Bonjour tout le monde ! :D On attaque une partie plus sérieuse mais qui m'a aussi le plus intéressée!

Bonne lecture :)


Chapitre 24 : Danse avec la folie


-Mais qu'avons nous fait ? Déclara Balïn d'une voix blanche.

Ils regardaient tous l'horizon avec un mélange d'effroi et de craintes. Mais, le pire ce n'était pas la peur qui les saisissaient au plus profond d'eux. Non... C'était la culpabilité qui étreignait leur cœur plus sûrement qu'un étau. Et le poids de la mort qui allait s'abattre sur LacVille par leur faute. Leurs yeux étaient agrandis par l'horreur et l'appréhension, mais aucun d'eux ne parvenaient à détourner les yeux de cette machine de mort qui s'était mise en marche par leur faute.

La déclaration de Balïn résonnait dans la tête de tout ceux qui assistaient à la scène, incapables de fermer les yeux avec un frisson d'horreur ils regardaient tous ce qu'ils venaient de faire, et, au plus profonds d'eux ils pouvaient entendre les habitants hurler. Il faisait nuit noir et le vent était froid comme la mort en personne. Pourtant, ils pouvaient voir LacVille éclairée par les flammes destructrices de Smaug. Ils pouvaient sentir le souffle chaud de son haleine sur leur peau qui faisait redresser leur poiles avec un frisson de peur. Et le pire dans tout ça, c'était le petit sentiment honteux qui leur donnait envie de s'enfoncer leur ongles dans leur poitrine. Ils avaient été épargnés. La fureur du dragon s'était détournée d'eux pour s'abattre sur des personnes innocentes. Pourquoi avaient-ils été épargnés alors que c'était eux qui avait réveillé la bête ?

Níniel sentit le monde tourner autour d'elle, trop vite, trop lentement, le noir et le rouge se mélangeaient dans ses yeux tandis qu'elle était prise de nausées. Elle tenta de s'appuyer sur quelque chose mais elle ne rencontra que le vide, elle aurait voulu fermer les yeux pour effacer ces images cauchemardesques de son esprit mais elle ne pouvait pas. C'était de leur faute. Et, elle pouvait les entendre : les femmes qui hurlaient en cherchant leurs enfants, les enfants qui pleuraient et les hommes qui mouraient sans distinctions.
Tous brûlés vifs par le feu de Smaug.

Et la douleur était insoutenable, elle pouvait la ressentir jusqu'au plus profond d'elle-même comme une brasier qui avait embrasé son âme et la consumait lentement pour la torturer le plus longtemps possible. Elle se sentait horriblement mal mais elle savait qu'elle n'était pas la seule à le ressentir : tout les autres nains à côtés d'elle tremblaient des même frissons qu'elle et étaient habités des mêmes pensées.

Soudain, elle vit au loin un brasier s'élever encore plus haut dans les airs comme s'il voulait brûler même les étoiles, même le ciel lui-même. Rien ne pouvait l'arrêter, il était la mort en marche et la seule chose qui pourrait le stopper serait qu'il n'ait plus rien à tuer.

-Bofur... Dori... Murmura Níniel la gorge nouée par la tristesse et le désespoirs.

Elle ouvrit la bouche mais elle n'arrivait pas à dire les autres prénoms, c'était trop dur de prononcer le noms de ces personnes qui étaient tellement importante pour elle.

-Fili... Kili..., réussit-elle tout de même à articuler, sa voix se brisant sur le dernier prénom. Comment avons-nous pu les abandonner... ?

Elle sentit la poigne de Dwalïn la redresser alors qu'elle se sentait tomber en arrière, il était silencieux comme la nuit, son regard noir portait sur la ville réfléchissait les lumières rouges et oranges qui dansaient. Niniel tenta de prononcer le dernier prénom, le dernier compagnon qu'ils avaient laissés derrière eux. Qu'elle avait abandonné derrière elle. Son amie, sa confidente, celle qui avait tout été pour elle, même plus que Thorïn lui-même.

-Aslinn...

La première larme coula le long de sa joue gauche avec une lenteur dramatique et presque douloureuse pour Níniel qui sentait la déchirure de son cœur s'ouvrir en même temps qu'elle descendait jusque dans son cou.

La poigne de Dwalïn se raffermit sur son bras jusqu'à lui en faire mal, mais à ce moment là Níniel appelait cette douleur de tout son être. Si elle pouvait ressentir, ne serait-ce qu'un peu de ce qu'ils pouvaient ressentir là-bas, alors elle se sentirait peut-être un peu mieux. En tout cas, elle souffrait. Ils souffraient tous. Balïn se tenait devant eux, dos tourné et le regard sur LacVille, il était le plus vieux et le plus sage, pourtant ils sentaient tous qu'il était aussi celui qui se sentait le plus en détresse. Là-bas c'était presque le sang de son sang qu'il imaginait brûler. Comme il avait vu grandir Thorïn, Kili et Fili avaient été comme des fils pour lui.

Ils étaient tous perdus, tous torturés : Ori trop jeune pour tant d'horreurs, Bombur trop joyeux pour tant de peines, Bifur trop confiant pour tant de lâcheté, Nori trop malin pour quelque chose d'aussi sot que la mort, Oïn trop éloigné pour tant de chagrin, Gloïn trop fier pour l'admettre, Dwalïn trop dur pour tant douleurs, Dwalïn trop vieux pour tant de cris, Níniel trop innocente pour tant de monstruosités. Ils étaient tous liés à cet instant là, encore plus dans le désespoirs qu'ils avaient pu l'être dans l'espoir de mener cette quête jusqu'au bout. Car, maintenant qu'ils y étaient enfin, ils comprenaient aussi les risques qu'il y avait. Pas pour eux, ça ils en avaient pris conscience dès qu'ils avaient signés le contrat, pour ceux qui l'avait signé, mais c'était les risques pour les autres qu'ils n'avaient pas compris.

Ou, en tout cas, quand il avait été beaucoup trop tard pour faire machine arrière.

Ils n'avaient pas voulu écouter Barde sur la place, c'était le discours d'un lâche et d'un peureux, pourtant à cet instant là c'était ces mots qu'ils avaient tous en tête. « La mort ! C'est tout ce que vous allez nous apporter ». Et il avait eu raison, Lac Ville brûlait tout comme Dale avait brûlé avant elle, et c'était eux qui avait déclenché ce massacre. Le feu du dragon, et ses ravages. « Si vous réveillez cette bête, elle nous détruira tous ». Ils n'avaient pas écouté, trop aveuglés par leur confiance en eux-même, leur entêtement à aller jusqu'au bout de ce qu'ils avaient décidé. Ils étaient allés jusqu'à Erebor, toujours confiant, toujours avançant, et ils l'avaient réveillé.

Níniel trembla, malgré la présence rassurante de Dwalïn elle pouvait sentir le vent chaud des flammes qui la brûlaient de l'intérieur tandis qu'un froid insidieux se glissait en elle pour la saisir dans son étreinte. Elle se sentait tomber alors qu'elle était toujours debout, elle se sentait mourir alors qu'elle était toujours vivante, elle se sentait souffrir alors qu'elle était épargnée. « Et à cause de quoi ?... De l'ambition aveugle d'un roi sous la montagne ! » Elle ne voulait pas l'entendre, elle voulait que la voix se taise et que les ténèbres l'emportent avec elles ! Mais ça ne voulait pas se taire, ça la torturait jusqu'à ce qu'elle l'admette. « Tellement cupide qu'il ne voyait pas plus loin que son tas d'ors ! »Thorïn n'était pas ainsi ! Il était peut-être fier et têtu, mais il voulait seulement restituer à son peuple ce qui appartenait à son peuple, elle le savait et s'était bien cette forme de courage qui l'avait fait tomber amoureuse de lui. Car il s'était toujours sacrifié pour les autres, et elle s'était senti proche de lui. Jamais Thorïn n'abandonnerait à la mort et à la souffrance des personnes innocentes pour seulement un tas d'or, même si c'est le sien.

Elle le savait, elle en avait la certitude jusqu'au plus profond de son cœur. C'était ce qui lui permettait de tenir, de continuer à croire que tout cela n'avait pas était en vain, que ces personnes mortes n'étaient pas juste des sacrifices au nom de quelque chose d'aussi froid que l'or et les pierres qui brillent mais ne réchauffent pas et ne nourrissent pas. Alors, quand elle détournait enfin son regard de Lac Ville pour chercher du réconfort dans celui de Thorïn, elle crû entendre un bruit de verre brisé. Il lui fallut encore un moment pour comprendre que c'était son cœur qui, ne supportant plus tout cela, venait de se briser dans un bruit terrible et pourtant si ridicule. Elle tomba à genoux sans s'en rendre compte, Dwalïn tenait toujours son bras mais elle ne le sentait même plus, le monde venait de disparaître, seulement remplis par la présence de celui qu'elle aimait plus que tout au monde, celui en qui elle avait le plus confiance, celui en qui elle croyait.

Il était là, pas très loin d'eux, un peu plus bas mais à peine, sur les rochers lui aussi, pourtant quelque chose de cruciale n'allait pas. Ils avaient tous le regard fixés sur Lac Ville, mais celui de Thorïn était plongé dans la contemplation d'Erebor. Níniel compris avec effrois qu'il n'avait jamais, à aucun moment, posé les yeux sur ce qu'il se passait de l'autre côté, il avait oublié les habitants de Lac ville dès le moment où Smaug s'était élancé vers eux avec l'intention de les anéantir. La façon dont il leur tournait résolument le dos donna un frisson supplémentaire à Níniel, et soudain, l'horreur de la destruction ne fut rien comparé à celle de l'abnégation. Mais, elle fut la seule à le voir, trop observatrice ou trop aveugle, personne d'autre ne le vit.

Il y eut comme une onde de choc qui les firent tous sursauter sans comprendre. Quelque chose s'envola et ils se redressèrent tous une braise d'espoir reprenant feux en eux et les faisant sortir de la torpeur morbide qui les avait emprisonnés jusque là.

-Qu'est-ce que c'était ? Demanda Ori qui avait retrouvé la force de parler.

Aucuns des autres ne le savaient encore, la douleur encore trop fraîche et la cendre éteinte dans leurs poitrine.

-Que c'est-il passé ? Insista t-il en se redressant tout d'un coup.

-Il est tombé, je l'ai vu, déclara Bilbo en avançant résolument vers le bords des roches comme s'il voulait aller vérifier de lui-même ce qu'il venait de se produire.

Un grand silence s'était abattue, le vacarme de la mort s'était soudain tu comme attendant la suite avec intérêt. C'était terrible, et surtout il y avait quelque chose de malsain qui flottait dans l'air et s'insinuait dans les esprits.

-Il est mort. Smaug est mort, imposa Bilbo.

Cette évidence gagna le cœur de tout le monde, Níniel sentit la pression de la poigne de Dwalïn autour de son bras se desserrer comme à travers un épais brouillard. La voix de Bilbo résonnait de loin comme s'il s'était soudain trouvé à des kilomètres d'elle. Les larmes brouillaient maintenant sa vue tandis qu'elle ne comprenait pas ce qu'elle ressentait. Thorïn était debout, il n'avait pas bougé depuis le début, même quand Bilbo annonça la mort de son pire ennemi il ne cilla pas.

-Par ma barbe, il dit vrai. Regardez ! Les corbeaux d'Erebor s'en reviennent à la montagne ! S'exclama Gloïn avec fascination.

-La nouvelle va se répandre, bientôt tout le monde en terre du milieu saura que le dragon est mort ! S'écria à son tour Balïn emporté par la joie de cette délivrance.

Níniel se redressa tant bien que mal, mais, même si Smaug était vraiment mort, à quel prix cela avait-il était possible ? Elle sentait au fond d'elle que quelque chose n'allait pas. Ils étaient trop heureux, trop soulagés pour être sincères. Sa main se tendit toute seule, comme mû par la volonté générale du reste de son corps, elle effleura le dos de Thorïn qui leur tournait toujours résolument le dos. Mais, au moment où ses doigts allaient rencontrer la texture du tissus de son cuir si tanné par leur voyages et tout leur périples qu'ils avaient traversé tous ensemble, mains dans la mains, il partit. Elle bascula en avant tandis qu'une nausée la prenait et la faisait mettre une main sur la bouche tandis que son regard emplis de larmes suivaient des yeux son amant repartir pour Erebor sans plus accorder d'attention au brasier qu'était devenu Lac Ville, pendant qu'autour d'elle résonnait les rires gras et amers de ses amis.

-Nous avons réussis !

-Nous avons repris Erebor !

-Samug est mort !

Elle les entendait tous rire et hurler de joie, ils étaient heureux, qui aurait pu leur en vouloir ? Après tout ce qu'ils avaient dû endurer et perdre pour arriver jusqu'ici, ils en avaient plus que le droit. Mais, elle, elle n'était pas naine, elle n'avait pas un foyer dans cette montagne et pour elle cette victoire avec le goût des cendres amers.

-Le prix à payer a été terrible, murmura Bilbo qui s'était glissé jusqu'à ça hauteur. Mais le pire est derrière nous.

Ils étaient tout les deux assis sur des pierres, maintenant, face à Erebor, comme si le drame de Lac Ville venait d'être terminé par la mort de Smaug. Níniel regarda le hobbit avec désespoir, il la comprenait car lui aussi ne venait pas d'ici, il avait sa propre maison quelque part, chez les hobbits sûrement. Mais, il était aussi d'un naturel optimiste, encore plus qu'elle, et elle lui en était reconnaissante, s'il n'avait pas été là, ils ne seraient jamais arrivés aussi loin, Thorïn, et les autres, auraient abandonné bien avant.

-Avons-nous vraiment fini de payer ? Demanda t-elle en le regardant droit dans les yeux.

Elle y vit l'ombre d'un doute, quelque chose de noir et d'insidieux qui obscurcit un instant le regard noisette et innocent de leur cambrioleur.

-Bien sûr ! Ça ira mieux, je vous le promets Niniel !

La jeune femme ferma brièvement les yeux, séchant ses larmes et tentant d'étirer un pauvre sourire de ses lèvres craquelées.

-Si tu as raison Bilbo, alors arrêtes de me vouvoyer, ça fais longtemps qu'on a dépassé ce stade, tu ne crois pas ?

Le hobbit eut un pauvre sourire.

-Je suis désolé, s'excusa t-il, mais v-tu m'impressionnes un peu...

-Pourquoi ? S'exclama Níniel qui ne s'attendait pas du tout à ce genre de déclaration de la part du hobbit et surtout sur son compte.

-Tu es proche de Thorïn alors qu'il n'accepte personne, je me dis qu'il faut un certain courage pour réussir à l'approcher d'aussi près. Moi il me terrifie toujours.

La jeune femme ne pût s'empêcher de laisser un petit rire lui échapper face à la révélation qu'il venait de lui faire avec un air de confidence un peu honteuse qui lui donnait un visage juste adorable et craquant.

-Ne v-te moques pas, fit-il, visiblement vexé par sa réaction.

-Désolée Bilbo, mais qu'est-ce qu'on ferait sans toi, lui avoua t-elle.

Et elle le pensait sincèrement, ce hobbit avait le don de redonner du baume au cœur des gens, et elle tira un réconfort dans ses paroles si simples et dénuées de toutes malignités. C'était apaisant de se laisser aller dans quelque chose d'aussi trivial que ce genre de conversation.

-Tu dis ça pour me faire plaisir, la justifia t-il gêné par son soudain retournement d'humeur.

-Non, je le pense sincèrement Bilbo, mon ami, répondit-elle en le regardant droit dans les yeux. Tu es notre ange gardien à nous tous ici.

Elle le vit rougir à vu d'œil ce qui ne fit qu'accentuer son fou rire et sa bonne humeur, pendant un instant elle oublia le poids de tout ce qu'elle portait en elle.

-Ne rougis pas comme ça, plaisanta t-elle ce qui ne fit qu'accentuer encore plus sa gêne. Viens, retournons là-dedans et voyons ce que nous pouvons faire pour les aider.

Bilbo hocha la tête.

-ça me paraît une bonne idée, oui une bonne idée, acquiesça t-il en se levant à son tour.

Ils descendirent les roches, leurs cœurs leur semblaient un peu plus léger dans leur poitrine, pourtant ils pouvaient toujours la sentir, la présence du souffle de Smaug qui les menaçait toujours dans leur nuque. Mais ils étaient ensemble, et ils savaient qu'ils surmonteraient tout, le monde entier s'il le fallait. Níniel se sentit rassurée, à trop compter sur Thorïn elle en avait oublier à quel point toutes les personnes de cette compagnie étaient merveilleuses et que si elle les avait rejoint au tout début c'était uniquement pour cette raison là. Finalement, tout cela valait-il peut-être le coup... En tout cas, elle n'allait pas tarder à la découvrir, et elle était prête à faire face au futur que lui préservait l'avenir.

Seulement, elle ne s'était sûrement pas préparer à ça.

C'était la nuit, le vent glacial soufflait dans la chambre par les interstices dans les vielles pierres qui s'étaient dessellées avec le temps et l'érosion. Níniel chercha du bout de la main le corps de Thorïn pour se coller contre lui et récupérer ainsi un peu de chaleur mais elle ne rencontra que le vide dans ce lit qui lui parut soudain bien trop grand pour elle seule. Elle se redressa, leur nid douillet était bel et bien vide, on ne pouvait pas vraiment appeler ça un lit puisque qu'ils avaient tous étaient brûlés ou réduis en poussières soit par le dragon soit par son ennemi le plus terrible : le temps, toujours lui. Donc, ils avaient fouillés par tout et pris les couvertures qu'ils avaient trouvées et tout entassé dans ce qui restait de ce qui avait dût être la meilleure chambre d'Erebor.

Níniel n'avait d'abords pas aimé l'idée que les autres nains leur laissent la meilleur chambre juste parce qu'elle était 'celle qui était avec Thorïn', et cela par extension lui faisait craindre qu'ils commencent à la considérer comme une espèce de reine ou une autre connerie dans le genre. Cela lui hérissait le poil à cette seule idée. Mais quand elle avait découvert qu'ils avaient une cheminée dans leur chambre, elle avait trouvé ça tout de suite plus sympa. Grâce à elle, ils avaient pu réchauffer leur chambre mais Thorïn, lui, n'avait pas réchauffé le lit très longtemps apparemment.

Cette pensée jeta un voile de tristesse et d'appréhension sur les pensées de Níniel. Quelque chose était entrain de changer Thorïn. Quand ils étaient retournés à Erebor, ils avaient rangé ce qu'ils avaient pu et s'étaient tous mis au lit sans chercher plus loin. Mais, Níniel avait trouvé son amant bien distant, comme si quelque chose préoccupait ses pensées et le tourmentait plus que de mesure. Elle avait finit par sombrer dans le sommeil, emmitouflée dans l'étreinte apaisante du nain malgré tout, elle savait qu'il avait une lourde responsabilité en aucun cas elle le lui aurait reproché ce fait. Mais, elle était loin de se douter de la source du problème qui habitait l'homme qu'elle aimait à cet instant là.

Pourtant, elle refusait de l'abandonner à ses tourments, elle l'aimait et au nom de cette amour elle se battrait toujours à ses côtés, elle se montrerait patiente s'il le fallait. Ses pieds nus touchèrent le sol glacé de la pierre, un long frisson la fit trembler de la tête au pieds et elle porta automatiquement sa main à son ventre en se sentant faible. Cette endroit la minait : il y faisait tout le temps froid et l'air y était malsain. Mais elle avait dit qu'elle se montrerait patiente, donc elle s'y ferait, elle n'était pas naine de par ses origines mais son entêtement en était digne. Elle prit la couverture du lit et s'emmitoufla dedans, elle enfila les bottes fourrées de Thorïn qui était beaucoup trop grande pour elle, puis elle fila à sa recherche dans le dédale des couloirs qu'était cette Montagne.

Le type qui l'avait construite devait être un grand amateur de labyrinthes parce que vraiment tout les couloirs se ressemblaient (elle se repérait aux différentes ruines et autres éboulis) et rien n'indiquait par où aller si on voulait aller au petit coin par exemple. Bref, elle était perdue mais pas désespérée, pas encore.

-Où es-tu Thorïn, marmonna t-elle pour elle entre ses dents.

Soudain, une idée prit naissance dans son esprit, une idée qu'elle aurait voulu écarter d'un simple haussement de sourcil insouciant, mais elle ne le pouvait pas. Elle savait que c'était plus que possible, même si elle voulait continuer à se mentir et ignorer la terrible vérité, elle devrait y faire face et le plus tôt possible. Avec un air résigné, mais déterminé, elle dévala les escaliers qui menaient jusqu'au fond d'Erebor, là où était amassé tout les trésors que contenait la montagne solitaire.

Il y avait des montagnes d'or à perte de vue, toujours plus, toujours plus haut, toujours plus brillant et aveuglant. Mais tout ce qu'elle ressentait pour cet argent n'était qu'un malaise grandissent, elle avait vu ce que l'argent faisait aux hommes, elle leur noircissait le cœur et pervertissait tout ce qu'il y avait de meilleur en eux. Et elle le savait mieux que quiconque, n'avait-on pas payé pour prendre ce qu'il y avait de plus innocent en elle ? Depuis cette époque elle avait un rapport à l'argent plutôt mitigé. Après qu'elle ait été enfermée dans une maison de joie, elle s'était débrouillée pour vivre sans un sous et cela lui avait plutôt bien réussi donc elle avait pensé qu'on pouvait vivre bien sans. Mais si Thorïn, et les autres, apportaient une grande importance à tout ça alors elle l'acceptait, ils avaient leur propre vision des choses c'étaient normales.

Soudain, un bruit la fit tourner la tête, c'était un tintement de pièces d'or qui s'entrechoquent, une petite montagne qui glisse sous les pieds d'un roi.

-Tho...

La voix de Níniel s'éteignit dans sa gorge : il était bien là, mais ce n'était pas lui, ça ne pouvait pas être lui. Il errait au milieu du tas d'or, le visage hagard et le regard fous, cherchant désespérément quelque chose.

-Où est-elle ? Où est-elle ? Où est-elle ? Où est-elle ? Psalmodiait-il sans fin sans même s'apercevoir de sa présence.

Níniel frissonna une fois de plus devant ce spectacle des plus inquiétant. Elle dévala les escaliers pour se jeter à son cou, elle le serra de toutes ses forces contre sa poitrine, elle s'en fichait de l'étouffer ou de lui faire mal mais la peur qui tiraillait son cœur était plus fort que tout le reste.

-Thorïn, reviens-moi, parles moi, le supplia t-elle en retenant ses larmes, Thorïn, mon amour...

Elle posa son front contre le sien avec un air douloureux, tentant de le refaire prendre pieds avec la réalité, avec elle. Mais son regard était transparent, il ne la voyait même pas.

-Thorïn... Mon amour... Je t'en supplies... Regardes moi, parles moi, s'il te plaît... Je t'aime, souffla t-elle désespérément.

-Níniel ?

Son prénom avait été prononcé tellement doucement qu'elle crû un instant l'avoir rêvé mais quand elle croisa le regard de Thorïn, celui-ci lui était revenu. Ses yeux bleus la fixait avec le même air qu'il lui dédiait à elle seule : un air d'amour sans limite. Il l'embrassa tendrement comme si elle était fragile.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Lui demanda t-il ignorant visiblement ce qui venait de lui arriver.

-Rien, rien du tout mon amour, murmura t-elle. Embrasses-moi s'il te plaît, embrasses-moi comme si nous allions mourir.

Il sourit comme si elle jouait, sans se rendre compte de la douleur qu'il y avait au fond des yeux de Níniel, puis il l'embrassa profondément, passionnément, comme un fou. La jeune femme se laissa aller contre lui, dans son étreinte apaisante et rassurante.

Elle l'avait récupéré, cette fois-ci. Mais combien de temps réussirait-elle à le retenir avec elle ? Combien de temps son amour tiendrait-elle à distance la folie qui menaçait d'emporter celui qu'elle aimait ? Elle avait peur que Balïn ait surestimé sa capacité de l'aider. Combien de temps tiendrait-ils ainsi?


La malédiction règne encore sur Erebor et le prix à payer n'a pas encore été prélevé...

Dites moi ce que vous en avez pensé :D