Ailinn, Lily2811, Gwla10, Mikipeach, Queen-Mebd, Brienna of Sarmatia, Roselia001, Aurore zuutt, Tralalaire, Rawenal717, Rukie, Dafny, Maman bouba et Miss Virginie :D

Aurore zuutt : Coucou :D Je suis contente que tu trouves le rebondissment magnifique, ça me fait énormément plaisir :D Et si tu n'y avais pas pensé, c'est que j'ai réussi mon coup comme une pro ! :P La suite arrive de ce pas :D J'espère que ça te plaira ^^ Un grand merci pour ta review en tout cas :D

Bon, j'ai essayé de répondre à toutes les reviews hier mais je suis forcée de constater que je n'ai pas réussi à vous répondre à toutes :x Donc je poste le chapitre qui n'a que trop tardé à venir et je répondrai à vos reviews quand je reviendrai, promis ^^ Je suis désolée de ne pas vous répondre à toutes maintenant, mais je suis pressée xD Et dites-vous que vous gagnez deux jours si je ne réponds pas aujourd'hui xD Mais vous en faites pas, vos reviews auront des réponses :D

J'espère que vous apprécierez ce chapitre ! :D

Bonne lecture et encore merci à toutes celles qui laissent des reviews, ça fait super plaisir *-* Merci de suivre cette fic, vraiment 3

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Chapitre 24 : La trahison

Je suis debout devant ma sœur qui me sourit et nous nous regardâmes. Jusque là, vous me direz que c'est une scène habituelle entre deux sœurs. Mais là où ça bugue, c'est que je ne souris pas du tout et que Mélusine est sortie de la chambre de Tristan. Et pire –car oui, y a pire- c'est que j'ai la désagréable impression qu'elle y a passé la nuit. Et à voir ses cheveux ébouriffés, ce n'était pas pour boire du thé…

- Que faisais-tu dans cette chambre ? demandai-je d'une voix posée.

J'étais étonnée d'avoir osé poser la question alors que, franchement, il ne faut pas être Einstein pour le comprendre… Mais une partie de moi est comme Saint-Thomas et ne croit que ce que je vois. Ou que j'entends, dans ce cas-ci.

- J'ai passé la nuit ici, répondit-elle comme si c'était évident.

Je jetai un coup d'œil à la chambre vide derrière Mélusine.

- Oui, oui, chez Tristan, précisa-t-elle.

Je fronçai les sourcils tandis que mes doigts se resserrèrent autour de mon arc. Avais-je rêvé où avais-je bien perçu de la mesquinerie dans la voix si chère de ma sœur ?

Mais que c'était-il passé ? Je ne comprends plus rien, à part que ces paroles me faisaient l'effet d'un coup de poignard. Je me sentais comme devant un épisode de Lost après en avoir manqué trois : complètement perdue…

- Et je dois dire que c'est l'un des meilleurs amants que j'aie jamais connu.

Je savais que ma sœur avait déjà eu des aventures et là, je n'avais qu'une envie : lui arracher les yeux. Et la langue aussi, pour qu'elle se taise.

- Où est-il ? demandai-je d'une voix blanche.

- Je crois qu'il est parti manger, répondit Mélusine. C'est qu'on s'est beaucoup dépensés cette nuit…

Je la regardai avec un franc dégoût avant de me détourner rapidement. Je m'éloignai à grands pas et ne remarquai donc pas le sourire satisfait qui s'étirait que les lèvres de celle qui, hier encore, j'appelais "mon double". Je n'arrivais pas à croire à ce qu'il venait de se passer et je soupçonnai Bouletus de m'avoir droguée à nouveau, optant pour un champignon hallucinogène, cette fois.

Non, c'était pas possible. C'était inconcevable que Tristan et Mélusine aient… Je n'arrive même pas à le formuler…

J'arrivai devant la porte de la salle à manger qui était entrouverte et allai l'ouvrir quand des voix m'arrêtèrent aussitôt. À travers l'entrebâillement, je vis Tristan, Gauvain et Lancelot. Le visage de Tristan était fermé, celui de Gauvain en colère et celui de Lancelot incrédule… et pas spécialement heureux non plus. Ils étaient silencieux.

Gauvain finit par prendre la parole :

- Tu veux bien répéter ?

- Tu as très bien compris ! répliqua Tristan, apparemment agacé.

- J'ai du mal à y croire, rétorqua Gauvain. Toi et Mélusine… ?

La mâchoire de Lancelot se contracta ou alors c'est encore un effet de mon imagination ?

- Et Aëlys ? fit Lancelot après un nouveau silence.

Tiens, je me demandais quand mon nom apparaîtrait dans la conversation. Mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit Lancelot qui le prononce.

- Quoi, Aëlys ? répliqua froidement Tristan.

Lancelot et Gauvain se jetèrent un regard. Le ton que Tristan avait employé me fit mal. Je m'étais fait des illusions, comme la dernière fois. Ça se peut, j'avais même imaginé les baisers qu'il m'avait donnés. Ce ne serait pas étonnant d'une fille qui perd la tête et c'est sans aucun doute ce qui était en train de m'arriver…

Un bruit sec me ramena à la réalité. Il me fallut quelques secondes pour me rendre compte que c'était moi qui avais produit ce bruit en lâchant l'arc…

Avant que j'aie pu esquisser le moindre geste pour le ramasser, la porte s'ouvrit devant moi. Je levai les yeux et tombai sur le visage fermé de Tristan. J'essayai de rendre le mien illisible.

Il me regarda un moment avant de s'éloigner dans le couloir sans un mot. Je restai un moment prostrée, incapable de faire le moindre geste, le regard perdu dans le vide.

- Aëlys ?

Je relevai la tête et croisai le regard inquiet de Gauvain et celui neutre de Lancelot.

- Ça va ? demanda Gauvain.

Je ne répondis pas et fronçai les sourcils. Je me baissai alors pour ramasser l'arc et m'éloignai dans le sens opposé à celui emprunté par Tristan. J'entrai dans les écuries alors que des nuages noirs s'amassaient au-dessus de la forteresse. Je jetai arc et flèches dans un coin et entrepris d'exécuter katas sur katas. Sauf que contrairement à la dernière fois, ce ne sont pas des Saxons imaginaires que je battais, mais Mélusine et Tristan à tour de rôle…

°o0o°

À midi, Aëlys n'était pas là, mais je m'y attendais un peu. Déjà après sa rupture avec Dylan, elle avait refusé de manger pendant plusieurs jours, se contentant du minimum. Par contre, ne pas voir Tristan me désappointa. Il était déjà parti lorsque je m'étais réveillée et je n'avais donc pas pu voir sa réaction. Dommage, je suis sûre que ça valait de l'or !

- Tiens, elle est où, la petite ? demanda Bors.

Je le trouvais vraiment ridicule d'appeler Aëlys "petite". C'est plus une gamine, quand même. Et d'ailleurs, pourquoi moi il ne m'appelle pas comme ça ?

- Je crois qu'elle est dans les écuries, dit Gauvain du bout des lèvres.

À voir le bref regard qu'il me lança, il doit être au courant pour cette nuit. Parfait.

Bors hocha la tête en affirmant qu'il avait hâte de la voir arriver les cheveux trempés, persuadé que ça lui donnerait un air de chien malheureux. Je fus tentée de lui dire qu'il pouvait toujours espérer, qu'elle ne viendrait pas, mais Dagonet entra dans la pièce avec le garçon blond qui ne le quittait plus. Ils étaient tous les deux mouillés. Vive les pluies typiquement anglaises ! Oui, je sais, cette île ne s'appelle pas encore "Angleterre" mais je dis ce que je veux, d'abord !

- Dag' ! fit Bors. Tu viens des écuries ?

- Oui, répondit Lucan à la place du chevalier. Il m'apprend encore à faire du cheval. C'est trop bien !

Bors sourit au gamin et ça se voyait qu'il était onze fois père. Je me demande comment on peut supporter onze enfants ! Je vénère vraiment Vanora ! Moi, déjà un, ça ne me tente pas…

- Et la petite, elle n'est pas là ? demanda Bors en regardant derrière le chevalier, comme si elle s'y était cachée.

Lucan secoua tristement la tête tandis que Dagonet prit un air soucieux qu'il masqua bien vite.

- Elle nous a dit qu'elle n'avait pas faim, dit le chevalier.

- Oui, elle tapait dans le vide en poussant des cris bizarres, continua le garçonnet.

Le karaté. Aëlys ne changera jamais. Elle a toujours été comme ça. Quand quelque chose n'allait pas, soit elle s'entraînait seule, soit elle se rendait au dojo pour s'y épuiser face au professeur Tanaka. Elle y avait passé des heures et des heures après l'histoire avec Dylan.

Lucan et Dagonet s'assirent et le chevalier fronça les sourcils après avoir fait un tour de table.

- Où est Tristan ? demanda-t-il.

- Oui, où peut-il bien être ?

C'était Lancelot qui venait de parler. Et rêvais-je ou bien avait-il vraiment parlé d'une voix acerbe en me jetant un bref regard ?

Donc, lui aussi est au courant. Parfait ! Plus il y aura de monde au courant et mieux ce sera !

°o0o°

J'étais épuisée et pourtant, je continuais de faire mes katas, jurant comme une charretière au moindre faux pas. Je ne savais pas quelle heure il était et franchement, je m'en fichais. Je savais pourtant qu'à cette heure-ci, normalement, je devrais être en train de m'entraîner avec Gauvain, mais que celui-ci n'avait pas pointé le bout de son nez. Et je lui en étais reconnaissante. J'avais besoin d'être seule.

Essoufflée, je me redressai une énième fois, réfléchissant au kata que j'allais maintenant réaliser et articulai distinctement :

- Chinte !

Je le commençai, enchaînant parfaitement les mouvements. Mais ça ne dura pas car, à un moment, il faut se tenir sur un pied, l'autre derrière le mollet. Et bon, ayant déjà des problèmes d'équilibre en temps normal, ce ne fut pas une bonne idée de faire ce kata en étant aussi énervée et donc, aussi peu concentrée. Et ce qui devait arriver arriva : je tombai de tout mon long dans la poussière de l'écurie, me mordant même la langue au passage.

Ravalant mes larmes de frustration, je me mis à quatre pattes et sentis le goût salé du sang m'emplir la bouche. Je crachai, me refusant d'avaler ce liquide immonde, même si c'était le mien. Furieuse contre moi et contre tous ceux qui m'avaient fait du mal, je poussai un cri de rage tout en donnant un coup de poing au sol. Je savais qu'un tel geste pouvait avoir pour conséquence de me briser tous les doigts. Par contre, je ne m'attendais pas à ce que ce soit le sol qui se fissure…

Et pourtant, ce fut le cas. Et les chevaux se mirent à hennir, comme paniqués. Je m'agenouillai, assise sur mes talons et fermai les yeux. Avec mes manches, j'essuyai les larmes qui avaient réussi à filtrer la barrière de mes paupières. J'essuyai aussi la goutte de sang qui était apparue au coin de ma bouche. Puis je rouvris les yeux. La fissure était toujours là. J'y passai mes doigts, incrédule.

Il s'était passé quoi, exactement ? Peut-être le sol était-il si sec qu'un rien faisait se fissurer la terre ? Oui, ça devait être ça. Si seulement je pouvais fissurer le crâne de Mélusine de la même manière…

Je reniflai, d'une manière bien peu élégante, et remarquai alors que j'étais frigorifiée et que mon nez semblait complètement gelé. Je me relevai, ignorant les contractions de mon estomac vide qui ne semblait pas content du sort que je lui infligeais.

Abandonnant l'arc et le carquois où je les avais laissés, je me décidai à affronter la pluie torrentielle qui tombait afin de regagner ma chambre où j'avais l'intention de rester enfermée pour les dix siècles à venir.

Je courus donc pour rejoindre le bâtiment où se trouvaient mes appartements et ceux des chevaliers. Je suivis un couloir qui était ouvert d'un côté, donnant sur une petite cour intérieure et stoppai net en voyant, de l'autre côté de ladite cour, Mélusine, qui marchait bien tranquillement dans le couloir opposé. Ma rage refit surface, au centuple.

- MÉLUSINE !

Mon hurlement était sorti tout seul et je la vis sursauter. Elle se tourna vers moi avec les yeux grands ouverts.

Me fichant de l'eau qui tombait drue, je me dirigeai vers elle en traversant la cour. Par contre, je fus étonnée de la voir me rejoindre sous la pluie. En quelques secondes, elle fut aussi trempée que moi. À la différence près que sa robe blanche devint transparente et moula la moindre de ses formes.

- Aëlys ? demanda-t-elle, affable.

Ses cheveux lui collèrent au visage sur lequel son horrible sourire était apparu. Mes propres cheveux avaient la même réaction que les siens, mais je les repoussais derrière mes épaules.

- Pourquoi ? demandai-je froidement.

Elle m'interrogea du regard, semblait vraiment ne pas comprendre de quoi je parlais. J'avais juste une irrépressible envie de lui donner une baffe afin de lui remettre les idées en place et afin d'effacer son air ahuri.

- Pourquoi tu as fait ça ?

- Ça ? demanda-t-elle. Oh, tu veux dire, passer la nuit avec Tristan ?

Mes poings se serrèrent à un tel point que je sentis mes ongles s'enfoncer dans mes paumes. Je faisais vraiment un effort pour ne pas lui casser le nez, là, vous n'avez même pas idée.

- Et bien tout simplement parce que j'en mourais d'envie.

Je fronçais les sourcils tandis que le sourire de Mélusine s'effaça. L'expression qu'elle afficha n'avait rien à voir avec celle que je connaissais à ma sœur. Bon sang, un extraterrestre était-il entré dans son corps et lui faisait-il faire ces choses horribles ?

- Et puis, j'en avais marre !

- Marre ? répétai-je. Marre de quoi ?

Sérieux, de quoi cette fille, toujours belle et élégante, avec la gente masculine à ses pieds, pouvait en avoir marre ?

- Marre de toi ! De ta facilité insupportable à obtenir tout ce que tu veux !

- De quoi tu parles ? m'écriai-je, furieuse. Tu n'inverserais pas les rôles, là ? Toi, toujours aussi belle, aussi féminine, t'attirant les faveurs des garçons et les compliments des parents ! De quoi tu te plains, sérieux !

Elle éclata d'un rire glacial tandis que ses yeux gris se fixèrent sur moi avec froideur.

- Tu vis dans quel monde, Aëlys ? demanda-t-elle. Je suis peut-être plus féminine que toi, mais toi, tu es tellement mieux ! Combien de fois papa ne m'a-t-il pas dit de prendre exemple sur toi et de ramener un aussi beau bulletin. Et tandis que j'essayais de trouver l'amour dans les bras de plusieurs garçons qui ne voulaient qu'une seule chose, toi, tu filais le parfait amour avec la perle rare !

Je la regardais, incrédule. C'était sérieux ? Mélusine était-elle vraiment jalouse de moi ? Avait-elle vraiment été jalouse de Dylan et moi ? Alors, elle faisait semblant quand elle disait se réjouir de me voir avec quelqu'un d'aussi bien que Dylan ?

- J'en avais marre, alors j'ai agi. Par deux fois, je t'ai pris celui que tu aimes et je dois dire que c'est jouissif !

Mon cœur tomba dans ma poitrine aussi sûrement qu'une pierre tombe au fond du lac dans lequel on l'a jeté. C'était un cauchemar. Ça ne pouvait pas être vrai. C'était impossible ! Dites-moi que je rêve…

- C'est… c'était toi…

Un rictus mauvais apparut sur les lèvres de Mélusine.

- Et oui, c'est avec moi que Dylan t'a trompé ! assena-t-elle tandis que j'avais l'impression que mes jambes allaient se dérober sous moi. À la fête de Maddy, à laquelle tu n'as pas su venir. Tu n'as jamais remarqué que quand j'étais là, il était distant, froid ?

- Tais-toi ! criai-je. Je te jure, Mélusine, que tu ferais mieux de te taire !

Elle eut un sourire sardonique qui aurait fait pâlir le diable en personne et se détourna avant de s'éloigner. Pour ma part, je restai un long moment sans bouger, glacée par les paroles de Mélusine et par la pluie. Je me mis à trembler, les poings toujours aussi serrés.

J'avais été trahie. Par ma moitié. Par Mélusine. Par ma sœur, ma jumelle. Par celle dont je me méfiais le moins…

Je sentis les larmes couler sur mes joues, chaudes parmi les gouttes glaciales du ciel. Mes vêtements étaient trempés et je risquais la pneumonie, mais je ne bougeai pas. Je me sentais comme dans un état second. La personne que je pensais connaître le mieux s'était retournée contre moi.

Je revins à la réalité quand je sentis une main sur mon épaule. Je tournai la tête et malgré mon hébétude, je fus surprise de voir Lancelot.

- Tu ferais bien de ne pas rester sous la pluie, dit-il.

Je hochai la tête et partis sans dire un seul mot. J'aurais pu le remercier ou dire ne serait-ce qu'une parole. Mais non, je partis, presque comme une voleuse.

Dans ma chambre, après avoir fermé la porte, j'entrepris d'ôter mes vêtements complètement trempés. Je restai un moment en sous-vêtements avant de frissonner et d'enfiler des vêtements secs. J'aurais bien aimé prendre un bain, mais je ne sais pas où était Elvina et je n'avais pas spécialement envie de la chercher partout dans la forteresse.

Je détachai ensuite mes cheveux et les tordis. Mais je n'avais pas réfléchi au fait que j'étais au milieu de la chambre et donc, une flaque se forma à mes pieds. Je l'essuyai rapidement avec mes vêtements mouillés que j'abandonnai dans un coin de la pièce. Le sol était toujours un peu mouillé, mais je ne m'en préoccupai pas et me laissai tomber sur mon lit où Nicky Larson dormait en boule.

Je fixai le plafond en assimilant le fait que cette journée, qui devait bien se passer vu que j'allais passer du temps avec Tristan, s'était transformée en véritable cauchemar. Où était passée ma matinée à m'entraîner au tir à l'arc avec le chevalier qui me faisait tourner la tête ? Où était passée cette sœur aimante qui avait toujours tout fait pour moi ? Avait-elle seulement existé où bien ça n'avait été qu'une façade depuis toujours ?

Je ne saurais dire combien de temps je restai couchée sur mon lit, mais quand je décidai de me redresser, mes cheveux étaient quasiment secs, ce qui voulait dire qu'il s'était passé un long moment.

Je finis par sortir de ma chambre et me dirigeai vers l'auberge. Je vis que Vanora était déjà au travail. Mélusine n'était pas en vue et Guenièvre arriva en même temps que moi. Elle me lança un regard compatissant. Ce que je détestai.

Je me dirigeai directement avec Arion qui me tendit une amphore de vin. J'allais servir une table mais je changeai d'avis. Pourquoi ne garderais-je pas le vin pour moi ? Après tout, j'en avais besoin, non ?

°o0o°

- Euh ? Aëlys ?

Je relevai la tête à contrecœur et croisai le regard incrédule d'Arthur. Flûte, qu'on me laisse en paix durant ma beuverie solitaire !

- Je crois que tu as assez bu…

Il tendit la main pour reprendre mon amphore. Mais c'était mon trésor, hors de question qu'on me le retire ! Même papa Tuthur de me l'enlèverait pas, foi d'Aëlys ! C'est pourquoi j'ôtai l'amphore de la trajectoire de la main d'Arthur et la serrai contre ma poitrine où, en homme d'honneur, il n'irait jamais la chercher.

- Pas touche ! le prévins-je quand même d'une voix pâteuse. Mon mien, mon préciiiiiieux !

- Aëlys… fit alors la voix de Gauvain. C'est la deuxième amphore que tu bois.

- Et alors ? Ça te pète ou ça te dégonfle ? répliquai-je, acerbe.

- Euh…

- Aëlys, reprit Arthur. Ça suffit, maintenant.

Il tendit la main et s'apprêtait à saisir mon bien précieux, malgré la proximité de ma poitrine. Mais je me levai rapidement. Le commandant me regarda avec surprise. Il ne s'attendait sûrement pas à ce que j'aie encore des réflexes après avoir ingurgité autant d'alcool. Et pour tout avouer, je ne m'y attendais pas non plus. Et je fus surprise quand je sentis le monde tanguer et mes jambes faiblir, mais je parvins à ne pas m'étaler par terre. Un exploit !

Mais tandis que je recouvrai mon équilibre, mon professeur en avait profité pour s'approcher de moi. C'est sans ménagement qu'il m'arracha l'amphore des mains, la tenant au-dessus de sa tête tandis que j'essayai de la récupérer. Mais il était tellement grand que même en me mettant sur la pointe des pieds et en tendant les mains, j'étais encore loin de toucher ce qui m'avait été si cruellement arraché.

- Gauvain ! sifflai-je. Rends-la-moi !

- Tu ne crois pas que tu es dans un assez sale état ? intervint durement Galahad en s'approchant.

- Dixit le chevalier qui chantait des chansons paillardes pas plus tard que hier ! rétorquai-je tout aussi durement.

Non mais sérieux, ils se prennent pour qui, tous ces chevaliers ? Je peux encore prendre soin de moi, je crois !

- Aëlys ! dit Arthur.

- Quoi ? Je n'ai rien fait ! J'étais bien tranquillement assise, à m'occuper de mes fesses, quand vous êtes venus tout gâcher ! Alors, maintenant, vous me rendez ma belle amphore et vous me fichez la paix !

Le commandant soupira en secouant la tête tandis que Gauvain maintenait toujours le vin bien trop haut pour moi.

- C'est ça, gardez-la ! fis-je en reprenant une position plus digne.

Je me détournai et me rattrapai à la table avant de m'éloigner.

- Où vas-tu ? demanda Arthur d'une voix autoritaire.

- Chercher une autre amphore, pardi ! répondis-je froidement.

Et je m'éloignai en imaginant la mine déconfite des chevaliers et m'en fichant totalement. Mais en cours de route, alors que je n'avais plus que quelques pas à faire pour rejoindre Arion et mon amphore salvatrice, mon regard fut attiré par un Romain qui jouait aux dés en riant à gorge déployée. Bouletus.

Ok, l'amphore attendra bien. D'un pas chancelant mais assuré, je me dirigeai vers la table de jeu, abasourdie que ce maudit soldat ait osé montrer le bout de son nez dans l'auberge. Il portait des traces des coups de Tristan mais il riait, insouciant. J'en viendrais presque à le plaindre.

Presque.

Je m'arrêtai à côté de lui et l'observai tandis qu'il lançait les dés. Les autres occupants me remarquèrent et certains eurent l'air un peu gêné. Bouletus ne me remarqua que quand je posai une main sous sa gorge et poussai de toutes mes forces pour qu'il tombe en arrière, emportant son tabouret dans sa chute. Alors qu'il atterrissait sur le dos en poussant un juron, je me mis à califourchon sur lui, bloquant ses avant-bras sous mes genoux pour l'empêcher de se défendre. Oui, je tiens quand même à ma frimousse, moi…

Il se débattit en poussant de tels jurons que Bors lui-même en aurait pâli. Il se calma un peu quand il me reconnut. Par contre, il n'aurait jamais dû me faire ce sourire en coin. Jamais. Tout comme il n'aurait pas dû prendre la parole…

- Bonjour, ma beauté. Tu n'en as pas assez eu la dernière fois ? Tu réclames plus ?

Mon poing atteignit sa mâchoire au moment où il prononçait le dernier mot. Mais je ne m'arrêtai pas en aussi bon chemin et il reçut une rafale de coups de poings. Bientôt, du sang peignit mes jointures de rouge, mais je ne m'arrêtai pas.

- Aëlys !

Je reconnus la voix d'Arthur, mais continuai de frapper et frapper encore. Cet homme m'avait droguée. Il m'avait touchée aves ses sales pattes et avec de mauvaises intentions. Il avait tenté de me violer et y serait sûrement parvenu si… Penser à mon sauveur, cette nuit-là, me retourna l'estomac et je frappai Bouletus plus fort. Je crois qu'il a perdu connaissance, mais je continuai le massacre.

Mais au moment où je levai une énième fois le bras pour l'abattre sur la surface ensanglantée qu'était devenu le visage du Romain, je me sentis m'envoler. Littéralement. Des bras s'étaient glissés sous les miens et on m'avait soulevée. Je me débattis en hurlant et je tentai de continuer de frapper Bouletus avec mes pieds. Satisfaite de l'atteindre dans les flancs et sur les cuisses, je continuai. Mais celui qui me tenait le remarqua et m'éloigna. Je vis alors un Romain et Arthur s'agenouiller devant Bouletus.

- Il est encore en vie, dit le Romain avec soulagement.

- C'est que je ne l'ai pas assez frappé ! répliquai-je. Lâche-moi !

- Sûrement pas ! répliqua la voix de Gauvain très proche de mon oreille.

Je me débattis plus fort et je l'entendis soupirer longuement. Je compris alors que mes mouvements étaient inutiles, qu'il ne me lâcherait pas de sitôt. Je me calmai alors et essayai d'achever celui qui avait osé s'en prendre à moi avec la force de mon regard. Ça ne fonctionna pas…

Bouletus reprit conscience en gémissant comme une fillette, ce qui m'arracha un sourire on ne peut plus satisfait. Des officiers romains l'aidèrent à partir tandis que je restai la prisonnière de Gauvain. Arthur se redressa et se tourna vers moi, totalement furieux.

- Je peux savoir ce qui t'a pris ? s'exclama-t-il.

Il ne semblait pas s'en faire de l'endroit où on se trouvait. Pas plus que du silence qui s'abattit brutalement sur l'auberge.

- Ce qui m'a pris à moi ? répétai-je, abasourdie. Cet homme s'en est pris à moi ! Voilà ce qui m'a pris ! Il méritait amplement chaque coup que je lui ai donné !

- Serais-tu devenue folle ? Il a déjà été puni pour ce qu'il a fait !

- Pas assez, apparemment, puisqu'il trouve le temps de jouer aux dés !

Le regard d'Arthur se troubla un instant. Gauvain se détendit une seconde, mais cela me permit de me libérer de sa prise. Je les regardai un instant, les sourcils froncés. Je leur en voulais de m'avoir empêché de tuer ce Romain.

Je me détournai d'eux et fonçai vers Arion. Avant que le vieil homme n'ait pu dire un mot, je m'étais déjà emparée de l'amphore qu'il tenait. Je m'éloignai, sortant de l'auberge vu qu'on ne m'y laissait pas en paix. Il fallait que je trouve un endroit calme pour continuer ma soirée de beuverie solitaire.

Je me dirigeai donc vers le mur d'Hadrien…

°o0o°

- Et merde…

La raison de cette soudaine éloquence : mon amphore était pleine de vide. Je l'avais déjà terminée et j'avais la flemme de descendre les marche du mur pour aller rechercher du vin auprès d'Arion.

En prenant appui sur le mur contre lequel je m'étais assise, je parvins à me relever. Je regardai par-dessus le petit mur d'une cinquantaine de centimètres qui laissait voir l'intérieur de la forteresse où quelques personnes rentraient chez elles. Puis, je regardais à l'extérieur du mur. Le mur était bien plus haut, mais je pouvais voir l'extérieur grâce aux créneaux. Le nord, le territoire picte. Où il y avait Merlin, cette femme rousse trop bizarre et des hordes de Saxons prêts à massacrer… Mais pour le moment, ce n'était qu'une vaste étendue sombre, éclairée par un croissant de Lune et les étoiles qui piquetaient le ciel. Même malgré les litres d'alcool ingurgité, je trouvai ce paysage magnifique. Pas de pollution dans l'air, pas de lumières artificielles, pas de klaxons pendant la nuit. J'aurais pu vivre ici, vraiment. Mais maintenant, j'avais plus envie de me jeter du haut du mur que de voir les chevaliers. J'avais envie de retrouver l'épaule consolatrice de ma cousine. J'avais envie de me blottir au fond de mon lit à écouter du Slipknot plutôt que d'être là…

- Bonsoir, Kaitleen.

La voix féminine me tira de ma rêverie et c'est instinctivement que je relevai la tête, bien que ce ne soit pas à moi qu'on s'adressât.

Pourtant, la femme qui venait de parler se tenait à quelques pas de moi. Sa peau était aussi blanche que si elle avait été faite en porcelaine. Ses longs cheveux noirs et lisses voletaient à la moindre petite brise et elle portait une longue robe écarlate, faite de voiles qui suivaient le même mouvement que sa chevelure. Ses lèvres étaient rouges et ressortaient sur la blancheur de sa peau. Ses yeux étaient sombres et brillaient, tels deux agathes. Et bizarrement, c'est moi qu'elle regardait, avec son sourire en coin.

- Euh… Je crois que vous vous êtes trompé de personne… fis-je avant de reporter mon attention sur le paysage nocturne.

Sans savoir pourquoi, cette femme me mettait mal à l'aise et je n'avais qu'une envie : qu'elle disparaisse. Dans mon esprit embrumé par le vin que j'avais bu tout au long de la soirée pointait un sentiment de menace face à cette inconnue. Et je n'avais pas la possibilité de courir vu que je tenais à peine debout en me tenant au mur.

- Alors comme ça, c'est vrai ?

À contrecœur, je me retournai vers la femme dont le sourire s'était élargi.

- Tu ne te souviens pas ? poursuivit-elle.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez, dis-je, la voix rauque à cause du vin.

- Je vois ça… Dommage, j'aurais préféré te tuer alors que tu étais en pleine possession de tes moyens… Oui, vraiment dommage…

Je rêve ou bien cette folle venait de parler de me tuer ? Et avec le sourire, en plus ?

- Vous êtes qui, vous ?

Son sourire ne quitta pas ses lèvres carmins tandis qu'elle répondit :

- Mon nom importe peu puisque tu vas mourir d'ici peu.

Je fronçai les sourcils et m'éloignai un peu du mur pour me retrouver bien en face de cette psychopathe habillée de rouge.

- Vous croyez vraiment que je vais vous laisser faire ? demandai-je.

J'essayai d'avoir l'air convaincante, bien que mes jambes semblaient prêtes à se dérober sous mon poids. Pourquoi fallait-il que ce soit quand j'ai bu de trop que je me retrouve face à une folle pareille ? Folle qui eut un petit rire narquois en entendant ma phrase.

- Et que comptes-tu faire ? Tu n'es pas armée et je doute que tu sois en état de te battre à mains nues…

Je jurai intérieurement. Elle avait raison et je me promis de ne plus jamais sortir sans, au moins, le poignard qu'Arthur m'avait donné il y a une éternité. Enfin, si cette folle ne me tue pas, comme elle a l'air convaincue de pouvoir le faire…

Elle commença alors à s'avancer vers moi et je me tins sur mes gardes. Elle me tourna autour et je fis en sorte de ne jamais l'avoir dans mon dos. Soudain, elle s'arrêta. Elle tournait le dos au nord du pays tandis que je tournais le dos à la forteresse. Nous n'étions séparées que de quelques pas et je n'aimai pas cela du tout.

- Tu es devenue si faible, soupira-t-elle. Oh, Kaitleen, ça me fend presque le cœur de te tuer de cette manière.

J'allais répliquer que moi, c'était Aëlys et qu'elle pouvait bien aller se faire voir quand elle tendit la main et me poussa brusquement.

- Presque… dit-elle.

Je me sentis donc partir en arrière. Mais je ne pus retenir un cri d'effroi quand l'arrière mes genoux rencontrèrent le petit mur garde-fou… Je tombai en arrière, dans le vide, et j'allais sans aucun doute me briser le cou… Mais hors de question de m'avouer vaincue ! Je me rattrapai in-extremis d'une main, les pieds pendant dans le vide. L'amphore, que je tenais de l'autre main, s'écrasa en-dessous de moi tandis que je peinais à hisser ma deuxième main sur le bord du mur.

- Je vois que tu es coriace !

Je relevai la tête et vis la psychopathe me narguer, me surplombant de toute sa hauteur.

Au fait, si vous vous posez la question, oui ! Oui, être pendue dans le vide, accroché à une main, ça dégrise ! J'avais les pensées claires et une seule envie : étrangler la bonne femme en rouge.

Difficilement, je parvins à me raccrocher avec ma deuxième main.

- Ah, que de vains efforts… murmura la femme en soupirant. Si tu n'avais pas perdu tous tes pouvoirs…

Je la foudroyai du regard, ce qui lui arracha un petit sourire. Elle leva la main et je sus que ma dernière heure était arrivée. J'allais tomber du mur d'Hadrien et me rompre tous les os.

- Aëlys !

Le cri venait d'en-dessous et je reconnus la voix grave de Dagonet tandis qu'un cri d'enfant m'apprit que Lucan était présent, lui aussi. Je tournai la tête et les vis tous les deux, ainsi que Galahad. Ils me regardaient, horrifiés.

- Dag' ! répondis-je. Elle va me faire tomber !

Je redressai la tête et ne vis personne. L'inconnue-psychopathe habillée en rouge avait disparue.

- J'arrive ! s'écria Galahad.

Je tournai la tête et le vis courir vers les escaliers du mur. Mais j'avais du mal à tenir, mes doigts tremblaient, glissaient et je doutais de pouvoir tenir jusqu'à l'arrivée du chevalier.

- Ne bouge pas ! me dit Dagonet.

- Et où veux-tu que j'aille ? répliquai-je entre mes dents.

J'entendis un bruit de raclement et baissai les yeux. Le chevalier était en train de tirer un chariot de paille, Lucan l'aidant de la force de ses petits bras. Le chariot fut placé en-dessous de moi, j'entendis les pas de Galahad. Je fermai les yeux.

Mes doigts glissèrent du mur et je tombai…

°o0o°

Et voilà :D

Aëlys a massacré le boulet romain ! Va-t-il survivre cette fois ? Pourquoi ne casse-t-elle pas le nez de Mélusine ? Pourquoi ne castre-t-elle pas Tristan ? Que va-t-il se passer ? Aëlys va-t-elle s'aplatir comme une crêpe ? C'est cette psychopathe qui la pousse du mur ? Comment les chevaliers vont-ils réagir, en particulier Tristan ?

Bon, pas très inspirée pour les questions aujourd'hui… xD

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