Close Surveillance


Depuis le district de Stohess, ils mirent une journée et demie pour atteindre le quartier général de la Garnison. Située dans les terres, cette arrière-garde servait d'intermédiaire aux postes de surveillance du secteur sud-est. Elle les réapprovisionnait notamment tous les quinze jours et les raccordaient à l'eau courante.

Ils y firent une halte pour qu'Hanji puisse s'occuper des formalités administratives. L'équipe accueillit ce répit avec soulagement. À l'abri des regards, Eren en profita pour avaler son en-cas ; le morceau de carne avait perdu de sa fraîcheur, mais suffit à le requinquer.

Son appétit pressant ne s'était pas manifesté depuis sa fringale autophage, bien que parfois, la proximité avec ses pairs et les chevaux tourmentait vicieusement ses appétences. Pourtant, Eren était moins anxieux qu'auparavant. Il avait compris que, tant que son corps n'était pas éprouvé par la famine ou la maladie, les risques qu'il sombre dans une nouvelle folie barbare étaient minimes. Cependant, ses sens exacerbés et sa faim pérenne éprouvaient constamment sa patience.

Très vite, ils se remirent en route et longèrent la forêt de Karanes en direction du sud-ouest. En fin d'après-midi, le poste fut en vue ; le bâtiment en forme de U, aménagé d'un seul bloc, faisait face au Mur Rose. Il était conçu pour accueillir une trentaine d'hommes, bien que les pelotons de la Garnison atteignent rarement la vingtaine. Pour leur petit groupe de huit, ces quartiers semblaient bien spacieux.

L'aile Est réunissait les quartiers résidentiels avec l'infirmerie, les cuisines et le réfectoire au rez-de-chaussée, les dortoirs communs pour les soldats et les chambres privatives pour les gradés à l'étage. Le bâtiment central comprenait les locaux administratifs et logistiques ; les cachots y étaient aménagés en sous-sol. Enfin, les écuries occupaient l'aile Ouest. Après des mois d'abandon, les locaux sentaient le renfermé et les pièces étaient voilés d'une couche de poussière collante.

À peine eussent-ils posés un pied à terre que Levi dispensait ses ordres. Bien qu'éreintés, les recrues obtempérèrent promptement et bientôt, une nouvelle effervescence anima les lieux. Conny et Sasha furent de corvée de cuisine tandis que les autres s'attelèrent aux nettoyages de la salle d'eau et des dortoirs. Après avoir soigné les chevaux, Hanji et Levi entreprirent de s'occuper de leur propre chambre.

« Jäger, l'interpella le brun depuis l'entrée des dortoirs des garçons. Laisse cette paillasse : tu ne dors pas ici. »

Sous le regard désolé d'Armin et l'air narquois de Jean, Eren, résigné, attrapa son paquetage et emboîta le pas à son supérieur. Il le guida dans le couloir voisin occupé par les chambres des gradés.

« Tes quartiers », lâcha Levi avec ironie en ouvrant une porte.

Assez spacieuse pour une personne, la pièce comportait un large lit, une table de chevet, une grande penderie et un bureau. Les sanitaires attenants comprenaient non pas une douche comme la salle d'eau commune, mais une baignoire sur pied. Lorsqu'il posa son paquetage sur le lit, il fut même surpris d'y trouver un vrai matelas en mousse à la place de l'habituelle paillasse rembourrée aux foins. Eren était bouche bée : autant de confort représentait un luxe inédit à ses yeux.

« Ta chambre est entre la mienne et celle d'Hanji, reprit Levi. Tu dois obligatoirement t'y trouver le soir à partir de 20 heures, c'est clair ? Comme d'habitude, on t'enfermera pour la nuit. »

Toujours ébahis, Eren hocha vaguement la tête. Levi lui expliqua qu'il aurait été moins pratique pour eux d'organiser une surveillance rapprochée depuis les geôles de l'aile adjacente. En outre, il voulait l'avoir sous la main à tout instant. Eren ne sut comment interpréter cette dernière remarque, mais n'osa pas interroger son supérieur.

« Je te préviens gamin, commença le caporal avec un regard menaçant, à la moindre incartade, je te recolle au mitard pour le restant du séjour, compris ? »

Eren hocha vigoureusement la tête. Levi s'apprêtait à s'en retourner, mais avisa une dernière fois :

« Tu remarqueras vite qu'ici, les murs sont aussi fins que du papier, commença-t-il avec une expression énigmatique. Ce qui est particulièrement utile dans le cadre de ta surveillance, mais peu aussi vite devenir gênant, si tu vois ce que je veux dire. »

Devant son air confus, Levi leva les yeux au ciel. Eren vira à l'écarlate lorsqu'il lui asséna d'un ton sarcastique :

« Évite de te branler trop fort, gamin. »