2006年04月.
Foutu mois, qui annonçait que la tournée de Hyde avait commencée. Les dates avaient été légèrement avancées. Je tentais de faire bonne figure, mais je l'avais mauvaise. Jamais une tournée n'avait duré aussi longtemps, si je faisais abstraction de l'année qu'il avait passé en Angleterre pour l'enregistrement de "ROENTGEN". Là aussi, j'avais maudit la date de son départ. Mis à part qu'à cette époque, je n'avais pas touché à ce qui est considéré comme interdit. La visite que j'eus, deux semaines plus tôt, ne fut pas pour arranger mon moral, déjà plutôt bas.
J'étais au studio de tatouages, comme toujours, consultant ma montre toutes les dix minutes, guettant l'arrivée de Masauji qui m'avait appelée quelques jours plus tôt pour me dire que ses parents se portaient bien, et qu'il voulait revenir travailler. Malheureusement, à quatorze heures, ce n'est pas lui que je vis franchir la porte. Les nerfs me prirent, mais je tentais de ne rien laisser paraître. Kami dut sentir que je n'étais pas bien, car il vint s'assoir près de moi, derrière le comptoir.
- Salut, Annouck.
- Bonjour.
C'est une Laura couverte comme un Esquimau qui arriva, les mâchoires tremblantes. Je ne lui proposai même pas un café ou un chocolat : il y avait un snack à côté, elle n'avait qu'à s'y rendre. Elle me demanda si elle me dérangeait. Je haussai les épaules, avec un air de m'en foutre royalement, avant de lui demander ce qu'elle voulait encore... Laura s'approcha, puis posa ses mains gantées sur la paroi de verre qui faisait aussi présentoir pour les piercings.
- En fait, j'ai vu une affiche en ville comme quoi ton père va en tournée...
- Merci, je suis au courant. Mais la tournée a commencé hier.
- Ah oui ? continua Laura. J'aurais voulu savoir..., elle va durer longtemps ?
- Quelques mois. Pourquoi ? Tu comptes aller le voir ?
L'image de cette femme au beau milieu d'un troupeau de fans HYDEIST faillit me faire éclater de rire. Je me mordis l'intérieur de la joue, pour ne pas céder.
- Non, en fait, c'est toi que j'aimerais voir. J'ai à te parler avant de retourner en France.
- Sans déconner, tu t'en vas ?
- Oui.
Je poussai un soupir, et m'installai sur la chaise près de moi. Kami se dressa sur ses pattes arrières, posant ses antérieures sur mes jambes. Je lui flattai la tête, lui disant que j'allais bien. Mon chien ne changea pas de place pour autant. Je demandai à Laura la raison pour laquelle elle voulait me parler.
- Ca concerne ton père, toi et moi, tu t'en doutes...
- Un peu, oui. C'était juste pour avoir une confirmation. C'est tout ?
Un malaise vint s'installer. Laura devait penser que j'allais oublier, ou du moins mettre de côté, ce qu'elle nous avait fait subir. Et puis quoi encore ? Ma pseudo-mère marqua une pause, avant de me dire qu'elle allait se retirer, sous prétexte qu'elle devait appeler son mari. Je convertis rapidement l'heure, et conclus qu'il était 5h du matin en France. Matinal, celui-là, à l'inverse de mon père qui ne sortait pas du lit avant 13h.
- Ben, à plus tard, alors. On peut se voir quand, au fait ?
- Euh... Ce soir, Papa a un concert pour les HYDEIST... Rien pendant quatre jours, et une nouvelle représentation le sept...
Et là, terminai-je pour moi-même, je le verrai plus avant un bail.
- ... Et il part aussi aux USA en juin, continuai-je. Mais je pense que tu vas rentrer plus tôt en France..., non ? Parce que si t'attends deux mois pour me parler, ça risque d'être un peu long.
La vérité était que je voulais qu'elle gicle au plus vite, et qu'elle nous oublie. La Française qu'elle était marqua une pause de plus, avant de me répondre qu'en effet, elle n'attendrait pas jusque là. Encore heureux !
- Bon, continua-t-elle, à son tour, je t'appellerai aux alentours du six ou sept, ça te va ?
- Mouais... J'ai pas trop le choix, en même temps.
Laura se gratta la gorge, l'air plus que gênée, puis se décida à partir. Passé la porte, je la vis remonter le col de sa doudoune et rajuster ses gants noirs, pour enfin disparaître de ma vue. Malgré le fait d'être soulagée qu'elle se décide enfin à partir, je ne pouvais m'empêcher d'être quelque peu stressée. Que me voulait-elle encore ? L'arrivée de Masauji me fit sortir de mes réflexions, et je n'en étais pas mécontente, bien au contraire. Par contre, lui parut étonné de voir un chien au studio. Quant à Kami, il été plutôt surpris de voir un bipède de plus, inconnu à son bataillon. Je fis rapidement les présentations, et expliquai à mon chef d'où venait l'épagneul. Masauji alla poser ses affaires dans la pièce qui faisait office de cuisine, et revint vers nous.
- Annouck, tu es consciente qu'il ne va plus pouvoir venir ?
- Ouais, je sais. Mes grands-parents sont d'accord pour le garder au pub, avec eux, quand je viendrai bosser.
- D'accord. Tout c'est bien passé, sinon ?
Je lui rapportai ce qui c'était passé, les après-midis classiques, quelques clients un peu pesants - mais ça, ce n'était pas une nouveauté, c'était partout pareil. Heureusement que la plupart des gens qui venaient avaient l'habitude, et que ça se passait bien. Tandis que Masauji rangeait ses affaires, je lui appris que je m'étais permise de racheter du matériel pour tatouer.
- Tu as bien fait. T'as pris dans la caisse, au moins ?
- Si je te réponds, tu vas m'engueuler.
- Ca veut dire non, ne ?
J'étais toujours calée sur la chaise, et fit la même bouille que les gosses qui ont fait une bêtise. Mon chef s'approcha, et reposa sa question.
- J'ai pris sur moi. Mais t'en fais pas, ça a pas fait une fortune, non plus, précisai-je, en voyant qu'il allait me dire que je n'aurais pas dû. Il fallait juste des faisceaux ronds de trois aiguilles, des buses stériles, et de l'encre noir. La bouteille qu'on avait été périmée. J'ai aussi repris de l'émollient antiseptique, parce qu'on en avait pas assez. C'est tout. Mais il faudra penser à remplacer l'encre couleur avant que ça tourne.
- Bien, patron, plaisanta Masauji. Et tu as commandé ça où ?
- En France. Par contre, j'ai pris dans la caisse pour les frais de port. Ca t'embête pas ?
- Va te recoucher. T'aurais pu payer le tout avec, au lieu de prendre de ta poche.
- Ce qui est fait est fait. Bon, et toi ?
Mausauji me rapporta à son tour son séjour forcé au Brésil, et le fait qu'il craignait pour l'avenir de sa famille. Je craignais pour l'avenir de la mienne, du fait que je ne savais pas à quoi m'attendre avec Laura.
