Petit rappel : dans le chapitre précédent Drago et Hermione tombent face à face avec Spanglorn, un Vertineux finalement pas si dangereux qu'il n'y paraît.
Drago se pencha légèrement en avant pour regarder la jupette de la lionne.
-Très seyant ! se moqua-t-il en admirant les dégoulinades vertes, un sourcil rehaussé.
-Heurk ! c'est dégoûtant ! vomit-elle pratiquement. Lorsque elle s'était essuyé la main après avoir serré celle de Spanglorn, elle n'avait pas réalisé à quel point ce liquide paraissait dégoûtant.
Sentant revenir un élan de passion suite au déhanchement d'Hermione pour constater l'ampleur de la tâche, Drago dut immédiatement détourner son regard pour ne pas trahir ses intentions. Il fixa alors le bassin où une curieuse scène se déroulait : les Vertineux vivaient, simplement. Ils semblaient heureux et très loin des préoccupations de survie du couple.
-Ils n'ont pas l'air dangereux, changea-t-il habilement de sujet de conversation.
-Non, et surtout, je pense qu'ils en savent très long sur les Morgoles. Je pense que discuter avec eux pourrait être relativement constructif.
-ça va Hermione ? tu es vraiment pâle, remarqua tout de même Drago.
-Toi aussi, lui répondit-elle pour se défendre de sa faiblesse.
-Il faut que nous sortions d'ici, soupira-t-il en la prenant dans ses bras et posant son front contre le sien.
-Je sais. Je sais… souffla-t-elle à son tour, fermant légèrement les yeux à cause de la fatigue et du désespoir.
-Et voici ! décréta Spanglorn en sortant de l'eau, un sac sur le dos. J'ai pensé, vu votre silhouette et sachant l'endroit d'où vous venez, que vous devriez avoir faim.
A cet instant précis, les yeux de Roméo et Juliette version sorcier s'illuminèrent comme jamais. Voilà plus de 36 heures qu'ils n'avaient rien mangé et le moindre effort leur provoquait des vertiges… Mais lorsque Spanglorn ouvrit le sac, ils ne purent réfréner une grimace de dégoût. De gros asticots blancs ondulaient dans tous les sens, ne demandant qu'une chose : d'être remis à l'eau immédiatement.
-Ah ! vu vos têtes, cette nourriture ne convient pas aux sorciers ! constata leur hôte.
-Et à aucun autre être vivant à part vous, répondit aussi sec Drago.
-Sans vouloir vous vexer, corrigea Hermione en lui lançant un regard assassin.
Mais Drago était tellement déçu que tous les efforts qu'il aurait éventuellement put mettre en oeuvre pour être aimable étaient définitivement restés en Morgolie.
-Alors qu'est-ce que vous mangez ? s'inquiéta Spanglorn, soucieux de leur état de santé.
-De la viande, du boeuf, des pommes de terres frites et du jus de citrouille. Maugréa Drago.
-Là où nous étions, nous avions des fruits et des petites crevettes, rectifia Hermione, agacée du comportement indigne de ce jeune homme pourtant si bien élevé, soi-disant.
Le Vertineux sembla réfléchir, mais tous ces termes lui échappaient totalement.
-Des crevettes sont de petites bêtes dans l'eau… tenta d'expliquer
Hermione.
En général elles sont roses ou grises et...
-Mais ! mais c'est toxique ! s'étonna Spanglorn.
-Non, pas pour nous, pour nous les crevettes sont pleines de protéines et nécessaires à notre santé, argumenta scientifiquement la Gryffondor.
-Bon, comme vous voulez. Nous n'en avons pas beaucoup et le peu, nous les laissons poursuivre leur chemin. Si vous avez quelques instants, je vais vous en pêcher.
-Ce serait vraiment très aimable à vous, nous sommes exténués.
-Alors reposez-vous. Ici, vous ne risquez rien. Les rassura Spanglorn de sa voix toujours aussi désagréable.
-Justement, reprit Hermione. Ici, où sommes-nous ?
-Je vous expliquerai tout en détail autour de quelques crevettes ! répondit le Vertineux à la limite du dégoût de devoir toucher à ces bestioles pleines de pattes. Reposez-vous en attendant, insista-t-il, nous veillons sur vous.
Et il disparut de nouveau.
-Nous reposer ! et puis quoi encore, il nous faut comprendre qui ils sont et d'où ils viennent et surtout qu'est-ce que fait ce peuple ici !
-Non Hermione. Il a raison. Nous devons reprendre des forces. Si nous pouvions manger un peu ce serait formidable, mais avant tout, il nous faut nous reposer, décréta son partenaire.
-Mais...
-Pas de mais ! viens là.
Il lui tendit une main qu'elle saisit aussitôt. Drago l'entraîna contre le mur, face au bassin où les Vertineux continuaient leur petite vie paisible, sans s'occuper d'eux. Il s'adossa à la paroi et écarta les jambes pour qu'Hermione se positionne entre, ce qu'elle comprit de suite. Le dos calé contre son torse, la jeune femme put profiter de la douceur de ses bras s'enroulant autour d'elle. Drago lui déposa un baiser sur la joue et la sentit sourire.
-J'ai eu peur de te perdre, lui murmura-t-il en la serrant un peu plus contre lui.
Cette phrase resta en suspens dans l'esprit d'Hermione. Elle savait parfaitement la difficulté qu'il avait à exprimer ses sentiments, alors ces quelques mots signifiaient énormément pour elle. La jeune femme put alors s'endormir relativement sereinement vu la situation. La fatigue se moquait
bien de son stress et de l'angoisse qui ne la lâchait pas. Elle referma donc douloureusement les yeux après ce long périple qui n'était toutefois pas terminé.
Drago sentait la chaleur de ce petit corps contre le sien. Il était heureux de l'avoir à nouveau à lui, dans ses bras. La savoir seule face à l'adversité l'angoissait plus qu'il ne voulait se l'avouer. Il ferma également les yeux, éprouvant le besoin vital de se remettre de ses émotions.
Spanglorn revint trente minutes plus tard et les trouva endormis dans les bras l'un de l'autre. Il déposa quelques crevettes sur le bord du bassin en silence et repartit aussitôt, comprenant leur besoin de repos.
Deux heures plus tard, Hermione se réveillait petit à petit, reprenant conscience sans toutefois encore ouvrir les yeux, bercée par une sorte d'impression de sécurité et de bien être, un sentiment qu'elle n'avait pas ressentit depuis longtemps. Dans un effort vain, elle chercha à retenir cette douce sensation proche d'un état vaporeux, nageant dans un bain d'opium et de chaleur. Mais doucement ses sens se rappelèrent à elle, des picotements lui meurtrirent le postérieur et son dos l'implora de changer de position. Elle ouvrit alors les yeux lentement, en se tortillant légèrement afin de reprendre une position acceptable pour ses articulations.
Le flou dû au sommeil s'estompa pour laisser la place à une petite tête toute verte et très laide à moins d'une cinquantaine de centimètres de la sienne. Une vague de peur parcourut l'ensemble de son corps, accélérant son rythme cardiaque l'espace de quelques pulsations et l'obligeant à se caler un peu plus entre les bras qui l'encerclaient.
-chuuuuut... lui susurra une voix chaleureuse.
-Fils ! vient ici. Laisse les se réveiller tranquillement.
Hermione avait reconnu la voix de Spanglorn et le petit Vertineux qui devait être son fils. A présent, elle ne voyait pas celui qui lui avait murmuré un « chuuuut » si doux et rassurant, mais elle sentait la chaleur de son corps et elle soupira de soulagement.
-Tu as pu te reposer ? lui demanda Drago.
-hum... oui, un peu... prononça-t-elle avant de bailler et de s'étirer.
Pour la toute première fois, elle se passa la main dans les cheveux, regrettant amèrement l'absence d'un miroir et d'un peigne. Merlin, à quoi sa coiffure devait-elle ressembler ?
-Hermione, nous ne sommes pas à un concours de beauté ! lui murmura Drago au creux de l'oreille avant de lui déposer un baiser sur la joue.
La jeune femme rougit malgré elle, un peu honteuse d'être préoccupée par son image en pareilles circonstances, mais bien vite, la vue des crevettes gigotant par terre lui rendit le sourire et surtout détourna son attention. Spanglorn avait dû ratisser le bassin et un tas d'au moins 60 centimètres de diamètre et de trente de haut s'étalait devant eux.
Ils s'assirent alors en tailleur et commencèrent à décortiquer et à dévorer les petits crustacés comme un repas de fête à Poudlard. Le Vertineux et son fils durent faire preuve de self contrôle pour ne pas vomir devant ce spectacle écœurant.
-Alors... tenta de prononcer Hermione tout en avalant une crevette entière, pratiquement sans mâcher. Où est-on ?
-Sous-terre. Lui répondit le vertineux alors que son fils, bien trop dégoûté par le repas des étrangers replongea à l'eau.
-Mais encore ? demanda Drago agacé par ce peu d'information.
-Vous êtres en dessous d'un pays que les gens de la surface surnomment Irak je crois...
Hermione soupira de soulagement en fermant les yeux, tout en engloutissant un second crustacé.
-Et alors, qu'est-ce que ça change ? s'interrogea Drago ne voyant pas du tout ce qu'il pouvait y avoir de réconfortant dans ces paroles.
-Et bien nous sommes sur terre Drago ! nous aurions pu être dans une autre dimension ou je ne sais pas encore où... Et dites-moi Spanglorn, sommes nous loin de la surface ?
-Ho... je ne sais pas trop, je ne connais pas vos critères pour évaluer les distances, mais je ne pense pas non. Régulièrement nous avons des humains qui viennent jusque là ! mais dès que vous aurez fini votre repas, je vous enverrais à surface.
Drago manqua de s'étouffer avec sa crevette alors qu'Hermione dut se répéter la phrase en boucle dans son esprit.
-Co... comment allez-vous faire ? prononça-t-elle avec difficulté.
-Je vous enverrais à l'entrée du tunnel qui permet de nous relier à la surface. Par... magie ! Spanglorn avait dit ceci comme une évidence mais il ne mesurait pas l'impact que pouvait avoir une telle révélation sur les deux jeunes gens.
-C'est... aussi simple ? le questionna Drago, ne sachant plus du tout où il en était.
-Oui, aussi simple affirma Spanglorn.
Sur ces mots Hermione se leva d'un bond et courut à l'écart.
-Hermione ! lui cria Drago en se levant subitement pour la suivre, surpris de sa réaction. Mais alors qu'il allait la rejoindre, il s'aperçut qu'elle était en train de vomir et la laissa seule.
Quelques minutes plus tard, Hermione, le teint presque aussi vert que son nouvel ami, revint s'asseoir près de la nourriture.
-ça va ? lui demanda Drago, particulièrement inquiet.
-Désolée... je ne sais pas ce qu'il m'est arrivé. Bredouilla-t-elle, au comble de la gêne.
-Tu as mangé trop vite. Nos estomac ne sont plus habitués à avoir autant de nourriture.
Elle secoua la tête en guise d'affirmation et essuya les larmes de fatigue physique se formant dans les coins de ses yeux, devant un Spanglorn particulièrement touché de cette scène. Il mesurait enfin la gravité de la situation que ces deux étrangers venaient de vivre. Les Morgoles appartenaient à son monde, il les avait toujours connu et côtoyé, mais il connaissait parfaitement la cruauté de ce peuple. A cet instant, il prit la décision de protéger ces deux jeunes gens coûte que coûte, et de toute manière, c'était elle, il n'y avait aucun doute. Il avait la mission de les protéger, qu'il le veuille ou non.
-Alors vous pouvez nous reconduire à la surface ? le questionna Hermione pour détourner l'attention de sa petite personne.
-Evidemment ! par contre, je ne pourrais pas vous accompagner. Nous, les Vertineux, ne pouvons pas sortir de cette grotte, mais je vous enverrai dès que vous aurez repris des forces.
-Faites-le alors. Faites le maintenant ! ordonna presque Drago...
-Non, l'entrée de la grotte est relativement éloignée de votre civilisation, il vous faudra encore marcher ou utiliser votre magie pour être enfin en sécurité et dans l'état où vous êtes, cela me paraît impossible.
Plus personne ne prononça un seul mot. Le Vertineux leur laissait le temps d'analyser ses paroles alors que les deux jeunes gens trépignaient d'impatience mais savaient que l'homme serpent avait raison. Drago reprit un crustacé, décidé à montrer l'exemple, mais Hermione ne put le suivre.
-Expliquez-moi Spanglorn... je suis un peu perdue. Je n'ai jamais entendu parler de votre peuple... pourtant nous pensions avoir recensé toutes les créatures magiques de cette terre...
-Oui, enfin ça... regarde avec les Morgoles, la coupa Drago.
-Oui, c'est vrai. Mais tout de même.
-Dites-moi, je veux bien répondre à vos questions, mais pour cela il faut que vous m'en laissiez le temps. S'amusa Spanglorn devant leur complicité flagrante. De plus, Hermione, si je puis me permettre, vous devriez manger. Pendant ce temps, je vous expliquerais qui nous sommes.
-Non merci, je n'ai plus vraiment faim.
-Hermione, il faut que tu manges... va lentement, mais mange, ordonna Drago
-Drago je n'ai pas...
-Mange ! je ne te laisse pas le choix, ordonna-t-il plus fermement, mais alors qu'elle allait protester une nouvelle fois, il argumenta un peu lâchement : Hermione, tu es intelligente, alors tu sais qu'il faut que tu manges. Prends de petites bouchées, va doucement, mais mange.
Sans ajouter un mot elle prit une crevette du bout des doigts et commença à la décortiquer avec dédain. Elle savait qu'il avait raison, mais sincèrement, la crevette devenait pour elle aussi gavante que la purée de Madame Weasley.
-Ah mais c'est bon ! s'emporta-t-elle devant deux paires d'yeux bloquées sur elle. Continuez à me fixer ainsi et je n'avalerai rien, pesta-t-elle.
-Ah là là ces Gryffons et leur tête de mule ! s'exaspéra son amant. C'est incroyable ça, tu sais qu'il faut que tu manges pour ton propre bien et...
-Je vais manger ! le coupa-t-elle en roulant des yeux. Mais je vous en prie Spanglorn, je suis vraiment impatiente de connaître votre histoire.
-Bien. Répondit le Vertineux en la voyant mâchouiller un minuscule bout de crevette. Je vais vous résumer la raison de notre présence ici. De toute manière, si j'ai raison, mon devoir est de vous mettre au courant. Si ce peuple destructeur est aussi puissant, ceci est la faute du mien. A ces mots, Spanglorn baissa la tête en guise de honte devant un public acquis à sa cause.
-Mais comment ? je ne comprend pas ! les Morgoles ont mis leur magie en commun pour être si puissant, cela ne relève en rien d'une intervention extérieure. S'étonna Hermione se demandant comment un peuple si paisible pouvait être à la base de tant de tourments.
Spanglorn soupira pour prendre des forces et répondre.
-Et bien, ceci est une longue histoire, mais mon peuple a toujours vécu dans cette caverne. Enfin non ! pas tout à fait… précisa-t-il. Notre espèce en a côtoyé de nombreuses, mais lorsque les humains sont apparus sur cette terre, notre apparence les a effrayé. Ils ont commencé à nous pourchasser pour nous exterminer. A début, nous fuyons simplement. Vous comprenez, notre communauté est pacifiste et nous refusions de faire du mal aux vôtres. Cependant, la fuite s'est avérée de plus en plus difficile et un jour, un Vertineux pris au piège a dû utiliser ses pouvoirs, provoquant un véritable carnage. Depuis ce jours, nous avons décidé de vivre dans les profondeurs de cette terre.
-Mais c'est injuste ! s'écria Hermione. Les temps ont changé, aujourd'hui vous ne seriez plus persécutés ! vous ne pouvez pas rester cloîtré sous terre pour cette raison.
-En es-tu véritablement certaine ? l'interrogea Drago avec conviction, persuadé que la réponse à sa question ne pouvait être que positive.
-Quoi qu'il en soit...
Spanglorn insista sur ce début de phrase pour couper court à toute polémique qui, dans tous les cas, n'influencerait en rien les choix de son peuple...
-Nous sommes resté ici durant des siècles jusqu'à ce que des « explorateurs » d'un peuple viennent à notre rencontre. Nous n'avions jamais eu de visiteurs de ce type et les Vertineux, peu méfiants de nature, ont fait usage de leur magie devant eux. Ils se sont alors présentés comme des sorciers disposant de pouvoirs. Loin d'être rebutés par notre apparence, ils ont appris à nous connaître, nous et notre civilisation. Comme vous le faites en ce moment, précisa-t-il.
Hermione buvait ses paroles alors que Drago s'inquiétait essentiellement du nombre de petits bouts de crevette que son amazone pouvait ingurgiter.
-Deux hommes allaient et venaient entre nos deux mondes. Nous avons appris à les connaître, à les apprécier. Mais un jour, l'un d'entre eux a fait une mauvaise chute dans les souterrains, se retrouvant gravement blessé. Son compagnon nous a imploré de le soigner, mais nous ne pouvions pas. La seule solution qui s'imposait à nous était de lui faire boire du santos.
Spanglorn s'arrêta un moment. Ce passage lui était particulièrement douloureux. Sans cette erreur, le monde entier aurait été épargné d'un grand nombre de maux.
-Mais qu'est-ce que le Santos ? demanda Hermione en avalant encore un peu plus de crustacés, mais dans d'infimes quantité sous l'œil toujours très attentif du Serpentard.
-Et bien, vous avez pu remarquer que ma peau sécrète une... comment dire ? une substance ?
-oui. Affirma Hermione avec une pointe d'écœurement tout de même.
-Et bien les petits Vertineux en sécrètent également, mais elle est différente. Elle permet à deux personnes qui en boivent quelques gouttes, d'être liées. Nous en avons proposé aux deux sorciers. Cela leur a permis de partager la blessure du mourrant qui est alors devenue deux fois moins grave. Alors que cette chute était mortelle, les deux sorciers ont pu s'en sortir et nous ont chaleureusement remercié.
-Attendez... demanda Hermione, cherchant toujours à comprendre la portée de ces mots. Sur les deux sorciers, un seul était blessé, mais en buvant le santos, ils ont tout partagé dont leur blessure c'est bien cela ?
-oui, répondit simplement Spanglorn, voyant la vivacité d'esprit de son interlocutrice.
-Et non seulement ils ont partagé leur blessure, mais aussi leurs pouvoirs ? réfléchit-elle à voix haute.
-Vous comprenez.
-Mais comment deux hommes ont-ils pu fonder une dynastie telle que les morgoles ? s'étonna Drago, ne voyant pas le danger d'une telle révélation.
-Et bien le santos permet avant tout d'unir des êtres vivants. Mais il peut en unir plus de deux. Ces deux hommes étaient issus d'une petite ethnie portant le nom de Morgoles. Voyant qu'en unissant leurs pouvoirs, ils étaient devenus plus puissants que les autres membres de la tribu, ils en ont pris la direction, tyrannisant leur propre peuple. Mais un an plus tard, une plus grosse ethnie, également composée de sorciers, les a attaqué. Ils ont alors simplement dû réagir. Ils ont proposé à tous les dignitaires de la tribu des Morgoles de boire du santos pour rassembler plus de pouvoirs et repousser l'envahisseur. Nous n'avons pas été d'accord, bien évidemment, mais ils ont utilisé la ruse, enlevé plusieurs de nos enfants et les ont massacrés pour récolter tranquillement le santos.
La voix de Spanglorn était emprunte de rage et de haine. Ce traumatisme vécu par ses aïeuls lui était encore douloureux. Les Vertineux devaient véhiculer cette histoire de génération en génération, certainement dans le but de ne pas oublier, de ne pas recommencer les mêmes erreurs que par le passé. Pourtant, aujourd'hui, il le racontait à des étrangers. Cela n'était-il pas un risque en soit ?
-En buvant tous le breuvage, reprit-il d'une voix monocorde, ils ont cumulé une somme impressionnante de pouvoirs et ont repoussé leur ennemi comme de rien. De plus, ils se sont rendus compte que leurs liens mutuels étaient dilués.
A ces mots Drago et Hermione eurent la même réaction à savoir un :
-quoi ? très expressif.
-Et bien, je vous ai expliqué que, pour guérir un sorcier, nous lui avons fait partager sa douleur en deux, en le liant à un de ses semblables.
-oui, répondit Hermione, prouvant qu'elle avait été aussi attentive qu'en cours.
-Et bien, repris Spanglorn, en se liant tous les uns aux autres, ils ne partageaient plus les mêmes douleurs. Lorsque deux être vivants sont liés par le Santos, le risque est de les voir mourir ensemble. Si l'un des deux souffre, l'autre souffre aussi et si l'un meurt brutalement, l'autre aussi. Mais en le faisant boire à toute la tribu, ces liens se dissipaient tout en renforçant leur magie. Ils ont donc fait profiter l'ensemble de leur communauté de ce traitement, les rendant pratiquement invincibles, la magie était stockée à la source, c'est à dire dans une salle spéciale, mais en dehors de leur corps. Aucun corps, même sorcier, ne pouvait contenir autant de magie. Ils y faisaient appel juste temporairement en cas de besoin. Malheureusement pour eux, ils connurent le revers de la médaille lorsque vinrent les premières épidémies. Un sorcier privé de sa magie est privé de ses défenses naturelles en quelque sorte. Le soleil, particulièrement fort en Irak leur dévorait la peau. Et ils durent se réfugier sous terre.
-Attendez, le coupa une nouvelle fois Hermione. Lorsque les deux premiers hommes ont pris le santos, pourquoi n'ont-ils pas souffert du soleil et des épidémies également ?
Spanglorn était réellement impressionné de sa faculté d'analyse et son regard trahit une admiration certaine pour la jeune femme.
-Lorsque deux personnes partagent leur magie, ils en gardent tout de même le contrôle. Leur « essence magique » reste un peu en eux, chacun peut piocher dans la magie de l'autre... Mais lorsqu'une centaine de personnes partagent leur magie, cette dernière devient trop importante et doit être « stockée » autre part. Là où les ayants droits n'ont plus accès directement. Pour l'utiliser, ils doivent se concentrer et avoir l'approbation de l'ensemble de la communauté. Leur magie est physiquement dissociée de leur corps, ce qui n'est pas le cas pour un nombre restreint. Les Vertineux eux-même fonctionnent ainsi. A notre maturité, nous nous liions à une autre personne, mais une seule et unique, notre compagne pour la vie.
-C'est... très beau, souffla Hermione.
-ça dépend, s'étonna Spanglorn. Une fois le rituel effectué, aucun retour en arrière n'est possible. Et parfois... la cohabitation devient difficile. En tout cas, pour en revenir aux Morgoles, nous les avons vu défiler devant nous, malades et affaiblis.
-Vous n'avez pas pu vous venger à ce moment là ? les questionna Drago, perplexe.
-Non. La violence engendre la violence. Nous avions déjà connu trop de pertes parmi nos jeunes Vertineux. Nous les avons laissés passer, pensant que, dans les entrailles de la terre, ils ne pourraient plus commettre de tels crimes.
-Mais vous vous trompiez... réfléchit Hermione à voix haute.
-Oui, notre erreur fut double et douloureuse pour bien des peuples. Les Morgoles remontaient régulièrement pour récolter de la nourriture facilement. Leur magie commune le leur permettait, mais ils n'arrivaient pas à maintenir des conditions climatiques suffisantes pour rester longtemps à la surface. Durant des dizaines d'années, ils semèrent l'horreur et l'infamie partout autour d'eux. Notre peuple s'est senti coupable et nous avons décidé de réagir. Nous avons alors introduit de l'apnaya dans leurs couloirs pour les priver de leur magie et les empêcher de revenir sur terre. Nous trouvions ce moyen particulièrement intéressant car il nous permettait de les contrôler sans leur faire véritablement de mal. Nous n'avions pas l'intention d'exterminer leur population féminine, qui s'est révélée être particulièrement sensible à cette plante. Pour la suite, vous la connaissez !
-Mais, s'étonna Hermione, une chose m'échappe... depuis le temps qu'ils ont « dérobé » des filles pour en faire des reproductrices, leur population féminine aurait du se renouveler... hors, de ce que nous avons vu, plus aucun Morgole n'est de sexe féminin. Les filles qu'ils enlèvent mettent au jour des Morgoles mâles jusqu'à ce que leur corps soit trop épuisé et meurent... Ceci est vraiment très étrange.
Spanglorn paru encore plus gêné par cette interrogation, mais ne se démonta pas. Il leva les yeux sur le plafond avant de les braquer de nouveau sur ses interlocuteurs, avides d'avoir le fin mot de l'histoire...
-Nous leur avons jeté un sort. Devant le mal qu'ils infligeaient à l'ensemble des être vivants de la terre, nous les avons maudits. Ils ne peuvent plus engendrer de femelles. Et aujourd'hui, nous nous sentons responsables. Nous effrayons les humains trop imprudents venant dans cette grotte pour leur éviter d'être confronter aux Morgoles... mais voila tout ce que nous pouvons faire pour remédier à notre terrible erreur.
-Vous n'êtes pas responsables de la cupidité de ces monstres. Le rassura Hermione en posant une main sur son épaule, sans se soucier une seule seconde du liquide visqueux qui émanait de lui.
-Un peu quand même ! s'indigna Drago. Si vous aviez été moins naïfs, tout ceci ne serait pas arrivé.
-Drago ! tu ne peux pas parler comme ça. Les Vertineux sont les victimes dans cette histoire. Tout le monde a le droit à l'erreur.
-Merci Hermione, mais notre peuple a conscience de sa responsabilité dans cette affaire.
-Mais pourquoi nous raconter tout ceci alors ? si vous l'avez fait une première fois et que cela vous a porté préjudice... vous ne devriez pas parler de tout ceci à des étranger. S'inquiéta la gryffondor.
-Parce que vous n'êtes pas des étrangers. Vous êtes celle dont on nous a annoncé la venue voilà déjà plusieurs siècles.
Ces mots tombèrent une nouvelle fois comme une mouche dans la soupe de Ron, c'est à dire provoquant un moment d'effroi.
-Vous... vous nous attendiez ? bredouilla Hermione.
-Certains Vertineux arrivent à voir des fragments d'avenir. Nous savions qu'un couple de sorciers, intimement liés par le cœur, viendrait jusqu'à nous. Selon la légende, leur lien permettra à la femelle de rétablir l'équilibre des races. Elle portera ses valeurs en elle depuis toujours et n'hésitera pas à sacrifier son bonheur pour l'intérêt général. Selon nos anciens, cette jeune femme aura échappé à l'emprise des Morgoles et ces épreuves lui auront permis de trouver la force intérieure nécessaire à l'accomplissement de la prophétie. Elle nous donnera les clés pour anéantir définitivement les Morgoles... Voilà pourquoi je vous en dévoile autant. Cette jeune femme, c'est vous, aucun doute n'est possible.
Hermione lança un regard inquiet à Drago. Tout ceci représentait bien trop de révélations pour elle. Définitivement, il lui fallait une pause, un break, arrêter toute cette folie.
-Vous faites erreur. Lança Drago aussi sec en se relevant et tendant sa main à son amazone.
-Non, tous les signes sont ici.
-Vous faites erreur ! répéta-t-il plus froidement que jamais. Merci pour cette nourriture. Pourriez-vous nous renvoyer à la surface à présent.
Le regard du Serpentard s'était glacé. Il refusait que sa vie ne soit régie par une quelconque prophétie. Hermione se leva à son tour, elle voulu rajouter un mot pour expliquer à Spanglorn qu'elle n'était qu'une sorcière adolescente et que son « évasion » du monde morgole était dûe uniquement au courage, oui, au courage de Drago... Mais elle avait du mal à organiser ses pensées à présent.
-Nous ne faisons pas erreur. Affirma une nouvelle fois Spanglorn. Et vous ne pouvez rien d'autre que la soutenir jeune homme. Je sens la révolte en vous, mais vous n'y pouvez rien. Ceci est écrit.
-Hermione ne sacrifiera pas son bonheur pour l'intérêt général, cracha froidement Drago.
Entendre ceci signifiait qu'il devrait définitivement renoncer à elle !son bonheur, c'était le sien ! C'était tout simplement inacceptable.
-Alors si nous ne sommes pas prisonnier ici, reprit-il en cherchant à garder son sang-froid légendaire, renvoyez nous à la surface dès à présent.
-S'il vous plait Spanglorn, adoucit Hermione, je ne suis pas celle que
vous
pensez, je n'ai rien de plus que les autres, je ne suis qu'une
sorcière, tout simplement...
-Vous avez une aura féérique puissante jeune fille. Tout le monde l'a sentie lorsque vous êtes arrivée. Voilà pourquoi j'ai commencé mes investigations par votre personne.
-Une aura féérique ? Hermione entendait ce terme pour la seconde fois, sans comprendre ce qu'il pouvait impliquer.
-Les gens de votre espèce, les sorciers, sont très peu nombreux à avoir ce don. Votre ami l'a également, ajouta Spanglorn en indiquant Drago, mais elle est plus faible que la votre. Cette aura vous garantie une chance certaine, c'est elle qui vous...
-ça suffit ! s'emporta Drago. Ne le laisse pas te tourner la tête avec des contes de fée Hermione. Nos amis et parents nous attendent.
Le Serpentard venait d'employer le seul argument pouvant stopper la soif de savoir de la rouge et or.
-S'il vous plait Spanglorn... Nous avons besoin de revoir les nôtres, implora-t-elle alors, à l'idée de pouvoir serrer ses parents contre elle.
-Très bien, soupira le Vertineux. Si tel est votre souhait... mais je vous en prie, n'oubliez pas ce que je vous ai dit... Adieu chers amis.
Drago attira Hermione à lui et attendit le coup de pouce magique du Vertineux qui ne se fit pas plus attendre. Serrés l'un contre l'autre, ils fermèrent les yeux, s'attendant aux désagréments que l'on peut ressentir en utilisant un Portoloin, mais il n'en fut rien. Une sensation de chaleur et de calme les enveloppa jusqu'à les déposer délicatement sur le sol. Ils mirent deux bonnes secondes à réaliser où ils étaient. D'instinct, Hermione arracha ses bracelets pour ne pas être brûlée par la magie qu'ils produisaient. En plissant des yeux, Drago vit le bout du tunnel. Une clarté exceptionnelle les attendait au dehors. Il ne leur restait plus qu'une vingtaine de mètres à parcourir et ils pourraient enfin sentir la chaleur du soleil réveiller leur peau de sa douce torpeur.
Drago embrassa passionnément Hermione avant de lui lancer un dernier regard. Ils se sourirent mutuellement de bonheur et de soulagement, encore incrédules. Le serpentard lui tendit alors une main qu'elle accepta et ils commencèrent à courir en direction de la lumière...
Ils étaient si près du but pourtant !
