Bêta : octo que je remercie grandement.


Chapitre 25

Les examens étaient enfin terminés. Les différentes années, mis à part les Cinquième et Septième Année, attendaient leurs résultats qui devaient être affichés incessamment sous peu. Pour ceux qui venaient de passer leurs BUSEs ou leurs ASPICs, ils ne recevraient leurs résultats que plus tard, dans le courant du mois de juillet, par hibou.

Henry voyait Ginny faire les cent pas devant le panneau d'affichage, comme ceux de toutes les années concernées. Elle stressait.

- Reculez ! ordonna une voix rocailleuse et sifflante.

Rusard. Mais personne ne lui obéit parce que personne ne l'entendit.

- Laissez-moi passer, bande de sales morveux !

Lorsqu'il força le passage, tous les élèves s'écartèrent de son chemin. Personne ne l'aimait mais aucun d'entre n'avait envie de se le mettre à dos. C'était le meilleur moyen de souffrir lorsqu'un malheureux se retrouvait en colle avec lui.

Le concierge jeta un regard noir à la foule qui se pressait autour de lui.

- Reculez ! Ou je n'accroche pas les résultats !

La menace écarta la foule qui s'agglutina derechef dans le dos du concierge. Rusard, avec un sourire aux lèvres, prit son temps pour placer sur le tableau les différents parchemins. Il fendit la masse de ces ignobles cornichons, sa chatte sur les talons. Tous se ruèrent vers les affiches les concernant afin de chercher avec frénésie son nom. C'était chacun pour soi mais les plus grands faisaient nettement plus attention aux plus jeunes pour ne pas les écraser.

Il y eut quelques larmes, rares, de la part de ceux qui redoublaient. Sur la totalité des élèves, il ne devait y avoir que quatre à être recalés. Mais la plupart du temps, il s'agissait de soupirs de soulagement.

Henry avait réussi à passer la foule afin de rejoindre Ginny qui cherchait son nom tout en se faisant bousculer de tous les côtés.

- Tu trouves ?

- Non, je n'arrive pas à voir mon nom.

Et pour cause, dès qu'elle referma la bouche, elle faillit se retrouver par terre, poussée par un Serpentard de Sixième Année qui estimait avoir attendu trop longtemps. Heureusement que Henry était là pour la rattraper.

Une minute plus tard, alors que Henry cherchait bêtement là où il ne fallait pas, il sentit sa petite-amie lui sauter dessus dans un cri de joie. Elle devait hurler quelque chose qui tenait plus du borborygme que d'un mot issu de la langue anglaise.

Une fois de retour dans la salle commune, Ginny hurla la même chose en bondissant dans les bras de son frère, mais Ron, contrairement à Henry, n'hésita pas à demander à sa sœur la traduction.

- J'ai validé mon année, répéta Ginny avec un sourire qui devait probablement faire trois fois le tour de l'Angleterre.

Ron la serra contre lui. Henry se fit la réflexion que sortir avec Hermione était bénéfique pour son ami. Avant, le rouquin aurait administré à sa jeune sœur une bourrade digne d'un ours, mais maintenant, il était plus doux. Sûrement l'influence de sa petite-amie, celle-ci refusait d'avoir une côte fêlée à cause d'un gardien de but tentaculaire avec une étreinte de plantigrade.

0o0

Fait exceptionnel, Drago avait accepté, à grand renfort de menaces en tout genre venant de son charmant mari, que Harry s'installe à la table des Gryffondor, non loin de lui-même qui était à celle des Serpentard.

Si Harry était détendu et discutait avec ses amis et son frère, Drago se retenait difficilement d'aller s'installer à côté de son époux. Cette distance entre eux l'insupportait, mais il resta à sa place et tenta de suivre la conversation entre Vincent et Blaise non sans cesser de fixer son amant. Il n'arrêtait pas de se répéter, tel un mantra, que Henry était le frère de Harry, et que jamais les jumeaux n'entretiendraient une relation autre que fraternelle. De plus, Neville était casé, heureux, et surtout, il était hétéro. Ron et Hermione étaient également ensemble, et la brunette n'avait d'yeux que pour son rouquin de petit-ami. Drago aurait dû être rassuré mais c'était tout le contraire. Il n'avait qu'une hâte : que le banquet s'achève pour qu'il puisse emmener son mari chez eux, loin de tous ces élèves en rut. Ces derniers n'attendaient sûrement qu'une chose : que le pauvre Gryffondor innocent et naïf qu'était Harry se retrouve seul.

Un tintement retentit, annonçant le discours de Dumbledore. À ce même moment, les plats disparurent et les assiettes retrouvèrent leur propreté et leur brillance. Les élèves se turent pendant que le directeur se levait.

- Chers élèves, une autre année s'achève. Je me doute que, lorsque vous partirez d'ici, vous vous empresserez d'oublier tout ce que vous avez appris au cours de cette année. Amusez-vous et profitez-en tant que vous êtes jeunes... Mais n'oubliez pas vos devoirs de vacances ! Maintenant, passons à ce que vous attendez tous : la coupe des Quatre Maisons. Nous avons, en dernière place, Poufsouffle, avec trois cent quatre-vingt deux points. En troisième place, Serdaigle, avec quatre-cent cinq points. En deuxième place, Serpentard, avec quatre-cent trente points. Et en première place, Gryffondor, avec quatre-cent quarante points.

Une explosion de joie venant de la table des Rouge-et-or retentit. Ils ne devaient leur victoire que grâce à la coupe de Quidditch que l'équipe avait gagnée. Ils le savaient mais s'en moquaient totalement. Minerva était aux anges et se retenait de sauter de joie par pure dignité. Il était inconvenant qu'une femme de son âge et de son statut se mette à bondir telle une gamine. Pourtant, elle en mourait d'envie. Elle se contenta de sourire à ses élèves. À ses côtés, Severus soupira, se disant que l'année prochaine serait la bonne. Les meilleurs joueurs s'en allaient enfin, l'équipe de Gryffondor ne serait plus au même niveau. Mais ce n'était même pas certain car, malheureusement, les joueurs, recrutés par Henry, avaient été entraînés et étaient plutôt bons.

Albus se rassit, un sourire bonhomme aux lèvres.

Peu de temps après, les clameurs cessèrent. Les élèves quittèrent la Grande Salle pour se rendre dans les salles communes. Certains devaient finir leurs valises et d'autres ne les avaient même pas commencées.

Drago se posta à la sortie de la Grande Salle, et dès que Harry passa à sa hauteur, il le récupéra pour ne plus le lâcher jusqu'à chez eux.

Harry eut juste le temps de prendre une inspiration avant de se retrouver plaqué contre l'un des murs de leurs appartements et se faire dévorer la bouche par son amant. Il avait bien vu les regards noirs de Drago braqués sur sa table mais il s'était retenu d'observer son mari, préférant se concentrer sur ses amis. Et maintenant, il en payait les conséquences. Rien que pour ce traitement, il était prêt à recommencer. Harry devait confesser qu'il l'avait fait exprès. Il connaissait pertinemment les effets d'un manque d'attention de sa part vers Drago.

Lorsqu'il put respirer, il ne put s'empêcher de gémir bruyamment alors que Drago plongeait le visage dans son cou et mordillait la peau sensible. Tandis que les mains du blond se faufilaient sous son pantalon d'uniforme et son caleçon pour se poser directement sur ses fesses, Harry haleta de surprise et gémit bruyamment, excité au possible rien qu'à ce contact.

- Dray, arrête, souffla Harry en le repoussant doucement. On a... Ô Merlin, cria-t-il quand l'un des doigts de son compagnon s'insinua dans son intimité.

À partir de là, il ne fut qu'une masse gémissante alors qu'ils avaient d'autres choses à faire, leurs valises notamment. Mais ses neurones s'étaient déconnectés et son cerveau ne pensait plus à rien d'autre que la bouche de Drago dans son cou et la main de son amant sur et entre ses fesses.

Le réveil fut difficile. Drago n'avait pas annulé le sort qui les tirait du sommeil tous les matins à la même heure, ils furent donc réveillés aux environs de six heures trente. Harry grogna de douleur et s'arrima autant qu'il put au corps de son compagnon. Ils avaient encore un peu de temps avant de se lever mais ils ne devaient pas tarder, ils avaient encore tout leurs bagages à préparer. Le train partant à onze heures, les bagages devaient être prêts dès dix heures trente afin de les acheminer jusqu'à la gare.

À neuf heures, les malles étaient fermées et les appartements étaient vidés de tout objet personnel ayant appartenu au couple. Drago avait empilé les malles dans le salon, près de la porte d'entrée et attendait son mari qui finissait de s'habiller.

À onze heures, ils étaient installés tous les deux dans un compartiment vide et attendaient le départ du train. Il n'y avait plus personne sur le quai. Tous les élèves étaient montés et le Poudlard Express n'allait plus tarder à partir.

Harry, le regard rivé à la vitre, regardait le château qui s'éloignait. C'était la dernière fois qu'il prenait le train pour s'y rendre et cette pensée lui serra le cœur. La veille, il n'avait pas pris conscience de ça mais maintenant, cette réalité s'imposa avec force. Dans quelques semaines, ils allaient recevoir leurs résultats, ils pourraient donc être considérés comme des adultes. Certains allaient trouver un emploi dès l'obtention de leurs ASPICs, d'autres allaient continuer leurs études mais ça n'était pas pareil.

Dès que le train se mit à rouler, Harry posa sa tête sur l'épaule de Drago, les yeux rivés sur le sol. Il venait de tourner une page de sa vie et se sentait triste et nostalgique de penser que l'année prochaine, s'il avait ses ASPICs, il ne reviendrait pas.

Lorsque le Poudlard Express entra en gare et s'arrêta, Drago et Harry furent les derniers à descendre. Pour cette année, ce fut Narcissa qui les attendit sur le quai, un elfe à ses côtés qui avait pour mission de ramener les bagages de ses maîtres.

La maîtresse du manoir Malefoy parut surprise quand son regard tomba sur son fils et son gendre descendant du train, l'un traînant par le bras l'autre. Drago était furieux et Harry gardait la tête soigneusement baissée. Quelque chose s'était passé, mais Narcissa avait compris que dans ces cas-là, demander des explications n'était pas une bonne idée. Elle allait devoir patienter.

- Bonsoir Mère, la salua froidement Drago.

- Bonsoir mon chéri, Harry.

Harry couina quelque chose lorsque la main de Drago se resserra autour de son bras. Ils transplanèrent tous les trois au manoir et, une fois arrivés à destination, ils remontèrent l'allée, Drago discutant avec sa mère et Harry suivant en silence. Son mari lui avait lâché le bras mais lui tenait fermement la main.

Une fois dans la chambre, Drago repoussa son mari et ferma la porte. La conversation qu'ils n'avaient pas eue dans le train allait avoir lieu maintenant et Harry la redoutait un peu. Il assumait l'erreur qu'il avait commise. Oui, il n'aurait peut-être pas dû suivre Neville lorsque celui-ci l'avait invité à rejoindre le compartiment des Gryffondor. Mais entre ses amis et ceux de Drago qui s'étaient invités dans leur compartiment, poussant Harry à s'exiler le temps du voyage, le choix était vite fait. Malheureusement, Drago était venu le chercher, furieux et l'avait contraint à rester avec lui. Le reste du trajet avait été silencieux puisque l'élémental avait proprement mis à la porte les autres.

- Pourquoi ? fut la seule et unique question de Drago.

- Pourquoi quoi ? demanda Harry, bien qu'il sache exactement de quoi il en retournait.

- Ne joue pas à ce jeu-là avec moi, je ne suis pas d'humeur ! Alors crache le morceau et tout de suite !

Devant l'accès de rage de son époux, Harry déglutit nerveusement. Il avait plutôt intérêt à tout dire.

- C'est... Quand Neville m'a proposé de venir, j'ai sauté sur l'occasion pour m'éloigner de tes amis. J'ai toujours l'impression qu'ils me méprisent. Quand je suis là, c'est à peine s'ils m'adressent la parole. Alors, c'est vrai que j'aurai dû te prévenir mais je sais que tu ne m'aurais jamais laissé passer un peu de temps avec mes amis.

- Et pour cause, s'emporta Drago. Vous étiez quatorze dans ce minuscule compartiment ! Quatorze !

Par acquit de conscience, Harry fit un rapide calcul : Dean, Seamus, Ron, Neville, Henry, lui-même, Hermione, Parvati, Lavande, Sandy, Samantha, Ginny, Hannah et Luna. Le compte y était.

- Quant à mes amis, je suis désolé si tu penses qu'ils te méprisent, parce que ce n'est pas le cas ! Tu te montrerais plus ouvert, ils se montreraient plus aimables à ton égard !

Dire que Harry était étonné était un euphémisme. Les amis de son mari ne le méprisaient pas ? Première nouvelle. Apparemment, il était le seul à voir les regards de dédain que les Serpentard lui lançaient. Mais il garda ça pour lui.

- Plus aimable ? Je dois faire quoi pour être plus aimable ? Les serrer dans mes bras ou les embrasser ?

- C'est hors de question !

Rien que cette idée révolta Drago. Imaginer son amant enlacer une autre personne que lui était hautement insupportable et intolérable.

- Tu pourrais juste faire un effort pour t'inclure dans la discussion, ou que sais-je encore ?

Harry faillit s'étouffer à ces mots. Il parlait à peine dans les conversations avec ses propres amis, de peur de passer pour un crétin car il ne maîtrisait pas certains sujets abordés, il n'allait pas le faire avec ceux de Drago alors qu'il comprenait encore moins bien de quoi il en retournait, et ce, tout simplement parce qu'il n'écoutait que des bribes. En général, les sujets ne l'intéressaient pas ou très peu, donc il faisait autre chose, du genre rêvasser.

- Laisse tomber Dray. Je crois que cette discussion, dispute ou ce que tu veux, ne mènera à rien. J'admets que je n'aurais pas dû aller rire avec mes amis mais que, au contraire, j'aurai dû passer mon temps à dormir ou à m'ennuyer alors que tu t'amusais avec tes amis. Je suis désolé. Ça ne se reproduira pas. Maintenant, si tu me le permets, je voudrais bien aller me laver avant de manger.

Sans attendre l'autorisation de Drago, Harry récupéra des affaires propres dans sa malle et fila sous la douche, sans prendre le temps de fermer la porte. En l'entendant s'ouvrir alors qu'il était sous la douche, Harry se dit qu'il aurait peut-être dû mais il ne se retourna pas. Il ne sursauta pas lorsque deux bras s'enroulèrent autour de sa taille et lorsqu'une bouche se posa sur son épaule.

- Tu es calmé ? risqua Harry.

- Non, souffla Drago sans cesser d'embrasser l'épaule nue de son amant. Tu as le don de me mettre hors de moi et de faire ressortir mes pires défauts. Tu es le seul à me faire cet effet.

Sa bouche dériva lentement de l'épaule à la nuque offerte pendant que ses mains glissèrent plus bas.

0o0

Un elfe se précipita dans le salon où se trouvaient ses jeunes maîtres, deux hiboux posés sur ses bras.

Quand il entra, Drago et Harry cessèrent leur activité. La présence des volatiles ne voulait dire qu'une chose : les lettres annonçant les résultats venaient d'arriver.

Narcissa, présente également, put voir avec surprise son beau-fils et son fils bondir hors du divan et se ruer sur le pauvre elfe qui n'avait pas eu le temps de s'annoncer ni d'annoncer les destinataires. Il ne fallut qu'une seconde pour que les deux hiboux se retrouvent délestés de leur fardeau. Le pauvre serviteur s'inclina maladroitement. Pour ce genre de courrier, on ne l'y reprendrait plus. Il quitta le salon avec les oiseaux.

Harry arracha presque l'enveloppe afin d'arriver plus vite au contenu qu'il déplia fébrilement et lu. Drago n'était pas plus mesuré dans ses gestes.

La maîtresse du manoir sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. Elle venait de comprendre ce dont il s'agissait. Les résultats. Elle ne cessait d'en entendre parler depuis près de trois semaines, depuis le début des vacances. Les garçons étaient inquiets, Harry bien plus que Drago.

Il n'y avait plus qu'à espérer qu'ils aient leurs ASPICS afin qu'ils puissent faire ce qu'ils voulaient.

Elle observa avec attention les visages de ses garçons – oui, elle considérait Harry comme son fils maintenant – mais aucune émotion ne filtrait.

Harry finit par relever lentement la tête, impassible. Narcissa s'inquiéta. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

- Harry ? Tout va bien ?

Pas de réponse. Harry s'était figé et ne bougeait plus.

- Harry ?

- Oui, souffla le jeune homme. Pardon, je... Pouvez-vous me dire ce que vous lisez ? supplia-t-il.

Sa belle-mère prit le parchemin et le lu.

ACCUMULATION DE SORCELLERIE PARTICULIÈREMENT INTENSIVE ET CONTRAIGNANTE

Le candidat est admis s'il obtient l'une des notes suivantes :

Optimal (O)

Effort Exceptionnel (E)

Acceptable (A)

Le candidat est recalé s'il obtient l'une des notes suivantes :

Piètre (P)

Désolant (D)

Troll (T)

HARRY JAMES POTTER (MALEFOY) A OBTENU :

Soins aux créatures magiques : E

Sortilèges : E

Botanique : E

Potions : O

Arithmancie : A

Dès que Narcissa se tut, Harry se laissa choir là où il était, c'est à dire, par terre. Sa belle-mère venait de confirmer ce qu'il avait lu. Il n'en revenait pas. Il avait ses ASPICs ! Et des notes tout à fait honorables en plus ! Il espérait que c'était le cas aussi pour Henry. Harry ne voulait pas faire la faculté de médicomagie sans son frère.

Il se leva précipitamment alors que Narcissa félicitait son fils, et courut hors du salon. Il devait absolument avertir Henry.

Le jeune homme trouva Hedwige perchée sur le dossier d'une des chaises de la chambre, la seule qui soit entièrement en bois. Harry sourit en la voyant là alors qu'elle passait son temps à chasser dehors ou dans la volière avec les autres hiboux de la famille.

- J'ai une mission pour toi, ma belle, chuchota Harry.

Hedwige ulula doucement pendant que Harry s'installait à sa table. Le jeune homme rédigea une courte missive à son frère, lui indiquant ses résultats et lui confiant ses pensées et ses interrogations. Il plia le parchemin, écrivit rapidement le nom de son jumeau dessus et l'attacha à la patte de la chouette qui lui mordilla affectueusement l'oreille.

- C'est pour Henry.

Hedwige s'envola par la fenêtre ouverte.

- Fais attention à Helga, murmura Harry pour lui-même. Elle est aussi jalouse que toi.

Il était arrivé plusieurs fois aux deux volatiles d'en venir au bec lorsque leur maître montrait un peu plus d'attention à la chouette de l'autre, ce qui les rendait folles.

- Qui aura l'honneur de recevoir du courrier ? s'informa Drago, faisant bondir Harry. Quand une personne sursaute, c'est qu'elle a quelque chose à se reprocher, rétorqua-t-il un peu sèchement, la réaction de son mari titillant un peu sa jalousie – il n'aimait pas que son compagnon lui cache quoi que ce soit.

Harry se retourna, la main sur le cœur et foudroya son amant appuyé nonchalamment contre le montant de la porte. Quelle idée de lui faire peur en intervenant ainsi ?

- Ou alors une personne sursaute quand un crétin fait une chose à laquelle l'autre ne s'attendait pas ! Tu m'as fichu la frousse !

- Désolé, répondit Drago sans avoir l'air navré. Tu écrivais à qui ? exigea-t-il.

Harry était tenté de répondre qu'il venait d'envoyer une lettre à son amant imaginaire mais il se doutait que la réaction de Drago ne serait pas le rire. Son mari et seul amant, ne supporterait pas cette concurrence, même fictive.

- À qui pourrais-je bien écrire ? feinta-t-il.

- Harry, je n'ai pas envie de jouer aux devinettes. Alors dis-moi tout de suite à qui tu écrivais ? !

Le brun put décerner sans difficulté la jalousie qui commençait doucement à ronger Drago. S'il se taisait, l'élémental s'énerverait et chercherait tous les moyens pour le faire parler.

- À Henry, avoua Harry sans honte.

Il n'avait rien à cacher à ce sujet. Cette réponse apaisa Drago. Quand il avait vu son mari partir à toute vitesse, il n'avait pu s'empêcher de le suivre, inquiet par la mine qu'arborait Harry. L'élémental lui faisait confiance, mais en apercevant la bouche de son compagnon murmurer quelque chose d'inaudible, il n'avait pu empêcher sa jalousie de revenir au grand galop, chose qui ne lui arrivait en général que s'ils étaient tous les deux entourés.

- Je ne t'ai pas demandé tes résultats, réalisa soudain Harry.

- Mes résultats sont corrects, répondit Drago avec modestie. Je serai accepté à la faculté de Potions.

La faculté de Potions était dans le même bâtiment que la faculté de Médicomagie et certains cours étaient en commun. Harry et Drago passeraient donc une bonne partie de leurs journées proches l'un de l'autre. L'ex Gryffondor se doutait quelque peu que le choix de la faculté pour Draco avait dépendu de la proximité qu'ils auraient tous deux.

- Ton frère ira-t-il lui aussi à la faculté de Médicomagie ? interrogea Draco, un peu dubitatif.

- S'il a ses APSICs, oui.

- Tant mieux ! s'exclama-t-il, totalement soulagé. Il ne sera pas de trop pour veiller à ce qu'aucun pervers ne t'approche.

- Dray ! s'insurgea Harry.

- Un souci, peut-être ? Non, constata Drago alors que Harry s'étouffait avec sa salive. Très cher, imaginer que tu vas passer tes journées loin de moi est déjà hautement insupportable. Mais je refuse, en plus, qu'un malotru envisage de toucher ce qui est à moi ! Et certains tenteront le coup quand j'aurai le dos tourné, j'en suis certain.

- J'en déduis donc que tu vas aller voir Henry – et il appuya bien sur le prénom de son frère – et le mettre au courant afin qu'il me serve de bouclier.

- C'est exactement ça.

La réponse de l'élémental était catégorique.

- Et comment tu vas le convaincre ? nargua légèrement Harry, tout en souriant légèrement.

- Si je vois un seul crétin ou une seule crétine poser une main sur toi, j'envoie ton frère à Sainte Mangouste. Tu crois que ça va le persuader ?

Et le pire, pensa Harry, c'est que Drago était sérieux.

0o0

Le 31 juillet, jour de l'anniversaire de Harry, après le gâteau et la montagne de cadeaux envoyés par les amis et la famille du jeune homme, Drago emmena son mari au restaurant et lui fit la visite de quelques grands musées sorciers disséminés en Angleterre.

Le lendemain, à neuf heures trente, le jeune couple quitta le manoir Malefoy pour celui des Donewood. Narcissa avait naïvement cru que son fils avait oublié ou abandonné l'idée d'habiter le manoir en question, mais, lorsqu'il annonça qu'il avait prévu d'y passer une journée avec Harry dans le but d'évaluer les travaux à y faire, elle dût se rendre à l'évidence.

Ils apparurent devant la grille puisque Drago n'avait pas encore l'autorisation de pénétrer seul le domaine. De là où ils se trouvaient, l'état du parc ne s'était pas amélioré. L'herbe avait poussé et la végétation avait tout envahi.

En passant la grille qui grinçait toujours autant, ils purent constater l'étendue du travail à faire.

- Je pense que prendre des notes serait une excellente idée, fit Drago.

Mais Harry avait déjà fait apparaître un parchemin et une plume qu'il avait ensorcelée pour qu'elle prenne des notes seule.

Une visite fut largement suffisante pour apprécier l'étendue du travail à faire. Drago se mit en devoir, dès le lendemain, de contacter des artisans.

Quinze jours plus tard, après trois visites supplémentaires de divers corps de métier et d'un antiquaire pour les meubles dont voulaient se débarrasser les propriétaires la signature des devis et le règlement d'une partie de la somme due, les travaux purent commencer. La somme de travail était colossale mais il ne fallut que dix gros jours pour en venir à bout.

Mi-septembre, le manoir était prêt à accueillir ses nouveaux propriétaires. Harry avait étendu l'accès au domaine à sa famille proche et aux Malefoy afin que ces derniers ne soient pas obligés de transplaner derrière la grille puis de devoir remonter les cinq cent mètres de chemin de terre. Il avait également fait relier sa cheminée au réseau de Cheminette.

Des quinze elfes qui vivaient au manoir Malefoy, trois avaient suivi Drago afin de travailler pour lui, dont Dobby qui s'était attaché à Harry. Lotty, comme les autres elfes du domaine Donewood, s'était pliée aux ordres et avait accepté, de mauvaise grâce, la présence de trois étrangers dans ses cuisines.

Elle n'aimait pas le changement et les nouveaux propriétaires lui en imposaient. Elle n'était plus toute jeune et avait du mal à prendre de nouvelles habitudes, même si elle devait avouer que ses maîtres étaient bien moins pénibles que l'ancien et que les nouveaux elfes étaient efficaces : ils savaient comment contenter leurs maîtres. Dobby, Boni et Clyde, deux elfes inséparables, avaient investi la maison.

Cela faisait tout juste une semaine que Harry et Drago avaient investi les lieux et ils commençaient tout juste à prendre leurs marques. Le réveil était le seul moment où ils avaient un peu de mal à se faire à l'idée qu'ils étaient chez eux.

Le manoir était plus petit que celui des Malefoy mais tout aussi bien agencé. Les pièces, maintenant refaites, étaient confortables et agréables à vivre. On y retrouvait le style Malefoy de temps à autre. Harry s'était chargé seul de la décoration des pièces et Drago devait avouer que c'était réussi.

La bâtisse lugubre et sombre avait changé d'aspect et était bien plus accueillante.

Il était vingt-et-une heure, le soleil commençait à baisser doucement à l'horizon, inondant le parc de ses dernier rayons.

Harry et Drago buvaient tranquillement leur thé dans le salon en silence.

- Mère nous invite à déjeuner demain midi au manoir, dit soudain Drago en reposant sa tasse. J'ai dit que nous y serions. Apparemment, elle a quelque chose d'important à nous dire.

- Encore ? s'étonna Harry, s'attendant au pire avec cette visite. Hier elle semblait avoir également quelque chose à nous dire et nous avons parlé chiffon toute l'après-midi. J'apprécie beaucoup ta mère, Dray, n'en doute pas mais... mais ça fait un peu trop.

- Peut-être as-tu raison, concéda Drago. Cela dit, je ne peux pas dire non à Mère. Elle a déjà du mal à digérer le fait que son fils unique s'en aille vivre sa vie loin d'elle alors, savoir que ce même fils refuse maintenant de déjeuner avec elle, je doute qu'elle l'accepte.

Harry nota une certaine amertume dans le son de la voix de son époux. Comme toujours lorsqu'il se sentait coupable, il se replia sur lui-même et plongea le nez dans sa tasse de thé. C'était un peu de sa faute après tout, il avait réussi à entraîner Drago avec lui. Narcissa considérait ce départ comme étant une folie d'adolescent. Peut-être était-ce le cas, mais Harry n'avait jamais été aussi sûr de sa décision, et pour l'instant, il ne regrettait rien.

- Je n'ai jamais dit que je ne voulais pas voir ta mère, tu sais, murmura-t-il. Ce n'est pas vrai. Je veux bien qu'on y aille mais pas tous les jours. Ça fait trop. Elle n'a qu'à venir ici, proposa soudain Harry.

Drago considéra la question et admit que ce n'était pas une mauvaise idée.

- Tu regrettes ? fit soudain Harry.

Perdu dans ses pensées, Drago ne répondit pas tout de suite. Harry attira son attention en le voyant regarder dans le vague, preuve qu'il était ailleurs.

- Drago ?

- Quoi ?

- Je te demandais si tu regrettais, répéta Harry, hésitant.

- Regretter quoi ?

- D'avoir quitté le manoir de tes parents. Je sais que...

- Viens-là, l'interrompit Drago en désignant la place à ses côtés. Écoute, reprit-il une fois Harry assis, si vraiment je regrettais, on ne serait pas là, ni toi ni moi mais chez mes parents. Si l'idée ne m'avait pas plu, on n'en serait pas là non plus. Alors rentre-toi bien ça dans le crâne et arrête de t'imaginer des choses stupides et qui n'ont pas lieu d'être ! martela Drago en lui tapotant le front du doigt. C'est bien clair ? !

Harry hocha la tête.

- Bien, tu as fini ton infusion ?

- Oui, répondit Harry incertain.

- Alors au lit.

Ils arrivèrent à peine à la chambre qu'ils s'étaient attribués que Drago claqua la porte dans son dos et la scella sous le regard quelque peu inquiet de Harry qui recula jusqu'au lit. Son mari le rejoignit, s'effeuillant au passage, d'un pas félin. Il avait clairement une idée derrière la tête.

Une fois devant le lit, il allongea Harry sur les draps tirés et commença à le déshabiller lentement, sifflant lorsque son compagnon voulait l'aider.

Entièrement nu, tout comme Drago, Harry put voir l'étendue du désir de son homme debout face à lui. Ce dernier s'allongea doucement sur le corps de son époux, appréciant comme à chaque fois le contact de leur peau l'une contre l'autre.

- Il y a deux choses qui m'excitent chez toi, murmura Drago, les lèvres bécotant le cou de son amant, lorsque tu fais cette adorable moue de chien battu et quand tu t'énerves. Dans ces cas-là, j'ai envie de te renverser et de m'enfoncer en toi encore et encore, jusqu'à ce que tu ne saches plus comment tu t'appelles… jusqu'à ce que tu hurles. Le reste du temps, j'ai juste envie de te garder contre moi en permanence, murmura l'élémental d'une voix sensuelle. Tu sais ce qui serait bien ? demanda-t-il, allongé au-dessus du corps de Harry. Te garder ici, dans cette chambre, toute la journée, à ma disposition. Tu n'aurais le droit de quitter ce lit que pour te laver. Et c'est moi qui te donnerais à manger.

Un an auparavant, cette idée aurait révolté Harry mais maintenant, c'était tentant. Et même plus que tentant.

- Alors je serais juste... je serais quoi au juste ?

- Mon mari qui me laisse réaliser un fantasme.

- Et tu en as d'autres des fantasmes ?

- Avec toi ? Des tas, affirma Drago avant de fondre sur la bouche qu'il évitait depuis le début.

Il devait être à peine trois heures du matin, lorsque Harry se réveilla. Drago dormait profondément, collé contre son mari. Quand Harry tenta de se libérer de l'étreinte tentaculaire de son époux, ce dernier resserra sa prise autour de la taille fine de l'ancien Gryffondor.

Après maints efforts, Harry parvint enfin à se lever sans avoir réveillé Drago qui roula sur la place que son amant venait de quitter.

Le manoir était silencieux, comme toujours, mais plus encore la nuit. Certains auraient dit que l'endroit était glauque. Peut-être était-ce le cas.

Un chandelier dans la main, Harry remonta le couloir jusqu'aux escaliers qu'il descendit. Ses pas le menèrent au salon. Il posa la source de lumière sur la table basse et raviva le feu dans la cheminée avant de s'asseoir sur le divan confortable. Les tasses de thé avaient disparu, de même que la théière et l'assiette de petites tartelettes confectionnées avec amour par Dobby. Assiette vidée avec soin par Harry, n'en laissant à Drago que trois. Et encore, il s'était estimé fort charitable. Pour les pâtisseries, c'était chacun pour soi et Harry n'était guère partageur.

Un léger grincement de porte le fit sursauter. Il put voir Lotty entrer. L'elfe passait toujours par les portes car, du temps de son ancien maître, apparaître d'un coup pouvait se révéler mortel.

- Lotty est désolée, s'excusa promptement la créature en voyant Harry dans le salon. Lotty ne pensait pas que le maître serait encore debout. Lotty va laisser le maître seul.

- Non, reste. Qu'est-ce que tu fais debout à cette heure ?

- L'ancien propriétaire de Lotty était déjà réveillé à cette heure et les elfes ont appris à se lever avant. Lotty n'a pas besoin de dormir beaucoup.

Harry hocha la tête. Ça ne le surprenait pas vraiment. Lui-même, petit, se levait aux aurores, mais, quand même, pas avant cinq heures.

- Lotty, Donewood savait qui j'étais ?

Nul besoin d'expliquer à l'elfe que Harry était le jeune Orion. Elle le savait. La magie des elfes de maison était complexe. Peu de sorciers s'étaient penchés sur ce que ces créatures pouvaient faire. Tout ce qu'on savait, c'était que les elfes étaient liés à leur maître et à leurs descendants grâce à un lien de sang. Tant que ce lien ne se rompait pas par le don d'un vêtement, l'elfe reconnaissait toute personne ayant une goutte de sang de la famille de son propriétaire comme étant également son maître.

- Lotty pense que son ancien maître a su qui était le jeune maître après la mort de sa femme, quand l'ancien maître a ordonné à Lotty de s'occuper de l'enfant. Mais Lotty ne sait pas vraiment. Quand les journaux ont annoncé la fin des recherches et donc la mort de Harry Potter des mois après la mort de Monsieur et Madame Potter, Madame a compris que le bébé qu'elle avait dans les bras n'était pas son fils. Elle est morte le lendemain. L'ancien maître de Lotty a rejeté la faute sur le bébé et lorsqu'il a découvert que Harry Potter était mort aux yeux des autres mais que le bébé était chez lui, il a décidé de garder l'enfant afin de lui faire payer la mort de sa femme. Lotty ne fait que répéter ce que son ancien maître disait, sanglota la pauvre elfe.

D'après l'elfe et les quelques souvenirs du procès que Harry avait, Donewood ignorait tout de l'identité du bébé jusqu'à ce qu'il l'apprenne dans les journaux. L'histoire était confuse pour le brun mais en voyant l'état dans lequel était plongée Lotty, il ne demanda pas d'explication supplémentaire. Certaines choses n'étaient pas claires mais resteraient probablement dans l'ombre jusqu'à la mort du jeune homme. Balthazar étant mort, il avait emporté ses secrets avec lui.

- Lotty aurait bien voulu aider le jeune maître quand il n'était qu'un enfant mais son ancien maître le lui avait interdit. Lotty est désolée mais Lotty est une bonne elfe. Elle obéit à son maître.

- Je sais, répondit Harry pour apaiser la créature en larmes.

L'elfe mit une dizaine de minutes à apaiser ses pleurs avant de s'excuser pour son comportement.

- Maître Harry Monsieur, voulez-vous une infusion ? proposa Lotty.

- Non merci, en revanche, reste-t-il les tartelettes que Dobby a faites ?

- Lotty va voir s'il en reste.

Elle disparut. Quelques secondes plus tard, la porte du salon s'ouvrit de nouveau. Harry, certain qu'il s'agissait de Lotty, ne bougea pas.

- Harry ? grogna Drago.

La présence inattendue de son époux fit bondir Harry. Drago se tenait dans l'embrasure de la porte, le visage chiffonné, le pyjama probablement enfilé à la hâte, les cheveux dans tous les sens et les yeux éblouis par la lumière trop vive pour lui.

- Dray ? Je croyais que tu dormais encore.

- À l'évidence non. Je viens de me réveiller et j'ai trouvé ta place vide. Qu'est-ce que tu fais debout ?

- Une petite fringale, avoua Harry, les yeux brillant lorsque Lotty apparut, un plateau débordant de tartelettes entre les mains.

Le brun en salivait déjà. Il n'avait pas tout à fait menti, après tout, il avait faim. Sa mauvaise foi l'empêchait d'avouer que ce n'était que pure gourmandise.

- Lotty, qu'est-ce que tu fais debout à trois heures du matin ? s'étonna Drago. Harry, ne me dis pas que tu as appelé Lotty pour ta fringale !

- Ne m'accuse pas de quelque chose que je n'ai pas fait ! grogna Harry, la bouche pleine et le plateau sur ses genoux. Elle était déjà debout !

- Suis-je donc le seul dans cette maison à me dire que trois heures du matin n'est pas une heure pour se lever ? Non, ne réponds pas. Tu as le cerveau glucosé, Merlin sait ce que tu es capable de me sortir comme ineptie.

Harry ne releva même pas, trop occupé qu'il était à avaler méticuleusement son péché mignon. Lorsque Drago tendit la main pour prendre une tartelette, son mari fit claquer ses dents à deux centimètres des doigts.

Chacun pour soi.

- Si tu en veux, tu demandes ! Pas touche aux miennes !


À suivre