Nouveau chapitre, vous allez vite voir que la situation s'accélère énormément.
« La situation est revenue à un niveau normal. Nos services n'enregistrent plus aucune forme de Nécromancie dans les environs de Poudlard. »
Tel était le communiqué officiel du Ministère de la Magie. Une semaine était passée depuis l'assaut sur le Collège magique.
Une semaine entière. Car pendant ces sept jours et six nuits, le Ministère n'avait pas eu le temps de publier cette déclaration officielle. Les premiers temps il avait fallu gérer au plus près les conséquences matérielles et psychologiques de l'attaque. Dès lors que les parents furent mis au courant plus en détail des événements, les hiboux ne cessèrent d'affluer dans tous les sens.
Rarement l'institution vénérable avait été aussi insultée, trainée dans la boue. Devant ce danger terrible, tout le monde s'unissait sous la même bannière. Sang-pur extrémistes, Nés-moldus réformateurs, indécis…tous hurlaient à l'incompétence ministérielle. Leurs enfants, la chair de leur chair, attaqués par des Nécromanciens dans l'école, prétendument, la plus sécurisée au monde ?
Résultat, d'un bout à l'autre de l'Angleterre magique, les hiboux volaient à tire d'aile, sans discontinuer, suscitant parfois des murmures incrédules chez les Moldus.
Mais le Ministère était confronté à un autre problème. Personne ne savait vraiment comment tout cela s'était terminé. Car oui des Aurors avaient été sur place, et oui ils avaient pu observer que leurs assaillants étaient des cadavres réincarnés. Néanmoins, ces aurors étaient partis, laissant nombre des leurs sur le champ de bataille. Et depuis, plus aucune information tangible avant qu'un Hibou de Dumbledore informe officiellement de la fin des hostilités.
Le département de sûreté magique n'était pas très satisfait de cette issue. Plus embêtant encore, certains aurors avaient été tués puis réincarnés par le Nécromancien. Et personne n'avait de nouvelles de leurs corps qui avaient de toute évidence disparus. Inutile de dire que les familles de ces aurors n'étaient pas davantage heureuses de ce manque de transparence.
Aussi, pour ne rien simplifier, le cabinet du Ministre envoyait des messages de moins en moins subtils à l'intention du vieux directeur pour obtenir le fin mot de l'affaire. De fait, Dumbledore multipliait les aller-retour où il expliquait en des termes des plus diplomates qu'il ne savait pas lui-même les tenants et aboutissants et que, Merlin lui en était témoin, il supposait que l'ennemi avait disparu avec ses marionnettes.
Car la version officielle était celle-ci. Le Nécromancien avait péri. Et par sa mort, ses troupes s'étaient volatilisées. Personne ne sut que cette version était impossible puisque, étant Liche, ledit Nécromancien ne pouvait être tué au sens matériel du terme. Évidemment, aucun gigantesque chien fantôme n'était lié de quoi que ce soit à toute cette affaire.
Il y avait cependant un doute qui s'installait. Un doute lié à une disparition. Des disparitions en fait. Non pas des Aurors, mais d'autres membres du Ministère de la Magie, parfois très haut placés. Malefoy, Nott, Avery,…personne ne savait où ils étaient passés. Il n'y avait aucune nouvelle d'aucune sorte éclaircissant leur situation.
Il y avait une raison derrière tout ça. Mais, à ce stade des investigations, ce n'était pas la recherche la plus importante. Qui plus est, personne n'avait encore fait le lien entre criminels et marionnettes. Personne au ministère n'aurait pu envisager l'hypothèse que tous ces notables aient pu faire partie des assaillants de l'école. Cela aurait soulevé bien trop de questions gênantes.
Mais des questions gênantes, il y en avait déjà énormément.
Sous la pression médiatique, le Ministre de la Magie avait donné sa démission. Il avait été prestement remplacé par Millicent Bagnol, auto-proclamée l'apôtre de la vertu et de la transparence. Une recette des plus usitées en politique.
Le département des Mystères était prestement retourné à son anonymat avec une nouvelle question à élucider, celle de la disparition invraisemblable du chef Nécromancien.
Pendant ce temps le Département de la Justice avait largement progressé. Les auditions des aurors laissait entendre qu'un des professeurs avait été impliqué dans toute cette affaire. Son témoignage pouvait donc être déterminant. Aussi, un courrier à l'intention du professeur Balthazar D'Este fut envoyé séance tenante. Le susnommé était prié de se rendre dans les plus brefs délais devant les enquêteurs afin de répondre à quelque questions.
C'est ce hibou moyen duc qui vint s'échoir sur la table du petit déjeuner, tendant une patte pour délivrer sa missive. Assoiffé il but une gorgée dans le verre du destinataire, avant de s'écrouler, raide sur la table. Car le destinataire en question ne buvait pas d'eau mais du poison extrêmement concentré.
- Par la barbe de Merlin. Jura Balthazar avec une mine particulièrement choquée. Qu'est-il donc arrivé à ce malheureux animal ?
Sous le regard un peu perplexe de ses voisins de table, il entreprit d'ausculter son messager à plumes avec le plus grand professionnalisme.
- C'est le cœur. L'entendit-on marmonner dans sa barbe. Un hibou sans doute un peu trop vieux.
Tandis que les commentaires fusaient, personne n'avait remarqué que le poison du verre s'était changé en jus de citrouille, pas plus que le léger mouvement du doigt.
Lorsque la pauvre bête fut finalement emmenée hors de la Grande Salle, il ouvrit sa lettre avec un air nonchalant. La lecture ne lui tira aucune émotion. Il savait parfaitement de quoi il s'agissait rien qu'à la première phrase.
Son regard mauve se tourna alors instinctivement vers Harry qui déjeunait tranquillement avec ses camarades de Poufsouffle. Une étrange lueur y passa. Brève. Elle disparut une fraction de seconde plus tard.
- Soit. Conclut-il en se levant. Alors ne faisons pas attendre notre public. Le sort en est jeté.
S'excusant auprès de ses collègues, il acheva rapidement son bacon avant de se lever et de quitter la salle.
ooOoOoOoo
Aujourd'hui était la première visite à Pré-au-lard depuis une éternité. Le village, libéré de ces nuages lourds et oppressants, avait retrouvé toute sa vie. Les boutiques avaient rouvert et affichaient un chiffre d'affaire des plus honorables.
C'est là où se trouvaient ceux qu'on appelait « Maraudeurs ». Et réputation de farceurs oblige, ils y étaient venus sans passer par la grande porte.
Pour fêter ce retour du soleil, ils avaient même invité Harry Ignotus à venir avec eux. Celui-ci avait gentiment refusé.
Il avait envoyé une lettre à Hagrid pour venir boire le thé avec lui.
Arrivant en vue de la cabane, il rencontra Reaper, son sombral, actuellement en train de dévorer avidement une carcasse de vache.
- Salut, toi. Fit Harry en lui tapotant l'encolure. C'est incroyable comme tu as grandi.
L'animal avait maintenant sa taille adulte. Il le salua d'un hennissement appuyé avant de se diriger vers la forêt d'un petit trot. Harry le suivit machinalement, goûtant au calme du sous-bois. Tout était allé si vite au cours des derniers temps. Difficile à croire qu'il n'était à cette époque depuis quelques mois seulement.
Au bout d'un petit moment, cependant, le cheval squelettique s'ébroua avant de décoller, laissant l'adolescent un peu surpris.
C'est alors qu'elle apparut. Au milieu du parc. Sans aucun signe avant coureur. Comme si elle avait été là depuis le début, d'ailleurs peut-être était-ce le cas.
La Mort. Lugubre et glaciale. Si éloignée de toute chaleur humaine que les alentours se rafraichirent immédiatement.
Cette fois elle ne cherchait de toute évidence plus à prétendre se dissimuler, comme durant tous ces mois. De ses orbites vides elle le fixait avec son absence d'expression habituelle.
- Grande finalité. Cela faisait un moment. Engagea Harry avec une conviction qu'il était loin de ressentir.
Parce que ce n'était pas bon du tout qu'elle apparaisse comme ça, face à lui.
- Beaucoup trop longtemps, en effet. Répondit le Concept de sa voix sépulcrale. Mais vois-tu, jeune Harry, je commence légèrement à me lasser d'être patiente.
Harry avala sa salive tandis qu'une peur sans nom lui broyait l'estomac. Ces quelques mots anodins et prononcés calmement lui donnaient un très mauvais pressentiment.
- Que veux-tu dire ?
- Tu n'as pas rempli ta mission. Tu ne fais aucun effort en ce sens. Mais, cela je pourrais l'accepter, à la limite.
Elle s'interrompit avant de reprendre : « Ce que je n'accepte pas c'est la trahison, jeune Harry. Et tu m'as trahi. Tu as conspiré contre moi. »
Elle sait…
- C'est parfaitement faux ! S'écria-t-il cependant. A aucun moment je n'ai fait quoique ce soit de compromettant. J'ai juste fait de mon mieux pour survivre à toutes les horreurs que tu as provoquées !
- C'est donc ainsi que tu justifies tes actes ? Pour survivre ?
- N'est-ce pas ma signature, Déité mortifière ? Se moqua Harry décidé à profiter de l'occasion. Et puis parlons de mes actes, tiens. Je n'ai ressuscité personne. Je n'ai pas plus dévoilé mes pouvoirs à autrui qu'avant notre conversation précédente.
- Tu t'es allié avec un menteur et un traitre à la cause que tu prétends servir ! Rétorqua son interlocutrice soudain plus directe. Tu as tenté de te dissimuler à mon regard et tu m'as caché des éléments délibérément !
- Mais que m'importent vos querelles millénaires à moi ? S'enquit vertement l'adolescent. Est-ce que je n'ai pas suffisamment de soucis sans devoir arbitrer le conflit entre deux entités inhumaines ?
- Tu t'en es mêlé en rentrant dedans.
Harry sentit la colère monter en lui, surmontant presque la peur.
- Je m'en suis mêlé ? Pour commencer je ne m'en suis pas mêlé. C'est venu à moi sans que je le prémédite. Ensuite, je voulais des réponses honnêtes. Et pas des semi-vérités tournées mystiquement pour ne rien vouloir dire. Et pour finir, tu me parles de trahison, mais, bon sang, QUAND ALLAIS TU ME DIRE QUE TU M'AVAIS EFFACE LA MÉMOIRE ?
Sous la fureur qui le consumait, ses pouvoirs de faucheurs jaillirent autours de lui, puissants. Le froid s'accrut davantage. Lorsqu'il reprit la parole, sa voix était rauque et grave.
- Crois-tu que je l'ai oublié ça ? Que tu m'as laissé me corrompre par ces pouvoirs. Que tu m'as laissé utiliser le doloris sur un être vivant. Et que plutôt que de m'en empêcher, tu m'as arraché ces souvenirs pour que je ne me rebelle pas ! Voilà déjà une réponse que j'ai trouvée ! Qu'as-tu à répondre à ça, inhumaine monstruosité ? A quel endroit de notre entente est-il écrit que tu puisses agir de la sorte ?
Son visage blafard était crispé par la rage. Jamais il n'avait haussé la voix à ce point face à la Mort. Jamais il n'avait osé lui parler aussi familièrement. Il percevait le gouffre qui le séparait de son interlocutrice. Mais il s'en fichait. Il en avait assez de tous ces faux-semblants.
- Je raccroche. J'en ai assez. Mettons un terme à ce contrat stupide, puisque tu romps unilatéralement toutes les clauses là où moi je n'ai cessé de mener à bien ma mission. Mettons-y un terme. Je n'ai plus à rien perdre dans ce monde où mon futur n'a aucune existence. Arrêtons-là. Je ne tiens plus suffisamment à la vie pour m'accrocher à des espoirs futiles.
Et la Mort de répondre sur le même ton :
- Quel orgueil. Quelle ferveur dans les mots. Mais tu te trompes, comme toujours, jeune Harry. Quand on finit par ne plus craindre la Fin de toute chose, c'est de toute évidence qu'on a pas assez perdu. Tu as tout à perdre au contraire.
Harry eut un sourire triste avant de résorber tous ses pouvoirs. « Et que pourrais-je perdre ? Tous ces gens, toutes ces vies humaines ne sont rien que des illusions. Harry Potter n'y a pas sa place, il n'est pas censé y avoir vécu. Ma vie à moi elle était en 1995 avec mes amis. Et si le Destin avait suivi son cours, je serais en deuil d'avoir perdu mon parrain, mais je serais vivant. »
Il eut un geste blasé : « Cela aussi je l'ai appris, vois-tu. Par bribes. Ce fameux Livre que tu sais faire apparaître. Lui aussi le pouvait et connaissait mon futur. Alors, je t'avoue que je n'ai pas la force de tenter de créer un futur harmonieux quand un concept désincarné se met à modifier les règles du jeu et ressusciter des nécromanciens. Même Saul était choqué d'une pareille atrocité. Et je peux le comprendre. A quoi servaient toutes ces mises en garde sur le Chemin et la Trame si tu fais revenir les créatures que tu m'as appris à haïr viscéralement. Et tu m'accuses de trahison….
Chose déroutante, quoique guère inattendue, la créature spectrale face à lui n'afficha pas la moindre expression. Cela étant, il aurait fallu qu'elle ait un visage pour ce faire.
- Cela est curieux. Dit -elle cependant. Tu remets en question mes actes, mais tu pars du principe que les siens sont justes. Une douce ironie.
- Il n'a encore jamais essayé de me dissimuler la vérité, lui. Répliqua Harry d'une voix acérée. Ce doit sans doute être le premier en seize ans.
- Erreur. Tu te fourvoies complètement. Ce déroulement de l'histoire que tu mets en avant comporte des lacunes béantes. En premier lieu, tu as l'air de croire que j'ai essayé de te manipuler. Cela n'a aucune espèce de sens. Je n'ai nul besoin de te manipuler.
- Oh mais je connais plus d'une raison.. Réécrire ma vie qui « échappe au livre des morts » selon tes propres mots.
- Une réponse sans fondement. Sur quoi bases-tu cette certitude si ce n'est une explication parmi d'autres ? Ce serait une chose bien grossière que d'agir de la sorte. D'autant que tu méconnais de toute évidence le fonctionnement du Normanicon. Je n'invente pas les Destins d'un trait de plume, je les vois puis les écris. J'ose espérer que tu me crois capable de plus de décence.
- Décence ? Était-ce de la décence que de supprimer mes souvenirs ? Rugit Harry tandis que sa voix montait dans les aigus. Était-ce décent - il y avait tant d'aigreur dans ce simple mot qu'on aurait dit qu'il venait d'avaler un citron – de faire un tel caprice en recouvrant la Grande-Bretagne de Détraqueurs ?
- Bien évidemment qu'il fallait intervenir dans tes souvenirs. Répondit la Mort sans paraître se troubler par la seconde affirmation. T'apprendre cet acte dans ton état de surexcitation du 1er Novembre t'aurait fait plus de mal que de bien. J'attendais que tu prennes suffisamment de recul et d'expérience pour remettre cette action à sa juste dimension. Une dimension somme toute de moindre importance. Peux-tu réellement me le reprocher ?
Le jeune homme fit un pas en avant. La puanteur pestilentielle de son interlocutrice le saisit à la gorge. Il ne sembla pas s'en apercevoir, furieux comme il était.
- Tu me manipules. Cracha Harry. Tu m'utilises comme une simple marionnette sans te soucier de ce que je pense.
- Tout comme tu essayes de le faire en défendant ton point de vue pour que je te laisse agir en ton sens. Je suis la Mort, je suis au-delà des contingences de l'humanité et du temps. J'agis au mieux compte tenu des circonstances pour accomplir mon travail qui ne peut souffrir d'aucune espèce de retard. Je n'ai jamais cherché à dissimuler le fait que je donnais les ordres et que tu devais les accomplir. Et tu as signé en toute connaissance de cause, ce me semble.
- Dans ce cas qu'est-ce que toi tu me reproches concrètement ? Je n'ai finalement qu'essayé de comprendre et d'accomplir ma mission. Récemment encore j'ai affronté Jedusor, tu le sais. Et in fine, ce sont mes pouvoirs qui ont repoussé ces mangemorts et les ont jeté dans les limbes, le laissant seul et moins protégé.
- Tu abuses de ma patience en empruntant tous ces chemins détournés. Si je t'ai envoyé à cette époque c'est pour une effectivité maximale et non pour s'embourber dans des considérations triviales. Ces quelques succès que tu mentionnes ne sont pas de ton fait, notamment le dernier. Quant à cet affrontement, il fut brouillon et non-prémédité. J'appelle cela un échec ! Tu as toutes les cartes en main pour agir, mais tu t'obstines encore à trainer. Agis.
- Et c'est particulièrement ridicule. L'interrompit Harry. Ce Voldemort est beaucoup plus puissant que celui que j'ai connu. Son âme est déchirée mais certainement bien moins que celle de la créature qui a ressuscitée pendant le tournoi des Trois Sorciers. Si tu m'avais laissé à mon époque, et je sais parfaitement que tu aurais pu le faire, j'y serais parvenu.
- Je t'ai offert un aperçu d'une époque où tu avais bien moins de contraintes. Où tu avais plus de liberté puisque nul ne te connaissait. Étrange façon de me remercier, jeune Harry. De toute manière le garçon de la prophétie n'est pas celui que je recherchais.
Harry poussa un soupir exaspéré.
- Et bien nous y voilà alors…je ne vois la difficulté à retourner chez moi. Je n'ai plus d'horcruxe en moi. J'aurais pu régler la situation encore plus facilement qu'en me suicidant à 17 ans. Oui, ça aussi je l'ai su. Il n'en demeure pas moins que cette prophétie m'aurait donné les armes adéquates pour en venir à bout. Et un entourage que je n'ai pas besoin de passer 6 mois à convaincre de ma bonne fois. Et je te le répète, n'importe quel abruti aurait pu en venir à bout avec l'aide des pouvoirs de faucheur. Je suis Harry Potter, pas un justicier du temps ou je ne sais quelle autre absurdité. Un survivant certes, mais je préfère encore être manipulé par un vieil homme qui m'apprécie.
- Et une nouvelle fois tu te méprends. En effet, je t'accorde qu'un sorcier compétent pourrait probablement se mesurer à Tom Jedusor avec des pouvoirs de Faucheur. Cependant, tu ne prête pas attention à mes mots. Et c'est quelque chose que tu serais bien avisé de prendre en compte. J'ai dit qu'Harry Potter ne m'était pas indispensable par son destin encadré et déjà connu. Et je reste sur cette idée.
- Donc je suis inutile puisque je suis Harry Potter. Dans ce cas pourquoi me ressusciter ?
Les mots qui suivirent furent terribles et calmes. Si terribles qu'un souffle glacial sembla faire bruisser les arbres. Si calmes qu'on ne pouvait y déceler aucune émotion. « Mais qu'est-ce qui te laisse penser que tu es Harry Potter, en premier lieu ? »
Il y eut un silence effrayant pendant quelques secondes.
- Mais je suis Harry potter. Fit Harry en la regardant bizarrement. Enfin ça coule de source, non ? Je sais même pas comment je pourrais répondre à une question aussi improbable. C'est un test pour voir si je perds l'esprit ou je ne sais quoi d'autre ?
- Alors laisse-moi te le demander différemment…qu'est-ce qui te fait croire que tu es encore Harry Potter ?
- Parce que je suis devenu un Faucheur ? Parce que je m'appelle Harry Ignotus ? Mais ça ne change rien. Ma mentalité est la même, et mes convictions aussi. Harry Ignotus n'est qu'un rôle que j'endosse. C'étaient tes propres termes.
- Voyez-vous ça…il y a un abîme entre ce que tu penses être et ce que tu es. Car, le fait est qu'Harry Potter est mort. Mais tu sembles ne pas comprendre que son histoire s'arrête là. Tu n'as jamais été Harry Potter.
- Mais bien sûr que si ! Je sais qui je suis. Je me souviens de toute ma vie. Tu m'a ressucité précisément parce que je suis Harry Potter. Ce sont les premiers mots que tu m'as dis à mon arrivée. Si tu crois vraiment que ce genre de chose a la moindre influence sur moi, tu me sous-estime grandement.
- Alors tu acceptes l'idée que je puisse t'enlever des souvenirs sans même envisager que je puisse en rajouter ? Fit-elle de sa voix sans âme.
- C'est impossible. J'ai vécu plus de quinze années et je me souviens de chaque moment important. Ce sont mes souvenirs !
Le désespoir commençait à poindre, lentement, insidieusement. Où menait cette conversation ?
- Et que sont quinze années par rapport à l'infinité ? Es-tu à ce point prétentieux que tu considères une décennie et demie comme autre chose qu'une durée dérisoire face à l'Univers ? Pour le coup, jeune Harry, il semble que ce soit toi qui te surestimes grandement.
- Je ne peux être personne d'autre qu'Harry Potter. S'obstina Harry. Chaque parcelle de ma peau, de mes yeux, de mon cœur est Harry Potter. La seule différence qu'on pourrait m'opposer c'est l'absence de l'Horcruxe dans ma cicatrice et des pouvoirs de Faucheur.
Et la réponse fut telle une lame en plein cœur.
- Harry Potter a franchi l'arcade, mais il n'en est pas mort. Car il ne pouvait pas mourir d'une autre main que celle de Tom Jedusor. Il est bien arrivé dans les Limbes où je l'ai accueilli. Mais son parcours s'est arrêté à l'instant où j'ai posé la main sur son crâne pour en arracher l'horcruxe. A cet instant, tu dois penser avoir perdu connaissance. Mais Harry Potter est retourné vers le monde des vivants. Et toi, tu es apparu. Toi, une simple empreinte spirituelle d'Harry Potter, possédant ses souvenirs et ses capacités, mais pas son être profond. Un simple reflet de tout ce qu'il a pu être.
Avoir le pouvoir de changer aussi facilement d'apparence aurait du te faire douter. Pensais-tu que c'était purement anodin d'avoir une telle facilité à te transformer ? Et de même pour le bras que j'ai fait repousser en une poignée de secondes lorsque tu avais été mordu par un Loup-Garou. Et cela ne t'a même pas interpelé que ça puisse être si banal, même pour un Revenant ?
Tu n'as emprunté l'apparence d'Harry Potter que par habitude. Mais tu n'as aucune forme ! Tu n'es pas plus réel que les illusions que tu m'accuses d'avoir créé autours de toi.
Harry retomba au sol, broyé par la douleur. Détruit par l'infime possibilité que ce soit vrai.
- Ce n'est…pas possible.
Cela ne pouvait pas être possible. Envisager une telle possibilité serait admettre que ces quelques mois n'avaient aucune existence. Et que lui-même n'était rien qu'une masse de souvenirs agglomérés.
- Tu penses être Harry Potter car tu as le sentiment d'avoir vécu sa vie. Mais tu ne peux pas l'être. Car tu n'as pas connu son cheminement complet. Harry Potter a subi le deuil de plusieurs êtres proches, et ce dès le jour même de cet affrontement dans le Département des Mystères. Et c'est seulement là qu'il est devenu conscient du véritable fardeau de sa destinée et capable de véritablement mettre sa vie en balance. Un Harry Potter mort à presque 16 ans ne peut pas être Harry Potter.
Tu m'as demandé il y a quelques semaines pourquoi je ne te l'avais pas laissé mourir. Mais c'est parfaitement évident. Pour mourir il aurait fallu que tu sois vivant.
Chaque mot était un coup de boutoir. Comme si un Troll le martelait de ses poings. Il n'était même plus conscient de son environnement. Même plus conscient que la journée déclinait petit à petit. Tout cela n'avait aucune importance tant cette réalité perdait tout sens.
- Si cela était vrai, comment j'ai pu vivre, interagir avec des proches, ressentir des sentiments et découvrir les personnalités de mon entourage ? Il y a des choses que je n'aurais pas pu inventer.
- Tes souvenirs et une forte empathie. C'était largement suffisant. Toutes les choses que tu aurais pu ignorer tu les as apprises des seules personnes qui connaissaient le futur et le passé.
- Mais mon entourage, Lily, James, Dan et Clara….ils m'ont parlé, perçu, touché. Lily m'a aimé parce que j'étais Harry et qu'elle le ressentait au fond d'elle-même ! Si je n'étais pas Harry, si j'étais un simple reflet, une âme, ils n'auraient pas pu faire tout ça. Ils ont un souvenir de moi.
- Mais ton corps est humain et donc perceptible avec des sens humains. Tu avais suffisamment d'Harry Potter pour pouvoir interagir avec autrui. Et suffisamment de pouvoirs de Faucheurs pour te faire apprécier de Lily Evans. Pensais-tu vraiment que c'était réel alors que tu sais parfaitement depuis des semaines qu'un Faucheur peut modifier le ressenti des autres à son égard ? Elle ne t'a jamais apprécié, jeune Harry. Par tes pouvoirs tu lui as fait ressentir ce sentiment de maternité sans qu'elle en comprenne la raison. Quant aux enfants, ce n'est pas qu'ils te voyaient, c'est que tu leur a fait voir ce qu'il y avait à voir.
Après tout, comment deux horcruxes pourraient-ils ne pas voir leur âme d'origine ?
Chaque fois qu'il pensait avoir affronté le pire, le destin se chargeait de le corriger. Quand cela allait-il finir ?
- Quoi ? Quels Horcruxes ? De quoi parles-tu ?
Mais il le savait. Au fond de lui-même, dans son cœur en lambeaux, la vérité était là. Sombre clarté qui pulsait tel un parasite. Et en parlant de parasite….
- Ce soir là d'Halloween, jeune Harry, tu ne les as pas ressuscités. Tu ne les as pas davantage empêchés de mourir. Tu leur as donné une part de ton âme. Tu les as raccrochés à la vie par ta simple existence.
- Je ne te crois pas. CE N'EST PAS POSSIBLE ! Hurla Harry les yeux ravagés de larmes.
Quand il avait appris, ou plutôt cru, qu'il avait ressuscités deux enfants, il avait ressenti une peur primaire. Lorsque plus tard il avait simultanément entendu de Saul qu'il avait lancé le Doloris, qu'il s'était fait dominer par son propre pouvoir, le désespoir l'avait atteint.
Mais là….ça surpassait les limites du désespoir. En quelques minutes il avait perdu son identité, et voilà que tout ce à quoi il s'était raccroché dans sa lutte contre les Ténèbres venait d'être soufflé.
Des Horcruxes. Le crime ultime. Le blasphème majeur. La dénaturation de toute la Trame. Et surtout, surtout, l'origine de sa propre mission contre Voldemort.
- Et pourtant. Depuis cette date tu perds peu à peu la raison. Depuis ce jour, tes émotions sont hors de contrôle et tu peines de plus en plus à entrevoir qui tu es. Tu as ce besoin impulsif de rester à leur côté et leur départ t'a jeté complètement à terre. Ton âme déjà très fortement édulcorée a perdu encore de sa substance en la divisant ainsi. Ce n'est qu'après les avoir sauvé, qu'après t'être mutilé, que tu es entré dans une colère noire et que tu as déchaîné tes pouvoirs. Uniquement après. Harry Potter n'aurait jamais perdu son contrôle à ce point. Non je devrais dire….il ne l'a jamais perdu en 114 ans de vie.
- Tu ne m'aurais jamais laissé faire ça. Tu détestes les horcruxes. Tu m'as envoyé justement parce que tu détestes les horcruxes.
- C'est exact. Néanmoins, je n'aurais eu aucune difficulté à y mettre un terme du fait de la nature de cette âme. Ton âme, qui est mienne en totalité. Et surtout il y avait l'altruisme qui se cachait derrière cet acte, contrairement à la création des horcruxes classiques purement individualiste. Cela m'a rappelé le vrai Harry qui, au crépuscule de sa vie, m'a regardé sereinement et avec aucune espèce d'égoïsme. A ce moment là, tu avais surclassé mes plus grands espoirs.
- Pourquoi parler de ma vieillesse alors que je naîtrais dans 4 ans. Ça n'a aucun sens.
- Peu importe. Je suis atemporelle. Je suis simultanément avant pendant et après. Le concept de découpage du Temps n'a aucune espèce d'importance à mon niveau. Ce livre que tu mentionnais n'est pas magique par lui-même. Il l'est parce que j'en écris chaque lettre à tout instant. Il l'est parce que j'ai précédé chaque vie, que je l'ai vu croitre puis dépérir.
Et c'est une nouvelle raison qui fait que tu n'es pas Harry. Tu t'en es trop éloigné et ne lui arrive plus à la cheville désormais. Tu n'es rien qu'une entité composée de morceaux d'âmes et de souvenirs. Une simple entité que seul mon pouvoir rend possible. La boisson infecte que tu as bue le premier jour n'avait que pour unique but de lier cet agglomérat de souvenirs en un seul tenant.
Plus rien n'avait de sens.
- Saul….tu avais tort de m'encourager à rester moi-même. Tort de croire en moi. Je ne suis plus rien. Je n'ai même pas pu faire ce qui était juste….
Et l'estocade finale, violente et sans pitié.
- Il était parfaitement au courant de ta nature, Jeune Harry. Tout ce que tu as pu entendre de lui c'était sous le prisme de cette connaissance. A aucun moment il n'aurait pu douter. Et pour une raison plus qu'évidente….nous sommes tous deux les faces d'une même entité. Ne t'es-tu jamais demandé comment il était possible qu'il puisse invoquer mon livre ?
N'as-tu jamais trouvé étrange qu'il puisse s'échapper des Limbes, appeler mon sinistros alors même qu'il devrait prétendument faire profil bas ? Et ce sentiment paternaliste, d'où crois-tu qu'il provienne si ce n'est de mon affection pour Harry Potter ? Ses pouvoirs ce sont les miens. Depuis toujours.
Elle fit un geste de la main et une douleur atroce vrilla la tête d'Harry. Bien
- Cela étant dit, notre conversation touche à sa fin, jeune Harry. Il est temps que tout redevienne comme il faut. Et comme je suis une Entité très ouverte, je vais accéder à ton souhait et accepter ta démission. Tu vois, mon petit Harry, mon enfant damné, je t'avais dit que tu avais tout à perdre il y a quelques minutes. Tu aurais du m'écouter.
Une épaisse fumée noire jaillit du corps du jeune homme avant d'être absorbé par la main macabre.
Le corps retomba au sol, désormais dépourvu de la moindre étincelle de vie.
- Bienvenu dans les Limbes, âme déchue.
