Bonjour à tous, le chapitre de cette semaine !
Il est inhabituel, un peu court, et j'ai l'impression qu'il est assez capilotracté mais... J'ignore pourquoi, je l'adore. Et pourtant, c'est rare que je sois contente de ce que je fais. C'est p'tet que j'aime les trucs capilotractés. En tous cas, j'espère que vous aussi :P
Je n'ai pas répondu à toutes les reviews, mais ça ne saurait tarder, et je remercie infiniment ceux qui ont pris le temps de me laisser un petit mot !
Bonne lecture !
Réponse à la review anonyme :
Lunalove : eh oui, je n'envisage pas de transformer Malefoy en bisounours ! ;) Merci pour ta review !
Chapitre 24 : A Brief History of Time, Stephen Hawking
Harriet colla son oreille contre la paroi froide et blanche de cette cellule qui était devenu son monde depuis quelques mois. Elle jeta un regard las sur la banquette inconfortable qui lui servait de lit, sur les volets toujours fermés de sa fenêtre et sur la table envahie de parchemins, sur laquelle elle travaillait dix heures par jour et sept jours par semaine.
Elle n'entendit que le silence. Elle avait cru percevoir, pourtant... Elle avait dû rêver. La solitude la rendait folle. Ou peut-être était-ce le maléfice que s'amusaient à lui jeter ses geôliers, et qui lui donnait l'impression que tout son corps était en feu... Elle n'aurait pas été la première à perdre la raison à cause de la douleur. Elle les avait entendus, quand ils discutaient. D'après eux, les moldus étaient fragiles...
Pourtant, elle tendit l'oreille, encore et encore. Il n'y avait pas de chauffage dans sa cellule, et le mur était si froid qu'elle en eut l'oreille engourdie. Elle persévéra. Ce ne fut qu'au bout de quelques longues minutes qu'elle l'entendit.
Dix coups rapprochés, puis trois plus espacés. Le signal.
Elle répondit par trois coups brefs, et se leva, gonflée d'espoir et d'énergie. Ils allaient enfin mettre fin à cet enfer.
Ils avaient mis du temps avant de comprendre que personne ne viendrait les chercher, que s'ils ne faisaient rien, les sorciers les tortureraient jusqu'à obtenir les informations désirées, puis se débarrasseraient d'eux. S'ils voulaient garder espoir, ils ne pourraient compter que sur eux-mêmes !
La suite avait nécessité la plus grande patience. Ils ne pouvaient espérer fausser compagnie à leurs ravisseurs sans envisager une opération groupée... Or, ils ne se croisaient que par hasard, dans les couloirs, lorsqu'ils se rendaient d'un labo à l'autre. Mot par mot, sur du parchemin volé, ils avaient réussi à mettre en place un plan et un code. Chacun assurerait sa propre évasion, mais ils s'évaderaient ensemble.
Harriet ne savait même pas si tous ses compagnons d'infortune avaient eu vent du plan. Elle avait prévenu trois ou quatre personnes, qui en avaient prévenues d'autres. Statistiquement, il y avait de fortes chances que tout le monde soit au courant mais... La mathématicienne secoua la tête. Si son évasion fonctionnait, elle aurait sans doute le temps d'aider d'autres détenus. Ils sortiraient tous ou ne sortiraient pas.
Le sorcier qui se chargeait d'encadrer ses recherches entra rapidement dans sa cellule, portant un carton assez volumineux. Ses ravisseurs avaient vite compris que les connaissances d'une mathématicienne ne leur étaient pas d'une utilité flagrante. Insensibles à la beauté de son savoir, ils le méprisaient car il ne provoquait ni explosion, ni déflagration, ni gaz mortel... Quelle bêtise !
Harriet avait toutefois réussi à les convaincre que ses calculs pouvaient les débarrasser du plus gros obstacle à leur plan : l'incompatibilité entre technologie et magie. Elle avait affirmé pouvoir régler le problème à l'aide de calculs savants sur la stabilité des molécules et sur l'électricité. Heureux, ils l'avaient crue. Quels idiots ! Personne n'avait demandé comment ces calculs seraient appliqués, ils s'étaient contentés de la torturer un peu moins, et de lui fournir tout ce qu'elle requerrait.
Harriet savait que tous les sorciers n'étaient pas malfaisants : elle avait appris, au détour d'une conversation entre deux tortionnaires, qu'ils avaient des ennemis dotés de pouvoirs magiques, et que lesdits ennemis leur donnaient du fil à retordre.
Tant mieux.
En revanche, elle ne savait pas si tous les magiciens faisaient preuve de la même bêtise crasse que ses ravisseurs. Pour le bien de l'humanité, elle espérait que non.
- Voilà l'arme, avec un silencieux.
Harriet jeta à l'homme au visage couvert un regard servile, mais jubilait intérieurement. On atteignait des sommets de stupidité... Elle lui avait dit que les armes dotées d'un silencieux étaient proches de la structure de la magie et seraient adaptées plus facilement. Et il l'avait crue.
Elle saisit l'arme, fit mine d'inspecter le mécanisme, et se rendit compte avec soulagement qu'elle était chargée. C'était le point faible de son plan : si son tortionnaire ne lui avait pas fait confiance, il lui aurait donné un pistolet déchargé. Elle bénissait son ignorance des techniques moldues, qui l'avait sans doute fait croire que la réparation ne fonctionnerait pas sur une arme inoffensive.
Elle griffonna de fausses lignes de calcul sur sa feuille, examina l'arme à nouveau. Du coin de l'œil, elle vit le sorcier s'agiter sur sa chaise. Il s'ennuyait. C'était le moment.
- Oh, regardez ici !
A l'instant où l'homme approcha son visage de l'arme, elle tourna le canon vers lui, bloqua son dos, et appuya sur la détente.
Comme souvent quand elle était très stressée, le temps sembla s'arrêter. En un dixième de seconde, elle eut le temps d'entrer la tête dans les épaules pour encaisser le choc, de reculer son bras encore posé sur le dos du sorcier, et d'essayer d'oublier qu'elle n'avait jamais tiré...
Le dixième de seconde passa, et le temps repris un cours normal. Elle se demanda un instant si elle n'était pas, elle aussi, pourvue de pouvoirs magiques. Si c'était le cas, elle s'en serait bien passé, e. Il y a peu d'intérêt à vivre les moments désagréables comme s'ils étaient dix fois plus longs.
Secouant la tête, tentant d'ignorer qu'elle venait de tuer un homme, fût-il aussi cruel que ce sorcier, elle se leva. Elle attrapa la baguette qui dépassait de la poche du cadavre, fermant les yeux pour ne pas apercevoir l'état de sa boîte crânienne, s'empara du sac qu'il avait laissé traîner au coin de la table, et quitta la pièce. Comme toujours quand un sorcier la surveillait, la porte n'était pas verrouillée.
Elle pria pour que les autres portes pussent être ouvertes de l'extérieur... Il n'y avait pas assez de sorciers pour surveiller tous les prisonniers, et les portes des scientifiques seules seraient verrouillées, au moins de l'intérieur. Harriet expira profondément, se tint droite. La chance lui avait souri jusqu'à maintenant, il n'y avait pas de raison que cela cessât.
Elle arriva dans un couloir large, élégamment décoré, contrastant fortement avec la nudité de sa cellule. A un bout, une fenêtre et un balcon. A l'autre, un escalier de pierre. Harriet ouvrit la porte qui jouxtait la sienne, le plus silencieusement possible. Toutefois, le silence était de moins en moins lourd dans le manoir : des cris et des explosions se faisaient entendre un peu partout.
Elle étouffa un soupir de soulagement quand elle sentit le battant bouger. Ce n'était pas verrouillé ! Cependant, dans la cellule, il n'y avait rien. Sa voisine avait dû réussir à s'enfuir avant elle.
La pièce qu'elle découvrit ensuite n'était pas une cellule. Elle y trouva un bureau recouvert de parchemins et une bibliothèque. Sans réfléchir, elle rassembla tous les documents et les fourra dans son sac. De retour dans le couloir, elle croisa un homme au visage recouvert de suie.
- J'ai fait exploser mon gardien, lui souffla l'homme, mi euphorique, mi paniqué.
Harriet hocha la tête. Elle ne l'avait jamais vu, mais il était évident qu'il n'était pas un sorcier. Leurs ravisseurs étaient trop bêtes pour leur jouer ce genre de mauvais tours.
A deux, ils explorèrent le reste de l'étage. Ils trouvèrent deux autres scientifiques seuls dans leurs cellules : aucun sorcier n'était venu les voir ce matin-là, rendant toute évasion impossible. En silence, ils gagnèrent l'étage supérieur. D'un commun accord, ils avaient jugé plus urgent de délivrer les prisonniers du haut de la bâtisse, car ceux du bas auraient moins de mal à s'enfuir.
Ils n'étaient pas arrivés au sommet de l'escalier qu'ils perçurent des cris :
- Je vais te tuer, Sang-de...
Harriet n'écouta pas la suite. Elle était la seule à être armée. Elle se campa sur ses jambes écartées, épaules en arrière, les deux mains fermement agrippées sur le pistolet.
Elle ne savait pas tirer, elle ne savait pas tirer, elle ne savait pas tirer, elle ne savait tirer...
Elle expira lentement pour chasser les pensées parasites alors que le sorcier qui poursuivait un homme d'une trentaine d'années levait sa baguette.
Elle ne savait pas tirer, elle ne savait pas tirer, elle ne...
Le sorcier s'effondra, une balla fichée dans la gorge. Harriet ferma les yeux, refusant de voir le flot de sang qui s'échappait déjà de la plaie et de la bouche de sa victime.
- Allez, on y va, grogna-t-elle d'une voix rauque.
L'inspection de l'étage se passa sans heurts. Ils libérèrent d'autres prisonniers seuls dans leur cellule, et furent rejoints par des scientifiques s'étant débarrassés de leurs geôliers. Ce fut un groupe conséquent qui descendit les marches menant au rez-de-chaussée. En bas, il n'y avait plus personne. Ils inspectèrent les caves par acquis de conscience, et n'y trouvèrent que des réserves de produits nécessaires aux expériences.
- Attendez, fit l'homme qui avait fait exploser son gardien.
Il mit quelques flacons et quelques boîtes dans le sac que tenait toujours Harriet.
- Il y a de quoi faire une bombe artisanale avec ça. Il ne faut pas croire qu'ils ne vont pas nous poursuivre... Nous devons être prêts.
Dans le parc du manoir, ils retrouvèrent le reste des prisonniers. Ces derniers se tenaient face à l'immense porte en fer forgé qui permettait de quitter le parc, dubitatifs.
- Elle est verrouillée ! s'exclama un vieil homme arborant un œil au beurre noir impressionnant.
Harriet intervint en montrant l'arme qu'elle tenait :
- Poussez-vous !
Elle tira dans la serrure, et la porte s'ouvrit. Ils coururent d'abord au hasard, tous ensemble, jusqu'à ce que les plus vieux d'entre eux fussent contraints de demander une pause. Le paysage qui les entourait était très vallonné, et le manoir qu'ils fuyaient était déjà hors de vue.
- Ça ne sert à rien ! cria Harriet. Nous n'allons pas courir au hasard comme cela, s'ils nous retrouvent, nous serons épuisés.
- Ça ne fera pas une grande différence, marmonna le vieil homme qui avait demandé la pause.
Harriet l'ignora.
- Est-ce que quelqu'un a la moindre idée du lieu où nous sommes ?
L'homme au visage couvert de suie examina les collines humides qui les entouraient. Durant leur course, la pluie s'était mise à tomber, dense et glaciale.
- Nous sommes fin janvier et il n'y a pas de neige. De plus... Oui, je pense que ça ressemble fichtrement à la Cornouailles.
Harriet hocha la tête.
- Où qu'on soit, je vous propose de marcher jusqu'au premier téléphone, et d'appeler la police.
Personne ne trouva rien à y redire, et la compagnie se mit en marche, respectant l'allure modérée imposée par les anciens. Au bout d'une demi-heure de marche, ils parvinrent à un sentier de terre qui facilita considérablement leur progression, et leur insuffla une bouffée d'optimisme : ce chemin ne menait sûrement pas nulle part. Au bout, un téléphone, une ville, la clef de leur évasion. Bientôt, ils seraient en sécurité.
/
Quelle ne fut pas la surprise de David, fermier dans son état, quand il vit, un soir de janvier, une trentaine personnes transies de froids et assommées par la fatigue frapper à la porte de sa maison.
- Bonjour monsieur, fit une femme aux cheveux roux détrempés et à l'air déterminé. Nous ne vous importunerons pas longtemps. Pourriez-vous nous prêter votre téléphone, s'il vous plait ?
David loucha sur l'énorme pistolet que la femme tenait à la main, mais ne dit rien. Ces individus avaient l'air d'avoir connu des souffrances inimaginables.
Sans un mot, il s'effaça pour les laisser entrer.
