Chapitre 25
"De la musique avant toute chose"
Paul Verlaine.
« - Bonjour ma puce, lui dit Gaspard en lui embrassant la joue.
- Tu piques, rit-elle en retour après s'être frotté la joue. Bonjour Maman.
- Bonjour Alice! lui cria sa mère occupée à s'habiller dans la pièce à côté. Je suis en retard ! Paniqua Sumire en déboulant dans le couloir, une chaussure différente à chaque pied. Les grises ou les noires ?
- Noires.
- Grises.
- Merci de votre aide ! Râla-t-elle en retournant dans la chambre conjugale.
- Laisse-la; soupira le père, elle stresse parce qu'elle a une réunion importante avec des délégués Aerugolais, par rapport à … cette histoire d'importation d'armes.
- Tu ne dois pas aussi aller travailler ? S'étonna Alice en descendant l'escalier avec lui, occupée à finir de se coiffer en une longue tresse qui lui arrivait jusqu'à la taille.
- Pas faux, grimaça-t-il en regardant l'imposante horloge du couloir. Le devoir m'appelle ! Je combattrai pour le bien ! Cria-t-il en levant un poing en l'air; et la justice ! Conclut-il en brandissant l'autre.
- … Oui.
- Tu vas à l'hôpital aujourd'hui ? Les cours n'ont toujours pas repris ? S'enquit sa mère qui l'avait rejointe après avoir finalement mis les chaussures noires.
- Non, pas depuis la tentative d'attentat à l'Institut de Sciences … Ça chamboule tout le calendrier des examens, on a aucune date et on a pas d'endroit où s'entraîner pour la danse comme le Conservatoire est fermé à tous, déplora la jeune fille.
- C'est gênant. GASPARD ! appela-t-elle. DÉPÊCHE-TOI !
- Oui mon nem à la sauce aigre-douce ! Répondit celui-ci.
- ET ÉPARGNE MOI TES SURNOMS MIELLEUX PLEINS DE CLICHÉS SUR L'ORIENT, MERCI.
- Il dit ça juste pour t'embêter, souffla Alice alors qu'elle se versait un café noir.
- Je sais, lui sourit Sumire qui recoiffait son chignon banane. Enfin, le voilà. A ce soir.
- À ce soir ma puce, l'embrassa une nouvelle fois son père. Fais attention à toi. »
Alice Kimblee sourit en regardant ses deux parents prendre la voiture, encore en train de se chamailler comme deux gosses. Elle s'attarda sur sa mère, qui, à bientôt quarante ans, n'avait pas une seule ride sur son visage au port altier. D'origine xinoise, elle devait épouser l'empereur de Xing mais avait fui son pays natal pour se réfugier à Amestris, où elle avait rencontré son père, Gaspard. Tous deux étaient tombés amoureux quasi-instantanément et avaient rapidement eu leur seule et unique fille. Elle songeait parfois à sa tante, qui avait dû épouser le dirigeant de Xing alors qu'elle était encore adolescente, et se demandait si elle la rencontrerait un jour. Sumire avait parfois la larme à l'œil en repensant à la famille qu'elle avait laissée derrière elle, et qu'elle pensait ne jamais revoir. La voiture partit, et la main carrée de son père s'agita en un frénétique « au revoir ».
Toute seule à la table de cuisine, elle trempa une tartine de confiture de fraises dans son café pensivement, les yeux fixés sur la chaise à sa gauche, celle où s'installait son oncle. Quelques souvenirs défilèrent devant ces yeux, dans la teinte sépia des photographies longtemps oubliées. Puis, le téléphone sonna.
« Allô ? »
Solf s'arrêta un instant, cillant rapidement des yeux, sincèrement surpris d'entendre sa nièce au téléphone. Enfin, pas vraiment, mais plutôt surpris de l'entendre parler aussi difficilement : mais quand la cloche annonçant l'heure du réveil et petit-déjeuner sonna, il en devina la cause :
« - Bon appétit.
- Merchi. Bonjour.
- Bonjour. Est-ce que ton père est là ? Demanda-t-il en tortillant le fil du téléphone.
- Il vient de partir avec Maman. Pourquoi ?
- C'est son anniversaire aujourd'hui, sourcilla le jeune homme.
- MEEEERDE ! S'exclama-t-elle. Fiichtreuh, c'est fâcheux , voulais-je dire. Comme tu dirais, en fait, rit-elle doucement.
- Tu as fini de te moquer de moi ?
- Peut-être. Ça va sinon ?
- Je tue des gens, je détruis des villes, la routine, lâcha-t-il d'un ton si détaché que plusieurs personnes se tournèrent vers lui.
- Et bien, sache que je suis heureuse que tu te sois trouvé une activité constructive. Ou pas. Une activité… déconstructive ? Inconstructive ? Aconstructive ? C'est quoi le contraire de « constructif » ? Demanda Alice, appuyée de tout son long sur le mur du couloir.
- Non-constructif convient très bien, je pense. Et toi, comment tu vas ?
- A cause des tentatives d'attentats à travers le pays, je suis globalement coincée chez moi.
- C'est ce que tu fais croire à tes parents, c'est ça ?
- Tu es vraiment très fort ! Oh, que je t'admire ! Oh, mon Sherlock Holmes à moi ! s'emporta-t-elle avec un large rictus ironique qui se sentait à l'autre bout du fil.
- Cesse de te moquer de moi, j'en ai déjà assez avec Beth… commença-t-il avant de s'interrompre.
- Beth … Bethléem ? Beth comme ses pieds ?
- Oublie ça, ordonna Solf.
- Très bien, Sire. Je vais devoir vous quitter, votre Altesse Sérénissime, je vais à l'hôpital.
- Pourquoi ? Tu t'es blessée ?
- Non, je vais kidnapper des bébés et les sacrifier à Satan, rétorqua Alice d'un seul bloc.
- C'est aussi une activité constructive ?
- Ah bah oui. Je plaisante, j'y vais pour distraire les malades avec des amis. Comme on est à peine capables de se poser un pansement nous-mêmes, on va juste chanter en mode Simon & Garfunkel. Ouvrir leurs chakras, que sais-je.
- C'est meeerveilleux, appuya-t-il faussement. Ne tue personne à coups de violoncelle, hmm ?
- Caramba, encore raté. Bon, je te laisse. Euuuh … hésita Alice, comment je peux conclure cette conversation ? Travaille bien ?
- Juste 'au revoir ', ça ira. Au revoir !
- Au revoir Solf, et passe le bonjour à Bethsabée en passant, chantonna sa nièce.
- Comment tu sais son prénom ?
- Y'a pas quatorze prénoms qui commencent par « Beth ». AU REVOUAAAR ! »
Elle raccrocha aussi sec. Solf resta un instant avec le combiné en main avant d'esquisser un sourire sincère. Sa nièce lui ressemblait plus qu'il n'y paraissait, après tout. La salle des communications était soudain vide, ce qui n'était pas si rare : après tout, tout le monde savait se servir d'un téléphone et les quelques commandes des soldats dédiés à ce service étaient enfantines.
« - Oh mon Dieu, c'était votre ex-femme à qui vous devez onze ans de pension alimentaire ! Vous aviez caché ça ! S'écria Beth qui entra théâtralement.
- Pour devoir onze ans de pension alimentaire, j'aurais du avoir un enfant à … quatorze ans. Et je crois que je m'en souviendrais.
- Peut-être pas, si vous étiez plusieurs … murmura-t-elle avant de capter l'œil mi-suspicieux, mi-colérique de Kimblee. Bon, j'arrête.
- Vous êtes comme ma nièce.
- C'était elle au téléphone ?
- Oui.
- Et ça veut dire quoi ? Continua Betty en le suivant hors de la large tente.
- Que vous me cassez les pieds mais que bizarrement, j'aime ça, sourit-il. Mais j'apprécie bien plus vos remarques puisque vous savez vous faire pardonner, lui glissa-t-il à l'oreille avant de l'embrasser brièvement.
- J'aimerais bien rencontrer cette jeune fille. Quel âge a-t-elle au juste ?
- Dix-sept ans. Et je pense que vous vous entendriez bien . »
Alice monta dans le bus, son étui de violoncelle sur le dos, puis paya son ticket pour s'avancer jusqu'au bout du véhicule presque vide avec difficulté. Une fois sur la plus longue banquette, elle posa doucement l'instrument à son côté et regarda au-dehors. Les maisons bourgeoises de son quartier firent rapidement place à des demeures plus modestes, avec quelques boutiques au volet à moitié baissé. Les passants fixaient le sol et marchaient rapidement, les mains dans les poches, visiblement anxieux. Elle-même sentait un malaise la parcourir alors que le bus s'arrêtait à un feu rouge et qu'elle lisait les affiches criardes placardées à même les murs de briques :
« Citoyens, citoyennes !
Suite aux attaques sur notre terrain commises par des terroristes Ishbals, nous recommandons à tous et toutes de sortir aussi peu que possible. Les magasins et bureaux des services de l'État fermeront tous à dix-huit heures sans exception, et les écoles, premières touchées par ses attentats, seront fermées jusqu'à nouvel ordre. Les bus ne circuleront plus après dix-neuf heures.
Courage !
Führer King Bradley,
Mai 1909. »
Et une autre, représentant un soldat à la moustache fournie, une carabine à la main et les yeux étrangement clairs sous sa casquette, exclamait :
« Devenez des nôtres !
L'armée a besoin d'hommes comme VOUS ! »
Elle lâcha un soupir désabusé et reporta son attention sur le livre qu'elle transportait dans sa besace en cuir rouge : Les aventures de Sherlock Holmes, d'Arthur Conan Doyle. Plongée dans sa lecture, elle ne vit pas le temps passer jusqu'à entendre le chauffeur crier :
« Arrêt Hôpital Sacré-Cœur ! »
Elle traversait les jardins quand elle entendit un « Bong ! » suivi d'un bref cri paniqué, pour ensuite entendre un second bruit de fracas. Inquiète, elle s'empressa d'aller dans la direction du bruit, près d'un large pin, pour voir un fauteuil roulant renversé, et la silhouette d'une jeune femme recroquevillée sur le sol. Alice la saisit doucement et réussit à rasseoir la personne dans le siège, avant de s'inquiéter de son état .
« - Oui, ça va , rit la demoiselle en face d'elle. Je n'ai pas encore l'habitude de tout ce toutim ! Excusez-moi … dit-elle soudain après avoir détaillé le visage de la jeune fille, mais j'ai l'impression de vous avoir déjà vue …
- Euh … balbutia-t-elle. Je ne crois pas. Vous vous appelez ?
- June Carter, se présenta la patiente en tendant la main.
- Alice Kimblee, répondit-elle.
- Ah, c'est donc ça !
- Quoi donc ?
- J'étais dans l'unité de Solf J Kimblee à Ishbal, il y a encore quelques semaines !
- Ah … fit Alice, se maudissant intérieurement de ne pas trouver de réponse plus constructive face à cette jeune femme à moitié paralysée.
- Mais il a dit que je ne serais utile à personne dans mon état, et il a bien failli me laisser me vider de mon sang, lui apprit June d'un ton badin tout en repositionnant ses roues.
- C'est le roi du tact, n'est-ce pas ?
- Oh que oui ! J'espère ne pas vous avoir vexée, tout de même …
- J'ai entendu pire, et si Solf se conduit comme un enfoiré, vous pouvez me le dire, il n'en saura rien, chuchota-t-elle avec un clin d'œil. Si ce n'est pas trop indiscret, comment êtes-vous rentrée si il a voulu vous abandonner ?
- Le Lieutenant Blood lui globalement dit d'aller se faire foutre, et qu'elle préférerait veiller sur moi plutôt que de le couvrir.
- Balaise, fit Alice en poussant le fauteuil de la jeune femme pour la remettre sur un chemin parfaitement pavé. Il a dit quoi ?
- Il l'a giflée deux fois et nous a laissées seules pendant plusieurs heures. Mais Bethsabée ne m'a pas lâchée un seul instant. Je lui dois beaucoup, même si je sais qu'elle s'en veut de ne pas avoir pu m'empêcher d'être blessée, murmura June, attristée. Quoi donc ? S'étonna-t-elle après qu'Alice eut lâché un « Ah-Ah ! » triomphant.
- C'est donc elle cette Bethsabée ! »
Victor, Marie, Léopoldine, Clémentine et Piotr : ils étaient tous déjà dans la grande salle de repos au rez-de-chaussée de l'hôpital quand elle surgit avec la patiente Carter. Ils la saluèrent voire l'engueulèrent, puis se mirent en place : Victor au chant et guitare, Marie aux percussions, Léopoldine et Clémentine aux violons, Alice au violoncelle et Piotr au cor d'harmonie. Tous prirent place sur des tabourets, à part le soliste, qui se mit debout et remonta les manches de sa chemise rouge vif. Il sourit au public plutôt nombreux, et les présenta l'un après l'autre. Puis, il tapa joyeusement des mains et la musique commença,(NdA : « Time taunts me » de Lost in the Trees, je le dis maintenant pour que vous l'écoutiez en même temps), douce et profonde, pour devenir ensuite mélancolique, féerique.
Time taunts me
says: "you're getting older, are you growing colder, hmm?"
and time and time again
I doubt who I am
what a tragic ending
don't let go of my hand
Les cordes s'élancèrent, traçant leur chemin dans les oreilles et le cœur de chacun, lentement mais sûrement. Soudain, le rythme s'accéléra alors que les percussions se faisaient plus ténues, et que les violons prenaient tout l'espace musical.
And today I'll give you all my time
and you can count on me
for you look so tired
and today it's time for you to rest
I know you've done your best
so rest your aching mind
Oooohh … Lalalala …
Les voix des musiciens se mêlèrent petit à petit à celle de Victor, qui jouait de la guitare tout en souriant et chantant de plus en plus fort, toujours dans une harmonie parfaite. Au dernier « lalalala » chanté très bas, les cordes d'Alice furent un bref instant seules en scène, à peine interrompues par celles de son ami, puis ses camarades la rejoignirent en une valse de notes tourbillonnante et entraînante. Le cor se fit entendre comme un courant d'air magistral et mélodique, puis, sur un dernier long coup d'archet, ils eurent fini, sous les applaudissements.
« Bon anniversaire Papa ! »
Elle lui sauta au cou et l'embrassa, même si il piquait. Gaspard lui rendit son baiser et prit le présent qu'elle lui tendait avec un petit sourire, avant de le déballer.
«- Oh ! C'est le disque que tu as fait avec tes amis, n'est-ce pas ?
- Oui ! Tu n'arrêtais pas de dire que tu voudrais l'entendre quand il serait fini, et c'est fait !
- Merci ma puce, murmura son père en la serrant contre lui. Je l'écouterai ce soir, promis. Mais là, je crois que ta mère a besoin de notre soutien moral.
- L'entrevue s'est mal passée ? Grimaça Alice.
- Euphémisme.
- Oh. On va souffrir.
- Oh que oui . »
« Bonjour Solf,
Je t'envoie ce disque qui est mon projet de fin d'études. Je pense que quelqu'un aura bien un tourne-disques sur le campement, non ? En tout cas, j'espère qu'il te plaira, et au Lieutenant Bethsabée Blood aussi.
Fais attention à toi,
Alice.
PS : J'ai croisé June Carter, qui, maintenant qu'elle est exclue de l'armée, pourra librement t'écraser les pieds avec son fauteuil roulant de cent kilos quand elle te croisera. »
La jeune fille remit le capuchon de son stylo-plume et tendit son colis à la femme tout en rondeurs derrière le comptoir de la poste qui s'étonna :
« - C'est un colis pour Ishbal ?
- Oui, Madame.
- Un disque ? Je pense que nos soldats ont besoin de tout autre chose que de … musique !
- Pas ce soldat-là, Madame. Pas celui-là. »
Bonjour ! Je devais travailler un dossier pour aujourd'hui, mais je vais écrire à la place ! Je devais écrire le chapitre suivant de Sable d'Ishbal hier, mais j'ai été super-malade. Indigestion. Vous voulez pas de détails. Et comme j'ai raté deux dates importantes ( les six mois de hiatus et l'anniversaire de Solf qui dans MON idée, est né le 22 Avril), bah ... Surprise ! Lalala !
C'est un chapitre à part que celui-là, mais le 26 le suit directement, et je pense aller l'écrire derechef !
