Bonjour à toutes,
Deux mois ont passé et je ne vous ai pas oubliées… Pour cause, j'aurais normalement une nouvelle surprise d'ici quelques semaines. Surveillez vos BAL.
Merci Lyra pour ton aide précieuse, je ne parle même pas du temps passé…
Bonne lecture.
Chapitre 20
1ère partie
- Monsieur, nous avons intégré le système.
- Bien, répondit l'homme en pianotant de ses doigts fermes sur le bureau en chêne massif de style baroque.
L'or de sa chevalière se reflétait étrangement sur le tableau richement chargé de noir et de vert foncé et créait un effet lumineux qui s'harmonisait parfaitement avec le paysage inquiétant. Le domaine semblait moins lugubre que ce qu'il ne pouvait paraître en réalité et il ne tenait pas vraiment à se replonger dans cet état de fait. Pour le moment, tout devait rester sombre. Tout comme son état d'esprit actuel.
- Connectez-moi aux caméras.
- Cela sera fait d'ici une minute Monsieur.
- Une minute est définitivement trop long, cracha-t-il.
Patientant malgré lui face à la lenteur exaspérante de son interlocuteur, il attendit que les images s'intercalent sur les écrans devant lui. Contrôler les faits et gestes de tous les Cullen était devenu une ambition bien plus importante que de pouvoir maintenir la façade irréprochable de sa propre image. Il ne voulait absolument pas arrêter cette chasse à l'homme. Durant des années, il avait mûri sa détermination et les derniers événements avaient mis un point d'honneur à accélérer ses décisions. Tout ce qu'il souhaitait maintenant c'était atteindre celui qui avait rendu sa vie misérable. Depuis tant et tant d'années. L'éteindre pour avoir la place qu'il méritait.
- Vous allez être connecté d'ici cinq secondes.
- Ma patience est assez limitée et vous le savez. Dorénavant j'attends de vous et de votre équipe une irréprochable progression. Votre statut ne pourra en aucun cas vous aider. Que ce soit clair !
Il frappa son poing sur le sous-main de bureau en cuir noir, chargeant l'air d'une atmosphère angoissante.
- Tout est très clair Monsieur, lui répondit calmement la voix au bout du fil.
Il savait que son employé taisait sa repartie cinglante et pour cause, le sang qui coulait dans leurs veines respectives était semblable en de multiples points et ça aucun des deux ne pouvait le discuter. Personne n'osait jamais lui manquer de respect. Il voulait simplement faire de lui quelqu'un de fort et de déterminé. C'est ce qu'il avait désiré lui inculquer pendant tout ce temps. Il l'avait foncièrement déçu jusqu'à maintenant et sa faiblesse allait bientôt être un tourment qui serait derrière lui. Derrière eux. Enfin, c'était ce qu'il espérait. Après tout il avait attendu assez longtemps.
Les images apparurent enfin et le visage du plus jeune des Cullen s'étala en plan large devant l'écran central. Son regard, bien qu'inquiet sur la vidéo en temps réel, révélait cette détermination et cette inébranlable assurance qu'il parvenait à voir de temps à autres sur le visage de son employé et malgré lui, il s'épancha en pensant que détruire Cullen n'allait en aucun cas être un gâchis. Il fallait simplement qu'il sache ce qu'il allait faire de ceux qui allaient rester. Mais n'était-ce pas le prix à payer pour toutes ces années d'affliction ? Ces années où il aurait dû être considéré comme l'option la plus réfléchie. Toutes ces années où il avait patienté dans l'ombre, observant sa proie longuement, tel un prédateur se préparant à attaquer. Le moment était venu.
ooo
Lorsque la fonction « alarme » de mon téléphone retentit ce lundi matin, je réalisais que je n'avais dormi que deux heures tout au plus. Aucun doute sur le fait que porter mes cernes jusqu'à chez Newton&Sons Inc. allait être un parcours quasi-impossible et lorsqu'Edward me ceintura plus fermement contre lui, je me blottis contre son torse, bien heureuse de débuter ma journée dans ses bras.
- C'est une idée ou tu as fait la girouette toute la nuit.
Il embrassa mes cheveux et je répétai son geste sur son buste ferme et nu. Je renforçai ma prise sur ses muscles du dos avec ma main gauche et remontai sur sa peau lisse jusqu'à sa nuque. Mes doigts effleurèrent ensuite ses omoplates et tracèrent un chemin sur ses pectoraux pour se rapprocher de ma bouche. Son pied s'enroula autour de mon mollet et mes jambes nues furent prises au piège. Millimètre par millimètre, je dégustai Edward et le matin était à la fois une délicieuse mosaïque de baisers et une liane de caresses.
- Je n'arrivais pas à trouver le sommeil, expliquai-je entre deux baisers.
- Nous ne nous sommes pas assez dépensés, commenta-t-il en laissant errer sa bouche sur le pavillon de mon oreille.
Je pouffai à peine, les lèvres écrasées sur son épiderme soyeux.
- Vu tes légers ronflements, un de nous s'est suffisamment dépensé pour l'autre !
- Oseriez-vous sous-entendre Miss Swan que je n'ai pas été assez endurant ? dit-il d'une voix assurément claire tout en me basculant sur le dos.
- Arriverais-je à semer le doute en toi Edward Cullen ? ris-je alors que l'obscurité de la pièce ne me permettait pas de voir les traits de son visage parfaitement amusés.
- Je pense, Isabella Swan, que tu es infatigable lorsqu'il s'agit de sexe.
Il descendit sur mon corps nu et me chatouilla intentionnellement de sa barbe naissante. Il oublia délibérément mes seins mais commença à faire une fête monumentale à mon ventre et mon nombril trouva sa bouche tout à fait à son goût. Je n'avais pas d'autres choix que de me raidir de frissons et de m'agripper fortement à ses avant-bras. La surprise et l'apprivoisement faisaient encore partie de notre découverte physique. Cette phase allait-elle durer longtemps ? Dieu que je voulais qu'elle s'éternise.
- Devrais-je douter de moi Isabella ?
Un coup de langue m'ôta un gémissement incontrôlé. Qu'importe la partie de mon être, Edward se transformait en une espèce de générateur de désir. Sa langue devenait peu à peu la dynamo de ma libido. Charmant, rien qu'à moi.
- Mhum, non.
- J'aime lorsque nous tombons d'accord, continua-t-il en escaladant mon corps jusqu'à se retrouver en-dessus de ma gorge.
À ce moment-là je compris qu'il fallait que je sois coopérative pour obtenir ce que je voulais et ce que je désirais se résumait uniquement à son royaume aux trente-six couleurs.
- Pourquoi es-tu restée éveillée une bonne partie de la nuit ? me demanda-t-il.
Je sentis son érection au plus près de moi et Edward joua à multiplier mon envie. Son bras droit entoura ma tête et il m'embrassa doucement sur mon épaule gauche, relevant légèrement son poids de mon corps. Ma main était libre d'aller où elle en avait envie. Alors, je me permis de vagabonder chastement dans le but de l'amener à me provoquer l'air de rien, les lèvres dans son cou et mes doigts sillonnant chacune de ses vertèbres.
- Je trouve étrange que de toutes les sociétés qui ont leurs bureaux à l'Onyx, seules la tienne et Newton&Sons Inc. soient visées, continuai-je notre conversation aussi sérieuse que mes gestes en devinrent pleins de désir. Et... tu es seul lien commun entre les deux.
- Par extension il y a également Crowley.
J'omis délibérément de me citer mais Edward était assez brillant pour savoir que je n'avais nul besoin de le souligner. Peut-être pensait-il même qu'il restait une grande part de naïveté demeurant tout au fond de moi pour ne pas faire le rapprochement moi-même. Bien sûr que non.
- Tu y as pensé ?
Il se déplaça de quelques centimètres et je perdis légèrement le contact de son bas-ventre sur le mien. Ma main droite rattrapa son bras et ses doigts se posèrent sur ma joue. Sa bouche effleura la mienne et le moindre toucher de ma partie charnue ressentit des picotements d'une sensualité suggestive. Le frôlement de nos deux peaux était si excitant que s'en était indicible. Mon « l'air de rien » se retourna contre moi. Invariablement.
- Isabella... L'équipe technique en saura certainement un peu plus ce matin, enfin c'est ce que j'espère, soupira-t-il. Attendons la suite. Je ne veux pas que tu t'inquiètes, d'accord ?
L'alarme de son portable se déclencha à son tour et il se déplaça pour l'éteindre. Il alluma la lampe de chevet qui diffusa une lumière vive et je clignai des yeux alors qu'il cachait son visage sur le traversin.
Quelques secondes plus tard, je me redressai sur mes coudes, fesses sur le matelas et seins à moitié couverts par les draps. Mes pupilles tombèrent sur mon fin élastique noir oublié après ma première nuit dans cet appartement. Lorsqu'il comprit ce que je venais de voir, il se tourna sur le côté, sa main gauche soutenant son crâne.
- Tu l'avais laissé ici. Tu es restée avec moi tout ce temps, tu vois.
- Je vois, dis-je écrasant ma tête sur le lit, bienheureuse. Je n'avais pas fait attention que je l'avais oublié ici. En même temps ce jour-là, tout ce qui m'importait c'était de quitter cette pièce et être le plus loin possible de toi.
- Je crois qu'il va prendre la poussière pour que je me rappelle longtemps à quel point j'ai pu être stupide ce jour-là.
Il enleva les quelques cheveux qui barraient mon visage.
- C'est une interdiction d'y toucher alors ? déblatérai-je avec un brin d'espièglerie.
- Tout à fait.
- Par moments tu ressembles à un fétichiste, me moquai-je gentiment.
Je respirai un grand bol d'air alors qu'Edward me souleva pour me presser contre son corps.
- Je dois l'être quelque part. Un fétichiste des poignets, commença-t-il en agrippant mon poignet droit tout en descendant jusqu'à arriver à mon magnifique bracelet.
- J'ai remarqué. Tu as cette manie de saisir mon poignet avant ma main.
- Il y a une part de convoitise, je sais que je ne peux pas le nier. Tu as multiplié les exemples depuis que l'on se connaît, précisa-t-il, complètement alerte sur sa façon d'être. Je pense que je suis un fétichiste des bijoux peut-être aussi. Et comme tu n'en portais pas mis à part ton anneau, je suis à présent un fétichiste de toi nue avec mes bijoux !
Il remplaça sa main par sa bouche et embrassa l'intérieur de mon poignet avec mesure mais assez pour que je ressente une puissante brûlure. Sa main gauche, elle, s'aventura dangereusement sous mes fesses.
- Un fétichiste oui... Tu me rends comme ça, me confessa-t-il de manière évasive.
- J'aime ça, soufflai-je. J'aime tellement ça.
Il s'appliqua à donner à mon dos un massage d'une lascivité extrême et la volière qui s'envola dans mon ventre, bloqua une nanoseconde l'activité de mes poumons. Les yeux clos, j'écoutai son cœur battre la mesure avec une force incompressible. Nous jouions une sorte de symphonie magnifique et notre duo sublimait le romantisme absolu. Je me redressai à peine et nos lèvres se complétèrent avec douceur, prolongeant notre réveil émouvant. Aucun matin avec Charmant ne ressemblait aux précédents.
- Bonjour ma toute nouvelle et définitive colocataire, dit-il contre ma bouche.
- Salut, chuchotai-je.
- Tu es pauvre en adjectifs ce matin, stoppa-t-il ses mouvements. Il semblerait que je sois sur le point de rencontrer ma petite-amie en manque de sommeil du lundi matin ?
- Je suis juste en manque de Cullen et apparemment il a décidé que parler était mieux que... coucher. Du coup, je me concentre sur comment lui faire comprendre mon insatisfaction.
Il sourit.
- Toujours droit au but Miss Swan !
Je plissai les yeux et retroussai mon nez tout en remuant la tête doucement de gauche à droite pour lui signifier que droit au but n'était visiblement pas à l'ordre du jour. Il ricana et saisit ma jambe pour la caler contre lui.
- Allumeuse, murmura-t-il.
Il empoigna ma nuque et je plongeai ma bouche sur la sienne pour lui prouver le contraire. La tension sexuelle s'éleva à mesure que sa main remonta sur ma cuisse. Son pouce appuya sur ma chair pour me faire bien prendre conscience de son avancée onctueuse. Sa virilité creusa à l'intérieur du mince espace qu'il restait entre nous et je m'entendis gémir lorsqu'elle effleura mon clitoris. Ces instants étaient si intenses. Je me sentis si proche de lui dans tous les sens du terme même si j'étais dans l'incapacité de définir précisément mon état d'esprit. Être avec Edward était une succession de parties de plaisir et je ne pensais pas une seule minute à revenir à ma misérable vie de Bella Swan, passant son temps libre à écrire des articles, lui semblant pompeux à présent. Ces nouvelles activités avec Charmant était irrémédiablement plus éducatives.
Lorsqu'Edward agrippa mes fesses à deux mains pour m'approcher plus près de lui, il en profita pour en souligner l'arrondi et ce fut lui qui s'oublia dans un gémissement. Commencer à comprendre le fonctionnement d'Edward en matière de préliminaires était carrément plus instructif. Soudain son téléphone portable sonna, je râlai ouvertement.
- Merde c'est Newton ! rouspéta-t-il.
Tchaïkovski ?
- Casse-Noisette est ta sonnerie pour Newton ? m'esclaffai-je alors que le morceau jouait toujours.
Il passa sa main gauche au-dessus de son front et l'emmena jusque dans ses cheveux. Je vis ses yeux passer de l'excitation à l'amusement.
- C'est ironique, argumenta-t-il avec un mal fou à se retenir alors que je me permis de rire à gorge déployée.
- J'espère bien Edward ! Même moi j'ai plus de respect pour ce type alors qu'il est censé être mon boss excessivement pénible qui m'empêche clairement de m'envoyer en l'air avant de partir bosser ! Un lundi pour couronner le tout !
Je lançai un regard à son téléphone alors que j'eus l'impression qu'il grossissait à vue d'œil tellement la musique était forte.
- Ce type a toujours eu le don de se pointer au mauvais moment ! Regarde, appuya-t-il ses mots en touchant mon bras. Tu te rends compte qu'il le fait vraiment exprès ! maugréa-t-il. Si tu savais le nombre de fois où il a surgi au moment où je pensais pouvoir engager une discussion avec toi à la fin de mes conférences.
Je bus ses paroles telle un psychanalyste à court de confessions. En entendre plus sur ses plans à cette époque était captivant. Dém avait évoqué le fait que la réserve d'Edward était une raison pour laquelle il avait hésité à me parler mais Edward m'avait également avoué au Crispín's que son impatience avait commencé à lui travailler l'esprit.
- Donc ce pauvre type est celui qui t'a empêché d'amorcer une conversation plus… disons amicale avec moi ?
- C'est évident, affirma-il avant de sourire de manière impertinente. C'est une plaie !
Il repassa sa main sur son front puis plia son bras pour le poser contre le traversin, blasé comme jamais.
- Je l'aime bien, dis-je pour faire ressortir sa jalousie verbale. Juste après Crowley bien sûr mais…
D'un geste tout à fait maîtrisé, Edward me retourna comme une crêpe et passa sa langue entre mes lèvres de manière si érotique et si rapide que je me tus dans l'instant. Le portable cessa de sonner et Edward prit le relais pour nous amener dans l'extase dans un de ces moments où nous étions finalement tombés d'accord sur le fait que Casse-Noisette allait devoir prendre un ticket après la séance matinale de travaux pratiques. Allumeuse ? Juste ce qu'il faut…
ooo
Lorsque nous accédâmes au parking souterrain de la résidence, Edward me tendit les clés du 4x4 et porta son téléphone à son oreille. Je haussai les sourcils et il fit un mouvement de tête visant à me rassurer. Je les saisis et devins alors la seule commandante à bord de son véhicule tout-terrain noir rutilant. En prenant la place du conducteur, l'unique chose à laquelle je pensais était de savoir à quel degré nous pourrions incliner les sièges pour avoir le maximum de place possible pour un nouveau « bang-bang ». Mais lorsque son interlocuteur décrocha, j'abandonnai l'idée et la remis à plus tard. Cette bagnole aurait ma peau et le pic vert pouvait s'accrocher au pare-chocs à l'avance, je savais que j'y arriverais un jour ou l'autre !
- Salut Mike, c'est Cullen. Tu as essayé de me joindre ? fit-il alors que le voiture ronronna sur place.
Edward passa son bras derrière mon appui-tête et je reculai lentement le 4x4 en vérifiant les obstacles avec les caméras de recul. Je m'engageai vers la sortie écoutant songeusement la conversation entre Edward et Newton.
- Je suis en route... Oui.
La circulation était dense comme chaque jour de la semaine mais ce matin me semblait pire que d'habitude. Je fis attention au moindre véhicule ou piéton. Cela faisait si longtemps que je n'avais pas conduit. Et pourtant, je constatai que les automatismes ne n'avaient pas vraiment quitté. Le 4x4 était facile à manœuvrer et l'appréhension qui m'avait gagnée sur le moment lorsqu'Edward m'avait confiée ses clés disparut rapidement.
- Personne ne m'a contacté. Je ne pense pas... Non... Ma collaboratrice travaille aujourd'hui depuis son domicile. Je vais simplement passer voir Biers et après je monte au vingt-sixième. Ça me semble bien. Hum... Oui... Aucune idée.
Edward pivota vers moi et peigna de ses doigts mes cheveux. J'avais du mal à axer mon attention sur la route et un regard en coin vers lui me signifia qu'il écoutait vaguement les paroles de Newton. Je souris bêtement et il passa le dos de sa main sur ma joue comme s'il me faisait savoir qu'il me gardait à l'œil. Bien sûr qu'il le faisait. Charmant partageait et contrôlait mon monde depuis quelques jours déjà. Bien avant Boston si je m'avouais lucide.
- Cela me semble bien... Oui on peut faire comme ça. Isabella et moi avons encore du travail concernant le dossier Crowley... Oui. Je pense que d'ici quelques semaines, nous aurons fini... Oui... Probablement... Depuis chez nous.
Chez nous ?
- Très bien. Neuf heures et quart, j'y serai.
Il raccrocha et enleva sa main en contact avec moi. Il pencha sa tête en arrière contre le dossier de son siège et un regard rapide me permit de constater qu'il avait fermé ses yeux. Le fait qu'il m'accorde sa confiance pour me laisser conduire et qu'il se détende, déclencha un nouvel élan de vanité et je zigzaguai vigilante tantôt à gauche tantôt à droite, derrière de multiples files de voiture. Seul le clignotant résonnait dans l'habitacle et ce quasi-silence me rassérénait. Enfin presque. Nous ?
- Est-ce que tu vas bien ? le questionnai-je au bout d'un instant silencieux.
- Oui. Newton a finalement programmé une réunion en début de matinée.
Il releva sa tête et joua machinalement avec son portable en le verrouillant puis le déverrouillant pour enfin le déposer dans le vide poche entre nous. Il expira lentement et je sus qu'il allait une nouvelle fois me sortir un éléphant du coffre de la voiture. J'arrivais à lire en lui rien qu'en l'observant mais je ne voyais pas vraiment ce qu'il y avait de pire que « Veux-tu m'épouser Isabella ? » et je savais qu'il était un peu plus malin pour ne pas me balancer ce genre d'ineptie alors que j'étais au volant. Même si sa dernière approche concernant le sujet avait été très claire. « Légalement, on ne me refusera rien si... » avait-il sous-entendu.
- J'ai dit à Newton que nous étions ensemble, lâcha-t-il de but en blanc.
Dire que j'étais soufflée par ses paroles serait minimiser mes dispositions mentales à cet instant-là et non pas que je doutais de ce que je ressentais pour lui, je ne pouvais pas m'empêcher de me dire que c'était trop tôt. Ceci dit j'évitai de justesse de faire un écart sur la route et me contentai d'opiner d'un faible mouvement de tête, lui signifiant que j'avais tout bien enregistré. Ce n'était pas le moment de d'abîmer cette voiture qui me faisait insidieusement tant de promesses.
- Les vidéos, reprit-il.
Je serrai le volant plus fortement en essayant de comprendre exactement de quoi il me parlait et quel était le rapport.
- Les vidéos ? De l'Onyx ?
Du coin de l'œil, je vis qu'il acquiesçait modérément.
- Riley Biers, le responsable de la sécurité générale de l'Onyx a épluché une partie des bandes et nous en a montré quelques-unes hier soir. Sur certaines, il y a les va-et-vient du personnel de Newton, les clients, etc... Toi et moi apparaissons à plusieurs reprises.
- Oh d'accord.
- J'ai dû également justifier les dernières accréditations jusqu'au trentième que j'ai permis depuis les six derniers mois. Il en a été de même pour Newton. J'ai préféré lui en parler avant qu'il ne se rende compte que nous passions beaucoup de temps ensemble.
- Je comprends.
- Ok tu comprends, répéta-t-il comme pour se prouver que j'encaissais facilement la nouvelle.
Il tapota sur sa cuisse un tempo cohérent avec deux doigts. Je repensai immédiatement à sa guitare qui avait mystérieusement disparu de la chambre.
- Il va s'en dire que tu ne t'es pas lancé dans le covoiturage, souris-je sans lâcher la route des yeux.
- Justifier ton kidnapping pour Boston par une surcharge de travail était très limite alors arriver et partir tous les jours avec toi relevait de l'évidence. Newton n'est pas stupide. Même si nous n'avons aucun compte à lui rendre, je préférais être clair dès le départ. Le fait que je sois plus ou moins en affaires avec lui passe mieux et nos relations sont au beau fixe alors je l'ai mentionné.
- Je vois. Je ne voudrais pas que vous perdiez toute crédibilité auprès d'un partenaire non plus Monsieur Cullen ! ricanai-je.
Il roula des yeux tout en souriant, arrêtant dans la seconde son jeu sur sa cuisse.
- Et moi je ne veux pas que tu te sentes mal à l'aise à présent. Cependant, j'ai épluché le règlement intérieur et rien ne concerne les rapprochements entre collaborateurs, dévoila-t-il.
- Je suppose qu'on a déjà vu deux collègues qui couchent ensemble ! Jane et Marcus sont l'exemple parfait de la non-discrétion ! Même s'il est clair que nous n'avons rien à voir avec eux. Tu as vraiment étudié le règlement intérieur ? le questionnai-je étonnée.
- Isabella, la dernière chose que je souhaite n'est certainement pas de te faire perdre ton emploi. Je n'ai pas non plus envie de me cacher ou de te mettre dans l'embarras au moindre geste involontaire. Même si le lieu de travail est sacré, je me tape des bruits de couloir. Si tu veux que je quitte Newton, je le ferai aussi. Sur-le-champ même.
- Edward je ne pense pas que nous devions en arriver là. On peut gérer ça et je ne souhaite pas me cacher non plus, dis-je alors que je m'arrêtai au feu rouge.
Je desserrai mes poings sur le volant et fis glisser les paumes de mes mains plus bas sur le cuir. Je tournai mon visage vers lui, relâchant ma respiration, et vis Angela marcher au pas de course et traverser une intersection pour se diriger vers l'Onyx Tower.
- Même si je pense que nous allons un peu vite, je ne me sens pas non plus comme si je subissais tes décisions nous concernant, précisai-je.
- Je sais, opina-t-il de la tête. Tu avais aussi ton mot à dire et...
- Il faut vraiment que nous nous mettions d'accord sur certaines choses Edward, poursuivis-je en cherchant ce que je souhaitais lui exprimer depuis un moment. Des milliers de choses même. Mais je ne compte pas me défiler non plus et je comprends que tu te sois senti obligé d'informer Newton.
- Je sais bien que nous aurions dû en parler avant Isabella et je comprendrai aussi que cela ne te plaise pas. J'ai été pris au dépourvu.
Il avait l'air de se sentir coupable malgré mon aval et je ne souhaitais pas vraiment ça. Il avait d'autres préoccupations plus importantes que mes petits états d'âme. En définitive, peu importe ce qu'il faisait et comment il le faisait, je ne pensais pas être un jour d'un avis différent au sien, du moins en finalité, même si le chemin qu'il empruntait était toujours plus sinueux que le mien.
- Edward... Je n'irais pas à dire que tu m'as enlevée une épine du pied parce que je n'avais pas réellement soulevé la question. Nous avions évoqué le fait de ne pas en parler alors j'en suis simplement restée là. Je n'ai pas à justifier de ma relation avec toi auprès de mon patron. Il le sait, tant mieux ! Mais honnêtement, je comptais garder tout pour nous.
- Tu ne voulais pas non plus en parler à Angela Weber ?
Un klaxon retentit et j'appuyai sur l'accélérateur pour me réengager dans la circulation. Je tournai rapidement dans le souterrain après avoir dépassé la barrière de sécurité qui venait de reconnaître le badge collé au pare-brise.
- C'est trop tôt. Elle l'apprendra bien un jour mais en attendant...
- J'y compte bien, me coupa-t-il.
Je levai les yeux au ciel loin de sa vue sans pouvoir m'empêcher de traduire mentalement sa phrase façon « langage Cullen ».
- Lorsqu'elles vont le savoir, les assistantes des responsables de tous les départements vont me faire la peau ! arguai-je après avoir laissé échapper un ricanement.
- Je te protégerai !
- C'est ça Sexy Cullen, tu me protégeras ! m'esclaffai-je en parquant la voiture sur sa place dédiée.
- Isabella, tu sais ce qui peut t'arriver si tu me cherches ? joua-t-il en m'adressant un regard énigmatique.
- Quoi par exemple ? fis-je innocente en pressant le bouton « parking » du véhicule.
Ses pupilles se dilatèrent et développèrent un soupçon de désir derrière cette pointe de provocation.
Bon Dieu qu'il était sexy.
- Je pourrais faire rajouter un panneau à ton nom en dessous du mien, argumenta-t-il en me faisant signe devant nous.
- Mais tu ne le feras pas, m'étranglai-je presque.
- Tu crois ? me demanda-t-il mi taquin, mi sérieux.
Je coinçai ma lèvre entre mes dents stupidement.
- Tu aimes quand je te cherche, conclus-je. Tu ne feras jamais ça sans mon avis.
- Miss Swan, j'aime tout de toi mais j'aimerais l'afficher en grand. Souvent même. Je présume que ce panneau serait une excellente excuse.
- Voilà pourquoi je suis ton chauffeur ce matin ! La mise en situation ? l'interrogeai-je presque vexée de ne pas avoir fait le rapprochement immédiatement.
- Plus ou moins, rit-il. Ça et le fait que je souhaiterai te convaincre d'abandonner définitivement le métro. Peut-être trouveras-tu une satisfaction à venir ici par tes propres moyens ?
- Des négociations de bon matin alors ?
- Plus rapide, plus simple, plus...
- Polluant ! m'opposai-je en donnant un petit coup avec ma main sur le volant en cuir sobre.
- Les pourparlers viendront plus tard Miss Swan. Je suis certain que nous trouverons un nouveau terrain d'entente, me sourit-il avec une idée derrière la tête. La réunion que Newton colle à ses employés tôt ce matin me permettra de peaufiner mon argumentaire.
- Le sujet est clos, espérai-je alors que le mot « infini » se gravait dans mon esprit.
Il bougea sa tête négativement alors qu'il détachait ma ceinture. Edward retint ma main alors que j'allais ouvrir la portière.
- Isabella. Pour Newton..., hésita-t-il.
- C'est bon Edward. Tu as bien fait, je ne suis pas contre une officialisation. Je suis juste vierge en la matière, souris-je. Ta famille est au courant. Alors fais juste ce qu'il te semble important.
Sauf ce satané panneau…
Il approcha doucement son visage du mien. Je sentis son haleine fraîche et son odeur si exquise.
- J'ai agi spontanément mais je cherche avant tout à nous faciliter la vie.
- Je m'en rends compte Edward.
- Tu es si parfaite.
- Si intelligente, tu veux dire !
- Bien plus encore.
Il posa sa bouche sur la mienne et sa main entoura l'arrière de mon crâne en fourrageant mes cheveux avec volupté. La volière se centra au milieu de mon ventre faisant remonter un effet d'ébullition. Edward prit tout son temps pour s'appliquer, dupliquant ma soi-disant perfection à la sienne.
- Tu vas avoir quartier libre pour la journée et celle de demain certainement, d'après ce que j'ai compris, finit-il par me dire avant que nous descendîmes du véhicule. La sécurité a besoin de vérifier le serveur.
- Je m'en doutais un peu. On va certainement me demander mon emploi du temps et vérifier mon ordinateur. Mon bureau et mes effets personnels peut-être aussi.
- Non, je ne pense pas. La police n'a pas été prévenue. Tout se fait en interne et sans ouverture d'enquête, Newton ne peut pas demander à vérifier autre chose que ce qui appartient à la société. Par ailleurs, je me suis porté garant pour toi, expliqua-t-il. C'est aussi pour cela que j'ai informé Newton et Biers que nous avons passé le week-end ensemble.
- Je ne veux absolument pas de traitement de faveur Edward ! répliquai-je outrée. Ce n'est pas équitable par rapport à mes collègues !
- Tu veux parler de Marcus Miller ? Jane ou autres confrères qui pensent que les échelons ne se gravissent que par la trahison ou la baise promotionnelle.
Je grimaçai alors que j'essayai de ne pas imaginer Jane et sa tentative de séduction ratée auprès d'Edward.
- Je t'ai dit que je te protégerai, continua-t-il avec douceur. Ne discute pas.
Mon cœur se mît à tambouriner follement alors qu'il caressa ma joue et ne s'épuisa que lorsque je montai dans l'ascenseur, laissant Edward bifurquer vers la zone du service de sécurité de l'Onyx au premier niveau.
La réunion dura une bonne heure et l'équipe de Riley Biers eut bien pour mission de « confisquer » l'ensemble des ordinateurs portables de la société. Je me fis toute petite au moment où nous dûmes tous rejoindre le service informatique, regroupé en salle 26C. Cette Chienne de Jane me jeta un coup d'œil, se demandant certainement pourquoi je faisais du surplace dans le couloir. J'avais envie de lui dire « N'est pas Chienne privilégiée qui veut ! » mais après tout, cela aurait été me rabaisser à n'être qu'une écervelée guidée par une espèce d'odorat qui approchait plus du fumet des croquettes à la viande que de ce que l'effluve d'Edward me provoquait réellement. Alors pour mon propre respect, je pris place au bout de la file pour remettre mon ordinateur portable au gars type de la sécurité.
Edward, qui sortait de la salle de conférence accompagné de Newton, ne put s'empêcher de sourire en constatant que j'étais passée outre ses recommandations. Mon épine dorsale frissonna lorsqu'il me déshabilla du regard et même s'il faisait semblant d'être pleinement concentré par sa conversation avec mon patron, je pouvais lire en lui un semblant de fierté. Je ne pus m'abstenir de me dire que même si cet homme n'était qu'à moi, je pouvais également composer avec lui et n'avoir aucune peur d'affirmer ma personnalité. J'attendis alors patiemment mon tour et au bout d'un moment, je me rendis compte que je jouai inconsciemment avec les trois cœurs de mon bracelet plutôt que mon alliance.
Après avoir signé les principales décharges que demandait l'équipe de Biers, Edward me guida dans l'ascenseur sous le regard de quelques Chiennes de Newton. Plus les journées passaient et plus je pouvais voir leurs questionnements concernant notre relation. En définitive, la seule personne que je ne mettais pas dans le même panier était Angela. Sûrement parce qu'elle ne paraissait absolument pas intéressée par Edward, en plus de sa gentillesse sincère.
- J'ai l'impression de n'avoir commencé à vivre que lorsque nous nous sommes retrouvés pour la première fois dans cet ascenseur.
Mes mots avaient dépassé ma pensée et mon aveu aurait pu sembler facile à avouer à Edward à ce stade de notre intimité mais pourtant, je manquai toujours d'assurance.
- Je…, hésitai-je à reprendre le fil de mes paroles.
Edward se rapprocha de moi. Son bras effleura mon épaule et je relevai mon visage vers lui. Nous étions seuls et c'était presque une aubaine à cette heure-ci de la journée. Tout l'Onyx devait être en effervescence. J'imaginai tout à fait, chaque société prendre à présent leurs précautions pour éviter ce qui se passait chez nous. Après tout, nous n'avions qu'à subir les conséquences, les autres devaient être dans la crainte d'une quelconque cyber-attaque.
- Continue Isabella, me pria-t-il en me faisant face.
Il renversa doucement ma tête pour que nos yeux soient à la même hauteur.
- Edward, même si tu désacralises ce que représente Casse-Noisette de par son nom ridicule, souris-je à la limite de la moquerie. Il est certainement celui qui m'a permis de te connaitre vraiment.
- Ce que tu dis est vrai.
- Ce que je dis est toujours vrai, blaguai-je alors qu'il me relâcha et posa ses mains sur mes épaules.
Je détaillai avec soin le haut de son buste et ne pus m'empêcher de le toucher à mon tour, comme si le besoin dépassait l'envie.
- Peut-être devrais-je lui présenter mes excuses, ironisa-t-il avec humour. Après tout, ce gars a sans doute de grandes intentions professionnelles à ton sujet. C'est un point que je ne peux pas lui reprocher. En ce qui nous concerne, je suppose qu'il a apporté une certaine aide au moment le plus opportun.
Sa bouche se froissa légèrement comme s'il avait du mal à admettre le rôle de Newton à un stade chaotique de ma vie et de la sienne a fortiori.
- Rien de ce qu'il s'est passé entre nous n'a été opportun, affirmai-je, doucement guidée par l'effet de l'ascenseur me faisant ressentir la sensation de peser plus léger.
Les niveaux défilaient et je me fichais éperdument que la descente dure un siècle.
- Effectivement, le terme que j'ai choisi n'est pas approprié. Mais nous avons déjà défini que mon sens du timing était déplorable.
Edward ôta sa veste de costume bleue foncée et la porta nonchalamment sur son avant-bras droit avec l'air d'un homme d'affaires. Il était la splendeur incarnée.
- Sans le savoir, il m'a fait quitter Seattle. Je..., peinai-je à continuer. Même si j'aurais pris la route tôt ou tard, ce job m'a sortie de la noirceur dans laquelle j'évoluais.
- Mieux vaut tôt que tard, détermina-t-il en se postant devant moi. Est-ce que tu considères Casse-Noisette comme ton prince ? ajouta-t-il avec cette maudite pointe d'humour sarcastique.
Je repensai au ballet de Tchaïkovski et au conte. L'allusion d'Edward était claire et la ligne d'inquiétude sur son front m'aiguilla sur son ressenti. Casse-Noisette avait sauvé Clara du Roi des souris pour se transformer ensuite en prince mais à la vérité le comparatif n'était pas juste. Newton n'était pas mon prince ni mon héros. Edward n'était pas mon prince non plus et je n'aurais jamais pu ressembler à Clara. Edward Cullen était bien plus et j'étais différente. Charmant avait son propre Royaume, celui où j'espérais avoir un siège bien défini. À l'infini.
- Il est mon Bon Samaritain. Mike Newton est une personne charitable à mes yeux, murmurai-je en cherchant ses pupilles.
Sa main droite se faufila sous les cheveux de ma nuque et il me rapprocha de lui rien qu'avec ce simple geste. Je lui obéissais parce que j'aimais ça.
- Tu apprécies donc Newton, admit-il malgré lui, cherchant à avoir de plus amples explications sur mon ressenti.
- Pour ces deux raisons essentiellement, oui. Il m'a aussi trouvé un toit où vivre alors que je m'installais à Manhattan. J'ai vécu quelques semaines sur Brooklyn mais mon logement était insalubre et loin du boulot. Et je ne le montrais pas mais j'étais perturbée. C'était un grand changement dans ma vie. Elle a changé pour mieux, grâce à lui Edward. J'éprouve un grand respect pour lui.
- Ce que tu me dis me rend deux fois plus jaloux, étira-t-il son sourire tout en caressant mon cou entre son pouce et son index droit.
Sa main gauche s'enfonça dans la poche de son pantalon et sa veste coincée au niveau de son bras glissa sur son poignet.
- Je ne le vois uniquement que comme ça. Bien loin de la version de ton Casse-Noisette, m'amusai-je.
Ses doigts descendirent au niveau du premier bouton mon chemisier bordeaux cintré et il ne perdit pas une seconde sa main droite des yeux. Mon phare était si consciencieux que je sentais bien qu'Edward avait autant besoin que moi de mémoriser nos moments entre parenthèses, même si aucun de nous semblait se résoudre à s'éloigner de l'autre. Jamais.
- Je comprends mieux.
- Tu n'as pas besoin de mettre un panneau en-dessous du tien dans le parking de cette tour. Mike Newton ne m'a jamais vue comme une personne qu'il pourrait mettre dans son lit.
- Ce type doit être gay !
J'éclatai de rire et l'éloignai de moi de mes mains sur son torse. Son gilet resta impeccablement bien à sa place et ses mains attrapèrent mes hanches. Dans l'élan, il me colla à lui au milieu de la surface à la place restreinte.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et un couple de businessmen entra. À contrecœur, nous nous détachâmes l'un de l'autre et Edward saisit mon poignet gauche. Nous reculâmes instinctivement dos à la paroi, au fond de l'espace clos. Les deux hommes nous saluèrent un peu gênés. Edward secoua la tête plus agacé du dérangement qu'ils venaient de nous causer que du fait qu'ils aient assisté à notre étreinte. Je frottai chastement ma jambe contre la sienne pour adoucir son mécontentement. Il riva son regard sur moi tout en me souriant en coin et je baissai ma tête sur nos chaussures. Cirées noires et vernies rouge bordeaux.
- Il n'est absolument pas gay Edward, chuchotai-je. Il est simplement sélectif en matière de femmes.
Je ressentis un profond malaise et m'aperçus alors qu'un des deux types, le plus jeune sûrement âgé d'une trentaine d'années, me dévisageait depuis l'effet miroir des portes de l'ascenseur. Au moment où il esquissa un sourire, je pivotai mon visage vers Edward sans lui montrer le moindre intérêt. Edward enlaça ses doigts aux miens fermement et lui lança un regard noir. Depuis son profil, j'aperçus le tracé de ses lèvres en une ligne dure. Son amusement avait nettement disparu.
- Aucun homme ne peut être sélectif lorsqu'il s'agit de toi, promulgua-t-il en effectuant un second serrement de ma main. Chaque homme qui croise ta route en est un exemple bien précis.
L'homme abdiqua et reporta son attention sur le type qui l'accompagnait, loin de nous. Edward semblait lui avoir refait le portrait par la pensée.
- Chaque exemple n'est qu'un exemple, murmurai-je toujours alors que lui venait de parler d'une mesure bien plus haute. Je sais qu'il n'y a qu'un seul homme à qui je peux faire confiance.
Celui qui me protège. Charmant.
Edward se pencha sur moi et embrassa mes cheveux avec une affection tempérée en apparence, mais ses lèvres effectuèrent une pression franche.
- Casse-Noisette est forcément gay !
Comme si tous les types devaient forcément avoir envie de coucher avec Bella Swan ! Ce monde était aussi improbable qu'il y ait l'éventualité d'un New York où les Chiennes ne renifleraient plus Edward Cullen !
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur l'accès au parking et nous montâmes rapidement dans le véhicule. Edward conduisit et alors que je pensais que nous allions rejoindre directement l'appartement, il fit un crochet sur une voie de circulation différente. Cette route correspondait à la direction de mon appartement mais au vu du nombre d'accès disponibles entre le bureau et ma résidence, nous aurions pu nous arrêter à mille endroits entre temps.
- À quoi penses-tu Isabella ? m'interrogea Edward prudemment après m'avoir jeté plusieurs œillades.
- Je me demande où tu nous emmènes.
- J'avais pensé que l'on pourrait, tu sais... se débarrasser de ton ancien appartement, tatillonna-t-il en déclassant ma résidence comme si elle n'appartenait qu'au passé.
Edward ne s'embarrassait pas des détails et n'avait que peu de temps à leur consacrer. Pas question du « deux poids, deux mesures ». Avec lui, il était constamment sujet de « Un Charmant, une décision ».
- Toujours cette impatience Monsieur Cullen ! ris-je finalement. Est-ce qu'un camion de déménagement garé en double file nous attend devant ma résidence ? le taquinai-je.
Il pressa mon genou gauche au lieu de râler ouvertement et je ris de plus belle.
- Suis-je si prévisible ou bien est-ce que tu me permets de mettre cela sur le compte de mon besoin irrationnel de fusion avec toi ? Tu sais, celui qui m'empêche de modérer mes actes te concernant.
Je pouvais sentir son amusement et derrière tout ça se cachait une grande part de vérité.
- Une déduction tout simplement. Mais cela me fait plaisir que tu reconnaisses ta non-modération ! Cependant je suis presque certaine que tu essaies de connaître mon avis sur cette histoire de fusion, relevai-je.
Il s'arrêta au feu rouge et alluma la musique au lecteur high-tech du 4x4. Elle jouait en sourdine dans la voiture et je me détendis.
- Je ne t'ai pas caché que je ressentais l'envie que nous soyons proches tous les deux, amorça-t-il comme si cela devait être forcément une évidence pour moi.
- Parce que ? arquai-je un sourcil pour en savoir encore plus.
Plus de détails. Toujours plus de détails.
- Parce que nous sommes fusionnels et que ce sera mon premier argument. Parce que cela fait un an que j'attends cela. Et parce que par chance pour moi Isabella, tout est très différent de ce que j'aurais su imaginer et c'est une excellente chose. Entre autres.
- Donc aucun espoir de dire que toi et moi avons tout simplement tiré le bon numéro ?
Nous nous sourîmes face au degré léger de la conversation alors que nous discutions à cœurs ouverts. Pour lui cela semblait si facile.
- Pas vraiment non, releva-t-il. Tout me plaît à dire que le hasard n'y est pour rien.
- Bien sûr que si Edward notre rencontre n'est que le hasard même si…
- Même si je t'ai chassée ? rit-il.
- Oui même si tu m'as chassée, poursuivie, kidnappée et… harcelée !
- On devait forcément se rencontrer et c'est exactement ce qu'il s'est passé peu importe la façon dont nous avons réussi !
- Du hasard, conclus-je.
- Non de l'évidence fusionnelle ! s'exclama-t-il, touchant à nouveau ce point sensible. Et dans notre cas, une fusion engendre une acquisition !
Ah voilà où il voulait en venir !
J'éclatai de rire et me permis de jeter un coup d'œil sur le côté pour me donner un petit sursis avant de parler.
- Et bien sûr un bracelet autour d'un poignet, un panneau devant une place de parking prouvent exactement la nature de l'acquisition, repris-je après réflexion.
- Tu comprends tellement vite Isabella. C'est vraiment épatant à quel point tu sais lire entre mes lignes ! Parfaite en tout point et tu sais que je le pense.
Je laissais reposer nonchalamment ma main droite sur le cuir mat noir qui ornait la portière, excellant dans l'élégance des véhicules haut de gamme.
- Est-ce que tu te rends compte à quel point je vais te faire ramer Edward ?
Il pilota son 4x4 d'une main et desserra lascivement le nœud de sa cravate.
- Peu importe. La chance n'a pas toujours été en ma faveur et pourtant tu es là et prête à rapatrier l'ensemble de tes affaires chez moi aujourd'hui. Chez nous.
- Je suis là mais je n'ai rien dit concernant mes affaires !
- Et tu as dit que tu m'appartenais hier matin lorsque je t'ai offert ce bracelet, éluda-t-il volontairement.
Je hochai brièvement la tête devant sa façon têtue d'avancer ses pions. Il se gara dans la rue parallèle à ma résidence et coupa le moteur.
- Et puis je me rappelle avoir entendu parler d'accessoires pour cette fameuse reconnaissance du terrain. Nous sommes encore dans cette phase d'expérimentation. Si je ne tente rien concernant cette expatriation complète, je ne verrai rien de tout ça.
Je virai de blanche à cramoisie et cela n'eut rien avoir avec un quelconque effort physique. J'eus un instant l'espoir que le sol de la voiture chauffe tellement qu'il m'offre une sortie de secours improvisée. Cependant, il m'avait fait parler de mes activités solitaires auparavant. Très exceptionnellement solitaires. J'étais condamnée à le sortir de sa cachette.
- J'ai peut-être... menti, tentai-je, souhaitant lui enlever cette idée de récupérer mon vibromasseur.
Il bougea la tête de gauche à droite.
- Le panneau arrivera bien un jour mais ta place sera juste à côté de la mienne. Quel que soit l'endroit Isabella.
Ses paroles fanèrent mon sourire au fur et à mesure, uniquement parce qu'aussi sérieux que cela puisse être, il m'aidait à me rendre compte de la puissance de nos sentiments l'un envers l'autre. Je n'avais aucune réponse concernant le futur et j'aurais tellement voulu en avoir, au moins une.
- Est-ce que tout est calculé dans tes intentions ? lui demandai-je dans un murmure.
Il détacha nos ceintures et nous avançâmes naturellement plus près l'un de l'autre.
- Rien n'est calculé Isabella. Je sais que je te veux. Je ne pourrais même pas t'expliquer à quel point je te veux. Même ton cerveau supersonique ne peut pas mesurer le poids de mon envie. Tu n'es pas une expérience qui me servirait pour plus tard. Tout ce que je sais c'est que je souhaite que tu aies ton autonomie pour que tu prennes tes décisions en tenant compte de nous deux. Je veux l'exclusivité… à vie.
- Tu l'as déjà Edward Cullen. Tu le sais n'est-ce pas ?
- Je pense que je suis plus enclin à exprimer ce que je veux que tu ne l'es. Mais, je...
- Tu trouves que je ne suis pas prête ? l'interrogeai-je dans un souffle incapable de garder ma question dans ma tête.
Merde.
- Non bébé. Je veux juste te dire que je pense être beaucoup plus dépendant de toi que je ne l'aurais cru et je ne veux plus me sentir comme ce type minable qui ne t'avais pas encore dans sa vie.
- Edward...
Mes doigts se baladèrent sur son torse et remontèrent sur ses clavicules. Je les glissai dans son cou sous sa chemise tandis qu'il pencha la tête, pour la poser sur mon épaule. Puis il la releva pour me dévisager avec convoitise.
- Je veux me sentir comme un homme qui a tout ce dont il a nécessairement besoin et j'ai nécessairement besoin de toi Isabella. Je voudrais balayer ton passé pour que tu ne vois que le futur. Le nôtre.
Je laissai reposer mon front sur son épaule gauche et je laissai courir ma main sur son bracelet en argent.
- Je suis moi aussi une fétichiste des objets, murmurai-je comme une honte. J'apporte bien trop de signification à certaines choses. Une en particulier.
Comprenant automatiquement, il tourna mon alliance autour de mon doigt, se permettant de m'interroger implicitement. Je savais qu'il cherchait des réponses à son sujet et je n'arrivais à lui donner que quelques indices par-ci par-là. En parler me semblait toujours insurmontable. Moins que cela ne pouvait être il y a quelques jours mais c'était toujours là.
- Cet anneau est le début de mon cauchemar et pourtant je n'arrive pas à m'en défaire. Ce n'est pas du masochisme parce que je n'y trouve aucun plaisir mais...
- C'est de la torture bébé. Surtout lorsque l'on sait que ta mère vit dans cette ville.
Il replaça mon bracelet légèrement sur le côté intérieur de mon bras, sûrement de la façon dont il le voyait sur moi.
- Je sais, murmurai-je. Elle... elle est impliquée dans la métropole Edward. Je... je ne...
Je m'arrêtai, totalement retournée émotionnellement. J'eus du mal à retrouver ma respiration et je dus fermer les yeux pour essayer de me reprendre.
- Hé Isabella, ça va. Tu n'as pas à m'en dire plus, m'apaisa-t-il en prenant mon visage en coupe.
Il recula son siège et m'amena sur ses jambes pour me prendre dans ses bras. J'entourai mon bras droit autour de son cou tandis qu'il me rapprochait de lui en collant ma hanche près de son ventre.
- Je voudrais Edward, me repris-je en parlant tout bas. Je voudrais que tu saches qui elle est et... Tout le monde l'adore ici et elle... elle veut protéger les gens mais moi, déglutis-je. Elle n'a pas pris soin de moi et...
- Tu t'en sors très bien sans elle Isabella.
Il caressa mon dos et embrassa ma tempe de baisers doux.
- Si elle n'a pas réussi à te sortir de l'univers qu'a créé ton père, je ne pense pas qu'elle vaille la peine de lui porter trop d'attention.
- Quelque part elle l'a fait Edward. J'ai fui Seattle pour New York parce qu'elle était ici. Deux ans sont passés et... Je ne sais pas. Je ne sais même pas si je dois la détester de tout mon cœur ou si je dois chercher à me faire une opinion plus précise d'elle.
- Peut-être que t'épanouir dans ta vie sans te préoccuper de ce qu'elle devient est un bon commencement.
- Je voudrais tellement être indifférente mais... je n'y arrive foutrement pas. Finalement elle m'a conduit à toi. Et il y a Kate également.
- Tu es quelqu'un de formidable Isabella et peu importe ce qu'elle n'a pas fait pour toi, je sais ce que tu représentes pour moi. Est-ce que tu peux te satisfaire de ma seule présence dans ta vie ?
- Edward… Bien sûr que oui.
- Je ne veux pas que tu sois malheureuse. Je voudrais tout effacer pour toi, finit-il dans un murmure. Je suis un enfoiré égoïste qui voudrait que ta vie commence lorsque nous nous sommes embrassés pour la première fois.
Je déglutis en envisageant cette possibilité merveilleuse. La volière s'envola, me rappelant notre première étreinte sur son lit.
- Tu as sans doute raison, fis-je après une minute de silence. La part réservée au hasard de notre rencontre est peut-être minime.
- Isabella...
- Je voudrais être meilleure… Pour toi, confessai-je en relevant mes yeux vers lui péniblement. Et ne pas me sentir comme si je devais lui être redevable de m'avoir guidée vers toi.
- Isabella, tu es tellement parfaite pour moi, me sourit-il. Je ne cesserai pas de te le dire jusqu'à ce que tu rapatries tout chez nous, termina-t-il en souriant.
Sa main entoura mon cou avec délicatesse et mon visage se cala au niveau du sien. Je me mis à trembloter mais ce n'est absolument pas de peur, c'était simplement d'émotion.
- Si je ramène mon camion, est-ce que ce serait un bon début ? chuchotai-je.
- Ce serait un excellent début bébé. Je me permets de négocier l'ensemble de tes fringues également.
Je souris plus détendue.
- Accepté Monsieur Cullen. Je pourrais mettre tes caleçons mais ça tournerai vite court. Et je ne pense pas que me promener sans lingerie au vingt-sixième te plaise !
Il grogna doucement tandis que je m'amusai d'arriver à le tourmenter en provoquant sa jalousie. Il glissa ses mains sur mes hanches.
- Je préfère les tenues très légères au trentième. Définitivement meilleur.
- C'est évident, raillai-je. Des projets « sexe » au bureau.
- Un « dossier Sexe » au bureau ! s'encanailla-t-il en remontant sur mes seins.
- Je suppose qu'au trentième, ça pourrait s'envisager ! Tu prévoiras des pancakes pour le post-coït ?
Mon phare et Miss Fossette me regardèrent avides en pensant aux prochains rebondissements. Le pic vert quant à lui, commença à chercher un moyen pour obtenir une accréditation au trentième et programma sa mission dans sa tête : Objectif « Dossier sexe » au bureau amorcé en attente de décollage vers le royaume de Charmant !
- Ces conversations dans cette bagnole tournent toujours au supplice sexuel, soupira-t-il. Allons chercher tes affaires. Peut-être que tu pourrais me laisser deviner où se cache le trésor de ton futur ex-appartement. Celui qui m'intéresse.
- Tu ne lâcheras pas le morceau avec ce satané vibromasseur !
Il me sourit à pleines dents.
- Jamais !
Bises et prenez soin de vous.
Tess
