Bonjour tout le monde !
Non, non, cette fiction n'est pas abandonnée je vous rassure tout de suite ! Et je m'excuse en même temps pour cet immense retard... Mais avec la rentrée, mon nouvel appartement, ma vie à côté, je n'avais absolument pas le temps de poursuivre cette fiction à côté des autres que j'ai en cours.
De plus, à la base j'étais partie sur l'idée de vous livrer ici le dernier chapitre de la fiction. Seulement, il aurait été interminable, alors j'ai préféré le couper. Ainsi, vous comprendrez que cette fiction contiendra sûrement un dernier chapitre, voire peut-être encore un deuxième au cas où il s'avérait être trop long. Puis peut-être un épilogue, je n'en suis pas encore très sûre. Je découvrirai donc cela durant l'écriture du prochain chapitre.
Pour répondre à ta question Kaleimaya ce serait bien trop compliqué de prendre les événements du manga dans la fiction qui arrive bientôt à son terme. De plus, le faire rallongerait la fiction d'une dizaine de chapitres je pense et cela arriverait comme un cheveu sur la soupe. Donc non, je ne reprendrai pas ces événements.
Et merci à Amethyste-Anathanne-Ambre de nous avoir rejoins ! Ta review m'a beaucoup fait plaisir :)
Merci à vous aussi de me suivre depuis le premier chapitre de cette fiction, et malgré mon retard, vous êtes géniales !
Je vous souhaite une excellente lecture, et surtout n'hésitez pas à commenter ! J'espère que ce chapitre vous plaira.
Sous les pétales de cerisiers
Semaines vingt-cinq – Préparatif
Judal en avait assez des paroles de Kouen, du regard insistant de Yunan et de toutes ces choses qui n'avaient de cesse de défiler dans sa tête. Il voulait être tranquille, ayant à la limite l'envie de partir en courant sans connaître sa destination. Se laisser porter par ses jambes, par ses envies, juste une seule fois dans sa vie. Il était au bord du gouffre. Et cela, mine de rien, Yunan le vit clairement. C'était aussi clair que de l'eau. Alors il essaya ; il essaya de faire comprendre à Kouen que c'en était assez, qu'ils n'étaient pas venus ici pour détruire ce garçon, seulement le rouquin l'ignora. Un simple regard méprisant il reçut de sa part.
De ce fait, en comprenant que Kouen n'était plus son allié et n'en faisait qu'à sa tête, que leur plan de faire ouvrir les yeux à Judal était en train de dériver à tout autre chose, Yunan enfouit sa main dans son pantalon et sentit du bout de ses doigts le portable de Sinbad qu'il n'avait pas redéposé dans l'appartement de ce dernier. Il avait toujours su que ce téléphone servirait à autre chose que d'appeler tout bêtement Kouen. Ainsi, Yunan patienta le temps que le rouquin s'enfonce davantage dans cette maison abandonnée gorgée de souvenirs, en compagnie de Judal qui traînait des pieds, et chercha dès lors le numéro de Masrur. Appelant du portable de Sinbad, ce dernier ne tarda à décrocher.
« Un problème ? Posa-t-il immédiatement, faisant sourire Yunan de par son efficacité.
— Ce n'est pas Sinbad, mon cher !
— Qui êtes-vous ? »
La voix de Masrur était tout de suite beaucoup plus froide, presque menaçante et Yunan félicita intérieurement Sinbad pour avoir des amis de la sorte. Toutefois, ce n'était pas le temps pour s'amuser et Yunan cessa le mystère en se dévoilant complètement. Il avait besoin de cet homme.
« Si je te donne une adresse, peux-tu venir immédiatement ? Judal a des ennuis.
— Sinbad est avec vous ?
— Non. »
Sa réponse était simple, et Yunan sut que l'ami de son ancien élève était sûrement en train de peser le pour et le contre. Serait-ce un piège ? Il était vrai que Yunan n'avait que sa parole à jouer pour le moment.
« Donnez-moi l'adresse. »
Un sourire se dessina sur les lèvres de Yunan qui formula aussitôt celle-ci avant de raccrocher. Il rattrapa ensuite l'air de rien les deux autres et compta les minutes qui séparait Judal de la voiture de Masrur. Sinbad n'était pas quelqu'un de gentil ; il était tout aussi manipulateur que Kouen, il pouvait user de moyens peu orthodoxes pour obtenir quelque chose, il avait un mauvais caractère et parfois de mauvaises manières, mais il était toujours au fond de lui, un homme bien. Il agissait pour les autres, et seules ses méthodes pourraient laisser à désirer. Entre Kouen et Sinbad, Yunan était assuré que Judal serait bien mieux avec son ancien élève.
Ainsi quand Masrur arriva à l'intérieur de la maison, Kouen fixa instantanément Yunan d'un œil mauvais alors que Judal s'interrogeait sur la présence du chienchien de Sinbad. Puis sans lui dire quoique ce soit, ayant sûrement comprit la nature de son coup de fil et ce qu'il attendait de lui, Masrur entoura la taille de Judal qui surprit ne réagit tout d'abord pas, et le souleva pour ensuite le mettre contre son épaule. Le rouquin se détourna ensuite des deux autres hommes pour regagner sa voiture et emmener le brun chez Sinbad. Judal essaya de se défendre, donna des coups de pieds contre le torse de Masrur, planta ses ongles dans ses épaules, cria jusqu'à s'écorcher les cordes vocales, mais rien n'y fait. C'était comme si le corps de cet homme était fait de pierre et qu'il ne ressentait rien.
Sans délicatesse, Masrur balança ensuite Judal sur la banquette arrière avant de monter à l'avant et de bloquer l'ouverture des portes. De l'autre côté du véhicule, Kouen et Yunan les avaient suivi. Kouen pouvait facilement apercevoir le large sourire ensoleillait le visage de ce vieil homme qui se trouvait à ses côtés, agitant gaiement sa main pour saluer Judal qui tenait la poignée de la porte avec sa main et forçait de toutes ses forces pour l'ouvrir. En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, la voiture de Masrur se perdait déjà dans l'horizon.
« Cela était vraiment nécessaire ? Interrogea ensuite Kouen.
— Je comprends votre désir d'enfermer coûte que coûte Gyokuen Ren. Seulement, effrayer cet enfant ne fera que compliquer nos plans. En plus, les examens de fin d'année approchent, ce serait dramatique si Judal les loupaient par votre faute, non ? »
Yunan joignit ses mains avant de s'étirer tout en longueur, virevoltant ensuite sur lui-même pour pouvoir faire face à Kouen et voir que ce dernier réfléchissait à ses mots. Le visage de Yunan redevint alors immédiatement sérieux, et pensa que rien n'était encore gagné. D'un moment à un autre, les choses pouvaient tourner en leur défaveur. Il reporta alors son attention sur ce ciel qui s'assombrissait par les nuages menaçant d'éclater d'une seconde à l'autre.
Le monde était effrayant.
De son côté, Masrur arriva enfin devant l'appartement de Sinbad et y gara de ce fait sa voiture. Ses oreilles sifflaient à cause des injures et des menaces balancées par Judal qui n'avait pas pu se taire une unique seconde. A cause de cela, Masrur sentit le mal de crâne arriver et ne rêvait que d'une seule chose : déposer Judal chez Sinbad, ou plutôt s'en débarrasser, et retrouver son calme habituel.
Evidemment, Judal avait reconnu l'endroit où l'avait déposé l'ami du violacé, mais il n'allait pas pour autant obtempérer. Ainsi quand Masrur sortit de sa voiture et lui ouvrit la portière pour le faire sortir, Judal chercha à lui passer sous le bras et partir en courant comme il l'avait auparavant souhaité dans cette maison. Seulement, Masrur s'y était attendu et parvint de nouveau à passer son bras autour de la taille de Judal et s'avança de la sorte en direction des portes de l'immeuble pour retrouver Sinbad. Il portait l'adolescent comme on porterait un sac, mais il s'en fichait. Les pieds de Judal fouettaient le vide et ses mains s'agrippaient férocement aux vêtements de Masrur et griffait ce qu'il pouvait. Il en était même arrivé au point de mordre.
C'était pitoyable.
A travers sa porte, Sinbad entendit soudainement beaucoup de bruit et sembla même reconnaître la voix de Judal. Ainsi avant même que Masrur ne vint toquer à sa porte, le violacé l'ouvrit et y découvrit sans faute son ami avec sous son bras un bagage dénommé Judal plus que furieux.
« Lâche-moi connard ! Je peux marcher tout seul ! Puis d'abord j'veux pas aller chez lui, lâche-moi bordel ! »
Cela n'avait pas cessé tout le long du trajet. Et honnêtement, Masrur ne savait pas ce qui le retenait pour ne pas avoir assommé ce fichu gamin. Néanmoins, dès qu'il vit Sinbad se diriger vers lui et l'interroger, ce fut comme un nouveau souffle de vie pour le rouquin. Il allait enfin pouvoir être débarrassé de ce garnement. Ainsi après avoir rapidement expliqué la situation à Sinbad, Masrur lâcha Judal qui s'écrasa contre le sol et ne tarda pas à repartir. Une fois seul dans sa voiture, il soupira d'aise tout en fermant les yeux pour se laisser davantage aller. Il ne comprenait vraiment pas ce que pouvait lui trouver Sinbad, ce gamin était insupportable.
Pour sa part, Judal se releva difficilement. La rencontre avec le sol n'avait pas été des plus agréables. Sinbad vint même l'aider en lui tendant sa main, que saisit Judal avant d'épousseter ses habits. L'adolescent dirigea ensuite un regard assassin en direction de Sinbad qui révéla aussitôt qu'il n'y était pour rien. Remarquant que le violacé disait vrai, Judal se détendit mais croisa toutefois les bras contre son torse pour la forme.
« C'est pas une raison ! Je suis pas un sac bordel ! J'ai encore le droit d'aller où je veux, non ?! »
Sinbad vit bien que Judal était furieux comme jamais, mais il ne pouvait s'empêcher de sourire. Le fait d'avoir Judal près de lui le mettait tout de suite de bonne humeur.
« Je te propose quand même d'entrée, ou tu ne veux vraiment pas ? »
Pendant un instant, Judal le scruta de long en large sans émettre le moindre son. Il fut alors le premier à s'avancer pour entrer dans l'appartement de l'ancien professeur et partit immédiatement s'asseoir sur son canapé. D'un geste mécanique, il alluma la télévision et replia ses jambes contre son torse avant de les entourer par ses bras. De son côté, Sinbad referma la porte avant de venir le rejoindre.
Tout d'abord, ils ne se dirent rien. Puis Judal comprit que Sinbad attendait que ce soit lui-même qu'il lance le sujet. Le violacé devait assurément se demander pourquoi c'était Masrur qui l'avait ramené ici, où il avait été avant cela, et pourquoi était-il aussi furieux. Judal aurait pu clairement lui dire les raisons de tout cela, mais sa bouche resta fermée. Seules les discussions à la télévision comblaient le salon de sons divers. Il n'avait pas envie de parler.
Au bout d'un certain temps, sa tête vint se déposer contre l'épaule de Sinbad sans pour autant changer le reste de sa posture. Ses jambes restaient contre son torse, ses bras tout autour. La seule différence était que désormais il pouvait sentir la chaleur de Sinbad contre son corps ainsi que renifler son odeur apaisante. Il voulait oublier ce qui s'était déroulé dans cette maison qui avait appartenu à ses parents, les dires de Kouen, et la mauvaise image qu'il avait renvoyé de Gyokuen. Alors Judal ferma les yeux, se laissant bercer par les sons de la télévision et par 'odeur de Sinbad. En un rien temps, il s'endormit.
…
Les jours qui suivirent le retour de Judal dans l'appartement de Sinbad signa dans un accord silencieux la cohabitation des deux hommes. Depuis ce jour où Masrur avait lâché l'adolescent contre le sol, que Sinbad l'avait recueilli pour la nuit, Judal n'était pas reparti. Sinbad lui avait laissé le choix entre dormir tous les deux dans le lit, ou de dormir dans le lit pendant que lui occuperait le canapé. Toutefois, Judal acceptait que le violacé dorme à ses côtés pour diverses raisons : afin d'avoir une présence rassurante à ses côtés, que l'odeur de Sinbad continue à le bercer, et surtout le fait non négligeable de pouvoir coucher avec lui. En y repensant, Judal se disait que Sinbad était sûrement la personne avec qui il devait avoir le plus couché, puisque habituellement il enchaînait les coups d'un soir avec toujours un partenaire différent. Désormais, il ne comptait plus les fois où il couchait avec son ancien professeur.
Puis, les jours le rapprochant inexorablement de l'épreuve finale communément appelé examen, Sinbad l'obligea à réviser. Pour lui ramener ses cours sans devoir repasser lui-même chez Gyokuen, Judal avait fait appel à Hakuryuu qui lui avait alors rapporté en le croisant dans les couloirs du lycée, car oui, Sinbad l'obligeait à aller en cours et pour cela il l'emmenait lui-même. Ce jour-là, Hakuryuu lui avait aussi révélé que le fait de ne pas revenir énervait considérablement Gyokuen. Son cousin ne lui conseillait pas de rentrer, mais il voulait seulement l'informer.
Gyokuen énervée n'était jamais un très bon présage.
Seulement, ce jour-là, Judal décida tout de même rentrer chez Sinbad. Il n'avait jusqu'à lors jamais pensé que vivre tout le temps avec le violacé pouvait être si reposant ; et même si parfois ils se disputaient, cela ne perdurait jamais très longtemps et souvent ils se réconciliaient sous l'oreiller. Etait-ce cela une vie de couple ? La simple idée de se dire être avec Sinbad rendait Judal tout molle, dans un état second, et il sentait ses joues le picoter. C'était étrange, mais pas désagréable. Seule la fierté et l'égo de Judal empêchaient une telle chose de se produire. Être en couple Sinbad, et puis quoi encore ? Ce n'était qu'une mauvaise plaisanterie.
Cependant, Judal ne pouvait certainement pas dire que Sinbad le traitait mal. Après tout, il lui préparait à manger, l'accueillait chaleureusement quand il rentrait, et l'aidait pour ses prochains examens, tout en le réchauffant toujours au lit quand il prenait froid. Franchement, Judal n'avait rien pour se plaindre. Ainsi quand il rentra ce soir, Sinbad l'accueillit avec un large sourire. Pensait-il à chaque fois le matin en le voyant partir que ça pourrait être la dernière fois ? Judal s'en interrogea ce jour-là, et tout en déposant ses lèvres sur celles de son ancien professeur principal, il passa ensuite ses bras contre le torse de ce dernier pour une légère étreinte.
« C'est bien ? Souffla-t-il en reniflant toujours et encore cette odeur devenue familière de Sinbad.
— De quoi parles-tu ?
— Toi et moi. Je ne t'aime pas… »
Ne pouvant voir le visage de Judal, puisque enfoncé dans ses habits, Sinbad ne put s'empêcher d'étirer un sourire amusé sur le bord de ses lèvres. Sa main droite vint ensuite s'emmêler dans les cheveux de Judal et les caressa par la suite, son autre main s'étant déposée contre le bas de son dos.
« Du moment que tu prends du plaisir avec moi, et que ce n'est pas une contrainte d'être à mes côtés, tout va bien non ? Ai-je tort ? »
A ces mots, Judal releva son visage pour ancrer ses yeux sanglants dans les siens. L'adolescent put ainsi voir le sourire étiré de Sinbad et soupira. Il avait la désagréable impression que Sinbad lisait en lui tel un livre ouvert, et cette sensation était dérangeante. Et sans véritablement en avoir tout de suite conscience, les mots prononcés par Sinbad le blessèrent.
Judal se détacha dès lors de Sinbad et déposa son sac sur la table pour en ressortir tous ses cours que lui avait apportés Hakuryuu. Il n'informa cependant pas Sinbad de ce que lui avait rapporté son cousin à propos de Gyokuen, puisqu'il n'avait pas à inquiéter davantage Sinbad pour lui. Après tout, ils n'étaient pas ensembles. Sinbad n'avait pas à porter davantage de ses problèmes.
Les révisions de Judal débutèrent dès ce soir-là, Sinbad se montra bien plus strict et persévérant. Pour cet examen, il voulait voir Judal en tête d'affiche, ou du moins dans le top trois. Il n'accepterait pas que le brun soit plus bas, puisqu'il savait mieux que quiconque des capacités que détenaient le brun et du talent qu'il avait. Les deux combinés utilement, l'avenir du brun pouvait être rapidement fixé pour être éblouissant et remplit de richesse.
De jours en jours, y passant parfois des heures, s'engueulant, Judal et Sinbad révisèrent ensemble les cours du plus jeune. Judal n'avait jamais été un élève facile et même dans la situation actuelle des choses, il ne montrait pas plus de volonté à étudier qu'auparavant. Pour ce garçon qui avait la mauvaise habitude d'obtenir tout ce qu'il souhaitait, d'avoir tout ce qu'il voulait, il était tout sauf simple de lui faire apprendre quelque chose. Mais à force de persévérance, et d'une sacrée dose de détermination, Sinbad y parvint. Judal était capable d'apprendre ses leçons jusqu'à parfois s'endormir sur la table par l'épuisement. Sinbad le portait alors jusqu'à leur chambre et le félicitait, avant de se coucher à son tour.
…
Puis le jour fatidique arriva. Tous les lycéens se saisirent d'un crayon avant d'avoir l'autorisation de retourner les sujets une fois distribués à tout le monde. Judal étira un sourire carnassier en découvrant qu'il connaissait toutes les réponses après un rapide coup d'œil sur la copie. Sans plus attendre, il écrit sur sa feuille sans laisser son environnement le distraire. Il voulait en terminer une bonne fois pour toute avec cet établissement et ce fichu examen.
Ainsi, le temps de copier tout ce qu'il avait à écrire, de se relire une dernière fois pour la forme, Judal se leva de sa chaise pour déposer le tout sur le bureau du professeur qui les surveillait avant de quitter la salle après avoir signé pour signaler sa présence. Il n'eut besoin que de rester une heure dans cette pièce. Ce fut ainsi pour toutes ses épreuves, et même si certaines pouvaient lui demander un peu plus de réflexion, Judal était toujours le premier sorti.
Il revenait ensuite à l'appartement de Sinbad, un large sourire étiré sur son visage, fier comme un paon. Et à chaque fois Sinbad soupirait longuement, bien qu'un sourire était aussi étiré sur ses lèvres. Les facilités qu'avaient Judal pouvaient être déprimantes tout compte fait. De plus, comme aujourd'hui était le dernier jour d'examen, comme promis, Sinbad emmena Judal dans un prestigieux restaurant où la nourriture servie était simplement excellente.
Cette soirée fut comptée pour Judal comme étant celles des meilleures passées aux côtés de Sinbad. Ce qui suivit cette sortie au restaurant jusqu'à l'appartement du violacé garda tout de sa magie ; celle de l'instant exceptionnel qu'ils étaient en train de partager tous les deux, où leurs corps ne tardèrent pas à ne faire plus qu'un comme si tout cela était naturel. Dans les bras de Sinbad, Judal se sentait bien, lui-même, et arrêtait dès lors de penser. Il profitait.
Serait-ce cela, l'amour ?
…
Depuis sa séparation avec Sinbad, l'existence de Ja'far n'était pas des plus saine et des plus réjouissante. Yamuraiha et Sharrkan voyaient très bien que le jeune conseiller se laissait aller, et qu'il portait la déception ainsi que la tristesse sur ses épaules. De toute évidence, Ja'far ne parvenait pas à tourner la page et ne se portait pas bien. Malheureusement, quand les deux amis venaient discuter avec lui pour lui remonter le moral, cela n'avait aucun effet. C'était comme si Ja'far était déconnecté du monde réel. Ils avaient aussi appelé Sinbad pour le prévenir, pour qu'il essaie de faire quelque chose, mais ce dernier leur avait simplement répondu que cela empirerait les choses. Ja'far avait besoin de tourner la page tout seul, de se retrouver, et surtout de rencontrer de nouvelles personnes. Il n'avait pas besoin de le hanter davantage qu'il ne le faisait par son absence.
Ainsi, Sinbad avait simplement demandé à Judal de cesser d'embêter Ja'far, de faire comme s'il n'existait pas, et le brun lui fit comprendre que dorénavant il n'en avait déjà plus rien à faire de lui. A ces mots Sinbad ne sourit pas, il n'en fut pas non plus réjoui, mais quelque part il était rassuré tout de même. Au moins Judal n'allait pas davantage enfoncer Ja'far.
Un jour cependant, quelqu'un vint toquer à la porte du bureau de Ja'far qui ne répondit pas. Cette personne n'attendit donc pas de réponse et entra d'elle-même, dévoilant son identité aux yeux sans vie du conseiller qui ne fut même pas surpris de la voir apparaître. Toujours aussi belle, aussi terrifiante, et aussi perfide.
Gyokuen vint s'asseoir en face de lui et n'attendit pas qu'il dise quelque chose pour commencer d'elle-même.
« J'ai une proposition à vous faire. »
Ja'far n'en fut certainement pas étonné, mais il écouta tout de même.
« Vous devez haïr Judal, et je vous comprends. Il vous a volé l'homme que vous aimiez.
— Où voulez-vous en venir ? » Trancha fermement Ja'far.
Un sourire mauvais se dessina sur les lèvres de Gyokuen.
« Je souhaiterai que vous plaidiez au procès pour ma cause. Après tout, Sinbad est un professeur qui a abusé d'un de ses élèves. C'est un crime. »
La demande de cette femme ne surprit pas vraiment Ja'far, à vrai dire il s'y attendait. Il était celui qui avait été touché par la relation illégale d'un enseignant avec son élève. Il s'était séparé de Sinbad à cause de Judal. Alors c'était tout naturel pour Gyokuen de lui demander sa participation pour détruire à son tour ce couple. Un sourire amusé s'étira depuis bien longtemps sur les lèvres de Ja'far et il proposa à cette femme de partir de son bureau.
« Réfléchissez-y. Je vous laisse mon numéro. »
Déposant la carte où le numéro avait été noté, Gyokuen se releva et quitta l'établissement scolaire sans faire davantage de vague. Ja'far prit le morceau en carton entre ses doigts et l'observa sous toutes ses coutures. Cette femme n'avait peur de rien, on pouvait au moins lui complimenter ce fait. Ja'far ne jeta pourtant pas cette carte, alors que n'importe qui aurait dû le faire. Il la rangea même dans son sac.
Dans l'appartement de Sinbad, quelqu'un vint toquer et après avoir ouvert la porte Kouen et Yunan apparurent. Yunan ne se gêna pas pour entrer et filer directement sur le canapé où se trouvait Judal qui en voyant le vieil homme arriver sentit la colère monter en lui. Avec ce type, c'était purement physique. Il ne pouvait pas le supporter et partager le même air que lui.
« Judal ! Comment vas-tu ? S'écria avec joie Yunan en cherchant le contact physique avec lui pour le saluer.
— Eloigne-toi de moi vieux schnock ! »
La bagarre des deux hommes n'atteignirent ni Sinbad ni Kouen. Le violacé proposa à son invité du café que celui-ci s'empressa de boire. Leur visite n'était pas incongrue et Sinbad en avait parfaitement conscience.
Une fois tout le monde installé et Judal ainsi que Yunan séparés, un café entre les mains de son ancien professeur aussi, Sinbad attendit que l'un d'entre eux commencent. Pour débuter la conversation, Yunan demanda à Judal comment avait pu se dérouler ses examens, et bien évidemment, celui-ci se vanta d'avoir quitté la salle avant tout le monde et souvent en moins d'une heure. Il ne récolta de la part de Kouen qu'un léger coup de poing derrière la tête, espérant pour lui que ses relectures auront été suffisantes et qu'il sera sur la première place. Il ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même si cela ne sera pas le cas.
Seulement, bien rapidement Sinbad en vint au sujet qui l'intéressait beaucoup plus. Kouen et Yunan ne pouvaient avoir fait le déplacement que pour cette unique raison : le procès à venir.
« En effet, nous sommes venus pour vous parler du procès, révéla Kouen d'une voix très sérieuse.
— Et qu'avez-vous de nouveau ? Demanda Sinbad.
— Une date. La fin du mois, le procès aura lieu. » Confia à son tour Yunan.
Sinbad se tourna en direction de Judal qui regardait le sol avec insistance. La fin du mois, ça paraissait si proche. Trop proche. Il avait peur. Peur que ces hommes échouent et qu'il revienne à Gyokuen qui lui fera comprendre son imprudence à s'être confronté à elle. Si jamais ils perdaient, il était fini. Judal ne se reconnecta avec la réalité qu'en sentant contre ses mains une source de chaleur, qui se révéla être les mains de Sinbad sur les siennes. Un doux sourire composait le visage du violacé, l'encourageant silencieusement dans cette dernière épreuve. C'était là leur dernière ligne droite, il fallait donc tenir bon jusque-là.
« Savez-vous qui sera le juge ? S'enquit par la suite Sinbad en se tournant vers ses deux invités.
— Solomon. »
La voix de Kouen venait du tréfonds de son âme ; une voix de ce fait chargée de lourds doubles sens, qu'ils soient bons ou mauvais. A ce nom inconnu à ses oreilles, Judal observa un à un chaque personne de cette pièce. Comprenant qu'il ne saisissait aucunement de quelle personne il s'agissait, Yunan reprit la parole.
« C'est quelqu'un de très sage, et il ne marche pas aux pots de vins. C'est une bonne chose pour nous.
— Enfin rien n'est encore gagné. Il est réputé pour être difficile à convaincre, fit bien comprendre Kouen afin qu'ils ne se reposent pas sur leurs lauriers.
— Mais rien n'est perdu non plus. Maintenant que nous avons une date et le juge en question, nous pouvons concentrer nos offensives et opter pour une stratégie adéquate. Nous allons gagner. »
Les encouragements de Sinbad firent acquiescer Kouen et Yunan pendant que Judal était reparti dans le pays de ses Songes. Son estomac était douloureux et il avait le sentiment de vouloir vomir. Il était de ce fait vaseux et complètement perdu ; au cours de ce procès sa vie allait se jouer, son avenir surtout, et il avait beaucoup plus de choses à perdre qu'à gagner.
Suite à leur annonce, Kouen et Yunan ne s'attardèrent pas davantage et laissèrent les deux autres tranquilles. Une fois la porte close Sinbad revint au niveau du canapé où Judal n'avait pas exécuté le moindre mouvement depuis le départ du rouquin et du blond. Posant un genou à terre et dirigeant sa main vers le visage de Judal, Sinbad saisit le menton de ce dernier et établit de la sorte un contact visuel entre eux deux.
« Je suis là, je serais toujours là, alors ne t'inquiète pas. Je ne te laisserais pas traverser cette épreuve tout seul.
— Crétin… »
La voix de Judal était étouffée par la peur qui l'habitait. Il était à deux doigts d'éclater et de se mettre à pleurer à chaude larme, de courir jusqu'à la chambre de Sinbad pour se cacher jusqu'à jamais sous la couverture et de ne plus jamais en ressortir. Sinbad sembla lire son prochain stratagème puisqu'il entoura rapidement son corps tremblant par ses bras protecteurs, collant leur deux torse ensemble. Enivré une nouvelle fois par l'odeur caractéristique de Sinbad, Judal ferma les yeux et se laissa bercer. Bien vite, la peur fut remplacée par de la tranquillité. Ses mains ayant depuis bien longtemps retrouvées leur emplacement qui n'était autre que le dos de Sinbad, serrant fermement les vêtements de ce dernier.
« J'ai peur… »
C'était la première fois que Judal lui disait clairement son ressenti sur ce qui pouvait lui arriver. Tout d'abord surpris, Sinbad se sentit aussitôt sur un petit nuage. Contre lui, Judal se colla davantage et enfonçait un peu plus son visage dans ses habits. De toute évidence, il devait être sacrément effrayé pour se comporter de la sorte et trembler entre ses bras. Alors Sinbad décida de serrer un peu plus son étreinte, afin que Judal ne pense à rien d'autre qu'à lui, et il ne le lâcherait pour rien au monde.
Pas maintenant, surtout pas maintenant. Il était à deux doigts d'obtenir le cœur de Judal, Sinbad en était conscient. Et à cette pensée, un rictus vint s'étirer discrètement sur le coin de ses lèvres.
