La chaleur et surtout la fumée, rentraient à travers les fissures et les bas de porte des vestiaires. Dean s'était accroupi à coté de Méline pour pouvoir la calmer et rester plus prés du sol sachant pertinemment que la nuée se dirigerait vers le plafond.
- « Ecoute Méline, on va discuter tous les eux, comme ça tu ne penseras plus à ta peur du feu, d'accord ? » Lança Dean, un sourire charmeur sur le visage, essayant désespérément de dédramatiser la situation.
La jeune fille fit un mouvement positif de la tête mais l'aîné des Winchester savait que l'adolescente était vraiment au plus mal.
- « Bon alors, dis moi, on dirait que tu t'entends bien avec ton frère… ? » Fit Dean qui n'avait trouvé que ce sujet de conversation.
- « Oui, la mort de notre mère nous a rapproché. » Répondit Méline qui essayait de se contenir. « Elle est morte dans un accident de voiture…on s'est retrouvé coincé dans l'habitacle et le feu s'est déclaré. C'est Thomas qui m'a sorti de la voiture mais on a rien pu faire pour maman… » Continua la jeune fille en sanglotant.
- « Oui c'est sûr, c'est le genre de situations qui rapprochent les gens… » Lança Dean en regardant ses chaussures, sachant très bien ce que pouvait ressentir l'adolescente puisqu'il avait, en quelque sorte, vécu le même style d'histoire avec Sam. « C'est de là que vient ta phobie du feu, n'est ce pas? »
La jeune fille acquiesça et baissa la tête, comme si elle avait honte de sa peur.
- « Mais notre père s'occupe bien de nous… c'est le shérif de la ville, vous savez ! Vous l'avez peut être rencontré ?
- Heu, oui ! » Affirma l'aîné des Winchester en ce retournant pour ne pas faire voir sa mine désolée incrustée sur son visage, sachant que le shérif en question se trouvait dans la rue, coupé en deux par le panneau de bienvenue de leur lycée. « Heu, dis moi, on peut voir le bâtiment où se sont réfugié les garçons d'ici ? » Fit-il pour changer au plus vite de conversation.
- « Oui, je crois. C'est le bâtiment le plus haut… et le plus moche du bahut, il est à environ cinquante mètres dans cette direction » Répondit Méline en pointant du doigt la porte à sa gauche, tout en commençant à toussoter.
Dean qui avait commencé à se rapprocher de la porte, se retourna en entendant Méline qui avait du mal à reprendre sa respiration.
- « Qu'est ce que t'as, la fumée te dérange ? » Demanda t'il en regardant la jeune fille au fond des yeux.
- « Non, c'est pas ça. Comme si … je sais pas trop, c'est comme si quelque chose me brûlait à l'intérieur.
- Ta fièvre a du remonter, tu dois te détendre…
- Non, c'est pas la fièvre…c'est autre chose…. j'ai mal ! » Cria l'adolescente en toussant de plus belle.
Dean retenait la jeune fille qui toussait de plus en plus. Du sang commençait à s'écouler de sa bouche et de son nez tellement elle crachait ses poumons.
- « Nom de Dieu, qu'est ce que t'as ? » Criait Dean en la supportant par les épaules.
- « je brûle !
- Quoi ? Mais de quoi tu parles, le feu n'est pas entré dans la pièce, c'est pas possi…
- Je brûle… de l'intérieur !!! »
Dean n'attendit pas une seconde de plus, il alluma toutes les douches du vestiaire et déposa le plus vite possible Méline sous l'eau froide. Cette dernière se tordait de douleur. De la fumée, accompagnée de sang, sortait de sa bouche à chaque toux qu'elle produisait.
Les rires sadiques se mirent à retentir de nouveaux dans les vestiges du gymnase. Dean tourna la tête, tout en soutenant l'adolescente, pour savoir où les sorcières se trouvaient, mais il n'y avait aucune trace d'elles si ce n'est cet écho de cris juvéniles macabres tout autour d'eux.
Après un bref coup d'œil circulaire dans leur petite pièce, il se retourna vers Méline, qui, étrangement, ne se débattait plus. Ses yeux étaient grand ouverts, rougis pas le stress et la peur, mais ils n'affichaient plus aucune expression, plus aucune lumière, leur couleur terne ne reflétait plus rien. Dean secoua légèrement le corps encore brûlant de la jeune fille même s'il savait que le filet de sang coulant de sa bouche, contrastant avec son teint pâle, blafard, n'était en fait que l'annonce funeste que la vie avait abandonné son corps fragile, délicat et dérisoire.
L'aîné des Winchester se laissa tomber, assis, le corps de Méline toujours appuyer sur son torse, l'eau froide coulant sur son visage meurtri et fatigué. Il n'avait pas réussi à la sauver, il avait été impuissant, inefficace, incompétent. Elle n'était âgée que de 15 ans et avait pourtant vécu les pires horreurs et avait souffert atrocement sans qu'il n'y puisse faire quoi que ce soit.
Dean sera les dents, la colère l'envahit, la rage avait pris la place à la tristesse et aux remords. Sa priorité : renvoyer ses deux sorcières en enfer avant qu'elles s'en prennent aux deux autres adolescents et surtout à son petit frère.
Il se releva, posa délicatement le corps de la jeune adolescente sur le sol et se dirigea d'un pas ferme vers la porte de sortie du vestiaire. Lorsqu'il l'ouvrit, les flammes avaient totalement disparu pour laisser une place entièrement déserte. Droit devant lui, un bâtiment gris trônait sur tout le lycée partiellement détruit, le fameux bloc de béton qui devait abriter Sammy, Cameron et le frère de Méline, Thomas.
Il avança donc, d'un pas décidé en direction de ce labo de chimie, il fixait les fenêtres du deuxième étage à la recherche se son frère, probablement quelque part dans l'une de ces multiples salles.
Il s'arrêta net en voyant deux silhouettes, fines, féminines dans l'une des pièces au premier étage. Sa vue n'était pas très clair en vue de la distance qui le séparait du bâtiment mais il pouvait apercevoir l'une d'entres elles levait les bras vers le ciel et juste derrière quelques chose qui pendait au plafond, quelque chose qui ressemblait fortement à un homme. Sammy.
Sam sentit le parquet se dérobait sous ses pieds, et en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, il traversa le plancher en bois comme s'il ne s'agissait que de verre brisé.
Il se retrouva suspendu dans le vide, ses mains se cramponnant désespérément aux lattes de bois qui n'avaient pas cédées. Accroché à son pied, Thomas se balançait férocement de peur de tomber quelques mètres plus bas.
- « Thomas, arrête de te balancer, je vais pas pouvoir tenir longtemps…. » Cria le cadet des Winchester qui transpirait de douleur et de fièvre.
- « Je veux pas tomber, je veux pas mourir… ! » Pleurait le jeune adolescent qui s'agrippait à la cheville de Sam.
- Calme toi et dit moi si tu vois à combien on est du sol?
- Je sais pas, peut être 10 mètres, peut être plus…le plancher de la salle en dessous est totalement détruit aussi, comment c'est possible ?! Mon Dieu, j'arrive à peine à voir le béton du rez-de-chaussée tellement on est haut ! » S'enquit le jeune homme totalement impuissant face à cette situation.
- « Putain pourquoi ils font des salles aussi élevées aussi… ? Marmonnait Sam à lui-même qui sentait sa blessure à l'abdomen se déchirer un peu plus à chaque seconde. « Cameron… un peu d'aide serait la bienvenue…
- Je… je peux pas ! » Répondit l'intéressé qui s'était recroquevillé dans un coin de la pièce totalement terrorisé.
- « Quoi ? bien sur que si tu peux, aide nous à remonter » Cria Sam qui sentait le peu de force qui lui restait s'amoindrir rapidement.
- « J'ai…j'ai peur du vide… je peux pas à bouger !
- Et merde, il manquait plus que ça… » bougonna Sam entre ses dents tout en sentant ses doigts qui commençaient à glisser par la sueur sur le plancher. « Bon, Thomas ?
- Quoi ?
- Tu vas essayer de remonter doucement en te hissant contre ma jambe… tu as bien compris ?
- Non, j'ai peur de glisser…
- Ecoute moi bien, on a pas trente six mille solutions, la seule façon de t'en sortir c'est de me grimper dessus et je t'aiderais à remonter sur le plancher…Aller, tu vas y arriver, c'est comme grimper à la corde, je suis sur que tu adores faire ça ?
- Non, j'aime pas le sport et j'ai toujours zéro en montée de corde…
- Oui, ben tu vas prouver cette fois que t'es un vrai champion dans cette discipline… »
L'adolescent commença alors à gesticuler pour atteindre le genou de Sam. Ce dernier grimaçait de douleur devant le poids et les vibrations qu'il devait supporter. Sa fièvre le tiraillait, ses doigts ripaient de plus en plus. Il essaya de trouver une prise plus sûr mais il n'y avait rien d'autre à porter d'ongles que du parquer glissant et poussiéreux. Il ne pouvait rien faire d'autre qu'attendre, tenir le coup en silence. Il fermait les yeux pour se concentrer, sentant Thomas s'agrippait à sa chemise déchirée, il serrait les dents pour ne pas lâcher prise. Les gouttes de sueur dégoulinaient maintenant allègrement sur son front et du sang gouttait abondamment de son bandage.
Thomas arriva à hauteur de taille de Sam et prit enfin appuis sur le pied de ce dernier pour le faire remonter de trois quarts vers le plancher. L'adolescent frôlait maintenant le parquet du bout des doigts.
En quelques secondes, le jeune homme lâcha le faux agent fédéral pour s'accrocher de lui-même aux bouts de bois cassés.
Le cadet des Winchester souffla devant l'allègement de poids. Il relâcha une main pour aider le jeune garçon à passer une jambe sur le parquet. Chose faite, Thomas ramena son deuxième pied et s'allongea directement sur le dos pour expulser toute l'air qu'il avait emmagasiné dans ses poumons. Des larmes de rémission se mirent à couler sur ses joues rosies par la peur et la fièvre.
Sam, quant à lui, était toujours suspendu dans le vide. Malgré le poids de Thomas en moins à supporter, sa force l'abandonnait et le soulagement se transforma vite en manque d'énergie et de puissance physique. Il essaya de se relever par la simple force de ses bras mais sa concentration fut vite mise à néant lorsque des rires stridents vinrent engloutirent tout le bâtiment.
Le cadet des Winchester pouvait sentir une présence juste au dessous de lui qui le fit frissonner.
Les deux jeunes filles se tenaient prés de la fenêtre du premier étage sur une parcelle de plancher qui ne s'était pas effondrée. Elles étaient cotes à cotes, toutes deux affichant un rictus juvénile, sadique, macabre.
Elles tournèrent leur tête d'un même mouvement, sans bouger le moindre muscle de leur corps élancé, comme si leur cou n'était qu'un pivot de bois, se regardèrent d'un œil complice et pendant que l'une se remit à rire de plus belle, l'autre leva les mains au ciel invoquant une nouvelle malédiction.
En quelques secondes, un bourdonnement sourd, se rapprochant de plus en plus, vint accentué l'atmosphère pétrifiant et cauchemardesque du bâtiment des sciences.
