, adulte. Il était assis à côté d'elle, encore vêtu de sa tenue de cavalier, l'épée à la ceinture, sans doute là depuis peu.
Tant de choses se pressaient dans son esprit, tant d'émotions contradictoires qu'elle resta juste là, hébété, à le regarder, incapable de réagir. Néanmoins, Thranduil lui n'hésita pas à mettre à profit cette stupeur et l'attira contre lui pour embrasser ses lèvres d'un geste doux.
-Te voir dormir est décidément une chose fascinante... À quoi rêvais-tu ?
-Oropher... Murmura-t-elle, les yeux perdus dans le vague, et ignorant le roi qui se crispait devait-elle, visiblement peu satisfait de la réponse, elle posa une main sur son visage, et poursuivit : tu as ses yeux, ce même regard...
Thranduil se raidit un peu plus, surprit. Elle ne pouvait pas savoir cela, c'était impossible, son père était mort des milliers d'années avant qu'elle ne vienne au monde.
-La lune a dû troubler ton esprit, pinig, dit-il en fronçant les yeux en rencontrant son regard encore trouble, presque halluciné. Puis elle sembla comme reprendre pied, et son regard s'assombrit, annonçant la tempête :
-Tu es parti sans rien me dire, pourquoi ? J'avais l'air fine devant Elloth à ne pas savoir que tu étais parti !
-Je n'ai pas de compte à rendre, à qui que ce soit, grinça le roi, commençant à penser qu'il préférait l'instant d'avant, si étrange soit-il.
La vérité, c'est qu'il n'avait pas voulu prendre le risque qu'elle l'accompagne. Non pas par ce qu'il ne désirait pas sa présence, mais par ce qu'il se souvenait que trop bien de l'intérêt que lui avait porté Arador jadis, qu'il ne supporterait pas qu'il se comporte de nouveau ainsi avec elle, que ce soit pour des raisons diplomatique, ou personnelle.
Il avait prit cette décision en songeant encore et encore à ce qui la liait à Orophin. La jalousie le dévorait, et il voulait que cela cesse, bien qu'il craignait de préférer le doute à la réalité :
-Quelle relation te lie à Orophin ?
Cette fois, Niphredil se figea, puis fit mine de se lever, en déclara :
-Ce ne sont pas tes affaires, tout comme tes allées et venues ne sont pas les miennes.
Or, Thranduil n'était pas décidé s'arrêter là, il se leva d'un bon et l'agrippa fermement, les traits déformé par la colère et s'exclama dans un grondement :
-Je refuse d'entendre de telles absurdités ! Tu t'es offerte à lui, c'est cela ? Répond par les Valar !
Non ! En aucun cas ! Siffla-t-elle, quand bien même je l'aurais voulu, aucun ellon ne touchera jamais une elleth aussi laide !
Cette déclaration laissa Thranduil stupéfait. En premier lieu par ce qu'il était soulagé, mais aussi par ce qu'il regardait l'elfine en face de lui, et qu'il ne voyait absolument rien de laid. Elle était même très belle, avec ces cheveux roux dorés, ces taches de rousseur qui peuplaient son visage doux et mutin, plus petite que la normale, mais une taille si fine qu'il pouvait presque en faire le tour en joignant les mains.
-Tu es aussi belle comme l'aurore, Niphredil... Murmura-t-il en se penchant pour embrasser son épaule jadis meurtrie, je t'interdis de penser le contraire et je ne veux plus jamais entendre de telles absurdités...
Niphredil lui adressa un regard sidéré, et des larmes coulèrent de ses yeux. Des larmes de soulagement, alors que la crainte d'être rejetée et abandonné par cet elfe auquel elle était attaché presque malgré elle, s'envolait.
Libérée, elle oublia sa colère, l'embrassant avec une passion douce mêlée d'un brin de timidité qui donnait à ses baisers une saveur si délicieuse, se laissant aller à faire ce qu'elle désirait vraiment. Pas par ce qu'on cela attendait d'elle, ou par ce que l'on lui ordonnait, mais pour la première fois depuis toujours, elle faisait ce qu'elle voulait.
Thranduil l'attira un peu plus contre lui, glissant sa langue entre ses lèvres pour approfondir le baiser - ou plutôt qu'il tentait de la dévorer-, caressant sa peau soyeuse, laissant courir ses mains de manières sensuelle sur ces hanches bien dessiné.
-Niphredil, murmura-t-il, à son oreille en l'étreignant avec force, je ne veux pas te faire de mal...
-Alors, aime-moi, lui répondit-elle en déposant mille baisers sur la mâchoire du roi, qui, charmé, inclina la tête et souffla « de tout mon être » avant de reprendre ses lèvres d'assaut, ne donnant plus dans la demi-mesure.
L'avait-il seulement déjà fait ?
Toute la raison qui caractérisait habituellement chacun des actes du Grand Roi des Elfes s'étaient envolés, son royaume, sa pesante couronne, tout étaient à mille lieux de ses préoccupations alors qu'il sentait la chaleur de la rousse incendiaire l'envahir.
Il rendit hommage à la pointe fine de ses oreilles, la faisant frissonner, puis à la naissance de sa mâchoire, descendant pour mordiller la peau fine de son cou alors que Niphredil s'affairait à désordonner ses longs cheveux d'argent d'ordinaire si impeccable.
Il se défit à la hâte de sa tunique devenue trop encombrante, malmena son pantalon sans la moindre considération, mais fit glisser les bretelles de la robe de Niphredil d'un geste infiniment délicat, puis tout le reste de sa robe pour l'attirer contre lui, à présent tout deux dans leurs plus simples appareils.
L'elfine était ivre de ces nouvelles sensations, impressionné par l'ellon prêt d'elle dont tout son être rayonné de puissance, et d'une envergure considérable.
Il l'allongea doucement sur l'herbe, et contempla un instant sa beauté, les yeux brillants comme des étoiles, avançant au-dessus d'elle à la manière d'un prédateur, se déplaçant lentement alors qu'il allait s'emparer de sa proie.
Il la posséda avec une pointe de fébrilité, s'emparant de sa virginité d'une poussée vigoureuse qui la fit hoqueter de douleur, avant de se mouvoir avec une douceur infinie, tempérant ses ardeurs les plus sauvages.
Thrandhuil la fit sienne, sous les étoiles, comme la tradition le voulait pour les elfes qui devenaient amant pour la première fois, communiant de la plus délicieuse des manières, avant qu'il ne serre de nouveau l'elfine dans ses bras avec force, comme si elle craignait qu'elle ne s'échappe.
Mais cette dernière ne semblait aucunement désireuse de quitter cet espace chaleureux entre ces bras, et lui adressa le plus doux des sourires avant de capturer ses lèvres.
-J'aurais tué pour que tu sois enfin là, avec moi, lui murmura-t-il en caressant ses cheveux roux désordonnés par leurs ébats.
Une déclaration aussi touchante qu'inquiétante, mais Niphredil n'était guère d'humeur à être effrayé, alors qu'elle se sentait plus vibrante que jamais. En cet instant, elle sut ce que voulait dire se sentir vivante, presque invincible même.
Si bien qu'avec un sourire goguenard, elle passa sa main au-dessus du torse de son amant, alors frôler l'eau prêt d'eux dans un bruit humide, et à l'instant même ou Thranduil ses intentions, elle les poussa tout deux d'un geste habile dans la source chaude.
Un geste qui arracha à Thranduil un rire, rare, et sincèrement amusé accompagné d'un : « Tu es impossible, pinig », alors qu'il rejetait en arrière sa chevelure dégoulinante.
Oui, impossible, à mille lieux d'une elfine de bonne éducation, qui se serait contenté de lui demander la permission de se revêtir et de disparaître après quelques derniers baisers. Niphredil était là, rieuse et espiègle, en train de barboter joyeusement autour de lui, alors que sa pudeur de vierge semblait s'être envolé.
Libre, voilà ce qu'elle était. Depuis le premier instant où il avait posé les yeux sur elle, et maintenant encore, si ce n'est plus. Plus qu'il ne l'avait jamais été, alors que lui était roi, alors que tous se soumettaient à sa volonté. Elle lui faisait penser à un petit rossignol et nul doute que si elle avait des ailes, elle s'envolerait.
Loin de moi...
Cette pensée l'assombrit, et il se saisit de l'elfine prêt de lui pour la serrer dans ses bras, comme pour s'assurer qu'elle n'en ferait rien. Délaissant leurs affaires éparpillé sur le sol, il la prit dans ses bras pour la porter jusqu'à sa couche, se fichant de laisser des traces humides sur son passage.
Cette nuit là, il l'invita à partager sa couche, et alors qu'il la sentait sombrer dans ses bras, il murmura :
-C'est ici qu'est ta place à présent, nim fileg, mon petit oiseau. Ici, et nul part ailleurs.
Quand Niphredil s'éveilla au matin, elle crut un instant que tout ceci ne fut qu'un rêve. Un doux rêve, qui lui fit monter le rouge aux joues. Mais en réalisant qu'elle était toujours dans la chambrée royale, que son propriétaire dormait à côté d'elle, murmurant de temps à autre dans son sommeil, tout prit une dimension bien plus réelle.
Inquiétante même.
Car Thranduil n'était pas qu'un ellon tantôt caractériel, tantôt amant passionné, il était aussi le roi.
Le père de Legolas...
Et elle, qu'était-elle ? Pas grand chose, cela était certain, tout juste une jeune recrue pour les éclaireurs... Toute juste une elfine qui venait de se compromettre avec un seigneur aussi puissant que dangereux.
De la chaire pour nourrir un dragon...
Cette pensée, la fit frissonner, et elle fit mine de repousser les draps soyeux alors que des bras puissants l'enserraient pour l'attirer contre un torse musclé d'un geste délicat et possessif.
-Ai fileg, où comptes-tu aller comme ça ?
-Mon roi m'a prié de m'entraîner aux armes chaque matin, dit-elle en guise d'excuse, avant de déposer un baiser sur le front du dit souverain je suis déjà en retard... Le seigneur Sirion va me dépecer vivante.
-En retard ? Répéta-t-il en haussant un sourcil amusé, alors qu'il se mit à caresser ces courbes tantôt douces tantôt musculeuses, hum... Le mieux est de ne pas t'y rendre, pour éviter que l'on te vole cette peau délicate. Ton roi t'excusera auprès de son vassal, j'en suis persuadé.
En ce jour, le Grand Roi des Elfes lui-même laissa de côté ces obligations, et posséda son elfine une fois de plus, enivré par sa présence qui réveillaient en lui des passions oubliés.
Dans ces appartements, son sanctuaire, nul ne viendrait les troubler, et il n'avait aucune envie de se préoccuper de ce que le reste du monde pourrait avoir à dire de son comportement.
La seule qui contait ici, c'était que son sourire ne meurt jamais.
Ici, elle est à moi, et à nul autre.
Ils partagèrent un déjeuner ensemble, servit sur la terrasse du souverain, avec un lot de courrier et de missive sur un plateau voisin, comme chaque matin.
Plus d'une lune qu'ils étaient rentrés à Vert-Bois, pourtant il lui sembla qu'il y avait toujours un milier d'affaire en retard, eui requièraient son attention, majoré davantage par sa visite chez les Dunedains. Parmi tous ces courriers, il remarqua l'une de Daïn, entièrement rédigé en Khuzdul, lui arrachant un soupir exaspéré, alors qu'il la tendit à son amante.
Cette dernière la parcouru rapidement du regard, avant de la répondre en répondant au regard interrogateur de Thranduil
-Hé bien... Daïn s'offusque de ta requête, et assure qu'il ne commercera en effet lus avec le royaume des forêts, et qu'il prend notre désengagement comme un grave affront... Ensuite... Il m'insulte copieusement, rien de bien fascinant.
-Ce nain est un être méprisable, soupira Thranduil en se saisissant de la lettre du bout des doigts, comme si c'était une chose répugnante, les valar m'entendent, je rêve de lui donner une bonne correction.
-Pour ma part, je prie pour que jamais les nains et les elfes n'aient à prendre les armes pour s'affronter, soupira Niphredil, pareille situation me rendrait folle.
Fin de chapitre
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