Bonjour !
Qu'on soit bien clairs sur la fin de chapitre précédent : L'allié dont parle Morgana (et dont vous avez deviné le nom) n'apparaîtra jamais dans ma fic ! Mais il est au casting de la saison 5, et je vous fais donc l'un des premiers liens avec la reprise officielle de Merlin, puisque j'achève la publication le jour de la diffusion.
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A mon cucurbitacé préféré : Faisons les choses dans l'ordre : Tout d'abord, merci de tous les compliments, ça me fait vraiment très plaisir ! Je n'envois pas mon histoire à la prod parce qu'ils sont anglais, et que je parle français. Mais Arthemis a déjà mis au point un plan magnifique à base de kidnapping des producteurs, syndrome de Stockholm et explications en anglais de ma fic. Tkt, c'est en cours, ça s'appellera « Merlin saison 4,5 », et je deviendrais riiiiiche ^^
Pour la suite, merci de dire que j'ai du talent, et que c'est ce que tu apprécies. Ça me touche beaucoup. Mais non, je n'en ferais jamais mon métier. Pour répondre à ta dernière question, je suis en première année de master de comptabilité (études supérieures) dans le but de faire de l'expertise comptable. Je maitrise donc dans mon job les chiffres… et écrire me permets de continuer à maitriser les mots (que j'aime tout autant), mais c'est quelque chose de bien trop aléatoire pour en faire mon métier. Et puis, je connais des tas d'amateurs un millier de fois plus doués que moi ! J'écris pour me faire plaisir, et quand j'en ai envie ! C'est pourquoi je ne publie que lorsque j'ai une avance confortable, parce que la publication est pour vous. Mais je n'écris pas sur commande )
Enfin, la saison5 reprend sur la BBC… la chaine anglaise. Ensuite, soit tu as la possibilité de voir en direct, soit la magie d'internet aide grandement… ^^
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Bonne lecture ! Il s'agit quand même du dernier chapitre…
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Chapitre 13 : Où la neige recommence à tomber
Morgana fuyait dans la forêt, appelant Aithusa de toutes ses forces, sans comprendre pourquoi l'antique bête ne répondait pas immédiatement à ses appels. Perturbée à la fois par cette absence, sa défaite, la fuite des mercenaires qu'elles avaient recrutés et la découverte de l'incroyable vérité de Merlin, elle ne vit pas le coup arriver. Elle se sentit par contre très bien le choc de la masse à l'arrière de son crâne. Avant de sombrer dans l'inconscience, elle entendit distinctement la voix du leader des mercenaires. Et voilà, une fois de plus, elle se faisait trahir. Plus jamais elle n'engagerait d'hommes des bois pour la soutenir. On ne pouvait définitivement pas compter sur eux.
Lorsqu'elle se réveilla, ses bras et ses pieds étaient entravés. Le cachot était glauque, et elle se sentait nauséeuse. Elle ne le savait pas encore, mais cela deviendrait son quotidien dans les mois à venir.
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Gaius s'était dépêché d'aller libérer ses souverains de leurs entraves, puis s'était éclipsé. Merlin aurait sans doute besoin de soutien après sa difficile conversation avec Arthur, mais pour l'heure, il devait faire face seul à son destin. Il n'était plus un enfant. Arthur faisait les cent pas de long en large, sans mot dire. De temps à autre, il jetait des coups d'œil furtif à Merlin, face à lui. Merlin, qui restait debout, suivant des yeux le souverain. Merlin, parfaitement calme, sa respiration régulière et ses yeux tranquilles. Merlin, qui ne bougeait pas et ne disait rien, alors qu'Arthur avait envie de tout détruire sur son passage et d'hurler, avant de se mettre à pleurer. Le pire était de vouloir pleurer pour être consolé par Merlin. Merlin, qui ne cillait même pas de ses yeux trop bleus. Merlin qui ne paraissait même pas craindre la sentence.
Plus que tout, ce fut cette indifférence et ce calme qui énervèrent Arthur et le poussèrent à réagir.
– Tu ne dis rien ? aboya-t-il. Pourquoi tu ne te défends pas ?
Si Merlin lui jurait qu'il n'était pas sorcier, Arthur avait tellement envie de le récupérer qu'il l'aurait cru. C'était stupide et faible, mais c'était ce que son cœur lui dictait.
– Je n'ai pas à dire quoi que ce soit, Votre Altesse, répondit doucement Merlin. Je suis sorcier, je ne le nierais pas. Et c'est ensuite à vous de prendre une décision.
C'était l'horreur absolue dans l'esprit d'Arthur. Entendre la douceur de la voix de Merlin lui donnait envie de courir le serrer dans ses bras, regarder son visage – l'erreur que venait de commettre Arthur en s'arrêtant face à lui – l'obligeait à lutter pour ne pas l'embrasser, savoir qu'il était sorcier devrait le contraindre à prononcer un ordre d'exécution, et sa fureur lui donnait envie d'hurler. Arthur ne savait même pas si c'était humain de ressentir autant de sentiments contradictoires simultanément à propos d'une même personne sans exploser de frustration. Quel que soit le foutu choix qu'il allait faire – à savoir tuer Merlin ou se jeter sur lui pour lui faire l'amour à même le sol dans la grande salle– cela frustrerait forcément l'autre partie de ses pensées. Le tout était de déterminer ce qu'il pouvait négliger le plus sans que sa frustration ne le tue.
– Je n'ai pas à me défendre de quoi que ce soit, reprit Merlin de sa voix calme. Je ne veux plus jamais vous mentir. Je suis sorcier et je viens d'user de magie sous vos yeux. J'accepterais votre jugement Monseigneur, quel qu'il soit. Une fois, j'en ai eu assez de vous cacher qui j'étais et je suis parti. Je n'ai pas l'intention de recommencer à fuir.
Merlin était loin d'éprouver le calme qu'il affichait. Rien qu'à l'idée d'une décision défavorable d'Arthur, il tremblait intérieurement. En même temps, il avait déjà perdu (volontairement, mais ça ne changeait rien à la douleur de la perte) Arthur, il ne pouvait pas lui arriver grand-chose de pire. Il était mort chaque jour un peu plus chaque jour passé loin du château et de son Roi. Mais il ne supporterait pas de mourir en voyant la haine dans les yeux d'Arthur.
La colère, la vengeance, la frustration, la déception face au mensonge, tout cela lui était envisageable. La haine, impossible à supporter. Il se demanda vaguement s'il était de pire de vivre avec la haine perpétuelle d'Arthur, ou de mourir le cœur meurtri par cette même haine et finit par conclure qu'il était incapable de trancher ce choix cornélien. Et que donc, tant qu'à faire, il aimerait bien qu'Arthur prenne une vraie décision, en sa faveur de préférence.
– Depuis quand ? questionna Arthur, en essayant assez vainement de contrôler les sanglots dans sa voix.
Merlin perçut clairement sa douleur. Il avait été trompé, trahi par la personne qu'il aimait. Encore. L'émotion d'Arthur créa dans sa gorge une boule qu'il essaya de réprimer.
– Depuis toujours… murmura-t-il.
Il ne savait pas très bien si Arthur lui demandait depuis combien de temps il avait la magie ou depuis combien de temps il lui mentait, mais la réponse était la même, de toute façon.
– Je suis né avec la magie, avoua Merlin, dont la voix se faisait de plus en plus misérable. Et je jure de n'avoir jamais eu d'autre but que de te protéger votre vie, Sire.
Arthur ferma les yeux une seconde. Il voulait un instant cesser de voir Merlin, plus maigre que jamais, ce qui ne changeait rien à l'envie incontrôlable qu'il avait de le serrer contre lui. Il voulait se concentrer sur ses pensées rationnelles, adultes et royales, histoire de donner à cette situation une conclusion sensée et réfléchie. Sauf qu'en fermant les yeux, il sentit plus violemment le sang battre à ses tempes, au même rythme que son cœur tambourinant dans sa poitrine : Merlin, Merlin, Merlin, Merlin. Réflexion faite, les yeux fermés, ce n'était pas une bonne idée. Il les rouvrit donc.
Merlin n'avait pas bougé, attendant toujours patiemment qu'il ait fini de démêler les sentiments contradictoires qui l'étreignaient.
– Je… commença Arthur, sans avoir la moindre idée de comment continuer sa phrase.
Fort heureusement, il n'en eut pas l'occasion. La porte de la salle s'ouvrit brusquement sur Sir Leon, le teint plutôt frais pour quelqu'un qui sortait probablement des cachots.
– Sire ! Nous avons besoin de vous de toute urgence.
Assez agacé, car il ne voyait pas vraiment ce qui pouvait être plus important que la conversation qu'il était en train d'avoir, Arthur demanda des précisions.
– Sir Tristan est mourant, Monseigneur, avoua Leon, embarrassé et bientôt endeuillé. Son état ne peut pas connaître d'amélioration.
Le sang du roi ne fit qu'un tour. Il abandonna Merlin et tout effort de réflexion et se précipita sur les talons de son lieutenant.
Resté seul avec Guenièvre, Merlin se demanda comment lui parler. La reine n'avait pas encore prononcé un mot. Elle semblait aussi choquée qu'Arthur. La trahison valait pour elle aussi. N'avaient-ils pas été amis ? Et au-delà de la traitrise magique, il y avait entre eux tous les non-dits et les reproches liés à sa relation avec Arthur. Bien sûr, ils en avaient dépassés certain en acceptant de se parler et d'avancer pendant la période estivale où Merlin vivait son bonheur librement. Il restait son départ précipité, l'Arthur dévasté qu'il avait rendu à Gwen sans un mot. Il y avait ce retour d'Arthur aux côtés de la reine, ce second choix qu'elle avait représenté, le lot de consolation d'un amour trop grand et trop fort.
Guenièvre était perdue, totalement perdue. Perdue dans sa colère envers l'amant de son mari, perdue dans le soulagement de revoir son ami, perdue dans la découverte de la déloyauté. Incapable de faire la part des choses entre sa colère et son inquiétude, elle n'avait même pas pu intervenir dans la discussion. Si on pouvait appeler ça une discussion. Mais là, présentement, il ne pouvait pas y avoir dans son esprit une place pour autre chose que les quelques mots qu'elle allait prononcer.
– Merlin… je ne me sens pas bien, déclara-t-elle, pâle comme la mort.
Merlin fronça les sourcils, brusquement inquiet. Et plus du tout à cause de la fracassante révélation de sa magie, ou à cause de son ancienne relation adultérine.
– Gwen, tu saignes ! s'exclama-t-il. Je t'emmène voir Gaius immédiatement.
Et sans se préoccuper des nombreux problèmes qui existaient entre eux, il la prit par le bras et l'entraîna avec lui. Ils n'étaient plus que deux anciens amis ayant besoin du support de l'autre.
...
Arthur arriva en trombe dans la cellule où Tristan avait été retenu. Couché sur la paillasse, pâle comme jamais, les lèvres bleues, le visage exsangue. Il n'était bientôt plus rien d'autre qu'un cadavre. Arthur jeta un regard à son bras gauche, celui qui avait été endommagé. Il ne ressemblait plus un rien. Un morceau de chair presque carbonisé relié au reste par des lambeaux de peau. Si le roi n'avait pas été aussi habitué aux blessures de guerre, il aurait probablement vomi sur le champ. Elyan s'approcha de lui pour lui expliquer la situation à l'oreille. Précaution superflue puisque Tristan ne semblait plus en état ni de voir ni d'entendre. Sa respiration sifflante témoignant de ses bronches encombrées, et ses yeux étaient clos.
– Il s'est battu de toutes ses forces, malgré l'état de son bras. On pense qu'il a contracté une infection qui s'est propagé dans tout son corps… et puis juste avant l'attaque du dragon, il s'est fait attaquer et n'a pas eu le temps de réaliser ce qui se passait. Gwaine dit qu'il a tenté de se protéger du feu de l'animal avec son bras déjà endommagé. Sauf que la fièvre devait déjà l'avoir atteint puisqu'il n'avait pas de bouclier, ce dont il ne s'est pas rendu compte.
Elyan lança un regard désolé en direction du lit de mort.
– C'est son bras qui a reçu tout le feu. Vous avez le résultat sous les yeux. Morgana a refusé de le faire soigner.
– On ne pourrait pas le déplacer ?
– Mourir ici n'est sans doute pas ce qu'il y a de plus glorieux Sire, mais honnêtement, il est trop mal en point pour s'en rendre compte.
Gwaine, jusqu'alors penché au chevet du blessé – mourant – les interrompit soudain.
– Il vit ses derniers instants…
Arthur revint vers son chevalier, s'agenouilla et lui prit le bras valide et pressa sa main. Il n'y avait pas de mot à dire. Tristan dut sentir l'étreinte puisqu'il fit un effort surhumain pour ouvrir les yeux. Arthur n'était pas sûr qu'il voyait vraiment, mais il accrocha son regard au sien et lui murmura des félicitations.
– Tu peux rejoindre ton Iseult maintenant…
– Monseigneur… merci… souffla Tristan.
Puis la vie le quitta définitivement, ses paupières se fermant à demi et le souffle s'arrêta. Un instant interdit devant le spectacle flou s'imprimant sur ses rétines, Arthur comprit qu'il pleurait presque et que cela troublait sa vision.
– Il est mort, murmura Gwaine.
Arthur se redressa, imité par Gwaine.
– Dois-je préparer la crémation Sire ? demanda Leon, qui s'était tenu en retrait jusque là.
Il n'avait jamais beaucoup apprécié l'ancien voleur, mais il n'en restait pas moins touché par la mort d'un de ses camarades. Son timbre était voilé.
– Non, refusa Arthur. Il aura le droit… à une cérémonie d'honneur, mais je ne crois pas qu'il n'ait jamais souhaité être incinéré…
– Iseult… souffla Gwaine.
– Oui, acquiesça Arthur. Nous allons aller l'enterrer auprès de sa femme. Maintenant.
– Maintenant ? s'étonna Leon.
Arthur se retourna pour lui faire face.
– C'est le dernier cadeau que nous pouvons lui offrir. Allons-y. Pendant que le château se remet de son combat. Sir Leon, trouvez Sir Mordholt et confiez lui le soin de veiller sur la remise en l'état pour ce soir. Quant à nous, nous allons aller offrir un dernier tombeau à Tristan.
Se rendant brutalement compte qu'il manquait l'un de ses favoris, Arthur tourna sur lui-même avec l'espoir d'avoir simplement manqué la haute silhouette de Percival. Mais en fut pour ses frais. L'homme était absent. Soudain paniqué, il prit peur. Un mort d'un de ses proches, il pouvait survivre. Deux beaucoup moins. Pas avec tout ce foutu truc à gérer avec Merlin.
– Ne vous inquiétez pas, Sire, le rassura Elyan. Percival va bien. Il a juste une main d'amochée, il est parti voir Gaius pour prendre une potion contre les risques d'infection. Mais ce n'est rien. Je suppose qu'il voudra se joindre à nous.
Arthur hocha la tête.
– Elyan, trouvez le et emmenez-le, Gwaine allez préparer les chevaux. On se rejoint dans l'écurie.
Les deux chevaliers obéirent immédiatement et partirent. Leon avait déjà quitté la pièce. Resté seul dans un cadavre, Arthur s'interdit de réfléchir. Il refusait de penser à autre chose que la vie qui s'était envolée de cette petite pièce. Souffrir de la perte de l'un des siens, l'enterrer à la force de leur mains et à la sueur de leur front l'empêcheraient de trop penser. Surtout pas à un idiot aux grandes oreilles. Surtout pas au fait que l'idiot ne l'était plus tant que ça. Surtout pas au soulagement immense qui l'envahissait en songeant que l'idiot était en vie. Surtout pas au fait que l'idiot avait risqué pour la sienne.
Arthur secoua la tête et agita ses mains, dans l'espoir que ses idées noires pourraient se chasser comme on chasserait une mouche. Très étonnamment, il obtint le résultat escompté. Et se concentra sur la tâche qui l'attendait.
Avec délicatesse, il croisa les bras de Tristan sur sa poitrine et ferma correctement ses paupières. Puis il entoura le corps dans le drap qui recouvrait la paillasse. On avait vu mieux, comme linceul, mais ça ferait l'affaire. Puis il prit lentement le corps dans ses bras, que la rigidité post-mortem n'avait pas encore atteint. Il rejoignit ses hommes à l'écurie, ils hissèrent la dépouille sur son cheval, et partirent au galop.
En peu de temps, ils arrivèrent à la clairière d'Iseult, où le marbre clair se dressait. Le soleil se couchait sur le pays et accrochait ses fils d'or aux branches des arbres alentours, faisant baigner le lieu d'une couleur orangée. Sans mot dire, Arthur attrapa les outils amenés par ses chevaliers prévoyants et commença à creuser aux côtés d'Iseult. Ses chevaliers s'activèrent à la tâche à ses côtés. L'effort physique leur permettait d'oublier la peine et le deuil.
Une fois le trou creusé suffisamment profond, il faisait presque nuit. Toujours en silence, Arthur plaça le corps au fond de la fosse et commença à reboucher. Lorsque ce fut fini, ils se regardèrent, un peu gauches. Sans doute attendaient-ils d'Arthur qu'il dise quelques mots mais le roi avait la gorge nouée. Il devrait déjà prononcer tout un discours demain pour la cérémonie funèbre de tous les tombés au combat. Ce serait bien assez. Ils se préparaient à partir quand le miracle eut lieu. Une plante, une ronce poussa brusquement, s'élevant de la tombe d'Iseult et de planta dans celle de son mari. Amants éternels, même dans la tombe.
Arthur fit un geste pour calmer ses hommes, qui avaient dégainé leurs épées. Adieu, Tristan, puisses-tu être enfin heureux dans la mort avec ta femme, souffla Arthur en se remettant en selle. Puis il lança son cheval au galop en direction du château.*
Lorsqu'ils arrivèrent dans la cour, la nuit était complètement tombée. Arthur n'avait plus qu'une envie, aller se coucher et arrêter de penser. Ce qu'il fit immédiatement. Sans s'inquiéter de l'absence de Guenièvre ou se demander où pouvait se trouver Merlin, il se laissa tomber sur son lit, tout habillé et sans défaire les draps. Et il s'endormit aussitôt, écrasé à la fois par la fatigue de la journée harassante qu'il venait de vivre et le peu de sommeil qu'il avait eu ces derniers jours.
...
Lorsqu'il s'éveilla, le soleil se déversait par les fenêtres, froid et lumineux. Il était tard. Il avait beaucoup dormi. Un instant, il se demanda pourquoi Merlin n'était pas venu le réveiller. Son esprit embrumé lui rappelait que le jeune homme était revenu de son exil volontaire. Arthur se souvenait de l'avoir eu sous les yeux la veille. Puis il se rappela aussi combien il avait été blessé par le jeune homme. Pas seulement par son départ, mais aussi sa trahison. Merlin était un sorcier. Arthur se redressa sur son lit, s'assit en tailleur dans le but avoué de réfléchir à tout ça et pendre une décision. Une vraie décision. Pas de faux-semblant, d'aveuglement par amour. Il devait agir à propos de Merlin en tant que roi, pas en tant qu'ancien compagnon. Cela lui parut totalement insupportable. Il avait déjà beaucoup trop perdu : sa mère, avant même de la connaître son père, trop tôt à son goût sa sœur, dans une colère et une haine dévastatrice certains de ses hommes… et sa femme et son amant, à cause de ses choix égoïstes et irrépressibles.
Il ne parvenait pas à penser correctement. Le problème était qu'il doutait d'y arriver un jour. Et que sa décision n'allait pas attendre les années. Il devait la prendre immédiatement, maintenant, avant la fin de la journée. Inspirant profondément, il s'obligea à fermer les yeux et visualiser sa prochaine conversation avec son amant Merlin… Non, avec le sorcier Merlin. Il y arrivait presque. Rassuré sur sa capacité à discuter avec Merlin sans avoir envie de lui sauter dessus –du moins, dans ses pensées, il y parvenait. Il fallait tester en vrai maintenant– il se leva de son lit, se changea et se prépara à aller chercher son ancien valet. Réconforté, il ouvrit grand la porte de ses appartements, débordant de confiance en lui. Et tomba nez-à-nez avec sir Leon, qui ne lui laissa pas le temps de protester ou de dire quoi que ce soit avant de l'entraîner à sa suite.
...
Et il n'eut pas une minute à lui de la matinée : présider la cérémonie d'honneur des hommes tombés au combat, puis celle des morts de la ville-basse, puis tenir un conseil d'urgence, étudier la remise en état du château, diriger l'évacuation de paysans hors du palais, s'assurer que retourner chez eux était sans danger, courir dans les couloirs pour se rendre d'un lieu à un autre, voilà le programme qu'on lui avait réservé. Il aurait bien aimé râler et passer sa mauvaise humeur sur quelqu'un, sauf que personne n'aurait trouvé normal que le roi râle à propos des tâches usuelles d'un souverain, et que Merlin n'était pas là.
C'était le point le plus étonnant de sa matinée : il n'avait pas croisé le jeune homme, alors qu'il avait arpenté les couloirs, le château, la cour, et même la ville-basse, en long, en large et en travers. D'accord, il y avait toujours la possibilité qu'ils se soient manqués, vu qu'il ne s'était pas arrêté une minute. Mais l'éventualité lui était surprenante. Ce serait trop beau, si Merlin parvenait à l'éviter sans essayer !
Ce faisant cette réflexion, sur le chemin de son repas, il se dit que, peut être, Merlin essayait justement de l'éviter. Ce qu'il arrivait très bien à faire donc, en considérant que ce fut le cas. Ce serait compréhensible, vu les problèmes en suspens entre eux. Il se morigéna de ne pas avoir eu cette idée plus tôt. S'il voulait voir Merlin et avoir avec lui la conversation qui l'obsédait, il devait chercher son ex-serviteur et l'obliger à lui parler, pas attendre que Merlin arrive devant lui comme une fleur, un grand sourire aux lèvres en lui disant « Hey, vous avez pris la décision de me tuer oui ou non ? » !
Il se rendit compte qu'il n'avait même pas faim en voyant la quantité astronomique de nourriture sur la grande table, et personne pour la partager. Il fronça les sourcils, seul dans la pièce glaciale. Où était Guenièvre ? Il n'eut pas le temps de s'appesantir sur la question. Une autre pensée venait de le traverser : Et si Merlin avait quitté le château ? Ce n'était pas son genre de fuir, et il avait même promis à Arthur qu'il ne le ferait plus jamais, mais il aurait pu comprendre l'absence de discussion d'Arthur comme un ordre de bannissement. Ou n'importe quoi dans ce genre là. La magie était bannie à Camelot, pour autant qu'Arthur en savait. (Et il était roi, ce qui n'était pas peu dire sur tout ce qu'il savait du fonctionnement du royaume). Pour sa sécurité, il aurait trouvé normal que Merlin quitte la citadelle, et même le pays.
Il soupira et repoussa son assiette. Il ne pouvait rien avaler, de toute manière. En partant à la recherche de Gaius, histoire de voir si lui savait où était passé ce foutu sorcier au trop grand sourire, il ordonna au valet qui venait d'apparaître dans un coin de ne pas jeter la nourriture, et de la faire utiliser à bon escient. C'était complètement dément : dès le début de l'attaque, il avait commencé le rationnement de leurs réserves pour se permettre de tenir le siège au cas où, et à peine la fin de leurs problèmes, on lui servait un repas gargantuesque. Il y avait en dehors de ce château des paysans qui avait vu leurs maisons et leurs provisions détruites, et ils avaient tout un hiver à passer. Arthur, dans son château bien chauffé et son statut de roi, n'avait définitivement pas le plus besoin d'une poularde complète pour lui tout seul !
L'esprit divaguant, il se remit en quête de Gaius. Il trouva le médecin dans ses appartements, sur le point de partir. Il restait de nombreux blessés, et il ne faisait que passer pour prendre des potions et des compresses. Et il n'avait absolument pas le temps de parler à Arthur.
– Attendez, l'interrompit le souverain.
– Votre Majesté, avec tout le respect que je vous dois, je ne souhaite pas voir mourir mes patients en traînant un peu trop !
– Dites moi juste si vous savez où se trouve Merlin ! supplia-t-il
Gaius s'arrêta brusquement et fixa Arthur d'un regard tellement insistant et persistant que le roi fut obligé de détourner les yeux.
– Aucune idée. Je ne l'ai pas revu depuis… Morgana. Je le pensais avec vous, ou bien banni…
Le ton de Gaius laissait entrevoir sa désapprobation si Arthur avait banni Merlin. Et on sentait qu'il refusait de dire « ou mort sur le bûcher ». Sans doute parce que le vieil homme tenait trop à son protégé.
– Vous saviez, n'est-ce pas ? interrogea Arthur à demi-voix.
– C'était à lui de vous le dire, pas à moi. Il a voulu le faire des dizaines de fois et je l'en ai empêché, parce que je ne vous croyais pas prêt. Le mensonge n'est pas de son seul fait.
Et le médecin de la cour planta là Arthur. Le souverain en haussa les épaules. Si Gaius ne savait pas où était Merlin, tous ses problèmes étaient résolus. Il n'avait pas à prendre de décision concernant l'avenir de leur couple –si tant est qu'ils puissent redevenir un couple –, il n'avait à prendre de décision sur sa magie, sa mise à mort ou son bannissement. Parce que si Gaius ne savait pas où se trouvait Merlin, personne ne pourrait le savoir et cela impliquait une fuite hors du pays. Il restait la possibilité que le médecin ait menti mais Arthur ne l'envisagea pas.
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Errant dans le château, Arthur réfléchit longuement. Il n'y avait pas de colère en lui. Si hier matin encore, on lui avait annoncé que Merlin était sorcier, sans doute aurait-il haï le jeune homme. Mais c'était hier. Aujourd'hui il avait en mémoire les ravages de la haine sur sa sœur, et la mort de Tristan. Il ne voulait pas perdre Merlin parce qu'il était en colère. Surtout qu'en fait, c'était majoritairement la douleur de la trahison qui l'étreignait. Avec deux sous de réflexion, il comprenait les mensonges et les non-dits de Merlin lorsqu'Uther était encore en vie. Il était évident que le gamin obéissant à son papa, arrogant et stupide qu'était Arthur ne l'aurait pas supporté. Il l'aurait mis à mort immédiatement.
A la limite, Arthur pouvait lui pardonner son silence lorsqu'il était devenu roi et s'était marié. Merlin avait alors son entière confiance, et jamais il ne l'aurait blessé, mais il ne lui avait jamais dit. Son servant n'avait aucune idée qu'à quel point il importait à Arthur à ce moment là, parce que le grand roi qu'il était se trouvait incapable d'exprimer ses sentiments, même d'amitié ! Arthur réalisa brutalement que le problème n'était pas la confiance qu'il accordait à Merlin, mais la confiance que Merlin avait en lui ! Et de toute évidence, cette confiance n'était pas assez grande pour qu'il lui confie son secret.
Alors qu'il tournait dans un couloir sans voir où il allait, il sentit ses yeux s'humidifier. Il était prêt à pardonner à son ancien amant tous ses mensonges du temps du règne d'Uther, puis du temps de son règne, mais il ne pourrait jamais cesser d'être blessé par le manque de confiance qu'avait eu le jeune homme alors qu'ils étaient ensemble !
Méritait-il si peu d'estime pour que Merlin l'ait cru capable de l'assassiner juste après lui avoir fait l'amour passionnément dans son grand lit très confortable ? Ce n'était pas les occasions qui avaient manqué ! Tout aussi douloureusement, il se fit le constat que Merlin avait essayé. Il se repassa mentalement leurs quelques mois de relation, et il revit dans sa tête les moments d'hésitation de Merlin. Ces instants où il ouvrait la bouche, en peu en tremblant, qu'Arthur le regardait gentiment en attendait la suite. Qu'Arthur demandait « Qu'est-ce qu'il y a ? » lorsque Merlin scellait ses lèvres sans avoir prononcé un mot, finalement. Et que le valet répondait « Rien, je vous aime, c'est tout ». Et Arthur s'en contentait ! Nom de dieu, se morigéna-t-il, il n'avait rien vu ! N'avait rien cherché à comprendre ! Sept années à son service, des mois dans son lit et dans sa vie et il n'avait jamais voulu voir l'évidence !
Voilà qu'il s'en voulait à lui-même, ce qui était légèrement crétin, puisque c'était à Merlin qui devait payer cette traîtrise ! Mais il n'y avait plus lieu de s'en inquiéter, il était abandonné de nouveau.
Un nouveau tournant se dessina dans son champ de vision embrouillé et ses jambes le portèrent naturellement sur le bon chemin, pour éviter qu'il ne heurte un mur. Par contre, son cerveau ne fut pas en mesure de lui permettre d'éviter la personne qui venait dans l'autre sens, qu'il heurta de plein fouet. Avec une telle violence qu'il retomba sur les fesses, sonné.
– Sire ! Je vous cherchais !
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Vous avez le droit d'ouvrir les paris sur qui Arthur vient de rencontrer : Merlin ? Guenièvre ? Leon/Gwaine/Elyan/Percival ? Geoffrey de Monmouth ? Darth Vador ? Harry Potter ? Obi-wan Kenobi ? La réponse D ? 42 ? Autres, précisez. Réponse bientôt…
*Désolée d'avoir tué Tristan. Mais il n'est pas présent au casting de la saison 5 a priori… Donc il fallait que je l'évince, et je voulais un mort proche d'Arthur juste après l'attaque de Morgana. Et c'est donc tombé sur Tristan T-T
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Sinon, nous approchons dangereusement de la fin… Lorsque j'ai commencé à dresser le plan, tirer les grandes lignes, et attaqué l'écriture, je me suis sérieusement demandé comment achever cela. Je ne savais même pas que ça aurait tant d'ampleur. J'ai envisagé près de 6 ou 7 fins, avant de statuer sur la mienne. Je pense sincèrement qu'elle va rendre furieux la plupart d'entre vous. (Et pourtant, j'ai prévenu depuis le début que vous deviez oublier les happy-end !), et je voudrais donc faire un p'tit sondage, histoire de voir comment vous voyez la fin.
Vous ne leurrez pas, ma fin est définitive. Mais si vous êtes sage, et surtout si ce que vous espérez est vraiment trop éloigné de ce que j'ai écrit, il y a possibilité que j'écrive une fin alternative. Ça ne change rien à ce dont je suis persuadée. Mais si j'écris pour moi, je publie pour vous, et faut bien contenter son public, de temps en temps.
Alors voila, vous choisissez et vous composez votre propre fin.
A – Je ne tue personne/ Personne ne meurt
B – Je tue Merlin
C – Je tue Merlin et Arthur
...
a – Arthur et Merlin finissent ensemble (avec subdivision : a1, publiquement ensemble, a2, en secret)
b – Arthur et Guenièvre finissent ensemble
c – Personne ne finit avec personne.
...
1 – Happy-end pour Arthur
2 – Happy-end pour Merlin
3 – Happy-end pour Guenièvre
4 – Happy-end pour personne (dark-end bien comme il faut quoi xD)
...
I – Réaction d'Arthur à la magie de Merlin négative (bannissement, mise à mort, etc)
II – Réaction d'Arthur à la magie de Merlin positive
...
Alpha – héritier pour le royaume
Bêta – Pas d'héritier pour le royaume
(Notez que si vous me répondez C-b-2, même avec la meilleure volonté du monde, j'aurais du mal à vous satisfaire)
Solution 7 : celle de l'auteure, une solution de lâche, qui ne correspond à presque rien de tout ça, et qui pourrait s'appeler « comment l'auteure n'assume pas ce qu'elle a écrit –' »
