Pairing _ Drago Malefoy & Hermione Granger. O.C. & O.C. multiples...

Genre _ Romance/Famille/Suspens.

Rating _ M. -Oui, direct cette fois... On ne va pas se voiler la face.

Disclaimer _ L'Univers & les Personnages Adultes appartiennent à JK Rowling. Je ne prends en compte ni le tome 7 (l'épilogue) ni les dernières informations données par l'auteure -au sujet de son école américaine, par exemple...

Note de l'Auteur _ Uhm Uhm. Je suis un peu en retard -oui, j'avais été trop sérieuse ces dernières semaines, il fallait bien que je bug à un moment ou à un autre... Mais en vrai, j'ai la meilleure excuse du monde : je me suis remise à l'écriture & je me suis un peu laissée emportée. Comme toujours quand je suis en crise, l'idée même de m'arrêter pour faire quoi que ce soit d'autre est... une quasi torture xD Mais me voilà ! J'ai juste dû me donner un sacré coup de pied aux fesses.

Merci à tous en tout cas pour vos reviews & autres messages ! Comme toujours, ils me motivent énormément :D

Petites réponses aux non-inscrits avant de vous abandonner à la lecture de ce chapitre pas très joyeux -mais quand même plus cool que le précédent, rassurez vous ! :P

Marine : Merciii :D Ah ah ah, que je te rassure, j'ai dû m'arrêter après avoir écrit la scène du "maman" & j'ai dû sangloter bêtement sur mon ordi pendant 10 minutes... (J'étais sûrement choquée d'avoir enfin réussi à lui faire dire ce petit mot.) Hermione&Drago, réponse dans ce chapitre ! :D Pour les retrouvailles, pas tout de suite... Ash a d'abord un puzzle à reconstruire & il tient à le faire tout seul. :) Pour Fergusson, je vois qu'il a marqué tout le monde ah ah ! Et je m'occupe de la statue ! :P

Guest : Merci beaucoup :D Mais pourquoi ? Je ne suis pas responsable des actions de mes personnages, tout le monde le sait ! Et Ash... il veut juste essayer de comprendre qui il VEUT être, sans être influencé par ce qu'il imagine que les autres attendent de lui... & aussi, disons qu'il a une petite voix dans sa tête qui refuse se taire... :) Pour ce chapitre, je confirme, c'est pas la fiesta partout u_u'

Romane : Merci beaucoup pour ton review ! :D Ah ah ah, bah c'est une fin sadique, comme j'aime :D Mais pas vraiment, il l'a appelée Maman, on sait tous ce que ça signifie... Laissons lui juste un peu de temps à ce petit ! :D Les petits mots dans ce chapitre (enfin, plus ou moins...) & cette chanson est tellement parfaite ! (Bon, celle de ce chapitre ci me hante aussi 3)

Meredith96 : Merci beaucoup pour le review ;) Et le petit M n'est pas là pour rien, tu sais ? :P M ne signifie pas uniquement Lemon, mais aussi de potentielles violences & scènes "gores"... Et en ce moment je suis plutôt dans des OS :) (Sous le cendres restera ma dernière fic longue ^^)

Marion 43 : Merci beaucoup ! :D Et rooooh, ne pleure pas ! Allez, sèche tes larmes & profite de ta lecture !

Merci encore à tous -blablabla j'espère que je n'ai oublié personne blablabla sinon blablabla comme d'habitude ! :D Et je vous souhaite à tous une bonne lecture !


Sous les Cendres

Chapitre 24


Spent your life collecting so you can never forget

Treasured moments become lost treasures when you can't recollect

Everyone keeps asking are we okay

The truth is we're not but I don't know what to say

- MS MR - All the things lost -


J'ai tout oublié.

Je crois qu'avant, je savais tout un tas de choses.

Et puis quelqu'un m'a ouvert le cerveau. Et m'a attrapé par les chevilles, m'a soulevé comme ça, la tête en bas pour que les mots en tombent…

Alors les mots ont disparu. Et les noms aussi. Même le mien.

Je veux ma…

Je veux…

Je...

C'est qui, « je » ?


Ash se réveilla en sursaut, son corps nu et tremblotant, tant par la faute du froid glaçant qui givrait jusqu'à ses os que par le poids troublant de son nouveau souvenir. Lentement, il se redressa en position assise, sans prêter attention aux feuilles qui crissaient sous lui ou aux hululement d'une chouette curieuse à quelques mètres de là.

Seule l'humidité poisseuse qui marquait ses mains l'intéressait.

Du sang évidemment.

Au fond de lui, il espéra qu'il s'agisse de celui d'un animal. Il avait pris tant de précautions en s'enfonçant dans la forêt quelques jours auparavant : cette partie des bois était protégée par il-ne-savait-quelle réglementation au sujet de la chasse, et aucun campeur ne serait venu se perdre aussi loin… Aucun moldu en tout cas, car le réseau devrait être inexistant.

Quant aux sorciers, il aurait fallu qu'il manque de chance. Tomber sur un autre loup-garou venu là pour protéger le monde de la créature qui sommeillait en lui aurait été un comble. Et n'avait-il pas assez subi d'épreuves ?

Lentement, il porta ses doigts à ses narines et, comme pour tester le loup, comme pour chasser l'autre, il huma le parfum de fer qui lui souleva l'estomac. Il revit, l'espace d'une seconde, le regard sans vie de son tuteur, dix ans auparavant. Celui que le loup, dans un excès de fureur et de soif, avait massacré jusqu'à le rendre méconnaissable. Il se souvint de la sensation curieuse, mélange de peur et de soulagement, qui avait serré son cœur lorsqu'il avait ouvert les yeux pour découvrir le corps.

Puis, il entendit de nouveau les hurlements stridents de Lucius Malefoy lorsqu'il… Non ! Lorsque le loup l'avait tué. Il perçut distinctement le bruit qu'avaient fait ses os en cédant sous la puissance de sa mâchoire, le déchirement de sa peau sous ses dents, et ses cris. Encore et encore. Jusqu'à ce qu'il ne puisse plus parler. Puis le râle, encore et encore… Jusqu'à ce qu'enfin, il meurt.

Ce furent ses souvenirs qui firent monter la bile à ses lèvres, comme toujours. Habitué, il n'eut qu'à se pencher sur le côté pour ne pas souiller son corps déjà recouvert de boue et d'hémoglobine. Il observa le mince filet de sang qui se mêlait aux vestiges de son dernier repas et s'obligea à détourner les yeux.

Pourquoi se souvenait-il ?

Cette question tournait en boucle dans sa tête depuis des jours, depuis des semaines, et même si la seule réponse valable lui déplaisait grandement, il ne pouvait l'oublier aussi aisément que le reste. Après tout, ses souvenirs de ses transformations d'enfant ne le troublaient en rien puisqu'il n'en avait aucun. Il se rappelait juste de ses réveils nuageux et des inquiétudes que cela faisait naître en lui –et parfois, malheureusement, chez les autres.

Mais ce qu'il faisait sous son autre forme… Et bien, ses souvenirs avaient toujours appartenu à quelqu'un d'autre : au loup. Ce dernier les gardait jalousement pour lui, et cela lui convenait très bien ainsi.

Jusqu'à Lucius Malefoy, apparemment.

Il se souvenait de tout, dans les moindres détails. Le regard d'Harry Potter qui s'était terni de peur et d'un éclat de pitié impossible à réfréner. Ceux de l'autre Auror qui avait tendu sa baguette vers lui, oubliant tout à coup que c'était lui, la victime, que c'était lui qu'ils étaient venus sauver. Celui de Neal, cerné d'angoisses. Et celui de…

Papa.

Drago.

Il ferma douloureusement les yeux et chassa cette pensée avant qu'elle ne submerge la part la plus humaine de lui. Aussi lentement que possible, il se hissa sur ses pieds et grimaça en sentant sa cheville se tordre sous son poids. Ses os lui semblaient fragiles, presque friables, et il se demanda si le loup n'en n'avait pas un peu trop fait cette nuit-là… Après ses années d'emprisonnement, il n'aurait même pas pu lui en vouloir, mais sa jambe était encore fragile, et sans une potion ou un sortilège, il redoutait que la situation ne s'arrange jamais.

Il se repéra d'instinct dans la forêt en essayant aussi fort que possible de ne penser à rien. Évidemment, cela ne fonctionna qu'à moitié et –s'il parvint néanmoins à éviter les sujets les plus affreux- il se laissa tenter.

Olivia.

Il revit son petit rictus fier lorsqu'elle arrêtait un souaffle, et sentit presque la caresse de son souffle haletant contre ses lèvres lorsqu'il l'avait touchée quelques semaines auparavant. Et pour la première fois depuis son réveil –pour la première fois depuis des jours, pour être honnête- il ne put s'empêcher de sourire.

Elle lui manquait.

Non. Elle leur manquait.

Leurs sentiments envers les autres étaient peut-être partagés, mais au sujet d'Olivia, ils avaient réussi à se mettre d'accord : ils l'adoraient.

Il parvint à retrouver son sac à dos un bon quart d'heure plus tard, accroché à une branche suffisamment haute pour ne pas attirer les charognards, et le récupéra sans se départir de son sourire. Sa température était telle qu'il enfila d'abord ses vêtements aussi sales que lui malgré la faim qui lui tordait le ventre. Il glissa même ses pieds dans ses bottes, sans prendre la peine de les lacer, avant de se laisser tomber au pied de l'arbre pour se mettre à fouiner. Il se dégota une dernière barre de céréales qu'il avala en trois bouchées, et contempla avec dégout l'eau stagnante au fond de sa dernière bouteille.

Il allait devoir bouger. Quitter son refuge au milieu des bois. Trouver quelque chose à manger. Voler quelque chose, plus certainement. Et prendre des décisions.

Certains loups-garous vivaient ainsi, il le savait. Au jour le jour, sans personne sur qui compter, sans personne à quitter lorsqu'ils se transformaient.

Lui… Eux… Eux n'en étaient pas capables. Ils voulaient rentrer à la maison.

Mais quelle maison ?

Ash grelota, malgré la chaleur de sa veste, et il se laissa dominer, juste un instant. Il cessa de se tenir sur ses gardes, de le tenir à distance, et obéit à son instinct.

Il enfouit ses mains dans le sac à dos, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine.

L'une d'elle se serra autour du manche de ce qu'il savait être une lampe torche. « Et c'est parti pour une semaine lumineuse ! » entendit-il résonner gaiement à son oreille. Puis, il perçut le rire léger d'un enfant. Lui.

L'autre…

Il sortit sa main du sac à dos, le regard fixé sur la bille qui servait d'œil à l'ours en peluche qu'il avait, à une époque, considéré comme son confident. L'un de ses bras pendait négligemment au bout de quelques fils qui menaçaient de céder parce qu'il s'était énervé la semaine précédente et qu'il n'avait rien trouvé de mieux pour se défouler. Il lui manquait aussi un œil - avant, suggéra une petite voix qui ajouta tout bas : C'est Mia !

Ash sentit ses yeux lui piquer.

Il n'aurait jamais dû l'emporter. Il n'avait plus quatre ans ! Il n'était plus Jem ! Il… Il n'avait pas pu s'en empêcher. Et il le regrettait depuis le jour où, l'angoisse vrillant son crâne, il s'était enfin laissé aller à réellement toucher l'ours en peluche.

Il avait eu raison dans les cachots, Poggy avait énormément à lui apprendre, mais jamais il n'aurait pu imaginer le flot d'images qui avait heurté son cerveau, si violemment qu'il s'était évanoui sous la douleur qui enflait dans son crâne. Il avait eu la sensation que quelqu'un s'amusait à lui ouvrir la tête pour y ajouter des choses, les fourrant brusquement, sans se soucier du manque de place.

Ce n'était pas grand-chose, la plupart du temps les souvenirs étaient flous, déformés par le temps sans doute et aussi l'âge qu'il avait à l'époque. Mais cela avait suffi à le perturber, et à rendre Jem extatique. Il y avait tant de flashs à leur sujet…

Papa et maman.

Monsieur Malefoy et Mademoiselle Granger.

Papa et maman !

« La ferme ! » cria-t-il sans pouvoir se retenir.

Il aurait voulu balancer la peluche au loin, l'abandonner là au milieu de nul part et s'en aller, aussi loin que possible. Ou non… Ash l'aurait voulu, peut-être. Jem ne voulait pas. Et le loup n'avait aucun avis sur la question, endormi, paisible, en l'attente de son prochain moment de gloire, de sa prochaine pleine lune.

Jem voulait se rouler en boule par terre en serrant l'ours contre lui pour qu'il efface tous ses soucis. Et pour la première fois depuis qu'ils étaient tous les trois, Ash lui obéit.

Peut-être parce que le câlin d'un être inanimé valait mieux que rien dans cette forêt sombre, après des semaines d'une solitude qui ne l'avait jusque-là jamais tant éprouvé…

Ou peut-être juste parce qu'il en avait besoin. Parce qu'ils en avaient besoin.

Parce que malgré la douleur que lui provoquaient les souvenirs qui s'échappaient de Poggy dès qu'il le touchait, il n'était jamais rassasié de ces flashs de l'époque bénie où il était parfaitement heureux.


Il faisait beau pour un jour de novembre, si beau que maman a couvert de crème tout ce qui dépassait de mes vêtements, m'en tartinant le visage comme si j'étais un vampire. Papa a rigolé, m'a soulevé par-dessus sa tête, et m'a dit que j'étais blanc comme un fantôme.

Puis il s'est moquée de ses petites manies de moldue, mais pas méchamment, plutôt comme s'ils partageaient une plaisanterie… Il lui a dit qu'il y avait des sortilèges pour protéger des coups de soleil, et elle a levé les yeux au ciel avant de mettre un peu de crème sur mes oreilles.

Et puis, comme toujours quand papa et maman étaient trop concentrés sur moi, Mia a tout fait pour attirer leur attention.

C'était son anniversaire, et maman disait toujours que ce jour-là, on pouvait faire ce qu'on voulait ! Mia a voulu qu'on aille au zoo voir les pandas, et papa a bougonné… Il n'aimait pas aller dans des endroits moldus, mais maman, Mia et moi, on adorait le zoo de Londres.

Papa a dit qu'il pensait que quelqu'un devrait penser à ouvrir un Zoo de créatures Sorcières, et j'ai trouvé ça trop génial comme idée. Mia l'a dit avant moi. Elle a dit « T'as les meilleures idées du monde, papa ! », et elle l'a tiré si fort pour aller voir les pandas qu'il a dû lâché ma main.

J'avais Poggy dans l'autre.

Maman m'a vite rattrapé pour ne pas me perdre. Elle avait toujours peur de me perdre… Elle disait que des gens méchants s'en prenaient parfois aux enfants, alors qu'il fallait que je reste tout à côté d'elle, ou de papa, quand on était dans des endroits avec des moldus.

Je crois que c'était juste quelques semaines avant que je disparaisse. Je crois que c'est jour-là que j'ai attrapé le premier rhume de la saison. C'était un rhume qui allait me conduire chez le Pédiamage.

Je n'étais même pas dans un endroit avec des moldus. J'étais entouré de sorciers, et je croyais que je n'avais rien à craindre…


Hermione entrouvrit les yeux dans la pénombre de la chambre de ses quartiers de Poudlard. Elle resta là, à moitié bercée par le sommeil, durant quelques longues minutes, curieuse de savoir ce qu'elle éprouverait exactement ce matin-là à l'idée de la journée qui l'attendait… Et de Ash qui avait disparu depuis maintenant plus d'un mois.

Parfois, l'idée même de s'habiller et de se tirer du lit revêtait des allures de torture. Elle devait tenir le coup toute la journée, devant ses élèves, sourire parfois à ses collègues, et jouer à l'adulte heureuse et tout à fait saine d'esprit qui n'avait pas passé la moitié de sa nuit à sangloter.

D'autres, elle était presque impatience de sortir de sous la couette, d'abandonner ses pensées trop sombres pour avoir des occupations normales, une vie normale. Elle écoutait cette petite voix qui la rassurait, lui disant qu'Ash allait bien, qu'elle l'aurait senti autrement. Et elle se blottissait quelques minutes de plus contre le torse dur de Drago en se répétant mille fois le « maman » prononcé par son fils. Et sa promesse de vite revenir.

Drago finissait irrémédiablement par se réveiller, lui accordait un sourire un peu triste, puis quittait le lit pour se préparer à aller travailler.

Parfois, quand elle était vraiment de mauvaise humeur, elle se demandait pourquoi il apparaissait sur le seuil de ses appartements tous les soirs, pour en repartir tous les matins à la même heure, réglé comme une horloge. Ils ne discutaient qu'à peine, il l'embrassait parfois, n'attendait rien de plus d'elle… Ils se rassasiaient simplement de leur présence à l'un et l'autre, heureux sans doute de ne plus sentir cette fureur entre eux, cette culpabilité, ces ressentiments.

Ils n'avaient pas tout réglé. Mais leurs sentiments –le manque de Ash, la peur pour Mia, l'angoisse face à cet avenir incertain- les liaient malgré tout… Qu'ils ne parlent ni ne se touchent vraiment n'y changeait rien. Ils étaient ensemble, ils se soutenaient comme ils avaient auparavant été incapables de le faire.

Elle le sentit s'éveiller. Son torse se souleva sous le grognement matinal qu'il émit, l'air de dire « Pourquoi il faut se réveiller et aller travailler, par Merlin ?! », et elle sentit ses bras se serrer autour d'elle, comme tous les matins. Il embrassa doucement le sommet de son crâne, comme tous les matins. Huma ses cheveux, comme tous les matins. Et murmura un vague « Bonjour » comme tous les matins.

Mais au lieu de se détacher d'elle, et de quitter le lit comme s'il avait un Feufolet aux trousses, il resta là, le nez enfoui dans ses cheveux, son cœur battant très fort contre son oreille.

« C'était la pleine lune la nuit dernière, annonça-t-il finalement d'une voix affligée. J'avais pensé… J'espérais qu'il revienne avant. Il s'est forcément transformé.

- Je sais. Je suis sûre qu'il a pris toutes ces précautions afin de ne blesser personne, Drago. Il doit se terrer quelque part, en attendant…

- En attendant quoi ? »

L'agacement perçait dans sa voix cette fois, et Hermione sut qu'il repensait à la courte note qu'Ash leur avait laissée. Après avoir constaté la fuite de leur fils, Drago avait fini par fouiner dans sa chambre, espérant y trouver un objet auquel il tenait, priant pour qu'il ait une raison de revenir et qu'ils puissent l'attraper. Au lieu de ça, il avait remarqué les trois petits morceaux de parchemin. Un pour Olivia. Un pour Mia. Un pour eux.

Ils avaient espéré y trouver des explications. Drago imaginait qu'Ash avait fui en craignant qu'ils ne jugent ses actes de la nuit précédente, qu'ils aient été choqué par la mort de Lucius ou il-ne-savait-quoi de ce genre. Hermione, elle, pensait que le problème était plus profond que ça. Qu'il l'ait si soudainement appelée « maman » la troublait bien davantage que la fuite du garçon, ainsi que le fait étonnant qu'il ait quand même pris le risque de revenir, et qu'il ait semblé si triste de devoir partir en lui promettant d'être bientôt de retour.

Le mot ne leur avait offert aucune indication. Il ne contenait que quelques phrases qu'elle connaissait désormais par cœur : « Je ne peux pas rester pour le moment. Je suis désolé. Je reviendrai dès que je le pourrai. ». Ce message n'avait aucun sens. Celui de Mia n'en avait pas davantage, même si leur fille avait paru le comprendre… Quant à celui d'Olivia, l'adolescente avait préféré en conserver le contenu pour elle-même, ce qui poussait Hermione à croire qu'elle seule avait eu la primeur de quelques détails de plus. Drago avait bien tenté de lui tirer les vers du nez, mais la Gryffondor avait été catégorique : rien de ce qui était écrit ne les concernait. Personne ne la croyait.

Elle avait eu l'air trop en colère, trop frustrée, trop perturbée tout simplement pour qu'Ash ne lui ait rien confié de plus… Elle était comme Drago qui ne supportait plus d'attendre, comme Mia qui semblait se flétrir un peu plus à chaque minute qui passait. Comme tous ceux qui croyaient qu'Ash les avait définitivement abandonnés.

Hermione, elle, n'y croyait pas. Il reviendrait. Quand il serait prêt, quand il le pourrait, quand il se sentirait capable de le faire, heureux de le faire. Elle voulait qu'il lui revienne entier, sans y être poussé par la culpabilité ou les remords. Elle voulait qu'il revienne pour eux, parce qu'il les aimait, parce qu'ils lui manquaient.

Et elle savait qu'il reviendrait, parce qu'il l'avait appelée « Maman », et parce qu'il y avait juré de le faire. Alors, calant son visage dans le cou de Drago, elle lui murmura cette même promesse, comme si la répéter pourrait la rendre plus vraie.

« Il reviendra, Drago… Je suis sûre qu'il reviendra. »


Olive a demandé pourquoi Poggy s'appelait Poggy, et même si elle pleurait, j'avais compris. Elle pleurait parce qu'elle était tombée depuis le haut du pommier de Mamie Molly, en fait, et que sa jambe faisait un angle bizarre… Julian et Mia ont couru jusqu'au terrier, mais moi, je ne suis pas parti. Parce qu'Olive ne pleurait jamais d'habitude, même quand elle se cognait très fort.

Alors je lui avais demandé si ça allait, et c'était une question très stupide, du coup elle n'a pas répondu. Elle m'a tiré la langue et j'ai voulu partir, mais elle m'a dit de rester et de lui raconter une histoire. Mais ma tête était toute vide de voir Olive pleurer, alors je n'ai pas su quoi dire.

Puis elle m'a demandé pourquoi Poggy, alors j'ai raconté.

J'avais eu Poggy à ma naissance. De Papi et Mamie. Il s'appelait Teddy à l'époque, c'était écrit sur son collier, mais Mia l'a volé pour une de ses poupées et du coup, il n'a plus eu de nom pendant longtemps. C'était quand je ne parlais pas encore.

D'abord j'ai dit « maman », après j'ai dit « papa », et puis « Mimi » pour Mia. Et après j'ai dit Poggy.

Poggy pour Hippogriffe. Ça a été dur à dire à Olive, parce que ce mot ne voulait pas bien sortir de ma bouche, comme de la bouche de papa et maman. Comme de la bouche de Tonton Harry quand il se moquait de papa.

Quand j'étais encore plus petit, papa et Tonton Harry ne s'entendaient pas beaucoup, mais ils faisaient de gros efforts –ça, c'est maman qui le disait. Mais Tonton Harry ne pouvait pas s'empêcher de raconter des histoires où papa n'était pas très gentil, ou très fort comme il l'est devenu après quand il est devenu notre papa, à moi et Mia. Et il y avait l'histoire de Buck l'Hippogriffe. Elle était très rigolote parce que Tonton Harry faisait une imitation de papa. Alors je demandais « Poggy » tout le temps. Et Poggy est devenu Poggy, l'ours.

Papa a essayé de me faire changer de nom, mais je n'ai pas voulu. Ou j'étais trop un bébé pour comprendre qu'il n'aimait pas le nom de Poggy, peut-être…

Olivia avait arrêté de pleurer. Et elle m'a dit que j'étais nul pour raconter les histoires.


Si quelqu'un avait dit à Ash qu'il recommencerait à voler pour se nourrir, il aurait juré sur les plus puissants sorciers –de Merlin à Dumbledore- qu'il n'en était pas question.

Il s'était imaginé, à l'âge de presque dix-sept ans, continuant ses études, puis perçant dans l'univers compétitif du Quidditch… Il n'aurait certes pas eu beaucoup d'argent au départ, mais il avait appris à se contenter de peu. Puis, il serait devenu une star internationale et les propositions de publicités pour des balais ou des tenues auraient déferlé sur lui, et il aurait baigné dans les gallions.

Et un mois plus tôt, il se tenait devant les portes d'un coffre rempli d'or à son nom. Enfin, à celui de Jem… Il se rattrapa un peu trop tard, conscient que ses deux personnalités bien distinctes se brouillaient davantage à chaque seconde.

Sauf dans ce genre de moment, évidemment, où Jem avait la trouille et pas lui.

Il avait enfilé le sweat-shirt le plus large qu'il possédait –le seul en vérité- et avait réussi à fourrer plusieurs paquets de trucs à grignoter dans ses poches. Il aurait tout donné pour un bon morceau de viande cuite à point ou des pommes de terre en purée.

Malheureusement, vivre dans la forêt avait ses inconvénients : il n'avait aucun moyen de s'offrir de la nourriture qui soulage réellement son appétit. Il avait bien tenté d'avaler le contenu froid d'une boite de conserve une semaine auparavant, mais il avait été incapable de la manger jusqu'au bout, le contenu à la fois gluant et pâteux se collant à l'intérieur de son œsophage.

Alors il se contenta de bonbons, de paquets de chips, de viande séchée, et de tout ce qu'il pouvait glisser dans ses poches sans que quiconque le remarque.

Heureusement, le magasin du petit village où il s'était arrêté était vide. Le vendeur, un adolescent à peine plus âgé que lui, était sorti fumer, son portable collé à l'oreille. Ash grimaça en songeant qu'il allait probablement se faire renvoyer dès que son supérieur remarquerait le vol.

Il jeta un petit coup d'œil en direction de la caméra de vidéo-surveillance, et passa rapidement dessous, sa capuche bien placée sur sa tête.

Il avait clairement des capacités en matière de pillage. Il pourrait survivre ainsi pendant des années s'il le fallait. Il bouscula légèrement le vendeur en sortant, et s'excusa avec un petit sourire aimable avant de tourner les talons, les mains profondément enfoncées dans ses poches pour retenir tout ce qui aurait pu en tomber.

Il put de nouveau respirer correctement une fois au bout de la rue. Il sentit un irrépressible sourire lui monter aux lèvres, et il repoussa l'assaut de fierté mal-placée qu'il éprouva tout à coup.

Il atteignit la forêt une demi-heure plus tard, après avoir traversé tout le village dont il ne se rappelait pas le nom, ainsi que quelques fermes. Il récupéra son sac qu'il avait soigneusement dissimulé sous des fougères, puis se remit en route en grignotant un paquet de bonbons qui lui colora la langue en bleue.

Finalement, il se laissa tomber sous un arbre et ouvrit son sac à dos pour en sortir sa nouvelle lecture. Il avait enfin fini L'Histoire de Poudlard une semaine auparavant, et il n'avait pu s'empêcher de noter mentalement cinq sujet de disputes potentielles à avoir avec Mia au sujet de la maison Serpentard –c'était si facile de l'agacer !

Depuis, il avait lu Le Petit Prince. Six fois. Il n'avait même pas eu besoin d'y réfléchir, de s'attarder sur les mots, de chercher à les comprendre… Il ne lui avait fallu d'une dizaine de minutes pour réaliser que Jem le connaissait par cœur. Et que par conséquent, lui aussi désormais.

Cependant, il ne s'en lassait pas. Peut-être était-ce la solitude évidente du petit prince de l'histoire dans lequel il se reconnaissait, ou tout simplement le fait qu'il lui rappelle tant de souvenirs, mais il s'accrochait désormais au minuscule livre comme il s'attachait à Poggy.

A cause de l'autre présence en lui, qui grossissait, grossissait, l'engloutissait… Sans qu'il tâche réellement de l'en empêcher.

Ses yeux s'attardèrent sur une phrase, et un sourire grimpa de nouveau sur ses lèvres, comme à chaque fois. Il se promit de la lire à Olivia dès qu'il la reverrait, même si elle était furieuse contre lui, parce qu'elle la comprendrait.

Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Je serais pour toi unique au monde, tu seras pour moi unique au monde.

Oui, il n'avait aucun doute. Elle comprendrait. Elle avait toujours compris.


Olive et moi, on était allongés sous le lit de Mamie Molly et Papi Arthur pour échapper à Mia et Julian.

Ils avaient décidé d'être Roi et Reine du Château Fort la semaine juste avant. Ils voulaient que je sois leur elfe de maison, et qu'Olive soit leur Folle. On ne savait pas trop en quoi c'était censé être drôle, mais j'étais prêt à le faire… Mia avait sa tête de Malefoy, comme disait papa, et Julian la regardait en souriant, avec sa tête de « Oh les amoureux » comme disait Galaad quand il venait à la maison. Quand il avait cette tête-là, Julian disait oui à toutes les mauvaises idées de Mia… Jusqu'à ce qu'ils se disputent et se boudent pendant des heures entières !

Olive a dit qu'on ne voulait pas jouer. Elle a pris ma main, et on est parti sous le lit. Mamie Molly gardait toujours le secret de notre cachette. Elle leur interdisait même de rentrer dans la chambre. Alors on restait cachés là, jusqu'à ce que maman ou papa vienne me chercher pour rentrer à la maison. Olivia, elle, elle restait dormir souvent et j'étais un peu jaloux de ne pas être un Weasley.

Ce jour-là, Olive a voulu qu'on joue à un jeu. Elle l'a appelé « Quand tu seras grand » et je suis presque certain qu'elle l'a inventé parce qu'elle n'avait pas l'air très très sûre quand elle l'a dit. Après, elle m'a expliqué les règles, et ça ne ressemblait pas à un vrai jeu comme les Petits Dragons ou le Gallionpoly.

Elle a commencé : « Quand je serais grand, je serais… »

Et j'ai vite répondu, parce qu'il ne fallait pas réfléchir trop, c'est elle qui l'avait dit, mais je crois bien que c'était juste parce qu'elle ne réfléchit jamais trop Olive : « Comme papa ! »

« Non… Tu dois dire ce que tu veux être au travail. Tu veux travailler au Ministère, toi ? » Elle a dit ça avec une grimace et j'ai su que ce n'était pas une très bonne réponse. Alors j'ai vite secoué la tête, et j'ai essayé de trouver une bonne idée pour qu'elle soit impressionnée.

« Éleveur de dragons ! »

« Mais non, tu peux pas. T'es trop un froussard. Faut pas avoir peur pour s'occuper des dragons, sinon ils te mangent ! »

J'ai écarquillé les yeux et elle a secoué gravement la tête avant de décider pour moi. Elle était un peu comme Mia, parfois. Elle aimait bien parler à ma place. Mais ça m'embêtait moins qu'avec Mia, parce qu'elle essayait d'être gentille en le faisant.

« Tu pourrais être un papa. »

Je n'étais pas trop sûr que ce soit un travail, mais j'ai dit oui avec la tête. Et j'ai attendu qu'elle me dise ce qu'elle voulait elle.

« La meilleure joueuse de Quidditch de tout le monde entier jusque dans le ciel ! »

Et j'ai été un peu triste parce qu'elle savait exactement ce qu'elle voulait alors que moi, j'allais être un papa, apparemment… parce que je ne pouvais pas élever des dragons, parce que j'avais tout le temps peur.

J'aurais voulu être comme Olive et n'avoir jamais peur de rien. Mais j'étais juste moi. Et j'avais peur tout le temps.


Olivia renvoya le souaffle à Gemma Higgs qui l'attrapa avec une grimace lorsqu'il heurta son estomac. Une fois de plus, elle n'avait pas contrôlé sa force, et sa coéquipière en pâtissait. Heureusement qu'elle avait désormais pris l'habitude de recevoir quelques coups un peu traîtres : elle ne se laissa pas décontenancer et fila vers les buts adverses pour tirer. Elle marqua au moment même où sifflait l'arbitre du match, et le commentateur hurla dans son micro :

« Et Samantha Weasley a attrapé le vif d'or ! Poudlard l'emporte ! »

Olivia observa ses coéquipiers qui se précipitaient les uns sur les autres en hurlant de joie alors que l'équipe Indienne se réunissait pour se réconforter de leur défaite. Elle avait entendu dire qu'ils avaient perdu leurs précédents matchs, et qu'un autre échec signifierait la fin de leur aventure dans ce tournoi. Elle comprenait parfaitement qu'ils soient déçus, par conséquent, mais bien moins l'absence de son propre enthousiasme.

Elle n'avait jamais aussi bien joué de sa vie, elle en était parfaitement consciente. Peu importait qu'elle soit un peu trop violente en renvoyant les souaffles aux poursuiveurs de son équipe, qu'elle tente des figures de plus en plus dangereuses qui poussaient les spectateurs à hurler de frayeur, ou même qu'elle se soit blessée quatre fois en moins d'un mois rien qu'à l'entraînement.

Elle avait obtenu le statut de meilleure gardienne du tournoi : le Quidditch Mag avait fini par s'intéresser à cette Coupe du Monde Junior, et elle était la seule joueuse de Grande-Bretagne à faire partie de leur Top. Ils avaient dégoté une drôle de photo d'elle en Première Année, et l'avait mise à côté de son nom, associée à une description qui aurait pu la faire rougir. Tout le monde n'avait parlé que de ça ensuite, et elle voyait bien que certains joueurs des équipes adverses approchaient de ses buts avec circonspection désormais, ce qui la faisait presque rire.

Elle respirait Quidditch.

Elle vivait Quidditch.

Elle pensait…

Elle pensait Ash.

Elle rejoignit la terre ferme à cette pensée et sans se préoccuper de ses coéquipiers qui s'attendaient apparemment à un câlin de groupe –à l'exception d'Harper qui avait malheureusement réintégré l'équipe- quitta le terrain. Elle ne passa même pas par les vestiaires, et se dirigea directement vers le château, refusant de s'attarder pour que Samantha fasse une remarque sur son « caractère de strangulot » ou que Julian essaie de la faire parler à coups de sourires adorables et de taquineries.

Il lui fallut à peine dix minutes pour rejoindre son dortoir vide. Tous étaient encore sur le terrain, et elle fut soulagée d'être enfin un peu seule. D'un coup de pied, elle se débarrassa de ses bottes de Quidditch et enleva rapidement sa tenue humide de transpiration avant de se laisser tomber sur son lit.

Elle le détestait. C'était définitif, irrémédiable, et superbement agaçant que cette décision de le haïr ne change rien. Son prénom tournait toujours en boucle dans sa tête, même quand elle était sur un balai et stoppait les souaffles avec la facilité d'un robot bien huilée, même quand elle s'entraînait durant des heures sans s'arrêter, jusqu'à ce que son corps hurle grâce, même quand elle dormait.

Non, en fait, c'était pire quand elle dormait. Son subconscient ne le haïssait malheureusement pas, et elle passait ses nuits à faire des rêves où Ash l'embrassait tendrement, ou la touchait absolument partout, ou… Elle grommela de frustration dans son oreiller, alors que les souvenirs d'un autre rêve l'envahissaient, un rêve où, assis devant elle, sans la toucher, il l'observait intensément en comptant. Ses tâches de rousseurs, supposait-elle.

Elle s'était réveillée en sursaut, le cœur battant, le corps moite, et le cerveau tout tourneboulé par le réalisme de ce qu'elle n'osait pas vraiment appeler « fantasme ». Et tout ça, c'était de sa faute.

Avant, elle ne rêvait que de Quidditch. Elle se voyait survoler des terrains sans fin, rattraper des souaffles ou d'autres objets qui n'avaient rien à faire sur un terrain, elle se sentait même parfois tomber et tomber encore, jusqu'à d'énormes cercles de but dans lesquels elle glissait. C'était farfelu, certes, mais bien plus centré sur l'avenir qu'elle poursuivait.

Ash ne faisait pas partie de son avenir, lui. Il passait son temps à fuir, à disparaître aux moments où ils s'y attendaient au moins, alors que tout pouvait s'arranger. Elle n'avait jamais eu de temps à perdre pour les garçons, et celui-ci semblait être le pire de tous. Un vrai gouffre qui la faisait sombrer et sombrer encore.

En soupirant, elle se réinstalla sur le dos et fixa le plafond pendant dix bonnes minutes avant de céder à l'envie qui la tortillait depuis son arrivé dans son dortoir. Se penchant sur sa table de chevet, elle fit ce qu'elle s'était promis de ne plus faire : elle extirpa la pile de lettres de Ash, jusqu'à sortir celle qu'elle lisait quotidiennement.

Elle avait essayé de le brûler. Mais elle avait malencontreusement oublié quel sortilège employer. Et elle avait essayé de le jeter dans les toilettes, mais avait été incapable de viser correctement. Et elle avait essayé de le déchirer, évidemment, mais… Non, elle n'avait aucune excuse. Elle était simplement incapable de s'en séparer.

Elle n'avait pas besoin de lire ces mots. Elle les connaissait par cœur. Mais elle laissa néanmoins son regard parcourir les lettres qu'il avait tracées, butant sur les mots, s'accrochant aux fautes… Essayant tant bien que mal de comprendre pourquoi il s'était senti obligé de fuir, alors qu'ils auraient pu le soutenir, tous, l'aider jusqu'à ce qu'il se sente de nouveau lui-même.

Au lieu de ça, il la poussait à mentir à sa famille, à leurs amis. Il la poussait à s'éloigner de Julian qui semblait si touché par sa disparition, par le biais d'une Mia qui n'avait plus rien de la Parfaite Mia, ni davantage de la Peste Mia. Il la poussait à s'isoler, finalement, avec ses idées plein la tête et cette rancœur qui ne concernait que lui.

Alors, elle lut.

« Je n'imagine pas à quel point tu seras furieuse contre moi à l'idée que je sois parti, une fois de plus… »

Une fois.

« Des souvenirs me sont revenus hier, dans cet endroit affreux où j'ai vécu des choses affreuses, où j'ai fait des choses affreuses… »

Puis une autre.

« C'est comme si mon esprit s'était coupé en mille morceaux. Certains sont à Jem, d'autres à Tyler, d'autres au Loup… et j'essaie de ramasser les morceaux qui m'appartiennent, mais je m'embrouille et je prends ceux des autres aussi. »

En essayant très fort de se mettre à sa place. En échouant lamentablement, une fois de plus.

« Je croyais savoir qui je suis, mais je n'en ai plus la moindre idée maintenant… »

Parce qu'elle était Olivia Weasley, et qu'elle n'avait jamais peur. Alors que lui, Ash, Jem, ou qui qu'il soit n'avait que ça.


Mia avait décidé d'être gentille ce soir-là. Enfin, pas vraiment décidé, mais papa l'avait grondée après qu'elle m'ait encore traité de bébé pendant le repas parce que je refusais de manger mes haricots verts. Alors, je crois qu'elle s'en voulait un tout petit peu, ou qu'elle voulait se faire pardonner.

Elle a joué avec moi dans ma chambre. Elle a même accepté que je touche les cheveux de sa poupée préférée si je faisais très très attention. Et puis, on a fait la bataille avec des oreillers et quand maman a dit que c'était l'heure d'aller au lit, elle a bien voulu qu'on se brosse les dents en même temps au lieu de me fermer la porte de la salle de bain en plein sur le nez.

Et elle a tenu à raconter l'histoire du soir. Elle ne lisait pas encore très bien, mais maman l'aidait pour les mots compliqués. Elle devait mettre son doigt sous les mots pour ne pas perdre le fil, et du coup, elle cachait tous les dessins.

Évidemment, j'ai fini par le dire, et elle s'est mise en colère, et elle est redevenue la méchante Mia. Maman ne l'a pas grondée. Pas tout de suite. Je crois qu'elle attendait que je me défende tout seul, mais je n'ai rien dit du tout, et elle a soupiré.

Puis, elle a demandé à Mia de refermer le livre, et de l'écouter très très attentivement. Je n'ai pas compris pourquoi il fallait que j'écoute moi aussi, alors que c'était Mia qui faisait des bêtises, mais j'ai obéis.

Maman nous a expliqué que papa et elle avaient été des « enfants uniques », qu'ils avaient grandi tout seul, et que du coup, ils ne savaient pas toujours pourquoi on se chamaillait Mia et moi, mais qu'il fallait que ça s'arrête.

Elle a dit à Mia qu'elle comprenait que ce soit un peu embêtant parfois d'avoir un petit frère, surtout quand ce petit frère était si différent d'elle, mais qu'il fallait qu'elle apprenne à être patiente.

Elle m'a dit à moi que je devais arrêter d'attendre de papa et d'elle qu'ils me protègent tout le temps, que je devais apprendre à dire « Non » à Mia, que je devais être un grand garçon maintenant.

Et puis elle a dit un mensonge, alors que maman ne ment jamais ! Elle a dit : « Un jour, quand vous serez plus grands, toutes ces petites disputes vont paraitrons très stupides… ». Et elle nous a demandé d'aller nous coucher, alors que j'essayais de m'imaginer plus vieux, comme papa, et copain avec Mia. Mais c'était trop dur.

Je crois que Mia, elle, elle a réussi à imaginer ça dans sa tête, parce qu'elle m'a fait un bisou sur la joue en sortant du lit. Elle était redevenue la gentille grande sœur…

Et je devais essayer d'être un petit frère moins embêtant, je crois.


Ash glissa. Encore. La forêt avait été rendue boueuse et quasiment impraticable par une pluie torrentielle qui s'était abattue sur lui la nuit précédente. Il s'était réveillé une fois trempé et frigorifié et avait commencé à penser au plaisir d'un bon lit et d'une couverture chaude. Mauvaise idée.

Pour se réchauffer, il avait pris la décision d'aller faire un tour dans une ville, une plus grande que les petites bourgades dont il se contentait d'habitude. Là, il était passé devant l'enseigne mondialement connu d'un fast-food et avait senti son estomac se tordre de faim.

Après un mois et presque dix jours passés à gambader dans la forêt, sans réelle nourriture à se mettre sous la dent, il commençait à sentir son corps accuser le choc. Même le loup, qu'il sentait de plus en plus en lui malgré l'absence de la pleine lune semblait prêt à s'échapper pour dévorer le premier morceau de viande –vivant ou non, animal ou non…- qu'il croiserait.

Il avait faim. Il était fatigué. Et ses émotions étaient exacerbés par la solitude, le manque, et ses souvenirs qui lui revenaient vivement dès qu'il s'approchait de Poggy, ou qu'il fermait les yeux. Il entendait alors la voix de Jem, lui contant de vieilles histoires d'avant qu'il se fasse enlever… Ou parfois d'après.

Il se réveillait le sourire aux lèvres, ou des larmes plein les yeux, un cri à l'orée de sa bouche.

Jem se taisait au moins quand il était réveillé, et il ne savait pas vraiment si c'était dû au fait qu'il n'ait plus rien à dire, ou que sa commotion cérébrale se soit résorbée d'elle-même… Ou peut-être était-ce simplement que comme avec le loup, il n'avait plus besoin de parler.

Il était là, cela suffisait amplement. Il était là, une partie indissociable de lui-même, avec laquelle il avait toujours vécue sans le savoir et qui ne disparaitrait jamais vraiment. Qu'il le veuille ou non.

Il ne le souhaitait pas.

Ses souvenirs lui causaient parfois du mal, même rendus flous par les années, mais ils existaient au moins. Et la plupart d'entre eux lui rappelaient à quel point il avait été aimé, choyé, désiré à quel point il l'était encore sans doute, même maintenant, même avec ses défauts et ses problèmes.

Mais se sentait-il capable d'affronter la situation, de leur dire à tous qu'il se souvenait, qu'ils pouvaient l'appeler Jem, s'ils le voulaient ?

Certainement pas. Peut-être jamais.

Il avait songé à tout cela, son regard écarquillé sur le M lumineux qui scintillait au-dessus de sa tête et il avait regretté de ne pas avoir la moindre pièce, le moindre billet sur lui.

Puis, il s'était éloigné très vite avant d'être tenté de faire une bêtise, et s'était figé face à un stand à journaux. Ses yeux s'étaient instinctivement posé sur la date qui ornait chaque Une et il avait senti son estomac se tordre, mais pas de faim.

Le 23 avril.

Il avait dix-sept.

Il s'était imaginé passer son anniversaire de mille et une façon ces derniers mois. Son dix-septième anniversaire, le plus important du monde sorcier, celui qui faisait de lui un adulte autorisé à utiliser la magie…

Il avait d'abord imaginé une fête surprise organisé par Fox à Salem. Puis, après sa rencontre avec sa famille, les fantasmes étaient devenus un peu différents. Il aurait eu des piles de cadeaux. Il le savait, il avait vu le souvenir de son quatrième anniversaire.

Au lieu de ça, il se trouvait à gambader de forêt en forêt, de village ridiculement petit à ville ridiculement grande, seul, affamé, sale, à moitié fou lui semblait-il. Il faisait des câlins à un ours en peluche, après tout. Et il lisait le même livre encore et encore, parfois à voix haute pour se rassurer. Et il prenait sa lampe torche et murmurait tout bas dans le noir « Et c'est parti pour une autre semaine lumineuse ! », tout seul, comme un imbécile.

Il avait dix-sept ans.

Et c'était l'anniversaire le plus pourri qu'il ait jamais passé de sa vie. Le premier anniversaire où il connaissait sa réelle date de naissance. L'anniversaire qui faisait supposément de lui un homme.

Alors il s'était souvenu qu'il avait le droit de faire tout ce qu'il voulait. C'était la règle d'anniversaire. Et même si sa mère –il y pensait sans plus se rattraper désormais…- n'avait certainement jamais pensé à faire de cette règle quoi que ce soit d'illégal, lui l'avait fait.

Il avait été facile de bousculer quelqu'un dans la rue et de piquer son portefeuille. Il avait vu Cabel le faire mille et une fois, au moins. Il avait été aussi simple ensuite de commander le plus énorme burger du menu.

Il avait été bien moins facile de le digérer, le poids des remords lui serrant la gorge. Alors il avait emballé ces restes et les avait fourrés dans son sac à dos, avant de retourner dans la forêt.

Et il avait glissé, une fois, puis une autre, sa cheville cédant sous lui trop souvent pour qu'il contrôle ses pas. Il avait glissé une fois de plus jusqu'à s'étaler de tout son long dans la boue, tête la première. Il avait ouvert la bouche, comme pour crier, et s'était retrouvé avec de la terre mouillé sur la langue.

Et il avait craqué.

Il se retrouva là, recouvert de boue de la tête au pied, son sac à dos seul émergeant comme la carapace d'une tortue. Il se souleva rapidement, donna un inutile coup dans le vide, puis se mit à pousser tous les jurons qu'il connaissait en battant ridiculement l'air autour de lui. Insultant la boue, les arbres, la foutue pluie et ce ciel maudit, hurlant et vociférant sur la forêt qui l'avait jusque-là protégé de tout et qui –lui semblait-il- se détournait désormais de lui.

Et pour la première fois depuis qu'il avait mis un pied dans les bois, il se permit de penser à tout ce qu'il était en train de manquer, de rater…

Il pensa à Olivia, qui avait dû dégommer toutes les équipes du Tournois ces dernières semaines, et qu'il aurait eu tant de plaisir à entendre en parler, avec l'enthousiasme dont elle faisait toujours preuve à ce sujet.

Il pensa à ses parents qui devaient se faire un sang d'encre, et qui –l'espérait-il- parvenaient pourtant à se soutenir l'un l'autre, ce qui prouvait que malgré toutes les épreuves qu'ils avaient vécues, ils pouvaient encore rattraper le temps perdu.

Il pensa à Mia qui devait se débattre avec ses deux personnalités, comme il se débattait avec les siennes, et qu'il aurait dû pouvoir aider au lieu de la laisser subir ça toute seule, parce c'était son rôle de frère, il le savait.

Il pensa à Julian et à tous les amis qu'il s'était fait à Poudlard. Puis il pensa à Salem, et à tous ceux qui lui manquaient de là-bas. Neal avait dû se faire virer par sa faute, sans quoi aurait-il répondu à ses dernières lettres, et il devait le détester désormais et regretter de s'être occupé de lui toutes ces années. Mais il était là au Manoir, aussi, et ça ne cadrait pas vraiment… Et ses amis, ils avaient lu les journaux, et ils le craignaient peut-être tous désormais. Même Fox qui –même s'il savait qu'il était un loup-garou- n'avait probablement pas imaginé le reste. Le pire.

Alors il pensa au Quidditch. Il avait raté trois matchs, trois matchs auxquels il aurait dû participer. Hollywood avait dû le remplacer, évidemment. Et puis, après tout, il aurait sûrement été interdit de jouer, même s'il avait été à Salem… Il était le cruel et incontrôlable loup-garou des journaux après tout. Son dernier crime avait dû faire la Une. Quel parent accepterait que leurs rejetons jouent face à l'immonde créature qu'il était ?

Il sentit les larmes qui piquer les yeux, et il résista à cette stupide envie de sortir Poggy de son sac à dos. Parce qu'il était un adulte, et que se terrer dans les souvenirs –joyeux pour la plupart- que lui procurait Poggy n'était pas une solution.

Cependant, il n'en voyait aucune autre.

Tous l'attendaient à Poudlard, et il était mort de peur à l'idée de les affronter.

Plus rien ne l'attendait à Salem.

Il n'avait nulle part où aller.

Mais il savait, au plus profond de lui, de tout son corps fatigué et de sa tête morcelée, qu'il était désormais temps de rentrer.


J'avais le nez qui coule. Mia n'arrêtait pas de dire que j'étais dégoûtant, et de grimacer dès que maman tournait le dos. J'avais de la fièvre, je crois, et j'étais fatigué de faire la queue devant la dame de l'accueil. Alors maman a dit à Mia de me prendre la main, et qu'on pouvait aller s'asseoir dans la salle pour attendre qu'elle ait les résultats du Pédiamage.

Je me suis assis avec Poggy. Mia s'est installée sur le fauteuil d'à côté. Et elle a sorti son livre de coloriage. Elle faisait ça pour papa, et elle était très méticuleuse –c'était maman qui l'avait dit- pour ne pas déborder.

Je m'ennuyais, alors je lui ai demandé si elle voulait bien me prêter un dessin pour que je colorie moi aussi. Elle a dit « Non ! », que j'allais tout gâcher avec mes griffonnages de bébé. J'ai senti mes yeux piquer.

Mia, c'était une super trop géniale grande sœur. Mais pas tout le temps. Elle était comme papa, elle voulait toujours que tout rentre bien dans des cases –ça aussi, c'était maman qui le disait. Et moi, je n'entrais pas bien dans la case de son petit frère je crois, parce que je n'étais pas trop comme elle et papa. J'étais plus comme maman. Sensible, disait papa. Un gros pleurnicheur, disait Mia, alors que maman, elle ne pleurait jamais.

Mais moi, si. Tout le temps. Et ça l'embêtait Mia, beaucoup. Alors elle a soupiré, comme si j'étais vraiment très agaçant pour elle, et elle a dit que j'allais encore lui attirer des problèmes si maman me voyait pleurer. Mais c'était de sa faute, si je pleurais, alors je m'en fichais.

Puis elle m'a dit d'aller jouer avec tous les jouets qui trainaient dans un coin pour tous les enfants malades. Je lui ai rappelé que maman avait dit qu'on devait rester tous les deux. Et elle m'a encore traité de bébé, avant de jurer qu'elle allait me surveiller.

Mais je ne voulais pas bouger. Je voulais rester à côté d'elle, faire un coloriage pour papa, et que maman revienne très vite.

Alors elle a levé les yeux au ciel, comme papa fait tout le temps, et elle dit que j'étais qu'un gros peureux, et que j'étais trop nul.

J'ai pleuré pour de vrai en sautant de mon siège et pour prouver qu'elle avait tort, je suis allé vers les jouets. Mais avant, je lui ai dit :

« J't'aime plus ! »

Comme toujours quand elle était une trop mauvaise grande sœur.

Je ne savais pas que c'était les derniers mots qu'elle entendrait de moi. Je ne savais pas qu'elle croirait que je les pensais pour de vrai.


Mia aimait goûter le parfum salé de la peau de Julian après un match. Elle aimait glisser ses lèvres contre son cou, embrasser sa chair tendre, et l'entendre pousser un petit grognement qui ressemblait presque à celui d'un lion assoupi. Elle aimait aussi sentir les doigts du garçon se faufiler dans ses cheveux, et elle aimait encore plus le sourire nonchalant qui ne trompait personne lorsqu'il la regardait.

Elle aimait nettement moins qu'il finisse toujours, imperturbable, par la repousser. Et c'est ce qu'il fit, une fois de plus, et même si elle lisait la frustration sur son visage, elle ne put s'empêcher de lui en vouloir. Elle avait naïvement cru que cette énième victoire de Poudlard le mettrait suffisamment de bonne humeur pour qu'ils puissent se câliner indéfiniment, bien à l'abri dans la Salle sur Demande où ils passaient désormais tout leur temps. Mais il la fit rouler sur lui, jusqu'à ce qu'ils se trouvent allongés sur le côté l'un en face de l'autre, et il caressa sa joue avec une tendresse qui transperça quelque chose dans sa poitrine.

« Tout va bien ? demanda-t-il, comme toujours, comme si ce n'était pas la seule phrase qu'il prononçait désormais pour commencer leurs discussions, comme tout le monde avec elle.

- Oui, répondit-elle simplement, refusant de se laisser de nouveau prendre au jeu des confessions. Enfin, ça allait très bien jusqu'à ce que tu me repousses. Encore.

- Mia…

- Non, ça va, je ne suis pas du tout vexée ! »

Elle roula des yeux dans ses orbites, comme pour illustrer ses propos, puis bascula pour se mettre sur le dos, refusant de le regarder davantage. Elle pressentait déjà la question qui suivrait. Une question qui lui donnerait envie de partir en courant, parce qu'elle sous-entendait mille choses qu'elle n'était pas prête à admettre.

Elle l'entendit pousser un juron. Il lui semblait qu'elle l'agaçait parfois, quand elle se comportait… Et bien, comme l'ancienne Mia. Celle qui boudait quand les choses ne se passaient pas comme elle le désirait. Elle trouvait cela ironique que tous passent leur temps à la pousser à devenir ce qu'elle devait être, et que ses réactions les embêtent autant ensuite.

« Est-ce que tu as repensé à la conversation que tu as eue avec tes parents ? demanda-t-il tout bas, tel un disque rayé qui se répétait et répétait encore, imperturbable à ce qu'elle répondait toujours.

- Cette conversation qui sous-entend que j'ai besoin d'aide, comme si j'étais folle ou je-ne-sais-quoi ?

- Sienna m'a raconté que tu avais pleuré en cours d'Histoire de la Magie. »

Elle se figea. Sienna avait… Quoi ? Abasourdie par un sentiment de trahison, elle se redressa d'un bond sur le matelas et quitta le lit qu'ils faisaient toujours apparaître. Attrapant son pull qui trainait par terre, elle l'enfila prestement, bouillonnant d'une rage indistincte dont elle ne savait pas quoi faire. Puis, sans dire un mot de plus, elle se dirigea vers la sortie.

Elle n'eut pas le temps de l'atteindre. Julian l'attrapa par le bras, et l'attira vers lui, le regard sombre. Elle se souvenait encore parfaitement de ses yeux lorsqu'il l'observait un mois et demi auparavant. Ils pétillaient de désir et d'une affection telle qu'elle n'en avait jamais lue dans les yeux d'un garçon. Ils la faisaient se sentir belle, et parfaite et…

Il ne la regardait plus comme ça. Il y avait toujours de l'affection, c'était évident que ce soit dans son regard ou dans la tendresse avec laquelle il la touchait toujours, avec un tel respect, comme s'il craignait de la casser, qu'elle se sentait frémir rien que d'y penser.

Mais il y avait le reste. Ce qu'elle lisait dans les yeux de ses parents, de Théo qui semblait la poursuivre quand il n'était pas Merlin-sait-où, de Sienna même… Et des professeurs, et de tous les élèves de Poudlard en général. La Directrice l'avait démise de ses fonctions de Préfète en chef pour « une durée indéterminée » après qu'elle soit tombée dans les pommes durant une ronde, prétextant qu'elle en faisait trop et qu'elle devait se reposer.

Ses professeurs semblaient tous impatients de lui offrir des délais avant même qu'elle ne prenne le moindre retard sur ses cours –ce qu'elle ne faisait absolument jamais. Et plus personne n'osait faire de remarques à son sujet, du moins pas devant elle, ce qui était une grande amélioration après l'affreuse semaine qui avait suivi la parution de l'article.

Tous l'observaient, néanmoins. Comme si elle allait s'écrouler, perdre la tête, comme si elle était folle à lier ou au bord de la rupture nerveuse. Ils semblaient tous attendre quelque chose… Même Julian. Julian qui la fixait désormais, la mâchoire étrangement crispée, et qui finit par soupirer, la voix tendue à craquer :

« Je veux juste qu'on parle, Mia.

- Va parler à Sienna. Apparemment, tu prêtes attention à ce qu'elle raconte, non ?

- Parce que tu ne me dis absolument rien ! répliqua-t-il en haussant le ton.

- Bien sûr que si… Je te l'ai dit pour mes parents et leur stupide idée de thérapie !

- Oui, pour que j'abonde en ton sens et que je me lance dans une mission « Sauvons Mia de ses cruels parents, Merlin les foudroie de s'inquiéter pour elle ! »… (Elle resta bouche bée, stupéfaite par le mordant dans sa voix, l'exaspération qui y perçait.) On ne parle pas, Mia. Tu m'entraines dans cette salle, tu me sautes littéralement dessus ce qui, oui, est très agréable, mais… Écoutes, si je voulais d'une relation de ce genre, je serais sorti avec une autre fille. Mais c'est toi, ma petite-amie. Et je veux que tu me parles, que tu me dises que ça ne va pas au lieu de me mentir, que je puisse… Je veux t'aider, d'accord ? »

Elle essaya de s'éloigner, mais il la maintint contre lui, lui interdisant le moindre mouvement brusque. Il la tenait, au propre comme au figuré, et tout ce qu'elle voulait, c'était qu'il la lâche et qu'il la laisse partir.

Elle ne voulait pas de son aide. Elle ne voulait de l'aide de personne. Une petite voix au fond d'elle lui disait que c'était stupide, qu'elle était ridicule à se comporter ainsi… Mais l'autre voix était plus forte. Assurée. Puissante après avoir pris tant d'années à se hisser au sommet.

Elle méritait d'avoir mal. Elle méritait d'être triste. Elle méritait la brûlure de la culpabilité qui la faisait pleurer sans raison, qui l'abrutissait de cauchemars, qui la faisait se perdre un peu plus à chaque seconde.

Tout était de sa faute. Personne ne pourrait effacer ça. Ni Julian, ni un stupide psychomage.

« Je t'en prie, lâche-moi…

- Mia…

- S'il te plait ! »

Il soupira, puis obéit en fermant les yeux, comme s'il ne voulait pas la voir sortir, comme s'il craignait de ne plus la revoir. Mais elle avait besoin de ses baisers, de ses caresses, de lui tout simplement. Il était capable, en la serrant très fort, de rassembler toutes les parties d'elle et de les maintenir au moins l'espace de quelques minutes. Alors, refusant de le perdre, elle se hissa sur la pointe des pieds pour embrasser sa joue et chuchota :

« On se voit plus tard, d'accord ? »

Il hocha simplement la tête, et elle le sentit trembler. De colère, sans doute. Ou de dépit.

Mais il la laissa partir, sans rien dire de plus, sans même la regarder. Et malgré son soulagement à l'idée d'échapper à tout ce qu'il avait à lui dire, elle se demanda si c'était réellement une bonne chose.


J'avais très froid. Et chaud aussi. Et mal partout. Et mon cœur battait trop fort jusque dans ma gorge, et ça me donnait envie de vomir et de pleurer. Et je voulais de nouveau maman et papa, alors que j'avais promis de ne plus les appeler.

Alors je serrais Poggy contre moi, pour qu'il remplace papa et maman, et je m'empêchais de pleurer, même si ça faisait mal. Très mal.

Je les entendais crier, tous les deux. Mon papa qui n'était pas mon papa, et le monsieur qui faisait peur. Quand il était venu dans la maison toute sale la première fois, il avait dit en me regardant qu'il avait « envie de me croquer ». Je ne pensais pas qu'il disait ça pour de vrai.

Mais si.

Et je saignais beaucoup depuis qu'il m'avait croqué. Et ça avait mis Papa qui n'était pas papa très en colère. J'avais peur de ce nouveau papa, mais j'avais encore plus peur de l'autre monsieur. Alors j'espérais qu'il allait le chasser et qu'il ne pourrait plus jamais revenir. Mais je l'ai entendu crier quelque chose de bizarre.

« C'est à moi ! »

Je croyais qu'il parlait de moi. Mais j'étais encore plus sûr qu'il se trompait. J'étais à papa et maman, moi. Pas à lui. Ni au Papa qui n'était pas papa, non plus. Juste à papa et maman.

Je voulais papa et maman, tout de suite.

Mais c'est le Monsieur-qui-mord qui est entré en marchant très vite. Il m'a pris dans ses bras en riant et j'ai fait tomber Poggy. Alors j'ai crié, et j'ai pleuré que je voulais Poggy, et il a ri encore plus fort en disant que je n'avais pas besoin d'un nounours.

Mais Poggy n'était pas qu'un nounours, c'était mon ami, le seul qui connaissait tous mes secrets, alors j'ai essayé de pousser le méchant monsieur et j'ai tendu les bras vers Poggy. Et j'ai crié encore plus fort, à m'en casser la gorge, en devenant tout rouge.

Je voulais Poggy. Je voulais Maman. Je voulais Papa. Je voulais Mia. Je voulais Papi et Mamie. Je voulais…

Il en avait assez que je me débatte, alors il m'a hurlé dessus avant de me lancer sur son épaule, comme un sac. J'ai continué à appeler Poggy, même quand on est passé devant Papa qui n'était pas papa, qui était tout figé comme un morceau de viande dans le frigidaire, même quand on a quitté la maison pour aller dans la forêt.

Je l'ai appelé parce que j'avais peur quand le Monsieur-qui-mord s'est transformé en un très grand loup.

Je l'ai appelé quand ces longues dents se sont refermées sur ma jambe.

Je l'ai appelé encore alors que tout devenait noir.

J'ai continué à l'appeler jusqu'à ce que ma voix soit toute cassée.

Jusqu'à ce que je sois tout cassé à l'intérieur de ma tête et que j'oublie Poggy, papa, maman, Mia…

Moi.


Il transplana, seul et sans surveillance pour la toute première fois. Il avait eu un petit sursaut de doute en prenant sa décision, mais il s'était rappelé des cours de transplanage qu'il avait eus avec Fox et les autres, quelques mois auparavant, avant le Tournoi et le reste. Il était naturellement doué pour ça, c'était un instructeur qui l'avait dit. Et certes, il n'avait pas eu le temps de passer l'examen, mais quelle importance ?

Il transplana, avec son sac à dos et son balai, toujours crasseux de boue, de transpiration, et d'une désagréable odeur de graillon qui lui collait à la peau. Il apparut dans une petite rue adjacente à la maison qu'il cherchait. Il faisait beau, au moins, ici, et le soleil lui recolora la joue en quelques secondes à peine avant qu'il se mette en route.

Il n'avait qu'une dizaine de pas à faire, mais jamais chemin ne lui avait semblé aussi interminable. Il savait que la maison n'était pas vide : il y avait une petite lumière allumée à l'étage, et après tout, c'était samedi.

Il doutait pourtant de pouvoir trouver ce qu'il recherchait ici.

Mais il avait fui suffisamment longtemps, et le loup semblait confiant. Il pouvait faire confiance à son instinct, il pouvait se faire confiance. Alors il avança rapidement, sans se laisser le temps de changer d'avis et appuya vivement sur la sonnette. Une fois, puis une autre, craignant de rebrousser chemin s'il avait le temps de le faire. Il se fichait d'être impoli. Il savait qu'on lui pardonnerait.

Et quand il entendit des bruits de pas derrière la porte, il cessa de respirer, tremblant à la fois d'incertitudes et d'impatiences.

La porte s'ouvrit d'un seul coup, laissant apparaître la personne dont il avait eu le plus confiance pendant les plus paisibles années de sa vie. Il lut la surprise sur son visage, puis le doute alors qu'il clignait des yeux comme pour chasser une hallucination. Puis, il sourit, et Ash bredouilla bêtement :

« Salut, Neal… »

Il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit que Neal Radburn, l'homme qui évitait habituellement tout contact, le ramena contre son torse pour le serrer contre lui, si fort qu'il lâcha un « Humpf ! » en relâchant son souffle.

« Espèce d'imbécile ! grommela-t-il à son oreille. Qu'est-ce qui t'a pris de partir comme ça ?! Et… Dans quel état est-ce que tu es ?! »

Neal interrompit leur étreinte pour le regarder, passant de sa botte gauche délacée –il évitait de la serrer autour de sa cheville cassée- à ses vêtements répugnants de saleté. Peut-être aurait-il dû faire un brin de toilettes avec sa baguette avant de venir, mais il ne connaissait aucun sortilège de ce genre… Il n'avait jamais rien écouté en cours de Magie Domestique –cours dont les élèves de Poudlard n'avaient heureusement jamais entendu parler.

« Ash… Qu'est-ce que tu as fichu tout ce temps ? »

Ash sentit ses yeux lui piquer. Neal s'était inquiété, c'était évident –le câlin impromptu en était la preuve absolue. Comme conscient d'avoir dépassé les limites qu'il s'imposait lui-même, Neal recula d'un pas, son visage froissé par l'angoisse. Et Ash s'empressa de frotter ses yeux avant d'hausser les épaules. Puis, avec un petit sourire maladroit, il marmonna :

« J'ai campé… Sans tente, et sans réchaud, et sans tous ces trucs de moldus… Je te déconseille cette expérience ! »

Sa bête tentative d'humour tomba à plat, mais Neal esquissa quand même un vague sourire moqueur, avant de l'inviter à entrer. Ash sentit le poids qui pesait jusque-là sur son estomac disparaître d'un seul coup, et il se sentit plus léger que depuis bien longtemps en passant le seuil d'une maison où il avait tant de souvenirs.

Ces quelques semaines passées avant sa Première Année, véritable bénédiction après la prison. Ces quelques semaines qu'il avait fallu à Neal pour l'apprivoiser, pour qu'il cesse de trembler, pour qu'il comprenne qui il était –ou du moins, quelle était cette part de lui qui s'échappait une nuit par mois… Et tous les week-end qui avaient suivis, les soirées de pleine lune, les après-midi où il venait se réfugier là quand tout allait mal.

Cet endroit n'était peut-être pas réellement sa maison, mais sur cette partie du globe, c'était ce qui s'en rapprochait le plus.

Alors, quand il aperçut l'homme qui sortait du salon, il eut un bref mouvement de recul. Parce qu'il était impossible qu'il soit là, déjà, et qu'il n'ait pas davantage de temps pour digérer ces dernières semaines, pour se reposer, pour… Trop abasourdi pour comprendre qu'il se trompait totalement sur les raisons de sa présence ici, il sentit ses poings se serrer, mais ce fut d'une voix éberluée et non furieuse qu'il prononça son nom :

« Théodore ? »


Note _ Ah ah ah, t'inquiète mon p'tit loup, il n'est pas du tout là pour toi xD

Petites questions _ 1. Qu'avez-vous pensé de la nouvelle existence de solitude de Ash ? Envie de lui des câlins pour le réconforter ou de lui en coller une de faire subir ça aux gens qui l'aiment ? ; 2. Les petits souvenirs de Jem vous ont-ils plu ? ; 3. Heureux qu'Hermione & Drago partagent leurs nuits ? (A défaut de partager autre chose xD); 4. Qui veut faire des câlins à Mia & Julian ? (Bah oui, il en mérite aussi... Vraiment ! Il en prend plein la tronche, le pauvre...) ; 5. Heureux qu'Ash retrouve la civilisation à la fin de ce chapitre ? Et que fait donc Théodore là, dis donc ?! :P ; 6. Qu'imaginez vous pour le prochain chapitre ? ; 7. Celui ci vous a-t-il plu ? (Je sens votre frustration d'ici !)

Dans le prochain épisode _ Des explications qui ne surprennent personne, un secret de plus, du boulot, de la frustration, un testament, un récurage en règle, du bacon, un besoin de réponses, une guerre à mener, des câlins, des infos, un E, un sortilège & un mensonge -ou deux.

Des bisous !

Bewitch_Tales.