Note de l'auteur : Et voici le chapitre 24, qui est vraiment un exemple type des chapitres où des idées viennent au dernier moment et que vous vous sentez obligé de les rajouter quelque part ! En plus, j'ai pu y placer pas mal de petits bouts d'intrigues et aussi clore quelques intrigues secondaires. L'histoire avance un peu, parfois, sur des points pas forcément attendus mais qu'ils me tenaient à coeur d'écrire. J'espère que ça vous plait toujours. Il me reste encore trois chapitres pour boucler les intrigues secondaires, avant de reprendre la grande intrigue principale ! N'hésitez pas à laissez votre avis ! Bonne lecture et à tout bientôt pour la suite !
Tashigi avait attendu des jours le bon moment et celui-ci se présentait enfin. Zoro, le fils de Mihawk, l'homme dont elle s'était éprise récemment, se tenait non loin d'elle. Depuis le tournoi où il avait osé s'inscrire, elle n'avait d'yeux que pour lui. Il était le modèle de la chevalerie qu'elle recherchait. Sa mère, Hina, serait contente pour elle, tandis que son père s'en moquerait. Son père.
« Ce n'est pas Sakazuki, ton père, se répétait-elle. C'est... Quelqu'un d'autre. Un inconnu... »
En réalité, elle avait appris qui était son père et le cachait tout au fond d'elle-même. Savoir que sa mère avait été violentée par le vil Doflamingo et qu'elle était née de cet accident, cela avait quelque chose de traumatisant. Ce n'était pas non plus un point dont on pouvait particulièrement se vanter, quand bien même elle était une bâtarde royale. Elle considérait toujours Sakazuki, le prince héritier des Sylves Dorées, comme son père. En public, son comportement avec elle était glacial comme le blizzard mais en dehors, il avait eu des périodes où il s'était montré très gentil, l'autorisant même à l'appeler père. Sans doute était-elle la fille qu'il n'avait jamais eue. Son cœur se serra.
« Allez, cette fois, tu vas réussir à lui parler. »
Zoro se trouvait assis à une table dans une taverne, seul. Il descendait lentement une bonne quantité d'un vin fruité, que tout le monde ne pouvait pas se payer. Tout le monde n'était pas le fils de Mihawk en même temps. Prenant son courage à deux mains, la brune s'avança vers lui d'un pas décidé. Elle avait pris ses plus beaux vêtements, ce qui n'était pas peu dire pour une fille travaillant dans les écuries. Elle ressemblait un peu à une écuyère, ce qu'elle rêvait de devenir mais qu'on ne lui permettrait jamais chez elle. Tashigi se planta devant Zoro et essaya de sourire. Il haussa un sourcil en la regardant, perplexe.
« - Je peux m'installer ici ? demanda-t-elle.
- Si tu veux. J'attends quelqu'un mais pour le moment, il y a assez de place.
- Merci, s'inclina-t-elle, s'empressant de prendre place.
- Tu viens des Sylves Dorées, toi non ? Les manières de faire...
- C'est cela. Tandis que toi, tu as l'accent du Roc Sombre.
- Oui, répondit-il, continuant de boire son vin, visiblement peu intéressé par la conversation.
- Tu comptes refaire d'autres tournois ? Tu étais impressionnant, il y a un an...
- Il n'y a pas de tournois de prévu pour le moment et de toute façon, je dois encore m'entraîner. Mais merci. Dès que je peux, j'ai l'intention d'en refaire.
- Je crois que si je le pouvais, j'aimerais devenir écuyère aussi.
- Crystal et Alana ont bien réussi, tu devrais y arriver aussi, lui lança-t-il et elle perçut finalement un horrible malaise dans sa voix.
- Excuse-moi, tu n'as pas l'air d'aller bien, Zoro... Je peux t'aider ?
- Tu es perturbante, avoua-t-il, et elle crut qu'elle avait marqué des points. Ton visage, ta façon d'être... Tu... Tu ressembles beaucoup à Kuina. »
Il lui fallut quelque temps pour se souvenir exactement de qui était Kuina. La réalité la frappa : c'était la fille qui avait été accusée de meurtre sur le roi d'Oren et exécutée. Elle appartenait au Roc Sombre dont Zoro avait pu la connaître, et peut-être l'aimer.
« - Je ne savais pas. J'imagine que c'était quelqu'un qui comptait beaucoup pour toi.
- Beaucoup oui, jeta-t-il, le regard dans le vague.
- Dans ce cas, tu n'as qu'à t'imaginer que je suis elle. Je peux prendre sa...
- Personne ne peut prendre sa place, gronda-t-il, la foudroyant du regard.
- Ah, je suis désolée, je ne voulais pas t'énerver. Oublie ce que j'ai dit, d'accord ?
- Tu ne pouvais pas savoir, répondit-il, légèrement radouci.
- Bonjour Zoro. Je ne savais pas que tu étais déjà en charmante compagnie. »
Tashigi se retourna plus vite que l'éclair et découvrit une femme d'Ardent qui se trouvait là. C'était une brune avec des courbes là où il faut, un sourire agréable et une grâce innée. La bâtarde des Sylves Dorées avait oublié son prénom, si elle ne l'avait jamais su, mais elle comprit tout de suite. Jamais elle ne pourrait avoir Zoro. Il n'était plus qu'un rêve inaccessible. Dans cette taverne, c'était avec cette femme qu'il avait rendez-vous depuis le début. Il n'attendait pas une fille comme elle. Elle refoula ses larmes avec force et se força à sourire.
« - Bonjour Robin, l'appela Zoro, dissimulant mal son intérêt. Je viens de rencontrer... Tashigi c'est ça ? Mais je t'attendais.
- Je n'en doute pas, fit-elle en s'asseyant à côté de lui. Enchanté, Tashigi. Tu souhaites partager un verre avec nous peut-être ?
- Oh non, je... Je dois y aller, lança-t-elle, trop précipitamment pour que ce soit crédible. J'ai du travail avec les écuries et... Les Sylves Dorées pourraient avoir besoin de moi.
- C'est dommage, assura Robin avec sincérité. Bon courage à toi.
- Ouais, à bientôt, sosie de Kuina, ajouta Zoro, se désintéressant d'elle.
- Au revoir, fit-elle, s'en allant rapidement de la taverne, retenant ses larmes du mieux qu'elle pouvait, tandis qu'elle réalisait que les Sylves Dorées venaient de s'incliner devant Ardent, d'une certaine manière.
- Cette fille ressemble donc à ton ami d'enfance. Que voulait-elle ?
- Je ne sais pas très bien et pour ne rien te cacher, Robin, je m'en moque.
- Ce n'est pas très gentil pour elle Zoro. Moi, je crois que tu l'intéressais.
- Il n'y a qu'une seule femme qui m'intéresse personnellement, rétorqua-t-il.
- Je me demande bien de qui il s'agit, soupira-t-elle, une lueur joueuse dans les yeux.
- Tu le sais, Robin. Depuis quelques temps, tu as... Enfin, tu n'es pas aveugle.
- Non. Tu as des façons bien drôles d'aborder une femme mais j'ai compris le message.
- Maintenant, j'attends ta réponse. C'est pour cela... Le rendez-vous.
- Tu n'as pas vraiment de soucis à te faire. Ma réponse est plutôt positive. »
Elle s'approcha de lui et ne put retenir un léger éclat de rire quand elle le vit se tendre et rougir. De toute évidence, il n'avait pas l'habitude avec les femmes mais elle allait lui apprendre ce qu'il fallait faire. Même si elle était un petit peu plus âgé, Robin avait un intérêt certain pour ce jeune écuyer. Être avec lui signifiait bien évidemment qu'il lui faudrait rejoindre le Roc Sombre mais cela ne la dérangeait pas. Il faudrait quand même qu'elle en parle à sa mère. Olivia perdrait sa fille et même si Izou ne bougerait pas de Baterilla, cela serait un choc plutôt rude.
Sans s'en rendre compte, Tashigi s'était aventurée dans un petit jardin de Baterilla qu'elle ne connaissait pas, avec un petit étang et des magnolias. Cette ville regorgeait trop d'endroits en tout genre, on ne pouvait jamais la connaître entièrement à son avis. Elle s'assit sous un arbre, au bord de l'eau et regarda son reflet. Elle venait de laisser passer son unique chance avec le fils de Mihawk et s'était trop tard. Zoro était dans les bras d'une autre maintenant. Perdue dans ses pensées, elle ne vit l'arrivée d'un nouveau personnage que grâce à son reflet dans l'eau.
« - Est-ce que je peux me joindre à toi ? demanda-t-il.
- Bien sûr, chevalier Smoker » répondit-elle, heureuse d'avoir les yeux à nouveau sec.
Elle le connaissait depuis un moment car il venait des Sylves Dorées, comme elle. Il était le fils du grand chevalier Fujitora et lui-même un très bon chevalier. Si elle avait fait des efforts, peut-être aurait-elle pu devenir son écuyère plutôt que de passer son temps à nettoyer les boxes des chevaux ? La vie était faite de tellement de possibilités qu'elle s'y perdait.
« - Quelque chose ne va pas, Tashigi ? Tu es bien silencieuse.
- Je ne parle pas beaucoup d'ordinaire, chevalier Smoker.
- Toujours plus que maintenant. Je te connais.
- Depuis quand me connaissez-vous ? demanda-t-elle, surprise.
- Peut-être depuis que tu m'intéresses.
- Mais... Je ne suis qu'une bâtarde. Vous la savez bien. Je n'ai pas d'intérêt pour vous et...
- Si tu arrêtais de vouvoyer, cela nous ferait bien avancer, grogna-t-il.
- Cela fait longtemps que je t'intéresse ?
- Assez oui. Mais tu ne fais pas attention à ce qu'il y a autour de toi alors tu ne l'as pas vu. »
Utilisant une douceur dont elle ne l'aurait jamais cru capable, il tendit une main vers elle et la posa sur sa joue. Clairement, Smoker était mal à l'aise et prenait sur lui. Cela toucha la jeune femme plus qu'elle n'aurait su le dire. Sa journée n'était pas perdue tout compte fait. Mieux, une personne incroyable venait de lui ouvrir les yeux. Son sourire valait toutes les paroles du monde.
Alana restait dans un coin de la pièce et regardait son maître tourner désespérément sur lui-même. Cela n'était jamais arrivé à Mihawk d'être dans un tel état mais il fallait bien une première fois à tout. Il affichait une tête inquiète et faisait les 100 pas dans la chambre, comme un lion en cage. Comme un faucon incapable de s'envoler. L'écuyère ignorait ce qui le perturbait à ce point-là mais n'osait rien dire. Mieux valait ne pas l'énerver plus qu'il n'était. Finalement, le chevalier parut se souvenir de sa présence et se calma. Il s'assit sur une chaise, retrouvant toute sa dignité habituelle et encouragea sa disciple à s'approcher. Elle le fit, pas tellement rassurée.
« - L'heure est grave, Alana. Je pense que tu l'as deviné.
- En effet, maître. Rien que votre façon d'être me montre que vous n'êtes pas tranquille.
- J'ai continué de mener mon enquête pour le roi Rayleigh.
- Vous avez découvert quelque chose ? Oh, excusez-moi...
- Non. De ce côté-là, hélas, rien du tout. J'ai le sentiment qu'il y a quelque chose là, juste sous mon nez et que je n'arrive pas à poser le doigt dessus.
- N'aviez-vous pas interrogé l'armurier qui a fourni le plastron au roi Kalgara ?
- J'ai essayé. Le chevalier Marco m'avait donné l'adresse vu que c'est également le sien mais étrangement, cet armurier est mort d'une intoxication alimentaire peu après le décès. L'armure était irréprochable de toute façon. Pour l'avoir vu de loin, je le sais. Et le chevalier Marco qui l'a inspecté centimètre par centimètre m'a assuré que c'était le cas.
- Je vois. Quelqu'un donc a tué l'armurier car il risquait de dire quelque chose ?
- C'est hautement probable, si ce n'est pas une certitude déjà. Il n'y a aucune autre piste, tout ramène toujours à la malheureuse erreur de cette pauvre petite Kuina. C'est rageant.
- Où a-t-elle trouvé l'armure ?
- J'ai essayé aussi mais le roi Kalgara l'avait acheté lui-même chez l'armurier. Et il ne tolérait pas qu'un autre que lui s'en occupe. Tu vois ce que cela veut dire ?
- Il n'y aurait vraiment pas de coupable... Ou cela remonte à la fabrication de l'armure...
- Exactement. Dans tous les cas, nous ne pourrons plus jamais le savoir. Voilà pourquoi Kuina a été accusée à tort... Et voilà aussi pourquoi je dois rapporter cette conclusion à notre roi.
- Bien maître. Mais ce n'est pas autre chose que vous vouliez me dire au départ ?
- Si. Vergo a quitté la ville il y a peu. J'ignore pourquoi mais cela ne me dit rien de bon. Alana, que sais-tu du chevalier Vergo ?
- Euh... C'est un chevalier de l'archipel de Sipango et... Il est très fort. Je crois que Doflamingo a une confiance en lui inébranlable. C'est tout.
- Sache que cet homme n'est pas qu'un chevalier. Plus que tout, il est l'assassin officiel de Doflamingo. Personne ne dit rien mais tout le monde le sait.
- Un chevalier ? Mais alors... S'il est parti...
- Tu as deviné. Je crains qu'il ne soit parti à la recherche d'une cible à éliminer pour son roi. D'autant que je l'ai fait suivre par un faucon quelques jours et...
- Suivre par un faucon ? Vous parlez aux animaux ?
- Ce n'est qu'un détail. Je l'ai fait suivre et tout porte à croire qu'il remontait vers le Nord.
- Vers le Nord, il y a... Le Lion Blanc... Et nous.
- J'ai envoyé des messages au roi Wiper et au roi Rayleigh, en espérabt qu'ils arrivent à temps. Je voulais que nous partions bientôt également mais... Cet enfoiré, grinça-t-il, serrant ses mâchoires.
- Que se passe-t-il ? Quelque chose nous retient ?
- Le roi Doflamingo a ses propres informateurs et il sait que je compte repartir prochainement. Alors, il m'a invité pour diner un soir... Mais il n'a pas précisé quand, bien évidemment.
- Calmez-vous maître, cela ne sert à rien de vous énerver.
- Tu as raison... Et c'est bien rare que je dise cela.
- Il faut bien que des événements exceptionnels arrivent. Nous allons donc repartir bientôt ?
- Oui, ça vaudra mieux pour tout le monde. D'ailleurs, où est passé mon fils ?
- Zoro ? Je crois qu'il avait ses... Propres petites affaire à régler.
- Ses propres affaires à régler... C'est-à-dire ?
- Hum, je ne sais pas si je suis autorisée à vous le révéler, bredouilla-t-elle, consciente qu'elle en avait bien trop dit que le jeune homme l'étriperait probablement. Ce n'est rien...
- Alana, s'exclama-t-il d'une voix grave et profonde, en se redressant face à elle, ce qui lui donnait l'allure d'un géant. Parle. Tout de suite.
- Bien. Hum, en réalité, je crois que Zoro est... Euh, intéressé par une... Une jeune femme d'Ardent alors... Il avait un... Rendez-vous... Avec elle... »
Le visage de Mihawk fut un vrai kaléidoscope d'émotions pendant quelques secondes et se décomposa avant de reprendre sa consistance habituelle. Malgré son air froid, Alana le vit pâlir de manière dangereuse et il fut contraint de s'asseoir. Elle ne le montra pas mais elle riait intérieurement, voyant le papa poule caché dans le meilleur épéiste d'Oren. L'écuyère apporta quand même un verre d'eau à son maître, dont le regard n'avait actuellement plus d'expression. Il s'en remettrait. Il n'avait pas le choix.
« - Mon fils qui fréquente une fille, répéta-t-il d'une voix lointaine.
- C'est sûr, ça doit faire un coup, mais vous vous y habituerez.
- Sais-tu qui elle est ? demanda-t-il, sous le choc.
- Je crois qu'il s'agit d'une certaine Robin. La fille de l'historienne Olivia.
- Tu es bien renseignée, ma petite Alana.
- Il lui fallait bien une couverture pour s'éclipser.
- La fille d'Olivia hein ? Une bâtarde aussi alors...
- Sans doute, maître. Elle n'est peut-être pas... à la hauteur ?
- Oh, moi qui n'ai eu que des bâtards, comment je pourrais dire cela ?
- C'est vrai que Zoro n'est pas le fils de Perona. Mais de qui alors ?
- D'une femme qui lui ressemble et qui est bien malheureuse. Mais mon fils avec quelqu'un... Je crois qu'il va me falloir un peu de temps pour digérer. Surtout que je suppose qu'il faudra la ramener au Roc Sombre. Et si jamais il y a un enfant, il faudra penser au mariage... »
Alana ne put s'empêcher de rire en voyant Mihawk s'inquiéter pour des sujets encore improbables. Vu comment était Zoro, il y avait le temps avant qu'un enfant ne soit au programme. Au moins, Robin serait bien accepté par son beau-père, de cela, Alana était certaine. D'autant plus qu'elle-même appréciait bien la grande brune.
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Borata avait l'impression qu'un secret trainait quelque part dans la ville mais qu'elle était incapable de mettre la main dessus, ce qui l'agaçait au plus haut point. Rien ne lui échappait d'ordinaire et avec le plan qu'elle mettait au point en secret, elle ne pouvait rien laisser passer. Non, ce plan murissait tranquillement et elle ne voulait pas en parler pour le moment. Elle allait prendre un grand risque et risquait d'y laisser la vie donc y penser constamment ne valait pas le coup.
Du reste, elle n'avait pas appris grand-chose sur les intentions de Vergo, sinon que Doflamingo l'avait envoyé vers le Nord. Une conversation avec Mihawk lui avait permis d'y voir plus clair, mais cela ne disait pas qu'elle était le but de cette manœuvre. De toute façon, il était bien trop tard pour espérer pouvoir faire quelque chose. Le Trancheur avait fait de son mieux, Borata n'interviendrait pas plus là-dedans, les dés étaient lancés et cela ne l'intéressait plus.
Non, ce qui l'embêtait, c'était ce secret qui rôdait dans Baterilla et qu'elle ne parvenait pas à percer. Elle n'avait pas de preuve tangible, ce n'était qu'une intuition. Et pourtant... Il y avait une atmosphère dans la ville qui ne trompait pas ses sens. Cependant, ses pouvoirs n'avaient pas décelés de mensonges. Cela ne voulait rien dire. L'ancienne courtisane savait qu'il était possible de dissimuler la vérité par d'autres manières que le mensonge. L'omission ou les phrases à double sens par exemple. La magie de Borata ne pouvait pas le détecter.
« Je vais bien finir par trouver de quoi il en retourne. »
Elle laissait traîner ses oreilles partout où elle le pouvait, jusqu'à la Cours royale. Rien. Absolument rien. Du côté de l'archipel de Sipango, c'était les tromperies habituelles et elle en avait plus qu'assez de ce côté-là. Carm était toujours de bonne humeur et les Sylves Dorées ne cachaient pas leur haine de leurs voisins du Sud, à savoir Ardent. Alors quoi ? Où était le problème ?
« Quelqu'un, quelque part ici, cache quelque chose. »
Un peu dépitée, elle retourna dans les quartiers de Sipango et arpenta des ruelles où elle n'avait jamais mis les pieds. Il n'y avait pas grand monde, c'était plutôt des habitations délabrées. Sans doute le fameux quartier fantôme de Baterilla où les pauvres trouvaient refuge, en hiver et le soir. Dans la journée, au printemps et en été, il n'y avait personne. Le calme de l'endroit était appréciable, tous les bruits semblaient lointains et Borata se sentit bien. Dans une si grande ville, le silence, même imparfait, n'était pas du luxe.
« Qu'est-ce que tu fais là, Borata ? »
Elle sursauta et se retourna pour découvrir Crocodile, son ami dans les coups durs, malgré leurs différences. Il était bien plus vieux qu'elle mais maîtrisait la magie aussi, étant lié aux pouvoirs de la terre. C'était une personne fière, avec une main en moins et une grande cicatrice séparant son visage, un conseiller autrefois chevalier dont le royaume n'avait pas à rougir. Sa proximité avec Doflamingo était comparable à celle qu'avait eue Borata avec le roi pendant une courte période. Pourtant, l'ancienne amante du roi n'avait jamais vu Crocodile ainsi. Ses vêtements étaient déchirés, il portait de nombreuses balafres ou autres traces de griffures, couplées à d'énorme bleus et du sang coulait sur son visage, tâchant sa chemise. Il se tenait appuyé contre un mur, assis, et respirait à grand peine. Que lui était-il arrivé ? Au fond, Borata connaissait la réponse.
« - Crocodile. Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle, essayant de paraître ignorante.
- Tu le sais très bien, rigola-t-il légèrement. Notre roi était en colère.
- Mais il n'avait pas à s'en prendre à toi ! Regarde ton état...
- Ce n'est pas grave. J'essaie plutôt de penser au mensonge que je vais inventer pour ma femme. Et pour... Pour mon prétendu fils.
- Un autre bâtard de Doflamingo n'est-ce pas ?
- Bellamy ne me ressemble pas. Les gens font semblant de croire qu'il est mon fils ainsi que celui de Baby5, mais ils savent très bien que le roi est passé par-là. C'est tout.
- Ta femme saura. Elle n'est pas stupide, elle comprendra.
- Alors, elle fera semblant de me croire. Comme toujours.
- Cette mascarade est complètement stupide. Combien de temps allons-nous continuer à tous nous mentir et à le laisser agir comme bon lui semble ?
- C'est le roi, il fait ce qu'il lui plait. Voilà la règle.
- Et tu acceptes qu'il bafoue ta dignité et oublie que tu es un être humain ?
- Si cela peut faire plaisir à mon roi, oui. Je suis prêt. »
Il afficha un regard si triste que Borata crut qu'elle allait pleurer. Contrairement à elle, il n'avait jamais changé de sentiments pour son roi. Il aimait Doflamingo d'une fidélité qu'on aurait pu caractériser d'affligeante mais que la femme trouvait très belle. Malgré tout ce qu'il avait enduré, malgré les injures et les mauvais traitements, le conseiller aimait encore son souverain. Crocodile était prêt à tout pour le protéger. Même à mourir.
« - Je ne te comprendrais jamais, Crocodile.
- Tu l'as aimé, Borata. Tu savais ce que ça faisait autrefois.
- Avant oui. Désormais, je me suis réveillée et je le vois tel qu'il est. Un monstre.
- Si c'est le cas, laisse-moi dans mon sommeil. Je n'ai pas besoin de la réalité.
- Crocodile, je ne laisserais pas les choses continuer ainsi.
- Ku, tu as l'intention de tenter quelque chose contre Doflamingo ?
- Certainement. Ce ne sera pas dans la dentelle, je te préviens.
- Alors nous serons ennemis. Pourquoi me l'avoir dit ?
- Je ne sais pas. J'ai l'impression de pouvoir te faire confiance. Encore.
- Elle est loin, la fille achetée comme esclave sur le marché qui nous regardait avec des yeux apeurés. Je me demande si elle existe encore.
- Sans doute pas. J'ai dû la tuer par mégarde.
- Triste histoire, ricana Crocodile en crachant un flot de sang et en se tenant les côtes. Bordel, il n'y est pas allé de mains mortes. Dire que je ne sais même pas pourquoi il était énervé.
- Tu n'as pas besoin d'aide ou de soin ?
- Non, c'est bon. Je ne vais pas mourir pour si peu, articula-t-il avant de cracher un peu de liquide rouge puis de se mettre à chantonner. Un jour tu jettes et puis un jour tu paies.
- Qu'est-ce que c'est que cet air ? Il ne me dit rien.
- Cela vient du village de Sipango d'où je viens. C'est une chanson qui dit qu'on finit toujours par récolter la monnaie de nos actions. En bien ou en mal. »
Cette pensée fit beaucoup réfléchir Borata. Elle resta assise à côté du conseiller, à songer à son avenir. Vu ce qu'elle préparait, elle n'en aurait peut-être pas. Adieu ses projets de Carm. Adieu le beau Killer. Ses yeux se fermèrent à cette pensée. Quoi qu'il lui en coûte, elle se battrait mais elle garderait tout au fond cette furieuse envie de vivre.
Norane se trouvait avec Luffy, en train de manger une glace près de la rivière de Baterilla. Il y avait une petite taverne, la sirène des rapides, qui offrait des places au bord de l'eau et avait commencé sa saison de fabrication des glaces. Il y avait tous les parfums à la mode : pistache, fraise, amande, cassis, cacao et même rhum. Le prince de Carm semblait de très bonne humeur et cela faisait plaisir à la brune de passer une journée avec lui. Luffy lui manquait un peu depuis qu'elle n'était plus sa garde du corps attitrée et qu'elle était devenue l'écuyère de Kidd. Craignant de prendre la place de Killer, elle avait su qu'il allait être nommé chevalier sous peu et donc n'avait rien eu à dire. Bartolomeo avait repris son poste avec une joie non dissimulée et il avait fallu batailler ardemment pour que Norane puisse passer du temps avec le petit-fils de Garp.
« - C'est chouette de passer du temps avec toi, shihihi. Tu ne veux pas une glace ?
- Non merci, prince Luffy. Être avec toi me suffit.
- Il parait que Grand-père t'a raconté ton passé. C'est vrai ?
- Oui. Il a dû t'en parler pour que tu sois au courant.
- Pas du tout. Tu lui fais la tête depuis un petit moment alors je me suis douté.
- Luffy perspicace. Mon dieu, mais c'est un jour incroyable !
- Hum ? En tout cas, il ne m'a rien dit, mais je m'en fiche. Tu es Norane, c'est tout.
- Merci mon prince, sourit-elle, sincèrement touchée. J'ai appris que tes fiançailles avec Nami allaient avoir lieu bientôt. C'est vrai ?
- Quand on rentrera à Carm. Mais je ne comprends pas très bien...
- Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le fait que Nami va devenir ta femme ?
- Quoiiiiiiiiiiiiiiii ?! C'était donc ça cette histoire de mariage et de fiançailles ?!
- Je pensais que tu aurais compris après le mariage d'Ace...
- Mais... Nami est une amie... Grand-père et ses idées...
- Je croyais que tu étais super enthousiaste à l'idée de te marier avec elle ?
- Si j'avais vraiment compris, je l'aurais beaucoup moins été. Pfff.
- Hum, dans ce cas, prince Lufyf, me permets-tu d'être sincère avec toi ?
- J'espère bien, Norane ! Elle est vraiment bonne cette glace.
- En réalité, il y a une... Une personne qui aime Nami et voudrait bien l'épouser.
- Oh, je vois. Et Nami, elle en pense quoi ?
- Je ne suis pas complètement sûre, mais je crois qu'elle apprécie bien cette personne. Il faudrait lui demander ce qu'elle souhaite réellement.
- Parce que personne n'a demandé son avis à Nami ?
- Non. C'est rare que les femmes aient leur mot à dire dans les mariages princiers.
- Je ne savais pas. Alors... Quelqu'un a décidé aussi pour Ace ?
- Oui. Ce n'est pas un mariage d'amour... Même si Saphir et lui semblent bien s'aimer.
- Cela veut dire qu'il faut que j'en parle à Nami !
- Tu es certain ? Je ne suis pas sûre qu'on puisse faire quelque chose désormais.
- Il faut essayer, il n'y a pas le choix. Qui aime Nami ?
- Je crois que tu le sais déjà, prince. C'est Sanji qui l'aime. »
Le prince se tut et observa fixement la rivière. Norane ne l'avait jamais vu ainsi. Il semblait si sérieux et l'espace d'un instant, elle le trouva beau. Pour la première fois, elle vit même une petite ressemblance avec son père si taciturne. Parfois, on se demandait si Dragon était vraiment apparenté à Garp ou à Luffy. C'était des petits instantanés de la sorte qui permettaient de s'apercevoir que oui. La brune ne le brusqua pas et attendit patiemment.
« - Je crois que je le savais, dit-il finalement.
- Pourtant, il a fait des efforts pour le cacher. D'énormes efforts.
- Oui mais la façon dont il la regarde, quand elle est avec moi. Et elle a une façon de le regarder aussi... Je crois qu'elle l'aime, Norane.
- Je t'avoue connaître plus le frère de Nami, souffla Norane sur un ton conspirateur.
- Sanji est fait pour Nami et Nami est faite pour Sanji, réalisa-t-il avec sa logique enfantine. Et moi dans tout ça, je ne fais que les éloigner l'un de l'autre à cause de cette idée de mariage !
- Ce n'est pas de ta faute, Luffy. Ce n'est la faute de personne. Tu aimes bien Nami et Sanji. Tu ne leur as jamais voulu de mal. Rappelle-toi de cela.
- J'en parlerai à Grand-père. Et à Nami. Et à Sanji aussi, ajouta-t-il avec sérieux, avant de redevenir le Luffy qu'elle connaissait, naturel et n'en faisant qu'à sa tête. Mais si je suis ta logique, si tu es avec Kidd, c'est que tu n'as pas eu ton mot à dire ?
- Ah mais pas du tout. Au contraire, je suis très heureuse qu'il soit venu me chercher. Quelque part, il m'a sauvé et... Je crois qu'il faut que je parle au roi Garp, Luffy. J'ai été trop dur avec lui, alors qu'il a toujours été si gentil avec moi.
- Oh, ça lui fait du bien de temps en temps. Mais Kidd est un grand chevalier.
- Sans aucun doute. Tu ne m'en veux pas d'avoir abandonné mon poste ?
- Tant qu'on se voit toujours, c'est ce qui compte. Shihihihihi.
- Et ton nouveau garde ? Bartolomeo, tu l'aimes bien ?
- Ouais, il est rigolo. Un peu bizarre parfois quand même. Mais il cuisine bien. »
Les deux amis d'enfance éclatèrent de rire. Leur lien ne pourrait jamais se dénouer, peu importe ce qu'il apprendrait sur l'un ou sur l'autre. Seule la trahison pourrait les séparer et ce n'était pas près de se produire. Norane songea qu'il était agréable de savoir qu'on pouvait toujours rire avec un prince et qu'elle était probablement dans le meilleur royaume du monde. Si Sanji et Nami pouvaient être ensemble, grâce à l'intervention de Luffy, alors tout était parfait.
« Roi Garp, je viendrais vous parler, se promit-elle. J'ai été injuste et... Maintenant que ma colère est apaisée, les choses vont rentrer dans l'ordre. Je sais que vous me comprendrez. Vous avez toujours été plus qu'un père pour moi, je ne l'oublie pas. »
Elle songea également qu'elle n'avait jamais cherché à voir ses parents. Enfin, pas sa mère bien sûr mais son véritable père biologique. Peut-être un jour. Mais pour l'instant, elle ne le souhaitait pas particulièrement. Elle avait toujours su être heureuse sans lui jusqu'à présent, il n'y avait pas de raison que cela change. Pourtant, il faudrait bien qu'il remarque son existence. Un jour.
« Et galère et merde, oh merde ! » hurla Crystal en pénétrant comme une furie dans les appartements des serviteurs du Lion Blanc.
Antonio qui rangeait tranquillement ses affaires s'arrêta immédiatement et l'observa, sans comprendre. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Le brun ne comprenait strictement rien. Crystal ne fit pas attention à lui et envoya valser quelques objets du mobilier, des chaises de préférence et bien contre les murs. Pour comprendre sa réaction, il fallait repasser sa journée. Il est vrai que l'éclair bleu peut s'énerver pour rien mais jamais depuis qu'elle était à Ardent, elle ne s'était sentie autant insultée. On pouvait dire qu'elle était susceptible, Crystal s'en moquait, elle était vexée. La femme chevalier se remémora cette journée pas si mauvaise qu'un détail avait fait basculer.
« Dis Crystal, on peut aller se balader ? S'il te plaît. »
Comment dire non à la supplique de la princesse ? Depuis quelques temps, le prince Ace ne voulait plus l'emmener dans de grandes chevauchées comme auparavant, tout simplement parce qu'il avait peur qu'il ne lui arrive quelque chose. Un mari plus stressé par la grossesse que la femme elle-même, c'était plutôt drôle. Crystal avait donc prévenu Marco de son projet.
« - Elle montera en selle avec moi, comme ça, elle ne risquera vraiment rien.
- Hum, je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée, même si la princesse le réclame.
- Sa grossesse n'est pas si avancé. Elle n'accouchera pas avant l'automne et on n'est qu'au printemps. C'est une fille du Nord, vous ne pouvez pas l'enfermer.
- Très bien, je te fais confiance mais fais quand même bien attention à elle. Je vais devoir en parler au roi quand même. Quel chemin comptais-tu prendre ?
- Les bois au Sud, le chemin classique. Un peu moins même car je ne ferais que du pas. Pas de galop, pas de trot. Encore moins de saut. Je pense que c'est raisonnable et qu'elle peut se le permettre. »
Il avait hoché la tête et les filles étaient parties. Saphir montait en amazone, devant Crystal. Tout s'était passé pour le mieux, lors de cette promenade, rien à dire. La princesse avait été heureuse comme jamais de pouvoir à nouveau mettre le nez dehors et les deux amies avaient beaucoup rigolé. Même pour l'éclair bleu, c'était un moment agréable de se retrouver seulement entre filles car dans un univers plutôt masculin, ce n'était pas beaucoup le cas. En tout cas, absolument rien de notable ne se passa, tout était parfait dans cette promenade, même la météo. Il n'arriva rien à Saphir, Crystal resta raisonnable et elles rentrèrent assez tôt.
C'est en arrivant dans la cours du palais royal que les choses dérapèrent, au sens propre comme figuré. Toujours au pas, Crystal guidait son cheval tranquillement quand elle aperçut le roi Roger et le prince Ace qui attendaient le retour de la princesse. Elle les salua selon la bienséance requise et sauta à terre, se préparant à aider Saphir à descendre. C'est alors que cet idiot de prince accourut vers sa femme, dans un élan d'amour stupide. Le cheval ne s'y attendant pas et fit un léger écart. Cela suffit à la brune pour glisser au sol, dans une chute douce. Enfin, chute douce, pour une personne ordinaire. Pas pour une femme enceinte.
« Saphir ! » s'exclamèrent d'une même voix son mari et son beau-père.
Ils se précipitèrent tous les deux vers elle, Crystal étant déjà à ses côtés pour l'aider à se relever. L'éclair bleu sentit un stress naître en elle et interrogea son amie sur son état, le temps que les deux hommes soient à côté d'elles. Saphir bougeait lentement.
« - Je vais bien, assura la fille du Nord, en se relevant pourtant avec difficulté et en se tenant le ventre avec une grimace. Ce n'est pas grand-chose.
- Il faut que tu voies un médecin, s'exclama Ace, le regard brillant.
- Allez chercher le docteur Hiluluk ! hurla Roger. Plus vite que ça. »
Après des examens en bonne et due forme, il s'avéra que la princesse n'avait rien. Il y avait eu plus de peur que de mal, même s'il était vrai qu'elle avait été secouée. Ace refusa de la quitter pour le reste de la soirée et l'affaire aurait dû s'arrêter là. Mais non ! Le roi Roger fit convoquer rapidement la femme chevalier pour une entrevue. Elle savait qu'elle se ferait réprimander, il n'avait pas le choix. Mais là, c'était l'injustice la plus profonde.
« - Chevalier Crystal, je suis très déçu par votre attitude.
- Veuillez m'excuser, roi Roger. Je ne faisais que répondre aux désirs de la princesse. Les lionnes du Nord ne sont pas faites pour rester enfermées.
- Dans le cas d'une grossesse, c'est différent. Elle n'a plus le droit de se promener ainsi. De toute façon, maintenant, elle est une fille du Sud.
- Très bien. Mais si je puis me permettre, notre balade s'était très bien passée. Si une personne n'avait pas couru vers ma monture, elle...
- Vous osez accuser mon fils de votre incompétence ?
- C'était un concours de circonstances, qui au final n'a rien entraîné...
- Mais qui aurait pu ! J'aurais pu perdre mon petit-fils... Ou ma petite-fille... dans l'histoire ! Vous imaginez un peu les retombées pour le royaume ? Vous n'avez qu'à entraîner plus votre monture. C'est un cheval de guerre non, il ne doit avoir peur de rien ! C'est bien pour cela que les femmes ne devraient pas être chevalier. Je ne tolèrerais plus aucun écart de votre part sinon, je briserais votre rang et vous retournerez là où est votre place. C'est compris ?
- Le roi Kalgara m'a donné mon...
- Est-ce que vous avez compris ? répéta-t-il, avec une colère profonde dans sa voix.
- Oui, mon roi, répondit-elle, retenant sa rage, tremblante. Je vous prie de m'excuser pour cet incident. Cela ne se reproduira jamais.
- Bien. Je vous relève de la garde de la princesse pendant quelques jours. Law s'en chargera très bien car il n'a jamais failli à sa tâche, lui. Vous pouvez disposer maintenant. »
Voilà pourquoi elle était aussi énervée : certes, le roi avait eu peur pour la descendance de son fils et avait probablement dit des choses qu'il ne pensait pas, mais il n'avait pas à l'insulter ainsi. Elle avait toujours fait son devoir, Saphir en était témoin, et elle n'avait jamais failli. Tout ça à cause de cet empaffé de prince qui ne savait pas que courir vers un cheval, non, ce n'est pas une bonne idée. Elle continua de détruire quelques objets dans les quartiers des serviteurs du Lion Blanc pendant encore un petit moment. Antonio se dit que c'était une chance qu'il n'y ait qu'eux et s'approcha d'elle, dans une tentative désespérée pour la calmer.
« - Crystal, tout va bien. Détends-toi. Je ne sais pas ce qu'il t'arrive mais il faut que tu...
- Oh ta gueule Antonio. Vraiment, ta gueule. »
Alors, sans le prévenir, elle l'attrapa par le col et l'embrassa avec tant de violence qu'il en eut le souffle coupé. Dans la catégorie des choses qu'il n'attendait pas, ceci se plaçait très haut dans la liste. Le brun ne pouvait pas dire qu'il n'apprécia pas. Bien au contraire. Seulement, sur le moment, il fut trop surpris pour éprouver quoi que ce soit d'autre que de l'incompréhension. Quand elle se détacha de lui, il eut peur que son geste n'ait été qu'une impulsion et rien d'autre.
« - Crystal, commença-t-il, ne sachant même pas quoi dire.
- Ne dis rien, Antonio. C'est inutile, soupira-t-elle, le visage sérieux.
- Est-ce que, poursuivit-il quand même. Est-ce que c'était juste... Enfin...
- Non. Je ne crois pas que c'était temporaire si c'était ta question. Je crois que c'est fait pour durer. Mais maintenant s'il te plaît, tais toi. Juste, ne dis rien. »
Elle le regarda pour s'assurer qu'il respectait sa parole et fut surprise de le voir sourire de tout son cœur. L'éclair bleu ne put s'empêcher de sourire à son tour. Un poids s'envola de ses épaules. Finalement, il y avait des choses qu'elle avait besoin de mettre au clair depuis le temps.
« - Pas un mot à quiconque, le prévint-elle quand même.
- Aucun risque, rit-il, le cœur léger.
- Je sais que tu aimes bien bavarder Antonio, alors si jamais tu...
- Crystal. Calme-toi. Pour le moment, ce sera notre secret.
- Pourquoi certaines choses sont-elles aussi simples ?
- Tout n'est pas toujours compliqué tu sais. »
Il se mit à rire plus fort et elle l'accompagna. C'était agréable d'être avec lui et elle s'en voulut de ne pas avoir remarqué beaucoup plus tôt l'importance qu'il avait pour elle.
