Bonjour tout le monde!
On se retrouve pour la partie bêta...De la troisième partie...Du chapitre 19...
Fred: Mais tu joues avec les nerfs de tout le monde, ou quoi?
Scrogneugneu! Je n'avais pas prévu que les chapitres seraient si long pour tout dire. Une fois la dernière partie publiée (logiquement, gamma), je mettrais de l'ordre dans les chapitres et les doterait tous d'un titre indépendant.
Avant-dernier saut dans le passé donc, encore un peu de patience et nous reviendrons au temps présent!
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Une pléiade de remerciements pour:
Kero
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Cilou
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Gilmei
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Fleur d'Ange
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Ainsi qu'à vous, lecteurs lutins qui lisez, et ajoutez en alert/fav' avec discrétion :D
Kero: Bonjour Kero! Enchantée, et merci beaucoup d'avoir pris le temps de poster un commentaire :) Oh la la, tes compliments me font rougir ^.^! Je suis contente que tu apprécies le style et que la voix de la narration, un peu nasillarde, un peu en train de narguer le lecteur et les personnages, ne soit pour autant pas un sujet d'agacement. Bien sûr, je vais continuer la fiction, jusqu'au bout d'ailleurs, et ce ne sera plus très long. Bellatrix...mmmh j'appréhende ce retour en scène également, elle est vraiment capable de tout...Et le duo Hermione/Blaise fonctionne du tonerre, je dois dire que ce dernier est un petit chouchou jusqu'à présent, il jouit d'une belle popularité! Je te souhaite une bonne lecture, et j'espère que tu t'amuseras autant avec la suite!
Cilou: Ooooh wow! Un visage familier, comme ça me fait plaisir de te revoir au détour d'une review Cilou! Je suis contente que tu rentres dans l'histoire comme dans un endroit qui t'es familier, je mènerai cette histoire jusqu'à son terme, promis! En attendant, je te souhaite une bonne lecture, en plaisante compagnie, j'espère. Le passage sur les frères Weasley m'avait bien fait rire en l'écrivant - je t'avoue que j'ai été le retrouver après lecture de ton commentaire, et je me suis prise à rire comme une folle: j'avais oublié, parfois, que je partais loin, looooiiiin...XD
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Chapitre 19
Partie 3 de 3
(bêta)
Pensieve
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-Les ch-ch-ch-chaussettes de l'arch-ch-ch-chi…un p-peu de silence, au f-fond, je vous prie !
Les ricanements cessèrent.
-Ahem…j-je d-disais…un d-dragon grad-d-d-é d-d-dégra-d-d-d-de…
Rires de plus belle. Le Professeur reposa son livre sur la table, levant les yeux au ciel l'air exaspéré.
-S-silence, j'ai dit!
Le calme revint presque immédiatement, et Quirinus réajusta son turban, faisant de son mieux pour avoir l'air digne.
-D-donc... écrivez, p-pour qui s-s-s-ont c-c-c-ces sssss-erpents qui ssss-sssiflent sss-ur…
Une nouvelle vague de rire accueillit la tentative de l'enseignant, qui finit par jeter ses fiches sur le bureau, avant de quitter la salle en furie.
-Quirrel est vraiment très, très bizarre aujourd'hui...nota Seamus Finnigan, pensif, mais heureux de remballer ses affaires après seulement un petit quart d'heure de cours.
-Je m'attendais à autre chose, quand il a dit que l'examen porterait sur la mythologie, approuva Dean, songeur. A quoi est-ce que ça rimait, toutes ces phrases?
-Vous n'y êtes pas du tout, les p'tits bleus.
-Lee?
Lee Jordan regardait en direction du tableau, bras croisés, l'air particulièrement fier de lui.
-Je me suis arrangé pour "niffler" les sujets de l'examen. J'ai remplacé le texte que Quirrel avait lui-même choisi par un thème...de ma composition!
Il ricana sous le regard médusé des autres étudiants.
-Tu n'as tout de même pas...appuyé sur les difficultés d'élocutions du prof pour le pousser à abandonner l'examen?
Lee haussa les épaules, avec une nonchalance inimitable.
-Bah! Le nouveau Ministère veut nous prendre pour des bébés, et nous traiter comme tel en nous imposant des examens sous forme de dictées...Je leur ai simplement montré que, à malin, malin et demi.
Il eut un sourire démoniaque tandis que Dean et Seamus demeuraient bouche bée.
Lee Jordan VS Q. Quirell. Q, comme Q.I.
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Eté -7
Draconis
-Tu y crois ? Demanda Théodore, sans trop desserrer les dents afin que la cigarette qu'il avait calé dans un coin de la bouche ne tombât pas.
Étalé de tout son long dans un canapé de la Salle Commune, journal dans la main gauche et crayon dans la main droite, il profitait de la lumière tranquille de l'après-midi pour faire le point sur la presse. Il avait posé, sur une table basse non loin de l'accoudoir qui maintenait sa tête, un cendrier où s'amassaient déjà plusieurs mégots, ainsi qu'une petite tasse où fumait un café que son ami consentait parfois à verser pour lui.
-Mmmh ? Répartit Draco, lui-même installé dans un fauteuil ouvragé, mais plongé dans une lecture qui ne lui laissait pas le loisir de prêter une pleine attention aux propos de son juriste de compagnon.
-Le Daily vient de publier une étude qui révèle l'analyse ADN des écharpes de victimes de Jack The Reaper. En fait, elles semblent indiquer que l'un des principaux suspects, Aaron Kominski, serait l'homme à l'origine des cinq meurtres. Mais certaines anthropologues affirment qu'il y a trop d'incohérences dans les données disponibles pour que cela soit vrai…Le mystère demeure donc épais sa clef détenue quelque part au creux de la brume Londonienne…
-Un pavé dans la mare : combien de personnes ont-elles clamées connaître la vérité sur cette affaire depuis un siècle? Ce n'est pas pour rien qu'on parle d' « éventrologie » : les gens sont passionnés par l'histoire, justement parce que le mystère demeure.
-Vrai. Tout de même, de mon point de vue d'étudiant, je trouve cela assez intéressant de poser la question de la culpabilité.
-Toi, tu as encore trop lu Dostoïevski.
Théo eut un sourire d'excuse.
-J'ai un faible pour Dmitri Karamazov.
-Dmitri ? Se récria Draco, absolument étonné. Quel intérêt est-ce qu'un esprit aussi fin comme le tien peut bien trouver auprès de cet ours aviné ? Je trouve plus de résonnances entre toi et le caractère d'Ivan, par exemple…
-Ça, c'est ton analyse, répliqua Nott, un peu pincé tout de même. Ivan est trop retors intellectuellement, psychologiquement trop torturé : je n'arrive pas à le trouver sympathique. Tandis qu'il y a chez Dmitri (comme chez beaucoup d'autres personnages de cet auteur) quelque chose de spontané –en réalité, d'impulsif -, qui en font un être absolument chaleureux, humain, et attachant.
Le blond en resta coi un moment.
-C'est drôle…je pensais qu'Aliocha remplissait toutes ces qualités dans le récit.
-Et ceci, parce que c'est le frère auquel tu t'identifies le plus. Ou est-ce que je me trompe ?
Grognement de Draco, qui visiblement n'a plus envie de poursuivre le débat littéraire.
-Théodore : tu étudies le droit, tu lis des articles, des livres qui te posent des questions juridiques, il n'y a pas un jour où tu manques d'analyser les arrêts rendus au nom de Sa Majesté… Est-ce que parfois ça t'arrive de faire des coupures ?
-Non, répondit tranquillement le brun, en tournant les pages du Daily. J'aime ce que je fais, c'est à peine si j'ai l'impression de travailler. Tu connais le mot de Lao Tseu : « Choisissez un travail que vous aimez, et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie ».
-Il faut croire que nous ne sommes pas tous aussi bien lotit que toi : les cours de finance d'entreprise sont une horreur hérétique effroyable.
-Je ne comprends vraiment pas ce que tu fais dans cette filière, Draco.
-Ni moi non plus : j'imagine que la réponse à cette interrogation se trouve quelque part dans le Whiltshire, sous des cheveux blonds-blancs qui raffolent de Cognac.
-Et il paraîtrait que… l'on vous ait aperçu lors d'une réception chez les Parkinson récemment…Est-ce que tes parents projetteraient… ?
Il lui sembla que Théo se tendait légèrement, bien qu'il fit de son mieux pour adopter un ton dégagé.
-Quoi, arranger des épousailles entre la fille Parkinson et moi-même ? S'esclaffa son comparse, avec sur le visage une expression qui lui renvoyait bien ce que cette idée avait d'incongru. Bien sûr que non : ils sont riches, mais pas assez pour l'avidité des Malfoy. Nous avons été présentés pour créer du réseau, qui sait si nous serons amenés à travailler ensemble dans un futur plus ou moins proche…
Silence pensif.
-Tu l'aimais bien, pas vrai ? Pansy.
-Pas besoin d'en parler au passé. Ni au présent, soupira Théodore, elle et moi étions camarades de lycée, elle est tout à fait dans mes prétentions, nonobstant un petit détail qui change la donne…
-Et qui est ?
Il eut un sourire amer.
-Elle ne m'aime pas.
-Ça, tu n'en sais rien avant d'avoir essayé, mon vieux.
Nott haussa les épaules, puis changea de sujet en convoquant un tiers dont l'absence était fracassante en cet instant où ils auraient bien besoin d'un agent pour leur permettre de dédramatiser.
-Au fait, est-ce que tu as vu Blaise aujourd'hui ?
Draco tourna les yeux vers la fenêtre, comme s'il espérait voir leur ami surgir du néant et y coller son visage en prenant une expression des plus éplorées.
-Il est partit tôt ce matin, il m'a prévenu qu'il avait quelques « petites choses » à faire en ville pour un devoir de sociologie.
-Ha ha, tu connais Zabini : à « petites choses »…
-… « grands problèmes ».
Et ils éclatèrent de rire de concert.
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Eté -7
Canis Major
-Atchâ !
-A tes souhaits ! C'est plutôt inattendu: je suis trempée, et c'est toi qui éternues?
-Merci, Hermione. J'hésite : soit c'est un coup de froid à cause de cette légère brise, soit il y a une conspiration assemblée quelque part en Grande-Bretagne qui médit à mon sujet.
-Et entre les deux ?
-Je fais peut-être une petite réaction allergique à ce bon Tommy. Mais à parier, je placerai mes Gallions sur la conspiration. Tu t'en sors, est-ce que tu t'es fais mal ?
Hermione grimaça.
-Ce n'est rien, Blaise : il faut croire que j'ai bien fait de mettre cette salopette aujourd'hui !
Tout en parlant, elle s'épongeait du mieux qu'elle pouvait le front au moyen d'un vieux bandana qu'elle était fort aise d'avoir sous la main à cet instant. Figurez-vous : en passant près d'une mare où s'ébattaient joyeusement canards et canetons, Tom (puisqu'il faut le nommer ainsi) avait décidé de profiter lui aussi de cette réunion de famille et sautant de bon cœur, à pieds joints s'il l'avait pu, au milieu de ce petit monde qui s'était éloigné en émettant force de « couacs ! » indignés. Notre compère ne s'en est pas formalisé, tout à sa joie de profiter d'une baignade improvisée en ce jour d'été où le soleil se faisait bien rayonnant. Le problème, me demandez-vous ? C'est que dans sa hâte d'aller sociabiliser ses cousins à plumes, le Terre-Neuve n'avait pas pris conscience de ce qu'une humaine d'environ un mètre soixante-dix, à cheveux bruns touffus, s'était trouvé au bout de la laisse qui était attachée à son cou. Et notre héroïne de se retrouver face à un dilemme : c'était soit lâcher, et prendre le risque de laisser le chien gambader à sa guise dans la marre, quitte à traumatiser d'autres animaux. Ou bien, s'accrocher autant de possible, avec comme risque de ne pas être tout à fait au sec. Et c'est là qu'elle est contente d'avoir mis des vieux habits : enfoncée dans l'eau jusqu'aux mollets, largement éclaboussée par les mouvements joyeux de Tom, vous ne serez pas étonnée de la voir tendre la laisse à Blaise alors qu'elle émerge de cette aventure avec une petite grimace sur le visage.
-Ton tour ! Affirme-t-elle en collant le chien entre les pattes de Blaise.
(Ha ha, ce jeu de mots)
-Mrs Smith avait l'air de dire qu'il était possible de le calmer en l'appelant Winny, prononça le Serpentard, perplexe.
Ce fut comme un tour de magie : le chien qui jusqu'à présent bondissait et aboyait joyeusement à tout va vint se placer aux côtés de Blaise pour s'asseoir à ses pieds, calme comme ils ne l'avaient pas connu jusqu'alors. Hermione cligna des yeux, impressionnée.
-Wow, ça alors…quel drôle de façon de te calmer, mon grand, s'étonna Blaise en lui donnant une petite caresse sur le flanc. Eh ben, on dirait qu'on peut reprendre notre chemin, il faudra simplement ne pas oublier le mot magique.
-Drôle de sésame, commenta la brune, mais efficace. Allons : nous ne sommes plus qu'à deux pas du centre.
-Si je te souffle dessus très fort, tu crois que tu auras séché avant qu'on y soit ?
Et il se mit en effet à souffler sur Hermione avec l'énergie d'un enfant, comme si elle eût été une bougie d'anniversaire.
Accélérons le temps, ne nous contentons plus de quelques pas mais courrons bien sur des centaines de mètres : et enfin, nous voici. Le cadre a changé : fi de la rue et de la verdure : après avoir traversé de hautes portes de verre, ils pénétrèrent un hall des plus luxueux, tout en marbre étincelant et en bois poli, où l'on entendait très distinctement de nombreux aboiements. C'est ce que l'on remarquait de manière assez notable après quelques pas : il y a avait des chiens, de toute espèce, de toute taille, couleur…Et il y en avait partout. Nos camarades de classes, en compagnie de l'adorable et inénarrable Tom, ont finalement atteint leur destination : un hôtel pour chien, de cinq étoiles.
Oui, vous avez bien lu. Un hôtel pour ces peluches adorables, et celui-ci a bien sûr, la particularité d'être fréquenté par les notables de la ville. Ces derniers ont coutume, lorsqu'ils veulent faire une activité un peu hors du commun avec leurs amis canins, de passer dans cet établissement – du reste très sélectif quant à la clientèle admise – où tout à été pensé pour le confort à quatre pattes. Terrain de jeu immense, piscine, salon de toilettage… Il y a même une pièce spécialement conçue pour la sieste, et un cuisinier qui confectionne des plats personnalisés sur demande.
Mais alors, vous me demandez : quel intérêt pour Hermione et Blaise de se retrouver là ? Où est le fil rouge, qu'est-ce qui explique leur périple de Poudlard au salon d'Hepzibah, puis dudit salon à cette Capoue canine ? Eh bien, c'est maintenant que nous pouvons faire le lien avec leur devoir de sociologie : souvenez-vous, il s'agissait d'un devoir…
-Concernant la problématique de l'homme et des animaux de compagnie, compléta Blaise, fort à propos, désignant d'une main le décor environnant. Rien de plus facile que d'étudier le premier quidam venu dans un parc : c'est à la portée de tout le monde, et ma foi si le regard ne se fait pas trop insistant, l'expérience n'est pas particulièrement dangereuse. Mais, Docteur Granger, votre humble comparse s'interroge : n'est-pas là nous mettre une limite ? Pourquoi se circonscrire aux livres, pourquoi nous contenter du seul espace restreint de notre quotidien sans problèmes, quand nous pouvons-nous enrichir -si j'ose dire- à si peu de frais d'un protocole à portée de main ? Voyez, Docteur Granger : c'est ce que j'aime dans l'expérience sociologique : confronter les théories éthérées aux observations empiriques.
Ce déclamatoire effectué d'un air solennel, il se rassit sur le sofa sur lequel on leur avait demandé de patienter, le temps que leurs identités fussent vérifiées.
Hermione n'en perdait pas une miette. Pour tout dire, elle était même assez admirative du pragmatisme de Blaise : elle n'avait jamais vu quelqu'un agir de manière aussi extrême pour obtenir le résultat d'une expérience. Elle-même n'allait pas aussi loin dans ses investigations, elle était totalement en dehors de sa zone de confort depuis qu'ils avaient franchis l'enceinte du campus. Et en fait…elle aimait ça. Cela lui faisait du bien, de se laisser guider étape par étape, d'apprendre à travailler d'une autre façon. Elle pensait souvent à un doctorat, qu'elle aimerait écrire une fois diplômée : le grand brun qui venait de faire irruption inopinément dans sa vie avait ré-engouffré l'idée dans son esprit d'un souffle puissant, qui la laissait un peu ivre à la pensée de considérer autre chose que de longues après-midi passées assise derrière un bureau, à étudier. Quel jeune homme intéressant…comment pouvait-il être aussi proche de cette bande de Serpentards : de Nott, de Malfoy, de Lestrange…
Mais ne la laissons pas s'enfoncer trop longtemps dans des pensées pleines de préjugés : lançons plutôt une discussion de circonstances, tandis qu'ils attendent encore, et pour un petit moment de plus à en juger par les cafés qu'on vient de leur servir.
-Il y a un problème ? S'enquit la brune, revigorée par cette boisson chaude après le petit bain de tout à l'heure.
-C'est plein à craquer, l'informa Zabini, très détendu. Un samedi après-midi, il faut s'y attendre. On aura encore une petite attente de vingt minutes, et puis on emmènera Tommy s'amuser avec ses copains. Ça va, pas trop froid ?
-Non, du tout : je suis en pleine forme, et je m'amuse comme une gamine de dix ans ! ça fait des années que je ne me suis pas autant amusée en écrivant un devoir. Trouver un riche rentier, lui garder son chien pour l'après-midi afin d'avoir accès à un endroit ultra-select dans le but de rapporter le comportement des gens aisés dans leur rapport aux animaux de compagnie…Typiquement le genre d'idée que je n'aurais pas eu toute seule.
Blaise eut l'air ravi.
-Pour ce charmant aveu, je vous gratifie de cinq points pour Gryffondor !
Il se permit un sourire taquin, s'attendant à ce qu'elle réplique en plaisantant à son tour. Mais Hermione ne se départissait pas de son expression mi-bienveillante mi-admirative, et s'il ne le dit pas, il en fut sincèrement touché. Je crois que c'est dans cet échange de regards, dans ce lieu improbable et en compagnie incongrue, qu'a véritablement émergé leur amitié, à l'image d'une Vénus inopinément surgie des flots.
-Pour être franche, Blaise, je n'ai jamais travaillé comme ça, avec personne auparavant. Je dis « travailler »…mais je ne le pense pas une seule seconde ton idée est géniale, et personne n'organiserait un tel projet avec un tel mélange d'audace et de minutie. Je suis admirative, je te remercie pour cette nouvelle perspective : tu ne t'en rends pas compte, mais ça me fait réfléchir.
-Pas géniale, tempéra-t-il, rosissant à mesure qu'elle parlait. Je te l'ai dit : l'école et moi, ça fait deux. Rester assis derrière un bureau pendant des heures, écouter de long monologues ennuyeux…ça ne me stimule pas, et tu verras que la plupart de mes notes sont exécrables. C'est simple, mes semestres se jouent à pile ou face, et les enseignants ne parient jamais sur moi : à raison, je ne suis pas scolaire, ça ne me donne pas de valeur à leurs yeux. Par contre, si me lâches dans la nature, là je peux déployer ma créativité sans limites, en expérimentant avec mes propres règles. J'ai simplement besoin d'un environnement et de liberté, rien de plus : je n'ai pas le quart de ton cerveau. Et d'ailleurs, tant mieux : je ne sais pas comment tu fais pour te reposer avec un esprit pareil.
-Est-ce que tu as réfléchi à la manière dont tu pourrais exploiter la sociologie dans ce cadre pour tes projets professionnels futurs ? Interrogea-t-elle, très curieuse d'entendre sa réponse.
-J'y ai déjà pensé, avoua-t-il. Mais ce n'est pas très tendance chez les miens en ce moment, mon beau-père n'aime pas trop mes idées, il pense que je suis, je cite : « un bobo-progressiste-à-la-con ». Moi j'adorerai : mélanger les ragots avec un regard un peu sociologique, un peu analytique sur ce qui se passe dans la société.
-Concrètement, ça ressemblerai à quoi ?
Blaise se gratta le menton l'air pensif.
-Mmh…du journalisme pour célébrités – mon côté racoleur prendra toujours le dessus, j'adore les potins. Mais, tirer du non-évènement des conséquences scientifiques pour faire réfléchir le lecteur et lui ouvrir l'esprit vers des questions qu'il ne considérait pas auparavant, je trouve ça assez démarquant.
-Ça me déculpabilisera beaucoup de lire la presse à scandale en tout cas ! Rit Hermione.
Ils rirent ensemble, puis virèrent sur des sujets d'importance moindre, jusqu'à ce qu'un employé vienne aimablement leur faire savoir qu'ils étaient prêts à recevoir Tom pour les deux heures à venir. Bingo ! Tout le monde en piste pour le meilleur numéro de l'année…
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Eté -7
Antarès
Tracey avait jusqu'alors, passé une journée sans imprévu.
Sans la connaître, vous pourriez la trouver agaçante : elle est de ce genre de beautés naturelles qui paraissent en jouer, alors qu'elles ignorent complètement le charme qu'elles dégagent (et puis, dans le cas de Tracey, elle s'en moque royalement). Ses longs cheveux vénitiens sont parfaitement lisses, sans qu'elle n'ait besoin d'autre chose qu'un shampooing hebdomadaire. Ses yeux bleus sont couverts de longs cils, qui papillonnent au-dessus d'un nez de camée grec, piqué de tâches de rousseurs. Jeune femme de peu de mots, Rogue l'avait nommée Préfète pour son caractère discipliné, sa placidité, et parce que ses remarques sardoniques l'amusaient terriblement, quoiqu'il s'arrangea afin que personne, pas même la concernée, ne le soupçonnât. En cet instant, elle peinait à garder un visage neutre : la situation dans le bureau de McGonagal commençait à la dépasser.
Totalement. Que le sujet du suicide des Serpentards soit enfin abordé lors d'une réunion officielle, cela, elle ne s'en plaignait pas : au contraire, elle s'en était plainte quelques semaines plus tôt à Draco, et il était temps que Poudlard prenne de véritables mesures plutôt que de sans cesse cacher la poussière sur le tapis. Ce n'était pas le sujet le plus hilarant, bien sûr, mais elle en avait assez d'affronter sa peur tous les soirs lors de sa ronde devant la porte des toilettes des filles, au deuxième étage…peur de ce qu'elle pourrait y trouver.
Encore : son effroi la rassurait, ces traumatismes répétés lui révélait qu'elle avait encore du cœur : elle n'était pas tout à fait tombé dans le plus profond des cynismes où, par exemple, elle avait observé que le Professeur Rogue s'était installé, ou dans le déni dans lequel Slughorn s'enfermait constamment. Hé oui, ce n'était pas bon pour la publicité de l'école, mais force est de constater qu'à Poudlard, on est comme ailleurs : les gens fument, boivent, copulent, se droguent, dépriment, et parfois même en meurent.
Mais silence, la Directrice reprend le cours de ses explications, et l'assistance est suspendue à ses lèvres :
-J'ai eu une longue discussion hier soir avec entre autres, Kingsley Shacklebolt, le Premier Ministre et… Cornelius Fudge.
Chourave étouffa à grand peine une exclamation.
-Fudge ! Mais je croyais qu'il était retiré des affaires politiques, ayant perdu tout crédit à cause de son aveuglement !
Minerva ferma étroitement les yeux.
-Il semblerait qu'il ait fait des alliances…financières, qui lui ont été profitables pour revenir sur le devant de la scène. Avec une influence moindre, toutefois.
-Des alliances politiques ? Feula Ginny, une association de malfaiteurs avec Yaxley dont la corruption est notoire, c'est risible.
-Risible je ne sais pas Miss Weasley, mais en tout cas réel j'en suis sûre, répliqua McGonagal avec un air pincé.
-Je comprends mieux pourquoi Ernie n'est pas présent à cette réunion : sa famille s'est battue de toutes ses forces contre le gouvernement à l'époque, et ils en ont payés le prix, commenta Leanne.
Tracey se fit la remarque mentale que le Préfet des Poufsouffle, connu pour sa loyauté et son intransigeance radicales, risquait d'être le plus violent de tous dans sa réaction. Pas étonnant que McGo souhaitât lui en faire part en privé, d'ailleurs à son air entendu, Anthony Goldstein devait en être arrivé à la même conclusion.
-Quoiqu'il en soit, Kingsley m'a expliqué que tous ses Ministères étaient en proie au trouble. Le climat de suspicion et de méfiance qui s'installe n'est pas sain, il rappelle beaucoup trop ce qui fut le climat de notre quasi-guerre civile. Nous en avons discuté longuement, et nous sommes arrivées à la conclusion qu'il y avait trois mesures urgentes à prendre.
Le silence se fit de plomb dans le bureau, Rogue scrutait intensément le visage de sa collègue.
-La première décision est, comme je vous l'ai dit, l'intégration par intermittence de « repentis » . Concrètement, cela veut dire qu'il faut vous attendre à voir les Carrow et Prewett entre autres, errer dans les salles de classe pour dispenser des cours en leur qualité de professionnels.
-Sans surveillance ? S'exclama Flitwick, choqué.
-Non, certainement pas. J'en viens à la deuxième décision : afin de s'assurer que cette période de « transition » se passe sans incident, nous allons créer au sein de Poudlard une escouade d'Aurors, dont le commandement sera assuré –regard en coin à Severus – par Rémus Lupin, qui se chargera également de donner des cours comme il en dispensait à l'époque.
Silence, de nouveau. McGonagal serra les dents.
-Enfin, la troisième décision…est personnelle. Je ne peux pas me targuer, après cette concession immense faite au parti de la paix, d'avoir rempli mes devoirs en tant que Directrice de Poudlard. C'est pourquoi je poserai à la fin du semestre ma démission au Conseil d'administration de l'école : j'ai prévu de me présenter au poste de Ministre de l'Éducation pour la rentée prochaine, et j'entends bien faire l'impossible pour éviter que les élèves ne deviennent les jouets de tiers malintentionnés.
-Mais, Professeur…Si vous partez, qui prendra donc le relai à la tête de Poudlard ? Articula lentement Slughorn.
-Vous ne pouvez pas faire cela, Minerva, laissa tomber Rogue d'un ton brusque, à la surprise générale.
La future Ministre ferma étroitement les yeux.
-J'ai l'intention de nommer le Professeur Rogue comme mon successeur par intérim, en attendant ma nomination…et que la décision soit définitivement validée par le corps enseignant.
La colère de Rogue était incompréhensible. Ils pensaient tous que le bureau à la Gargouille était resté son ambition depuis qu'il en avait été chassé. Mais alors… ?
-C'est trop facile ! S'exclama l'homme en noir, en se levant. Vous semez une graine maléfique et vous partez vous mettre au frais au gouvernement : comment vous attendez-vous à ce que je gère à moi seul une vingtaine de Mangemort surgit de nulle part, avec mon passif ? Ils savent tous que j'ai trahi, je ne devrais même pas être en vie pour m'en indigner, et vous le savez plus que quiconque.
-Il y a d'autres choses à gérer à l'extérieur, Severus, répliqua sèchement la susnommée. Je m'inquiète des allures politique que prend ce pays. Je crois qu'il faut que l'Ordre du Phénix se renforce, la décennie à venir risque d'être dangereuse. C'est notre responsabilité à nous autres, anciens, de faire de notre mieux pour que les jeunes générations reprennent les rennes de l'avenir dans les meilleures conditions qui soient. Du reste…
Inconsciemment, elle avait laissé glisser son regard jusqu'au portrait de Dumbledore.
-Dumbledore avait confiance en vous. J'ai confiance en vous, je ne confierai cette mission à personne d'autre parce que je sais qu'elle est ardue. Libre à vous de refuser : on ne vous liera pas pieds et poings à ce bureau jusqu'à ce que vous donniez votre consentement. A Poudlard nous sommes, heureusement, un peu plus démocrates qu'hier les partisans du Sang Pur. La décision finale vous appartiens, évidement.
Rogue se rassit, tous pouvait voir s'agiter la tempête sous son crâne tandis qu'ils réfléchissaient à ce à quoi ressemblerait leur école dans les mois à venir.
-Ce n'est pas une discussion facile, Minerva, nota avec gentillesse le Professeur Flitwick, pour encourager l'enseignante à reprendre la conversation.
-C'est vrai, Filius, soupira-t-elle en essuyant ses lunettes à monture écaillée contre sa robe à tartan. Mais les nouvelles ne s'arrêtent pas là. Miss Davis : j'ai fait mander Susan Bones et Firenze : ils viendront une fois par semaine assister le Professeur Trelawney dans ses tâches de psychologue scolaire. Nous voulons comprendre les causes profondes du désarroi des Serpentard. Et vous ne serez plus toute seule à effectuer les rondes, nous sommes en train de mettre en place un dispositif double pour qu'un enseignant ou M. Rusard vienne vous assister.
La jeune fille acquiesça, sentant un nœud de tension se défaire dans son estomac.
-Miss Ginny Weasley…
La rousse pencha la tête sur le côté, l'air intrigué.
-Je veux que vous soyez à la tête d'une association chargée de déceler le mal-être chez les étudiants – quelle que soit leur maison.
Ginny écarquilla les yeux.
-Moi, professeur ? demanda-t-elle, abasourdie.
-Vous. Évidemment, qui d'autre ? En outre, j'ai cru comprendre que vous souhaitiez devenir journaliste sportive, ce sera l'occasion pour vous d'apprendre comment recueillir des informations qu'on souhaite dissimuler…Même si je crois que vous avez suffisamment d'expérience pour cela.
Anthony ne put réprimer un sourire en coin en voyant Ginny rougir jusqu'à la racine du cheveux : c'était un compliment déguisé que lui faisait McGonagal. Personne ne vint faire de commentaire là-dessus, il était évident pour tous pourquoi il fallait une structure pour aider les élèves à parler de leurs problèmes, et que Ginny soit à sa tête était purement logique, quand on connaissait…ses circonstances.
-Sur cette note d'espoir, Mesdemoiselles, Monsieur, votre temps parmi nous touche à sa fin.. Mr Goldstein : dites à Mr MacMillan de monter à mon bureau dans une heure. Une fois qu'il sera mis au courant, je vous laisse le soin d'annoncer ces diverses décisions à vos camarades de chaque maison. Miss Weasley, revenez lundi soir : Susan Bones sera là, vous pourrez discuter. C'en est assez pour aujourd'hui, merci à tous.
Les étudiants prirent congés. Leanne avait le teint verdâtre, Ginny l'air profondément perplexe. Tracey fixait un regard perçant sur Anthony, qui demeurait comme toujours, imperméable.
-Goldstein.
-Tracey ?
-Je peux te voir, une minute…seul à seul ?
Il acquiesça, fit signe à Ginny qu'il la retrouverait plus tard, puis une fois descendu dans le couloir, pris la direction opposée en compagnie de la Préfète des Serpentard.
Sauf que dans la pièce circulaire qui fut jadis le bureau de Dumbledore, les discussions étaient loin d'être finies.
-Je ne peux pas croire que vous nous quittiez, Minerva, soupirait Slughorn, en tripotant les boutons dorés de sa robe. Vous allez laisser un vide immense, après tout ce que nous avons vécus ces dernières années…
-C'est vrai, approuva le Professeur Chourave. La tournure des évènements ne me dit rien qui vaille, vers quels temps nous acheminons-nous ?
-Des temps troublés, Pomona, répondit gravement McGonagal. Car il y a pire, bien pire…
-Comment ? S'exclama
Le visage de la Directrice s'était fait encore plus sombre, si c'était possible, que lorsqu'elle évoquait l'arrivée des Carrow.
-Ne…le…répétez absolument pas, mais la décision du Ministère de la Santé est tombé hier…Bellatrix Lestrange a…elle va…
C'en était de toute évidence trop pour la Directrice en conséquence, Rogue (qui était au courant) se chargea de la corvée.
-La rumeur enflait ces derniers temps, notamment chez les Nott. Elle a été confirmée ce matin même : Bellatrix Lestrange a été déclarée « irresponsable » des crimes dont elle a été prouvée coupable, par un jury spécial du Ministère. Elle va être transférée d'Azkaban, le Centre Pénitentiaire le plus sécurisé du monde, à Saint-Mangouste, où elle suivra une thérapie de trente-huit mois au minimum…à l'issue de laquelle, elle sera potentiellement réinsérée dans la société.
-Autrement dit, on se retrouvera avec une Mangemort les plus dangereuses de tous les temps en liberté en Grand-Bretagne, compléta Flitwick. Et dans la légalité la plus parfaite. C'est tout à fait scandaleux !
-Encore un coup de maître des Malfoy, j'en mettrais ma main au feu, fit sinistrement Pomona.
-Folie, folie, marmonna Horace. Bellatrix Lestrange est incontrôlable et imprévisible…Lucius Malfoy joue avec le feu, est-il devenu fou ?
-Fou, je ne sais pas : désespéré, cela est certain, répartit Rogue avec lenteur.
Il songeait à Narcissa. Et à sa propre peau : Bellatrix ne l'avait jamais tenu en odeur de sainteté, il était au moins autant en danger que les autres à partir du moment où elle quitterait sa camisole de Sainte-Mangouste. Il comprenait pourquoi sa collègue tenait à ce qu'il soit nommé Directeur : le siège de Dumbledore, plus que n'importe quoi d'autre, serait à même de lui octroyer la plus sûre des protections. S'il n'avait pas tant souffert dans sa vie, cette attention l'aurait touché.
Les cinq enseignants restèrent silencieux quelques minutes, tâchant d'absorber de leur mieux de flot d'informations, en se disant que jusqu'à présent la vie n'avait pas été si difficile, finalement. Le Professeur McGonagal leur signifia enfin leur congé, et ils s'en retournèrent à leurs occupations respectives, la tête lourde de pensées sombres.
Minerva resta longtemps en méditation devant le portrait d'Albus. A cet instant, son mentor lui manquait plus qu'elle ne saurait le dire : elle aurait besoin qu'il la conseilla, qu'il la rassura, qu'il lui donne un peu de sa force. Mais le sourire bienveillant, le nez aquilin rehaussé de lunettes en demi-lune, les yeux bleus pétillants même dans leur cadre étaient figés : il les avait laissés seuls, et parfois elle se demandait si ce n'était pas trop.
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Eté -7
Canis Minor
Sur un air de Carmen : voilà comment on pourrait commencer cette dernière partie de journée consacrée au Cannis Tommy, alors qu'il franchit enfin tout fringant le seuil de son parc à jouer.
J'aurais aimé pouvoir décrire une fin d'après-midi rapide et tranquille pour notre duo deutéragoniste. Le Terre-Neuve qui s'en va jouer dans l'immense jardin où il peut s'ébrouer à volonté, creuser des trous sans s'attirer les cris de colère du voisin, salir sa robe en se roulant dans un tas de feuilles et de mousses avant de plonger dans une eau fraîche où il peut nager au son des joyeux abois de ses compagnons. Et pendant ce temps, je pourrais vous peindre Blaise et Hermione concentrés, penchés sur leurs carnets où ils notent consciencieusement l'état de leurs observations et les morceaux choisis des conversations qui résonnent alentours.
Mais je ne puis décrire de telles scènes, pour la simple et bonne raison qu'elles n'arrivèrent pas. A la place, je préfère vous livrer une réalité dont voici immédiatement un échantillon :
-AAAAAAARGHHHH ! A qui appartient cet animal féroce ? Dehors, voyou, DE-HORS !
Hé oui ! A peine eut-il pénétré l'enceinte que Tom s'est transformé en tornade sur pattes. D'un geste vif, il s'était élancé en avant, se libérant ainsi de la contraignante étreinte de la laisse que tenait encore Blaise, et le voilà parti à toute vitesse, la truffe au vent, semer le chaos et la désolation dans l'enceinte de l'établissement.
Je ne vous raconte pas la pagaille, ni l'émoi des gens pour la plupart bien-comme-il-faut lorsque le Terre-Neuve arrivait avec fracas pour qui, dévorer d'une bouchée une part de tarte au flan, qui, commence une danse d'accouplement effrénée avec une autre canine à quatre pattes qui est fort à son goût. Et dans cette débandade, notre tandem court, il court, comme il peut, derrière Tom, à grands renforts de « Tommy ! Darling ! Winny ! Au pied ! » mais rien n'y fait, la terreur court toujours, et avec beaucoup de jovialité.
-Malappris ! Grossier personnage, sacripant ! Au secours, ciel, au secours ! Il dévergonde mon Anita !
-Winny, non, ce n'est pas bien, au pied ! Winny, Winny !
La brune, essoufflée, courrait comme elle pouvait aux quatre coins du centre pour tenter de récupérer la mainmise sur la laisse de Tom qui flottait au vent. Rien à faire : le chien était une créature magnifique : grand, vigoureux, dans la force de la jeunesse, et il semblait prendre un malin plaisir à la distancer chaque fois qu'elle croyait enfin pouvoir poser la main dessus. La salopette que portait Hermione était désormais couverte de terre, et ses cheveux, hirsutes, s'échappaient en grosses mèches de la casquette qui était tournée de travers. Épuisée, haletante, elle finit par se laisser tomber sur un banc quelconque aux côtés de Zabini, tandis qu'au loin elle entendait vaguement le clapotis de la piscine où elle ne doutait pas que l'être dont ils avaient la garde venait de faire les siennes.
-Je…je…pas moyen de le rattraper, balbutia l'étudiante, en s'épongeant le visage avec un mouchoir.
-Moi non plus, lâcha dans un soupir théâtral le grand brun, s'éventant comme une diva à l'aide d'une feuille en papier qu'il avait cannelée. Je n'y comprends rien, qu'est-ce qui nous manque ? Pourtant ça marchait plus tôt, le coup du Winny !
-Darling bell…je n'arrive pas à croire que tu aies pu lui sortir un truc pareil, pouffa Hermione, se remémorant la scène avec un rire involontaire.
-Hé, je te signale que je fais de mon mieux ! On s'est bien fait avoir en tout cas, c'est un véritable petit sauvageon…
-Mais il est adorable, fit Hermione avec un sourire malicieux.
-Il est effectivement adorable, concéda Blaise en réprimant un bâillement. J'irais bien essayer de l'attraper, mais je n'ai plus de forces…Goûter ? Je crois que Humphrey a empaqueté quelque chose à notre intention dans le petit sac…
-Volontiers, je meurs de faim ! Réalisa sa comparse.
Quelqu'un au loin lança un cri de supplicié, mais nos petites commères étaient trop concentrées par les petits gâteaux au miel soigneusement emballés pour y prêter grande attention. Heureux d'enfin trouver une raison de se détendre, ils s'attelèrent à retirer l'enrobage en aluminium qui leur cachait leur pêché coupable, en attendant de reprendre du poil de la bête, mais…Tiens, en parlant de bête.
SBOURF !
Fit le Terre-Neuve en se catapultant sur Zabini tel un projectile lancé à la vitesse de la lumière ! Comme plus tôt près de la marre, Tom est venu se jeter aux pieds de Blaise pour mieux remuer la queue d'un air guilleret, en bon toutou qui rentre passer un moment privilégié avec son maître. Les étudiants se regardèrent d'abord, perplexes, jusqu'à ce qu'un grand coup de langue de Tom sur la main dégoulinante de miel du Serpentard provoqua un « eurêka » dans leur esprit.
-Je n'arrive pas à y croire….
-C'était pourtant tellement évident…
-Winny…
-Il aime le miel…
-Comme un ourson…
-Comment ai-je pu passer à côté ? C'était écrit sur sa truffe !
-Et regarde-le donc se délecter, là…
-Heureusement que je ne l'ai pas mangé Humphrey a dû tout emballer pour lui, en pensant qu'il mangerait aussitôt arrivé.
-Il aurait pu nous le dire !
-Ce fieffé gredin.
-Cette espèce de…de…
-De ?
-De Porcinet, tiens !
Hermione éclata de rire. Porcinet ! Le petit cochon tout rose, tout mignon et tout inoffensif pour qualifier Humphrey le grognon ?
-Mmh, tu as raison : c'est plutôt une espèce de Bourriquet.
Double éclat de rire, qui monte malgré la tension ambiante autour de ce groupe atypique. De la matrone à la robe mâchonnée au grand-père dont les lunettes sont couvertes de boue, ils savent bien maintenant qu'il faut passer par l'étape des doléances. Répartir avec le sourire, présenter des excuses polies pour le désordre occasionné…en profiter pour glaner quelques informations au passage pour leur devoir : on dirait que le contrat est bien rempli pour cette virée au grand air. Ne soyons toutefois pas étonné de les voir quitter l'hôtel peu de temps après, couverts de saleté, le pas un peu lourd, traînés pour ainsi dire par un certain Terre-Neuve qui attendait de retrouver la rue d'un pas bondissant.
Et…nous les avons assez fait souffrir : permettons-leur de rire encore sur le chemin du retour, où les attendra la maîtresse de maison avec une collation bien méritée. Une petite nouveauté cependant dans leurs échanges : si vous avez ce jour là croisés à Edinburgh deux jeunes gens hilares qui s'apostrophaient gaiement à coups de « Winny ? Winnyyyy ! » ou de « Oui Darling Bell ? », vous savez à qui vous aviez affaire, maintenant…
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Eté -7
Crux
-Non mais, à quoi est-ce que Perçy peut bien penser ? S'exclama Ron, effaré.
-Je trouve qu'il a plutôt bien saisi le fond de ta personnalité. Ils t'apporteront sans aucun doute un regain de prestance.
-Hein ?
-Et puis, on sait tous que tu aimes être à la pointe de la mo-…ouch !
Le cothurne avait volé à travers le dortoir que les deux amis partageaient, pour s'abattre avec assez de force sur l'épaule du Survivant, qui ne manqua pas une occasion de rendre la scène encore plus terrible en se jetant en arrière de manière exagérée.
-Tu en fais toute une tragédie grecque, ma parole ! Renchérit Harry.
Le Weasley ne pu s'empêcher de l'accompagner dans son rire, voyant bien tout ce que l'ensemble de la scène avait de décidément grotesque.
-Pourquoi faut-il toujours que Perçy soit un grand frère tellement attentionné, tellement pointilleux, et en même temps, toujours tellement…
-Vieux jeu ?
-Exactement. Tu me vois jouer les Prométhée devant un public du troisième âge ?
-Je trouve ça assez charitable d'essayer de sortir la Tante Muriel de sa misanthropie.
-Pour ça, même Molière ne peut rien…marmonna Ron, rangeant le costume dans le sachet duquel il l'avait tiré.
Cette réplique eut pour effet de relancer l'hilarité d'Harry Potter, qui tentait tant bien que mal d'enfiler sa robe de Quidditch.
-Hermione n'est pas encore rentré ? S'enquit-il tout en essayant de faire rentrer sa tête dans une manche.
-Pas que je sache, tu sais comment elle est quand il s'agit de ses devoirs…
-Tout de même, on va sur dix-huit heures…
-On verra après l'entraînement. Peut-être qu'elle en profite pour visiter une exposition, ou prendre un café en ville ?
Harry fit une moue, mais n'insista pas. Souaffle sous le bras, il suivit Ron dans les escaliers qui menaient du dortoir à la salle commune, qu'ils traversèrent non sans adresser quelques signes amicaux, avant de pénétrer le passage qui débouchait sur la porte dérobée sur laquelle était peinte le portrait d'une grosse dame, habillée de rose.
Et derrière cette peinture, il y avait quelqu'un qui les attendait.
-Ron, Harry !
Costaud, de magnifiques cheveux blond-cendré peignés à la perfection, Ernie MacMillan le Préfet des Poufsouffle se tenait bras croisés appuyé contre la balustrade qui leur faisait face.
-Salut Ernie, l'accueillit Harry avec bonhommie.
Mais l'expression grave, voire sombre qu'abhorrait le jeune homme montrait qu'il n'était visiblement pas venu les chercher pour échanger des plaisanteries.
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-Et donc, j'étais dans le dressing, à essayer cette paire de jeans que j'avais repéré au mall tout près du penthouseoù je loge, quand mon phone s'est mis à sonner. Figure-toi que c'était mon manager qui m'informait qu'à l'issue du call avec nos partenaires de London, il fallait réécrire notre étude marketing, parce que notre book en ligne n'a pas reçu suffisamment de likes, et donc nous allions devoir reprendre la stratégie from scratch...Eh bien, figure-toi que je suis retournée au bureau sans même acheter un seul vêtement!
-Oh gosh, quelle mésaventure! Se récria Gabriel, en sirotant sa boisson de son côté de la table. En tout cas je trouve que tu as beaucoup de courage, d'aller à la rencontre d'une autre culture comme ça...de t'immerger dans un autre univers; et puis l'anglais est so difficult à parler...
Son aînée soupira, ramena ses longs cheveux blonds en arrière dans un geste élégant.
-Je sais, Gabi, mais que veux-tu...il faut rester open à la différence et accueillir les challenges comme une opportunité pour grandir...Toi, dis-moi maintenant: ça se passe bien, ton bachelor of finance?
Gabrielle et Fleur Delacour. Le Franglais, c'est Fleûrk.
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