HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA PAIX

25 – La Gazette du Sorcier

En ce lundi matin ensoleillé, Harry et Ginny eurent du mal à se lever. La nuit avait été particulièrement agitée. Harry avait ressenti les sentiments de Voldemort sans le vouloir. Cela avait été désagréable car il n'avait plus eu de connexion intense avec l'esprit du Seigneur des Ténèbres depuis fort longtemps. Quand il se réveilla, il était légèrement en sueur. Ginny ne tarda pas à ouvrir les yeux et à se redresser.

- Tu as beaucoup remué cette nuit, lui fit remarquer Harry.

- De même que toi. Je te signale pour information que être dans l'esprit de Voldemort n'est pas chose agréable. Je ne sais pas comment tu as pu supporter cela pendant des années.

- Tu y étais vraiment ?

- Oh oui, et je ne veux plus y aller. Le voir torturer ses acolytes, puis Lucius et Pettigrow m'a suffi. Je n'ai pas pu tout entendre mais cela m'a suffi pour ma vie entière.

Harry était trop surpris pour réfléchir. Son lien d'amour avec Ginny devait être intense pour qu'elle-même s'infiltre aussi dans les pensées de Voldemort. Ils devaient trouver une solution le plus rapidement possible car si le Seigneur des Ténèbres détectait la présence de Ginny, c'en était fini d'elle. Il se leva brusquement et appela Dobby pour l'envoyer prévenir en urgence Abelforth qu'ils passeraient ce matin même. Ginny, comprenant l'angoisse qui enserrait le cœur de son bien-aimé, s'habilla rapidement. Il était six heures du matin. Harry réveilla Ron et Hermione pour les prévenir. Dobby revint une minute plus tard. Abelforth les attendait. Dix minutes plus tard, ils étaient dans le salon malgré leur mine encore ensommeillée.

- Bonjour, dit-il en baillant. Quelqu'un veut un café ou autre chose ?

- Pas le temps Monsieur, dit Harry. Ginny et moi avons un problème. Nous sommes entrés tous les deux dans l'esprit de Voldemort.

La nouvelle surprit Ron et Hermione qui se levèrent en regardant Ginny avec inquiétude. Celle-ci les rassura en affirmant qu'elle n'était pas possédée. Ron eut du mal à le croire. Il se rappelait encore l'histoire du Journal de Jedusor. Abelforth apparaissait très calme face à cette nouvelle.

- Harry, peux-tu aller me chercher la Pensine que mon frère t'a laissé dans la salle secrète. J'aimerais analyser vos souvenirs à Ginny et toi.

Harry s'exécuta sur le champ. En attendant, Abelforth prépara du café fort pour tout le monde ainsi que des tartines grillées. Pour une fois, Ron ne se jeta pas sur ce petit déjeuner improvisé. Il s'approcha de sa sœur.

- Ginny, je sais que ce ne sont pas mes affaires, mais tu ne devrais pas mettre un peu de distance avec Harry.

- Ah non, tu ne vas pas recommencer ! Il m'a fallu être patiente pendant des années pour que nous soyons ensemble, et à cause d'un simple rêve, tu veux que j'abandonne.

- Ce n'est pas un simple rêve, dit-il en élevant la voix. Tu étais dans l'esprit de notre ennemi. Je peux comprendre pour Harry. Mais toi, tu n'es pas préparée. Et tu es ma sœur. L'histoire avec le Journal de Jedusor ne t'a pas suffi, tu veux remettre le couvert ?

- Excuse-moi, je sais ce que je fais. Et je suis plus apte à me défendre qu'à l'époque.

- Ronny, s'il te plaît, intervint Hermione.

- Non, ne t'interpose pas, c'est ma sœur. Et elle doit m'écouter.

- T'écouter, hurla Ginny. Et depuis quand monsieur sait ce qu'il y a de mieux pour moi. Il t'a fallu trois ans pour t'avouer ton amour envers Hermione, et encore avec un peu d'aide. Et tu oserais me faire la morale. Qui es-tu pour prétendre me conseiller ?

- Ginny, calme toi, tenta de dire Hermione.

- Petite sotte, ceci n'est pas un jeu. Nous affrontons un puissant mage noir en mettant nos vies en jeu.

- Je le sais, répondit-elle en le giflant. Harry était rentré. Mais si tu crois que je ne suis pas prête, tu te trompes. Je suis prête à tout pour vivre avec Harry, et ce n'est pas toi, ou Voldemort qui m'en empêchera. Tu crois peut-être que je ne suis pas consciente des risques que je courre. Je vis moi aussi chaque jour avec la peur au ventre. Je m'inquiète moi aussi pour la famille, pour nos amis, et pour Harry. Mais tout comme toi, j'ai fait un choix, et je l'assume. Et moi je n'ai besoin de l'aide de personne.

Ginny venait de frapper Ron là où ça faisait mal. Il sortit dehors en claquant la porte. Hermione était en larmes. Harry ne savait trop quoi faire. Abelforth, témoin silencieux de ce drame familial, se demandait si son frère n'avait pas commis une erreur après tout. A ce moment-là, Kumsfec se mit à grandir soudainement pour retrouver toute sa splendeur d'antan. Au bout d'une semaine, il retrouvait la pleine possession de ses pouvoirs. Il se mit à chanter pour détendre l'atmosphère. Harry décida de parler à Ron tandis que Ginny pleurait doucement sur l'épaule d'Hermione. Ron faisait les cent pas dehors en fulminant. Harry le laissa se calmer.

- Ron, écoute-moi s'il te plaît. Ginny ne pensait pas ce qu'elle disait.

- Si elle le pensait, et tout penaud il continua, et elle n'a pas tort. Si on ne m'aidait pas tout le temps pour être à niveau, je ne serais qu'un poids mort pour vous. Regardons les choses en face. Hermione est intelligente, Ginny est surpuissante naturellement, et toi tu es l'Elu. Que suis-je par rapport à vous ? Suis-je réellement utile ?

- Tu nous as pourtant bien aidés en première année avec l'échiquier géant, tu as rendu Lockart inoffensif en deuxième année, tu …

- Tu quoi? Bien soutenus durant toutes ces années. Laisse-moi rire. Par rapport à mes frères qui se sont toujours débrouillés seuls, je ne suis qu'un moins que rien. Même Fred et Georges s'en sortent alors que tout le monde pariait sur leur échec.

- Je les ai quand même aidés à démarrer.

- Tu parles ! Même sans ton aide, ils se seraient fort bien débrouillés. Ce sont juste les circonstances qui ont favorisé leur ascension plus rapidement. Non, Harry, je crois réellement que je vais m'arrêter là. Je vais rester un obscur comparse en retrait.

Hermione, sorti depuis un moment pour écouter, s'approcha et le gifla violement.

- Et tu penses à moi, espèce d'égoïste sans cœur. Je t'aime plus que tout, est-ce que cela compte si peu à tes yeux ?

- Hermione, ça n'a rien à voir.

- Si ça a tout avoir. Qu'est-ce que je ferais sans toi ? D'après toi, qui me pousse à être la meilleure en tout ? Vers qui je me tourne à chaque fois quand j'ai besoin de réconfort ? Qui m'a assez fait souffrir pendant des années ? Qui m'enlace chaque soir dans notre lit et me rend heureuse ? Qui me donne une raison suffisante pour vouloir me battre ?

- Hermione, je ne pensais pas…

- Voilà ton problème, tu ne penses pas à part à toi. Tu oublies celle qui t'aime pour ce que tu es et qui l'accepte. Tes frères ont réussi, et alors ? Tu réussiras aussi bien qu'eux. Ton complexe d'infériorité par rapport à ta famille me passe par-dessus la tête. Tu ne t'es jamais dit que par rapport à eux tu avais beaucoup plus de chance. Tu vis des aventures que Fred et Georges t'envient. Le reste de ta famille est fier de toi. Et Ginny sait qu'elle pourra toujours compter sur toi. Alors je t'en prie, reste.

Le discours d'Hermione chavira le cœur de Ron. Il se mit à pleurer en silence. Ginny sortit et s'excusa auprès de son frère. Elle regrettait sincèrement ses paroles.

- Non, tu avais raison. Je me suis comporté comme un imbécile, je m'en excuse. Promets-moi juste d'être prudente. Tu es le seule membre de la famille à être aussi proche de la mort que moi.

- Je le sais mais ne t'inquiète pas, je ne me mettrais pas en danger inutilement.

Ils se serrèrent dans les bras. Ils rentrèrent dans la maison où Abelforth s'était installé dans le canapé. Ils s'excusèrent auprès de lui.

- Ce n'est rien, une petite dispute de temps en temps ne fait pas de mal. Cela permet de clarifier la situation, et de repartir sur des bases plus saines. Je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter, et je vous félicite de vous être compris.

Disant cela, il donna un clin d'œil au couple Ron et Hermione. Ils prirent une couleur cramoisie qui dura longtemps sous les rires d'Abelforth, d'Harry et de Ginny.

- C'est beau la jeunesse, il est dommage que mon frère et moi n'en ayons pas profité plus. Revenons à nos affaires maintenant. Harry, tu vas mettre ton souvenir dans la Pensine. Tu poses ta baguette sur ta tempe droite et tu te concentres dessus. Tu verras un filament argenté surgir. Tu déposeras ton souvenir pour que nous puissions le voir.

Ils se sentirent aspirés. Harry connaissait évidemment la sensation à l'inverse de ses amis. Le souvenir était assez flou. Ils surprirent quelques bribes de conversation mais rien de réellement utile. Harry avait tenté de lutter. Puis ce fut au tour de Ginny. Le souvenir de la jeune sorcière était à peu près du même acabit. Elle s'était surtout concentrée sur les sentiments et les lieux. En revenant, ils s'assirent déçus.

- Vos souvenirs n'étaient pas très clairs. Il me semble que vous vous êtes opposés pour différentes raisons. Harry tentait de fermer son esprit alors que Ginny voulait savoir où elle était. Mais le plus intéressant reste la fin où Voldemort était perplexe. Il a lutté contre cette intrusion fortement dérangeante. Vos flux magiques étaient si diverses qu'il s'est perdu en conjecture. La seule chose que j'ai pu comprendre est qu'il comptait partir. Il faudra que je contacte Severus au plus tôt, cependant je pense que cela prendra du temps. Si Voldemort entreprend bien son voyage, il gardera certainement Severus auprès de lui pour lui distribuer des ordres. Ce n'est pas très encourageant. Je vais quand même essayer de le joindre.

- Mais pour Ginny et moi ? On ne peut pas rester sans rien faire. Il ne faut pas que Voldemort sache pour elle.

- Je crois qu'il n'y a rien à craindre, mais pour le futur, il faudra vous entraîner à déconnecter votre esprit l'un de l'autre pendant votre sommeil. Votre lien d'amour est puissant. Et Voldemort va certainement s'entraîner à fermer son esprit de façon optimale. Il ne veut certainement pas être blessé par un sentiment si puissant. Vous avez pu remarquer comme il aimait son reflet dans le miroir. Il n'a pratiquement plus rien d'humain, et il aime cet état. Je pense même qu'il se prend un peu pour un dieu. Donc se voir observer sans cesse n'est pas dans ses calculs.

La remarque d'Abelforth parut judicieuse. Harry se disait que Voldemort était si immergé dans le mal qu'il en prenait petit à petit l'apparence.

- Si Severus ne peut pas venir, je vais lui demander de m'envoyer un message. A propos Miss Granger, vos parents ont bien quitté l'Angleterre. Ils n'ont pas laissé d'adresse précise. Je vous conseille de rentrer, vous avez vu l'heure, vos cours vont bientôt commencer. Je vous contacterais dès que possible.

Ils rentrèrent à Poudlard juste pour la fin du petit déjeuner. Les élèves commençaient à quitter la Grande Salle. Un hibou déposa sur la tête d'Hermione la Gazette du Sorcier. Il n'était pas content d'avoir attendu aussi longtemps. La jeune femme le paya en rajoutant un petit bonus. Elle déplia le journal. La première page était consacrée à la victoire d'Harry sur les mangemorts et à l'incompétence du Ministère à savoir se défendre sans l'intervention du jeune Elu. L'article complimentait de manière exagérée l'intervention du jeune sorcier qui apparaissait comme un futur Dumbledore en puissance. La fin de l'article présentait quand même une interrogation assez curieuse concernant de possibles travers de son mentor. L'article était signé Rita Skeeter. Hermione le lut plusieurs fois en prenant des notes sur un parchemin.

- Ca y est, la campagne de manipulation commence. La structure du texte, les mots employés, la tournure de certaines phrases, en les analysants, un message apparaît. Regardez !

Ils lurent sur le morceau de parchemin deux phrases inquiétantes : Ministère mauvais, Lord ami. Harry et ses amis comprirent le message. Hermione lut le reste du journal. Deux nouveaux concepts apparaissaient aussi maintenant dans le journal, les jeux de mots croisés magiques et l'actualité féminine pour sorcières. Le concept des jeux de mots croisés magiques était très simple en un minimum de temps, il fallait remplir les cases sinon elles disparaissaient pour réapparaître avec de nouveaux mots à chercher. Hermione s'y essaya jusqu'à ce qu'elle se mit à sursauter.

- Regardez un peu l'ingéniosité du procédé. Quand on échoue dans le temps imparti, les grilles disparaissent rapidement et réapparaissent. Maintenant, suivez bien ce qui va suivre. Je vais faire semblant de perdre.

Elle commença la nouvelle grille jusqu'au temps imparti. Elle attendit, et au moment où la grille entreprit de disparaître, elle cita le sort de révélation. Des mots apparurent : ELU TRAITRE. Harry était effaré devant ce coup de maître. Cependant, une certaine colère augmentait graduellement en lui. Bien qu'au courant depuis une semaine, il ne s'attendait à ce tour de force. Ginny le calma en lui tenant la main. Hermione proposa d'attendre deux, voire trois jours, avant de se lancer dans une vaste contre-attaque. Elle lui rappela qu'ils avaient à mettre au point la Radio de la Liberté.

Ils suivirent donc les cours normalement. Mais désormais ils surveillaient les articles de la gazette. Les messages restaient pour l'instant dans le même ordre d'idées : Harry était un traître, le Ministère était mauvais et Lord était un ami. Les conséquences de ces messages subliminaux commencèrent à se faire ressentir petit à petit en fin de semaine. Des incidents éclatèrent entre différents élèves qui s'entendaient particulièrement bien. Les sujets de disputes étaient sans fondement. Durant les cours de l'AD, Harry et ses amis surveillèrent le comportement de leurs élèves. Ils étaient toujours enthousiastes mais ils remettaient souvent en cause l'enseignement d'Harry. La goutte d'eau qui fit déborder le vase fut quand des élèves de serpentard de septième année tentèrent de s'en prendre à Hannah Abbot qui était une moldue. Elle ne leur avait échappé que grâce à l'intervention inopinée de Neville qui se promenait dans les couloirs en cherchant le professeur Chourave. Il avait stupéfixé rapidement les trois élèves. Harry décida de convoquer l'ordre le soir même à dix-huit heures.

L'Ordre du Phénix était réuni au grand complet.

- Bonsoir à tous, je vous ai convoqué car vous avez dû constater qu'il y a un certain changement de comportement de la part des sorciers. Vous-même, sans vous en rendre compte, avez dû subir ce changement, non ?

Les membres se regardèrent un peu gênés. Certaines brouilles étaient récemment intervenues.

- Il n'y a pas à chercher très loin les raisons de ce changement de comportement, un seul nom suffit, Voldemort. Hermione va vous expliquer.

Tout en cachant une partie de la vérité, elle leur expliqua le principe des messages subliminaux. Pour appuyer son explication, elle sortit de son sac les gazettes parues durant la semaine. En les agrandissant, elle leur démontra le subterfuge. L'assemblée était tétanisée devant la perfidie de Voldemort. Il avait si bien réussi son coup de maître que les membres n'avaient rien vu venir. La question était de savoir depuis quand la gazette était sous le contrôle de Voldemort.

- Hermione, quand as-tu compris ? demanda Lupin. Et comment se fait-il que vous ne soyez pas affectés ?

- Euh, nous utilisons de façon fréquente la legilimancie pour suivre durant les cours. Comme Mr Dumbledore nous a laissé un programme d'entraînement assez particulier, cela prend plus de temps pour nous atteindre. Et puis le comportement des élèves a changé à notre égard.

- La question n'est pas là, ajouta Maugrey, ce que j'aimerais savoir c'est quand que Voldemort s'est emparé du journal.

- J'y ai réfléchi, répondit Harry. Je pense que cela s'est passé durant l'attaque du Ministère, et nous avons tous été joués. Cette bataille était en réalité une diversion pour cacher le vrai but de Voldemort, prendre en otage la Gazette du Sorcier. Si on lit les premières interviews de Rita Skeeter, elle affirme que les locaux du journal ont été déplacés car la sécurité n'est pas assurée au Ministère. Et elle l'a martelé à chaque fin d'articles. Elle reste énigmatique sur le nouvel emplacement de la gazette. Voldemort, par son intermédiaire, veut faire naître un sentiment d'insécurité chez la communauté magique. Ajoutez-y les messages subliminaux, et dans quelques temps, le nouveau Ministre de la Magie sera Voldemort ou l'un de ses sbires.

Les conclusions d'Harry étaient effrayantes. Les membres prirent rapidement conscience des dangers qu'ils encouraient. Voldemort pouvait retourner la population contre eux. Créer une nouvelle résistance devenait pratiquement impossible. Harry calma les conversations naissantes.

- Je lis sur vos visages mes propres inquiétudes. Discutant du sujet, Ron m'a soumis l'idée de la Radio de la Liberté. Il faut que ce soit une radio libre qui donne de vrais nouvelles et mettent en garde les sorciers. Les jumeaux, vous me semblez les personnes les mieux placées pour créer ce projet.

Fred et Georges se mirent au garde à vous comme s'ils attendaient les ordres. Des éclats de rire fusèrent.

- Je vous préviens, ce sera dangereux. Il faudra que vous soyez très discrets. Il faudra masquer vos voix pour ne pas que l'on sache que vous tirez les ficelles. Les membres de l'ordre vous assisteront pour véhiculer le message. La partie s'annonce serrée. Voldemort a déjà un coup d'avance, et il nous faut le rattraper. Je pense que nous entrons dans une nouvelle phase où les coups seront difficiles à prévenir. Je vous demande de bien veiller les uns sur les autres, et de prévenir vos familles. Ce sera le meilleur moyen de diffuser le message. Je m'excuse Mme Weasley de mettre encore en danger des membres de votre famille.

- Ne t'inquiète pas Harry, je sais que c'est pour la bonne cause.

- Mme la directrice, il faut absolument prévenir les élèves si nous voulons éviter des émeutes au sein de Poudlard. Il faut garder l'école unie. Il faut que les élèves préviennent leurs parents. Il est possible au repas de ce soir de les prévenir. S'il le faut, faîtes intervenir Hermione puisque c'est elle qui a découverte le plan de Voldemort.

- Je ne vois pas d'inconvénients sauf si Miss Granger ne se sent pas prête pas à intervenir.

Hermione prit une légère teinte verdâtre. Parler devant toute l'école. Elle se tourna vers Ron pour chercher son soutien. Celui-ci lui entoura les épaules.

- Ne panique pas, tout se passera bien, tu vas y arriver. J'ai confiance en toi.

Elle hocha la tête de haut en bas. Elle se précipita alors vers les toilettes pour vomir. Ron parut gêné.

- Je lui parlerais avant son intervention. Je vous assure qu'elle sera à la hauteur.

- Bien, je crois que la réunion est terminée. Mme et Mr Weasley, je peux vous parler un instant.

Ils s'approchèrent avec déférence. Ginny et Ron étaient à ses côtés.

- Je sais que je demande beaucoup à vos enfants, et je m'en excuse. Si je pouvais faire autrement, croyez bien que j'agirais différemment.

- Harry, répondit Mr Weasley, nous nous doutons qu'une lourde tâche pèse sur tes épaules. Nous te considérons toi aussi comme un membre de la famille à bien des égards. Disant cela, il scruta Harry et Ginny. Nous nous inquiétons autant pour toi que pour nos propres enfants. Mais nous comprenons aussi que tu as peu de liberté d'action et que tu fais avec ce que tu as, c'est-à-dire nous les membres de l'ordre. Nous sommes fiers de nos enfants car ils réussissent ce qu'ils entreprennent. J'aurais aimé à leur âge savoir en faire autant. Ils ont décidé de te suivre, et nous ne pouvons rien y faire. Tu suis les instructions de Dumbledore comme il te l'a demandé, et je t'assure qu'ici, chacun de nous t'en est reconnaissant malgré les doutes du début. La façon dont tu as mené la bataille du Ministère était mûrement réfléchie. Elle a évité bien des morts, peut-être pas assez, mais quand même. Et là tu réagis avec sang-froid et détermination. Tu es entouré d'amis fidèles qui savent mieux te conseiller que n'importe quel autre membre de l'ordre. Alors Molly et moi te le disons, tu n'as pas à t'excuser. Et puis pour nous protéger, nous avons un elfe de maison fort sympathique nonobstant des débuts difficiles. Tu as fait laisser toutes les protections mises en place au Terrier. Nous ne pouvons que t'applaudir, et par là même nos enfants. Et tu gères excellemment l'ordre. Albus peut être fier de toi. Quand cette guerre sera terminée, je pense que tu pourras m'appeler papa. Et Hermione aussi.

Harry, submergé par l'émotion, prit Arthur et Molly Weasley dans ses bras en les remerciant et en les appelants doucement papa et maman. Ron et Ginny se contentèrent d'émettre un sourire de connivence. Hermione, allant un peu mieux, eut elle aussi droit à une embrassade de ses futurs beaux-parents. Mme Weasley demanda à Hermione et à Harry de bien faire attention à eux. Elle s'était mise à pleurer. Elle eut du mal à dire au revoir à … ses quatre enfants. Arthur la soutenait et les saluaient. Au repas du soir, Minerva mit donc tout le monde au courant en début de repas.

- Bonsoir chers élèves. Suite aux égarements de certains élèves, une enquête a été menée pour comprendre la situation. Les sanctions infligées à certains sont suspendues alors que d'autres resteront. Nous sommes victimes d'une manipulation de notre esprit, à grande échelle, par Lord Voldemort. Mais pour mieux vous expliquer les implications de cette entreprise, je cède ma place à Miss Granger qui par son esprit d'analyse, a su découvrir ce perfide complot. Miss Granger.

Hermione, toute rouge, fut extrêmement gênée d'être le point de mire de tous les regards. Ron lui dit alors doucement de ne se concentrer que sur son discours en le fixant lui. Elle n'avait qu'à s'imaginer qu'il était nu. L'effet escompté fut qu'elle vira du rouge à l'écarlate. Elle se dirigea alors avec détermination vers l'estrade professorale. Entre parler en public et s'imaginer Ron nu en public, le choix était vite fait. Elle prit confiance en arrivant devant le pupitre. Tous les élèves la fixaient des yeux. Ron lui jeta un clin d'œil complice et elle se lança dans ses explications. Grâce à un sort d'agrandissement, elle montra la gazette d'aujourd'hui et commença son discours. Les élèves étaient estomaqués. Ils prirent leurs journaux pour vérifier. Hermione disait vrai. Et ils furent encore plus choqués quand elle leur apprit que cela durait depuis lundi. Elle mit ainsi fin à son exposé.

- Je vous remercie Miss Granger. Maintenant que vous êtes au courant, je prierais chaque élève d'informer ces parents au plus vite. Les hiboux de l'école seront à votre disposition dès demain. Vous ne pouvez peut-être pas annuler vos abonnements mais vous avez la possibilité de boycotter ce journal en le brûlant. Comme l'hiver approche, vous aurez ainsi la possibilité d'alimenter les feux de cheminée. Je vous souhaite un bon appétit.

Les conversations durant le souper ne tournèrent qu'autour de cette incroyable nouvelle. Les seuls élèves à ne pas s'être manifestés étaient les serpentards des années supérieures. Ils se doutaient qu'avec cette nouvelle affaire, ils allaient être de nouveau sous surveillance. Leurs craintes se confirmèrent quand le professeur Slughorn vint les prévenir que désormais deux professeurs dormiraient avec eux dans leurs dortoirs. Les années inférieures rirent sous cape de la tête de mécontentement de leurs camarades. Drago, seul à l'autre bout de la table, prit la nouvelle avec indifférence. Il fut le premier à partir. Personne ne remarqua son départ. Harry le suivit.

- Drago, je peux te parler.

- Potter, ne crois pas que j'ai encore accepté ta décision.

- Je le sais mais le temps approche où il te faudra choisir ton camp.

- Mon camp ? Quel camp ? Le tien peut-être ? Pour être aussi manipulé. Si tu crois que je n'ai pas compris que c'est toi qui titre toutes les ficelles dans l'ombre. Je t'ai observé durant cette semaine. Tu savais dès le deuxième jour ce qui se passait. Tu veux que je sois avec toi, fais preuve de franchise. Sinon tu es comme Voldemort.

- Tu veux que je sois franc, alors oui Hermione m'a mise au courant au bout du deuxième jour. Mais tu juges sans connaître les faits. Je subis avec mes amis un entraînement très dur et nous avons appris la legilimancie. Cela nous a protégés. Je voulais prévenir tout le monde le jour même mais je me suis rangé aux arguments d'Hermione me demandant d'attendre pour voir l'évolution de la situation. Et comparé à Voldemort, je ne me cache pas.

- Et quelle sorte d'entraînement subis-tu ?

- Je pourrais t'en faire profiter si tu veux, comme j'en fais profiter l'AD.

- A part que tu avances plus vite que tout le monde.

- Drago, je ne peux pas t'en dire plus, et j'en suis sincèrement désolé. Mais cela concerne mes possibilités pour vaincre le Seigneur des Ténèbres.

- Au moins vous avez un point en commun, quand il s'agit de tuer l'autre, tout devient obscur d'un coup.

- Peut-être, mais à l'inverse de lui, je ne mets pas mes amis dans le coma. Car ton cher maître a mis ton père dans le coma. Et il compte t'enlever ta marque des ténèbres.

La nouvelle fut comme l'effet d'une bombabouse. Entendant du bruit, Harry empoigna Drago pour l'emmener dans un passage secret proche.

- Tu mens Potter, mon père se porte bien. Tu m'as dit il y a de ça quelques jours qu'il était simplement alité.

- Oui mais les choses changent. Quand Voldemort s'est réveillé, il a pratiquement signé ton arrêt de mort ainsi que celui de ta famille. Si tu veux, je te transmets mon souvenir. Il est sûr que Rogue va revenir au château en tant que directeur. Il lui a demandé de monter une brigade de surveillance et t'a choisi comme cobaye pour que tes camarades puissent s'entraîner aux Sortilèges Impardonnables. Tu veux que je te montre.

Drago, abasourdi, ne sut que répondre. Il savait qu'Harry ne mentait pas. A quoi cela lui aurait-il servi ? Il était puissant, il était entouré d'amis, et il avait tous les honneurs. Alors pourquoi vouloir le sauver ? Pour s'en faire un allié ? La chose était plausible. La question était pourquoi.

- Pourquoi veux-tu m'aider ?

- Pour respecter une promesse que je me suis faite et réaliser le rêve d'un grand sorcier décédé récemment.

Et Drago se revit ce fameux soir où Dumbledore lui avait proposé son aide malgré toutes les tentatives d'assassinat.

- Je te remercie Potter. Tu es de loin ce qui me reste comme ami. Je me surprends à t'envier. En réalité je t'ai toujours envié. Tu avais tellement plus que moi quand tu es arrivé à Poudlard.

- Allons Drago, le passé est le passé. Seul compte l'avenir maintenant. Joins-toi à nous. Tu verras que la magie n'est pas que torture et mort. Elle peut favoriser l'amour et l'amitié. Et je pense que pour ta sécurité, ce sera plus sage.

- J'accepte, mais à une seule condition, tu feras le Serment Inviolable avec moi pour sauver mes parents par tous les moyens.

- Si c'est ton unique condition, j'accepte. Je te donne rendez-vous demain à sept heures devant la Salle sur Demande.

- J'y serais.

Drago sortit discrètement en se mêlant à la foule. Harry sortit quelques minutes plus tard. Ses amis l'attendaient dans leur dortoir. Il leur raconta son entrevue avec Drago. Hermione parut scandalisée devant la proposition de Drago. Accepter le Serment Inviolable. Mais à quoi pensait-il ? Ron la calma. Harry regarda Ginny qui comprenait sa décision. Elle tordit le nez mais soutint son bien-aimé. Ron paraissait perplexe devant ce choix. Il comprenait les motivations profondes de son ami, mais il ne pouvait pas faire confiance à Drago. Hermione, se calmant, décida qu'elle procéderait à la cérémonie à la stupéfaction de tous. Elle voulait s'assurer des termes du contrat. Harry écrivit à Abelforth pour le prévenir. Il donna la missive à Kumsfec qui disparut dans un Plop à peine audible. Ils allèrent ensuite se coucher. Dans leur chambre, Harry demanda à Ginny s'il avait eu raison de faire ce qu'il avait fait. Elle lui répondit par l'affirmative et se lova contre lui sous les draps. Il s'endormit paisiblement.